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Nom série  Ainsi se tut Zarathoustra  posté le 19/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Nicolas Wild s’est emparé ici d’un sujet rare, celui d’une religion méconnue : le zoroastrisme. Cette religion millénaire a pris ses racines dans l’empire perse (ancien nom de l’Iran) et reste aujourd’hui très minoritaire dans la république islamique, voire menacée de disparition, alors que ses adeptes y sont réduits au statut de quasi-paria. Considérée comme l’un des plus anciens monothéismes, Zarathoustra en était son prophète et postulait que l’existence se jouait sur l’opposition entre le bien et le mal, la lumière et les ténèbres.

L’ouvrage s’ouvre ainsi sur le procès de l’assassin présumé de Cyrus pour embrayer en quelque sorte sur les faits qui ont amené l’auteur à produire ce reportage où il se met en scène à la manière d’un Guy Delisle. Tout commence à Paris, au bord du canal St Martin, un quartier que les réfugiés afghans ont choisi comme point de chute. Nicolas Wild, qui revient d’Afghanistan, a appris le persan et va tout naturellement à leur rencontre. De fil en aiguille et au gré des rencontres, l’auteur de « Kaboul Disco » retournera en Iran, et sillonnera le pays pour découvrir, en compagnie de Sofia, la fille de Cyrus, les quelques lieux emblématiques de la communauté zoroastrienne. Oscillant entre le reportage et les faits historiques, Nicolas Wild dresse un état des lieux de cette religion caractérisée par son humanisme et qui tente de trouver sa place au sein d’un régime islamique totalitaire. Avec humilité et discrétion, il nous invite à l’empathie vis-à-vis de cette population qui s’efforce de garder la tête haute face au harcèlement du gouvernement et au mépris des Iraniens en général.

Le style graphique traduit bien l’état d’esprit de l’auteur alsacien. Dénué d’effets spectaculaires mais méticuleux dans les détails, avec une rondeur plaisante à l’œil. Ce que l’on apprécie aussi chez Nicolas Wild, c’est qu’il a su avec finesse injecter à la narration un certain humour, et ce à travers plusieurs anecdotes qui viennent dédramatiser un sujet foncièrement tragique. Et le tout de susciter immédiatement la sympathie.

Bénéficiant d’un traitement didactique très enrichissant sur le zoroastrisme, « Ainsi se tut Zarathoustra » aborde aussi en filigrane la problématique des migrants, qui en 2007, date d’écriture de l’ouvrage, commençait déjà à devenir prégnante, conséquence du terrorisme religieux au Moyen-Orient et des guerres menées par l’Occident dans cette région du monde. Ce documentaire captivant, narré par un auteur des plus attachants, a été récompensé à juste titre par le prix France Info lors de sa date de sortie en 2014.

Nom série  Acte de Dieu  posté le 19/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Œuvre atypique au titre intrigant, dans un petit format, avec une couverture blanche très minimaliste, représentant une tête de chevreuil sanglée dans une sorte de masque, « Acte de Dieu » déconcerte, dérange, interroge. Dès la première page, le ton est donné. Deux images, celle d’un chevreuil en arrêt dans un pré, dominant celle d’une route encombrée de voitures. Deux mondes à l’opposé qui vont se rencontrer, à travers ce jeune animal sauvage qui n’a pas appris à se méfier de l’Homme. Ainsi, le chevreuil va s’inviter dans ce paysage de banlieue quelconque, dans sa modernité sinistre, où les humains ne sont plus que des silhouettes anonymes. Très vite, cette « intrusion » va susciter la curiosité des habitants et nombre de questionnements. Faut-il le capturer, comment le protéger ? A quelques kilomètres de là, un autre chevreuil s’est fait surprendre par un piège photographique. Mais est-il vraiment un chevreuil avec sa corne unique qui évoque une licorne, cette chimère qu’un œil humain n’a jamais vu ? Animal magique, de légende, qui hélas n’a pas échappé à l’œil des chasseurs, bien déterminés à en faire leur trophée…

Le graphisme ne constitue hélas pas le point fort de l’objet, conçu comme simple accompagnement de l’écrit, Comme s’il visait à ne pas détourner l’attention du lecteur du fond. Quasi photographiques, les dessins évoquent des clichés transformés numériquement, traités dans un pointillisme aux couleurs agencées à certains moments de façon harmonieuse, mais plus souvent discutables voire franchement laides.

Narré de façon très factuelle, clinique, presque détachée, le récit met en quelque sorte le lecteur dans un état hypnotique. La voix off est-elle vraiment celle du chevreuil ? Et ce tremblement de terre, est-on bien sûr que ce soit lui qui s’exprime ? A moins que ce ne soit la nature, entité multiforme, que notre course à la technologie nous a quasiment fait oublier, nous, membres de la glorieuse espèce humaine, qui semblons parfois vouloir nous substituer à « Dieu ». Cela nous ramène à l’ « Acte de Dieu » du titre, qui ne saurait être envisagé ici au sens religieux du terme. Dieu, c’est peut-être la nature. C’est peut-être l’Homme aussi. Ou tout simplement les deux en même temps.

À la lecture de ce petit album énigmatique, peut-on déduire qu’un tremblement de terre est le résultat d’une action humaine, si anodine apparaît-elle, l’action en question étant la mise à mort d’une « licorne », qui semble revêtir ici un symbole sacré ? Encore une fois, Giacomo Nanni n’explique rien, il expose des faits, suggère, sans jugement, nous laissant maître de tirer des conclusions comme bon nous semble… Plus une œuvre est dans la suggestion et le non-dit, plus il apparaît prétentieux d’en faire l’exégèse. Avec « Acte de Dieu », l’auteur semble au moins nous inviter, nous humains, à la modestie face à la nature et la puissance des éléments. Son livre ne fait que résumer la lutte millénaire entre l’Homme et la nature, et de façon particulièrement troublante.

Pour l'achat, je ne sais pas, tout dépend si l'on apprécie les œuvres sortant des sentiers battus...

Nom série  La Plus Belle Femme du Monde - The Incredible Life of Hedy Lamarr  posté le 18/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ce qui attire dans ce livre c’est d’abord la couverture, réalisée dans un style qui rappelle Cassandre et ses pubs art déco des années 20. Puis, un simple feuilletage permet de laisser le charme infuser. De pair avec le graphisme, la colorisation est extrêmement plaisante, c’est juste magnifique. Sylvain Dorange prouve ainsi qu’il est un artiste de grand talent.

« La Plus Belle Femme du monde », c’est la biographie d’une femme au destin extraordinaire, à la fois tragique et scintillant, celle de Hedy Lamarr, quasiment oubliée aujourd’hui. Juive autrichienne naturalisée américaine, celle-ci connut pourtant la gloire à Hollywood, si éphémère fut-elle, ayant tourné avec les plus grands réalisateurs de l’époque en particulier durant l’entre-deux-guerres. Mais ce que l’on a encore plus oublié derrière l’actrice glamour un peu mièvre, se cachait la scientifique. En mettant au point, avec le concours du pianiste et compositeur George Antheil, un système de codage des transmissions, l’actrice a donné lieu à de grosses avancées dans la technologie des télécommunications. Aujourd’hui, l’armée, la téléphonie mobile et la technologie Wi-Fi ont toujours recours à l’invention de Hedy Lamarr.

Et pourtant, c’est peu dire que cette « ravissante idiote » fut sèchement éconduite lorsqu'elle vint proposer ses services à l’armée américaine dans la guerre contre le Japon et l’Allemagne. Plutôt que de se préoccuper d’un domaine forcément masculin, les cadors de l’US Navy lui suggérèrent de jouer de sa plastique avantageuse pour soutenir le moral des troupes.

William nous livre ainsi une triste et passionnante histoire portée par un superbe graphisme, celle d’une personnalité atypique qui cotoya les sommets sans jamais obtenir de réelle reconnaissance, même d’Hollywood, sauf au crépuscule de sa vie où elle fut, contre toute attente, récompensée par le milieu scientifique pour son brevet.

