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... a posté 447 avis et 102 séries (Note moyenne: 3.51)

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Nom série  L'Enfance d'Alan  posté le 13/12/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Après La Guerre d'Alan, consacrée au périple du soldat Alan Cope en Europe durant la Seconde guerre mondiale, Emmanuel Guibert s’attache cette fois à retranscrire les souvenirs d’enfance en Californie du sud de l’homme qui l’a captivé par son talent de conteur.

A travers cette évocation empreinte d’une douce nostalgie et évitant tout larmoiement, on sent bien la tendresse de l’auteur pour cet homme humble et profondément humain qu’était Alan Cope. Dans une mise en page très libre, Guibert met une fois encore son trait minimaliste et poétique au service d’une histoire simple faites d’anecdotes, l’histoire d’un homme parmi tant d’autres au XXème siècle. Alan Cope raconte la Californie de son enfance, celle d’avant le smog, où la vie n’était pas si facile (ses parents n’étaient pas très riches) mais paradoxalement semblait plus simple, plus insouciante.

Ceux qui ont apprécié La Guerre d'Alan se plongeront sans problème dans cette suite chronologiquement inversée qui fleure bon l’odeur du Pacifique et des citronniers californiens.

Nom série  La Bande à Renaud (Renaud - BD d'enfer)  posté le 06/12/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Renaud semble être une source d’inspiration pour le neuvième art. Si les textes du chanteur passent si bien l’épreuve de la mise en images, ce n’est peut-être pas par hasard quand on sait que ce dernier est un grand collectionneur de bandes dessinées. A l’évidence, les plus humoristiques comme « Laisse béton », « le Retour de la Pépette » (qui de mieux que Margerin pour l’illustrer ?) ou encore « Les aventures de Gérard Lambert » (accord parfait avec l’esprit déjanté de Boucq) sont une aubaine pour une adaptation BD. Mais comme Renaud a plusieurs facettes et sait se montrer aussi tendre que révolté (quoique moins vers la fin…), cela se retrouve dans l’aspect graphique très diversifié de l’objet. Entre d’un côté un Yslaire aux influences picturales et de l’autre Dodo & Ben Radis et leur bestiaire punkoïde, il y a autant de différence qu’entre le baroque et le pop-art en peinture.

Pour le reste, si ce côté hétérogène peut correspondre à l’univers du « chanteur engagé », il comporte les défauts de ses qualités, avec un niveau inégal dans la narration. Selon moi, la BD d’une manière générale supporte mal le format court (à l’exception des gags) qui tend à laisser le lecteur sur sa faim. Par ailleurs, malgré leur talent et leur sincérité vis-à-vis de Renaud, certains auteurs semblent avoir manqué d’inspiration, et les histoires censées être drôles ne le sont pas forcément. Certes, la lecture n’est pas déplaisante du tout, néanmoins cet album est loin d’être incontournable. Mais pour quiconque est en panne d’idée pour les fêtes, il constituera le cadeau idéal à faire à un proche et fan du chanteur.

Nom série  Des idées dans la garde-robe - Grosse philosophie de la mode  posté le 03/12/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
C’était une bonne idée d’aborder le thème de la mode dans un cadre autre que celui de la presse "fashion", car il est vrai que ce sujet est rarement abordé d’un point de vue sociologique. Souvent considéré comme trop frivole, trop féminin, trop anecdotique….Et pourtant, les auteurs prouvent que cela peut être passionnant pour peu qu’on se donne la peine de s’interroger.

La mode, nous apprend Juliette Ihler, n’a pris son essor qu’au milieu du XIVe siècle. De nos jours, la plupart d’entre nous y est sensible d’une façon ou d’une autre, à l’excès ou avec modération… Car la mode, ce ne sont pas seulement les défilés haute couture ou un simple signe extérieur de richesse. La mode, c’est aussi « être à la mode », et ce pour un coût minimal, par un piercing, un tatouage ou quelques déchirures dans un jean… Juliette Ihler nous propose ainsi cette « grosse philosophie de la mode » en évitant de se prendre au sérieux, aidée en cela par les « crobards » de Cécile Dormeau. Dans cet essai fort ludique et sans prétention, qui réussit à nous intéresser à un sujet finalement très peu débattu, on trouve matière à réflexion avec diverses thématiques, telles que les paradoxes de la mini-jupe (symbole de libération ou de soumission ?), le potentiel comique du vêtement, le pouvoir singulier des bijoux que l’on porte ou la symbolique du piercing…

Il faut bien le dire, cette production, toute aguichante soit-elle, donne tout de même une vague impression de vaste foutoir. Cécile Dormeau fait certes preuve d’un humour très actuel dans les phylactères entourant ses dessins, mais ce n’est pas toujours très drôle, et bien souvent la multiplication des bulles et commentaires divers aurait même tendance à parasiter le propos. Le trait rond et simpliste relève du passe-partout déjà vu mille fois, typique de ce qui se fait chez les blogueurs-dessinateurs, et qui, pour dire les choses clairement, commence sérieusement à lasser. Ce n’est pas que ce soit mauvais, et on n’est évidemment pas dans l’amateurisme, mais ce n’est pas ce qu’on peut appeler du « dessin de BD » ni même de la caricature, et cela ne pourra guère avoir d’autre usage que celui ici présent, à savoir étayer de façon récréative une théorie quelconque. N’est pas Marion Montaigne qui veut… Dommage pour une production qui recelait pourtant un certain potentiel. On peut toujours offrir aux amateurs, sinon l'emprunt suffira...

Nom série  Les Grands Espaces  posté le 01/12/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Avec cet album aux accents bucoliques, Catherine Meurisse revisite son enfance à la campagne et nous offre une ode charmante à la nature. Si cette évocation entre autobiographie et documentaire grouille de références culturelles et littéraires, les questions environnementales qui affectent également le monde rural n’en sont pas pour autant oubliées.

