Accueil de BD-theque : bande dessinée, comics, manga, forum BD, actualité BD...  
Accueil de BD-theque : bande dessinée, comics, manga, forum BD, actualité BD...
Accueil de BD-theque : bande dessinée, comics, manga, forum BD, actualité BD... Actualité BD, manga, comics, dates de sortie, rumeurs... Les immanquables BD, manga et comics Les thèmes BD Les interviews BD, comics et manga Les forums BD, comics, manga, loisir hors BD...   Ajouter une série !
0 A B C D E F G H I J K L M
N O P Q R S T U V W X Y Z
Cliquez pour rechercher une série
Recherche avancée
A propos du site :
Message de bienvenue
L'aide en ligne
Les stats du site
Le blog
Le groupe Facebook
 
A voir aussi :
Les liens BD
Le dictionnaire BD
BD-Theque de poche
La boutique en ligne
L'annuaire comics
Les trophées BD

... a posté 6 avis et 0 série (Note moyenne: 3.83)

Voir mes avis Voir mes avis
Voir graphs Voir mes graphs
Voir mes coups de coeur Voir mes coups de coeur
Comparez vos goûts! Comparez vos goûts !
Mes nouveautés Mes nouveautés
Mes trophées Mes trophées

Afficher ces séries dans la liste du menu Afficher ces séries dans la liste du menu
Tri : Afficher :

Nom série  Billy Bat  posté le 17/08/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Petit résumé à l'intention de ceux qui auraient hiberné depuis plus de 20 ans, ou bien, pire encore, qui n'ont jamais manifesté le moindre intérêt pour la bande dessinée japonaise (nous éviterons d'utiliser le terme "manga", qui semble braquer les âmes bien-pensantes en nos contrées) : Naoki Urasawa est l'un des artistes les plus importants de son époque, qu'il révolutionna en 1994 en lançant sa saga Monster, parabole politique éblouissante sur les tentations extrémistes européennes renaissant autour d'un personnage mystérieux qui sème autour de lui chaos et dévastation. Sidérés, les lecteurs découvraient un auteur visionnaire, un narrateur hors pair capable d'utiliser dans son Art les outils du cinéma moderne tout en infusant une profondeur bouleversante à ses personnages, toujours humains, trop humains. En 2000, Urasawa montait encore d'un cran avec son 20th Century Boys, pour certains l'un des chefs d'œuvre de la littérature contemporaine... même si l'on découvrait aussi du coup que Urasawa avait le plus grand mal à relier rationnellement tous les fils de ses récits foisonnants. Billy Bat, lancé en 2008 et se concluant avec ce vingtième volume, est donc venu s'inscrire dans cette ligne ambitieuse, et Urasawa était "attendu au tournant" par les sceptiques lui reprochant son manque de rigueur et sa difficulté à conclure.

Le moins que l'on puisse dire c'est que Urasawa a tendu avec Billy Bat les verges pour se faire fouetter, tentant cette fois une fresque planétaire à l'ambition folle, voire démesurée : exit l'Allemagne contemporaine de Monster ou le Japon du futur proche de 20th Century Boys, Billy Bat s’attaque à la planète toute entière (… en y incluant la lune !), et balaie l'histoire de l'Homme depuis Néandertal jusqu'à l'E.I., en passant par Jésus, et en se payant une petite incursion S.F. dans les guerres futures, bien sûr causées par le désastre climatique. Il s'agit ici ni plus ni moins que de représenter l'éternel combat du Bien et du Mal, dans un monde où, ne nous faisons aucune illusions, Dieu n'existe évidemment pas, un monde auquel certains d’entre nous essaient toujours de trouver un sens : alors, nous dit Urasawa, ce sens, pourquoi ne serait-il pas dans un personnage un peu dérisoire de comic book, entre Mickey Mouse et Batman ? Notre existence serait-elle plus absurde si nous imaginions que nos décisions sont influencées par des forces antagonistes dont seuls certains artistes de BDs / comics / mangas ont connaissance, qu'ils peuvent percevoir, dont ils peuvent retranscrire symboliquement les jeux de pouvoir dans leurs œuvres ? Qu'est-ce qui relie entre eux des événements aussi disparates que les premières gravures de nos ancêtres sur les parois de leurs cavernes, l'apparition de Jésus en Galilée, les combats des ninjas autour d'un document prophétique mystérieux à l'ère Edo, les complots politiques pour le contrôle des chemins de fer japonais en 1945 après l'effondrement de l'Empire, l'assassinat de Kennedy, les premiers pas de l'homme sur la Lune, l'attaque du World Trade Center en Septembre 2001, etc. etc. ? Voilà tout simplement ce que Urasawa a entrepris de nous raconter dans les 20 volumes de Billy Bat.

