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Nom série  Kanopé  posté le 24/05/2014 (dernière MAJ le 10/08/2019) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Tome 1

Avec ses jolies nuances de vert profond, la couverture constitue à elle seule une invitation à pénétrer l’univers de cet album de SF écolo-forestière post-tchernobylienne. Le trait de Louise Joor, à mi-chemin entre le manga et l’école bruxelloise, révèle un talent certain, même si pour ma part je ne suis pas vraiment client. Mais on doit lui reconnaître ce mérite, celui d’être également la scénariste et la coloriste de cet album qui ne manque pas de charme. Ecolo dans l’âme, la jeune auteure belge signe donc ici sa toute première BD, aboutissement logique de ses collaborations en tant qu’illustratrice notamment pour Oxfam. A travers ces 128 pages, elle démontre qu’elle a parfaitement intégré les problématiques environnementales de son époque : la « grande catastrophe » est à nos portes, voire déjà dans la place, mais tout n’est pas perdu… Le constat est lucide sans être moralisateur. Louise Joor a opté pour un optimisme un peu naïf mais rafraîchissant qui n’élude pas pour autant la gravité d’un désastre écologique. Quand ils n’ont pas deux têtes, les animaux ont des pustules quelque peu inquiétantes mais restent familiers. D’ailleurs, l’élément le plus mature et le plus émouvant de l’histoire est incarné par ce bison solitaire aux prises avec un puma, un bison pas vraiment à sa place dans la jungle amazonienne et en qui l’héroïne a cru déceler dans l’œil un gouffre de solitude.

Destiné avant tout à un public adolescent, et plus largement « adulescent », cette BD intègre aussi les éléments de la romance, l’histoire d’un amour impossible entre deux êtres que tout sépare en apparence : Kanopé, une jeune « sauvage » orpheline dont les ancêtres étaient des éco-martyrs et le jeune hacker Jean poursuivi par les autorités du monde extérieur. A travers la rencontre de ces deux êtres « anti-système », Louise Joor a l’air de rien synthétisé ce qui pourrait caractériser le militantisme des années à venir, l’alliance des adeptes les plus radicaux de la décroissance et des « terroristes » des réseaux informatiques.

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tome 2 : Héritage

Cinq ans après, Louise Joor revient donc avec la suite de « Kanopé », ce que le premier volume ne laissait pas entrevoir de façon évidente. Cette BD jeunesse de science-fiction, se déroulant en 2137, nous plonge de nouveau au cœur de la forêt amazonienne, « qui doit paradoxalement sa préservation à une catastrophe nucléaire survenue 119 ans plus tôt ».

Il n’y a bien sûr par l’effet de surprise ressenti lors du tome précédent, mais la jeune autrice belge tient la barre solidement, et le public ado sera servi en matière d’aventure à rebondissements. C’est toujours plutôt bien mené, malgré les quelques petits raccourcis scénaristiques un peu faciles, mais cela n’empêche pas de passer un bon moment. La problématique environnementale est toujours présente, mais Louise Joor n’a pas oublié d’y mettre de la tendresse et de l’amour, avec l’apparition de Cai, fils de Kanopé. Les trois personnages principaux, père, mère et fils, sont bien campés, ce qui donne une certaine saveur au récit.

On rencontre également plein d’animaux sauvages, des crocos très méchants, mais aussi de jolis perroquets, et surtout des loutres adorables… Le cadrage très efficace imprime un dynamisme bienvenu à cette histoire pleine de fougue.

Une série plaisante dans laquelle il fera bon s’immerger durant ces chaleurs estivales !

Nom série  Le Nouveau Président  posté le 08/08/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 1/5 (Vraiment pas aimé !)
S’il existe un certain nombre de bandes dessinées politiques, peu sortent vraiment du lot, a fortiori celles consacrées aux hommes qui ont dirigé la France. L’une des meilleures à ce jour – et aussi la plus cinglante – reste La Face karchée de Sarkozy. Après deux ans à la tête de l’Etat, Macron, notre petit Jupiter, y avait échappé, par le même « miracle » qui semble l’avoir porté si jeune, si rapidement, à de telles responsabilités, sans forcer, sans aucune expérience en tant qu’élu du peuple, avec juste un C.V. dans le monde des affaires, notamment en tant que conseiller à la Banque Rothschild.