Nom série  Séverin Blaireau  posté le 18/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Avec « Séverin Blaireau », Chandre nous entraîne dans un univers très chaleureux qui à coup sûr ravira le jeune public. Son drôle de blaireau (« bl-héros ») grassouillet et débonnaire, affairé à la cueillette et au stockage de vivres en prévision de l’hiver, mène une vie tranquille. Celle-ci va vite se trouver bouleversée par la découverte, sur le canal traversant la forêt avoisinante, d’un navire occupé par une jeune pirate au caractère explosif atteinte d’amnésie. N’écoutant que son cœur, ce bon samaritain va tout mettre en œuvre pour l’aider à reconstituer le puzzle de sa mémoire et reprendre ainsi la mer.

D’emblée, le jeune lecteur sera happé par le cadre charmant et coloré des aventures très localisées de ce blaireau aussi balourd qu’attachant, et néanmoins très énergique. L’environnement champêtre est joliment représenté dans son habit automnal et foisonne de détails. Le lecteur adulte peu complaisant que je suis trouverait bien à redire sur l’aspect moins abouti des personnages, en particulier de la fillette – un rien agaçante par ses fougueux caprices à répétition -, mais ces petites imperfections font heureusement oublier une bonne qualité de cadrage et de mouvement.

Quant à l’histoire, à défaut d’être palpitante, elle reste fluide par sa simplicité, et sa touche d’humour et de poésie devrait séduire les plus jeunes. Grâce à Chandre, le blaireau, mal aimé parmi les animaux, considéré à tort comme nuisible, apparaît ici sous un jour plus favorable, si favorable qu’on lui ferait d’ailleurs bien de gros câlins. Et en plus, ça nous change des ours...

Nom série  Un putain de salopard  posté le 14/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Présentée comme la nouvelle série événement par Rue de Sèvres, « Un putain de salopard » réussit avec ce premier tome son entrée en matière. Avec Régis Loisel au scénario, on n’en attendait pas moins. Plus connu comme dessinateur, celui-ci a également prouvé qu’il savait raconter des histoires, avec notamment sa fameuse adaptation de Peter Pan. Pour ce projet les pinceaux ont donc été confiés à Olivier Pont, dont l’œuvre la plus connue reste jusqu’à présent Où le regard ne porte pas....

Cela faisait un moment que les deux hommes souhaitaient travailler ensemble, depuis le jour où ils passèrent des vacances ensemble en Guyane. Fort logiquement, l’histoire se déroule donc en Amérique du sud, à proximité du chantier de la Transamazonienne, ce qui confère au récit un côté western à la « Indiana Jones ». Si la narration reste de facture assez classique, elle est particulièrement bien construite, avec un humour bien senti, parvenant à nous captiver dès les premières pages, notamment grâce à des personnages très réalistes. Des personnages somme toute ordinaires, qui pour le coup n’ont pas le profil du héros type, avec lesquels le lecteur peut ainsi facilement s’identifier. Par sa candeur et sa jeunesse, Max n’a en effet rien de Harrison Ford – il vient juste en touriste ! - pas plus que les personnages féminins, les « trois C… », n’évoquent Lara Croft… Les auteurs ont joué la carte de la modernité, en intégrant l’évolution des mœurs, prenant totalement à contrepied les tenants de la BD à papa. En dehors de Max, il y a donc Charlotte et Christelle, le couple de lesbiennes infirmières, et Corinne, la jolie expat au caractère bien trempé et à la sexualité libre - il faut tout de même préciser que cela se passe dans les années post-hippies !

Et tout cela ne concerne que l’introduction, car l’histoire va s’emballer au bout de quelques pages pour ne plus rétrograder, avec maintes péripéties dans un environnement où les hommes ne sont pas des enfants de chœur… C’est par ce contraste typologique que réside en grande partie l’intérêt du récit.

Graphiquement, on ne sera aucunement déçu par le trait enlevé d’Olivier Pont, bien en accord avec le dynamisme de la narration et pas si éloigné de celui de son camarade Loisel. Il consiste en un dosage savant entre burlesque franco-belge et finesse des expressions, excluant toute vulgarité même lorsque les corps sont dénudés… Par ailleurs, il serait injuste de ne pas relever la participation du coloriste François Lapierre, qui a fait un très beau travail sur les nuances de vert de la jungle amazonienne.

Lorsqu’on arrive au terme de ce premier chapitre, il va sans dire qu’on a envie de voir à quoi il ressemble, ce « putain de salopard ». Car c’est pour l’instant le seul qualificatif, pour le moins peu élogieux, qui définira le père inconnu de Max, pour peu qu’il soit encore de ce monde… On espère juste qu’il ne faudra pas attendre huit tomes pour en avoir la révélation et que, malgré toutes ses qualités, cela ne sera pas une série à rallonge de plus. J’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’une trilogie, ce qui serait une très bonne nouvelle !

Nom série  Dans la forêt des lilas  posté le 11/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Deuxième collaboration entre Nathalie Ferlut et Tamia Baudoin après le latinisant Artemisia, « Dans la forêt des lilas » lorgne cette fois vers le gothique et les brumes anglaises, et on peut affirmer que c’est une réussite, de façon bien plus évidente que le précédent opus, que l’on sentait corseté par un souci de vérité historique. Rien de tout cela ici, la place est à l’imagination et au monde de l’enfance. Doté d’une très jolie couverture avec incrustations dorées, cet album, où le merveilleux côtoie le vénéneux, envoûte son monde d’entrée de jeu. A Tamia Baudoin, on pardonnera très vite les petites maladresses du trait, tant l’aspect global nous laisse ébahi. Quand la BD se rapproche de la peinture, l’œil est comblé… Si dans Artemisia, on percevait déjà chez l’artiste une forte personnalité graphique, celle-ci explose littéralement ici, tel un feu d’artifice s’épanouissant dans un ciel étoilé. Le spectre des couleurs y est extrêmement riche, même si celles-ci sont plus souvent sombres.

« Dans la forêt des lilas », c’est l’histoire de deux sœurs que tout oppose. D’un côté, Verity l’ainée, dont le seul but a toujours été de fuir l’environnement familial étouffant pour mener une vie aisée et « normale » à la ville. De l’autre, Faith, qui refuse d’être adulte et se réfugie dans le monde de l’enfance, un monde devenu inquiétant avec l’apparition d’une créature maléfique, symbolisant la maladie qui lui ronge les poumons. Faith, surnommée Comtesse par son défunt père, aime secrètement l’époux de sa grande sœur, Anton, et cet amour semble réciproque, mais Faith ne veut pas se l’avouer. Verity quant à elle semble plus préoccupée par la vente du cottage familial, ne voyant qu’en Anton le co-fondateur du foyer tant rêvé et le géniteur de ses enfants. Quand elle propose à Comtesse de venir habiter à Londres, celle-ci refuse catégoriquement, préférant s’accrocher à la maison qui l’a vue grandir et à la compagnie de Minon, le prince-chat, et de Biche, la fée. Alors que le temps presse, la rupture entre les deux sœurs semble inévitable, laissant augurer la tragédie…

C’est un très beau récit que nous narre ici Nathalie Ferlut, qui semble aussi à l’aise avec la plume que les pinceaux. Magnifiquement traitée d’un point de vue graphique, cette fable gothique parle de la perte de l’innocence et de la maladie (celle de Comtesse) avec une immense délicatesse. Parallèlement, on observe la relation tendue de ces deux sœurs très différentes qui semblent irréconciliables, jusqu’à ce dénouement, inattendu et bouleversant… C’est un vrai bonheur de se laisser porter vers cet imaginaire aussi inquiétant que foisonnant, empreint d’une grandes poésie, où les terreurs enfantines y apparaissent comme liées à la crainte du passage à l’âge adulte et des lendemains funestes…

Nom série  Traquemage  posté le 12/09/2015 (dernière MAJ le 07/05/2019) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Tome 1 : Le Serment des Pécadous

Brillant scénariste dont les œuvres sont toujours très attendues, Lupano aime à explorer tous les genres, du polar à l’Histoire, en passant par la comédie. Et parfois il en crée de nouveaux, comme ici avec cette nouvelle série de « rural fantasy », qui débute comme une utopie pastorale assez banale pour bifurquer très vite vers une parodie burlesque de l’univers de Tolkien.

