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Nom série  Dessous (Bones)  posté le 04/06/2016 (dernière MAJ le 18/04/2019) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Dessous a pu être publié grâce au financement participatif sur Sandawe, le web éditeur, et quand je vois le résultat final je me dis que le crowdfunding a un bel avenir devant lui, car pour son premier album Bones l’auteur (Fred Bonnelais) paraît plus un vétéran qu’un bizut.

Effectivement ce qui frappe d’emblée c’est la patte graphique de Bones, très proche de celle de Mike Mignola voir pourquoi pas Olivier Vatine, avec un encrage profond, des gueules taillés au couteau et des décors anguleux. Mais là où je trouve Mignola parfois difficile à percer et à démêler, je n’ai pas ressenti cette impression dans le dessin de Bones qui est lui nettement plus lisible et clairsemé. Les couleurs aident peut être à surmonter cette noirceur car bien qu’utilisées à petites doses, elles permettent d’apporter ce qu’il faut de clarté à l’ensemble et de renforcer certaines atmosphères, notamment dans les scènes d’extérieur sur les champs de bataille qui ont une teinte grisâtre et terreuse.

Un dessin qui convient très bien à l’ambiance du récit car c’est du Mignola aussi bien dans le rendu visuel que dans le texte. Qu’on se le dise, la série n’a pas pour ambition de révolutionner le genre ou même de faire dans l’originalité, c’est du grand classique dans le domaine de la série B et qui nous est servi ici avec efficacité. On sillonne les frontières car la BD est protéiforme entre l’historique, l’épouvante, le récit de guerre, le fantastique et le dieselpunk ; Dessous aurait pu s’appeler « B.P.R.D. - First Class » avec cette équipe d’élites mélangeant soldats et scientifiques français et allemand de la Première Guerre Mondiale enquêtant sur des phénomènes paranormaux.

De nombreuses références et images nous traversent l’esprit au fil du récit : on pensera bien entendu à la saga Alien que ce soit par l’entremise des créatures parasites envahissantes ou des riches hominidés crevarices qui ambitionnent de les exploiter à des fins militaires (excellente idée d’avoir inclus le boucher du Chemin des Dames le général Nivelle). On fera également plus qu’une allusion évidente à certains Grands Anciens comme Shub-Niggurath issus de l’imaginaire d’H.P Lovecraft, et d’autres horreurs lorgnant du côté de Clive Barker.

Malgré les nombreuses références on évite l’indigestion car tout cela s’imbrique parfaitement dans un récit fluide qui se lit vite (exceptés les passages en allemand non traduit) et n’est jamais ennuyeux. D’une certaine façon Dessous réussit là où d’autres grandes séries du même genre comme Sanctuaire ont échoué, en contentant tous les lecteurs, ceux ayant une préférence pour les ambiances glauques puis ceux privilégiant l’action.

Bien que pensé comme un one shot, la fin de Dessous demeure très ouverte et sujette à interprétations. La suite "Dessous – Un océan de souffrance" est actuellement ouverte aux investissements, alors écoutez l’appel lugubre des abysses et rejoignez vous aussi la cohorte des édinautes.

Mise à jour 18/04/2019

Si le premier Dessous pouvait se lire seul, ce second volet est clairement une suite dont les tenants et aboutissants paraîtront obscurs à ceux qui ne sont pas passés par la première étape. La suite du scénario prend une autre ampleur, divertissante mais qui se parcours rapidement, j'ai dû mettre une bonne vingtaine de minutes seulement pour la lire. Cela parle de mutations, d'avancée technologique, complot planétaire, le grand méchant de l'histoire à un côté Red Skul dans Captain America. Bon, c'est sympa mais on préférera juger la série dans son ensemble. "De quoi ? L'éditeur Sandawe a fermé ses portes ? Mince alors... Sans aller jusqu'à dire que le projet tombe à l'eau, Bones ne baissera pas facilement les bras j'imagine, il prend du plomb un coup de grosse Bertha dans l'aile. J'espère néanmoins voir cette fameuse conclusion qui devait nous emmener vers l'horreur cosmique.

Nom série  Nains  posté le 15/03/2016 (dernière MAJ le 14/04/2019) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Nains est une série spin off se déroulant dans le même univers que Elfes, autre série de Fantasy éditée chez Soleil. Sans trop m’étendre la-dessus (voir mon avis pour cela), je n’ai pas réussi à apprécier Elfes qui fonctionne trop sur courant alternatif à mon sens. Entre parenthèses, les scenarii écrit par Jarry sur Elfes sont presque les seuls que j’ai pu encadrer.

Enfin bref, je n’ai pas eu cette appréhension craintive en abordant Nains qui propose quelque chose de rassurant pour une personne comme moi qui aime l’uniformité et la cohérence, avec un seul scénariste officiant sur les cinq albums de la saison une. Et pas n’importe quel scénariste, car Nicolas Jarry connaît son sujet avec déjà plusieurs histoires sur cette race (Nains ! Les Rois Forgerons), on sent aussi le gars qui a passé des nuits blanches sur Warhammer et autres jeux de rôliste, c’est un expert du nanisme qui se présente ici !

Tome 1 Redwin de la forge

Avec Redwin la série Nains démarre sur les chapeaux de roue. Je commence à le remarquer maintenant, Nicolas Jarry écrit des histoires profondément humanistes et touchantes que n’auraient pas reniées certains de mes écrivains favoris comme David Gemmell ou Anthony Ryan. Redwin de la forge est une tragédie familiale chargée d’émotions fortes où les reproches, les humiliations, la haine aveugle, l’orgueil, mais aussi la rédemption et l’amour, sont au programme. C’est une histoire entre un père surdoué dans son art mais à la philosophie dérangeante et méprisé car pacifiste, et son fils talentueux lui aussi mais aux idéaux contraires ; et de leur impossibilité à communiquer et donc se comprendre naîtra une défiance. Avec le temps et la maturité, Redwin comprendra-t-il la sagesse et les choix de son père avant qu’il ne soit trop tard, ou bien choisira-t-il la voie de la rancœur et de l’obscurité ?
Je ne suis pas un père mais cette histoire m’a beaucoup émue, c’est typiquement le genre de récit que j’aime lire en Fantasy avec des personnages extrêmes dans ce qu’ils sont, ce qui cause leur perte; ainsi que des émotions fortes, du sang et des larmes, des sacrifices courageux et un héros sauvé (ou pas) de la damnation.

Une bien belle saga superbement mise en image par Pierre-Denis Goux que j’avais déjà aperçu sur Mjöllnir (sympa mais sans plus (d’ailleurs on re-pompe les duels dans une arène)). Je pense qu’il a eu plus de temps qu’à l’accoutumé pour réaliser ce tome 1 car je ne saurais trop expliquer comment, je trouve le rendu plus « fini » que sur Mjöllnir. Il y a des dessins qui font vraiment baver comme la scène contemplative de Redwin devant l’académie de l’ordre de la forge, et surtout ce duel contre le mage noir qui vaudrait presque à lui tout seul qu’on dépense nos talions. La mise en scène des combats dans l’arène m’a bien fait « triper » avec ce côté « hokutonokeniesque » et les grosses giclées de sang. Vraiment, très bon choix de dessinateur. Et pour une fois je n’ai pas à râler sur les couleurs de Digikore Studios qui ont fait du bon boulot.

En complément d’information pour connaître les moindres détails :
- Pierre-Denis Goux a dessiné les couvertures des trois premiers tomes.
- Jean-Paul Bordier et Nicolas Demarre ont respectivement dessiné la leur.
- Le coloriste serait Diogo Saito même s’il y a un doute comme quoi Olivier Heban en aurait colorié quelques unes.
- Les décors des illustrations de couvertures des tomes un et cinq sont directement réalisés tandis que les illustrations des tomes deux, trois et quatre sont tirés des pages des albums.

Tome 2 Ordo du Talion

Dans ce second opus Nicolas Jarry poursuit sa croisade « fuck the system » avec un personnage élevé, torturé, formaté pour servir de bras armé à un ordre qu’il méprise pour lui avoir volé sa vie, mais dont la toute puissance dans les coulisses de la société naine empêche toute velléité de révolte. Jusqu’à ce qu’un soir Ordo trouve le moyen de faire d’une pierre deux coups en renversant le système établi et assouvir sa vengeance par la même occasion. Il monte une équipe constituée d’Héba sa rivale maître-assassin et de Panham le sang-mêlé roi de la voltige pour ce qui s’apparente comme le casse du siècle, cependant que l’ordre du Talion a des nains tapis dans chaque coins d’ombres ce qui risque de corser la difficulté de cette mission suicide. Encore une fois une chouette histoire sur le libre-arbitre et un héros repenti qui démontre qu’il n’est jamais trop tard pour faire le bien.

On pourra néanmoins pinailler sur certains aspects qui font tâches comme Ordo : sixième fils né le sixième jour de la sixième lune et cédé à la loge noire le jour de ses six ans. Argh… oh non, pourquoi placer un tel cliché ? C’était vraiment inutile. On pourra aussi se dire « encore une histoire d’assassin en Fantasy », car le genre a suffisamment cumulé ces trente dernières années les récits mettant en scène des Assassin’s Creed adorant prendre la pause accroupi sur le toit d’un édifice le regard tourné vers la cité grouillante. Mais bon, quand c’est bien écrit il n’y a pas trop lieu de se plaindre, seulement que ça casse un peu l’excitation de départ. D’autant plus que cela a déjà été fait dans le cinquième tome de Elfes alors que l’on nous avait promis de la nouveauté et de ne pas céder au facile copier-coller…

Le point qui divise le plus c’est malheureusement le dessin. On aime ou on n’aime pas Stéphane Créty, et même si j’ai plutôt apprécié ce qu’il a fait sur Masqué, c’est plus au niveau de ce choix de dessinateur que je m’interroge car c’est un dessinateur qui a un style très inspiré des comics américains. Le trait est épais, les cadrages sont serrés, la morphologie des personnages se montre indécise, les visages au second plan sont indistincts, et les décors dépouillés de fantastique. C’est un peu l’essence même du comics de faire dans la sobriété mais moi cela ne me fait pas fantasmer ce type de graphisme. Pierre-Denis Goux n’y est peut être pas étranger non plus car il est crédité à la conception graphique mais comme je ne sais pas qui fait quoi exactement ici, je me dis que les idées viennent principalement de Créty. Je pense que cela vient aussi des couleurs de Digikore Studios qui la pour le coup font vraiment informatique tellement elles aplatissent le dessin.

Une impression mitigé mais j’ai plutôt passé un agréable moment Fantasy.

Mise à jour 04/04/16
Tome 3 Aral du Temple

Lorsque Nicolas Jarry puise chez Tolkien et Lovecraft cela donne Aral du Temple, l’épisode le plus ésotérique de la saga Nains. Tolkien pour sa référence évidente au Hobbit car il y a chez Aral comme chez Bilbo ce côté récit initiatique et découverte de soi-même, ainsi que la grande aventure, au travers d’une expédition archéologique ici. Quant à Lovecraft, Jarry a décidé de ne pas jouer la carte de la subtilité lorsque est évoqué « celui qui patientait dans les ténèbres » dont on a presque envie de compléter la formule « Dans sa demeure d’Abu’kazan la morte, le gardien attend en rêvant ». Mais comme encore une fois tout cela est très bien écrit dans un one shot de 56 pages, on pardonne à l'auteur ces gimmicks littéraires.

J’ai beaucoup apprécié ce mélange des genres avec Aral qui débute son histoire tel un Adso (Christian Slater) dans le Nom de la Rose en rédigeant ses mémoires. Tout de suite on sent qu’il y a anguille sous roche et que le bonhomme nous prépare une autobiographie des plus pessimistes. Une histoire qui commence sept siècles dans le passé et la découverte par un groupe de miniers d’un artefact renfermant un savoir proscrit. Mais en mettant à jour ce qui aurait dû resté oublié pour l’éternité, les nains ont par la même réveillé un mal ancien qui remonte aux origines de leurs ordres.

Toujours beaucoup de références très cool pour meubler ce récit comme la course poursuite dans la cité possédée et cette échappée dans le téléphérique qui m’a rappelé au bon souvenir d’Indiana Jones et le temple maudit ainsi que la scène très jacksonienne en plan-séquence du Hobbit : Un voyage inattendu, avec les nains s’échappant du royaume des gobelins. On pensera de même très fortement à la partie de cache-cache entre Smaug et les nains dans les forges de la montagne solitaire. Le fan service est donc remplie et très bien mis en image par Paolo Deplano dont j’ai apprécié la technique d’encrage, assez profonde, tandis que sa mise en scène demeure efficace mais sans rien de bien spectaculaire (cela manque sévèrement de dessins en pleine page!). J’apprécie beaucoup ce que réalise la coloriste Elodie Jacquemoire chaque fois que je l’ai vue créditée sur une série, et même si ici le travail est bon, je me demande si cela ne serait pas plus agréable en noir et blanc. De quoi me demander si je ne vais pas tenter de me procurer l’édition spéciale à 500 exemplaires tirée à l’occasion du festival d’Angoulême.

Cela dit, comme dans les précédents numéros, le plus kiffant reste le message délivré par Nicolas Jarry qui dénote par rapport aux autres. Cet Aral dans son parcours et sa conclusion se pose comme un antagoniste à Redwin qui balançait entre deux chemins pour finalement choisir la voix du côté lumineux. Deux fins opposées mais un même message utopique : que le bonheur est à notre porte alors cessons de courir après le « dragon »(comprenez une chimère). C’est la fameuse quête de Tanelorn de Michael Moorcock abordée dans son multivers et le Chaland d’or ! Que voilà de jolies références philosophiques.

Vraiment une superbe histoire. Continuez comme ça monsieur Jarry.

Mise à jour 05/06/2016
Tome 4 Oösram des Errants

Avec ce tome 4 Nicolas Jarry a peut être écrit son scénario le plus abouti ou en tout cas le plus percutant. Comme toujours en toile de fond il aborde une de ses thématiques chérie, celle du père et de la relation filiale et de la transmission de certaines valeurs humanistes.

Mais à travers l’histoire d’Oösram, ce n’est plus un personnage en contestation contre le système mais toute une frange de la population naine qui sème les graines de la révolte. Oösram est bien placé pour savoir que rien ne changera jamais et que ceux situés en haut de la pyramide ont tout à gagner à maintenir le statu quo, lui qui fût un des leurs, gagné par l’avidité, l’ambition et l’obstination, jusqu’à ce qu’il trahisse son roi et par conséquent soit banni au rang des Errants, qui valent moins que des serfs alors qu’ils constituent le gros de la population. Et pourtant, c’est parmi ces sans-dents qu’Oösram apprendra à apprécier la simplicité de la vie, à aimer sa famille et être enfin en paix avec lui-même.

Cependant, les Errants ne vivent pas en vase-clos et les abus dont ils sont victimes sont quotidiens, il en a toujours été ainsi. Alors lorsque l’injustice touche un membre de sa famille et qu’un drame se produit, Oösram le fermier, le père aimant, laisse tomber sa pioche pour s’armer de sa hache et déclarer la guerre aux quatre ordres régnant. C’est du grand Braveheart que nous offre là Nicolas Jarry ! Un vent de liberté souffle sur ce récit, on cite Churchill, et on jette des clins d’œil toujours nombreux à Tolkien et Warhammer (le soldat nain enfourchant un sanglier comme monture est typique de l’imaginaire Warhammer). Et un final modèle de bravoure et de sacrifice en hommage aux trois cents de Léonidas. Après cela, les jours de la ploutocratie naine sont comptées ! Vivement la saison 2 et la Révolution naine !