Si aujourd’hui, on prend enfin la mesure de son inexpérience à travers la crise des Gilets jaunes - toujours pas résolue malgré l’accalmie liée à la période estivale -, de sa capacité à diviser le pays comme jamais aucun président avant lui (y compris Sarkozy, c’est dire !), et de son vain entêtement à paraître démocrate, tout en phagocytant sans état d’âme l’exécutif à la manière d’un Poutine et en menant une politique répressive encore jamais vue sous la Cinquième République – même De Gaulle n’avait pas été aussi loin -, on pouvait espérer qu’un tel ouvrage vienne combler ce vide et nous venger – du moins ses opposants – de son arrogance invraisemblable doublée d’un narcissisme exacerbé. « Le Nouveau Président » aurait pu être un des brûlots marquants de son quinquennat, à l’instar de l’œuvre précitée. Hélas, il n’en est rien, et même si on croit lire une parodie, comme le Canada Dry on n’en voit que la couleur…

Pourtant, il est clair que le personnage représenté ici est bien Macron, même si son nom n’est jamais cité. De la même façon, on reconnaît Marine Le Pen, sa principale opposante lors de la dernière élection. Malgré le fait assez troublant, voire inquiétant, que ces personnages n’ont pas d’yeux, comme tous ceux représentés dans le livre. Des personnages aveugles, pourquoi pas, l’idée aurait pu être pertinente si le fond avait suivi. Car après quelques gags et calembours plus que douteux, placés dans un contexte très décalé, inspiré pourrait-on croire de Goossens, Edika ou encore Pierre La Police, le soufflé s’affaisse rapidement en dégageant une odeur un peu fade. Ici, le fluide du rire n’est que tiède. N’est pas maître de l’humour absurde qui veut…

A moins que ce ne soit de l’humour « génération Macron », où la parodie serait devenue aussi inoffensive que les débats prétendument démocratiques organisés en début d’année en réaction au mouvement des Gilets jaunes, par celui qui s’est improvisé en père de la Nation, comme un certain Pétain avant lui, donc en vérité ennemi de cette même nation. Car sous le vernis d’une pseudo-modernité, ce président est un faux jeune, tout vieux à l’intérieur, juste un avatar sinistre de Maggie Thatcher, dissimulant sa vacuité derrière un luxe d’apparences : en vrac, un beau costume bien coupé, une cérémonie d’intronisation grandiloquente, quelques couv’ de Paris Match, et à l’intention des télés une performance digne de l’Actors Studio. Et quand les apparences sont à ce point mises en avant, la tromperie n’est jamais loin, et sous la coquille, on ne trouve souvent que le néant. C’est ce que l’on pouvait redouter en ouvrant ce livre doté d’une couverture plutôt engageante, et c’est malheureusement ce qu’il en ressort.

Pourtant, on comprend bien que Yann Rambaud tente par cette BD de parodier cette société du spectacle qu’est devenue la vie politique, ne faisant que se renforcer avec l’arrivée des réseaux sociaux.

Si le trait, plutôt commun, convenait à ce genre d’exercice, ce n’est de fait pas le critère qui viendra sauver l’ensemble, qui fait l’effet d’un pétard mouillé. Après deux ans de macronisme sans partage, aux velléités totalitaires, a-t-on vraiment besoin de ce type d’ouvrage, à l’humour mi-pipi-caca, mi-32ème degré ? Il serait inutile de s’étendre davantage sur ce portrait bien anodin qui, en se voulant décalé, a si bien fait qu’il est tombé dans le ravin. Dommage. Dommage que la déception soit à ce point à la hauteur des attentes. Avec ça, notre Néron du XXIe siècle pourra au moins passer encore quelques nuits sur ses deux oreilles.