Après « La Légèreté », l’album dans lequel elle évoquait l’après-attentat contre le journal satirique, la caricaturiste de Charlie Hebdo poursuit avec « Les Grands Espaces » son chemin vers la reconstruction, opérant une sorte de retour aux sources. Ces grands espaces, ce sont d’abord ceux de la campagne où son enfance a pu s’épanouir. Alors qu’elle-même et sa sœur étaient encore très jeunes, leurs parents décidèrent de restaurer une ferme endormie au milieu des cailloux pour en faire un bijou de verdure…

Bien plus qu’un récit linéaire doté d’une logique narrative, ce livre est davantage une promenade champêtre où l’auteure fait jaillir par ci par là des anecdotes amusantes avec l’humour qu’on lui connaît. Amoureuse de littérature, elle y cite ses écrivains favoris, Proust, Loti, Zola, Rabelais… Le virus lui fut transmis par sa mère, qui elle-même avait pris pour habitude de prélever une bouture de rosier ou de plantes diverses en souvenir de chaque maison d’écrivains qu’elle visitait. A coté de ces plaisantes digressions intemporelles, Catherine Meurisse, n’étant évidemment pas du genre à se cacher la tête dans le sable, laisse parfois s’exprimer sa rage de voir cette belle nature abîmée par Monsanto et tous les chantres de l’agriculture industrielle. « Avant, la bouse sentait bon, constate avec colère la mère de l’auteure. Aujourd’hui, elle pue la merde ! Parce que les vaches bouffent de la merde ! »

Côté dessin, si les personnages restent très schématiques, la façon qu’a Meurisse de les mettre en scène est très agréable. L’auteure aime la nature, et ça se voit. Pour représenter les paysages, elle a conçu dirait-on une technique particulière au pastel, qui produit un effet organique très étonnant. « Tout ce qui pousse, tout ce qui vit envers et contre tout » donne lieu à un foisonnement végétal magnifique faisant contraste avec les champs arides et monotones résultant d’un remembrement odieux, arrosés par des flots de pesticides et de sang (oui !) des abattoirs environnants. Heureusement, Catherine Meurisse ne s’appesantit pas non plus sur cet holocauste de la biodiversité dont on mesure plus que jamais les effets actuellement, plaidant ainsi pour les initiatives individuelles. Du reste, ce livre a le bon goût de l’enfance et ravira au moins toutes celles et ceux qui ont eu la chance de grandir à la campagne.

Nom série  Das Feuer  posté le 25/11/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Publié à l’occasion des commémorations de l’armistice de 1918, qui mit fin à la guerre la plus meurtrière que le monde ait connue, « Das Feuer » est l’adaptation en bande dessinée d’un roman d’Henri Barbusse, « Le Feu », dans lequel l’écrivain évoque son expérience des tranchées. Un livre qui lui avait valu le Prix Goncourt en 1916. La bonne idée des auteurs, c’est d’avoir transposé l’action et le point de vue dans le camp « ennemi », d’où le titre en allemand.

« Ce serait un crime de montrer les beaux cotés de la guerre, même s'il y en avait. » disait Henri Barbusse. Pour le coup, on peut dire que les auteurs ont appliqué cette formule à la lettre. Et si le témoignage du romancier est terrible, le dessin de Joe Pinelli est d’une âpreté parfaitement concordante. Pratiquement à l’état d’esquisse, le trait sale et poisseux peut facilement révulser. Le ciel, la terre, les corps et les rares éléments du paysage (tronc d’arbres, barbelés…) ne se distinguent quasiment plus les uns des autres, le tout étant noyé sous une boue graphique grisâtre que la pluie incessante vient strier implacablement de ses dards glaçants. Même le sang est devenu incolore.

Au milieu de cette boue, deux camps qui s’affrontent : les Français et les Allemands. Alors que le roman original est vu sous l’angle du camp français, Patrick Pécherot a choisi d’inverser la perspective. Un parti pris pertinent - et qui fait tout l’intérêt du projet - pour montrer que cette guerre était vécue exactement de la même façon des deux côtés des tranchées. Ici, les soldats ont les mêmes visages émaciés et affolés que ne pouvaient l’avoir leurs adversaires. Comme leurs voisins « Franzosen », ils étaient des « grains de poussière roulés dans la grande plaine de la guerre. ». Comme eux, ils venaient de partout, de toutes les classes laborieuses et n’avaient d’autres choix que de participer à cette guerre, dont ils pensaient pareillement qu’elle serait de courte durée, loin de se douter que cette « promenade de santé » se transformerait en boucherie dévastatrice. Car il est vrai que l’on connaît peu de récits du point de vue allemand de ce côté-ci du Rhin. Longtemps après la guerre, l’Allemand était resté le Boche, le Fritz, le fridolin fauteur de troubles qui devait payer…

Si l’on exclut les textes de Henri Barbusse, ce pacifiste de la première heure, l’ouvrage n’est pas forcément engageant dans la forme, mais évoque bien le cauchemar que pouvait constituer cet horrible conflit pour ceux qui l’ont vécu. La référence en la matière demeurant à ce jour le chef d’œuvre de Jacques Tardi, C'était la guerre des tranchées.

A acheter et offrir pour les amateurs.

Nom série  Prendre refuge  posté le 22/11/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Pas tout à fait une bande dessinée, « Prendre refuge » se définirait davantage comme un long poème dessiné. D’abord en référence au bouddhisme, c’est ensuite la thématique très actuelle des « migrants » qui y est évoquée, une thématique que l’on préfère souvent éluder d’un haussement d’épaule impuissant. Mais outre ces deux aspects, le refuge a aussi à voir avec le réconfort amoureux, ce besoin de se blottir dans les épaules de l’être aimé pour mieux affronter le monde.

Le personnage de Neyla, une enseignante ayant fui la guerre en Syrie, a donc « pris refuge » dans un Berlin où elle peine à se reconstruire, traumatisée par la destruction de sa ville, Alep. Elle y fait la connaissance de Karsten, dont la bienveillance semble impuissante à effacer les souvenirs douloureux du terrible conflit. De même, le sentiment amoureux qui naît entre les deux êtres semble également se heurter à un mur de souffrances. L’allusion au bouddhisme est incarnée par les fameux bouddhas de Bâmiyân, que Neyla avait découvert quelques années plus tôt, alors qu’ils n’avaient pas encore été détruits par les Talibans. De ce site grandiose, il ne reste que les cavités où les Bouddhas avaient pris « refuge ». Des cavités conservant le souvenir des statues, comme par un phénomène de persistance rétinienne.

De façon extrêmement graphique, les auteurs ne montrent pas d’images de guerre mais préfèrent regarder vers le ciel, tissant des fils dans les constellations, conférant ainsi une dimension mystico-poétique à l’histoire. La douleur de l’absence et de l’exil n’est que suggérée, et cet album atypique dégage beaucoup de douceur et de légèreté, non seulement par le plaisant dessin tout en à-plats noirs et blancs, mais aussi par l’économie de textes. Fruit d’une rencontre entre l’écrivain Mathias Enard, Prix Goncourt en 2015, et la bédéaste-illustratrice libanaise Zeina Abirached, « Prendre refuge » ne joue pas tant sur la narration que sur le visuel. Il s’agit d’une œuvre immobile, telle un « refuge » au milieu du bruit et de la fureur de la guerre. Une œuvre qui méritera plusieurs lectures pour en saisir toutes les subtiles métaphores.