Relom, dont je ne connaissais pas le travail mais qui a déjà à son actif quelques ouvrages humoristiques, s’est adjoint cette fois les services d’un scénariste, et quel scénariste ! Avec « Traquemage », cet auteur reste dans son champ de prédilection, et apporte par son style généreux une certaine féérie à cette production qui aurait pu se contenter de n’être qu’une grosse poilade, féérie confortée par une colorisation soignée. Et si les visages à l’aspect caoutchouteux évoquant Crumb sont parfaitement adaptés au genre parodique, les décors, très bien dessinés, évoquent volontiers un village de la Comté cerné par l’herbe vert tendre, la montagne en plus, telle une invitation à s’immerger dans l’histoire. Il faut dire aussi que les cornebiques (terme utilisé pour désigner les moutons) ont des tronches absolument irrésistibles, notamment Myrtille, seule survivante du massacre perpétré par les mages. Celle-ci représente l’élément le plus comique avec la Fée Pompette et son penchant pour la boisson, sorte de croisement entre la Fée Clochette, Charles Bukowski et Jérôme Bonaldi. Quand cette dernière dote accidentellement Myrtille du pouvoir de cracher des flammes (ou plus exactement des flammèches), la pauvre bête, après avoir cramé un insignifiant lézard qui se la coulait douce sur son rocher, pensant ne faire qu’une bouchée de pain du dragon Rhölmar, va crânement le défier dans sa grotte… Ouarf, quand j’y pense, j’en ris encore…

Une réussite prometteuse pour ce premier tome qui donne déjà envie de découvrir la suite, grâce à une alchimie qui semble fonctionner à plein entre Lupano et Relom. Une fois encore, Wilfrid Lupano nous propose un scénario à la fois original et fluide, à croire que le bonhomme ne sait pas ce que décevoir veut dire, et ce pour notre plus grand plaisir.

Et bravo à Sloane qui a très bien décrit ce premier tome.


Tome 2 : Le Chant vaseux de la sirène

Avec ce tome 2, on peut dire qu’on les attendait au tournant, les maîtres de la « rural fantasy fromagère », j’ai nommé Lupano et Relom ! On s’était déjà bien gaussés avec « Le Serment des Pécadous », la suite allait-elle pouvoir nous amuser autant ?

La réponse est juste un oui massif et sans ambigüité ! Accompagné de sa fidèle et désopilante Myrtille, l’inénarrable Pistolin et toute l’improbable galerie de personnages qu’il va croiser sur sa route ont un vrai talent, à défaut de ne pas être trop futés, celui de déclencher de jubilatoires fou-rires chez le lecteur. Sens très poussé du gag et de la punchline, visages hyper expressifs, Lupano et Relom constituent à l’évidence un duo à la synergie idéale. Le tout est magnifié par un dessin superbe, étonnamment chiadé par rapport au genre, où habituellement on tend à délaisser le décorum pour se concentrer sur l’humour.

Une excellente série qui ragaillardit de belle façon le genre franco-belge en puisant ses références du côté de Fluide Glacial et de Kaamelott, tout en insérant en filigrane des thèmes d’actualité tels que l’ultralibéralisme ou l’environnement. « Le Chant vaseux de la sirène » est le tome qui risque bien, si ce n’est déjà fait, de faire devenir accros nombre d’entre nous !


Tome 3 : Entre l’espoir et le fromage

Nous voilà donc parvenus à la conclusion de cette trilogie fromagère, avec un troisième tome qui ne faiblit pas en matière de gags et de rebondissements. Cette fois, Pistolin aura même la chance de rencontrer Dieu en personne, sous la forme inattendue d’un vieux jardinier placide. Le créateur va tenter de sortir le pauvre berger des écueils que celui-ci ne semble pas en mesure d’éviter, du fait notamment de sa propension remarquable à l’échec mais aussi d’une capacité de raisonnement quelque peu limitée…

Une fois encore, le lecteur passera un très bon moment grâce au formidable talent des deux auteurs. Indéniablement, Lupano est un excellent scénariste (ça commence à se savoir depuis un petit moment) et maîtrise parfaitement les ficelles pour produire un bon gag en affinité avec l’air du temps : décalé (avec insertion d’éléments contemporains dans une histoire pseudo-médiévale), un rien potache, toujours sous-tendu par des préoccupations actuelles (les ravages d’un libéralisme sans frein, l’écologie…), et servi par des dialogues truculents dans la veine d’un Audiard et ou d’un Astier. Le dessin n’est pas en reste, et Relom fait plus qu’assurer le job. Guère étonnant qu’il ait fait ses premières armes à Fluide et à Psykopat, son style évoquant immanquablement Gotlib, mais un genre de Gotlib cinématographique, car si les mimiques des personnages font péter de rire, l’environnement et les paysages sont admirablement représentés, avec un luxe de détails incroyable et une mise en couleurs très soignée. L’alchimie entre les deux compères semble décidément avoir joué à plein. Résultat : « Traquemage » s’impose comme une des meilleures séries comiques de ces dernières années avec « Les Vieux fourneaux » (pour lequel Lupano est encore aux manettes).

Le tout est extrêmement inventif, avec des personnages bien campés, même quand ils sont secondaires. Outre le gentil et nigaud Pistolin, on se souviendra longtemps de la délurée fée Pompette, de la drôlissime Myrtille, dont le statut est passé de simple cornebique à monstre de foire, ou de l’hilarant Merdin l’enchianteur, aussi crédule que dangereux avec son don de mettre la poisse à quiconque le croise. Et on s’y est tellement attaché depuis le début, à ces drôles de zigues, qu’on a presque l’impression de les connaître de longue date. C’est lorsqu’on referme ce troisième et dernier tome qu’on se dit avec regret qu’une telle série avait tout pour devenir les Astérix et Lucky Luke du XXIe siècle, si les concepteurs n’avaient restreint l’aventure à trois volets… Mais qui sait, devant un succès populaire croissant, peut-on espérer un changement de braquet de la part des auteurs et de l’éditeur ?

Nom série  Calfboy  posté le 01/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Avec ce western loufoque, Rémi Farnos, remarqué comme « Jeune talent » lors du FIBD 2014, en est à sa troisième publication, cette fois sous les auspices de l’éditeur québécois La Pastèque. Dans un style qui n’est pas sans rappeler Lewis Trondheim, le jeune auteur, nantais d’adoption, se distingue surtout par un choix de mise en page original et peu pratiqué dans la BD. Comme pour ses œuvres précédentes qui elles s’adressaient à un public « jeunesse » - Thomas & Manon (Editions Polystyrène) et Alcibiade (La Joie de Lire) -, Rémi Farnos joue avec notre rapport à l’espace, dans une démarche qui s’inspire de l’Oubapo, le fameux Ouvroir de bande dessinée potentielle initié par l’Association dans les années 90. Sa spécificité : déstructurer la lecture habituelle de gauche à droite pour en multiplier les sens : de haut en bas, en diagonale, voire de droite à gauche… Comme si les cases, devenues secondaires, avaient été insérées sur la planche une fois le dessin terminé. Ainsi, si une planche représente un paysage dans son intégralité, seuls les personnages, extrêmement minimalistes en comparaison, sont répétés dans des postures différentes, évoluant sur trois ou quatre cases de la page avec pour fonction d’être le fil conducteur de l’histoire.

Cela fonctionne parfaitement et le lecteur prend un vrai plaisir à suivre l’histoire de ces deux cow-boys de pacotille, pas vraiment faits pour le job. Car heureusement, Farnos a la bonne idée d’employer sa technique avec modération, évitant d’en faire un gimmick systématique qui risquerait de lasser. Au contraire, il sait doser ses effets et ménager la surprise. Et c’est bien lorsqu’on réalise, sans forcément s’y attendre, que les cases s’ouvrent soudainement sur une vue panoramique, qu’on ressent une joie quasi enfantine… Et quoi de plus naturel de jouer avec l’espace quand l’histoire se déroule dans les grands « espaces » du Far West ? Du coup, ce n’est pas par hasard si les deux ouvrages précédents s’adressaient aux enfants, l’un deux, Thomas et Manon, se présentant d’ailleurs sous forme de livre-objet incluant des cartes à jouer, à l’aide desquelles le gosse prend part à l’histoire ! Ouvroir, vous avez dit « ouvroir » ?