Nom série  Saccage  posté le 03/08/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ce nouvel ouvrage de Frederik Peeters arrive tel un OVNI dans une bibliographie déjà bien consistante. On hésite à le classer entre la bande dessinée et le livre d’images, on le dira donc inclassable, tout simplement. Dans une succession de dessins pleine page dépourvus de textes, on retrouve le même personnage, seul élément qui permette de tisser une sorte de lien narratif, si ténu soit-il. Il n’y a pourtant pas d’obligation à y voir une histoire, toutes les pages pouvant se regarder comme des tableaux indépendants. Délivré dans un format à l’italienne, il n’a en rien à voir avec la Dolce Vita, bien au contraire.

Recourant à la ligne claire qui lui est chère et apparenterait ainsi son ouvrage à la bande dessinée, Frederik Peeters nous assène ici un véritable électrochoc graphique et émotionnel, récipient de toutes ses obsessions disséminées à travers son œuvre. Tel un cauchemar psychédélique qui nous saute au cortex, l’auteur suisse expose dans un esprit Pop-Art ses propres peurs et ses révoltes inhérentes aux tares de notre monde : explosions et incendies, catastrophes diverses, accidents nucléaires et baleines échouées, décors apocalyptiques, chaos et désolation, mutations, difformités, créatures grotesques et effrayantes, parfois inspirées de nos cartoons d’enfance, formes de vie hybrides et invasives… on n’est pas là pour rigoler !

L’imagerie déployée révèle une multitude d’influences artistiques, d’anonymes ou de célébrités, que l’auteur énumère d’ailleurs en fin d’ouvrage. On pense notamment à Jérôme Bosch, Michel-Ange, Otto Dix, H.G. Wells, David Hockney, Charles Burns, ou encore Salvatore Dali, qui curieusement n’est pas cité.

Le monde dépeint est terrifiant, à la fois surréaliste et familier Ce monde est bien le nôtre. Ce monde, qui ressemble à l’enfer, est bien la Terre. Car l’enfer est désormais sur Terre. Et nous en sommes les seuls créateurs, un peu piteux, un peu merdeux, avec juste nos yeux pour pleurer un paradis perdu. Mais pour sortir de sa cage, l’Homme devra peut-être passer par le saccage…

« Saccage », œuvre graphiquement riche et puissante, ne plaira sans doute pas à tout le monde mais ne saurait laisser indifférent. Par son hyper-contemporanéité et son surréalisme agressif, dans des couleurs contrastées, maladives et fluorescentes, elle se révèle comme un ultime cri de rage alors que tout se délite autour de nous, de plus en plus vite, de plus en plus violemment. Son pouvoir hypnotique est tel que la répulsion possiblement induite par les premières images sera vite oubliée. Ce livre est un vaccin mental contre le déni et l’indifférence obscènes de nos « télé-achats-réalité »… Inclassable et incontournable. Une fois encore, Frederik Peeters nous prouve qu’il est un auteur hors du commun, un explorateur du neuvième art, bref, un véritable artiste.

Nom série  Rêverie  posté le 31/07/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Le titre, emprunté à une œuvre de Claude Debussy, est on ne peut mieux choisi pour ce manhua, jolie balade poétique dans un Paris fantasmé depuis l’Empire du milieu. Pour sa deuxième bande dessinée publiée chez Casterman, le chinois Golo Zhao nous présente la ville lumière sous une perspective atypique, s’autorisant tous les délires pour une évocation entre rêve et réalité, peu évidente à résumer il faut bien le dire. Ainsi, on passe d’une séquence quasi-hallucinatoire dans laquelle une jeune femme est touchée par une étrange maladie contagieuse qui provoque des trous dans la peau, à la rencontre inopinée d’un étudiant avec le Debussy précité et Edward Hopper (francophile certes, mais plus connu pour ses toiles décrivant l’Amérique), en passant par une échappée dans la science-fiction, un voyage immobile à travers les âges avec un clin d’œil à « 2001 l’Odyssée de l’espace ».

