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Nom série  Superman - Red Son  posté le 16/06/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Non, c'est Superman !

Comme l'indique Tom Desanto dans sa note d'introduction, Superman est sans aucun doute l'icône culturelle majeure de l'Amérique, devant Mickey Mouse et Cie. Il en est venu à personnifier le super-héros tout comme Sherlock Holmes personnifie le détective privé en Grande Bretagne et D'Artagnan le mousquetaire en France.
Mais imaginons que l'Homme d'Acier ne soit pas devenu une icône américaine ? Et si, au lieu d'atterrir au beau milieu de l'Amérique bucolique, près de la ferme des Kent, son berceau spatial se soit écrasé en Ukraine soviétique, en 1938 ?

J'ai trouvé ce postulat d'histoire alternative très alléchant et j'envisageais une uchronie de très haute volée mais je rejoins l'avis de Gaston : si la BD débute fort, la qualité se dégrade à mesure que l'histoire avance. C'est vraiment dommage car il y avait de la place pour produire quelque chose de très fécond et de particulièrement original.

En effet au début l'Amérique est en proie à la peur et à la paranoïa, on ressent vraiment la psychose collective provoquée par la nouvelle de l'existence d'un surhomme parmi les rangs de Staline, et la crainte des autorités quant à la sécurité nationale. De l'autre côté le camarade superman attire et fascine les foules soviétiques qui se bousculent au portillon pour venir l'apercevoir lors des défilés militaires, sous le regard bienveillant de Staline. Cela correspond grosso-modo à tout le livre un de la BD ( subdivisée en trois parties ), de très bonne facture et qui sert de mise en place des lieux, de l'époque et des protagonistes.

Les deux derniers tiers qui relatent l'ascension de superman dans le régime soviétique sont, paradoxalement, beaucoup moins captivants. La faute à un concept de base mal exploité et mal approfondi, résultat des courses on se retrouve avec une histoire un peu décousue et ficelée maladroitement, comme si l'auteur lui-même ne savait pas comment exploiter intelligemment son intrigue, comme s'il avait perdu la maîtrise de la barque qu'il devait mener. Si j'ai apprécié retrouver des têtes familières de l'univers comic ( Wonder Woman, Batman, Green Lantern... la bd est un sacré crossover ), la suite que prend l'histoire en elle-même, entre les apartés abusifs, déclamatoires et un brin assommants du camarade superman et son conflit avec Lex Luthor qui s'apparente plus souvent malheureusement à une guéguerre qu'autre chose, ne m'a pas vraiment laissé un souvenir impérissable. Pour dire, j'ai dû feuilleter le bouquin de nouveau pour me rappeler de quoi ça causait. Et je préfère ne même pas trop disserter sur le dessin : c'est fade et générique au possible. S'il y a bien un point ou, de façon générale , les japonais et les franco-belges surclassent leurs homologues d'outre-atlantique, c'est bien dans la beauté et la délicatesse du dessin.

Pour moi Superman : Red Son n'est pas l'oeuvre de génie qu'on s'époumone à nous survendre. L'intérêt en dernier instance repose davantage sur le postulat de base que sur la qualité de l'oeuvre elle-même : et si Superman était né en URSS et non en l'Amérique, quelles conséquences à long terme pour l'humanité ? Quelles conséquences pour l'expansion du communisme et du capitalisme à l'échelle mondiale?
Toutes les possibilités scénaristiques qui s'ouvraient par ces problématiques uchroniques n'ont à mon sens pas étés exploités comme elle auraient pu l'être. Frank Millar n'est pas allé au fond des choses et s'est contenté de nager à la surface de son concept, c'est dommage.

Ni une BD culte ni un navet, une oeuvre honnête et agréable, quoiqu'un tantinet surfaite.

Nom série  X-O Manowar  posté le 25/02/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Il était une fois Rahan dans l'espace.


Très bonne trouvaille que X-O Manowar, conte épique dessiné à plusieurs mains (Tomàs Giorello, Doug Braithwaite entre autres) qui retrace les circonstances d'une guerre interminable qui saigne à blanc la planète Gorin, étoile perdue au beau milieu de l'univers, loin, très loin de la Terre d’où a été arraché Aric de Dacie, le héros de l'histoire.

Cette série est un "relaunch" d'un comic pré-existant, et le nouveau scénariste Matt Kindt a reçu carte blanche pour exploiter à loisir le personnage et l'univers qu'il y a autour. Le bougre s'avère très doué à la tache du "worldbuilding" (création de mondes imaginaires), et la planète Gorin nous apparait terriblement crédible avec ses luttes intestines et l'odeur du souffre de la guerre qui imprègne son atmosphère. Son protagoniste, un simple wisigoth téléporté dans ce monde qu'il commence à peine à apprivoiser, est un individu marqué par l'atrocité des batailles et des massacres, physiquement d'abord. Moignon à la place de la main gauche, balafres difformes sur le dos, l'abdomen et les bras, cheveux hirsutes, regard dur et désabusé, il a perdu le goût des armes et recherche dorénavant une vie paisible d'homme comblé dans sa ferme aux côtés de sa compagne.
Un profil psychologique réminiscent de Thorgal Aegirsson, lui aussi guerrier nordique, lui aussi désespéré d'échapper à la laide réalité du monde dans une sorte de fuite en avant vaine et tragique.

Cependant comme Thorgal, s'il fuit la guerre, la guerre se débrouille toujours pour le rattraper d'une façon ou d'une autre, tel un fatum implacable, tel l'ombre de la Mort dans les films Destination Finale. Et pour se "remettre en selle", le wisigoth peut compter sur l'étrange armure pensante X-O Manowar avec laquelle il entretient une relation ambigüe superbement mis en exergue par Kindt tout au long de l'histoire. Une relation d'attraction/répulsion car s'il répugne à s'en servir parce qu'elle symbolise tout ce qu'il exècre à ses yeux, il est suffisamment lucide pour savoir qu'il aura forcément besoin d'elle et de ses "vertus" inestimables lorsque la guerre viendra frapper à sa porte.

Ce comic c'est aussi l'histoire d'une ascension sociale fulgurante. Aric, par la démonstration de ses qualités intrinsèques de stratège et de leader, passe de simple outcast au rang de capitaine incontesté et admiré par ses troupes puis au rang d'empereur absolu, une évolution qui l'amène de paysan à Iron-Man puis Napoléon Bonaparte. Les titres des différents tomes reflétant d'ailleurs cette promotion personnelle ("De soldat à général", "D'empereur à wisigoth").

En conclusion je dirais que je conseille X-O Manowar à tous les amoureux de Star Wars et à tous les nostalgiques de Flash Gordon, car l'oeuvre est une parfaite synthèse des deux. Rythmé, épique et graphiquement impeccable (même si le changement de dessinateur peut déconcerter quelquefois et que j'en préfère certains plus que d'autres).

Nom série  Mutafukaz  posté le 24/02/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
"Disapproved by the comic code authority".

Dès la couverture, "Mutafukaz" donne le ton. A bas les conventions surannées et les formats figés, cette bande dessinée tranche radicalement avec tout ce qui se fait dans la tradition franco-belge et le revendique crânement.

C'est un gros pavé de près de 600 pages, politiquement incorrect, imaginatif, délirant, qui ne ressemble pour ainsi dire à rien de ce que j'ai lu auparavant. Dans ce festival visuel, chaque page cache une trouvaille, chaque scène est un prétexte pour un fourmillement d'idées, ça peut déconcerter au départ car on n'est pas habitué à ce genre de capharnaüm artistique. En effet loin des références franco-belges, c'est une oeuvre qui puise largement son essence dans la contre-culture américaine et la japanimation.