Quant au dessin de Jean-Paul Bordier, il est très net, riche, les paysages sont variés et collent parfaitement à l’esprit de ce que sont les Errants. Et le dessin sur la dernière planche, je ne sais pas si cela est volontaire ou non, mais la hache plantée dans le sol en gros plan est un formidable hommage à Didier Graffet et Druss la légende. Je regrette juste comme presque à chaque fois que les couleurs soient réalisées sous « ‘toshop », ce qui a tendance à rabaisser la qualité graphique tandis qu’avec une couleur directe on attendrai le must.

Mise à jour 14/09/2016
Tome 5 Tiss du Bouclier


Nains - Season Final !

Nicolas Jarry clos son cycle par là où il avait commencé avec une saga familiale, du sang et des larmes. Le tome 1 racontait la rancune d’un fils, son imperméabilité face aux bons mots et la sagesse du père, jusqu’à la délivrance et la rédemption. Cette fois-ci les rôles sont inversés, c’est la fille qui donne la leçon au père.

Lorsque suite à un drame son dernier né Dohan devient un boitard et qu’il comprend qu’il ne pourra jamais servir dans le noble ordre du Bouclier, le capitaine Brahm tombe dans l’alcoolisme et la haine aveugle. Sa fille Tiss qu’il a toujours ignorée, est triste pour son jeune frère mais voit également là un moyen de redorer le blason familial et de montrer ce qu’elle vaut à son père et par la même occasion à toute cette société naine phallocrate.

Tenir ou Périr !

Une fois de plus l’auteur démontre qu’il maîtrise les ficelles pour séduire les easy readers fantasy et nous offre moments épiques sur moments d’émotions entre : la strong independant woman qui bataille plus que les autres pour réussir jusqu’à devenir un modèle pour ses frères d’armes, les petits soldats insignifiants qui deviendront des valeurs sûres, la formation d’une ligue des vieux briscards cabochés et des estropiés sur le retour pour le décompte final, l’indéboulonnable classique mais efficace Fort Alamo fantasy (remember Légende de David Gemmell ? La bataille du Gouffre de Helm chez J.R.R. Tolkien ? ). Et l’auteur kiffe toujours autant 300 pour mon plus grand plaisir (remember Léonidas et ses derniers hoplites pour l’ultime percée ? Ou bien sont-se les 300 polonais de la bataille de Wizna ? ^^ ). Sur Nains c’est presque un album sur deux qui se termine en tragédie, p’tain, j’en ai presque chialé. Mais toujours l’histoire se termine sur une note d’espoir.

Bien aimé le dessin de Nicolas Demare, surtout sur les paysages et les décors forestiers. Question de goût mais je regrette que ce ne soit pas un brin davantage détaillé. Mon plus grand regret reste ces couleurs informatisée de Digikore Studios dont je n’arriverai décidément jamais à me faire. Peuvent pas faire à cela à l’ancienne chez Soleil ? On atteindrai le truc d’exception.

Mise à jour 14/02/2017
Saison 2 - Tome 6 Jorun de la Force


Les choses bougent tout en conservant la même formule. Pour entamer cette nouvelle saison on reprend là où tout a commencé avec une histoire de père en écho à celle des forgerons Ulrog et Redwin, cette fois-ci entre Redwin et son fils cadet Jorun.

Toujours les mêmes ressentiments de colère qui virent à la haine, de regrets, de remords et de fierté mal placée qui donne une impression de redite qui ne ferait pas beaucoup avancer l’histoire. Mais c’est là qu’on se trompe car si le tome 1 racontait l’antagonisme de deux êtres doués dans leur art et qui finissent pas se retrouver, cette suite se penche sur un perdant qui n’est pas du tout à l’image de son père.

Jorun est un raté, moins doué que son frère aîné dans la forge des armes, il ne se trouve aucun talent et finit par se déconsidérer. C’est l’histoire d’un nain qui, ne parvenant à marcher dans les pas de son père, essaie tant bien que mal (et plutôt mal) de suivre sa propre voie. Mais comme il porte le poids de ses échecs comme un boulet, il entraîne tous ceux qui l’approche vers un néant auquel il aspire inconsciemment. Nicolas Jarry l’explique bien à un moment donné, Jorun est incapable de donner. Incapable de donner, il ne peut donc recevoir. On aurait envie de lui citer ces mots de la résistante Germaine Tillion, histoire de le guider : « Il n’existe pas de gens médiocres, mais seulement des êtres qui n’ont pas rencontrés les événements qui les auraient révélés ».

Jorun trouvera un salut temporaire parmi les mercenaires de la Légion de Fer où il pourra s’appuyer sur le pilier Orss, la fidèle Fey, le sage Gurdan ou encore le guide Fodhron. Autant de bouées de sauvetage qui l’empêcheront de couler au moment du grand final. Redwin sauvera-t-il son fils de l’autodestruction tout comme Ulrog son père l’avait fait en son temps en un ultime sacrifice ? Comme je l’ai dit en introduction, les événements se répètent mais Jarry est suffisamment malin pour ne pas tomber dans le doublon inutile et le récit s’achève sur des destinées contraires. L’air de rien Jorun est probablement le personnage de l’univers Nains que j’ai trouvé le plus intéressant et complexe.

Le dessin de Pierre-Denis Goux est du même bock que celui de la première saison. Ces compositions très détaillées en mettent plein la vue dans les scènes d’action. Toujours beaucoup de changements de décors, gros travail de recherche graphique, bref, visuellement le dessinateur est au rendez-vous et nul doute que les amateurs de fantasy y trouveront leur compte.

Quelques remarques cependant, car l’œuvre parfaite n’existe pas : si on entend souvent parler des limites de la sacro-sainte pagination en 48 planches, je constate également les limites sur la pagination en 64 planches car j’ai senti que parfois le récit méritait davantage de développement mais qu’en raison de ces contraintes, on a droit à une ellipse ou un truc condensé en une page. On bascule un peu trop vite à mon sens des années d’apprentissage de Jorun vers la défense d’un village qui manque de mise en contexte. J’ai l’impression parfois qu’il faut avoir lu Elfes pour tout comprendre des invasions des royaumes nains. La relation amoureuse entre Jorun et la naine Siblis aurait également mérité quelques pages supplémentaires, histoire que ça touche au plus profond, que là ça manque de passion et d’intérêt. De même qu’on aurait aimé voir la retraite courageuse de Redwin vers la forteresse, et plus que 3 planches consacrées à la défense de ladite forteresse (même si c’est très beau encore une fois).

Ultime remarque qui rejoint ce problème de pagination : autant je parvenais à comprendre les ressentiments de Redwin sur le tome 1, le cheminement de ses pensées sombres, le comment du pourquoi, autant j’ai eu du mal sur le caractère de Jorun qui est d’emblée dans son personnage de gros connard alors qu’il n’est encore qu’un marmouse.

Ceci étant dit, c’est une très bonne entame, sur le devenir de Redwin on a déjà envie d’être à la saison 3 !

Mise à jour 11/05/2017
Tome 7 - Derdrh du Talion


« On ne change pas une équipe qui gagne » dit le proverbe, ni même qui perde… Déjà lors de la première saison le binôme Jarry – Créty était celui qui fonctionnait le moins bien à mon sens, question de goût, mais les dessins d’inspiration comics et les sempiternels couleurs informatiques dégueulasses qui vont de pair n’ont jamais été ma tasse de thé. Bis repetita donc : le trait est pâteux, les graphismes n’ont rien d’enivrant (un défaut majeur pour une bd fantasy), idées assez bateau, service minimum, ce n’est assurément pas dans ce genre de bd que j’investirai mes brousoufles.

Un scénario difficile à la comprenette, nettement plus bavard et usant qu’à l’accoutumé. Jusque là les intrigues étaient riches, pas dénuées de réflexions tout en nouant avec des sentiments sincères et s’écoulant de manière fluide dans mon esprit. Ici j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour essayer de saisir les enjeux et la mécanique du complot qui se trame. Le scénariste ne nous avait pas habitué à un tel niveau de complexité et sincèrement, je n’ai pas tout capté, mais les dessins peu avenant ne m’ont pas invité à revenir sur mes pas.

Sinon l’histoire en elle-même est plutôt intéressante et résonne avec l’actualité. On avait évoqué en fin de saison 1 les prémisses d’une révolution par le bas à venir. Cependant ici on traite de la « révolution » par le haut avec une tentative de renversement des ordres en faisant basculer le pouvoir nobiliaire et royal en faveur d’une ploutocratie nouvelle (inspirée de la Révolution française ? ). Corruption, sombre tractation, pacte de non-agression éphémère, coups-bas… quels que soient les coups tordus et techniques d’étrangleur ottoman, c’est toujours la banque qui gagne !
Les retournements sont bien amenés à tel point qu’on en oublie que l’album ne s’intitule pas « Ordo », du nom du protagoniste de la saison 1 de l’ordre du Talion ici sur le retour ; mais Derdhr, la plus grande des salopes manipulatrices. The Rains of Castamere !

Mise à jour 26/09/2017
Tome 8 Sriza du Temple

De retour dans la section épouvante / sorcery de la série Nains. Sriza est un nain qui mène une double vie : au quotidien c’est un prêtre au grand cœur et bon conseiller avec ses ouailles, mais il demeure cependant celui à qui le Temple fait appel lorsque les forces obscurs remontent sur le monde depuis l’enfer de Hej. À ce moment Sriza troque sa tunique de ministre du culte pour celle d’exorciste. On lorgne doucement du côté de L’Exorciste, cependant que Sriza a des méthodes plus musclées et n’est pas du genre à psalmodier des incantations le nez dans un bouquin lorsqu’il est confronté au démon. On se rapproche davantage des méthodes de traque et de pistage d’un Van Helsing. Action et aventure sont garantis au programme.

En même temps que se déroule une histoire de chasse au démon, on est plongé par petits flash-back sur l’enfance du personnage principal et ses années d’apprentissage. Et lorsqu’on mélange enfance et horrifique cela déboule sur une histoire classique mais néanmoins bien menée de croque-mitaine qui poursuit le héros durant toute sa vie. Des gamins traumatisés par un épouvantail qui devront y faire face à l’âge adulte, tout de suite on pense à Ça de Stephen King (les choses sont bien faites avec le film qui vient de sortir). Mais également à l’inénarrable Berserk, chef d’œuvre de la dark fantasy, lorsque la Bête a déposé sa marque sur le front de Sriza, tout comme Guts, lui rappelant inlassablement que les créatures de la nuit viendront sans cesse le chercher et que son combat n’aura de fin qu’à sa mort.

Nicolas Jarry poursuit la construction de son univers en procédant de la même façon que les précédents tomes en rappelant les anciens de la saison 1, qu’il adore maltraiter visiblement. Après un Redwin qui termine façon Roi Liche dans Warcraft III, un game over pour Ordo qui l’a eu dans l’os, il rappelle Aral dont je lui trouve graphiquement un petit côté Luke Skywalker SW7 et qui… mais vous connaissez déjà son sort si vous avez lu le T3.

Toujours plein de petites références fantasy, de clins d’œil sympa et de personnages dont on se demande s’ils ne sont pas tirés de la réalité comme le cinglé Orban qui œuvre seul à la reconstruction d’une ancienne forteresse. Personnage à mi-chemin du Radagast de Tolkien et, ce n’est que mon ressenti, de Justo Gallego Martinez. Ce vieux moine autodidacte a entrepris seul en 1961 la construction d’une cathédrale dans sa ville natale de Mejorada. Une entreprise pharaonique ! Il y a aussi cet ours polaire géant utilisé comme « chien de traîneau », tout droit inspiré des Panserbjornes de À la croisée des Mondes de Philip Pullman.

Graphiquement toujours aussi beau je trouve. Paolo Deplano est peut être l’artiste que je préfère sur cette série. J’aime son encrage (qui mérite bien encore une fois une édition N&B), ses idées (même si par Yjad cela manque de dessins en pleine page ! ), mentions spéciales pour la forteresse p. 29, le backstab p. 53 et le combo magique p. 54.

En revanche, parce qu’il faut apporter un bémol, ça fait toujours aussi chier les limitations de la pagination française comme ce moment que je trouve hyper épique p. 42, avec la confrontation ultime entre Sriza et Ar’Az’Erm qui est complètement passée en ellipse. Alors qu’il y avait tout dans cette scène avec le lettrage façon enluminure lorsque Sriza récite les mots consacrés. Une ch’tite page en plus pour montrer le duel n’aurait pas été de refus. Autre critique : je trouve qu’avec les phases « apprentissage à la dure » du héros, on commence à tourner en rond. On a déjà vu cela, album après album, et je trouve que ce serait pas mal si le scénariste pouvait, je ne sais pas, proposer autre chose que l’histoire en flash-back du personnage qui en a bavé et tout…

Mise à jour 25/10/2017 Tome 9 Dröh des Errants

Des années ont passé depuis le sacrifice d’Oösram pour son peuple et même si le statut des Errants a sensiblement évolué, ceux-ci n’en demeurent pas moins une classe sociale défavorisée et méprisée par le reste de la société naine. Dröh, le fils d’Oösram, est de retour parmi les siens après avoir roulé sa bosse, parcouru le monde, appris le métier des armes, et tel le William Wallace de Braveheart les raisins de la colère grondent toujours en lui. Les chiens ne font pas des chats. Cependant les révolutions d’antan sont oubliés, trop de sang a été versé et les plaidoyers guerriers ne sont plus de mode parmi les Errants. Janssen, le beauf de Dröh, est davantage un partisan de la négociation, plus lente mais aussi plus paisible. Ses ambitions étant trop grandes et dangereuses pour ce microcosme paysan, Dröh part jouer les Renaud en mode Germinal sur un chantier d’autoroute, un terreau plus propice aux révoltes avec sa main d’œuvre bon marché facilement remplaçable.

L’air de rien cette branche de la série Nains est celle que je préfère sur le plan scénaristique. Une fantasy très politique, avec des intonations révolutionnaires, on n’a pas souvent l’habitude de lire ça. Notre Dröh est un sacré baroudeur et il fera ici des rencontres inattendus, je dois bien avouer que j’ai été surpris par la tournure du scénario qui part un moment donné sur autre chose de complètement différent. D’une histoire qui démarre sur une quête d’égalité et de justice, on termine sur un récit hyper introspectif et une quête de soi, une ébauche d’histoire d’amour qui s’écoule à travers les vies et les âges, une dénonciation de la guerre perpétuelle entretenue par la folie des êtres (comme briser cette putain de roue ?! ), en passant par un duel judiciaire (big up à Tyrion Lannister) et un classique blockhaus style Fort Alamo/Dros Delnoch/Gouffre de Helm. C’est très bien écrit, les textes sont beaux dans le sens touchant et sages.

« Ne sois pas triste, Nain, si je n’ai changé qu’une âme… alors mon combat n’aura pas été vain... »

C’est néanmoins un peu dommage de faire durer le plaisir sur ces digressions alors qu’on nous promettait les grands soirs fin du tome 4 et de la saison 1 en général. Espérons de ne pas devoir attendre 8 saisons pour qu’enfin… Bref, vivement la saison 3 avec Dröh en mode David Carradine dans Kung Fu.

Les dessins de Jean-Paul Bordier sont plaisant mais accrocheurs que par intermittence (ça manque de pleine et double-page), comme la bonne idée du mont Rushmore orc, très cool. En ce qui me concerne, toujours la même rengaine contre les couleurs numériques de Digikore Studios…

Mise à jour 28/01/2018 Tome 10 Abokar du Bouclier

Oh non ! Pas ça Nicolas Jarry, il nous refait le coup du mur d’Hadrien. Défendu par les rebuts de l’armée naine : les courtards, les déserteurs, les têtes brûlés, les lâches, les voleurs, les assassins, et les ennemis au-delà de la barrière sont des nains sauvageons, n’en jetez plus, c’est le Mur du Trône de Fer quoi… Je n’ai rien contre le TdF mais j’en ai un peu marre de ces références là. Certes, le TdF n’a pas le monopole du dernier rempart à défendre mais là la ressemblance est frappante. Peut-être est-il temps de conclure la série dans la saison 3 avant que cela ne devienne un long fleuve tranquille sans surprises qui ne ferait que singer les classiques.