Nom série  La Tête dans les nuages  posté le 19/11/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
« La tête dans les nuages » parle de l’âge où tous les espoirs sont permis, mais aussi où l’insouciance cède la place aux préoccupations plus matérielles et parfois anxiogènes. Ces chroniques mettent en scène un groupe de jeunes gens d’une école d’art qui viennent de décrocher leur diplôme et se trouvent désormais confrontés à des choix décisifs pour leurs vies futures.

Entre badinage amoureux et discussions existentielles autour de l’art, on suit les pérégrinations de Seth Fallon et sa bande de potes. Contrairement à sa petite amie Allison qui cherche à étoffer son réseau pour pouvoir vivre de son art, Seth refuse toute compromission et attend l’inspiration dans son armure de cynisme. Problème : l’inspiration ne vient pas, il est dans la galère et va devoir trouver un petit boulot pour assurer le quotidien. Jusqu’à cette rencontre inopinée avec son peintre favori, John Pollard, qui va tout bousculer…

Dans un style semi-réaliste proche de la BD U.S alternative, Joseph Remnant nous livre une histoire sans prétention qui semble inspirée de sa propre expérience. Il est vrai que cela sonne tout à fait juste et que les protagonistes donnent l’impression d’exister réellement. Par son dessin élégant, Remnant sait très bien restituer l’expressivité des visages et fait preuve d’un certain sens du détail. Pas en reste, la narration est fluide et l’auteur n’oublie pas au passage de distribuer quelques petits coups de canifs réjouissants à un certain snobisme caractéristique du milieu de l’art dans ce qu’il a de plus vain. Un auteur sincère et attachant qu’on a envie de suivre.

Nom série  Avec Édouard Luntz - Le Cinéaste des âmes inquiètes  posté le 18/11/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Qui se souvient d’Edouard Luntz, cinéaste de la Nouvelle vague, mort dans l’anonymat en 2009 ? Plus grand monde sans doute, et pourtant l’homme tourna dans les années soixante « Le Grabuge » avec pour producteur le célèbre et richissime Darryl Zanuck. Le projet avait atteint un budget faramineux, et Zanuck, furieux, se réserva le droit d’en concevoir le montage. Luntz, trop indépendant, trop bohème aussi, n’était sans doute pas fait pour obéir aux diktats hollywoodiens. La brouille qui surgit entre les deux hommes compromit la carrière du cinéaste français et précipita ses films dans l’oubli. Dans cette BD au thème original, Julien Frey, diplômé de cinéma et scénariste de séries d’animation, raconte sa quête insensée pour retrouver les œuvres de l’artiste, désormais remisées dans les oubliettes du 7e art.

C’est peu dire que le pitch d’ « Avec Edouard Luntz » suscite la curiosité. Comment un cinéaste ayant eu la chance d’être repéré et produit par un nabad d’Hollywood, par ailleurs mis en avant par les plus grands festivals européens, ait pu à ce point disparaître sous l’implacable poussière du temps ? Comment est-il possible que ses œuvres soient si difficiles à visionner aujourd’hui, quelques cinquante années après la carrière courte mais prometteuse de ce rebelle du cinéma ? En menant ses recherches à la manière d’un détective, Julien Frey parvient ainsi à captiver le lecteur, qui sans rien connaître du personnage, aura envie d’en savoir plus sur cette mystérieuse déchéance annoncée. Une enquête qui le mènera outre-Atlantique et lui donnera l’occasion d’un échange (assez émouvant) avec l’acteur Michel Bouquet, grand admirateur de ce « cinéaste des âmes inquiètes », qui lui avait offert ses « plus beaux rôles au cinéma ».

Pour ce qui est du dessin, Pep Domingo alias Nadar, auteur espagnol dont c’est ici le quatrième album, accompagne humblement de sa ligne claire, et non sans humour, les pérégrinations de son partenaire. En somme, une réhabilitation empreinte de respect, qui pourrait déboucher - en accord avec les ayants droit ? On peut rêver… - sur une redécouverte de l’œuvre de cet artiste « trop frontal pour le monde du cinéma », selon les termes utilisés par Michel Bouquet en préface.

Nom série  Dans l'ombre de la peur - Le Big Data et nous  posté le 17/11/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Bienvenue dans l’univers impitoyable du Big Data, le « pétrole du XXIe siècle » ! Grâce aux auteurs, qui sont allés interroger des spécialistes et chercheurs dans le domaine, on comprend que, bien plus que nos opinions politiques, ce sont nos actions quotidiennes les plus banales qui intéressent les géants du web, les GAFAM. De plus en plus, l’internaute est suivi à la trace, que ce soit en naviguant innocemment sur son smartphone ou par l’utilisation de ses objets connectés qui tendent à proliférer. Ces multinationales, qui prennent de plus en plus l’ascendant sur les Etats, vous connaitront bientôt mieux que vous ne vous connaissez vous-même, grâce à leurs algorithmes puissants qui leur permettent d’accumuler quantité de données, un phénomène dont on commence à peine à percevoir les enjeux et les risques. Un jour peut-être, vous pourriez être privé d’assurance ou on vous refusera un crédit immobilier parce qu'on jugera votre santé défaillante ou votre comportement à risque…

Le dessinateur Josh Neufeld, co-auteur de La Machine à influencer donne à cette enquête dense et touffue un tour ludique par son style très proche de Scott McCloud. Le tout est passionnant et terrifiant à la fois. Une des solutions pour protéger sa vie privée selon un des experts interrogés : désactiver la géolocalisation sur son téléphone, ne pas être sur Facebook ! Que l’on soit disposé à le faire ou non, cette petite BD donne à réfléchir et fournit quelques pistes pour naviguer sur Internet avec plus de circonspection.

Nom série  Malaterre  posté le 10/11/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
A quarante ans, Pierre-Henry Gomont est devenu, en l’espace de six albums publiés en moins d’une décennie, une figure incontournable du 9ème art, et ce dernier opus ne fait que confirmer ce statut. Si Pereira prétend, qui avait rencontré un certain succès, était une adaptation de roman, « Malaterre » relève plutôt de l’autobiographie. En effet, pour concevoir ce one-shot, l’auteur s’est inspiré de sa propre famille tout en resituant les événements et les lieux par rapport à la réalité, les personnages de l’album eux-mêmes « des agrégats de plein de personnages réels », comme il le dit dans une interview.