D'ailleurs le protagoniste à la dégaine un peu cartoonesque fait penser à une sorte de Mickey Mouse transposé dans un univers de Hip-Hop et de guerre des gangs. Cet Angelino que l'on retrouve au tout début de l'aventure et qui semble traîner son spleen dans une ville sordide, entre les livraisons de pizzas où il médite sur la nullité de son existence et les soirées à glander au milieu des cafards dans un squat miteux qu'il partage avec son meilleur ami, va faire une rencontre inopinée qui va chambouler l'ordre de sa vie et l'entraîner dans un road trip mouvementé au beau milieu d'une gigantesque insurrection urbaine.

Une intrigue passionnante, riche en analepses et en détours scénaristiques, qui aborde des sujets complexes et fascinants (ingénierie génétique, secrets d'états, manipulation climatique etc) et qui fait la part belle à des personnages tous plus loufoques les uns que les autres. L'auteur a quand même réussi à rendre cohérente une histoire qui regroupe des catcheurs mexicains, des soucoupes volantes, des extraterrestres et des gangs afro-américains ! C'est une série qui prend tout son sens dans sa volonté de non-sens et qui se définit par sa créativité désordonnée, complètement iconoclaste, comme un gros "Fuck You ! " adressé aux normes et à l'uniformité.

Comme si cette oeuvre, trop atypique pour devenir populaire mais trop géniale pour tomber dans l'oubli, se fichait de devoir plaire aux 7ans/77ans car de toute façon, les 7 ans seraient tourneboulés par sa violence assumée et les 77 ans dépassés par sa modernité.

Nom série  Vinland Saga  posté le 10/11/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Dans le style "grande saga viking", "Vinland Saga" est un peu l'équivalent nippon de notre Thorgal franco-belge.

Ecrit et dessiné par Makoto Yukimura, c'est une oeuvre de longue haleine qui prend son inspiration dans les célèbres sagas islandaises telles que la saga d'Erik le Rouge ou le Flateyjarbok, faisant la part belle aux conquêtes guerrières et aux successions royales.

Il ne faut pas avoir les reins fragiles en lisant ce seinen, car il est une plongée apocalyptique dans le quotidien de ce qui est communément appelé "l'Age Viking", temps barbares où la vie de l'homme moyen ne valait pas plus que celle d'un âne ou d'une poule. L'auteur nous fait suivre le destin d'un guerrier post-adolescent, Thorfinn Thorsson, alors qu'il évolue dans ce monde imbibé de violence crue, et ses aventures dans l'Europe du Nord seront pour lui l'occasion d'une métamorphose radicale et d'une profonde remise en question de ses principes et de sa vision de la vie.

Cette métamorphose est le noeud narratif de la saga que l'on peut morceler en trois parties distinctes :
-la première partie (tome 1 à huit), qui est une sorte de prologue racontant la conquête de l'Angleterre par les Danois. On y découvre un Thorfinn farouche rongé par la haine et le ressentiment à l'égard d'Askeladd, le viking qui a assassiné son père (le fameux "Troll de Jom"), et résolu à se venger en le provoquant dans un duel à mort. C'est un Thorfinn rempli de froideur et de cynisme, corrompu par le mal et désintéressé par la souffrance humaine qui l'entoure et à laquelle il contribue.
-dans la seconde partie (tome 9 à 14), alors qu'Askeladd est mort sans qu'il ait pu régler le compte personnel qu'il avait avec lui, Thorfinn se retrouve esclave dans une propriété agricole. Méconnaissable, torturé par le remords que lui cause le souvenir de son ancienne vie, il végète tel un fantôme, sans but apparent autre que la servitude. Cette situation occasionnera une introspection qui aboutira à un commencement de rédemption. C'est dans ces séances introspectives que lui vient l'idée d'aller créer une société immaculée et pacifique, loin, très loin, dans le Vinland des vieilles légendes, à l'autre bout du monde.
-la troisième partie (du tome 15 jusqu'à maintenant) narre les préparatifs opérés par Thorfinn, libéré de sa condition d'esclave, et de ses nouveaux compagnons en vue du grand voyage vers le Vinland. Obsédé par son projet grandiose, ce Thorfinn a reprit goût à la vie. Cette tranche de l'histoire dénote des autres en ce qu'elle effectue un virement à 180° dans le ton que j'ai trouvé plus guilleret, plus "shonen". Ce qu'on peut constater c'est que le ton de l'oeuvre évolue en harmonie avec l'évolution mentale de son protagoniste : du sombre au joyeux, du misanthrope à l'idéaliste. Comme dirait l'autre, "pour avoir soif de Paradis il faut avoir vécu en Enfer"...


Vinland Saga...c'est gore, c'est tragique, c'est déprimant même par moments, mais grands dieux que c'est bon ! Le dessin est fourni et puissant, j'ai trouvé qu'il illustrait très correctement la brutalité barbare de cette époque dénuée d'humanitarisme, notamment en s'appuyant sur des cases très évocatrices et saisissantes. L'auteur ne fait aucune concession et se plait à décrire tout ce qu'il y a de plus noir dans l'âme humaine mais veut montrer aussi avec son protagoniste Thorfinn que l'homme peut être bon et expier ses fautes si son âme se laisse imprégner par la rédemption et le pardon.

Des valeurs universelles et une leçon de vie qui devrait faire méditer tout un chacun...

Nom série  Comanche  posté le 14/08/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Le western, pour être parfaitement honnête, ne m'intéressait que très modérément auparavant. Il a fallu que je lorgne du côté des grands classiques de la bd franco-belge pour que naisse chez moi une vraie passion enthousiaste pour ce genre. Blueberry reste à mes yeux le modèle mondial et absolu, mais Comanche le talonne de très très près.

Comanche narre un far-west en pleine transition, à bascule entre l'ancien et le nouveau monde. La conquête de l'Ouest par les colons européens venus d'au-delà du Mississipi bat son plein avec le gouvernement américain pour chef d'orchestre. A côté des chemins de fer qui commencent à zébrer le paysage, les villes poussent comme des champignons. L'une d'entre elles, Greenstone Falls, voit l'arrivée d'un cow-boy pas comme les autres, Red Dust.

La série est centrée sur Red Dust et le ranch convoité, le Triple Six (666), qu'il tient en compagnie d'acolytes de circonstance. Comanche, Clem Cheveux Fous, Toby Face-Sombre, Ten Gallons...des surnoms étranges mais une troupe unie plongée dans les tourments d'un monde dur et violent ou le revolver fait la loi.

Tous les tomes sont d'une très grande qualité mais la série devient réellement passionnante à partir du tome trois, en particulier la fusillade nocturne à la fin, magistrale et oppressante, qui parvient à nous happer complètement. Le tome suivant jusqu'à la mort de Reeves est du même tonneau, elle est un superbe chef d'oeuvre ou l'on touche au sublime. Ce qui vient ensuite met en exergue les différentes évolutions des protagonistes et de l'environnement : Greenstone Falls s'agrandit, le cow-boy se range et devient shérif, Comanche s'embourgeoise. cette bd sous bien des aspects peut être perçue comme une sorte de fresque historique exposant la transfiguration de l'Ouest, ou comment un lieu sauvage et aride mute en civilisation moderne.