Dohan, un capitaine boiteux de bonne volonté mais trop bonne poire sert de bouc émissaire suite à la mort de leur général Abokar lors d’une bataille décisive face aux hordes orcs. Sauf qu’Abokar n’a pas trépassé, il a choisi de disparaître pour ne pas pas que ses hommes remarquent sa dégénérescence physique et mental qui le gagnait. C’est Dohan qui paye les pots cassés en se montrant fidèle au général : à ce dernier une gloire immortelle, pour l’autre l’opprobre et l’exil. Mais en fin de compte le destin pourrait décidé de refaire se croiser les deux officiers pour un ultime baroud d’honneur…

L’histoire est sympa, c’est un truc pour les bonhommes. On est dans un récit très militaire où ça cause disciple, mater les récalcitrants à coups de taloche, tactique, expédition, reconnaissance, mais aussi d’honneur perdu… Et puis soudain on bascule dans l’ésotérisme type T3 et T8 consacré au Temple, et ce n’est pas la première fois que Jarry prend les lecteurs à contre-pied. J’ai adoré les idées apportées dans cette seconde partie : on dirait du Pacific Rim fantasy . En bref, c’était plutôt cool, avec quelques clins d’œil en prime, il y a du suspens avec ce général aussi taré que Nivelle frisant l’irresponsabilité d’un Grouchy mais doté du génie stratégique de Turenne ; mais au-delà du simple divertissement je ne vois pas ce que ça apporte à l’univers Nains. C’est vrai on retrouve Dohan, souvenez-vous, c’est le frère de Tiss du Bouclier (Tome 5), et son histoire très touchante agrandi la toile de l’univers Nains mais c’est au niveau de l’histoire en général qu’on ne progresse plus je trouve.

Les dessins : « mmmmouais, ok » ça fait le taf mais les couleurs, toujours pareil : « c’est fait à l’informatique et ça se voit ». Grrrrrrrrr !

Mise à jour 17/09/2018
Saison 3

Tome 11 Torun de la Forge

Avec Torun de la Forge s’achève la trilogie Redwin (quoique…). Les thèmes demeurent les mêmes, se référencer à mes avis des tomes 1 et 6 pour les connaître. Un album passionnant malgré le phénomène de répétition. Lorsqu’un journaliste faisait remarquer à Angus Young, guitariste solo du groupe rock AC/DC, qu’ils avaient sortis 10 albums mais qu’on ne pouvait pas les différencier les uns des autres, Angus lui répondit : « Faux ! Nous avons déjà 11 albums qui sonnent comme un seul. » Les albums de la série Nains fonctionnent à mes yeux un peu de la même façon, c’est toujours plus ou moins la même chose, mais c’est tellement bon qu’on en redemande.

Ce numéro est toutefois intéressant car on ne fait que s’attarder sur l’enfance du héros. Cette-fois l’histoire entière est consacrée à celle-ci. Du coup on se demande un peu pourquoi l’illustration de couverture montre un Torun dans la fleur de l’âge alors que le récit se déroule durant sa 13ème année. Mais plus intéressant encore on se demande si Torun est le véritable héros de cette histoire, tout comme Anakin Skywalker / Darth Vader est le véritable personnage principal de Star Wars, car à travers lui c’est le dernier baroud d’honneur de Redwin qui nous est raconté ici. Le dernier ? Cela reste à voir, mais pour une fois on aimerait tellement que les choses se terminent bien, laissons-le finir sa vie du bon côté de la Force, lui que l’on avait laissé en héritier du Roi Liche à la fin du tome 6.

Plutôt bien apprécié les graphismes de Pierre-Denis Goux, surtout dans la deuxième moitié du livre, lorsqu’il y avait plus d’action et de combats. Y a pas à dire, ce mec sait donner de la vie et du rythme à son dessin. Le combat titanesque entre le plus grand guerrier nain de son temps et le plus grand guerrier nain de tous les temps est époustouflant, mode serious business. Moins séduits en revanche par les tronches cartoonesques et de manière générale de l’héritage « comics » dans son trait. Mais bon… question de goût.

Je me demande ce que nous réserve les Héritiers de la Forge (huhuhu ! ) dans la quatrième saison.

Mise à jour 01/11/2018 Kardum du Talion

Retour vers l’ordre du Talion, pas le plus exaltant des cinq ordres régnants, néanmoins le plus intéressant pour comprendre qui dans l’ombre tire les ficelles de nous autres, simples marionnettes entre les mains des puissants.

Kardum est un seigneur de guerre, un vendeur de mort, marchand d’armes partie de rien et devenu une des plus grosses fortunes d’Arran. À priori il possède le profil type de l’enfoiré individualiste prêt à vendre père et mère pour amasser un peu plus de fortune. Cela c’était le profil de Derdhr vu dans la saison 2. Kardum est en quelque sorte l’autre face de la même pièce. Si leurs ambitions restent les mêmes, les moyens pour y parvenir diffèrent car en dépit d’un trait d’individualisme forcené, Kardum possède un certain code d’honneur, l’argent n’est pas un fin en soi à ses yeux. Il apprécie la notoriété qu’il lui confère mais l’argent n’est qu’un instrument servant à de plus grandes ambitions. Le pouvoir demeure la finalité de toute chose.

Les questions de fonds sont également très intéressantes via les scènes entre Kardum et sa mère. Cette dernière lui reprochant de s’être renié et d’avoir trahi les idéaux familiaux, et ne désespère pas de le voir un jour revenir dans « le droit » chemin. Mais Kardum s’est-il vraiment renié ? Duperies, fausses promesses, parties d’échec, tout en continuant à s’attacher aux choses qui comptent vraiment dans la vie : sa famille, ses amis. Kardum est ce qu’il est, ses méthodes ne sont peut être pas très honorable, mais le constat demeure implacable : il œuvre de façon général pour le bien commun.

Toujours pas très emballé par les graphismes de Stéphane Créty, c’est comme ça. Et ces couleurs... beurk ! Du « à l’informatique et ça se voit ». Sérieux les gars, faut arrêter là. C’est vraiment dommage, c’est le mauvais point qui justifie le 3 étoiles.

La conclusion est assez intrigante. La citadelle de Gabaradas deviendra-t-elle le futur bastion et Éden de la résistance naine ?

Mise à jour 06/12/2018
Tome 13 Fey du Temple

Encore une bien jolie histoire signée Nicolas Jarry, tout à la fois personnelle on le devine et qui en même temps résonne dans notre actualité. Le récit met en avant Fey, un second couteau apparu dans les tomes précédents et que je ne soupçonnais pas pouvoir jouer les premiers rôles. Je ne pouvais plus mal me tromper, cet album met en avant la « strong independant woman » qui demeure en chaque femme. C’est cool, même si le récit demeure violent et guerrier, l’histoire est un peu plus taiseux qu’à l’habitude, sans le bruit et la fureur habituelle mais avec davantage de réflexions et un message clairement porté sur l’amour qui relie les êtres avec cette jolie métaphore du pont à rebâtir coûte que coûte. En plus il y a une révélation surprenante sur les origines de Fey, les lecteurs de la première heure apprécieront.
Toujours de superbes planches de Paolo Deplano accompagné cette-fois de Benoît Dellac au story-board, un dessinateur à suivre avec attention lui aussi.

Mise à jour 14/04/2019
Tome 14 Brum des Errants

Voilà une histoire qui met en avant un personnage secondaire de la série mais aperçu à de nombreuses reprises désormais, il fait parti des meubles, et au charisme suffisamment badass pour mériter son propre album. J’ai nommé : Brum des Errants, commandant de la légendaire Légion de Fer.
On connaît désormais les gimmicks d’écriture de Nicolas Jarry, le récit s’ouvre sur le héros qui revient sur son lieu de vie d’enfance, la fange et les quartiers misérables où il a grandit, pour se rappeler à ses vieux souvenirs, comment lui Brum est parti de rien pour devenir le plus grand guerrier de son temps.
La formule est désormais classique et on a cette impression de « déja-vu » mais cela marche toujours pourtant. Le héros qui se hisse en haut de l’échelle sociale sans pour autant oublier ses amis, les conflits familiaux avec Brum qui se trouve un père de substitution et vice-versa, etc. J’ai l’impression que les albums passent et les avis se répètent…
Comme les histoires de Nicolas Jarry sont comme les romans de David Gemmell ou les albums d’AC/DC, ils sonnent comme un seul (et c’est ça qu’est bon), j’attends désormais des surprises dans le choix des dessinateurs. Car la aussi le casting se répète et je trouve cela un peu dommage. J’aime bien globalement Jean-Paul Bordier mais il ne me transporte pas plus que cela. Et les couleurs de Digikore Studios n’aident pas non plus…
De la nouveauté, please !

Nom série  Aslak  posté le 08/07/2014 (dernière MAJ le 14/04/2019) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Bis repetita. Ne vous fiez pas à la couverture du tome 1 qui il faut bien le reconnaître, n’est pas très aguichante. A l’intérieur le dessin d’Emmanuel Michalak se révèle plus qu’à la hauteur. Vous aimez Okko la série phare de Hub ? Ne cherchez plus, Aslak est du même tonneau et les couleurs sur le tome 1 sont la réalisation de Drac qui officie également sur Okko. Hub n’est que co-scénariste mais l'on peut à juste titre supposer qu’il a pris part à la conception graphique tant le trait de Michalak est similaire au sien. A noter que le coloriste change sur le tome 2 et laisse sa place à Sébastien Lamirand qui apporte une touche plus claire et des couleurs plus chaudes. Ce n’est pas plus mal, ça se tient bien.

En ce qui concerne l’histoire j’ai grandement apprécié cette lecture qui m’a rappelé aux bons souvenirs de Lanfeust De Troy car l’on se situe ici en pleine lanfeusterie et fantasy burlesque.
Le synopsis vous l’avez lu pas la peine que je le rappelle. On a donc une compagnie hétéroclite de bras cassés en guise de héros avec : Almarik (mon préféré) un guerrier berserk qui tourne de l’œil à la vue du sang. Il préfère certainement lorgner davantage sur la poitrine de la belle Brynhild, capitaine hargneuse du piteux drakkar « Aslak », théâtre des aventures de nos personnages. Pour les accompagner on peut aussi citer Dankrad le devin que personne ne prend au sérieux (et qui schlingue de façon épouvantable, y a-t-il un jeu de mot avec son nom ?), Sligand qui est un anti-Lanfeust par excellence, stupide à bouffer du foin, arrogant et un vrai boulet. Son frère cadet Knut qui est le plus malin de la bande alors que paradoxalement il n’est qu’un enfant.

Alors c’est très drôle je trouve, le côté comique s’exprime à travers les situations et la gestuelle des personnages. Un récit qui parvient habilement à mélanger la comédie avec un ton souvent très sérieux et gore car l'on n’est pas en reste côté action et drame.

Le tome 2 prend en revanche une autre tournure en délaissant quelque peu l’humour au profit d’un ton plus (trop ?) sérieux. Certains personnages deviennent mélancoliques et envieux tandis que l'on sent poindre les retournements de veste. Certains lecteurs apprécieront, d’autres regretteront l’abandon du ton enfantin qui faisait le charme du premier tome.

Vraiment une série sympathique à recommander d’urgence aux amateurs de lanfeusterie.

MAJ 21/10/2017 Déjà pas mal d'années se sont vite écoulées, comme si je m'étais perdu dans Le Monde du Rien. Je dois dire que la série m'intéresse moins maintenant, j'ai sûrement passé le cap des lanfeusteries, je continue néanmoins de la suivre. Celle-ci sur les tomes 3 à 5 n'a pas spécialement perdu en qualité, du moins concernant les graphismes. Mais le scénario qui va de McGuffin en McGuffin pour désespérément faire vivre le truc a commencer à me saouler un chouia. Je crois que le tome 6 sera le dernier, ouais, il est temps d'en finir dans un dernier baroud d'honneur.

MAJ 14/04/2019
Et le verdict tombe donc après ce dernier baroud d’honneur qu’est le tome 6 : c’était une chouette aventure. Je ne me suis pas relu les cinq livres précédents, le résumé en préambule a bien aidé à me rafraîchir la mémoire. Le dernier album est un final qui se révèle divertissant sans être super épique, je me vois bien relire la série dans son ensemble si une intégrale voit le jour car mis bout à bout c’est une histoire ma foi très sympa, l’aventure, le dépaysement, l’humour, la dramatique sont au rendez-vous. Mais analysés séparément les albums vont du bon au « ok » en passant par le « mouais ». Tout cela méritait-il vraiment six tomes et 8 années de développement ? Je me dis que l’histoire aurait pu être raccourcis d’un voir deux albums et gagner en efficacité. Bon après on ne va pas chipoter, le récit tient la route, la conclusion est satisfaisante, c’est le haut du panier.

Nom série  Les Montagnes hallucinées (Tanabe)  posté le 07/04/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Tout simplement impressionnant. Incompris par les uns, fascinant pour les autres, H.P. Lovecraft grand pionnier du genre littéraire horrifique-fantastique, ne laisse pas les lecteurs indifférents. Sa renommée n’a cessé de grandir depuis qu’il a été redécouvert après sa mort, et nombre d’artistes et écrivains contemporains se sont inspirés de son travail et de sa vision pessimiste de l’humanité. Le Mythe de Ctulhu est les histoires qui s’y rattachent est sans aucun doute sa création la plus connue, dont Les Montagnes Hallucinées fait figure de chef d’œuvre. Quoi de plus logique donc pour le mangaka Gou Tanabe de commencer son adaptation des récits de Lovecraft par l’un des plus culte.

Les Montagnes Hallucinées se veut une suite non officielle aux Aventures d’Arthur Gordon Pym de Nantucket, de l’écrivain Edgar Allan Poe lui-même grand pionnier du genre et dont l’œuvre a influencé Lovecraft qui se l’approprie en y mettant sa sauce horrifique cosmique.
Sans rentrer dans les détails, le pitch étant qu'en 1931 un groupe de chercheurs de l’université Miskatonic part vers l’Antarctique afin d’explorer et mieux comprendre ce continent encore emplie de mystères et dont il espère tirer tous les secrets. La mission tourne mal, suite à la découverte d’une cité remontant à plusieurs millions d’années, ces humains faisant partie de l’élite intellectuelle, aussi brillant soient-ils ils doivent réaliser que des choses les dépassent, des espèces bien supérieures à la leur les ont précédé, ont eu un vécu s’étalant sur des millions et des millions d’années, et que venues du fin fond de l’espace et du temps, ces créatures les surpassent en tout… y compris en cruauté (question de point de vue...).

Comics, bd franco-belge, illustrations… Lovecraft a été adapté dans tous les styles, par tout le monde, sans jamais vraiment trouvé quelqu’un capable de retranscrire en format séquentiel ce que l’on peut ressentir à la lecture d’une histoire du maître de Providence. Et puis Gou Tanabe est arrivé ! Peut-être fallait-il en passer par le manga pour enfin avoir l’adaptation que les fans attendaient, le format bd étant probablement trop court pour le roman graphique horrifique, et la mise en place de la tension qu’il exige ; et le comics n’étant pas suffisamment riche visuellement (et rarement en noir et blanc, et « beurk » Culbard, Burrows). Le format manga, plus long, plus posé, permet de ressentir toute cette montée progressive vers la folie et l’angoisse des personnages qui s’accentue au fur et à mesure du récit. Le dessin de Gou Tanabe est au petits oignons, un trait noir qui met la pétoche, des expressions faciales un peu figées mais qui demeurent plutôt soignées, des décors qui font froid dans le dos. En plus le livre-objet est vraiment pas dégueu avec sa couverture en simili-cuir. Dommage qu’on ait coupé le roman en deux volumes, cela aurait fait un beau livre de 600 pages de dessins.