Mais comme cela ne suffisait (évidemment ?) pas, il a rajouté une charge vengeresse contre l'empire Disney (on sait le ressentiment des mangakas en général envers la firme aux grandes oreilles), et contre la perte du sens et des valeurs artistiques ayant résulté du virage capitaliste des Studios (sans même mentionner bien entendu les sympathies de Papa Walt envers le nazisme...). Et, du coup, il a multiplié les personnages, les principaux comme les secondaires, les acteurs comme les simples témoins, au-delà du raisonnable, créant une myriade d'interactions entre eux et de mini-récits qui, évidemment contés de manière non linéaire, non chronologique, engendreront chez le lecteur soit une irrésistible fascination, soit d’intenses migraines, suivant les cas !

Ne nous illusionnons pas, lire Billy Bat n’est pas toujours une promenade de plaisir : le lecteur est régulièrement saisi par le sentiment que Urasawa et son complice Nagasaki avancent largement au jugé, avec certes une vision générale de leur récit, mais sans aucune certitude quant à leur destination finale. Et bien sûr, ces craintes s’avèrent finalement justifiées, puisque la saga se clôt sans qu'aucune véritable réponse ne soit apportée, sans que les fils de l'histoire ne soient complétement reliés. Comme dans Monster, comme dans 20th Century Boys… mais en pire encore.

Alors, faut-il lire Billy Bat ? Eh bien, oui, absolument oui, hormis bien sûr si l'on est un incurable rationnel qui ne saurait accepter qu’un cercle ne se referme pas parfaitement, ou qu’une question ne trouve jamais de réponse. Car, comme dans toute odyssée, c'est le voyage qui est important et non la destination. Et quel voyage ! 4000 pages de sensations fortes, de révélations souvent étonnantes, parfois même étourdissantes ; des dizaines d'épisodes saisissants (je pense à ce quatorzième tome, d’une beauté et d’une tristesse infinie, qui aurait mérité de conclure la saga) ; des douzaines de personnages bouleversants, terrifiants ou hilarants ; et une "mise en scène" d'une efficacité sans pareille. Oui, tous les ingrédients du chef d'œuvre sont là, et certaines scènes (comme celle de la Lune, donc) resteront probablement gravées à jamais dans la mémoire du lecteur.

On referme le dernier tome de Billy Bat absolument ébloui par le talent graphique de Naoki Urasawa, par le souffle de ses histoires réellement universelles, et plus encore par l'humanité de ses personnages.

On le referme en se disant, comme à chaque fois, que l'on recommencerait bien à le relire immédiatement depuis le début, parce que quelque part, on sent que ce sens profond - que l'on n'a finalement pas trouvé - est bien là, dissimulé derrière les apparences et les faux-semblants d'un récit trop complexe. C'est le lecteur qui n'a pas su la reconnaître, mais la Vérité, elle, a toujours été là. Et c'est bien là le triomphe toujours répété de Urasawa, le truc d’illusionniste qu'il réussit à chacun de ses livres : ce sentiment qui nous reste d'avoir eu accès à des possibilités d'histoires "absolues" et de ne les avoir manquées que parce que nous n'y prêtions pas assez d'attention, parce que nous n’étions pas prêts. Notre manque d’attention aura permis au Monstre de disparaître de sa chambre d’hôpital, au visage d’Ami de s’effacer derrière son masque, et à Billy Bat de sauver la planète ou bien de la mener à sa perte sans que nous ayons véritablement saisi la différence.