Remi Farnos est donc un ouvreur d’espace mais pas seulement. Il s’amuse également avec le temps (l’espace étant intimement lié au temps comme on le sait…), avec un récit qui se termine de façon très drôle comme il a commencé… et peut ainsi se lire à l’infini…

On ne s’appesantira pas sur le scénario de « Calfboy », qui tout en étant simple et fluide, ne comporte pas un réel intérêt. L’auteur joue davantage sur l’absurdité des situations et démonte scrupuleusement le mythe de l’outlaw, transformé ici en pied nickelé , incapable de se rappeler où il a enterré le butin de ses forfaits un soir de beuverie, juste bon à se faire voler son cheval par une fillette… On n’est pas tordu de rire mais on aura passé un bon moment, surtout par le côté ludique de la mise en page. Au final, c’est avec intérêt que l’on suivra désormais Rémi Farnos, dont l’esprit créatif sur le plan visuel semble être la marque de fabrique.

Nom série  Paris 2119  posté le 27/04/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Depuis quelques années, le créateur de Titeuf semble avoir pris goût à l’écriture de scénarii plus adultes. Cela s’est traduit par la publication ces dernières années d’œuvres dites « sérieuses », en confiant parfois les pinceaux à un autre que lui, comme pour Esmera où Vince avait réalisé le dessin. De façon fort légitime, Zep aspire à obtenir la reconnaissance critique et publique qu’il avait déjà avec ses plus jeunes lecteurs, comme un nouveau challenge sans doute… Jusqu’à présent, on ne peut pas dire que ces tentatives aient soulevé l’enthousiasme, même si l’accueil pour des ouvrages comme "Une histoire d’hommes" ou Un bruit étrange et beau est resté plutôt positif, avec des réactions allant du mitigé au sympathique. Poli, donc, ce qui parfois peut s’avérer pire qu’une descente en flammes.

Et il n’est pas certain que ce "Paris 2119" change la donne. De nouveau, Zep nous livre matière à réflexion avec une thématique digne d’intérêt. Mais c’est la première fois qu’il aborde le registre de la science fiction, ou pour être plus précis, de l’anticipation. Comme le titre l’indique, ce récit nous transporte dans un Paris du futur, qui n’a guère changé dans son aspect mais semble particulièrement dépeuplé. Et pour cause… Cloitrés chez eux, les habitants ne déplacent plus que de façon virtuelle grâce au Transcore, ne se donnant même plus la peine de prendre le métro ! Ceux qui refusent de se soumettre aux diktats de cette société high-tech et déshumanisée passent pour de dangereux rebelles menaçant l’ordre établi. Tristan Keys en fait partie, par le simple fait qu’il apprécie les promenades « physiques » dans la capitale française et l’odeur de son métro, obligé pour cela de franchir les multiples bornes de reconnaissance faciale et de supporter l’omniprésence des drones de surveillance. Notre héros découvrira par hasard que derrière le prodige des voyages virtuels, ce qui se trame n’est rien de moins que la disparition de l’humanité…

Comme la plupart des récits d’anticipation, Zep a fait le choix de la dystopie, et l’effrayante réalité décrite ne paraît pas si invraisemblable. En cela, il nous met en garde sur les risques du tout technologique, nous invitant à prendre le temps de la réflexion, hors de nos écrans et de nos GPS si commodes. Ce thriller reste en soi assez captivant malgré certains raccourcis narratifs faciles et quelques ficelles un peu trop voyantes, comme l’emprunt à l’univers de « Bladerunner », d’un point de vue tant graphique que scénaristique. D’ailleurs, le dessin reflète bien d’une certaine manière la teneur de l’entreprise. Bertail fait le job, entre académisme de bon aloi et influences de Bilal ou Moebius, mais sans réellement affirmer un style propre. En résumé, l’auteur suisse pose les bonnes questions mais y répond de façon trop superficielle, en mettant en scène des personnages un peu caricaturaux, échouant à faire de « Paris 2119 » une œuvre vraiment marquante. Et ce n’est pas la pirouette scénaristique à la fin qui contredira cette impression. Bien sûr, on pourra toujours rester indulgent en mettant cela sur le compte d’un format trop court (80 pages), encore que…

Si louables soient les intentions de Zep, il ne parvient donc pas à nous surprendre outre-mesure avec cet opus qui comportait pourtant un certain potentiel. Et le lecteur de rester sur sa faim, un rien déçu par le manque de souffle et d’âme du projet.

Nom série  Bezimena  posté le 17/04/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Nous avons affaire ici à une œuvre qui n’est plus tout à fait une BD, pas encore exactement un Beau livre, mais plutôt un croisement entre les deux. Les cases ont disparu, mais la narration – ou si l’on veut, l’art séquentiel cher à Will Eisner subsiste, avec des magnifiques illustrations pleine page à droite, et du texte à gauche. Et tout cela grâce à une petite maison d’édition indépendante nantaise, Ici-Même, dont le credo consiste à « élargir, un tout petit peu, le champ du possible éditorial pour y faire entendre des voix qui [lui] sont chères. »

Car en effet, les illustrations de Nina Bunjevac sont superbes par leur minutie, digne d’un travail de dentellière, suscitant instantanément l’étonnement et l’admiration et recélant un étrange pouvoir hypnotique. La technique utilisée, à cheval entre croisillons et pointillisme, est impressionnante, dans un noir et blanc qui apporte une touche de mystère. Il se dégage de ces dessins une atmosphère très particulière qui rappelle ce qu’on peut ressentir devant les œuvres d’Edward Hopper ou de Charles Burns. Quelque chose qui s’apparente à un onirisme sombre, avec des personnages aux visages songeurs ou inquiets, toujours cernés par une ineffable solitude.

Et « Bezimena » n’a effectivement rien d’un récit à l’eau de rose, loin de là. En s’inspirant du mythe de Diane et Actéon et de sa propre expérience, Nina Bunjevac évoque le psychisme d’un délinquant sexuel. Durant son enfance en Yougoslavie, l’auteure, qui vit aujourd’hui à Toronto, fut victime d’un abus sexuel qui la fit « sombrer dans les ténèbres pendant des années ». En tentant avec cette histoire saisissante d’entrer dans la tête d’un pervers sexuel, elle a vraisemblablement tenté d’apaiser son traumatisme, En dépeignant la folie d’un homme lui-même manipulé par ses démons, sans la fausse pudeur qui l’aurait dissuadé de montrer les quelques scènes sexuellement explicites, Bunjevac a produit une œuvre très forte, relevant presque de l’acte de bravoure. Ce besoin de comprendre nécessitait aussi une certaine capacité à l’empathie. Et tout cela lui fait mériter aujourd’hui tout le bonheur du monde.

Nom série  Trap  posté le 14/04/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Tel un OVNI venu du fond des âges, « Trap » intrigue d’abord par sa couverture. Un homme, portant en guide de couvre-chef une tête de phacochère, est entouré avec son drôle de chien bleu par un groupe de créatures diverses, à la fois bizarres et familières, toutes regardant dans des directions différentes. Rien de menaçant dans ce curieux portrait de groupe, au contraire. Tous ces personnages, l’humain compris, dégagent un comique sous-jacent, de par leur difformité ou leur regard vide, ou les deux en même temps.

A en juger par la couverture souple, au format comics, on peut douter que Mathieu Burniat ait cherché à se prendre au sérieux. Et l’air de rien, malgré les apparences, l’objet est séduisant avec ses touches de vernis sélectif et sa jaquette amovible, laquelle une fois retirée, dévoile des motifs aléatoires évoquant un fatras de fourrures animales, de branchages et de pierres, le tout dans un rouge uni éclatant…On ne se plaindra non plus pas du trait si particulier de Burniat, trait dont les rondeurs habituelles ont été comme électrisées par le rythme du récit, totalement en accord avec la mise en page virevoltante et les couleurs quasi-psychédéliques.