La réalité du Grand Ouest n'est pas enjolivée et c'est un parti pris que j'ai beaucoup apprécié de la part de Greg et d'Hermann. Ici nous sommes loin de l'univers rigolo d'un Lucky Luke : Tout se règle dans le sang, les règlements de compte trouvent leur épilogue dans la boue et l'obscurité d'un coin sordide, et les destinées personnelles s'achèvent la plupart du temps sur une note tragique. Assurément c'est ce qu'il y a à retenir de ce Grand Ouest dans Comanche : la violence. Une violence permanente, une violente ostentatoire, étouffante.

Je pose bien évidemment le cachet d"oeuvre culte" à cette magnifique bande dessinée. C'est un plaisir de suivre ce Red Dust, à califourchon sur son canasson, pourchassant entre les mesas ensoleillées les pires ordures qui peuplent les Etats-Unis et c'est un plaisir spécial du 9ème art que de pouvoir porter témoignage sur cette époque incroyable où le croisement de populations hétérogènes pouvait faire qu'un rouquin, une femme, un Cheyenne, un blondinet, un moricaud et un vieillard pêchu tissent des liens d'amitié et combattent ensemble les maîtres du crime.

Nom série  The Promised Neverland  posté le 07/08/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Si même un titan de la japanimation tel Qu'Eiichiro Oda donne son satisfecit à cette oeuvre, c'est que l'on tient assurément un must-read.

The Promised Neverland (en référence au "Pays Imaginaire" de Peter Pan) fait partie de ces séries bâtardes qui naviguent entre le shônen et le seinen, à l'image d'un Full Metal Alchemist ou d'un Shingeki No Kyojin plus récemment. Elle cartonne apparemment au pays du soleil levant, en plus d'être plébiscitée par les éditeur français de façon unanime. Il ne m'en fallait pas plus pour me décider à aller jeter un coup d'oeil.

Grace Field House est un orphelinat ou vivent et grandissent en harmonie toute une marmaille tirée à quatre épingles sous l'oeil attendri de "Maman", la tutrice et l'institutrice du lieu. Un genre de Poudlard pour moldus perdu au milieu de nulle part, ou règne une ambiance joyeuse et familiale. Mais les apparences sont parfois trompeuses et un soir, Emma et Norman vont découvrir avec épouvante ce qu'ils n'auraient jamais dû découvrir : leur "maison" n'est pas le cadre idyllique qu'ils imaginaient, il est sous le contrôle discret d'êtres lucifériens aux desseins malveillants et opaques.
A partir de là, le monde va tanguer sous leurs pieds, toutes leurs certitudes vont s'évaporer comme neige au soleil. Désormais, épaulés par leur comparse et ami Ray, ils ne seront animés que d'une obsession : échafauder le plan parfait afin de s'évader de ce camp de concentration déguisé en paradis.

En lisant ces deux premiers tomes on ne voit pas le temps passer tellement on est captivés : ce sont de véritables page-turner ou rien n'est laissé au hasard et ou les changements d'ambiance, entre l'enfantin et l'oppressant, donnent la chair de poule. Dans cette intrigue brillante, qui prend la forme d'une enquête, toutes les pièces du puzzle s'emboîtent à la perfection, tout est millimétré comme une montre suisse. Un vrai travail d'orfèvre.

Ce qui est d'ailleurs rafraîchissant avec The Promised Neverland, c'est que les exploits intellectuels sont privilégiés aux exploits physiques. Ici pas de Ninjutsu, de Kaméhaméha ou de Zanpakutô, la meilleure arme des protagonistes, ce n'est rien d'autre que leur matière grise et leur capacité à anticiper. En cela la série me fait penser à une progéniture de Détective Conan et de Prison break.

Trahison, double-jeu, duplicité, manipulation: le doute est toujours de mise lorsque l'on parcours les pages de ce thriller psychologique et devant autant de dangers et d'écueils, on se met à frémir d'angoisse pour ces orphelins surdoués, engagés dans une course contre la montre qui s'apparente plus en réalité à une course contre la Mort.

Nom série  Issak  posté le 03/08/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Quand on se visualise mentalement la Guerre de Trente Ans, l'image d'asiatiques en armure virevoltant aux côtés des belligérants lors de batailles rangées n'est pas celle qui nous vient immédiatement à l'esprit. c'est pourtant avec cette anecdote historiquement vérifiable que l'auteur d'Issak (2 tomes sortis) va fonder son concept de base, particulièrement original et captivant.

Il faut dire que la Guerre de Trente Ans n'est pas le cadre historique le plus répandu dans le petit monde du manga, plus habitué à l'Europe médiévale, l'Epoque d'Edo, le Japon contemporain, ou alors des oeuvres prospectives et futuristes en tous genres. Ce choix m'a plu d'autant plus que je ne maîtrise cette période que très vaguement; en plus d'être un vrai plaisir de lecture, ces deux premiers tomes se sont révélés être un (petit) cours d'histoire.

1620. L'air au-dessus du Saint Empire Romain Germanique est plombé. Plombé par la haine religieuse qui étouffe les coeurs et détruit la raison. Alors que protestants et catholiques se trucident quotidiennement dans des massacres interminables, au sud-ouest, dans la région du Palatinat du Rhin, la petit-fille d'un forgeron va être sauvée d'un viol par un vagabond armé d'un mousquet, un asiatique qui a fuit son Japon natal pour se mettre aux service des forces protestantes. Cet acte héroïque va désormais lier la jeune roturière et le guerrier nippon, et ils vont poursuivre ensemble un chemin parcouru de rivières de sang et de cadavres désarticulés au beau milieu d'un empire à l'agonie.

Je n'ai aucune idée du nombre de tomes encore à paraître, mais les deux premiers auront largement suffit à m'enthousiasmer pour cette superbe série. Magnifié par une illustration que je trouve splendide, avec un trait fin et délicat tout en étant percutant dans sa transcription de l'horreur, le manga tisse une intrigue simple mais haletante ou les desseins personnels se mêlent à la cause commune. Les batailles sont monumentales et immersives : les armures, les vêtements, les canons, les charges de cavalerie...on se croirait réellement dans le feu de l'action, soufflé d'admiration comme tous les autres soldats devant les exploits et la ruse du sniper-mercenaire venu du Japon : il y a pas à dire, le type à la classe !

En un mot comme en cent, je suis conquis. Une fresque homérique violente, une rencontre entre l'Orient et l'Occident passionnante et fructueuse.

Nom série  Clockwerx  posté le 30/04/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Clockwerx...

Ce titre sent bon le tintamarre des boulons et des écrous, les explosions de grisou et le sifflement strident et ininterrompu des machines à vapeur !

Et effectivement ce diptyque surfe sur la vague de la steampunk-mania qui enfièvre la pop culture depuis un certain temps; hélas il pèche par manque d'originalité et d'identité propre, défaut commun aux suiveurs de mode et aux moutons de Panurge.
Le récit tourne autour d'un antagonisme brutal entre des mercenaires sous les ordres d'une ingénieure manchot et une entité industrielle surpuissante nommée Golden Shell, sur fond de monopole commercial et d'exploitation minière. Ce qui est en jeu, en creux ,ce n'est ni plus ni moins que le "Lucifernium", substance d'outre-monde seule à même d'insuffler l'énergie motrice nécéssaire au pilotage des "Clockwerks", les robots géants.