On le referme enfin en se disant que cette promenade à travers l'histoire de l’humanité a permis à Urasawa d'affirmer complètement sa vision, mélange complexe de pessimisme (nous n'avons qu'une Terre - toutes les autres ayant été "re-setées" par Billy Bat - et elle n'est pas dans un très bon état !) et d'idéalisme (il reste toujours quelque chose de bon dans l'homme, même quand tout paraît perdu). C'est pourtant dans la célébration généreuse du travail du mangaka (ou du créateur de BD) que l'on trouve finalement les plus beaux messages de Urasawa : si tout paraît perdu, il appartient à chacun d'entre nous de continuer à faire son boulot, même le plus dérisoire ; et apporter le bonheur à un enfant reste la raison la plus essentielle de continuer à vivre. De ce point de vue, même si Urasawa est encore bien jeune, Billy Bat a tout du testament.

Nom série  Mujirushi ou Le Signe des rêves  posté le 11/08/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
La publication en juin dernier de la version "intégrale" de "Mujirishi, le Signe des Rêves", réponse - différée et quelque peu réticente - d'Urasawa à une commande du Musée du Louvre (déjà honorée depuis pas mal de temps par ses confrères !), devrait permettre de réhabiliter un livre mal reçu par les fans du maître, au moins en France.

Car le plaisir que l'on prend à dévorer d'une traite ce délicieux pavé ne trompe pas : malgré les travers inévitables (?) d'un ouvrage dont on sent qu'il ne passionnait pas vraiment un Urasawa qui était juste en train de sortir de Billy Bat, on retrouve largement ici le talent singulier de notre mangaka contemporain préféré. Complexité d'un récit plein de chausse-trappes et de faux-semblants, personnages d'une humanité débordante dépeints avec une absence totale de manichéisme, et mise en scène cinématographique manipulant avec une efficacité redoutable le lecteur, tout Urasawa est bien là, avec en plus le "bonus", pas si habituel chez lui, de la cohérence totale d'une intrigue qui se boucle parfaitement à la fin et sur tous les niveaux, tout en gardant ce soupçon de fantastique charmant qui permet de continuer à rêver une fois le livre refermé. Honnêtement, qu'est-ce qu'on peut reprocher de si grave à ce "Signe des Rêves" ?

Oui, le manque d'intérêt d'Urasawa pour la peinture est flagrant, mais il l'a malicieusement compensé par un hommage - certes très japonais - à un personnage "classique" du manga, qui lui permet de décaler subtilement son récit policier vers la fantaisie burlesque (... et non sans retrouver son romantisme flamboyant dans la conclusion, autour de la magnifique énigme de Kyoko, dont on ne verra jamais le visage, mais dont l'énigme plane sur tout le récit...).

Oui, l'idée du vol du tableau ici activée ressemble beaucoup à celle vue dans la version de McTiernan de "l'Affaire Thomas Crown", mais comment ne pas reconnaître le brio avec lequel Urasawa fait bifurquer tout cela, de manière inattendue, vers un règlement de comptes rejouissant - et cathartique - avec Trump ?

Oui, Urasawa ne connaît bien ni la France et les Français, ni Paris, et il ne lui "fait pas honneur" comme c'était le cas avec l'Allemagne dans Monster... Il accumule des clichés (la Tour Eiffel, Mitterand, Sylvie Vartan, Piaf, l'inspecteur Juve...) qui doivent clairement lui permettre d'embarquer le lecteur japonais, mais il retraduit bien ce qui l'a fait rêver lors de son voyage exploratoire à Paris et au Louvre : le labyrinthe de couloirs obscurs derrière les murs du plus célèbre musée du monde, et... la vaillance et le charme de nos pompiers !