« Rêverie » est une œuvre à la fois légère et dense, entre douceur et violence, où l’on perçoit la nostalgie d’un Paname façon Amélie Poulain, ainsi qu’une angoisse sourde liée à l’avenir du monde et à notre finitude en général. Avec toujours en toile de fond l’environnement parisien, son métro et ses célèbres stations au design Guimard, que l’auteur se plaît à représenter de son trait semi-réaliste capable de basculer dans une transe des plus abstraites. Une belle découverte et une lecture idéale au creux de l’été, à déguster bien sûr sur une musique de Debussy…

Nom série  Buck le chien perdu  posté le 18/07/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Buck, le chien qui reste cloîtré dans sa niche, a peur de tout. Depuis l'enfance, il craint les nuages noirs, les rafales de vent, et plus que tout, sa propre ombre ! Pour Buck, qu’il y ait du soleil ou de l’orage, du vent ou de la pluie, il fera toujours un temps à ne pas mettre un chien dehors !

Après son aventure extraordinaire dans la mythologie scandinave, Buck le chien-niche est de retour ! On ne sait pas si Adrien Demont est fasciné par les chiens ou les niches, ou les deux à la fois. La réponse se trouve peut-être dans cet aphorisme en fin d’album : « Ne dit-on pas que le chien est le seul animal qui loge dans son anagramme ? »… Ainsi l’auteur reprend son singulier personnage pour ce qui s’annonce être une série, mais sous une perspective très différente. Tout d’abord, ce n’est pas vraiment une suite, et on peut supposer que, chronologiquement parlant, cela se passe avant Buck, La nuit des Trolls. Dans un format à l’italienne, l’histoire, sans paroles, est centrée uniquement autour de Buck, présent dans chaque case.

Contrairement à l’album précité, déjà pour le moins atypique mais comportant un scénario bien construit, l’auteur semble ici avoir laissé libre court à son imagination débridée, en accompagnant sa drôle de créature hybride à travers un monde plein de périls plus ou moins avérés. Car le jeune Buck, on le sait, est peureux. Ce chien inquiet n’a jamais voulu parcourir le monde ni quitter de sa niche… Ainsi, le jour où celle-ci est emportée par une tempête, il va se retrouver livré à lui-même...

Réalisé dans un joli monochrome sépia, le dessin, toujours aussi magnifique, s’impose donc comme la clé de voûte de ce petit album. Extrêmement minutieux, le trait est un plaisir des yeux et dépeint un univers champêtre avenant, à mille lieues des inquiétantes forêts scandinaves de l’opus précédent, où les trolls terrifiants semblaient constamment en embuscade. Le tout donne lieu à nombre de gags très fantaisistes auxquels on ne rit pas forcément de façon spontanée, mais qui seraient plutôt des gags à retardement, d’autant plus drôles... En effet, il faudra sans doute au préalable bien observer les cases pour saisir toute la finesse d’un humour lunaire et d’une grande poésie, si bien qu’on se demande si l’objet ne s’adresse pas autant aux adultes qu’aux enfants.

Cela vaut vraiment la peine de faire plus ample connaissance avec ce drôle de « Chien perdu », dont la niche intrigue et ne se révèle pas au premier venu. De l’extérieur, elle semble étroite mais quand on prend la peine d’’en franchir l’entrée, elle devient étonnement beaucoup plus grande… Laissez-vous séduire par l’univers charmant et intemporel d’Adrien Demont, qui, plutôt que le clinquant si caractéristique de certaines productions animalières actuelles, préfère jouer les ambiances désuètes et « cosy » des vieux contes nordiques, et ce pour notre plus grand plaisir.

Nom série  Ailefroide  posté le 18/07/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Tout d’abord, il y eut Soutine et son « Bœuf écorché », que le petit Jean-Marc passait de longs moments à contempler lors de ses visites au Musée de Grenoble. Puis, le coup de foudre pour l’escalade au cours d’une promenade avec sa mère. Ces deux événements en rapport avec deux disciplines en apparence très éloignées scelleront le destin de Jean-Marc Rochette, dont le parcours semble avoir toujours oscillé entre son amour pour la montagne et celui pour le dessin.

Rebelle né, l’auteur grenoblois a toujours mené sa vie comme il l’entendait, malgré les remontrances de sa mère avec qui il entretenait des rapports parfois houleux, et celles de ses professeurs qui moquaient les « gribouillis » de cet élève peu docile avec l’autorité. Les multiples tentatives de découragement du système socio-éducatif n’auront fait que renforcer sa détermination à suivre ses envies, en s’échappant mentalement via le dessin, physiquement par l’escalade. On ne domestique pas les loups.