L’histoire quant à elle est totalement raccord avec cette couverture. Originale, fascinante, insolite, drôle et surprenante, elle semble avoir été conçue à l’instinct, ce qui au regard de la thématique paraît assez logique. D’emblée, les pages se tournent sans que ne pointe l’ennui, tant le lecteur est intrigué par ce drôle de récit, quasi expérimental, et la raison n’est pas seulement liée au fait qu’il n’y ait pas de textes. Hormis d’obscures tentatives oubapéennes révélant une certaine prétention élitiste dénuée d’humour, « Trap » ne doit pas avoir beaucoup d’équivalents dans le neuvième art. C’est ainsi que l’on observe ce drôle d’humain à gros nez évoluer dans ce monde primitif. Muni d’un sac renfermant des masques de bêtes qui lui confèrent les pouvoirs de l’animal dès lors qu’il les met sur la tête, notre homme, accompagné d’un chien bleu à l’aura à peine plus impressionnante que celle de Rantanplan, se fait super-héros préhistorique, et nous laisse la plupart du temps interloqué et amusé.

Si l’ouvrage se lit évidemment vite, dans quelques cas – rares heureusement -, on peut avoir du mal à percuter avec certaines scènes. Mais l’ensemble est tellement bizarre, car c’est aussi ça qui est bon, que l’on en oublie ces petits défauts, et l’on pourra bien faire montre d’indulgence étant donné la difficulté du challenge consistant à produire une histoire sans paroles. « Trap », c’est du primal délesté des blablas. « Trap », c’est le retour à la vie sauvage, l’appropriation de l’instinct animal doublée de lycanthropie, la pure bagarre pour la survie, la grisante adrénaline, l’odeur dangereusement enivrante du sang, le catch frénétique jusqu’à la giclure finale de la sève vitale adverse, mais aussi la sensation voluptueuse des peaux de bête sur "nos" corps nus et larvaires. « Trap », c’est tout cela avec un doigt de chamanisme et c’est follement bon…

Ce petit thriller préhisto-psychédélique est donc une belle surprise. Et quand on sait que son auteur manifeste de l’intérêt pour la physique quantique (« Le Mystère du monde quantique »), l’objet prend forcément une autre dimension. Il appartiendra au lecteur d’y trouver des connections…

Nom série  Des plumes & elle  posté le 06/04/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Cette production, il faut bien le dire, ressemble davantage à une parenthèse en dilettante qu’à un réel projet narratif. Paul Salomone s’est donc fait plaisir et il a eu raison. Le livre est agrémenté de plusieurs jolis portraits pleine page de ces danseuses dans des tenues soyeuses et froufroutantes (ou pas…). C’est presque comme si on partageait un moment d’intimité avec ces jeunes femmes, souvent dans des poses rêveuses, dans leur loge, leur chambre, ou dans les coulisses d’un théâtre… Du coup, on peut se demander s’il y avait un réel intérêt à glisser entre ces portraits une suite narrative pour donner l’impression qu’il s’agissait d’une bande dessinée. Et en fait, cela relève davantage du poème illustré, évocation du Paname des cabarets. Car oui, on peut le voir, l’auteur semble être poète à ses heures, et qui plus est, il respecte l’art de la rime. Malheureusement, il subsiste après lecture une impression de bâclage, d’inachevé, comme si le format BD entre chaque portrait avait été inséré dans la précipitation – malgré tout le talent de Salomone, ces séquences « en cases », peu fignolées, trahissent une cassure stylistique -, afin de correspondre à la ligne éditoriale (Delcourt ne publie que de la BD), alors que cela aurait pu être juste un « Beau livre ».

Quant au personnage anthropomorphe du hibou, voyeur malheureux et reclus se faisant narrateur, il n’est guère attachant. Est-ce dû à sa posture d’auto-apitoiement ? Est-ce à cause de son imper qui le fait ressembler à un pervers frustré, presque jusqu’au malaise ? Du coup, la sensibilité contenue dans les textes peine à toucher le lecteur, qui globalement reste sur sa faim. C’est dommage, et sans vouloir faire de mauvaise métaphore sur les plumes, tout cela est un peu léger.

Nom série  Les Métamorphoses 1858  posté le 02/04/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
S’il y a au moins quelque chose de réussi dans cet ouvrage, c’est la couverture, aussi belle qu’inquiétante, qui attire l’œil et donne envie de découvrir le contenu. Dans des tons rouges et verts étincelants est représentée en plan buste une jeune femme dans une tenue Second Empire, la tête et le corps en partie rongés, laissant apparaître les os et les organes…

En ce qui concerne les deux auteurs, il s’agit d’une première bande dessinée. Amatrice de science-fiction et de romans policiers, Alexie Durand a toujours écrit pour le plaisir. Sylvain Ferret, lui, tient son inspiration aussi bien dans la BD franco-belge que dans les comics ou le manga.

Tout cela pourrait assez bien résumer ce premier volet des « Métamorphoses 1858 », nouvelle série policière horrifique proposée par Delcourt. Pour ce qui est de l’atmosphère, on est projeté dans un univers à la croisée de Jules Verne et Gaston Leroux. Sylvain Ferret possède une patte, et son dessin, extrêmement léché, foisonne de détails. On peut admirer un Paris d’époque représenté de façon très réaliste. Le jeune dessinateur sait user de perspectives variées, conférant un certain dynamisme au récit. De même, la mise en couleurs, également signée de ce dernier, est très réussie, comme la couverture pouvait le laisser supposer. Si la performance technique est incontestable, ce niveau de perfectionnisme dégage en contrepartie une certaine froideur académique, excluant toute digression poétique.

Le scénario maintenant. Force est de constater que cette enquête policière met un certain temps à démarrer. Le lecteur, à défaut d’être franchement captivé par ces étranges disparitions de jeunes femmes d’un quartier populaire, peut toutefois être charmé par l’atmosphère Second Empire du récit. Alexie Durand s’efforce de ménager ses macabres effets, prend le temps de développer le contexte de l’enquête et la psychologie des personnages. Du moins dans la première partie. Ainsi, on s’interroge, lorsqu’au deux tiers de l’histoire, apparaît de façon grand-guignolesque cette espèce de cyborg cauchemardesque qui tente d’assassiner Stanislas. D’accord, on s’en doute bien, il y a une machination derrière tout cela, et quelqu’un veut à coup sûr dissuader notre héros-détective de poursuivre son enquête. Mais ce changement de registre brutal, du « pas assez » au « trop », peine à convaincre, peut-être aussi à cause de cette sensation de déjà-vu.

Ces « Métamorphoses 1858 » ressemblent un peu à une recette alléchante sur la photo, à laquelle on aurait oublié d’adjoindre le sel et les épices… C’est donc un petit arrière-goût de déception qui subsiste après lecture de ce premier épisode. Néanmoins, on est en droit d’espérer que la suite parvienne à nous surprendre davantage.

Nom série  Le Dieu vagabond  posté le 23/03/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Avec cette nouvelle publication des éditions Sarbacane, préparez-vous à en prendre plein les mirettes ! De très belle facture avec dos toilé et vernis sélectif (ce qui n’est pas surprenant quand on sait que l’éditeur est autant attaché au contenu qu’à la forme), doté d’une couverture splendide, cet album très personnel de l’italien Fabrizio Dori est à la croisée de l’art et de la littérature.