Oui, le récit, très complexe pour la longueur (relativement) réduite de l'oeuvre, peut sembler lent à se mettre en place (un défaut moins sensible quand même dans cette "intégrale"...), mais quel plaisir à la fin de voir tous les éléments s'imbriquer aussi magnifiquement, et la confusion donner naissance à une véritable fable sur le destin et le hasard (... qui n'en était bien sûr pas...) !

Bref, il est temps de réhabiliter - ou au moins de relire - ce livre enlevé, réjouissant, parenthèse enchantée dans l'oeuvre parfois trop imposante d'un artiste dont nous avons tendance à attendre qu'il renouvelle à chaque fois le miracle de Monster ou de 20th Century Boys...

Nom série  Blake et Mortimer - Le Dernier Pharaon  posté le 02/08/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
J'ai une question : vu l'incroyable richesse de la BD contemporaine, que l'on parle de BD franco-belge, de mangas ou de comics, et surtout de ces romans graphiques qui essaiment miraculeusement un peu partout dans le monde, ne serait-il pas temps de faire le deuil de nos chers Blake & Mortimer, Lucky Luke, Spirou, Astérix, Alix, Corto Maltese, etc. ? D'admettre que leurs auteurs sont morts et enterrés depuis longtemps, et que les tomes originaux de leurs aventures se suffisent bien à eux-mêmes, sans qu'il soit nécessaire d'ajouter quoi que ce soit, surtout d'un tel niveau de médiocrité en général qu'on ne fait qu'abimer les merveilleux souvenirs de l'âge d'or de ces héros mythiques ? Bien sûr, le marketing nécrophile se repait de cette survie artificielle des icones, et les têtes de gondoles dans les derniers « magasins physiques » sont encore principalement consacrés à ces avatars monstrueux, qui ne servent qu'à faire raquer un chaland crédule espérant revivre un passé englouti.

Tout cela pour dire que ce "Dernier Pharaon", hors-série Blake et Mortimer commis par les pourtant respectables Schuiten et Van Dormael, est une véritable purge, un assemblage incompréhensible de concepts de "haute volée" frôlant l’ineptie totale, de situations absurdes qui se dénouent comme par enchantement, et de personnages spectraux qui n’expriment absolument rien d’engageant pour le lecteur. Si l’on arrive à terminer la lecture de ce "Dernier Pharaon", non sans mal d’ailleurs (il m’a fallu m’y reprendre à quatre fois pour trouver le courage de le lire jusqu’au bout…), c’est pour le plaisir du dessin de Schuiten, toujours impeccable architecte – un tantinet pompier, mais bon… -, dessin par ailleurs partiellement gâché par un choix de couleurs peu pertinent. Car ce foutu scénario, écrit à six mains (jamais bon, ça !) patine rapidement après quelques premières pages intrigantes : rien n'a de véritable intérêt, rien n’a de sens dans cette uchronie écolo-apocalyptique, qui se résout avec une facilité risible quand on considère le nombre d’incohérences accumulées dans la conclusion.

Le pire est peut-être néanmoins l’absence de la moindre ressemblance entre les personnages de ce triste ouvrage avec les fameux Blake et Mortimer, et ce n’est pas le lien forcé effectué avec le "Mystère de la Grande Pyramide" qui peut rectifier le tir.
Une véritable catastrophe.