« Ailefroide » est la parfaite synthèse de ses deux passions, permettant d’une certaine manière à Rochette de boucler la boucle. Le senior à la barbe et aux cheveux blancs peut aujourd’hui parler de l’ado fougueux qu’il était alors, avec tendresse et sans reniement malgré les années écoulées. Dans une narration très fluide, il évoque avec une sincérité qui fait toute la force de cette autobiographie, son gravissement sysiphéen vers un sommet qu’il n’atteindra jamais, celui qui a donné son nom au titre. Comme une métaphore de sa propre vie, avec cette impression que rien ne pourra vous arrêter dans cette compétition vers les hauteurs (à moins que cela ne soit qu’une fuite…), jusqu’au jour où survient l’accident, celui qui en principe « n’arrive qu’aux autres » et remet les choses en perspective de façon radicale. Un événement grave mais qui sauvera peut-être la vie de notre casse-cou en précipitant son choix définitif vers la bande dessinée, et débouchera sur la création de son personnage fétiche, le cynique et teigneux Edmond le Cochon… On l’aura compris, Rochette n’est pas du genre à s’avouer vaincu !

Graphiquement, le trait ne fait que confirmer le talent de cet auteur pour qui la montagne apparaît désormais comme un genre à part entière et a révélé une nouvelle facette de son art, après notamment l’humour punko-trash des années Actuel/L’Echo des savanes et son cultissime "Transperceneige", œuvre de SF adaptée dans une superproduction hollywoodienne au cinéma. Disposant d’une palette stylistique très étendue, Rochette recourt ici à son trait le plus âpre, où les stries rocailleuses des montagnes se retrouvent jusque dans les visages burinés par le soleil, toujours très expressifs, où l’on ressent quasi-physiquement la minéralité de la pierre et le coupant de la glace, à peine adoucis par le bleu pur des cieux.

Si Jean-Marc Rochette n’a pas vaincu le sommet tant rêvé, il est en passe, avec cette aventure humaine puissante, de se hisser au panthéon du neuvième art. « Ailefroide » fait partie de ces œuvres à forte persistance cérébrale, incontestablement un must de l’année 2018, un pavé qu’on se prend en pleine tronche. Et fort heureusement, à l’inverse de ce qui se passe dans la BD, ce n’est ici qu’une image (seuls ceux qui l’ont lu pourront comprendre).

Nom série  Zibeline  posté le 12/07/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Le premier tome de cette sympathique BD jeunesse aux faux airs de conte africain comporte beaucoup d’atouts, ne serait-ce que par son démarrage sur des chapeaux de roues, qui du coup réussit à happer d’emblée le lecteur dans cette folle aventure. Et pourtant, ce n’était pas gagné d’avance. Bien que talentueux dans sa vivacité, le trait franco-belge n’est pas ce qu’on a vu de plus inventif mais cela fonctionne parfaitement ici. Mohamed Aouamri a du talent, ce n’est pas pour rien qu’il a été repéré par Loisel et Le Tendre pour la réalisation du 6e tome de La Quête de l'Oiseau du Temps.

Quant aux personnages de cette série « mi-animalière », ils sont très vite attachants. La gouaille et la personnalité de Tannicia-Zibeline font le reste. Le scénario, co-écrit par Régis Hautière – qu’on ne présente plus – et Régis Goddyn, écrivain de fantasy dont c’est ici la première incursion dans la BD, est bien ficelé, sans temps morts. Et l’air de rien, on est en présence d’une parodie plutôt subtile du pouvoir, où des gorilles imposants mais un peu bêtas sont faits rois par des intrigants de la pire espèce, qui les remplacent à volonté dès lors que leurs marionnettes de monarques ne semblent plus faire l’affaire. C’est futé, moderne et cela pourra plaire autant aux enfants qu’aux adultes.