« Le Dieu vagabond », c’est une sorte de road trip mystique, où l’on suit la quête d’un satyre échoué dans le monde des humains, après avoir été puni par la déesse Artémis pour avoir pénétré dans son royaume en pourchassant une nymphe. Désormais alcoolique et à la rue, Eustis, ce dieu « inférieur », désormais simple clochard céleste, doit partager le triste quotidien des humains, dépourvu de la magie qui régnait jadis sur le monde avant que les dieux de l’Olympe ne soient remplacés par le nouveau dieu unique. Bientôt, il va se voir confier une mission par Hécate, la sœur d’Artémis. Cette mission pour le moins délicate consistera à sceller les retrouvailles de Séléné et de Pan, ce dernier étant mort trop tôt pour faire ses adieux à la déesse, sœur d’Artémis et d’Hécate. La récompense promise s’il réussit : se retrouver lui-même tel qu’il était et mettre ainsi fin à son long exil. C’est ainsi qu’équipé de son baluchon, il va prendre la route en compagnie d’un vieux professeur très myope.

Graphiquement, c’est une pure merveille. Fabrizio Dori nous enchante littéralement en jouant avec les styles et les couleurs, au risque de paraître trop disparate. Il y a pourtant un vrai parti pris, mais qui fonctionne parfaitement bien car en symbiose totale avec le récit, à savoir que ce que l’auteur a produit ici n’est rien de moins qu’une ode à la vie, à la beauté et à l’amour. Le lecteur pourra ainsi se délecter de ces illustrations extraordinaires qui sont, au-delà du style contemporain propre à Dori, tout autant de références à Van Gogh, Klimt et aux peintres romantiques du XIXe siècle.

Ainsi, l’auteur italien – dans le cas présent on doit pouvoir dire l’artiste – nous propose, avec ce très beau conte pour lequel il a puisé à pleines mains dans la mythologie grecque, de réenchanter le monde, notre triste monde auquel même Dori parvient à trouver une certaine poésie, quand il représente une banlieue hérissée de tours et de pylônes électriques géants… La couverture à elle seule, parfaite allégorie de notre époque, résume parfaitement le propos : assis devant sa tente Quechua, Eustis, l’ancien dieu-satyre devenu SDF, contemple l’air hagard, une boutanche de gros rouge à la main, l’immensité du ciel étoilé, souvenir résiduel de l’ancien monde, celui de la magie, de la beauté et de l’hédonisme. Ainsi, nous sentons-nous interpelés. Et si les clochards sur lesquels nous, clochards potentiels, préférons détourner le regard, étaient tout simplement des dieux déchus ? Et si pour eux le vin était juste le moyen d’oublier et d’embellir un tant soit peu la laideur qui nous environne et que nous ne voyons plus, ou que nous ne voulons plus voir ?

« Le Dieu vagabond » dégage une vraie beauté malgré quelques tout petits défauts - des regards pas toujours très expressifs par exemple ou des postures un peu balourdes, guère normées « BD » parce que sans doute, cela relève davantage de l’art pictural – Fabrizio expose dans des galeries de peinture… Mais ces « maladresses » sont d’autant plus touchantes qu’on a envie de les oublier, car qui dit œuvre poétique, dit albatros aux ailes trop grandes pour se mouvoir sur une Terre trop ferme, trop fermée. D’autant que le scénario est très bien construit, reste fluide, et que l’humour est aussi là pour empêcher à quiconque toute velléité de tomber dans le sérieux comme on tomberait dans le panneau.

Laissez vous emmener par ce petit chef d’œuvre, laissez infuser les merveilleuses images et la poésie de Fabrizio dans votre subconscient, des images inouïes qui pourraient bien vous aider à étoiler votre vie intérieure et vous accorder la légèreté – tout dépend évidemment de votre capacité à affronter le quotidien, à lutter contre sa pesanteur si puissante qui cloue nombre d’entre nous au sol sans que l’on en soit réellement conscient. « Les mythes sont faits pour être racontés, sans ça, le monde s’appauvrit et meurt. » Cette phrase d’Eustis synthétise à merveille la teneur du projet. Magique, je vous dis !

Nom série  Edmond  posté le 11/03/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas ici de l’adaptation de la pièce de théâtre d’Edmond Rostand mais de celle d’Alexis Michalik, créée en 2016 et depuis peu transposée au cinéma, laquelle relate la création de « Cyrano de Bergerac » (de quoi se prendre un peu les pieds dans les rideaux…). Si le titre fait référence à son auteur, l’histoire, qui est une biographie, reste centrée sur la période où Edmond Rostand publia sa fameuse pièce.

Ainsi, si l’on apprend pas mal de choses sur le contexte dans lequel Rostand a écrit l’œuvre qui l’a rendue célèbre, la narration est conçue comme une mise en abyme, où la fiction s’entremêle avec la réalité. Dans ce récit, Rostand s’inspire d’anecdotes de sa propre vie pour composer le personnage de Cyrano, ce dernier ayant réellement existé au XVIIe siècle. Le procédé est assez ingénieux bien qu’au final, on puisse s’y perdre à vouloir démêler la part du vrai. Le rythme ignore les temps morts et les textes sont denses, d’une façon logiquement très théâtrale. Mais si en effet on a vraiment le sentiment de lire du théâtre en BD, l’auteur n’a pas oublié de situer le contexte historique, en évoquant des faits d’époque, notamment au début, comme la création du cinématographe qu’Edmond Rostand voyait d’ailleurs comme une menace.

De son joli trait semi-réaliste à l’aquarelle, Chemineau nous propose quelques reconstitutions bienvenues d’un Paris d’époque où les très animés Grands boulevards ont évidemment la part belle… Car de la vie, il y en a dans cette BD. Les personnages semblent être constamment en mouvement, courent partout, déclament leurs tirades et virevoltent en tous sens, comme sur les planches !

Bien sûr, pour pouvoir apprécier pleinement « Edmond », il conviendrait d’être amateur de théâtre, en particulier dans ce style propre à « Cyrano » mêlant chevaleresque et vaudeville. Savoir si à l’inverse cette BD peut donner l’envie d’aller au théâtre, rien n’est moins sûr, et cela voudrait dire alors que l’hommage de Chemineau est une totale réussite. On n’ira peut-être pas jusque là, mais néanmoins, on est obligé d’admettre que ce dernier s’en sort tout à fait honorablement.

Nom série  Billy Brouillard  posté le 09/03/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
5 - Le Détective du bizarre T1

Dans un album à la présentation alléchante et extrêmement soignée (Collection Métamorphose oblige), Billy Brouillard nous revient dans un cinquième épisode où à l’occasion d’Halloween, il se fait chasseur de fantômes. Equipé d’une loupe de « trouble-vue », reproduite à l’intention du lecteur façon « Pif gadget », Billy va pouvoir satisfaire son goût pour l’aventure tout détectant les ectoplasmes et autres goules de la nuit en embuscade.

Il est difficile de ne pas tomber sous le charme et cet opus devrait une fois encore séduire le jeune public, et pourquoi d’autres lecteurs jusqu’à 77 ans. Car avec son univers inventif et intemporel, Guillaume Bianco sait parfaitement nous replonger dans le monde de l’enfance. Dans cette bondissante histoire « à l’ancienne », on ne voit pas l’ombre d’un Smartphone ou d’une Playstation, non, ici c’est l’imagination qui règne en maître. Avec donc cette fameuse loupe, quelques fiches pratiques et diverses anecdotes amusantes qui jalonnent le récit, l’auteur sait maintenir le lecteur en éveil. De même, son trait est dynamique et très plaisant, pouvant évoquer les récits jeunesse d’un certain Joan Sfar, la rondeur en plus, une rondeur que l’on retrouve jusque dans la forme des cases. Pourtant, on peut peut-être regretter de ne pas trouver de planches pleine page, ou, à défaut, de cases plus grandes (il y en a mais elles se comptent sur les doigts de la main), pour pouvoir justement se délecter du graphisme foisonnant. Quant à l’histoire en elle-même, elle saura plaire ceux qui ne sont pas rebutés par l’abondance textuelle qui, pour d’autres, peut nuire quelque peu à la fluidité de la lecture.

Ce « Billy Brouillard » n’est donc pas exempt de petits défauts, mais la richesse de l’univers qu’il développe et qui trouve un relais idéal en tant que livre-objet, saura constituer un solide argument en faveur de ce petit héros attachant et ambivalent qui dit aimer la nuit autant que redouter la mort.