Tout le long des pages, on attend l'étincelle susceptible de nous faire réellement plonger dans l'histoire, le rebondissement qui va nous prendre par surprise, mais rien du tout, cette guerre entre Molly Vance et les méchants de la Golden Shell nous(me) laisse de marbre, le scénario bancal (et banal) accumule les clichés et les niaiseries, dans ce sens le "Luciférnium" renvoie à l'éternel topos de la substance imaginaire aux propriétés hors-normes (cf l'ether, le vibranium, le slime, l'épice de Sarrakis, l'huile magique des Méta-Barons, la kryptonite, etc,etc).

C'est bien dommage car elle garde quelques qualités cette série : le cadre victorien et édouardien de l'Angleterre expansionniste du XIX siècle, le décor anxiogène et infernal de la mine à Lucifernium et enfin le design des Clockwerx, qui claque bien et me semble prendre son inspiration dans la richissime culture mecha de l'animation nippone.

"Clockwerx", comme tant d'autres bd, symbolise tout ce qui cloche dans la BD francophone aujourd'hui largement mondialisée : une armada inépuisable de dessinateurs de talent, mais trop peu de scénaristes doués en contrepartie. A croire que des binômes comme Goscinny/Uderzo et Charlier/Giraud, ça ne court pas le rues...

Nom série  Largo Winch  posté le 15/01/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
S'agit-il de James Bond ? Ou bien alors serait-ce Jason Bourne ?

Non non c'est Largo Winch, le milliardaire en blue jeans !

28 ans après la publication du premier tome par les éditions Dupuis, la saga business-thriller de Jean Van Hamme s'est mue en oeuvre culte vendue à plusieurs millions d'exemplaires. Mais de quoi ça parle exactement ?

Eh bien lire Largo Winch c'est plonger la tête la première dans les méandres obscurs de la haute finance internationale, où règne la spéculation malhonnête et la loi du plus fort. A vingt-six balais, un ancien orphelin yougoslave se retrouve catapulté à la tête d'un empire de dix milliards de dollars suite à l'assassinat de son père adoptif. Voilà Largo héritier du Winch Group, cependant il va vite se rendre compte que ses nouvelles acquisitions attisent envie et malveillance de la part de rivaux mal intentionnés.

Appréhender toute la terminologie politico-financière n'est pas une sinécure et le vocabulaire technique copieusement utilisé pourra rebuter le néophyte, personnellement je trouve qu'elle accentue la crédibilité et l'immersion, Van Hamme puise dans ses connaissances encyclopédiques pour rendre familier un milieu qui parait toujours un peu abscons et ésotérique, presque impénétrable pour le commun des mortels. Businessmen mafieux, banquiers influents, capitaines d'industrie, oligarques et cheikhs multimilliardaires, c'est tout le gratin mondial que l'on côtoie aux côtés de Largo Winch dans des aventures où l'on retrouve pèle-mêle coups montés, magouilles, OPA, érotisme et donzelles plantureuses, tractations et détournements en tous genres. Chaque tome se lit d'une traite, même s'il est vrai que la série traîne un peu en longueur après le diptyque "Voir Venise/ Et mourir".

En tous les cas c'est une bande dessinée captivante à lire et très maîtrisée, illuminée par un dessin droit et anguleux qui épouse merveilleusement la froideur et le sérieux du monde financier qu'il illustre. Elle m'a fait penser par certains aspects aux S.A.S de Gérard de Villiers, et le personnage de Largo Winch rappelle inévitablement James Bond : une dégaine de playboy, du bagout et de la testostérone. N'en jetez plus !

Nom série  Nils  posté le 09/12/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Quand la nature "tombe en panne", comment survivre ?

J'avais entamé ce diptyque sans aucun a priori particulier, ne connaissant pas les auteurs, mais les couvertures m'avaient interpellé par leur intrigante noirceur et je me suis donc décidé à sauter le pas.

Au confluent de la culture mythologique scandinave et de l'imaginaire des studios Ghibli, "Nils" s'apparente à une fable écologique comme savait si bien les raconter maître Mizayaki, avec comme épicentre scénaristique la lutte pour la préservation de la nature.

Dans cette bande dessinée elle se retrouve dans un état dégénérescent , au grand dam d'un hameau de paysans catastrophés que l'on rencontre dès le début du premier tome. Plus rien ne pousse, les graines ne germent plus : c'est dans ces circonstances qu'un père et son fils décident de partir en mission à la recherche de la vérité et d'une solution au fléau.

Le gros point fort de cette série c'est son dessin, poétique et sublime, qui nous plonge dans une ambiance sombre de fin du monde : Ruben et Nils, les protagonistes, parcourent des paysages tristes et désolés soumis au déchaînement des éléments ( le vent, le froid, le smog) et illuminés par une coloration crépusculaire et maussade. Sur certaines pages on est intimidés par le gigantisme majestueux des ruines multi-millénaires, sur d'autres on s'émerveille devant d'étranges machines ovoïdes, des zeppelins à hélices et autres technologies steampunk.

Le scénario est plaisant même si j'ai trouvé le 2nd tome en deça : alors que la quête de survie dans cette atmosphère féérique et magique si particulière du premier volet était réellement intéressante et augurait de très bonnes choses, la suite s'empêtre dans un imbroglio scientifique et rationnel qui affadit un peu tout, tout tourne autour d'une question d'exploitation énergétique que j'ai trouvé ennuyeuse et peu convaincante. Les auteurs ont-ils voulu dresser une analogie avec notre monde à nous ou l'exploitation pétrolière par les multinationales détruit l'environnement et ses habitants ?

Quoi qu'il en soit, Nils se laisse lire sans déplaisir aucun nonobstant certains aspects déjà-vu. Portée par des personnages attachants quoique stéréotypés, elle arbore un méli-mélo de thèmes et de styles différents ou se croisent l'animisme, la fantasy, les considérations énergétiques et le rétrofuturisme.

Nom série  Natacha  posté le 26/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
C'est très certainement sous le coup de la nostalgie que j'accorde quatre étoiles à cette BD. Objectivement, elle en mériterait peut être trois voire moins. J'en conviens, mon jugement est biaisé car Natacha fait partie de ces bonnes vieilleries franco-belges qui ont bercé mon enfance et mon adolescence (snif snif, souvenirs souvenirs...)

Oui car comment ne pas tomber sous le charme de cette délicieuse blondinette en jupon ? La série avait surpris son monde à l'époque, une héroïne qui assumait sa féminité tout en affichant un caractère bien couillu face aux pires dangers, ça tranchait avec la consensualité phallocratique qui régnait alors. Des auteurs vont suivre le mouvement, en particulier Roger Leloup qui réussira lui aussi le coup de la protagoniste sexy et débrouillarde de bien meilleure manière que Walthéry en créant Yoko Tsuno en 1970.

Ce qui est vraiment chouette avec Natacha, c'est qu'on se familiarise au fabuleux monde des aéroports et des avions civils. Hôtesse de l'air de la "B.A.R.D.A.F" et toujours flanquée de son collègue faire-valoir Walter, le stewart gaffeur et ombrageux, elle nous emporte dans un tourbillon d'aventures exaltantes, la plupart tournant autour de son métier même si Walthéry s'autorise parfois quelques délires sci-fi intéressants comme le diptyque "Instantanés pour Caltech/ Les machines incertaines" . Détournements d'avions, courses-poursuites entre deux vols, pirates de l'air et autres pieds nickelés, à travers ces histoires sympas et sans prétention on se retrouve absolument transporté dans cet univers immersif; Natacha appartient à cette caste de BD qui agit comme une magnifique publicité pour un corps de métier (on peut faire le parallèle avec Michel Vaillant et le monde du sport automobile).