Nom série  Les Ogres-Dieux  posté le 07/03/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Tome 2 : Demi-sang

"Demi-sang" (second tome de la série des "Ogres-Dieux" que j'ai lu avant le premier, précisons-le) est l'un des livres les plus formellement impressionnants que j'aie vus depuis longtemps : l'incroyable élégance du dessin, réalisant une synthèse idéale entre les codes du manga et ceux de la ligne claire franco-belge, la beauté graphique de l'utilisation du noir et du gris pour composer des pages à la profondeur, à la complexité et à la lisibilité uniques, la perfection formelle de "l'objet livre" en général, tout cela fait de la lecture de "Demi-Sang" un grand (et rare) moment d'émotion esthétique. Mais bien sûr, ce ne serait rien sans la construction d'un univers aussi original que cohérent (disons une sorte de modernisation des contes de Perrault via "Game of Thrones"), rehaussé par de délicieux intermèdes "historiques", et l'histoire redoutablement machiavélique mais éternelle des ravages de l'ambition politique et de la soif de reconnaissance. Bref, une BD quasiment parfaite, à laquelle ne manque peut-être qu'un soupçon de folie pour atteindre la plus haute marche du podium.

Tome 3 : Le Grand Homme

Petite déception à la lecture du troisième volet des "Ogres-Dieux", l'extraordinaire saga d'heroic fantasy / contes de fées de Bertrand Gatignol et Hubert : autant les deux premiers tomes frôlaient la perfection, tant du point de vue formel que de ce qu'ils racontaient, autant ce "Grand Homme" se révèle bien lourd, voire ennuyeux, durant une bonne partie du trajet que nous effectuons avec Lours, Petit et leur bande, fuyant la fureur du Chambellan.

Le problème n'est pas la beauté de l'objet, à nouveau spectaculaire, puisque les auteurs poursuivent leur travail de manière totalement cohérente avec les deux volumes précédents (même si le dessin accuse parfois des faiblesses dans la description de certains mouvements que l'on ne lui avait pas vu précédemment dans des scènes plus "hiératiques"...). Non, le problème est tout simplement qu'il est difficile d'accrocher à un enchaînement de péripéties peu enthousiasmantes : on reconnaît une forme de récit en Road Movie, si on ose dire, caractéristique de l'heroic fantasy, mais cela ne fonctionne tout simplement pas ici, faute peut-être d'une topographie qui fasse sens, ou même simplement d'une intrigue assez dynamique.

Heureusement, tout change dans le dernier tiers du livre, quand nos "héros" et leurs poursuivants pénètrent dans une forêt terrifiante, où le graphisme en noir et blanc fait absolument merveille, et où Gatignol et Hubert créent enfin l'atmosphère surnaturelle que nous attendions. La toute dernière partie du "Grand Homme", conjuguant tragédie intime et grande scène psychédélique intelligemment mise en page, est extraordinaire, et permet de refermer le livre sur une impression extrêmement positive. Mieux encore, le terrible destin de Lours, être exceptionnel accumulant erreurs, mauvaises décisions et malchance au point de transformer son existence et celle de ceux qu'il aime en désastre absolu, nous hantera longtemps après avoir terminé la lecture.