Avec un scénario extrêmement bien charpenté, des personnages également très bien campés, P.-H. Gomont réussit à nous embarquer totalement dans cette « aventure » au parfum d’exotisme, en majeure partie grâce à ce personnage haut en couleurs qu’est Gabriel Lesaffre et qui constitue la force gravitationnelle du récit, omniprésent même dans les scènes où il est absent. Tout détestable soit-il, l’homme exerce une fascination puissante sur son entourage, sans que l’on puisse vraiment l’expliquer. En premier lieu, ses deux aînés, arrachés à leur mère suite à une action en justice du père pour obtenir leur garde, alors que ce dernier, aimant l’argent et la vie facile, a rarement été présent dans le passé. La mère restera seule à Paris avec le plus jeune enfant, les aînés Mathilde et Simon suivant leur père sans broncher vers cette destination exotique, l’Afrique équatoriale, dont ils ne connaissent rien. Une fois sur place, ils découvriront en pleine jungle le vaste domaine que Gabriel a racheté suite à la faillite des illustres aïeux dans les années 1920 : une imposante demeure coloniale, une serre monumentale ainsi qu’une scierie. Gabriel s’est mis en tête de restaurer et entretenir le patrimoine familial pour le léguer plus tard à ses enfants, dont il exige en retour qu’ils en soient les dignes héritiers. Dans les premiers temps, ceux-ci seront vite envoûtés par la beauté des lieux et l’environnement luxuriant. Une nouvelle liberté va s’offrir à eux dans cet endroit paradisiaque, contrastant fortement avec la grisaille parisienne. Très vite, ils seront contraints par leur père de suivre leurs études dans le lycée français d’une ville côtière. Plus ou moins livrés à eux-mêmes, ces adolescents s’endurciront au contact de leurs nouveaux amis, et feront malgré eux l’apprentissage de la vie, sans parents, préférant leur nouvelle vie à un retour à Paris, même s’ils finissent par honnir ce père caractériel. Absent comme à son habitude, Gabriel ne les verra plus qu’occasionnellement. En effet, obsédé par son projet, il dirige de façon chaotique le domaine, en jouant plus sur l’esbroufe qui lui a d’ailleurs permis de s’enrichir que grâce à ses compétences de gestionnaire, plus que limitées. Et d’avance, on pressent que tout cela est voué à l’échec…

Côté dessin, on est servis ! P.-H. Gomont maîtrise parfaitement son coup de crayon. Par les poses ou les expressions du visage, il sait faire ressortir les traits de caractère et les humeurs des protagonistes. À l’image du tumultueux Gabriel, le mouvement est permanent dans cette épopée virevoltante. De façon pertinente et audacieuse, l’auteur exploite pleinement les codes de la BD. C’est surtout la représentation du père qui frappe le lecteur. Les yeux exorbités de Gabriel et son visage émacié trahissent son désordre intérieur, renforcés par cette cigarette crachant des flammes plutôt que de la fumée, telle une extension organique de lui-même.

L’ambiance graphique est bien différente du placide Pereira prétend. Tour à tour lumineux et sombre, l’environnement exotique, très bien représenté dans son foisonnement, accompagne parfaitement cette histoire de passion humaine où les gouffres psychiques ne sont jamais loin. Inévitablement, on pense à l’œuvre de James Conrad, « Au cœur des ténèbres », où là encore la jungle africaine semblait agir comme révélateur des pulsions enfouies de l’Homme blanc. Une jungle réfractaire et incompatible avec l’esprit de conquête, qui finit toujours par engloutir ceux qui cherchent à la dompter, telle une malédiction lancée par les dieux de la forêt. Et Gabriel n’y échappera pas davantage, malgré toute l’énergie qu’il aura déployée pour maintenir à flot son frêle esquif « mal sur terre », perdu dans l’immensité forestière.

Il faut ajouter à tout cela la plaisante tournure littéraire des textes, qui contribue à ériger « Malaterre » comme une référence parmi tout ce que le roman graphique a produit de meilleur. D’ailleurs, le talent narratif dont fait preuve Gomont n’est pas sans rappeler le maître dans sa catégorie, j’ai nommé Will Eisner… L’émotion n’est pas absente, en particulier vers la fin, et celle-ci est d’autant plus puissante qu’elle reste sobre, sans pathos. Car au final, le personnage de Gabriel révèle un côté attachant avec sa folie et ses paradoxes, une fragilité qu’il masque bien souvent derrière sa colère. Ses enfants, dans leur détestation commune, réalisent qu’au fond ils l’aimaient ce père que l’on voit mourir au début de ce récit en forme de flashback. Un père hors du commun qui suivait ses instincts envers et contre tout, en lutte contre tout le monde mais aussi contre lui-même.

Que l’on aimerait avoir à lire plus souvent de tels ouvrages ! Symbiose parfaite entre bande dessinée et littérature, ce récit flamboyant place la barre très haut, ne négligeant aucun aspect tant dans le fond que dans la forme. Pour faire simple, P.-H. Gomont nous offre avec « Malaterre » un véritable chef d’œuvre à qui l’on peut souhaiter tout le succès qu’il mérite.

Nom série  Chroniques de l'île perdue  posté le 01/11/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Avec ces « Chroniques de l’île perdue », Loïc Clément & Anne Montel traitent des relations complexes qui peuvent exister entre un petit frère et son aîné. Et incontestablement il y a ici comme un petit air de vécu doublé d’une sincérité dans le propos. Pour raconter l’histoire de ces deux frères séparés par une tempête, les auteurs sont allés prospecter dans les recoins les plus enfouis de leur imaginaire poétique débridé, en jouant sur le contraste et les effets de miroir. D’un côté, il y a Sacha, le grand frère, qui se retrouve sur une île tropical accueillante (du moins au début), et de l’autre, Charlie, le petit frère, propulsé dans un univers sombre et hivernal, sous la menace constante de « loups-cauchemars », terrifiantes émanations noires et belliqueuses. Charlie va tenter de survivre dans ce monde hostile sous la protection d’une jeune fille, Rose, la confidente que son frère ainé n’a pas su être... Quant à Sacha, les souvenirs de son jeune frère vont lui revenir à l’esprit, non sans une certaine culpabilité, car en effet, il n’a pas été toujours tendre avec Charlie… Sa culpabilité croissante sera alimentée par les étranges entités peuplant l’île (notamment les trois Moaïs et les Doudous). Au fil de l’histoire, celles-ci se montreront de plus en plus malveillantes et agressives, renforçant chez Sacha le désir croissant de retrouver son frère, qu'il a l'impression d'avoir abandonné…

A l’image du récit, l’univers graphique d’Anne Montel est foisonnant, compensant d’une certaine manière un trait en « pattes-de-mouches » enfantin et schématique, mais on sent chez celle-ci la volonté de bien faire, notamment par une colorisation à l’aquarelle très soignée.