Même si cette série peut paraître un peu désuète et même un brin ridicule aujourd'hui ( Ah cette indomptable Natacha qui déambule en pleine forêt amazonienne en talons aiguilles, divinement ubuesque !), elle n'en reste pas moins un classique qui a su faire bouger les esprits psychorigides d'antan et je ne boude jamais mon plaisir de la relire de temps en temps au coin du feu.

Qu'on se le dise, Natacha restera à jamais pour moi la seule héroïne de magazine Playboy capable de m'envoyer au 7ème ciel (au propre comme au figuré hein !)

Nom série  Soda  posté le 12/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Soda.

Derrière cet alias se cache une bande dessinée que j'ai pris grand plaisir à lire et à parcourir, elle ressemble à pas mal de films et séries policières américaines et j'adore ce genre de décor urbain gangréné par la surcriminalité (petite et grande).

Oui parce que la vie dans le New-York de cette BD n'est pas un long fleuve tranquille, c'est le moins que l'on puisse dire. Dans un brouhaha provoqué par les cahots incessants du traffic routier, le quotidien de cette mégalopole américaine ou la misère la plus abjecte fréquente le luxe le plus fastueux est rythmé par les crimes et les délits commis par les pires raclures. La fameuse NYPD est là pour faire régner l'ordre (du mieux qu'elle le peut) et parmi tous ses éléments, un homme se distingue : David Elliot Hanneth Solomon, ou plutôt Soda, pour les intimes.

L'intérêt et l'originalité de cette série vient de la double identité de cet homme: devant sa mère, il se fait passer pour un sage pasteur épris de dévotion. En dehors du cocon maternel, il devient un flic redoutable et efficace. Avec sa coéquipière (et petite amie occasionnelle) Linda Tchaïkowsky, ils forment un duo de fines gâchettes, d'ailleurs c'est drôle leur binôme m'a fait immédiatement penser à XIII et au major Jones.

Durant toutes ces aventures on suit avec grand appétit et un peu d'appréhension cet individu qui se balance d'une identité à une autre entre une fusillade et un repas de famille, dans une double-vie proche de celle des super-héros. Ces deux facettes de son existence se retrouvent même jusque dans les titres, qui empruntent souvent aussi bien à la terminologie policière et criminelle que religieuse ( Tu ne buteras point, Tuez en Paix, etc).
Tome et Gazzotti maitrisent leur sujet et savent retenir le souffle des lecteurs, les histoires sont parfois choquantes, l'ultraviolence guette à tous les coins de rue et blancs comme noirs s'y adonnent sans la moindre once de scrupule (devant des enfants ou dans des lieux de culte). J'ai souvent refermé des tomes, secoué et mélancolique, en méditant sur l'absurdité et la tragédie de la vie.

Au final on peut dire que Soda est un honnête polar franco-belge, qui brasse un grand nombre de thèmes (la police, la religion , la mort et la violence...) avec un savoir-faire certain. David Solomon (ooooups Soda pardon...) est un protagoniste qui charme par son panache et la façon humoristique qu'il a de gérer sa carrière et sa vie familiale. Pas facile de cacher tous les jours son vrai métier à sa môman ! Mais comme il le dit lui-même : " C'est pas plus mal : les types que j'arrête sont parfois un peu morts..."

Nom série  L'Odeur des garçons affamés  posté le 09/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Lorsque j'ai refermé cette bande dessinée après l'avoir lue, la première chose qui m'est venu à l'esprit c'est, clairement : "mais qu'est ce que c'est que ce truc ?".

On en fait pas tous les dimanches matin des bds comme "l'Odeur des Garçons Affamés", véritable objet manuscrit non-identifié, sorte de "western sous psychotropes" à la croisée des chemins entre le soap opera, le western et le récit fantastique.

Ici le décor est vaste, vertigineusement vaste puisqu'il s'agit du grand Ouest américain, encore vierge et inapprivoisé, ou s'épanouissent des autochtones momentanément épargnés de la frénésie industrielle et démograhique WASP par la guerre de Sécession qui vient de se terminer.

Trois aventuriers, cependant, sillonnent la région afin de reconnaître le terrain en vue d'une future exploitation : Stingley, l'entrepreneur véreux, Oscar Forrest le "garçon" de ferme et Milton, photographe irlandais chargé d'immortaliser la beauté sauvage de ce territoire poussiéreux. C'est l'occasion pour ces individus aux caractères différents d'affronter leur point de vue et leur philosophie : d'aucuns piaffent cyniquement d'impatience en songeant aux seuls bénéfices pécuniers à envisager, d'autres se drapent sous l'écologie politique et les droits de l'homme, soucieux de garder cet Eden loin des vices du monde moderne qui vient. Au fil des pages les liens se créent , des secrets bien cachés éclatent au grand jour, certains masques tombent et le ton tourne progressivement vers le fantastique. Hallucinations, rêves étranges hantés d'ectoplasmes, délires visuels, ce chamboulement d'ambiance déroute et charme tout en un, l'oeuvre mue pour se transformer en méta-western.

L'intérêt (à mon sens du moins) de cette BD vient du fait qu'elle ose dépoussiérer les codes d'un genre relativement figé en sortant des sentiers battus. Le bizarre côtoie le familier : les Comanches mutiques et inquiétants brouillent les photographies de manière inexplicable et les chasseurs de primes dissimulent d'affreuses têtes de vampire sous des chapeaux à long bord. Le dessin, relativement simple et minimaliste, est atypique pour un western, plus habitué à des planches sales et fouillées à la Moebius.
C'est un pari risqué de la part de Frederik Peeters et Loo Hui Phang, elle rendra cette BD forcément clivante et rebutera peut être les puristes.
Pour ma part je la considère comme un exercice de style franchement réussi, qui tire tout son sel de son particularisme. Vivement conseillé.

Qui a dit que le western était un genre sclérosé et éteint ?

Nom série  V pour Vendetta  posté le 13/08/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Alan Moore, véritable pape du comic britannique, est un auteur dont je n'avais rien lu jusqu'à présent, j'avais tout au plus vu une adaptation cinématographique de Watchmen (2009 par Zack Snyder) que j'avais moyennement appréciée.

V pour Vendetta est ma première incursion dans sa bibliographie. Dans cette BD-Roman longue de 335 pages, qui lorgne même vers le théâtre par son découpage en actes, nous nous retrouvons dans un Royaume-Uni post-atomique, mis en coupe réglée par un régime totalitaire et corrompu dirigé par un parti fasciste, Norsefire. Télé et radio surveillance, manipulation des masses, terrorisme d'Etat, tel est le lugubre triptyque quotidien pour une population apathique et réduite à l'état de larbins. Un peu plus et on se croirait dans 1984 de Georges Orwell ! Moore y a sûrement trouvé une puissante source d'inspiration.

Les Britanniques sont donc devenus un peuple zombie et soumis au diktat d'une bande de politicards xénophobes qui exercent leur contrôle par le biais d'organes de surveillance perfectionnés : l'Oeil, la Main, le Nez, l'Oreille et la Voix. Tous ? Non ! Car un mystérieux frondeur anarchiste résiste encore et toujours à l'oppresseur en multipliant régulièrement les actes d'éclats dans la clandestinité. Il laisse souvent sur le lieu de ses méfaits un dessin représentant la lettre V, il porte un étrange masque au sourire figé, et lorsque besoin est, il se claquemure dans son repaire, les métros abandonnés de Londres.

Un mélange entre Batman et Arsène Lupin, entre le justicier et le chenapan.