L’album se conclut sur le journal des aventures de Zibeline, rédigé de façon manuscrite et agrémenté de croquis – on se dit alors que cette petite fille dessine merveilleusement bien, mais que son style est tout de même un peu trop proche du dessinateur de l’histoire…

Cela ne sera pas une raison suffisante pour bouder cette histoire, qui sans aucun doute, procurera du plaisir à ses jeunes – et moins jeunes – lecteurs. Le prolifique Régis Hautière est une valeur sûre (Aquablue, La Guerre des Lulus, Abélard…), et Mohamed Aouamri un dessinateur accompli. Après avoir dévoré cette aventure pleine d’humour sur les plages –on pourra s’impatienter de rejoindre « l’autre rive » avec le deuxième tome.

Nom série  Nymphéas noirs  posté le 29/06/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Une adaptation en BD pouvait-elle apporter quelque chose à l’habile best-seller de Michel Bussi autour de l’impressionnisme, si ce n’est quelques bénéfices pécuniaires ? Tout d’abord, il faut le reconnaître, le polar de Bussi était habilement ficelé, même si certains en ont vu les coutures parfois un peu faciles, dont je ne dirai rien pour ne pas spoiler ceux qui ne l’ont pas encore lu. Et puis ce titre, « Nymphéas noirs ». Extrêmement bien trouvé, il a largement contribué à l’aura du livre.

Scénariste prolifique dans le domaine du neuvième art, Fred Duval a su respecter le récit original, avec une bonne qualité de synthèse et de fluidité. Une adaptation, faut-il le rappeler, ne consiste pas seulement à rajouter des dessins… Quant à Didier Cassegrain, il fait le job, avec quelques belles planches à l’aquarelle qui évoquent l’univers pictural de Claude Monet. Plus habitué à la Fantasy et la SF, il a changé de registre pour nous ramener dans une réalité plus prosaïque, celle d’un village normand, Giverny, petit par la taille mais immense par la notoriété…. Son dessin réaliste est sans bavures, même si les personnages principaux, dans leur représentation, ont un peu l’air de sortir du casting d’un feuilleton télévisé à l’eau de rose.

« Nymphéas noirs », la BD, s’avère donc une adaptation honorable du roman de l’écrivain normand. Si toutefois on a lu et apprécié ce dernier, on ne bénéficiera pas ici de l’effet de surprise. Pour ceux qui comme moi sont dans ce cas, le résultat est un peu en deçà des attentes. In fine, Duval et Cassegrain ont respecté les codes de la BD classique sans apporter réellement la touche de fantaisie qui aurait fait la différence. Une fantaisie qui était plus à rechercher du côté du graphisme dans le cas présent. En résumé, à la lecture de cette version, on ressort avec de bonnes impressions sans être véritablement impressionné…

Nom série  Poussière  posté le 23/06/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Après De rien, son premier album atypique, composé d'histoires courtes déjantées dans l’esprit de Fluide Glacial, Geoffroy Monde aborde un registre radicalement différent, la science-fiction. Et c’est avec une série, intitulée « Poussière », dont le deuxième tome vient de paraître, que l’auteur s’essaye à déployer tout son imaginaire hors-normes. Si ce dernier cherche à élargir sa palette, c’est tout à son honneur, même si cela peut dérouter ceux qui s’attendaient à quelque chose de plus proche dudit ouvrage, qui traduisait un goût prononcé pour l’humour absurde et le non-sens. Non, ici on est dans le sérieux, avec pour thème dominant l’écologie, un sujet devenu très prégnant en ce début de siècle. Et c’est via une aventure impressionnante dans un monde fictif que Monde a choisi de l’aborder. Pour autant, on peut ne pas être convaincu…

Les premières pages du tome 1 introductif intriguent au plus haut point, il est vrai. Ne serait-ce que par les effets graphiques étonnants utilisés (et là on retrouve tout à fait la patte de l’auteur, qui se définit également comme « peintre numérique »), notamment pour la représentation des Cyclopes, dont la dangerosité croît à chacune de leurs attaques. Ces entités géantes évanescentes apparaissent comme des créatures aux contours imprécis, tels des assemblages de figures géométriques contrastant avec la ligne claire dominante aux accents manga. Là où le bât blesse, c’est que ces contours imprécis semblent avoir impacté le scénario, qui peine à nous embarquer vraiment malgré une originalité évidente. S’il est tout à fait louable de vouloir s’affranchir de l’académisme généralisé qui obère la grande majorité des séries de bande dessinée, encore faut-il savoir vers quoi on va… Ce tome, qui fait la part belle au spectaculaire, se contente de montrer tout en faisant du surplace, avec trop de circonvolutions scénaristiques et une – trop – longue scène d’action explosive, trop de dialogues oiseux (avec un humour qui est loin de fonctionner aussi bien qu’avec De rien), trop de personnages dont aucun n’est marquant ni attachant, trop de métaphores et d’étrangeté peut-être... Comme si Geoffroy Monde, à force de trop vouloir ménager ses effets (hormis ceux graphiques), avait cédé à la dispersion et échoué à rentrer dans le vif du sujet, prenant le risque de perdre une partie de ses lecteurs en route.