Mais les chefs d’œuvre de Lovecraft par Gou Tanabe ce n’est pas fini ! Le bonhomme en serait déjà a 7 ou 8 tomes au Japon (sans compter le The Outsider où en plus de Lovecraft, Tchekhov et Gorki sont présents). À recommander à tout adepte de Ktulu qui se respecte.

« Tekeli-li ! »
« Tekeli-li ! »

Nom série  Conan le Cimmérien  posté le 02/05/2018 (dernière MAJ le 28/03/2019) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
« Ses textes ont forgé les codes de la fantasy. Ses personnages (Conan, Kull, Solomon Kane, Red Sonja, Bran Mak Morn, El Borak, Agnès le noire...) ont marqué des générations de lecteurs. Depuis une quinzaine d’années, Robert E. Howard connaît une véritable résurrection littéraire. Débarrassée des interférences de ceux qui se l’ont appropriée après sa mort, son œuvre fondatrice est désormais accessible dans toute sa force grâce à des éditions respectueuses de son travail. » Patrice Louinet, éminent spécialiste de Robert E. Howard.

En 2007 la maison d’édition Bragelonne a entrepris la compilation sous la forme de 3 intégrales des nouvelles de l’écrivain texan sur le barbare le plus connu au monde. Patrice Louinet et d’autres ont effectué un véritable travail d’archéologie littéraire, retraduisant parfois à partir des tapuscrits originaux lorsque ces derniers étaient disponibles. Ayant pour ma part ingurgité les précédentes versions en Livre de Poche lorsque j’étais plus jeune, le héros cimmérien ne m’avait pas laissé une très forte impression, ni même la plume de son créateur, bien que reconnaissant l’immense héritage laissé par ce personnage phare d’un genre que l’on nommera plus tard Heroic Fantasy. Avec ces livres j’ai pu revoir mon jugement et découvrir par la même occasion la plume d’un écrivain à part entière, éloigné de l’image de tâcheron et de fou que les médisants lui ont forgé au fil des décennies.

Un bref rappel sur le sujet en question : Conan est né aux États-Unis en 1932, dans le magasine Weird Tales, sous la plume de Robert E. Howard, suicidé en 1936. Il faudra attendre 1968 et sa réédition en ouvrages de poches, aux couvertures signées Frank Frazetta, pour que le succès soit au rendez-vous. Adopté par le comics deux ans plus tard, puis par le cinéma, la télévision, les jeux de plateau…, « Conan » est devenu un mythe qui a rapidement franchit les frontières américaines. Né dans la légendaire Cimmérie, l’imposant guerrier parcourt des contrées sauvages - rencontre d’autres peuples, affronte des créatures maléfiques, lutte contre les tyrans, croise la route de jolies femmes – « pour fouler de ses sandales les trônes constellés de joyaux de la Terre »… ^^

Le projet ambitieux affiché par Glénat est ni plus ni moins que d’adapter sous papier glacé ces fameuses nouvelles originales respectueuses des écrits de leur concepteur. Adapter Conan, le vrai, pas celui qu’on a appelé Conan le Barbare, c’est un rêve de geek qui se réalise aujourd’hui, c’est noël avant l’heure ! Douze nouvelles sont annoncées au calendrier de l’éditeur. Douze dessinateurs accompagnés par un scénariste, ou en solo. Pour déclencher les hostilités l’éditeur cogne fort avec la parution de deux albums la même date, dont le premier est certainement une des histoires les plus connues et appréciées des fans :

La Reine de la côte noire
(scénario : Jean-David Morvan dessin : Pierre Alary couleur : Sergio Seydas)

Autant se l’avouer, dans le tas il y aura des albums que l’on appréciera plus ou moins selon les graphismes ou la teneur de l’histoire. Ici j’avais clairement plus d’appréhension sur le dessin cartoonesque d’Alary que sur le scénario de Morvan qui ne pouvait que difficilement se rater vu le potentiel de la nouvelle. Alors nos deux auteurs sont-ils parvenus à ménager le problème cimmérien de la chèvre, du chou et le loup ? Plusieurs bons points pour Alary : le chara-design de Conan passe, enfin nous nous éloignons de l’image « slip à fourrure » qui lui collait à la teub, le personnage apparaît dans toute sa splendeur. Une gueule quelconque mais un attirail témoignant de sa vie et ses aventures passées : casque du Nordheim, cape d’Ophir, épée d’Aquilonie, etc. En revanche pour Bêlit, ça passe moyen. Comme dans les meilleurs histoires de Conan, ce dernier n'est pas au centre des attentions mais n'est souvent que simple spectateur. Bêlit est ici l'égal du barbare, elle partage l'affiche à ses côtés. Il ne fallait donc pas se louper, à travers elle Howard a écrit le seul personnage féminin un tant soit peu badass de la série. L’écrivain imaginera d’autres héroïnes sexy, strong independant woman, par la suite mais avec Bêlit on peut dire qu’il nageait à contre-courant et qu’il fût un des seuls à mettre en avant une femme guerrière à l’époque. Pour le coup, je trouve qu’elle manque de prestance ici, elle ne parvient à soulever mon enthousiasme. Je me l’imaginais davantage sexy, la peau d’albâtre et touti quanti. Je préfère les versions de Xavier Colette ou Adrian Smith en comparaison. Elle a ici un côté reine de Saba qui pour le coup s’éloigne de l’esprit « 100 % Howard » que cherche pourtant à renvoyer l’éditeur. D'un autre côté, il s'agit aussi d'une adaptation, donc accepter le fait que chaque auteur vienne avec ses idées, son style. Pour le reste Alary compense avec un découpage dynamique et une mise en scène jalonnée d'idées ingénieuses. Certains arrières plans sont riches en détails et font leur effet. Sergio Seydas assure à son tour avec une coloration très chatoyante. Sinon, brillante idée que de commencer le cycle par cette nouvelle qui plante tout de suite le décor et qui permet au lecteur profane de saisir le caractère de Conan : l’histoire s’ouvre sur un meurtre commis par celui-ci qui est pourchassé par des gardes. Il parvient à s’enfuir en forçant le capitaine d’un navire commerçant à le prendre à son bord contre son gré. Les péripéties s’enchaînent entre course-poursuite, massacres, actes de pirateries, sexe, romance, chasse au trésor, terreur dans les bois, l’empreinte horrifique lovecraftienne y est même perceptible.

« La nuit dernière, dans une taverne, un capitaine de la garde royale a fait violence à la compagne d'un jeune soldat, et naturellement ce dernier a embroché le capitaine. Mais il semble qu'il existe une satanée loi interdisant de tuer des gardes, aussi le garçon et la fille ont-ils pris la fuite. Le bruit s'étant répandu que l'on m'avait vu en leur compagnie, on m'a donc traîné aujourd'hui devant un tribunal. Un juge m'a demandé où avait fui le garçon. J'ai répondu que, comme c'était un ami, il m'était impossible de le trahir. Le juge s'est mis en colère et m'a tenu un grand discours où il était question de mon devoir envers l'État, la société, et d'autres choses auxquelles je n'ai rien compris, et m'a prié de lui dire où mon ami s'était réfugié. À ce moment, je commençais moi aussi à être furieux, car j'avais clairement expliqué ma position. Mais j'ai ravalé ma colère et j'ai gardé mon calme. Le juge a repris de plus belle, braillant que j'avais fait offense à la cour et que je devais donc être jeté dans un cachot pour y moisir jusqu'à ce que je dénonce mon ami. Comprenant alors qu'ils étaient tous fous, j'ai sorti mon épée et j'ai fendu le crâne du juge en deux. » ^^

Nihiliste, épicurien, une philosophie de vie à la « carpe diem », telle est la conception du monde de cet aventurier à l’irrépressible bougeotte. C’est un condensé du meilleur de Conan qui est ici mis en image et qui constitue une formidable mise en bouche avant d’entamée les hors-d’œuvre.

Le Colosse noir
(scénario : Vincent Brugeas dessin et couleur : Ronan Toulhoat)

Autre temps, autre lieu, et nouvelle équipe donc avec un duo d’auteurs qui a fait ses preuves dans plusieurs genres en s’étant illustré dernièrement dans l’aventure historique de Ira Dei. Logique de penser que ces deux-là étaient programmés pour réaliser une histoire Hyborienne. D’ailleurs si on en juge par le physique du cimmérien, Ronan Toulhoat semble nostalgique de la coupe mulet (déjà avec Tancrède sur Ira Dei…), à moins qu’il ne soit tout simplement fana comme moi de Mel Gibson dans Braveheart ou des héros burnés comme Silvester Stallone dans Rambo III. De bonnes inspirations comme souvent avec cette artiste (La princesse Yasmela serait physiquement inspiré de Gemma Arterton dans Prince of Persia que cela ne m'étonnerai pas ^^. L’histoire n’est clairement pas la plus profonde du cycle, écrite davantage parce que « faut bien manger » on va dire. Néanmoins elle est idéalement destinée à un artiste généreux dans le dynamisme et les scènes d’action car c’est ce vers quoi l’histoire est principalement tournée : du divertissement pur. Malgré la mise en route sympathique, le cœur du récit se situe dans la bataille dont Conan est la clé de voûte qui en décidera l’issue. C’est une histoire que j’apprécie moins car elle fait doublon avec une autre nouvelle, La Citadelle écarlate, qui est autrement plus épique et fantastique à mon sens et dont l’adaptation est aussi à venir. Cependant si on est admirateur du duo Toulhoat / Brugeas, on est forcé d’apprécier cet album qui témoigne encore une fois de la montée en régime de ces deux compagnons de route. R. Toulhoat possède un encrage bien sombre dynamité par une mise en scène très cinématographique, sa mise en couleur est "spéciale", je l'aimais déjà bien sur Ira Dei, tandis que V.Brugeas fait parler sa magie arcanique des dialogues et a bien su poser le personnage (bien que ce ne soit pas son meilleur rôle. La fin est aussi branlante en BD qu'en nouvelle).

« Dans ce monde les hommes luttent et souffrent en vain, trouvant du plaisir seulement dans la folie ardente de la bataille; une fois morts, leurs âmes pénètrent dans un royaume gris, nuageux et parcouru de vents glacés, où ils errent sans joie, pour l'éternité. » Conan.

Mike Moorcock évoquait l’adaptation BD d’Elric, son cycle majeur par Glénat, comme de la meilleure jamais conçue, les auteurs français ayant parfaitement su capter la tonalité ambiante et la psychologie de l’anti-héros. Je pense, j’imagine, que si Howard était encore de ce monde, il aurait approuvé le bel hommage que lui rendent les auteurs de Glénat. Who knows ? Après tout, Crom s’en moque. Oubliez Schwarzenegger, oubliez Momoa (même s’il incarnait bien mieux le perso que le précédent bodybuildé), oubliez John Milius, oubliez John Buscema et Roy Thomas. Revenons aux fondamentaux, à Robert E. Howard, gardons en tête les illustrations évocatrices de Frank Frazetta et la musique emblématique de Basil Poledouris, et… To Be Continued…

https://www.youtube.com/watch?v=EAFtiUoq6TE

Au-delà de la rivière noire
(scénario : Mathieu Gabella dessin et couleur : Anthony Jean)

Nombre d’amateurs et de spécialistes de Howard considèrent Au-delà de la rivière noire comme la meilleure nouvelle de toute sa carrière. J’ai personnellement une préférence pour quelques autres mais oui, incontestablement cette nouvelle fait partie du top 5 de Conan et de Howard. Si dans un projet d’adaptation l’éditeur choisit de faire appel à Mathieu Gabella, auteur du désormais culte La Licorne, et accompagné au dessin par l’artiste ayant officié sur la même série, Anthony Jean, alors n’en jetez plus. Au-delà de la rivière noire collection Glénat est l’album dont j’attends le plus impatiemment la sortie car il réunit récit d’importance et haletant, en même temps que des graphismes forcément flamboyant.

Pour être honnête je ne saurais dire si cette adaptation est fidèle à la nouvelle de l’auteur texan, je l’ai lu il y a quelques temps et ne m’en rappelle plus dans les détails, et… la flemme, quoi. Mais d’après les dires d’un « potonautes », le rôle de Balthus y est ici un peu amoindri alors qu’il avait une position plus héroïque et son propre POV dans la nouvelle. La faute a cette saleté de pagination à 48 planches dont décidément les éditeurs franco-belges n’arriveront jamais à se passer… On pense aussi au cabot Slasher, vite introduit mais vite disparu, dommage. Mais mis à part ce menu détail (à mes yeux), toute la violence, le gore et la terreur que parvenait à renvoyer la nouvelle, exsude sur chacune des planches d’Anthony Jean. Cela n’arrête pas, de la baston et du macabre de bout en bout. Pour moi le contrat est rempli, malgré la limitation des pages, le rythme du récit n’en souffre aucunement, les dialogues sont clairs et le décor est bien planté, on retrouve (ouf!) les punch lines devenues cultes.

Est-ce que j’ai dit que graphiquement c’était magistral ? Pour les deux précédents albums je ne voyais pas l’intérêt d’une version noir et blanc. L’encrage d’Alary n’est pas suffisamment prononcé pour faire aimer une version N&B et son dessin passe beaucoup mieux avec de la couleur, tandis que l’album de Toulhoat a clairement été pensé pour être vu en couleur (l’introduction). Là, c’est du très très haut level, je sais pas, les mots me manquent, on se tait et on admire, juste.

Une œuvre emblématique qui expose la vision de son auteur sur les limites de la civilisation et qui reprend habilement le spectre américain de la « frontière ». Il y a eu d’autres « Fort Alamo » Fantasy, mais celui-ci est le premier et principal à retenir.

« La barbarie est l’état naturel de l’espèce humaine. La civilisation n’est pas naturelle. Elle résulte d’une fantaisie de la vie. Et la barbarie finit toujours par triompher. » Un trappeur anonyme à Conan.

La fille du géant du gel
(scénario dessin et couleur : Robin Recht)

Crom ! Que cet album est magnifique ! Le grand Mike Moorcock (auteur du cycle d’Elric, également adapté chez Glénat) déclare en préface de l’album « Pour moi, Recht est l’un des meilleurs artistes de bande dessinée français, et l’un des plus intelligents. Sa superbe interprétation de ce qui est la plus simple et la plus pure des histoires de Conan, résiste à ce qui est ironiquement la tentation américaine d’embellir et d’ajouter au personnage jusqu’à ce qu’il en perde sa signification originale. Recht dépasse Howard, en fait. C’est un Conan intense, hors norme, un Conan comme Bob Howard, mort trop tôt, aurait voulu qu’il soit. Le meilleur à ce jour. J’adore ! » ; et je ne suis pas loin de penser comme lui. Sur l’aspect purement visuel je considère Recht comme faisant parti des très grands depuis quelques temps maintenant et cet album est celui de la confirmation. Il nous régale du début à la fin, de l’illustration de couverture au cahier graphique en passant bien sûr à la bd en elle-même, avec des dessins et illustrations en pleine et double page, une composition qui fait très cinématographique, un découpage qui privilégie les grandes cases, son trait, dans la lignée d’un Mathieu Lauffray (qui rend un dessin hommage en fin d’album pour la 1ère édition) est solide et maîtrisé. Le début du récit avec cette bataille qui vire au carnage m’a rappelé dans sa profondeur d’encrage et sa mise en scène le 300 de Frank Miller, avec ce côté « armée en ordre de marche », les cases toutes en longueur, etc. La mise en couleur où l’auteur est assisté par Fabien Blanchot, rien à redire, la couleur rouge des cheveux d’Atali (ou bien est-ce celle du sang qui coule à flot ? ) est prédominante avec celle du blanc immaculé, un vrai contraste, le feu et la glace. N’importe quel Conan est un récit violent, mais jamais comme ici je n’ai ressenti cette fureur qui fait battre le cœur comme celui du héros lorsqu’il est manipulé par la déesse Atali. Comme Conan on est tout simplement ensorcelé et obsédé par cette adaptation. Un exploit étant donné comme le rappelle Patrice Louinet en fin d’ouvrage, que c’est une nouvelle des plus courtes et minces écrite par Howard. Une resucée du mythe d’Apollon et Daphné à la cimmérienne, forcément plus furieuse, sexuelle, érotique, sanglante. Un immanquable de la Fantasy !