Moore excelle dans l'art de créer une société dystopique crédible et ce Royaume-Uni là fait froid dans le dos, avec son cortège de maux incurables : discrimination, racisme (Noirs, juifs, asiatiques), fractures sociales, etc.
La BD se lit comme un thriller/polar, l'histoire prend la forme d'une enquête et d'une chasse à l'homme entre V et les forces de police, et chaque rebondissement permet de faire avancer l'intrigue, ainsi que d'en apprendre plus sur le passé troublé de l'homme au masque. C'est d'ailleurs tout ce mystère et toutes ces incertitudes qui entourent sa personne qui le rendent captivant et qui en font un personnage réussi. Tout au long de l'aventure la curiosité et l'envie d'en connaître davantage nous saisit, et l'on se pose une foultitude de questions. Qui est-il ? D'où vient-il ? Que lui est-il arrivé par le passé qui ait pu réussir à le transformer en féroce zélateur de l'anarchisme ?
Son élan révolutionnaire, son activisme et ses appels au peuple m'ont d'ailleurs rappelé le fameux discours de la servitude volontaire de la Boétie, que je conseille à tout le monde.

V pour Vendetta est une oeuvre de qualité même si elle souffre d'un dessin quelconque, fade et impersonnel. BD littéraire, Alan Moore en a fait une ode à l'anarchie par le biais du protagoniste qui agit comme son ventriloque (car Moore est un ardent défenseur de l'anarchisme, entre autres choses). Je n'irais pas jusqu'à lui mettre la note maximale, malgré son statut d'oeuvre culte, mais c'est définitivement une bd à lire.

Nom série  Azimut  posté le 03/07/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Complètement azimuté. C'est bien le seul qualificatif qui conviendrait à "Azimut" , cette BD si bien nommée.

Si vous vous attendez à quelque chose de conventionnel, alors passez votre chemin, dans le monde créé par Wilfrid Lupano et Jean-Baptiste Andreae, tout est complètement farfelu, insolite, halluciné, loufoque, dérangé, extravagant, en un mot fou fou fou fou, et c'est pour ça que j'adore !

C'est un monde où le Temps est un concept qui tourmente et interroge. Certains bourlinguent à bord de navires-laboratoires à la recherche d'une hypothétique terre où il n'existerait pas. D'autres trichent et s'achètent une seconde jeunesse à la Banque du Temps. Une troisième partie enfin vit recluse au fin fond de la jungle et s'enfonce dans les délices d'un farniente éternel grâce aux oeufs pondus par des belles lurettes, ces pourvoyeuses d'immortalité. Dans Azimut, tous les moyens sont bons pour combattre et vaincre le Temps ainsi que son issue inéluctable et terrifiante : la Mort.

Dans cette oeuvre puissante et onirique, il devient ardu de quitter les pages des yeux, marabouté que l'on est par la beauté du génie créatif qui s'étale devant nous. C'est absolument superbe et sidérant cet univers inventé par le duo Lupano/Andreae, une sorte de croisement de fantasy et de conte féerique, mâtiné d'éléments clockpunk . Dans ces aventures rocambolesques et drolatiques, les lapins parlent, les palais flottent, les reflets peuvent se figer dans l'eau, les ambassadeurs nains se déplacent sur des prothèses en porte-jarretelles et - comble de l'absurde - le Nord disparaît dans d'énigmatiques circonstances en perturbant le commerce maritime. Lewis Carroll et Miyazaki ne sont pas loin.

Avec Azimut, il faut faire l'effort de ranger son esprit cartésien au placard et laisser voguer son âme d'enfant dans un monde merveilleusement toqué et excentrique. Vous en ressortirez en ayant pris une cure de jouvence et en ayant gagné en méditation sur le Temps, qui passe inexorablement...

Nom série  Katanga  posté le 25/05/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Après avoir fait un virage dans les eaux troubles de la France Vichyste sous occupation nazie (Il était une fois en France), Fabien Nury met le cap sur l'Afrique Noire post-coloniale avec ce premier tome de "Katanga".

Bonne pioche, car cette période relativement cryptique de l'histoire d'un continent en pleine mutation mérite qu'on s'y intéresse de plus près, et ce que l'on découvre au fil des 74 pages cette Bd a de quoi nous glacer le sang.

Car ici nous nous retrouvons en plein Katanga sécessionniste de 1960, peu après la déclaration d'indépendance arrachée par le Congo Belge. Cette ancienne province méridionale du pays , véritable "scandale géologique" ( puisque ses sous-sols sont imbibés de gisements de cobalt, de cuivre, de fer, de radium, d'uranium et de diamant, eh oui) attirant toutes les convoitises et tous les intérêts industriels, entre en guerre avec le Congo pour la domination des territoires miniers. Dans cette zone devenue un enfer ou règne la violence inter-ethnique, nous suivons la fuite en catastrophe d'une famille de colons belges au beau milieu de l'insurrection.

Nury reprend ses vieilles marottes et, comme dans Il était une fois en France, il s'amuse à mélanger la réalité géopolitique historique (sécession du Katanga) avec une intrigue de pure fiction (la recherche de diamants disparus). La encore la synthèse est réussie non sans brio, l'intrigue est assez palpitante, les dialogues sont délicieux ; le bougre est un scénariste chevronné c'est évident. Cette Afrique livrée à la chienlit et aux turpitudes humaines qui nous est conté laisse il faut bien le dire une image fort peu reluisante : cynisme d'état, lucre commercial et industriel, françafrique, belgafrique, meurtres, assassinats, barbouzes et crapules en tout genre, en bon misanthrope Nury se complait à nous cracher au visage toute la laideur humaine.
Parlant de laideur, j'ai moyennement apprécié l'aspect caricatural des Africains dans cette BD, ça m'a rappelé Tintin au Congo et certaines BD de jadis ( les Petits Hommes par exemple de sinistre mémoire). Les lèvres énormes, les nez écrasés...qu'ils parleraient en roulant les R et la boucle aurait été bouclée. Parallèlement à ça j'ai eu l'impression que le contexte turbulent et violent dans lequel se déroule l'action a été prit comme alibi pour pouvoir se défouler sur la "sauvagerie" des Africains, comme sur la séquence du "camp des cannibales". Je sais bien que la BD se targue de réalisme historique mais tout de même, j'ai trouvé ça exagéré et ridicule, les Africains ne se résument pas à quelques malheureux clichés.

Je conseille toutefois cette oeuvre, surtout pour son didactisme ( le récit au début sur l'histoire du Katanga est génial, ça donne d'ailleurs envie d'aller compléter ses connaissances en allant s'informer soi même sur l'histoire du Congo Belge depuis son achat par Léopold II le roi des belges jusqu'à son indépendance et au-delà). C'est un effrayant récit d'aventures en terre africaine, brutal et prenant, et qui n'est pas sans rappeler le "Dernier Train du Katanga" de Jack Cardiff, film britannique dont Tarantino était grand fan et que Martin Scorsese qualifiait de "plaisir coupable" .

Nom série  Tyler Cross  posté le 22/05/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Boum Boum Pan Pan ! Voici Tyler Cross !


Dargaud épaissit son catalogue d'oeuvres de qualité avec cette pure bombe signée Fabien Nury et Brüno (qui avaient déjà collaboré avec Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle), dont le premier tome paru en 2013 fit l'effet d'un séisme de magnitude 10 sur l'échelle de Richter, à tel point que les critiques s'époumonaient d'éloges et rangeaient déjà ce petit joyau classieux et bien énervé parmi les classiques.