Nom série  Moi ce que j'aime, c'est les monstres  posté le 22/02/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
On a beaucoup de chance si, une fois par décennie, apparaît une œuvre d'Art qui révolutionne totalement le domaine dans lequel elle s'inscrit... et qui en plus provoque chez le public une remise en question fondamentale, une éclosion de nouvelles interrogations et d'émotions, un émerveillement inédit. La possibilité d'un tel phénomène est d'ailleurs liée à la vitalité de cet Art, qui stimule encore la créativité de nouveaux artistes à la recherche d'autres formes d'expression, d'autres manières de communiquer ce qui bouillonne en eux et que les formes traditionnelles ne suffisent pas à transmettre.
Cette introduction, maladroite et un peu ronflante, nous semble nécessaire avant de parler de "Moi, ce que j'aime, c'est les Monstres (Première partie)", la BD de l'Américaine Emil Ferris, publiée en septembre de cette année, qui répète peu ou prou le tsunami provoqué à son époque par le Maus de Art Spiegelman : il y a tellement peu d'occasions dans une vie d'être confronté à cet ébahissement ("Ah ! Je n'aurais jamais pensé qu'on pouvait faire ça !", ou, mieux encore, "Oh ! Je ne croyais pas pouvoir réagir de cette manière-là en lisant un livre !")…
"Moi, ce que j'aime, c'est les Monstres" est le premier "roman graphique" - terme haïssable, mais qui finalement traduit bien ce qu'est ce (véritable) pavé de plus de 400 pages - d'une femme de 56 ans, dont la vie a basculé quand une méningo-encéphalite contractée par une piqure de moustique la réduisit, à 40 ans, à une handicapée condamnée à ne plus jamais marcher, ni même se servir de sa main droite alors qu'elle était illustratrice. Triomphe de la volonté ou triomphe de l'Art, Emil réapprit patiemment à dessiner, et produisit finalement cette œuvre impensable, colossale, qui la propulse aujourd'hui au sommet du Neuvième Art... et, on a très envie de dire, au sommet de la Littérature en général. Bien entendu, ce qui stupéfie quand on ouvre pour la première fois ce livre, c'est le foisonnement graphique inédit, et la beauté et la force qui se dégagent de ces pages noircies au crayon de papier ou coloriées au stylo à bille, avec une technique qui semble de prime abord "basique", "rudimentaire" : car qui d'entre nous n'a pas, par ennui, ainsi noircit des pages de cahiers d'école ou bien des calepins lors de réunions professionnelles interminables, de petits dessins… qui peu à peu ont envahi toute la page blanche, créant une sorte de représentation - souvent torturée - de notre esprit divagant ? Sauf qu'on est très vite happé par le mystère qui se dégage de ce mélange de monstres comme extraits de "pulp magazines" (dont des couvertures sont d'ailleurs régulièrement figurées ou reproduites…) et de portraits déchirants d'une humanité saisie dans ses activités quotidiennes comme dans les grands déchirements de l'histoire.
La manière la plus naturelle d'aborder une œuvre aussi impressionnante consiste sans doute à d'abord apprivoiser la crainte qu'elle fait naître en nous, en la parcourant, en se laissant entraîner par sa richesse graphique sans même tenter de se plonger dans le texte immense qui entoure, enserre, pénètre, souligne, déchire, naît à l'intérieur des images. Et puis, une fois familiarisés avec ce livre "monstrueux", d'attaquer la lecture "proprement dite". Pour vivre là un second choc : car ce qui distingue encore plus "Moi, ce que j'aime, c'est les Monstres", c'est tout bonnement l'incroyable qualité littéraire de cette histoire, qui se déploie sur deux époques - les années 60 dans un quartier populaire de Chicago, et les années 30 en Allemagne lors de la montée du Nazisme et l'éclatement de la seconde guerre mondiale -, et qui utilise tous les ressorts littéraires modernes. Si l'on peut imaginer - mais c'est peut-être faux - que la petite Karen Reyes, qui essaie d'échapper à la dureté de son existence de petite fille d'émigrés vivant au milieu de tensions sociales, familiales et intimes (comme ses interrogations sur son amour pour une autre petite fille) permanentes, en s'imaginant un avenir de monstre, est un portrait largement autobiographique de l'auteure, la manière dont Ferris enchâsse dans son récit le témoignage enregistré sur des cassettes d'une émigrée allemande mystérieusement assassinée fait appel aux mécanismes les plus subtils de la fiction littéraire.
Le récit d'Anka, jeune victime des perversions sexuelles et autres de véritables monstres (bien moins aimables et pittoresques que les vampires et les loups-garous des magazines et des films de Karen), puis avalée par la mécanique folle de l'Holocauste, devient, presque par surprise, le cœur ardent du livre, un nouveau témoignage insoutenable de l'existence du Mal absolu. Mais, bien sûr, c'est l'incroyable intelligence avec laquelle Ferris choisit ce qui peut être écrit et ce qui peut être dessiné, et ce qui doit être laissé à tout jamais à l'imagination du lecteur, qui élève "Moi, ce que j'aime, c'est les Monstres" bien au-dessus du commun de la littérature, BD ou autre, contemporaine.
Terminons en soulignant que, cerise sur le gâteau, le livre d'Emil Ferris est souvent brillamment drôle, ce qui rend sans doute supportable sa lecture : il y a littéralement des dizaines de phrases ou de paragraphes dont l'humour illumine - et rehausse - la profondeur d'un récit qui sait être tour à tour poétique, réaliste ou de temps à autre même psychanalytique. Et que la culture artistique de Ferris, qu'elle transmet ici comme un cadeau enchanté à Karen et à Anka, comme un talisman pour supporter l'horreur, permet régulièrement de "mettre en perspective" la laideur et la mesquinerie en rappelant - toujours à bon escient - les merveilles de la création humaine.
Mais nous en avons assez dit : à vous maintenant de vous plonger dans ce voyage incroyable qu'est la lecture de "Moi, ce que j'aime, c'est les Monstres" : vous n'en sortirez pas indemnes, vous en sortirez… meilleurs !