Fort heureusement, le deuxième volet parvient à resserrer un minimum les boulons, en commençant par un résumé du précédent, assorti d’une présentation des protagonistes principaux (dont on se demande si la plupart avaient déjà joué un rôle quelconque…). Monde nous dévoile ensuite les tenants et les aboutissants, et c’est seulement là que ça commence à devenir un tant soit peu intéressant. On comprend alors que le monde terrestre est entré en connexion avec cette planète étrangement familière dénommée Alta – en fait le double dimensionnel de la Terre -, à la suite d’expériences scientifiques dans le domaine de la physique quantique. Même si l’arrière-goût mitigé du premier tome demeure, il faut reconnaître que l’intérêt est réactivé. Certes, la fluidité de lecture n’est pas ce qui prime, loin s'en faut, mais l’enjeu de l'intrigue (la survie du monde terrestre) est suffisamment angoissant pour que le livre ne nous tombe pas des mains.

Geoffroy Monde s’est livré ici à un véritable défi : concevoir seul une série de SF assez complexe dans ses ressorts et ses implications. C’est une première et on pourra donc faire preuve d’indulgence, étant donné le potentiel créatif de cet auteur. A charge pour lui de tenir solidement la barre pour que son projet trouve sa place parmi la pléthore de publications qui sortent à une cadence échevelée. A cet égard, la sortie du troisième volet sera décisive.

Nom série  Le Sortilège de la femme-automate  posté le 15/06/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Il est de ces auteurs qu’on regrette de ne pas avoir découvert plus tôt. C’est mon cas en ce qui concerne Alexandre Kha, car son dernier album, adéquatement titré, m’est tombé dessus comme un sortilège, doublé d’un coup de cœur. L’auteur breton, qui n’est pas vraiment un nouveau venu dans la bande dessinée, a publié la majeure partie de sa production chez l’éditeur villeurbannais Tanibis.

Côté dessin, la jolie ligne claire minimaliste en noir et blanc contribue pour beaucoup à l’étrangeté de cet univers à la fois familier et insolite, avec des personnages un peu désincarnés qui la plupart du temps ont l’air d’errer sans but précis. La simplicité du trait, évoquant un mix de Joost Swarte et Jason, dégage un charme intemporel.

Il ne faudra pas chercher de réalisme dans le scénario, totalement fictionnel, mais soulevant des questions philosophiques autour de l’intelligence artificielle. Au lieu de livrer des réponses toutes faites, Alexandre Kha a préféré traiter la question de façon poétique. Sans négliger la réflexion, il laisse le champ large à l’imagination. Avec son androïde à la démarche lunaire prénommée Olympia, version féminisée du fameux automate joueur d’échecs du baron von Kempelen qui fascina l’Europe aux XVIIIe et XIXe siècles, et son double « humain » Lola, nous sommes transportés dans une zone intermédiaire. Dans cette banlieue industrielle oubliée et cernée de terrains vagues, les « outcasts », tels ces clones d’Iggy Pop et David Bowie, tentent de survivre, tandis que les freaks viennent s’exposer pour gagner leur croûte. Si cet univers délaissé apparaît anxiogène dans sa froideur urbaine et métallique, la plage environnante en fait la terre de tous les possibles, avec toutefois des restrictions physiques. Tel un point d’embarquement statique, on n’y voit presque aucun bateau, et il faut éviter les marais boueux qui menacent d’engloutir ceux qui le traversent… L’échappée pourra être belle, mais ne se fera que par le rêve…