Je rajouterais ma petite voix fluette à ce concert de dithyrambes, tellement on ne peut nier avoir là affaire à de la grande bande dessinée. Ce provisoire diptyque (Black Rock et Angola, en attendant les tomes suivants) se distingue d'emblée par son protagoniste. Une carrure de boxeur, une gueule carrée et anguleuse, ce bad boy coiffé d'un stetson et traînant son fusil à pompe rappelle immédiatement certains monstres sacrés du cinéma tels que Jack Palance, Clint Eastwood voire Humphrey Bogart.
Mais non content d'être pourvu d'un charisme insolent, notre anti-héros ne manque pas de répondant : cynique et caustique, ses prises de parole sont très souvent savoureuses. Le ton dur, le verbe haut, à travers lui on aperçoit tout le génie de Fabien Nury dans la construction des dialogues.

Mais Tyler Cross c'est aussi des intrigues et une atmosphère, très empreinte des films noirs d'après-guerre ; on peut considérer d'ailleurs cette BD comme une déclaration d'amour nostalgique au cinéma hollywoodien des années 50/60. En effet elle revisite certains grands classiques du 7ème art d'Outre-Atlantique, je pense aux films de gangsters dans le premier tome ( avec le narcotrafic, les braquages à main armée, les milieux mafieux...) et aux films de bagnards dans Angola. Derrière des scénarios que l'on peut considérer comme assez classiques se cachent en réalité une maîtrise impressionnante de son sujet, on sent des auteurs qui se sont exhaustivement documenté pour ne rien laisser au hasard. Dans cette série au dessin minimaliste qui renvoie à une esthétique expressionniste, tout se coordonne comme dans une machine parfaitement huilé, on est happé de la première à la dernière page dans les remugles de cet univers sordide où règne le vice et le crime.

Non, clairement, ce polar-thriller, truffé de références (des films hard boiled à la James Ellroy au western façon Sergio Leone sans oublier la petite touche pulp de Tarantino) est un merveilleux hommage rendu à Hollywood, et un charmant petit nouveau dans le monde la BD franco-belge. Pour tout dire il a frôlé la note maximale, mais je préfère d'abord attendre de voir comment la série évolue avant de m'emballer.

En tout cas , un peu comme Blacksad de Guarnido et Diaz Canalès (avec qui il partage le même cadre géographique et historique), le potentiel est là pour que le Petit Poucet devienne Gargantua.

Nom série  Valérian  posté le 20/03/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
"Avant nous, personne n'avais jamais raconté des aventures comme celles-là. Dans cette série, tout est possible. Chaque nouvel album peut nous conduire où nous voulons" dixit Jean-Claude Mézières.

Valérian et Laureline est le prototype même de la BD expérimentale. Lorsqu'il est publié pour la première fois en 1967 dans Pilote, ce space opéra fait l'effet d'une bombe : Cette liberté totale, cette explosion de créativité visuelle, c'est du jamais vu en France à l'époque. On y retrouve aussi ce qui caractérise la BD française des années 70 : anticonformisme, prise de risque, empreinte SF très marquée et rejetant crânement le style "Gros-Nez" d'un 9ème art encore inféodé aux codes esthétiques belges. Porté par des noms illustres et quelques séries et magazines phares ( Enki Bilal, Gotlib, Mézières et Christin, Métal Hurlant, Phillippe Druillet, Valérian, Mandryka, etc) cet "aggiornamento" artistique lancé par la France va s'avérer être très influent dans le développement de la science fiction mondiale qui va suivre , en particulier la SF américaine (Star Wars, Avatar, Independance Day, Alien, Blade Runner, et d'autres ont tous une dette envers cette période de la BD francophone).

Valérian et Laureline, c'est l'histoire d'un âge futur ou les hommes se sont essaimés dans l'espace, constituant un empire vaste dirigé depuis Galaxity, la capitale terrienne. Le SST (pour Service Spatio-Temporel) est un organisme dépendant de Galaxity qui emploie des agents spéciaux, véritables baroudeurs de l'espace chargés de préserver les intérêts de Galaxity dans le temps et dans le cosmos. Valérian et Laureline font justement partie de ces agents spatio-temporels et la BD nous raconte la série de missions diverses et variées qu'ils doivent accomplir dans l'infini et au-delà, tout en vivant leur joyeuse idylle .L'un est un James Bond de l'espace étourdi et souvent sot, un héros au grand coeur un peu mal dégrossi. L'autre, sa James Bond Girl, est une héroïne flamboyante et intrépide, toujours divinement sexy dans sa combinaison moulante. Elle n'est pas qu'un simple faire-valoir et elle le montre, à plusieurs reprises c'est d'ailleurs elle qui sauve la situation lorsque son partenaire s'emmêle un peu les pinceaux.

Au fil des tomes on découvre, médusés, un univers fantasmagorique peuplé de créatures complètement loufoques : des jaunes, des verts, des petits, des grands, des intelligents, des moins intelligents...on visite des planètes lointaines aux noms exotiques, on repasse le fil entier de l'histoire humaine...l'estampille "space opéra" ne peut être plus méritée. Oeuvre oscillant entre Star Trek et la Patrouille du Temps, elle est un vibrant éloge à l'aventure et à la beauté de l'espace, cet insondable voile sans fin.

Elle brasse un large éventail de thèmes, du voyage spatio-temporel à la critique sociale, dans une palette tonale allant du sombre au baroque et au comique. Cet éclectisme assumé peut déstabiliser, car ça donne à la série une allure tarabiscotée et non-monolithique, comme si les auteurs se laissaient aller au gré de leur imagination sans se soucier de cohérence. Comme toutes les oeuvres pionnières, elle n'est pas parfaite.

Je conseille à tout bédéphile de la lire au moins pour prendre conscience par ses propre yeux de l'influence qu'elle a eu dans l'histoire de la science-fiction d'après guerre( "elle est pleine d'idées géniales à voler" aurait fameusement dit l'artiste américain Frank Kelly). Avec ces 23 albums parus c'est une portion significative de notre culture populaire qui s'ouvre à nous.
Luc Besson a acquis les droits d'adaptation de cette BD malheureusement tombée dans l'oubli. Tenter de la remettre au goût du jour par le biais du cinéma ? Je reste circonspect. Tout simplement parce que son univers visuel est devenu trop commun au 7ème art pour que le film puisse espérer se démarquer. Besson a quelques wagons de retard, c'était dans les années 70 que le cinéma français aurait dû avoir l'audace et les moyens de l'adapter, pas en 2017 avec des spectateurs blasés pour qui ce sera du vu et revu.

Mais bon, we'll see...

Nom série  Long John Silver  posté le 28/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Chasse aux trésors, complots, drames, contrées exotiques du bout du monde, pirates charismatiques, et un zeste de surnaturel pour couronner le tout...non je ne vous parle pas de Pirates des Caraïbes mais bien de Long John Silver, son équivalent en BD franco-belge, et fruit d'une nouvelle collaboration fructueuse entre Xavier Dorison et Mathieu Lauffray (ils s'étaient déjà fait remarqué avec Prophet quelques années plus tôt)

Pensé comme un hommage à l'Île au trésor de Robert Louis Stevenson (le tome 1 débute par une citation du livre), Long John Silver nous narre l'épopée fantastique du personnage éponyme, un vieux roublard fort en gueule qui noie son oisiveté dans les boissons alcoolisées des tavernes bristoliennes. En effet une certaine Vivian Hastings est venue le voir pour s'octroyer ses services. Ce qu'elle cherche ? Un pirate intrépide, un trompe-la-mort qui pourra l'aider à retrouver la mythique cité précolombienne de Guyanacapac, supposément gorgée d'or, et qui fut l'objet des fantasmes les plus fous des pirates et des explorateurs, dont Lord Byron Hastings, mari de Vivian et qui a disparu mystérieusement lors de sa quête frénétique.