Cette production, qui s’adresse donc au jeune public sans les prendre pour des crétins, est loin d’être inintéressante et pourtant, on ne ressort pas réellement conquis…Cette dernière aurait-elle les défauts de ses qualités ? Si les auteurs ont laissé libre court à leur fantaisie, tant dans la narration que dans le dessin, le lecteur pourrait toutefois ressentir une certaine lassitude vis-à-vis de ce trop-plein visuel et ces circonvolutions scénaristiques qui empèsent le récit, au final trop complexe pour être réellement marquant. L’objet, qui reste tout de même une œuvre très personnelle, aurait mérité un élagage à la fois sur la forme et sur le fond.

Nom série  Pereira prétend  posté le 27/10/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Il est toujours difficile de juger l’adaptation d’une œuvre que l’on n’a pas lue, mais à en juger par la qualité de cette bande dessinée, le materiau "Sostiene Pereira" a quelques atouts pour y contribuer. L’écrivain italien Antonio Tabucchi, dont le Portugal était la seconde patrie, évoque à travers ce roman l’engagement politique et la responsabilité de chacun face à un contexte politique particulier, en l’occurrence ici la dictature qui a sévi près de quarante années dans la péninsule ibérique. Le livre et son principal protagoniste, le Pereira du titre, sont d’ailleurs devenus une référence pour les opposants à Berlusconi dans l’Italie des années 90. Tabucchi y cite une théorie à la fois séduisante et troublante, celle des « médecins-philosophes » selon laquelle il y a plusieurs âmes cohabitant en l’Homme. Celles-ci délibèrent pour imposer un moi hégémonique qui définira le contour de sa personnalité, jusqu’à ce qu’un autre moi prenne sa place...

Pierre-Henri Gomont, dessinateur et accessoirement scénariste, a non seulement donné corps au personnage de Pereira avec un certain brio, mais s’est complètement approprié ce livre d’un auteur engagé, démontrant indubitablement son admiration pour ce dernier. Gomont reprend les codes du neuvième art avec originalité et humour en se gardant de tout académisme. Il possède un trait semi réaliste flamboyant et dynamique, restituant avec bonheur, grâce à une colorisation très bien sentie, l’ambiance chaude et lumineuse de la « ville aux sept collines » avec son tram sillonnant le quartier pittoresque de l’Alfama. De façon nuancée, il a su rendre le personnage pataud de Pereira attachant dans ses questionnements existentiels et son obsession pour la mort.

Avec « Pereira prétend », ce bédéaste au style très affirmé n’en est pas à son coup d’essai (il s’agit de son sixième album depuis 2011) et n’est pas très loin du coup de maître… Cette adaptation réussie n’est d’ailleurs pas passée inaperçue lors de sa sortie en 2016, récompensée notamment par le Grand prix RTL de la bande dessinée. Un auteur que l’on va donc forcément suivre avec intérêt…

Nom série  Les Filles de Salem  posté le 21/10/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
De l’histoire des sorcières de Salem, Arthur Miller en avait tiré une pièce de théâtre pour dénoncer le maccarthysme dans les années 50, pièce qu’il porta ensuite au cinéma (en 1996), quarante ans après une première adaptation française par Raymond Rouleau et Jean-Paul Sartre. Mais c’est la première fois que le neuvième art s’y est intéressé. Son auteur, Thomas Gilbert, à la fois à la plume et aux pinceaux, n’a pas retenu l’allégorie de Miller, se contentant d’en modifier la perspective. Bien plus que le maccarthysme, qui désormais appartient au passé, c’est le patriarcat tenace de nos sociétés qu’il dénonce, lequel continue à peser lourdement sur la condition féminine, malgré une évolution certaine depuis que les femmes ont commencé, au début du XXe siècle, à réclamer l’égalité de statut par rapport aux hommes.

Pour mieux étayer ses propos, l’auteur a conçu un scénario bien structuré avec des personnages marquants. Dans ce paisible petit village du Massachusetts fondé par des colons protestants, tout a l’air presque idyllique, jusqu’au jour où Abigail, fille de paysans, va croiser le chemin d’un Indien rôdant autour du village, « L’homme en noir ». Cette dernière tombera vite sous le charme de ce personnage furtif, presque irréel, qui semble vivre en totale communion avec les éléments. Si les villageois l’ont surnommé ainsi, c’est en raison de son visage grimé en noir. Aucun doute pour eux, il ne peut s’agir que d’une incarnation du malin ! Avec sa seule flûte et son pas aérien, l’homme va entraîner Abigail et son amie Betty, fille du révérend, dans une folle sarabande champêtre de danse, de musique et de légendes tribales millénaires, à mille lieues de tout ce qu’elles ont connu jusqu’alors. Hélas, cette liberté nouvelle, que les jeunes filles tentent de garder secrète, sera de courte durée. Car les récoltes ont été mauvaises et l’impatience se fait sentir dans la communauté de Salem. En tant que « notable protecteur » grassement rémunéré par cette dernière, le révérend va devoir désigner des boucs-émissaires afin de détourner de sa personne la colère croissante des habitants. Ainsi, le village tout entier se verra submergé par un déferlement de haine et de violence hystérique d’une ampleur inédite. Abigail, ainsi que celles et ceux qui l’ont côtoyée, connaîtront une terrible descente aux enfers jusqu’au tragique dénouement que l’on connaît…

Thomas Gilbert a mis en images son histoire de façon saisissante. Au fil des pages, la tension se fait de plus en plus palpable, contrastant avec les scènes du début tout en poésie légère où l’on voit danser Abigail avec son nouvel ami indien au beau milieu d’une nature luxuriante, lumineuse et protectrice. Mais à partir du moment où les choses se gâtent, le trait laisse progressivement ressortir ses aspérités et c’est alors qu’apparaissent des images « subliminales » tirées d’enluminures religieuses représentant des créatures sataniques. Alors que les couleurs s’assombrissent peu à peu, il ne reste que le rouge des flammes pour éclairer l’obscurité, car à Salem, l’enfer est arrivé sur Terre…. Les visages, eux, se font plus grimaçants et haineux. Quant au révérend, son personnage apparaît comme le plus terrifiant, bien davantage que « L’homme en noir » et tous ceux qu’il accuse d’accointances avec le démon. Comme si d’une certaine manière, il était gêné par son propre reflet au cœur trop pur, lui-même étant vêtu de noir des pieds à la tête et non exempt de tout soupçon…

À quelques jours d’Halloween, une célébration qui continue à « diaboliser joyeusement » les sorcières, « Les filles de Salem » délivre non seulement un propos sociologique fort sur le traitement indigne du patriarcat à l’égard des femmes, mais constitue parallèlement une ode à la liberté et à la fête. De même, l’auteur nous met en garde sur les dangers de l’effet de meute en rappelant comment la haine peut être contagieuse. Transposé à notre époque où la tendance politique consiste de plus en plus à emprunter les chemins de l’intolérance sous les provocations d’un leader un peu trop charismatique (un peu comme dans les années 30...), où les réseaux sociaux jouent parfois le rôle de défouloir cruel, son livre équivaut à un acte de salubrité publique. Cette très belle relecture du « mythe » s’impose ainsi comme une des meilleures productions de l’année.