La Citadelle écarlate
(scénario : Luc Brunschwig dessins : Étienne Le Roux couleurs : Hubert)

Une adaptation très attendue de mon côté pour un résultat qui, sans être à la hauteur des espérances, remplie son office de bon divertissement. Une histoire qui se déroule à vitesse grand V et dont le pitch tient sur un post-it : Conan perd son trône d’Aquilonie suite à une bataille où il a été trahi par ceux qu’ils pensaient ses alliés, puis est fait prisonnier par l’infâme sorcier Thoth-Amon dans les geôles de sa citadelle dont il s’échappe avant de reconquérir son bien par la seule voie qu’il connaît, celle de la force et des crâne qui explosent.

J’ai été assez surpris par le style graphique d’Étienne Le Roux que je n’avais plus vu depuis le tome 2 du Serment de l’Ambre, ça remonte… Je ne dirais pas que c’est le moins bon car il y a indubitablement de la qualité, il n’y a qu’à voir cette magnifique illustration de couverture très évocatrice (on a l’habitude de voir Conan prendre la pause au sommet d’un tas fumant de cadavres, là c’est un Conan certes vivant mais acculé par des centaines de lances au sommet d’une même piles de corps), le trait un peu « hachuré » je dirais me fait parfois penser à du Patrick Pion. En fait ce qui me déçoit un petit peu c’est le manque de finition sur la plupart des planches, il n’y a pas ce soucis du détail, d’enjoliver le tout avec de superbes arrières-plan ou même de délivrer de grandes cases en double page comme l’a si bien fait Robin Recht au tome précédent. Chacun son style après tout. Le coloriste Hubert s’en tire plutôt pas trop mal mais j’ai trouvé cela un peu palot, il ne parvient pas à transcender le dessin de son collègue.

Comme le rappelle en fin d’album Patrice Louinet, c’est un épisode très inspiré par le médiéval historique, et notamment la guerre de Cent Ans, donc le dessinateur a choisi, de même que le scénariste Luc Brunschwig, de nous livrait une conception graphique qui fait presque davantage penser à un récit médiéval qu’à de la fantasy. C’est un parti-pris qui se défend. J’ai moins été emballé en revanche par la vision de Le Roux sur les abominations de la citadelle. J’ai toujours en tête, et je ne pense pas être le seul, l’illustration iconique de Frank Frazetta sur cette nouvelle où Conan est enchaîné pieds et poings liés confronté à un serpent géant. Les monstres de l’adaptation Le Roux / Brunschwig ne m’ont pas effrayé, on dirait tantôt un énorme crapaud, tantôt un tigre avec des ailes… je n’ai pas été terrifié du tout.

De même que je n’ai pas ressenti l’aspect « Donjons et Dragons » dans ce labyrinthe et qui m’avait tellement plu dans la nouvelle. J’ai un petit goût de « meh » dans la bouche. C’est du bon travail sur la forme comme sur le fond mais pour l’instant le meilleur est derrière nous.

 « L’épée qui tue le roi coupe les cordes qui maintiennent l’empire » Proverbe aquilonien.

Nom série  Aristophania  posté le 22/01/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
J’ai toujours espéré lire un jour une création dans le genre fantasy de la part de Xavier Dorison. Il y a bien eu une esquisse d’heroic fantasy finalement abandonnée dans Prophet, et de nombreux récits s’inscrivant dans le domaine du fantastique comme W.E.S.T et même de la myth fantasy avec Ulysse 1781, mais jamais vraiment quelque chose qui sonne comme une bonne vieille histoire « fantasy ». C’est désormais chose corrigée avec mon premier coup de cœur de l’année qu’est Le Royaume d’Azur.

Les inspirations de départ piochent dans le classique avec un trio de héros, deux frères et une petite sœur qui rappellent sur pas mal d’aspects les trois orphelins du monde de Narnia, écrit par C.S. Lewis. L’aîné est le protecteur de la famille, forte tête, prêt à se sacrifier pour les siens, mais ce courage apparent ne masque-t-il pas une blessure plus profonde ? Le cadet est un intello un brin chelou qui vie dans sa bulle et devra apprendre à gagner confiance en soi. On a hâte que « Gandalf » lui sorte sa célèbre réplique : « Le monde n’est pas dans vos livres ni dans vos cartes. Il est là, dehors. » La cadette est une rêveuse enthousiaste qui sous ses faux airs naïfs, comprend plus de choses qu’elle n’en laisse supposer. C’est la jointure qui permet à la fratrie de se réunir.

Mais ces personnages n’en demeurent pas moins intriguant à suivre car Basile est le meneur charismatique mais il est doté d’une intelligence intuitive qui lui permet de tenir tête à son frère Victor, plus cérébral. Et celui-ci n’est pas une caricature de lâche(ur) que l’intrigue de base laisse supposer, et la petite Callixte ne se cantonne pas au rôle de jeune ingénue. Quant à Aristophania, le personnage éponyme et donc à priori, la véritable héroïne de cette histoire, elle fait merveille dans son rôle de vieux maître sage qui va devoir former ces apprentis. Nous n’en sommes qu’à l’introduction de cette quadrilogie, donc il y a encore un grand voile de mystère qui entoure cette vieille comtesse, mais j’ai trouvé le mixte entre Henry Hart et Mary Poppins pour la création du personnage vachement réussi. Certains y ont vu volontiers un Obi-Wan Kenobi, mais la baston dans le ghetto parisien m’a davantage rappelé Galahad dans le film Kingsman qui savate méchamment des lourdauds tout en conservant avec classe son allure aristocrate. Mais pas de soucis, c’est la même figure classique du grand sage qui doit enseigner, guider et transmettre.

Le décorum français est assez chouette. On navigue entre quartiers pauvres de Marseille à plus crade encore comme une lente descente en enfer vers ce qui ressemble aux quartiers des Poulbots de Paris, avant cette renaissance chez Frédéric Mistral et l’arrivée au domaine d’Azur qui s’apparente à une prison dorée d’été. Joël Parnotte assure de bout en bout, j’y ai retrouvé la même technique d’encrage que sur Le Maître d’Armes, c’est nerveux et foisonnant, un pur régal pour les yeux.

Une délicieuse mise en bouche qui ravira je pense les amateurs de High et Portal Fantasy (bien que je m’avance avec ces termes car malgré les influences du type Le Magicien d’Oz, Narnia et Harry Potter, on ne sait guère trop où Dorison veut nous conduire pour le moment). L’auteur nous jure dans une interview qu’il a voulu dépasser ces histoires de conflits manichéen entre le Bien et le Mal mais sa description de la magie dont les personnages usent et nomment « Azur », moi j’y vois la Force tout simplement. À suivre…

Nom série  Une Aventure des Brigades du Tigre  posté le 13/12/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Et bien honnêtement, je ne m’attendais pas à ce que cela soit aussi sympa, bien qu’il faille lire cet album en complément du film sortie en 2006. Des Brigades du Tigre, jamais vu la vieille série télé, seulement le film de 2006 qui était loin d’être mauvais sans être pour autant très marquant. La lecture de la bd m’a d’ailleurs donné envie de le revoir. Le scénario était plutôt bon si j’ai bonne mémoire, c’était du côté de la réalisation et du casting que cela manquait de pêche. Toujours est-il que la bd mise en image par Jean-Yves Delitte n’est pas une adaptation mais une introduction, une sorte de tome 0. Cela raconte en quelque sorte les prémices de la rencontre entre le fameux Jules Bonnot et les membres de la 1ère Brigade Mobile. Un rendez-vous manqué car durant une enquête du commissaire Valentin et ses hommes sur un meurtre ayant eu lieu dans leur juridiction, et dont les indices mènent à un certain Bonnot, une histoire de rivalité entre la « P.P. » (préfecture de police) et la 1ère Brigade Mobile se développe. Les tensions étaient très vives entre ces deux corps de police, ainsi il y a une histoire en parallèle où la P.P. fomente un complot visant à faire tomber les hommes de Clemenceau, qui affichaient une meilleure réussite dans la résolution de leurs affaires criminelles. Un chouette récit policier donc, mais qui doit malheureusement impérativement se lire en préambule du film.

Le dessin de Delitte est vachement bon sur les décors, super bien détaillé, très propre. Je rejoins en revanche les nombreux autres remarques des lecteurs concernant les visages qui se ressemblent trop les uns les autres. Il est impossible de les distinguer s’ils étaient imberbes. Heureusement que les personnages possèdent différentes pilosité… Les couleurs sont un peu palotes je trouve mais c’est un style, cela ne m’a pas rebuté plus que cela.

Loin d’être un immanquable, cela n’en demeure pas moins distrayant et un bon préliminaire.

Nom série  Batman - White Knight  posté le 25/11/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
On ne compte plus les histoires de Batman où différents auteurs se sont succédé, il y en a tellement, toutefois j’ai toujours préféré celles ayant une atmosphère fantastique, les films de Tim Burton ou la série animée du début des années 90 par exemple, car elle possède un je-ne-sais-quoi d’irréel qui me permet d’adhérer à l’univers. J’aime aussi les films de Christopher Nolan qui lui pour le coup évacue le sens du merveilleux pour placer son histoire dans un cadre bien réel, mais parce que là pour le coup il n’y a aucun élément fantastique.

Le comics de Sean Murphy, seul aux manettes, a le cul entre deux chaises. Il y a du fantastique et il surfe sur la nostalgie des anciens Batman, et en même temps il essaie de se la jouer récit empreint d’actualité, ce qui le rend casse-gueule à mon sens. Ensuite, le bébé nous est vendu comme la grosse bombe qui va révolutionner les Batman comme jamais depuis "Batman – The Killing Joke". Ça me rend hyper méfiant ce genre d’annonce et, personnellement, je n’ai pas été convaincu.

Quand Frank Miller écrit son Dark Knight, on sent qu’on est en train de lire du Miller, le mec vient avec ses propres idées, toute sa noirceur, son pessimisme, ce n’est pas un pantin qui case du sujet d’actualité pour se donner un genre, il pense ce qu’il raconte. Là avec Sean Murphy j’ai eu l’impression de lire un auteur qui veut à tout prix caser son débat sur : les LGBT, les minorités, les 99 % contre les 1 % (qui ont forcément des liens avec le IIIème Reich…), les réseaux sociaux, les chaînes de télévision qui s’escriment sur des débats moisis, cette obsession actuelle des américains pour l’égalité « des races » (ça cause beaucoup des méchants riches blancs qui ont le pouvoir contre les minorités noires qui elles n’ont rien, etc.)… Bref, t’as l’impression que le mec case de l’actu juste pour se donner un genre « regardez mon Batman comment il est trop iconoclaste et vachement profond parce qu’il renvoie à notre réalité, je suis trop avant-gardiste ». Je préférerai toujours les histoires plus simples mais ô combien mieux maîtrisées comme celle du Batman de Marini, plutôt que les histoires où le scénariste cherche trop à impressionner (whoua, le coup de l’inversion des rôles, le gentil devient le méchant traqué et le méchant devient le gentil héros sauveur, c’est du jamais vu ! ), au point finalement de se vautrer dans ses propres incohérences.

Bon, mettons que le fond ne nous intéresse pas. Reste la forme est là franchement, ça été écrit avec les pieds ce truc. Qui peut croire que Batman se lance dans une course-poursuite effréné avec le Joker juste parce que ce dernier a… volé un scooter ? Gné ? Lorsque le procès du Joker débute celui-ci clame ne pas être un meurtrier et que c’est en tant que Joker et non pas Jack Napier qu’il a commis tout ces crimes et délits. Quel tribunal censé peut gober une telle connerie franchement ?… Qu’en bien même l’un étant indissociable de l’autre, peu importe que Napier soit innocent des actes malfaisants commis par le Joker. Comment ce type fait-il pour être laissé en liberté ? Même s’il n’a jamais été prouvé qu’il ait tué qui que ce soit, euh, le vol à main armé, les multiples tentatives d’homicides volontaires, les braquages, les nombreux délits mineurs, l’ensemble de ses crimes, les multiples évasions carcérales… Même sans être un tueur confirmé il y a de quoi l’enfermer pendant 30 ans au minimum ! Ça n’a pas de sens ce scénario. Suis-je le seul à remarquer que Jack Napier n’a pas été élu « Maire », mais simple « Counselor » d’un District de Gotham ? Alors comment fait-il pour avoir autant de pouvoir ? Je ne vais pas « m’amuser » à lister chacun des aspects invraisemblables du scénario mais il y en a d’autres et à la lecture cela devient agaçant pour une histoire qui veut se la jouer sérieuse.

Les dessins de Sean Murphy sont ma foi plutôt plaisant à regarder. À mes yeux on est toujours plus ou moins dans le comics random mais je reconnais sans peine qu’il y a des planches qui roxent sa chauve-souris. Après cela n’est pas toujours bien lisible, la grosse baston finale est mal découpée, on n’y comprend rien et on a l’impression qu’elle a été charcutée « au montage ».

Un histoire qui se lit sans peine, on suit les déboires de Batman comme un bon film de cinéma. Malheureusement le scénario manque de vraisemblance, dommage j’aurai pu marcher sinon. Une suite est déjà en préparation semble-t-il. Logique, comme la fin restait ouverte… ça sera sans moi mais je ne doute pas que des lecteurs moins pointilleux puissent y trouver leur compte.

Nom série  Star Wars - Thrawn  posté le 21/11/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je me demande pourquoi je continue de lire des comics Star Wars depuis le rachat de la licence par Disney / Marvel… Je dois être honnête, très peu d’histoires ont trouvé grâce à mes yeux, et à la limite j’arrive à trouver « correctes » les meilleures d’entre elles. C’est devenu tellement décevant Star Wars il faut dire, tellement neu-neu. Cela n’a pas toujours été glorieux par le passé mais il y a quelques perles qui parvenaient à se dégager et il y avait parfois quelques coups d’éclats. Avec le stratège Thrawn, la maison des idées ne frappe pas un grand coup en faisant dans le recyclage (puisque Thrawn est une création de Thimothy Zahn adaptée en comics à l’époque de Dark Horse, mais le personnage est parvenu a marquer les esprits des fans, donc forcément du côté de chez Mickey on sent le bon filon).