Nom série  La Partition de Flintham  posté le 17/02/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Une bonne BD peut-elle atteindre à la "grandeur" par la seule force de son dessin ? Le sens commun suggère que non, bien sûr, puisque la dictature du scénario tout-puissant nous a depuis longtemps convaincus d'exiger aussi une bonne histoire. Mais voilà que cette "Partition de Flintham" arrive pour ébranler nos certitudes. Premier livre d'une visiblement brillante illustratrice italienne, Barbara Baldi, ce livre nous envoûte, nous enchante, nous promène, simplement (?) à l'aide de ses images sublimes, sombres aquarelles rendant régulièrement hommage aux chefs d'œuvre de la peinture classique.

Le livre est construit sur de très rares dialogues, et sur une histoire qui évoque immédiatement certains clichés romantiques éternels (les Soeurs Brontë, coucou !), avec son héroïne retranchée dans un refus du monde presque arrogant, mais prête à tous les labeurs et toutes les humiliations pour sauver l’héritage de sa grand-mère bien-aimée. "La Partition de Flintham", titre français un peu absurde sans doute imposé par le caractère intraduisible du titre original en Italien ("Lucenera", lumièrenoire ?), peut également nous rappeler les réflexions socio-politiques de "Downton Abbey" sur les contraintes économiques de la noblesse et sur les rapports entre maîtres et servants...

Baldi ne pousse pas toutefois pas la logique de son histoire jusqu'au bout : elle abandonne sans résolution les divers fils de son intrigue, et refuse de conclure de manière logiquement tragique le destin de Clara, la sauvant grâce à un happy end par trop improbable, en nous faisant le coup usé du Deus Ex Machina (même si les deux dernières cases, énigmatiques, laissent planer un doute salutaire)... On ne peut donc pas dire que Barbara Baldi ait vraiment misé sur son scénario, qui ne paraît jamais vraiment l'intéresser, qui relève parfois plus de la logique des rêves (des cauchemars... puisque le pire est toujours certain !) que du rationnel.

Pourtant, et c'est là toute la magie de ce livre plus singulier que formaliste, il est difficile de le reposer avant de l'avoir terminé : chaque illustration nous entraîne dans le monde douloureux de son héroïne romantique sur laquelle s'abattent tous les malheurs imaginables. La chute est cruelle, longue, étourdissante, mais la manière dont Baldi injecte une petite lumière vaillante dans la nuit noire et froide qui menace sans cesse d’engloutir Clara est si belle que la jouissance du lecteur se fait de plus en plus aiguë.

"La Partition de Flintham" est une expérience rare.

www.bdtheque.com - Contact - Ce site nécessite l'utilisation de cookies - Flux RSS
Lien destiné au référencement du site : Liste des séries BD de BD-Theque