Nom série  Homicide - Une année dans les rues de Baltimore  posté le 12/04/2017 (dernière MAJ le 13/10/2018) Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Lecture des tomes 1 et 2 :

Après une échappée peu concluante vers la fantasy (Mongo est un troll), Philippe Squarzoni revient à un genre qu’il affectionne et pratique avec talent : le documentaire. De son trait sobre et réaliste, il met en images les textes de l’auteur américain David Simon, toujours avec ce même sens du découpage et de la précision affutés, nous faisant pénétrer un univers urbain à la violence sous-jacente, loin des clichés hollywoodiens et autres flics à Miami… Le quotidien de ces flics est plus dominé par la routine que par les poursuites en voitures (ou même à pied), inexistantes ici. D’ailleurs, reflétant bien tout cela, la colorisation a été réduite à un niveau quasi-monochromatique dans une palette désaturée, à l’exception du rouge pour les tâches de sang, ce qui permet de mieux se concentrer sur le propos. Ici, nous sommes à Baltimore, grande cité portuaire du nord-est des États-Unis qui n’invite pas spécialement au rêve. Et comme on est dans un documentaire, c’est une voix off qui accompagne la narration la plupart du temps, les dialogues restant assez rares. On y apprend qu’une enquête est souvent un travail de longue haleine (quand le meurtre est un « whodunit », à l’inverse d’un « dunker »), avec des indices souvent peu nombreux et durs à déchiffrer, et qu’il faut toute l’intuition et la persévérance de ces hommes pour identifier les assassins, face à la pression de la hiérarchie.

« Homicide » saura passionner tous les adeptes de séries et de romans policiers, plus particulièrement ceux privilégiant l’intellect à l’action pure. Et malgré cette impression d’inertie visuelle, l’auteur sait insuffler ce qu’il faut de tension pour retenir le lecteur, fasciné par un univers où la mort semble s’amuser d’une partie de cache-cache interminable. Projet à la fois ambitieux et minutieux de Squarzoni, cette série est prévue en cinq tomes.

Pour l'achat ? Pour l'instant oui, mais à confirmer quand la série sera terminée...

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Après lecture du tome 3 :

Si les deux premiers tomes pouvaient susciter l’intérêt de ce reportage dans le milieu policier de Baltimore, ce troisième volet n’apporte pas grand-chose à l’ensemble malgré une documentation toujours aussi fouillée. Bien sûr, on comprend que le travail des flics, face à une prolifération des meurtres pour lesquels les indices se révèlent trop souvent clairsemés, dans un contexte de pression des résultats avec des moyens humains insuffisants, peut s’avérer un véritable chemin de croix.

On ne saura reprocher à Philippe Squarzoni la qualité de cette adaptation sur de nombreux points : d’une intelligence et d’une précision remarquables, avec un souci d’authenticité et de fidélité à l’œuvre originale, le tout renforcé par un cadrage vivant et pertinent. De même, Squarzoni se donne le temps pour coucher sur ses planches le propos de David Simon, en évitant soigneusement le piège du spectaculaire, ne montrant que la routine des inspecteurs, entre interrogatoires et lieux du crime où reposent les cadavres encore tièdes. . Le problème, c’est qu’à force de vouloir trop bien faire, on risque parfois de prendre une direction qui ne se révèle pas forcément la bonne. Dans le cas présent, « Homicide » a les défauts de ses qualités. L’abondance d'explications et de textes finit par diluer le tout dans une sorte de brume narrative un peu fastidieuse, et même si l’on sait qu’on est à des années-lumière des clichés hollywoodiens, on aurait pu espérer au moins un vrai moment fort dans ce troisième chapitre. Peut-être l’auteur aurait-il dû tout simplement faire plus court.

Cela étant, il n’est pas dit que l’œuvre ne trouvera pas son public (si ce n'est déjà fait), au premier rang duquel les passionnés d’enquêtes policières ou les personnes attirées par les métiers dans la police. Au risque pour ces dernières de ne pas y trouver la motivation nécessaire, même si cela ne concerne qu’une ville américaine…

Nom série  Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ?  posté le 12/10/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
A l’heure où l’on assiste au retour d’un machisme décomplexé, tant dans les propos et les pratiques constatés à travers les médias et dans la vie politique, ce petit livre vient à point nommé pour nous livrer un argumentaire objectif sous forme de chronologie, remontant aux origines des inégalités entre les hommes et les femmes depuis la préhistoire jusqu’à nos jours.

N’en déplaise au petit épicier Eric Zemmour qui n’a rien trouvé de mieux pour nourrir son fonds de commerce que de répandre à coups de phrases choc à la ficelle aussi grosse qu’usée son fiel atrabilaire dans les débats qui agitent la société, les choses ont changé pour la gent féminine depuis le temps des cavernes, même s’il reste encore beaucoup à faire face aux résistances parfois hargneuses des conservateurs. Si d’autres, comme notre philosophe aux vues aussi minces que son portefeuille n’est épais, ont des poussées d’ulcères face aux revendications de 50 % de l’humanité à obtenir les mêmes droits que l’autre moitié, ils ne devraient vraisemblablement pas se réjouir de la parution de ce petit ouvrage.

Et pourtant, de façon intelligente, celui-ci insiste davantage sur l’aspect factuel plutôt que de se livrer à des attaques cinglantes contre les tenants de la tradition. Les faits exposés dans ce digest chronologique permettent ainsi de comprendre que la prétendue supériorité de l’homme sur la femme n’est qu’un préjugé absurde résultant d’une domination du premier sur la seconde. Une domination justifiée uniquement par le muscle, résultat d’une évolution biologique induite par les fonctions sociales (à l’origine, la chasse pour les hommes, la cueillette pour les femmes, pour une simple histoire d’écoulement menstruel), contribuant au fil du temps à asseoir un patriarcat lourd comme le plomb, hélas bien souvent avec l’accord de celles qui en sont victimes.