Cela commence a devenir une mauvaise habitude, on voit de plus en plus fleurir des scénarios où on nous raconte le passé d’un personnage énigmatique : Han Solo, etc. La grande mode aujourd’hui est de révéler le voile de mystère qui entour le passé d’une personnage charismatique. Donc voilà, on apprend ici que le génie militaire de Thrawn n’est pas dû à des capacités intellectuelles hors du commun qui sont propres au bonhomme, mais que c’est quelque chose qui est propre à ceux de sa race, les Chiss. Ça casse un peu le mythe je trouve…

Je me suis ennuyé une bonne partie de l’intrigue, le début pour être plus précis. Toute la séquence consacrée à la loooongue ascension de Thrawn au sein de la hiérarchie militaire est assez assommante, accompagnée qu’elle est par des dialogues ampoulés. Séquence en mode La Stratégie Ender d’Orson Scott Card avec le héros et son acolyte qui se montrent plus malins et vifs d’esprits que les autres, ce qui lui permet de se faire remarquer et grimper petit à petit les échelons. Mais :

- Les Stormtroopers tombent sur un Alien qui les décime les uns après les autres façon Predator et leur réaction quand le mec finit par se rendre c’est non seulement de l’embarquer avec eux (sans le tabasser), mais aussi de foncer à Coruscant pour le présenter à l’Empereur qui bien sûr, n’a que cela à foutre.
- On balance le nom de Skywalker comme ça juste pour caser de la référence. Thrawn l’aurait rencontré durant la guerre des clones (où, quand, dans quel comics ? ). Démerdez-vous avec ça.
- Thrawn essuie une tentative de bastonnade de la part de camarades de promo et il en déduit plus tard en visionnant les caméras de surveillance que ces derniers feraient d’excellents pilotes… Gné ? Le gars a déduit cela à partir de trois prises de Kung Fu ? C’est quoi le rapport ?

Je n’ai commencé à montrer de l’intérêt pour le bouquin qu’à partir de la superbe planche en pleine page qui montre l’ascension militaire de Thrawn qui passe de Comodore à Amiral et où il commande le destroyer impérial Chimaera. D’ailleurs c’est bien le seul dessin qui en jette parce que pour le reste Luke Ross fait dans le comics random avec des personnages qui manquent cruellement d’expressivité, l’action n’est pas toujours bien lisible (je n’ai pas capté ce que Thrawn faisait avec son deuxième badge quand il s’évade de prison), bref, ce n’est pas l’extase. Néanmoins le scénario devient plus intéressant à partir de ce moment là avec notre strategos qui manipule son monde et joue aux échecs à l’échelle galactique. Ses ambitions et desiderata sont intéressantes à suivre, nous avons là un individu mordu d’ambition carriériste mais qui a avant tout pour objectif de servir et protéger les siens. Dommage que l’Empereur lise en lui comme dans un livre ouvert (la Force oblige), car j’aurai bien aimé lire un truc où Thrawn fait quelque coups tordus dans le dos de Palpatine.

Bon, c’est assez long à lire, plus de 140 pages, et pourtant je n’ai aucune notion du temps qui s’est écoulé dans l’histoire. Sur quelle durée se déroule cette histoire, de la première apparition du héros jusqu’à la conclusion ? Conclusion qui n’a pas pu s’empêcher de glisser un petit clin d’œil à la série animée Star Wars Rebels (où figure Thrawn), série télé pour gamin que j’exècre au plus au point car considérée comme canon…

Voilà, du Star Wars Marvel / Disney réchauffé au micro-onde, comme d’hab’ quoi.

PS : les couvertures du français Paul Renaud déchire tout, comme d’hab’ quoi.

Nom série  Texas Jack  posté le 20/11/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
C’est sûr c’est super beau. Déjà à l’époque du premier tome de Sykes, on était aux anges avec ce dessin semi-réaliste de très haute volée et les lumineuses couleurs bien adéquates. Après pour être franc je trouve l’histoire de ce Texas Jack bien moins emballante que Sykes qui racontait des choses plus touchantes et abordait certaines thématiques de manière intéressante. Là j’ai eu davantage l’impression d’être dans un excellent divertissement pop-corn, loin d’être vide cependant, mais dont je ne parviens pas à me rappeler de grand-chose.

Le dessin de Dimitri Armand est magnifique, un travail de virtuose, cela ne m’étonne pas qu’il ait demandé 2 années de travail, mais c’est un peu tout ce que j’en retiendrai. Les personnages sont bien campés, Gunsmoke est fantastiquement effrayant et mérite bien son surnom d’Ogre tant il me rappelle le père de Luke le héros du western Green Blood. Sykes lui est légèrement en retrait, juste ce qu’il faut pour que Texas Jack prenne le devant de la scène, et le pistolero Ryan Greed lui volerait presque la vedette tellement le voile de mystère qui l’entoure est brumeux. Cependant je trouve que les élans d’héroïsme de Jack sont un peu surfait, et qu’au final les plans machiavéliques de Gunsmoke sont quand même tirés par les cheveux (un début fracassant pour un final bof bof).

Bref visuellement c’est du grand spectacle, cela fait plaisir de voir une histoire qui s’écoule à un rythme posé qui permet d’admirer de nombreux jolis dessins, mais c’est un peu la seule chose que personnellement je retiendrai. Cette chasse à l’homme fait très « western » en résumé, on admire les beaux paysages, les grandes étendues sauvages, on philosophe sur la nature humaine, mais cela manque un peu d’entrain et d’un quelque chose d’inédit.

Nom série  Le Temps des Amours  posté le 20/11/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Voici venu Le Temps des Amours, quatrième et dernier épisode des Souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol. Composé de diverses histoires, le récit n’en demeure pas moins intéressant avec un Marcel qui quitte l’enfance pour rentrer dans l’âge bête. Le seul passage dont j’avais connaissance était celui où il rencontrait la mignonne Isabelle dans le film Le Château de ma mère. Mais si, vous savez, cette petite garce qui lui fait bouffer une sauterelle et le fait courir à quatre pattes comme un animal. Ça remonte tout ça… Cette partie abordée d’entrée est la plus prépondérante mais par la suite le récit est découpé en plusieurs petites anecdotes sans liens particuliers entre elles si ce n’est d’aborder les choses de l’amour. Quoique je n’ai pas très bien compris l’intérêt de l’épisode du fou.

Le temps des amours oui, mais les souvenirs amoureux d’un jeune puceau « in love » malgré lui. Ah la la, qu’est-ce que les garçons sont stupides à cet âge là… L’amour rend aveugle c’est bien connu, et que ce soit Marcel où un autre de ces jeunes gens, tous commettent tout un tas d’actes débiles ou avilissants juste pour plaire à la gente féminine, bien plus malicieuse et mature que ces messieurs au même âge. Encore une fois, je l’ai déjà dit dans un autre avis sur les Souvenirs... mais je trouve toujours cela marrant de voir combien tout ce petit monde n’est pas bien différent des jeunes d’aujourd’hui, caractérisé par les mêmes attentes, les mêmes désirs, etc. L’humanité ne se refait pas…

Toujours brillamment mis en image par Morgann Tanco qui aura finalement assuré sur les quatre tomes avec brio, lui qui n’était pourtant pas très chaud quand on lui a soumis le projet. Secondé par une Sandrine Cordurié que les amateurs de belles couleurs ne découvrent plus, cette dernière aussi offre encore et toujours un résultat impeccable qui sublime l’album.

Cette quadrilogie fut une réussite sur tous les plans. De beaux livres à posséder dans sa bibliothèque.

Nom série  Bloodborne  posté le 03/11/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Piotr Kowalski est décidément un sacré veinard puisque après avoir participé à l’adaptation comics du jeu vidéo Dark Souls, il a récidivé seul aux graphismes sur The Witcher, et voilà qu’on le retrouve de nouveau sur Bloodborne, soit les trois meilleures licences de jeux de Dark Fantasy de ces dix dernières années ! Une sacre chatte, oui. Pourtant à mes yeux, l’aventure Dark Souls ne fut pas à la hauteur des ambitions du jeu vidéo. Manque de noirceur, d’encrage prononcé, d’horreur tout simplement. N’ayant pas joué à The Witcher, j’ai surtout trouvé que le scénario du comic-book manquait d’audace, et qu’on aurait pu nous épargner toutes ces scènes de bains ! Quant aux graphismes, cela manquait de perspectives, avec encore une fois le sentiment global de ne pas être au niveau de la licence vidéoludique. Qu’en est-il de Bloodborne ? (Qui rappelons-le, est une création du studio FromSoftware comme Dark Souls).

Déjà, en ce qui me concerne j’ai plutôt été séduit par le trait de Piotr Kowalski qui nous gourmande en dessins horrifiques et macabres. Même si j’imagine le jeu vidéo largement mieux chiadé visuellement que le comics, on perçoit très bien les influences issus de l’imaginaire d’Howard Philips Lovecraft (Le Cauchemar d’Innsmouth, Celui qui murmurait dans les ténèbres, etc.) surtout, de Clive Barker (Les Livres de Sang, mais aussi de Van Helsing pour la déco victorienne (ou bien est-ce la première moitié du XVIIIème siècle ? ) et les grosses bastons. Il y a de superbes dessins en pleines pages totalement gratuit, juste là pour régaler les rétines des amateurs de grosses bestioles. Sans être transcendantes les couleurs de Brad Simpson et Kevin Enhart font tour à tour le taf. Je pense que le meilleur des trois types livresques pour le genre horrifique demeure le manga : plus de pages, une décomposition des séquences plus étoffée, un trait souvent plus fouillé, le noir et blanc aide bien aussi (lire les adaptations de Lovecraft par Gou Tanabe).

Après, Bloodborne n’est pas seulement inspiré des délires lovecraftien. Rien que dans ce comics j’y ai retrouvé le même gameplay que dans Dark Souls avec un héros qui meurt sans cesse pour ressusciter indéfiniment dans ce monde de cauchemar. Franchement, à la lecture du comics j’ai réalisé à quel point il fallait avoir joué au jeu vidéo pour tenter de saisir les bribes du scénario. C’est des plus nébuleux, je n’ai quasiment rien compris à ce que je lisais. Un monde d’éternel souffrance où les vivants sont livrés en pâture aux créatures démoniaques. Une héroïne qui erre comme une âme en peine à la recherche de son Tanelorn. Des thématiques inaccessibles pour ne pas dire « chiantes ». Le jeu vidéo est sans doute plus intéressant à parcourir. Ici c’est tellement vague qu’on a l’impression d’avoir entre les mains un livre-objet de complément pour le gamer qui veut approfondir un univers qu’il a parcouru durant plusieurs heures de jeu (c’est quoi exactement le pâlesang ? Pourquoi cette importance du sang dans cette histoire ? Pourquoi ce monde est tel qu’il est ? C’est quoi « la nuit de la chasse » ? Pourquoi cette obsession de « la chasse » chez l’héroïne ?… ).

Vraiment pas mal, mais à réserver aux joueurs malheureusement.

Nom série  Star Wars - Docteur Aphra  posté le 10/10/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
La série Docteur Aphra aurait pu figurer au catalogue de la collection « Le Côté Obscur » à l’époque où Delcourt / Dark Horse publiaient les comics de Star Wars. Le personnage éponyme, même s’il possède une personnalité ambiguë, et on le verra, incohérente, penche tout de même largement du côté sombre de la Force.

Aphra est d’abord apparu dans la série consacrée à Darth Vader avant d’avoir droit elle aussi à son propre comic book. J’en profite pour apporter mon premier bémol à la série : difficile de comprendre tout les tenants et les aboutissants de l’histoire si on ne s'est pas farcie telle ou telle autre série de la saga, tant les crossover sont nombreux. Ainsi, entre les deux tomes que compte actuellement Docteur Aphra, certains évènements ont eu lieu dans une autre série Star Wars intitulée La Citadelle Hurlante, et qui ont des conséquences sur l’histoire du tome 2 qui donc n’enchaîne pas directement sur la fin du premier tome. C’est un peu fort de café je trouve. Mais bon… c’est une des incompatibilités entre le système de publication américain et franco-belge.

Bref, j’ai eu du mal à m’attacher ou même à simplement comprendre la psychologie du personnage. J’ai rien contre les méchants, j’aime bien Darth Maul et Palpatine, ou les faux méchants comme Boba Fett et Dooku. Seulement nous avons là une héroïne qui n’a pas le moindre scrupule à tuer ceux qui se mettent en travers de sa route, par exemple, ou qui trompe père et mère pour des motifs purement vénaux, mais qui d’un autre côté compatit à la destruction d’une planète ou de la mort de milliers d’innocents, et pour une raison que la raison ignore, cherche parfois à faire « le bien ». Pour moi il s’agit tout simplement d’un manque de « burnes » des scénaristes qui s’inscrivent dans la logique d’écriture de la firme pour laquelle ils travaillent : Disney / Marvel. Cette compagnie, même quand elle essaie de faire du film ou série avec un héros « méchant » type Deadpool ou Venom, se vautre lamentablement et finie toujours par faire du super héros gentil classique. Avec Docteur Aphra c’est un peu pareil : elle est individualiste, égoïste et sans scrupule, plutôt une mauvaise personne, mais j’avais vraiment complètement, on ira jamais au fond des choses. Il y aura toujours ce petit truc, cet acte bienfaiteur qui permet aux lecteurs de s’y accrocher et d’en faire une sorte de fausse-gentille, fausse-méchante. Du coup on ne comprend pas toujours ses réactions. Et puis d’ailleurs le fait qu’elle soit lesbienne et certainement un choix politique (vu la mode et les débats actuelles en occident) plutôt que vraiment scénaristique, parce qu’entre nous, on s’en bat les reins vu que dans Star Wars il n’y a jamais de cul, alors à quoi bon préciser les orientations sexuelles des unes et des autres ? Bref, un nouveau personnage à potentiel mais finalement passable.

Je dis bien qu’Aphra avait du potentiel car pour qui aime explorer l’Histoire et la mythologie Starwarsienne, il y a de quoi écrire des histoires très sympa avec cette Indiana Jane d’une Galaxie lointaine, très lointaine… J’aimais beaucoup les Tales of the Jedi de l’époque Dark Horse qui remontaient à plus de 4000 ans avant l’épisode IV et la bataille de Yavin. Tous ces personnages, ces Jedi, ces nouvelles planètes, les guerres des siths, les guerres mandaloriennes, étaient très plaisant à suivre, et je me dis qu’avec Aphra il y a moyen d’explorer le « nouveau » passé officiel de la saga made in Disney (tout ce qui a été écrit ou presque par Dark Horse étant considéré comme nul et non avenu). Mais pour l’instant je trouve que ça manque de surprise, d’inattendu dans ce premier dyptique. On part à la recherche d’une cité perdue, on va d’un point A à un point B qui doit conduire au point suivant. C’est aussi intriguant qu’un National Treasure… (et ce malgré le petit clin d’œil sympa aux Aventuriers de l'Arche perdue).

Les graphismes n’aident pas beaucoup il faut dire. Ce n’est pas moche, loin de là, mais pour moi c’est encore à ranger dans la catégorie des comics « random ». J’aime bien les illustrations du japonais Shirahama, dommage qu’il ne dessine pas. Kev Walker livre un travail honnête, son découpage est très cinématographique mais, « MY God ! », il y a décidément des trucs qui ne passent pas : pitié, les Chewbacca, R2-D2 et C3PO maléfiques en guise d'acolytes.

Sérieusement ?!

Nom série  Biankha  posté le 03/09/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
De base, j’ai été très attiré par le synopsis ainsi que par le contexte géographique et culturel dans le lequel se déroule les péripéties de Biankha. Le fait que la série fut fort malheureusement abandonnée dès le premier numéro n’a rien avoir avec la (médiocre) notation que je lui attribue, (je critique une série dans son ensemble, qu’il y ait un ou cinquante albums), le gros point faible sur lequel je n’ai pu détourner les yeux provient de la narration, ainsi que de l’histoire en elle-même, que j’ai trouvé laborieuse et décevante. Mais revenons d’abord aux aspects alléchants :

Biankha est une princesse d’Égypte, fille fictive du pharaon Akhenaton et de Néfertiti, un des couples royaux les plus célèbres de tous les temps. C’est une époque de grand bouleversements religieux, pharaon s’est détourné des anciens rites pour vénérer le dieu unique Aton, et en allant jusqu’à interdire à son peuple de prier ses dieux ancestraux, il commet un des plus grand sacrilège. Les dieux élisent sa fille Biankha pour l’avertir et le sommer de revenir à l’ancienne voix, la seule à détenir la vérité, sinon son âme ira nourrir Âmmout, le dieu-crocodile dévoreur.