Nom série  Les Ogres-Dieux  posté le 13/01/2015 (dernière MAJ le 16/02/2019) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Tome 1 : Petit

Un lourd et bel écrin pour une œuvre atypique, en noir et blanc, dont le thème vient puiser dans les terreurs enfantines suscitées par les contes populaires, « Le Petit Poucet » étant le plus emblématique. Sauf qu’ici, « Petit » n’est pas un humain mais un ogre. Comme Poucet, il est de taille réduite par rapport à la norme. Comme Poucet, le père cherche à s’en débarrasser mais pour d’autres raisons, juste parce qu’il porte les signes de la consanguinité. Celui-ci devra se débattre entre les pulsions violentes propres à ses origines et l’humanisme enseigné par sa tante Desdée, mise à l’écart de la Cour pour avoir refusé de manger des humains. Le récit est structuré selon deux axes narratifs entrelacés, d’une part la BD, d’autre part des textes illustrés racontant la vie des différents souverains depuis le fondateur.

Graphiquement, on est séduit d’emblée par ces à-plats noirs conférant une atmosphère gothique à l’histoire. Cadrage et dessin révèlent chez son auteur un sens incontestable du rythme et du mouvement. Par sa capacité à représenter la démesure de ces ogres gargantuesques, Bertrand Gatignol parvient à insuffler du souffle à la hauteur de ce récit dantesque où l’on assiste aux derniers soubresauts d’une dynastie fin de race dans une ambiance fin de règne.

Un bémol très personnel toutefois. J’ai peu apprécié l’expression de certains personnages notamment la physionomie « manga » du jeune ogre (une tête d’enfant posée sur un corps d’athlète), moi qui ne suis pas spécialement client du genre à l’exception d’œuvres plus matures dans la lignée de Taniguchi ou plus poétiques comme les films d’animation de Miyazaki. Par ailleurs, l’histoire d’amour entre Petit et la jeune fille a des allures de bluette mais reste adaptée à ce conte. Cela étant dit, ce n’est pas un livre destiné aux enfants de par la violence et la crudité de certaines scènes.

L’ensemble reste tout de même très correct, même si en deçà de mes attentes. Mais indéniablement les auteurs ont fait preuve d’originalité et d’audace avec cet album qui contient une grille de lecture philosophique : la question du déterminisme familial. Une œuvre qui sort du lot parmi les productions de 2014. Il s’agit apparemment du premier tome d’une série mais qui se lit néanmoins comme un one-shot.



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Tome 2 : Demi-Sang

Lire une bande dessinée comme celle-ci sur tablette est un grand tort. Je l’ai compris en lisant ce tome en version imprimée, alors que j’avais lu le premier en version digitale. Le plaisir de lecture s’en trouve littéralement augmenté, non seulement par le format de l’album (et son magnifique tirage) mais aussi par le rendu des superbes à-plats noirs, bien meilleur sur papier, caractéristique notable de cet ouvrage aux accents gothiques. Par moments, on a l’impression que Bertrand Gatignol s’est fait graveur, et l’on reste tout bonnement admiratif.

De plus, le scénario du second volet de cette fantasy médiévale paraît mieux construit, avec un personnage central plus complexe. L’histoire reste toujours aussi cruelle et sombre, mais l’intrigue est bien plus prenante et la conclusion beaucoup plus âpre, pour ainsi dire débarrassée des mièvreries fleur bleue et tics mangaesques que l’on pouvait déplorer dans « Petit ». Ici, on assiste éberlué à la transformation de Yori, jeune Rastignac prêt à tout pour devenir le nouveau chambellan du royaume des Ogres-Dieux, montrant ainsi à ses demi-frères et autres ennemis de quoi est capable le bâtard dont on a voulu se débarrasser. Adulé lorsque, pour survivre, il tombe dans la prostitution, il va prendre conscience de ses charmes et s’en servir pour gravir les marches du pouvoir, non sans y laisser quelques plumes, quelques os brisés, voire son âme. Car en agissant de la sorte, n’a-t-il pas pris le risque de devenir pire que ceux qui le méprisaient ?

Avec « Demi-Sang », fable implacable sur l’ambition et le pouvoir, Bertrand Gatignol et Hubert confèrent à leur œuvre une dimension shakespearienne qui la place dans le best-of des séries de ces dernières années. De même, chacun des tomes est une histoire à part entière, ce qui n’est pas la moindre de ses qualités ! Un bémol toutefois : on peut se demander si les courts récits illustrés consacrés aux chambellans du royaume et clôturant chaque chapitre apportent vraiment quelque chose, si ce n’est de renforcer l’aspect mythique de l’objet. On n’y voit pas forcément de lien direct avec la bande dessinée, et la profusion de personnages serait plutôt source de confusion. Cela étant dit, on pourra aisément en faire l’impasse si l’on craint de perdre en fluidité narrative.



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Tome 3 : Le Grand Homme

Fer de lance de la belle collection Métamorphose des Editions Soleil, la série des Ogres-Dieux trace depuis quatre ans son sillon, et ce de façon peu linéaire puisque ce troisième opus commence là où se terminait le premier, tandis que chaque volet est centré sur un personnage de la saga. Après Petit, Demi-Sang (Yori le chambellan), les auteurs nous proposent le portrait de Lours, le bien nommé, combattant nomade et clandestin pour la liberté et la justice : entré dans la rébellion après avoir été chassé des troupes du royaume, Lours était apprécié pour ses qualités de fin stratège mais fut une victime collatérale des luttes de pouvoir. En résistant à la tyrannie du chambellan, l’homme se livre parallèlement à une quête personnelle: obtenir la reconnaissance d’un père qui l’avait autrefois renié. Pour cela, il lui faudra traverser une immense forêt sombre et pleine de dangers, avant de rejoindre la tribu barbare où il a grandi.

Si dans la forme on est plutôt dans le registre de l’aventure gothique teintée d’heroic fantasy, la trame de fond demeure l’étude psychologique de la nature humaine, les fameux ogres ne sont là que pour illustrer la cruauté et l’arbitraire d’un pouvoir tyrannique. Dans « Le grand homme », c’est une fois de plus, avec le besoin irrépressible de Lours d’être reconnu par son père, la question de la descendance présidant à la destinée d’un individu qui est abordée. Une question vieille comme le monde : pouvons-nous décider entièrement de notre destin ou sommes-nous immanquablement lesté par le contexte social et éducatif où nous avons grandi ?

Cette fable œdipienne épique signée d’Hubert est comme toujours rehaussée par le graphisme unique de son compère Gatignol, lequel frappe par l’omniprésence de ce noir intense, parfaitement adapté au côté gothique de l’histoire. La séquence de la forêt est d’ailleurs emblématique de ce tome, faisant remonter avec délice nos peurs enfantines. Les troncs gigantesques et le feuillage inextricable y apparaissent extrêmement menaçants, semblant recouvrir mille dangers, telle une prophétie sinistre de ce qui attend Lours. Et en effet, le récit se terminera de manière saisissante, dans un tourbillon psychédélique de sang et de fureur, auquel succédera, contre toute attente, l’apaisement…

Avec leurs Ogres-Dieux, Hubert et Gatignol, duo à la synergie rêvée, sont l’air de rien en train de construire une œuvre qui restera symbolique de cette décennie, une œuvre où la vigueur du manga vient flirter avec l’imagerie gothique européenne, où terreur et flamboyance côtoient l’épaisseur psychologique des protagonistes, où les contes d’antan rejoignent la puissance shakespearienne, le tout par une alchimie qui, on doit le reconnaître, se bonifie avec chaque album, monumentalisant toujours davantage cette épopée au souffle indéniable.


Nom série  Essence  posté le 31/01/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Sept ans après son chef d’œuvre « Kililana Song », Benjamin Flao nous revient avec une « vraie » BD. Autant dire qu’il était attendu au tournant…

Et on peut l’affirmer sans faux-semblants, c’est un retour réussi, malgré une fin un peu décevante ! D’emblée, nous sommes plongés dans un univers très singulier, qui sous le pinceau de Flao, atteint une dimension grandiose. Le décor : un mélange perturbant de réalisme burlesque et d’onirisme exubérant, juste fascinant à regarder.