Avec l’aide de Dorothée Werner pour la recherche historique, Soledad Bravi égaye ses gentils crobards d’un humour subtil, une option nettement préférable à l’attaque, toujours moins crédible dans ce type de débat. Sans tonitruance médiatique accompagnant la sortie du livre, on imagine bien que les ventes n’atteindront pas celles des brûlots du Zemmour précité, mais ses auteures, elles, ne mangent pas de ce pain-là. Un bémol peut-être : ces dernières ne citent jamais leur sources, notamment quand elles livrent des statistiques. Ce qui ne remet pas en cause le propos, mais pourrait donner du grain à moudre à leurs adversaires.

Cette petite BD de moins de cent pages se lit rapidement et ne devrait pas trop fatiguer les plus rétifs à la lecture. Elle permet aussi de recentrer le débat et donne envie de repartir sur des bases plus justes et fondées sur le respect. Tout simplement.

Nom série  Soudain l'univers prend fin  posté le 22/09/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Au moment où les Editions Ça et Là tentent d’affronter la bourrasque des difficultés financières, il est approprié de revenir sur cet éditeur indépendant qui n’a pas choisi de publier les œuvres les plus faciles d’accès, mais ce faisant a édifié au fil de temps une palette d’univers on ne peut plus riche. « Soudain l’univers prend fin » en fait partie et constitue une expérience de lecture tout à fait atypique. C’est quand on lit ce genre de livres qu’on prend conscience que de telles initiatives éditoriales doivent être soutenues haut et fort.

Il faut évidemment souligner la qualité de la reliure dotée d’un ruban signet (un petit rien toujours classieux). Simple et efficace, le dessin se situe dans la droite ligne du style comics US humoristique. L’ouvrage est donc essentiellement composé de strips de quatre cases, à raison d’un strip par jour pendant plus de deux ans - en réalité six, mais ce recueil ne comporte que la période entre 2011 et 2013. Tel est le défi qu’a relevé le Canadien en laissant errer son imagination, estimant n’avoir rien de particulier à dire sur sa vie. Voilà pour la forme.

Et c’est lorsqu’on attaque la lecture que cela devient encore plus intéressant. Le début suscite une impression plus que mitigée et ces strips aberrants laissent le lecteur plus que dubitatif. Sommes-nous censés rire de ces pseudo-gags qui semblent avoir été conçus juste pour remplir des cases dans le cadre du challenge que s’est imposé McFadzean ? Pour dix strips, on ne va « sous-rire » que pour un ou deux, avant peut-être de laisser choir l’objet mollement sur le sol. Et puis, et puis… il se produit alors quelque chose de très étrange, un renversement de situation à 180°, tout à fait inédit. Non seulement le bouquin ne nous tombe pas des mains, mais on ne peut plus le lâcher…

Est-ce cette absurdité totalement décalée qui engendre un effet de fascination unique, faisant que bien malgré soi, on finit par adhérer à ce drôle d’univers ? Ainsi, on se surprend à s’esclaffer devant l’audace de ces strips aux chutes totalement déphasées, mélange de poésie et d’humour noir. Et l’air de rien, Dakota McFadzean impose au fil des pages son univers néo-dadaïste doté d’une mécanique qui lui est propre et qui fonctionne parfaitement, à condition d’en déchiffrer le mot de passe d’accès.

Grouillant de références pop-culture, ces minuscules strips racontant l’ordinaire sous le prisme du fantastique, avec ses personnages récurrents, deviennent ainsi de grandes histoires où seul le ciel est la limite ! Et c’est lorsque le livre prend fin, et son univers avec, que l’on voudrait que ça ne s’arrête jamais. Heureusement, et c’est l’avantage non négligeable de cette œuvre sans queue ni tête : on peut la relire à l’infini et dans tous les sens ! S’il n’y avait qu’un livre à conserver dans les toilettes, ce serait bien celui-là ! On attend évidemment la suite (période 2014-2015), d’où l’intérêt de soutenir l’éditeur !

Nom série  Une Soeur  posté le 13/09/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Le thème des premières amours dans le cadre des vacances familiales à Chmolduc-Plage est un sujet rebattu mille fois, le plus souvent au cinéma. Pourtant, à chaque fois, il y a toujours ce je-ne-sais-quoi d’irrésistiblement charmant, même lorsque le scénario ne vole pas bien haut, comme un goût de Madeleine de Proust sans doute. Bastien Vivès s’est-il replongé dans ses souvenirs - le jeune Antoine étant la plupart du temps affairé à griffonner dans son carnet de croquis - pour nous livrer cette histoire ? Dans « Une sœur », non seulement on retrouve tout cela, mais en plus, l’auteur parvient à susciter une belle émotion, évitant de tomber dans le romantisme teenager un peu niais. Vivès y a mis beaucoup de sensibilité et de tendresse, montrant davantage par son dessin épuré les corps, les gestes et les postures, que les regards, les yeux n’étant représentés que lorsqu’ils ont quelque chose à exprimer. Par exemple, l’insondable mélancolie adolescente d’Antoine.

C’est donc dès le moment où il fait connaissance avec Hélène, jolie jeune fille de deux ans son aînée, que l’adolescent va peu à peu s’éveiller à la sensualité et au langage du corps. Entre cette dernière et lui-même va s’instaurer une intimité particulière, du fait d’une certaine ressemblance physique et de la timidité d’Antoine, dont la sensibilité à fleur de peau et l’aspect frêle en font presque un être androgyne. Les rôles vont alors en quelque sorte s’inverser. Hélène, intriguée et touchée par cette singularité, rare chez les garçons du même âge qui souvent préfèrent jouer les coqs, va prendre les commandes et l’accompagner de façon troublante, telle une grande sœur un peu incestueuse, vers les choses de l’amour. A ce « petit frère » lunaire et rêveur, elle fera un double cadeau. L’un marquera Antoine pour la vie, celui qu’elle n’aura jamais fait à tous les petits frimeurs qui lui tournaient autour et dont l’arrogance leur coûtera la vie... L’autre sera de sauver celle du jeune garçon, justement en lui interdisant de les suivre en traversant la baie à la nage…

La façon dont Bastien Vivès amène son sujet est d’une intelligence rare et tout en retenue. Sans verbiage inutile, l’émotion, toujours suggérée, n’en est que plus forte. L’auteur, disposant de cette capacité à ne garder que l’essentiel, fait véritablement figure de dessinateur des sentiments et des émotions. Et nous offre ainsi une histoire que l’on quitte à regret, un peu comme l’amour de vacances à qui l’on dut dire adieu quand on était ado…