Tout de suite quand on voit les caractéristiques de l’héroïne : jeune, athlétique, de sang noble, sexy, forte et indépendante, maniant l’épée mieux que les meilleurs guerriers, dans un contexte d’Heroic Fantasy, on pense tout de suite à Red Sonja, personnage phare de l’écrivain Robert E. Howard. L’hommage appuyé qu’à voulu rendre le scénariste Pat Mills au célèbre écrivain texan paraît d’autant plus évident quand il construit son récit un peu sous la forme d’une rétrospection, car tout commence au Moyen-Âge dans un monastère en Écosse où Aemon un jeune moine copiste tombe follement amoureux de Biankha dont il retranscrit la biographie. Cette dernière lui apparaît alors dans ses rêve, « comme par magie », pour lui raconter sa vie et ses exploits. Les connaisseurs d’Howard se souviendront que celui-ci déclarait qu’à une époque, écrire les aventures de Conan le Cimmérien lui était tellement facile, les idées jaillissaient à son esprit avec une telle aisance, que c’était comme si le fantôme de Conan siégeait à ses côtés pour lui conter sa vie. Les mauvaises langues ont par la suite déformé ces propos en les prenant au pied de la lettre mais… ce n’est pas le sujet, et en bref, la filiation avec le maître et père fondateur de l'Heroic Fantasy ne fait aucun doute.

Pour accentuer sur les références, on pourrait même se demander si Pat Mills n’a pas été se fournir chez plus ancien encore que Howard, du côté d’Abraham Merritt et son roman chef-d’œuvre La Nef d’Ishtar où un archéologue contemporain, John Kenton, reçoit une sculpture babylonienne représentant le vaisseau de la déesse Ishtar. Une étrange magie s’en dégage et Kenton plonge à travers un gouffre de six mille années sur le pont de la nef ensorcelée. Il est mis en présence d’une femme d’une divine beauté : Sharane, la prêtresse d’Ishtar. Troublant comme ressemblance, non ?

J’ai été aussi, et surtout, très emballé par l’aspect Heroic Fantasy d’inspiration Égypte antique car franchement hormis Papyrus, ça ne cours pas les rues ce genre-ci, en roman comme en bd.

Le dessin de Cinzia Di Felice tout pareil, est nickel de chez nickel. Je suis de prime abord plus branché par les ouvrages avec un encrage fourni mais le style réaliste, et sa presque parfaite maîtrise dont fait preuve l’artiste, est sincèrement bluffant. Je dis « presque » car il y a bien quelques petits accrocs comme le personnage Armée qui a l’air de prendre un peu trop la pause, ses mouvements paraissent moins naturels que ceux des autres, et je n’ai pas trouvé que son design faisait guerrier scythe. Il ressemble plus à un proto-Conan version dreadlocks.
Et puis il y a ces couleurs façon pastel ! Mama mia que c’est beau ! Ah ouais là on tape dans du lourd, niveau Cécil sur le tome 1 du Réseau Bombyce. Si seulement le scénar’ avait été au niveau…

Venons-en aux points qui fâchent : le côté « chronique » n’est pas un problème en soi, les histoires n’ont cependant ni queue ni tête puisqu’on commence par une histoire de sombre présage avec Biankha qui doit ramener son père sur la voie de la raison dans une période que tout amateur d’Histoire sait combien elle est périlleuse pour l’Égypte et la dynastie régnante. Biankha découvre que son père est manipulé par de sombre force maléfique puis, patatras ! On se mange dans la poire une grosse ellipse puis on passe à complètement autre chose avec Biankha quelque part en Grèce avec ses compagnons de fortune, à la recherche d’un prophète androgyne qui va lui révéler sa destiné. « WTF » j’ai envie de dire.

J’ai eu le sentiment que dans ce premier (et donc unique) volet les scénaristes (Biljana Ruzicanin est à créditée également) ont cherché à caser de l’action et des références sans trop savoir de quoi ils allaient parler ni comment ils allaient l’amener. Car on ne comprend pas trop pourquoi on se retrouve dans les dernières pages à se farcir les dialogues d’une… femme médecin (qui est-elle?) et d’un… officier de pont (?) qui sont attaqués par des créatures dégénérées descendants des atlantes, avant d’être sauvés par Biankha et ses acolytes au charisme de chaussette sale. Un moment de flibusterie qui bien évidemment rappellera Conan (La Reine de la côte noire et cie) ou même La Nef d’Ishtar.

Vraiment j’ai trouvé cela très mal rythmé, très mal construit, alors qu’à la base il y avait le matos. Les dieux apparaissent à Biankha en songe : ok, elle ne se pose pas de question, tranquille normal, elle se tape un barbecue avec eux tous les week-end. Akhenaton est sous l’emprise d’un faux-dieu qui petit à petit le transforme en créature reptilienne : bof, passons à autre chose, zappons quelques années plus tard quand Biankha partait à la recherche d’un prophète LGBT. D’ailleurs Biankha est apparemment capable de télépathie, comme ça ouech, ça lui prend de temps en temps. Néfertiti commande aux Hittites une armée de mercenaire avec armes de sièges pour très cher : les Hittites lui envoi un type nommé… « Armée » (haha, hohoho, trop drôle la blague). Entre parenthèse, le bouffon hittite se fait laminer au combat par Biankha qui passait par là au hasard et s’est permise de rabattre son caquet à Armée parce que ce dernier lui plottait le cul (devant sa mère la reine et toute la cours royale, cela va de soi, comme c’est un cliché de gros neu-neu barbare à la Conan… soupir).

En conclusion : la montagne a accouché d’une souris. Dommage, gros potentiel. Je la garderai pour les dessins mais j’éviterai de lire les phylactères.

Nom série  L'Atelier des Sorciers  posté le 19/08/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Une belle surprise et forcément un petit coup de cœur pour compenser mon manque de foi pour ce manga dont je n’attendais rien de spécial. Je l’avais noté dans un coin de ma tête lors de sa parution début 2018 mais sans trop y prêter attention car j’avais flairé l’aspect Harry Potter – like qui n’est pas ce que je préfère en Fantasy, pourtant mon genre de prédilection. Néanmoins, en vue de l’offrir à une de mes connaissances très fan du plus célèbre binoclard de Poudlard, je me suis dit que je pourrais le lire au passage. Et bien m’en a pris car sans révolutionner le genre, j’ai passé un super moment de détente, un plaisir un peu coupable comme sur les 3 – 4 premiers films d’Harry Potter où on ne se prenait pas la tête en se laissant porter la magie ambiante.

Déjà je ne pense pas que je l’aurai acheté si je n’avais pas été séduit par les graphismes de Kamome Shirahama au trait fin, très détaillé, découpé bien comme il faut. Il n’y a pas tous ses petits traits qui donnent un effet de vitesse, ou ces arrières plans bâclés qu’on retrouve dans pas mal de Shônen. Là c’est plutôt pausé, l’auteur prend le temps de construire son récit, du coup on a parfois de superbes planches, malgré le petit format des éditions Pika. Il existe pas mal de mangas de Fantasy, mais tomber sur une mangaka qui a suffisamment de talent pour être à la hauteur du genre (qui demande souvent une certaine maîtrise pour dessiner tout un tas de décors, créatures et costumes improbables), c’est assez rare pour être souligné.

Après au niveau de l’histoire, cela commence comme du très grand classique avec la quête de l’orpheline élue d’une prophétie, la fameuse quête du héros aux mille et un visages, le tout nappé à la sauce Harry Potter. Vite résumé cela donne : la jeune Coco rencontre un monsieur se disant sorcier et qui lui apprend qu’elle aussi est une sorcière, donc elle quitte sa famille pour entrer dans une école de... sorciers, où elle rencontre l’alter ego féminin de Ron Wesley, une clone de Luna Lovegood, et un mixe entre l'intello "mademoiselle je-sais-tout" Hermione Granger et la peste Drago Malefoy. Elle se rend même dans une ville spéciale pour y faire des achats, etc. Bref, vous avez vu les films vous aussi.

J’ai bien aimé le système de magie où les sorciers ne manipulent pas une baguette mais ont recours au pinceau, au dessin et des glyphes pour lancer des sorts. Une jolie mise en abîme car aux yeux de Shirahama le dessin représente une forme de magie. J'ai de même apprécié l'aspect Shônen au féminin dans la tonalité du récit. Ce n’est pas un Shojo, attention, mais bien une histoire qui reprend les codes du Shônen mais écrit et dessiné par une femme avec des personnages essentiellement féminins, sans être forcément pour autant destiné à un public exclusivement féminin. Il y a un humour où effectivement cela fait très fille, « girly », mais c’est plutôt un bon point, et cela permet de retrouver certains faciès humoristiques propres au style graphique japonais. J'ai trouvé qu’il y avait un bon compromis entre la légèreté du Shônen au féminin avec tous ses bons sentiments, la positivité qu’il se dégage de son héroïne, et un ton parfois plus sérieux, un fond d’intrigue dont on perçoit déjà la complexité et les futurs enjeux dramatique. Jamais on ne bascule dans la niaiserie cul-cul-la-praline.

Je ne m’y attendais vraiment pas et je me surprends à attendre impatiemment le troisième volume.

Nom série  The Kong Crew  posté le 19/08/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Encore une belle trouvaille du côté des éditions Caurette, petit éditeur aux trésors insoupçonnés, avec ce fameux The Kong Crew du désormais très connu Eric Hérenguel, déjà auteur du recueil Kiliwatch chez le même éditeur. Encore aussi une idée farfelue de base sortie d’un rêve du bonhomme, mais qui prend ensuite la forme d’un scénario intriguant et curieux.

The Kong Crew est une uchronie de fiction se basant sur le film culte King Kong de 1933 et partant du principe que Kong n’est pas mort dans sa chute de l’Empire State Building à la fin du film (spoiler ! Mais on me pardonnera 80 ans plus tard), mais qu’au contraire et mieux encore, il s’est accroché à la vie et a vaincu ses ennemis. Nous sommes en 1947, Manhattan est devenu une jungle hostile dont le maître et roi du domaine est le singe géant. D’autres créatures mystérieuses peuplent cette flore sauvage et préhistorique. Pourquoi, comment ? C’est ce que se demandent le biologiste Jonas Parker et le journaliste Irvin Stone qui bravent l’interdit et atterrissent incognito sur l’île qu’ils pensent alors inhabitée par l’homme. En parallèle nous suivons le jeune pilote américain Virgil, aux faux-air de Han Solo (la dégaine vestimentaire, « What’d ya do with my wings ? It’s a ruin ! », et membre du Kong Crew, équipe d’aviateurs casse-cou chargée de sécuriser le périmètre autour de l’île, en mission pour retrouver les 2 explorateurs. Mais aussi une belle infirmière blonde qui fait tourner la tête de ces messieurs, et Spit le teckel (qui a surement un très grand rôle à jouer ^^).

Ce dernier segment de l’intrigue ravira fortement les fans de Top Gun, de la team Maverick, Iceman, Goose, Viper et cie, et de la jolie Kelly McGillis (Charlie), tant on retrouve toutes les gimmicks et comportements de gros machos des mecs du film. Pour ceux plus intéressés par la grosse bête à poil, qu’ils se rassurent, elle fait son apparition, de façon brève mais c’est bien le but d’un premier volume de teaser le public. Le comics, parce que c’est bien d’un comics qu’il s’agit ici : petit format agrafé, 26 planches, langue en anglais ; est d’autant plus génial qu’il est dessiné par un Eric Hérenguel au sommet de son art et qui ne manque pas d'imagination. Car si le premier numéro évoque une version de Manhattan façon I am a Legend peuplé de bestioles géantes préhistoriques peut être inspirées par le King Kong de Peter Jackson et son île de dinosaures, le second épisode passe à la vitesse supérieur. Cela devient presque de la Portal Fantasy mais sans barrière entre le monde normal et le monde fantastique, ou à la limite la frontière demeure poreuse; avec son cortège d'amazones costumées en hoplites spartiates (ou mandaloriennes style Boba Fett ^^), des singes mutants et animaux sauvages constituant la cours de la reine Damara (on est en plein récit Heroic Fantasy à l'ancienne parfois ^^).

C’est juste un pur régal en noir et blanc mais que les aficionados de la couleur se rassurent, une édition toute en couleur VF aux dessins remaniés exprès pour cette version devrait voir le jour fin 2019, de même qu'une "artist edition" en grand format comprenant divers bonus pour ceux qui ont admiré le travail de l’artiste dans sa version encrée.

We need you ! Now ! Join The Kong Crew !

Nom série  Kiliwatch  posté le 29/07/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Kiliwatch est un projet un peu dingo sorti de l’imaginaire d’Eric Hérenguel ("Légende de Troy - Nuit Safran", "Krän", Ulysse 1781, etc.) qui a brodé cette histoire au fil du temps et si l’idée de départ et les premiers dessins émanent de lui, petit à petit le projet ressemblent à celui d’une bande de potes qui se font plaisir en débridant leur imagination.

Les petites saynètes sont très simples à comprendre, les différents auteurs misent à 100% sur l’action et les dialogues fendards. L’histoire met en scène Kili, une héroïne héritière des Tank Girl et personnages féminins badass à la Sigourney Weaver, affublée de son acolyte droïde de guerre, Banjo. Un duo façon Riggs et Murtaugh, les Thelma et Louise de Paul Verhoeven, qui évoluent dans une sorte de western déjanté post-apo au XXIème siècle.

Franchement, je me suis bien marré, c’est cool, pas de prise de tête, pas de tromperie sur la marchandise. Bon après, la qualité fluctuant selon l’histoire abordée, le prix n’en vaut probablement pas la chandelle. En tout cas pas au prix neuf vendu en ligne, mais en occasion cela vaut le coup.

- La première histoire sert à planter les personnages, et encore… Une histoire de vidange d’huile avec Banjo qui a des petits soucis d’incontinence… Cela ne vole pas bien haut, on dirait une histoire écrite sur un coin de table. Passons.
- La seconde est sans doute ma favorite. Peut être inspirée par la première et dernière scène du film Pulp Fiction, un braquo dans un dinner américain qui tourne mal. Chez Tarantino ça s’arrange avec des palabres, chez Hérenguel ça s’arrange à coup de .45 Magnum. ^^
- La troisième très sympa parce que toujours écrite et dessinée par Hérenguel dont on perçoit l’évolution graphique. Certaines histoires sont totalement anecdotiques, d’autres retiendront l’attention avant tout pour leurs dessins (bien aimé Thim Montaigne et Jaek Wang Park). J’ai pris néanmoins plaisir à suivre ce duo de braqueurs qui vivent au jour le jour, les couilles en bandoulières.

PS : Quelle erreur ! Dans la nouvelle « Mariollo », Kili et Banjo ne peuvent pas jouer à Mario Kart sur Nintendo monsieur Lefévère, puisque le premier Super Mario Kart est sorti sur Super Nintendo. Ah la la… Faut connaître ses références !