On le comprend assez vite même si cela n’est pas dévoilé d’emblée, c’est le purgatoire d’un homme qui est raconté ici. Cet homme, Achille, se retrouve dans un paysage post-apocalyptique quasiment inhabité où il doit trouver de l’essence, de plus en plus rare, pour pouvoir continuer à piloter sa voiture de sport à travers des étendues désertiques, parsemées de bâtiments crasseux, ruines en devenir. A ses côtés, un ange gardien au féminin qui va l’aider à chercher en lui-même les raisons de son arrivée dans ce monde intermédiaire, qui au fil du récit s’avérera n’être qu’une vaste prison à ciel ouvert. Mais si ce statut de fantôme semble lui convenir, dans la mesure où il peut assouvir sa passion des belles cylindrées (même s’il faut constamment se mettre en quête de carburant), ce road trip qui n’est en réalité qu’une fuite ne finira- t-il pas par atteindre son point de lassitude ? Pour en sortir, Achille sera condamné à faire son examen de conscience, à admettre ses failles et ses lâchetés, mais pas seulement, car il découvrira aussi le courage dont il fut capable pour l’amour d’une femme.

De par l’originalité de sa narration et de sa thématique, trop rarement abordée en fiction, ce tourbillonnant huis-clos en extérieur est franchement captivant. Une expérience comparable à un jeu vidéo où notre héros doit surmonter une foule d’obstacles, traverser des lieux labyrinthiques, aborder des personnages baroques et énigmatiques, dans un décor toujours changeant. Et c’est ainsi qu’on réalise ainsi la richesse du trait de Benjamin Flao, capable de produire de magnifiques planches, plus proches graphiquement de « Kililana Song », tout en lorgnant vers le style franco-belge, plus naïf mais parfait pour représenter les belles voitures d’une époque révolue et symboliser le côté immature d’Achille. On songe alternativement à Hergé, Franquin, Moebius… On appréciera les divers clins d’œil (notamment l’apparition de Gilles Villeneuve, le coureur canadien devenu ici artiste reclus et alcoolique).

Dans les dernières pages, le récit va si l’on peut dire revenir sur Terre, bifurquant de façon plus conventionnelle vers le thriller - un poil sanglant et assorti évidemment d’une course-poursuite. La fin laissera au lecteur une vague impression de bâclage, comme si le scénario avait dû être comprimé soudainement pour rentrer dans un format « one-shot ». C’est un peu dommage, même si cela ne remet pas en question la prouesse accomplie ici par Benjamin Flao et Fred Bernard. Nous, lecteurs humains masochistes, avions peut-être tout simplement le désir inconscient de voir cet extravagant purgatoire extra-terrestre se prolonger…

Nom série  La Délicatesse  posté le 19/01/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Cette adaptation du roman de David Foenkinos est une belle réussite. Il faut dire que nombre d’éléments étaient réunis. Des personnages touchants, denses et atypiques, des situations inattendues et parfois cocasses…Le joli trait de Cyril Bonin – pour le coup très délicat – vient encore ajouter au charme de l’histoire. Certes, d’aucuns argueront qu’il ne s’agit que d’une gentillette bluette à l’eau de rose et que le fond est un peu léger. Mais « La Délicatesse » s’inscrit aussi dans un style littéraire qui n’a pas prétention à faire dans l’esbroufe ou ne cherche pas à évoquer des sujets de société brûlants. On est ici dans la comédie romantique et pourtant, on doit bien le reconnaître, il est difficile de résister au charme de celle-ci. Jusqu’à la fin, le lecteur reste captivé par la relation très particulière qui se noue entre Nathalie, la jolie « executive woman » admirée et respectée dans son milieu professionnel, et Markus, l’employé subalterne, gauche et insignifiant.

Ce qui fait aussi partie des points forts de cette BD, c’est aussi la qualité de l’écriture même quand on sait qu’à la base c’est un roman, mais cela n’est pas si courant dans le neuvième art pour ne pas le souligner. De même, on jubile avec ce récit qui joue sur les différences culturelles entre la France et la Suède, source de malentendus amusants (Nathalie la française travaille dans une boîte suédoise implantée à Paris où elle rencontre Markus, créature lunaire qui a quitté volontairement sa Suède natale). Mais l’intérêt réside surtout dans l’évolution des personnages au fil de l’histoire, notamment Markus dont on va assister à la transformation physique dès lors que l’amour qu’il porte à Nathalie deviendra réciproque… L’Amour majuscule, pas le factice, celui qui donne des ailes et transforme les grenouilles en princes, encore plus beau, encore plus émouvant, lorsqu’il est comme ici décrit avec subtilité.

Nom série  Polaris ou la nuit de Circé  posté le 14/01/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
« Polaris ou la nuit de Circé ». Un titre élégant et mystérieux associé à une couverture un peu fade, reflétant assez bien la teneur de cet ouvrage au pitch intrigant : une enquête policière dans les milieux libertins, conduite par une jeune lieutenant, Jeanne Condorcet, elle-même adepte des jeux sexuels déviants. Et le lecteur de se dire : « Tiens donc ? Une œuvre érotique qu’on n’aurait plus à dissimuler dans les recoins obscurs de sa bibliothèque et dont on pourrait clamer haut et fort tout le bien qu’on pense ? ».

C’est donc armé des meilleures dispositions que l’on attaque ce one-shot signé Fabien Vehlmann, auteur prolixe qui a notamment participé à la série jeunesse à succès Seuls et a également écrit pour Kerascoët (Jolies ténèbres et "Satanie"). Au dessin, son frère d’armes Gwen de Bonneval, par ailleurs scénariste à ses heures, est loin d’être un amateur, avec à son actif nombre d’ouvrages qui lui ont permis d’utiliser alternativement le pinceau et la plume.

Après une intro lymphatique, le récit embraye sur un crime sexuel commis dans des circonstances mystérieuses, peut-être un acte sexuel qui aurait mal tourné… En menant son enquête, Jeanne va se retrouver happée au cœur d’une organisation secrète créée dans les années 50 par une prostituée libertine amie des artistes, Polaris, dans le but d’expérimenter d’autres façons de pratiquer la sexualité. Au terme de l’album, force de constater que non seulement l’intrigue est peu palpitante, souffrant d’un manque de rythme, mais qu’en plus le dénouement est prévisible, ce qui pour un polar constitue un double handicap. Reste le fond, qui est peut-être la seule chose permettant de maintenir l’attention du lecteur, avec des questions passionnantes autour de la sexualité : l’érotisme positif et créatif, sa part cérébrale et sa mesure (avec le fameux érosismogramme), à mille lieues des pulsions sexuelles primaires, la transgression et bien sûr le consentement des partenaires dans les pratiques SM. Malheureusement, telles des traces de pas dans le sable, toutes ces réflexions se trouvent bien vite noyées sous une vague de monotonie narrative. Quant au dessin, il est en total décalage avec l’esprit du récit, en particulier pour ce qui est des personnages, dont on finit par se contrefoutre littéralement. Evoluant dans un décor lugubre, ceux-ci apparaissent figés et fantomatiques dans leurs attitudes, et, qu’ils soient hommes ou femmes, leurs visages sont laids et peu expressifs, ce qui fait qu’on les distingue mal les uns des autres. Bref, rien qui puisse évoquer une sexualité épanouie. Un comble !

A l’évidence, les auteurs semblent ne pas avoir maîtrisé leur sujet en s’éparpillant dans tous les sens, peinant à trouver un équilibre entre la forme et le fond. Si au départ il était question d’un polar érotique, on se retrouve avec un polar pas très sexy qui n’est pas vraiment un polar. A la fin de l’histoire, l’un des protagonistes, dont on aura oublié qui il était exactement, évoque une nuit d’orgie en hommage à Circé : « Et la nuit s’est terminée – beaucoup trop vite – sans que je sache si j’y avais compris quoi que ce soit ». Un peu comme le lecteur quand il referme le livre en fait…

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