A bord du rafiot Neptune volé à des Ottomans, Silver , Vivian, et tout un équipage d'aventuriers vont donc écumer les mers à la recherche de cette cité extraordinaire, tapie dans les entrailles sauvages et étouffantes de l'Amazonie.

Si l'on est fan de récits de piraterie alors on ne pourra qu'aimer cette quadrilogie, caractérisée par un scénario ma foi assez classique mais superbement maîtrisé , et par un souffle épique amplifié par le dessin de Lauffray, qui s'est visiblement fait plaisir à la tâche, il n'y a qu'à voir les planches immenses en deux pages éparpillées un peu partout dans ces quatre tomes, on en reste pantois d'admiration et l'immersion est complète.

La saga fonctionne en crescendo, on part d'un début relativement paisible (introduction des personnages, explication de l'enjeu, préparation au grand voyage) à un climax en apothéose ou ça part dans tous les sens, les balles sifflent, les boulets de canon grondent et le sang coule à flot. Certains ont moyennement apprécié ce déferlement d'action débridée dans ce dernier tome, c'est un avis que je ne partage pas, ça correspond à la logique habituelle de Dorison (voir le Troisième Testament ou c'est le même cas de figure) mais surtout à la logique du genre de la fiction de piraterie. C'est de l'aventure avec un grand A qui m'a d'ailleurs fait penser à Indiana Jones et le Temple maudit.

Pour moi cette saga est un sans faute, que ce soit au niveau scénaristique ou graphique, il y a tout pour nous charmer et nous ravir. Je pense que R.L. Stevenson lui-même ne bouderait pas cet hommage remarquable à l'un de ses plus célèbres romans.

Nom série  Les Trois Fantômes de Tesla  posté le 23/09/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
L'esthétique "rétro-futuriste" semble avoir fait son nid dans le petit monde de la bd franco-belge, "Les trois Fantômes de Tesla" de Richard Marazano et Guilhem en est la plus récente attestation. En effet ce petit bijou des éditions Le Lombard s'imprègne d'une imagerie dite "Dieselpunk", une ramification du Steampunk qui envisage un Entre-deux-Guerres alternatif, avec le plus souvent l'Amérique pour cadre.

L'Amérique justement dans cette BD, on la retrouve en pleine seconde Guerre Mondiale, en 1942. A New York règne une ambiance d'anxiété et de paranoïa. Le Serbo-Américain Nikola Tesla, génie de la science et de la technique, a mystérieusement disparu au moment ou le pays a le plus cruellement besoin de ses services. Des individus en scaphandre, projetant de sinistres lueurs verdâtres, sillonnent les abysses de l'East River pour on ne sait quelle raison. Des espions allemands ? Rien n'est moins sûr. La lointaine guerre du Pacifique charrie des rumeurs de technologies japonaises au potentiel terrifiant, prêtes à être utilisées et pouvant bouleverser les rapports de force. Une série d'assassinats inexplicables secoue la ville de New-York et donne du fil à retordre aux agents du FBI, au premier chef l'inspecteur Kelly qui est sommé d'élucider l'affaire.

Kathleen Cooley, veuve de guerre, emménage avec son fils Travis dans un quartier de Manhattan. Le soir, lorsqu'elle part travailler dans une usine d'armement, le jeune Travis s'encanaille avec les délinquants du coin. Ces derniers le mettent à l'épreuve en lui demandant d'aller livrer à Mr Slate, son voisin taiseux et reclus, un indéchiffrable message codé. Mais de fil en aiguille Travis va découvrir que derrière l'identité de Kaolin Slate se cache quelqu'un d'autre, un personnage qui va partager avec lui des secrets extraordinaires et cruciaux pour l'issue de la guerre.

Pour quelqu'un comme moi fasciné par tout ce qui touche au rétro-futurisme, avec "Les Trois fantômes de Tesla" j'y ai largement trouvé mon compte. Certes cette Bd est clairement un tome d'introduction qui pose tranquillement les bases de l'intrigue mais elle parvient tout de même à glisser quelques révélations qui permettent de densifier l'histoire et d'accrocher le lecteur.
Le style si particulier du Dieselpunk est merveilleusement bien retranscrit grâce au dessin fouillé et réaliste de Guilhem Bec, fourmillant de détails, et grâce à la créativité scénaristique de Marazano.
En mélangeant fiction et réalité historique, dans la plus pure tradition de l'uchronie, il parviennent à nous captiver avec ce New-York des années 40 qui nous parait si familier avec ses gratte-ciel au rutilant style Art-Deco, ses hordes de zeppelins qui circulent entre les nuages, ses enseignes au néon qui éblouissent ses avenues, ses mafiosos crapuleux et sa peur communiste, mais en même temps qui nous parait si étranger et différent avec ses scaphandriers multiglobulaires qui se promènent sous ses détroits, ses créatures arachnides qui se tapissent dans ses recoins, sans parler de ces armadas d'exosquelettes motorisés nippons tout droit sortis d'Evangelion ou de Mobile Suit Gundam qui menacent de la plonger dans une apocalypse de feu et de sang.
J'ai également beaucoup aimé la façon dont ils ont exploité la rivalité entre les deux grands esprits que sont Tesla et Edison. C'est original et ça reflète l'opposition qui a véritablement existé entre les deux hommes, notamment lors de la fameuse "guerre des Courants", opposition industrielle et technique sur le transport et la distribution d'électricité aux Etats-Unis.

Si je devais absolument émettre des critiques ce serait sûrement sur les dialogues que j'ai trouvé trop souvent plats et clichés, et sur le protagoniste qui correspond trop à un modèle archétypal et classique : le gamin surdoué épris de science qui se retrouve plongé dans une aventure impliquant des nouvelles technologies. C'est du déjà-vu et ça m'a immédiatement fait penser au Steamboy d'Ôtomo et au Château des étoiles d'Alex Alice dans un genre plus Steampunk.

Mais c'est à peu près tout. Ce premier épisode des Trois Fantômes de Tesla, qu'on peut considérer comme une sorte de thriller SF, m'a offert une lecture très plaisante et une immersion dans un univers rétro-futuriste que j'affectionne tout particulièrement. En plus et pour ne rien gâcher, la couverture en contre-plongée est franchement superbe, et n'est pas sans rappeler les couvertures majestueuses et théatrales des Blake et Mortimer de Jacobs et les affiches de propagande de guerre soviétiques. Voici là une trilogie au potentiel très prometteur, la suite ne peut pas décevoir avec un début aussi intrigant. C'est peut être l'album à lire de cette rentrée 2016.

Pour tous ceux qui seraient avides d'en découvrir davantage sur le Dieselpunk après la lecture de cette BD je leur conseille de regarder des films comme "Tomorrowland" ou "Capitaine Sky et le monde de demain", qui sont devenus des classiques du genre. Ce sous-genre du rétro-futurisme est apparu récemment et reste assez méconnu mais mérite une plus grande reconnaissance tant son esthétique est singulière.
Marazano et Guilhem on bien vu le filon à exploiter, et quand on observe le résultat on se dit qu'ils ont eu du pif !

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