Nom série  Questor  posté le 11/07/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Quand j’ai lu le quatrième de couverture, forcément je me suis dit qu’il y aurait de l’humour, mais j’étais loin de penser qu’on pencherait autant dans ce sens. Le récit s’ouvre sur le saccage de la mythique cité de Troie où deux grecs, le puissant héros Idoméneus Decalionide et son porte-bouclier Aeson, lassés du conflit et dégoûtés du massacre qui s’ensuit, décident de tourner le dos à la guerre et de poser les armes pour servir la justice et ainsi racheter leurs fautes passées. Curieux de se rendre compte que la guerre c’est mal tout ça après 10 ans de conflit, mais enfin passons…

Après cette introduction j’ai cependant été très vite décontenancé car on fait un saut dans le temps de 20 ans ! Nos deux questeurs (enquêteurs) sont déjà célèbres, fortunés et pensent déjà à une retraite bien méritée dans leur villa où tous les soirs c’est soirée bacchanales avec les filles de joie du coin. Jusqu’au soir où la farouche mais rondement jolie (quel cul ! ) étrangère Klytië ne leur propose un dernier contrat que les deux vétérans devenus bedonnant entre-temps, ne peuvent refuser.

Décontenancé je suis, car je m’attendais à lire une sorte de buddy movie où les histoires et enquêtes de nos deux larrons se dérouleraient juste après Troie. Ils parcourraient le monde Grec et au-delà à la recherche de fortune, gloire et justice, feraient des rencontres, affronteraient des créatures mythologiques, etc. Vous vous rappelez la série télé Hercule, avec Kevin Sorbo, affublé de son fidèle acolyte Iolas, ou encore Xéna la guerrière et Gabrielle ? Et ben je m’attendais un peu à lire ce genre d’histoire, avec en plus un humour made in Soleil.

Bon là on est juste 23 ans plus tard, ce qui fait que nos héros ont de la bedaine, se sont bien empâté, et leurs idéaux de justice se sont envolés depuis un bail, ce qui permet de bien joué sur le registre humoristique du coup. Humour qui ne plaira pas à tout le monde : énormément de calembour made in Soleil (du cul, jeux de mots un poil lourdingue parfois), mais j’ai plutôt apprécié. Jean-Luc Sala a de l’imagination, ne jouons pas les pisse-froid. J’ai plus été choqué par les anachronismes du type « civilisation grecque », « démocratie athénienne » (à l’époque de Troie?!), mais comme c’est de la Fantasy pour de rire ça ne sert à rien de juger cette série sur le registre du sérieux. Il faut prendre ce récit à la déconnade malgré l’once de drama et de violence bien dosée.

J’avais déjà découvert Nicola Saviori dans le, hélas, abandonné Akron le Guerrier, et déjà j’avais apprécié son trait tout en rondeur mais aussi riche visuellement, propre, sans bavure. Je trouve que son dessin est tout à fait approprié à la maison Soleil tant on sent le gars qui aime dessiner de grandes épopées fantastiques, et en même temps se faire plaisir avec de jolies pépés à poil ("A poil Kyltië ! À poil la reine Xanthe ! À poil la princesse !" ^^ Raaaaaaah Lovely ce tome 3 !…), ainsi que des trombines qui frisent la caricature.

Une suite et un tome 4 sont normalement prévus. Mais en lisant cette trilogie comme une intégrale, car il n’y a ici qu’une seule et même enquête (d’ailleurs, youhoooouu Soleil ! Ce serait cool une intégrale), j’ai passé un chouette moment. Cette série ne pète pas plus haut que son cul, l’humour est particulier, on adhère ou pas, mais ce n’est pas dénué de sentiments ou de moment épiques, et le duo Saviori-Bassini fait plus que le taf, ces deux-là possèdent une patte visuelle bien reconnaissable. Comme point faible je retiens l’intrigue en elle-même, cousue de fil blanc et sans suspens, on aurait aimé quelque chose de plus consistant (parce que là on a que le gras d'Idoméneus ^^).

On veut la suite ! Moïra ! Moïra ! Moïra !

Nom série  Le Château des étoiles  posté le 02/10/2014 (dernière MAJ le 04/07/2018) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
"Le Château des étoiles", voilà une histoire que Jules Verne aurait certainement très appréciée, lui qui a émerveillé bon nombre de petits et grands avec ses récits imaginaires décomplexés. Une sorte de Voyage au centre de la Terre inversée, direction la conquête de l’espace au moyen de cette substance qu’on appelle l’éther et dont serait composé le vide spatial et qu’une grande majorité de scientifiques du XIXème siècle croyaient réelle. Partir du principe que dans cette époque de révolution industrielle on découvre l’existence de l’éther et que des nations colonisatrices telles que la Prusse de Bismarck vont tenter de s'approprier cette découverte, c’est le parti pris de cette nouvelle grande aventure signée Alex Alice.

Une histoire qui n’est pas tout à fait ce qu’on peut nommer comme une uchronie car Alice s’amuse à incorporer à son récit fictif des éléments historiques véridiques ainsi que des personnages ayant bien existé. Ainsi on verra apparaître furtivement le compositeur Richard Wagner, l’architecte royal Christian Jank chargé de réaliser la structure de l’astronef, Élisabeth « Sissi » impératrice d’Autriche, et dans un rôle de premier plan le roi Ludwig de Bavière. La passion de ce dernier pour les contes et le mythe du Graal et des chevaliers de la table ronde sont tout à fait authentiques. De même que le château où se déroule la grande majorité de l’intrigue n’est ni plus ni moins que le château de Neuschwanstein qui est un des mes préférés dans le monde. Il est majestueusement dépeint ici aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Quel talent de la part de l’auteur ! Il sait comment vendre du rêve (plus que celui de Disneyland qui est lui aussi inspiré de Neuschwanstein pour la petite anecdote).

Pour en revenir à la BD, on peut dire que j’ai pris mon pied pour faire court. Pour la version longue, j’ai trouvé cette BD très intéressante également pour les lecteurs fans d’Alex Alice. On arrive à déceler des points communs dans chacune de ses œuvres. Je soupçonne Alice d’avoir un gros faible pour les jolies rousses, après Elisabeth d’Elsénor dans Le Troisième Testament et la Walkyrie dans Siegfried, c’est la ravissante Sophie qui reprend le flambeau. C’est même un combo de rouquine si on y ajoute Claire Dulac et Sissi impératrice. D’ailleurs en parlant de Sissi, la ressemblance physique du duo très proche Sissi-Ludwig est quasi similaire à celle du couple la Walkyrie et Siegfried, comme si ces derniers étaient de lointains ascendants aux deux autres. Je ne sais pas si c’est voulu ou non mais je suis très tenté de le croire, c’est très cool et ça apporte une certaine profondeur. C’est comme si les œuvres d’Alice étaient imprégnées d’une continuité, l’histoire comme un éternel recommencement. Même le cadre est identique, la mythologie germanique face à la romantique Bavière.

L’histoire de cet « intégrale 1 » se veut plus qu’introductive car elle fait aussi la part belle à l’action et les complots de couloirs. L’auteur fait monter la pression petit à petit et cela devrait atteindre son point culminant dans le deuxième intégrale. C’est un peu l’équivalent d’un Objectif Lune chez Tintin.

Le dessin est majestueux comme je l’ai dit plus haut, tout en esquisse, on peut utiliser n’importe quel superlatif juste pour dire que c’est du grand art. Alice s’essaye pour la première fois à la couleur directe et je pense qu’on peut dire que le pari est gagné, on en prend plein les mirettes.

Alors, y a-t-il tout de même quelques défauts ? Personnellement rien ne m’a dérangé, si, aller, quelques situations ne paraissent pas très crédibles mais à partir du moment où on envisage la théorie de l’éther comme crédible on fait un peu fi de la crédibilité, place à la magie (ce qui est paradoxal vu que le récit se repose beaucoup sur la science).
Le physique de Hans et son aspect « cartoonesque » peut décontenancer plus d’un lecteur car il apparaît en plus assez tardivement dans l’histoire mais cela ne m’a moi pas dérangé car il apporte une caution humoristique enfantine. Le Nibelung Mime avait déjà un peu le même rôle dans Siegfried avec un rôle plus sarcastique. J’y vois là une volonté de plaire aux enfants car cette série peut tout aussi bien s’adresser à un public adulte (le langage scientifique n’est pas à la porté de tout le monde), ou de grands enfants. L’esprit « julesvernien » est donc respecté.

En attendant les prochaines aventures de Séraphin et ses amis chevaliers de l’éther, je souhaite à ce premier volume de conquérir les étagères des bédéphiles.

Le Château des étoiles – 2ème diptyque – 3ème année Les Chevaliers de Mars !

Les plus impatients peuvent d’ores et déjà embarquer à bord de la suite. Deux mois avant la sortie de la gazette numéro 7, Rue de Sèvres sort un coffret comprenant ladite gazette plus un almanach calendrier de belle facture avec des hommages de grands artistes, plus la maquette du Cygne des étoiles à monter soi-même pour ceux qui ont gardé leur âme d’enfant.

La 2ème année mettait en scène l’alunissage de nos aventuriers, leur exploration et la révélation des mystères de l’astre. La tonalité enfantine du premier livre perdait peu à peu de son innocence pour rentrer davantage dans le mythe arthurien avec cet émouvant adieu du roi Ludwig à Séraphin qui lui fît promettre de partager la connaissance de l’éther pour le bien des peuples, tel le roi Arthur désignant Perceval comme son meilleur disciple et successeur, avant de partir pour Avalon d’où il ne revint jamais. Et ainsi une fois revenu sur Terre, ce deuxième chapitre se concluait sur un formidable message d’espoir, de tolérance et d’appel à la fraternité entre les peuples.

Si je lui trouvais des allures d’Objectif Lune au tout début de l'aventure, Les Chevaliers de Mars débute sous des auspices dignes de L’Île Noire. L'intrigue prend pour cadre celui d’une Bretagne idyllique et campagnarde avec beaucoup de dessins représentants Océan, phare, plage, village typique du coin… dans une ambiance inquiétante où les personnages cherchent à se faire peur. Il se murmure de sombres rumeurs dans les tavernes parmi les pedzouilles mal débourrés dont certains auraient aperçu un albatros monstrueusement géant (ces derniers n’ayant jamais entendu parler de l’éthernef). Et lorsque se ne sont pas ces béotiens, c’est cet indécrottable trouillard d’Hans qui s’y colle, croyant dur comme fer à ces légendes celtes.

Au premier plan, nos champions vont être forcés de sortir de leur retraite : le père de Séraphin a disparu, ses modèles paternels disparaissent les uns après les autres, et le doute commence à s’installer dans son esprit, d’autant plus que les relations avec ses frères chevaliers n’est pas au beau-fixe. Le temps joue contre eux car si la publication des plans de l’éthernef a permis dans un premier temps de couper l’herbe sous le pied de Bismark, ce vampire assoiffé de conquête et qui s’imagine bien tel le dieu de la guerre, n’a pas dit son dernier mot et Mars pourrait bien être la clé de voûte ouvrant la voie à la conquête de toute la galaxie !

Admiratif des graphismes des deux premiers tomes, la suite demeure du même tonneau. Alex Alice nous offre des compositions qui laissent d’abord médusé puis rêveur : il n’y a pas de mot pour décrire le fog londonien et ce plan sur Big Ben en contre-plongée, ou cette vision fantasmagorique de Mars la rouge surplombant cette petite île de Bretagne entourée d’une eau bleue sombre où nos héros se sont installés.

Grand enfant ou vieil amateur nostalgique d’Edgar Rice Burroughs, Les Chevaliers de Mars constitue un événement à suivre et à ne surtout pas manquer.

Mise à jour 04/07/2018
4ème année - Fin du deuxième diptyque

Le Château des étoiles, 2ème diptyque, gazette n°12, c'est déjà fini ! Que le temps passe... on ne voit pas nos héros Séraphin, Sophie et Hans grandirent et pourtant il y a de légères nuances dans les traits faciaux, un brin plus adolescent, moins enfantins qu'aux débuts... et que d'aventures parcourus, que de dangers mortels évités !
Ces Chevaliers de Mars a tenu toutes ses promesses, c'était digne du grand Edgar Rice Burroughs. Alex Alice délaisse dans sa deuxième partie l'action pour davantage d'exploration mais comme encore 12 gazettes sont prévus à la programmation, un petit temps peut faire du bien. Je retiens surtout l'aspect graphique parce que c'est... whoua, il n'y a juste pas de mot pour décrire ces visuels époustouflants en grand format. C'est du niveau Miyazaki quoi. Avec cette série Alice rentre dans la cour des grands, des très grands (il y était déjà selon moi mais là, il n'y a plus de doute possible).
Désormais, la guerre des mondes est déclarée. Vivement la suite !

Nom série  The Witcher  posté le 02/07/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Je n’ai jamais joué aux jeux vidéo The Witcher, ni même lu les romans de la saga Le Sorceleur d’Andrzej Sapkowski dont ils sont inspirés. Néanmoins, une histoire quand elle est bien racontée doit pouvoir se suffire à elle-même, sauf s’il est précisé qu’il s’agit d’un récit à lire en complément du jeu ou du roman. Ce n’est pas le cas ici. Nous avons dans un préambule un bref résumé des évènements survenus dans les jeux vidéos qui permettent grosso modo de planter le décor et de tout de suite enchaîner sur cette Malédiction des Corbeaux.

Sincèrement, je suis extrêmement déçu par ce que je viens de lire. Je ne vais pas m’attarder sur l’avant-propos qui pète plus haut que son cul, où en gros on compare Sapkowski à Tolkien et Howard et la trilogie du Sorceleur au Trône de Fer ou encore la Roue du Temps de Robert Jordan, en terme de renommée. J’en ai entendu parlé de ce Sorceleur, c’est plutôt connu dans le milieu des littéros Fantaisistes, mais tout de même, il y a des comparaisons à ne pas faire sous peine de passer pour un gros prétentieux. Mais passons…

Bon c’est… c’est mou quoi. Il n’y a absolument rien d’exaltant ou d’épique dans cette histoire, et je ne pense pas que les scénaristes aient été à la hauteur de ce qu’ils ont écrit pour les jeux vidéos. Cela ne vole pas plus haut qu’un Hansel & Gretel Witch Hunters. Plus de 120 pages de chasse à la Strige (et non, ce n’est pas au pluriel) d’une lenteur assommante. Le plus hallucinant c’est qu’il y a bien, aller, au moins une quarantaine de pages consacrées à la prise de bain. Oui oui, c’est dingues les mecs passent leur temps à prendre des put@!4 de cure thermales tout au long des cinq chapitres, c’est juste d’un ennui mortel.

Si les jeux vidéo sont pareils, ça ne donne pas du tout envie. Sinon à part des prises de bain, beaucoup de dialogues à base de sous-entendu de cul, des flash-back qui ralentissent le rythme, ainsi que de nombreuses mini-quêtes totalement superflues qui entrecoupent la quête principale (une chasse à la Strige). On se croirait dans un JDR romancé. Je reviens sur l’avant-propos, désolé, mais quand j’y lis que The Witcher peut prétendre figurer au panthéon de la Dark Fantasy, je me marre comme une baleine. Relisez Berserk les gars, ça vous fera dégonfler les chevilles. Je n’ai rien trouvé de particulièrement sombre, gore ou flippant dans la tonalité de cette histoire.

Je suis assez déçu également par les graphismes de Piotr Kowalski qui m’avait habitué à beaucoup mieux, notamment sur le western Badlands. Ici on dirait qu’il salope son trait que je sais pourtant capable d’être plus fin, plus précis ; pour que cela corresponde aux goûts américains et rentrer dans la norme du comics random. Des fois c’est plutôt sympa à regarder mais la plupart du temps le trait est pâteux et les visages grossiers. C’est pareil pour le traitement de la couleur : ça été fait sous Paint ou quoi ?!

Je réserve et conseille ce comics seulement aux fans de Geralt de Riv qui apprécieront peut-être ce Bonheur est dans le pré Fantasy. Pour les autres, il y a carrément mieux à lire.

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