Nom série  Guantánamo Kid  posté le 06/09/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Un témoignage rare qui met en lumière l’absurdité d’un système carcéral inique où le recours à la torture était la règle, celui de Guantánamo, initié par le va-t-en guerre George W. Bush avec la complicité de certains gouvernements en échange de monnaie sonnante et trébuchante. Contrairement à la plupart des récits initiatiques qui peu ou prou finissent par s’approcher du Graal, celui-ci ressemble davantage à un cauchemar qui ne se termine même pas sur une note d’espoir… Mohammed El-Gorani, capturé de la façon la plus arbitraire à son adolescence par l’armée pakistanaise qui le revendit aux Américains, usé physiquement par huit années passées dans le camp loué à Cuba par les faucons US, pourchassé à sa libération par les gouvernements africains complices de la mascarade parce qu’ils redoutaient qu’il ne s’exprime dans la presse, a ainsi passé la plus grande partie de sa vie à combattre pour sa dignité et sa survie. Lui qui abordait la vie avec les plus grands espoirs pour sortir de la misère dans laquelle il était né, le constat s’avère extrêmement triste. Et pourtant, ce type n’a jamais courbé l’échine face à ses tortionnaires, ayant toujours clamé son innocence, et c’est sans doute aussi ce qui l’a aidé à tenir…

L’histoire, si elle peut parfois s’attarder sur des détails pas toujours pertinents, nous laisse néanmoins abasourdis, autant parce qu’elle révèle la cruauté sans limites de l’Homme qu’elle montre le courage incroyable de ce personnage, qui en devient un modèle de résistance pour chacun.

Par son minimalisme, le dessin noir et blanc, loin d’être désagréable, permet de rester centré sur le propos. Alors que Guantánamo n’a toujours pas fermé ses portes, plus de quinze ans après sa création et malgré la promesse de Barack Obama, ce récit reste plus que jamais d’actualité dans un monde toujours sous la menace terroriste, où la démocratie semble constamment reculer face à une certaine montée des intolérances. D’autant qu’on ne peut pas prétendre que les témoignages des anciens détenus de la prison cubaine sont légion. Sans doute pour les raisons mêmes qui sont exposées dans ce livre, d'où l’image des États-Unis n’en sort pas grandie.

Nom série  Jack London  posté le 29/08/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
« Le présent ouvrage n’est en rien une biographie, seulement le récit d’un voyage, d’un couple et d’un voilier, d’avril 1907 à mars 1909 ». Koza (qui serait en fait Maximilien Le Roy, avec déjà plusieurs BD à son actif en tant que dessinateur et/ou scénariste) préfère prendre les devants avec sa préface, et on ne saurait le lui reprocher. Car tout lecteur s’attendant à une biographie risque en effet de rester sur sa faim. Rejetant toute linéarité narrative, ce que nous livre l’auteur est plus une évocation poétique aux dialogues épars qu’un récit véritablement construit. Là où le bât blesse, c’est que, le mélange des genres étant toujours délicat, cela ne fonctionne pas très bien ici. Il est possible que certains apprécient cette odyssée erratique, mais si le dessin de Koza est plutôt plaisant avec ses tons chatoyants et ses superbes aquarelles impressionnistes en pleines pages (si l’on excepte les visages que l’on distingue difficilement les uns des autres), au final le lecteur ne retiendra pas grand-chose de cette histoire poussive qui sent l’improvisation et engendre parfois un sentiment de perplexité voire de confusion.

Malgré la performance graphique, ce « Jack London » reste donc décevant. Même si l’on sent une sincère admiration de l’auteur pour l’écrivain américain, on doit constater ici que sincérité n’est pas forcément gage de qualité. Et dans le cas présent, la déception est hélas à la hauteur des attentes.

Nom série  Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle  posté le 19/08/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Présentée dans un format à l’italienne, « Jean Doux et le mystère de la disquette molle » se distingue aussi par d’autres aspects, tant graphiques que scénaristiques. Tout d’abord, l’histoire, qui commence dans la PME la plus ennuyeuse qui soit, avec ses employés tout aussi ennuyeux, si bien que certains boulets se sentent investis d’une mission en faisant des blagues douteuses qu’ils croient drôles pour leurs collègues… mais de façon inattendue, tout va s’emballer et prendre la forme d’une aventure extraordinaire, une fois que notre héros, Jean Doux, aura découvert dans le faux plafond d’un débarras une mallette contenant une disquette souple (ou « molle » comme le veut le titre…), relique d’un passé révolu… Armé d’un humour bien déjanté, Philippe Valette en profite au passage pour se moquer allégrement de la vie en entreprise et de cet esprit « corporate » qui frise souvent le ridicule. Comme pour mieux enfoncer le clou, tout le monde dans la société a un prénom composé commençant par « Jean » (« Jeanne » pour les femmes), jusqu’à un chien prénommé Jean-Iench ! Sans parler des tenues vestimentaires colorées (cravates fluo sur chemises flashy) qui faisaient fureur il y a une vingtaine d’années…

Et c’est cela, l’autre bonne idée, que d’avoir situé l’histoire dans les années 90 en accentuant leur désuétude par un graphisme complètement inspiré des jeux vidéo de l’époque, mais en plus de nous proposer une mise en abyme temporelle via l’apparition de la fameuse disquette (256 kilobits de stockage !) datant de cette préhistoire de l’informatique qu’étaient encore les seventies. On est toujours le ringard de quelqu’un ! Si cet album ravira probablement les geeks de tout poil, et autres pré-nerds qui ont connu ces trente naissantes et non moins glorieuses du « personal computer », avec le premier OS Windows et son démineur intégré, il évite toute nostalgie bas de gamme par son humour grinçant, les dialogues resituant clairement sa conception dans nos années 2010.

C’est une BD originale et surprenante, et c’est d’abord ce qu’on demande à une œuvre, mais en plus elle bénéficie d’un scénario cohérent qui ne nous lâche pas, parsemé de punchlines décapantes qu’un certain Michel Audiard n’aurait pas renié. Si Philippe Valette met en avant les progrès technologiques et surtout informatiques jusqu’en 2000, forme d’hommage pourrait-on penser, cet auteur, nouveau-venu dans la bande dessinée, est également un observateur fin et caustique des évolutions du quotidien (notamment des vêtements, de la déco et du mobilier de bureau !). Le dessin n’est pas vraiment joli, mais paradoxalement, ce qui peut être vu plutôt comme un parti pris sert extrêmement bien le propos. En conclusion, notre « Mario Bros de bureau » mérite amplement son Fauve polar décerné cette année à Angoulême.

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