Olympia quant à elle, fascine tous ceux qui la croisent ou osent l’affronter aux échecs, toujours en vain. Aussi jolie qu’insaisissable, elle semble ne pas vouloir se résoudre à être la propriété de qui que ce soit et passe son temps libre à fuguer. Mais ce qui trouble le plus chez elle, ce sont peut-être ses grands yeux vides dont on croit parfois percevoir une force troublante… Après avoir rencontré Lola, au final moins humaine qu’il n’y paraît avec ses jambes en kit, le jeune Antoine va tenter de percer le secret de sa « jumelle » pour remporter la cagnotte promise à ceux qui gagneront contre elle. Victorieux, il n’échappera pas au sortilège d’Olympia, cette machine prétendument dépourvue de cœur et d’âme… Le dénouement amène dans nos boîtes crâniennes quelques questionnements à propos du transhumanisme : là où technologie et prothèses s’insinuent de plus en plus dans nos corps, tandis que certains s’efforcent de rendre les robots plus humains, par l’aspect et le comportement… Le moment où nous deviendrons des machines pensantes, et où nos créations pourront se passer de nous et nous remplaceront en tant qu’espèce dominante, est peut-être plus proche qu’on ne l’imagine…

Cette très belle histoire, qui finit sur une décharge, n’est pas à jeter aux ordures, bien au contraire. A vrai dire, on n’a jamais vu la décharge aussi belle. Sous l’œil d’Alexandre Kha, elle est devenue « le Pays de Cocagne », le pays où naissent les rêves des androïdes de Philip K. Dick ! Encore un album qui se détache et vient s’ajouter aux meilleurs crus de 2019.

Nom série  Peau de Mille Bêtes  posté le 06/06/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Après avoir revisité le mythologie celte de façon très originale avec Morgane, Stéphane Fert nous enchante de nouveau avec cette adaptation d’un conte des Frères Grimm, « Toutes-Fourrures ». Une fois de plus, le dessinateur-scénariste semble avoir bénéficié d’une totale liberté de l’éditeur (et on ne s’en plaindra pas), de par sa technique bien particulière mêlant désinvolture et flamboyance. Un style graphique unique irradié par l’aura d’un Matisse ou d’un Gauguin. Un talent de coloriste procurant instantanément l’émerveillement, un univers foisonnant totalement immersif, qui charme et fait frémir en même temps. Pas de doute, on est bien dans le conte de fées, mais le vrai, le gothique, à mille lieues des mièvreries disneyiennes.

Si l’aspect graphique de l’objet est prépondérant, Stéphane Fert n’en a pas pour autant oublié la narration, bien construite et captivante. Refusant la facilité d’un copier-coller de l’œuvre originale, il s’est complètement approprié l’histoire, non sans humour, et l’a modernisé en y intégrant un point de vue féministe, comme pour « Morgane ».

Il est vrai qu’à travers les siècles, contes et mythologie étaient empreints d’un patriarcat odieux où la femme avait rarement le beau rôle, et Fert semble vouloir s’employer à faire un peu de dépoussiérage. Ronces, le personnage central du récit, va se construire seule, sans ce père qui l’abandonne alors qu’elle n’est qu’une enfant, pour la demander en mariage une fois devenue jeune fille ! Mais Ronces a entretemps appris la liberté. Elle refuse l’inceste, s’exposant ainsi à une malédiction de son géniteur qui fera d’elle un monstre aux yeux des hommes. Mais sous le pinceau de Stéphane Fert, la jeune femme apparaît comme une reine d’une beauté terrifiante, à l’allure dominatrice, qui envoûte tous les hommes s’approchant d’elle. Ronces les broie ou les avale comme de misérables vermisseaux, une façon peut-être de venger sa mère qui avait dû fuir son village sous les assauts répétés de la gent mâle.


Présenté dans une très belle édition à la couverture veloutée, mettant en éveil nos sens tactiles - un parti pris assez logique puisqu’il est largement question ici d’enveloppe charnelle -, « Peau de Mille Bêtes » brille d’un éclat à la fois sombre et lumineux, remettant avec brio un conte d’antan au goût du jour. De la fort belle ouvrage, et à n’en pas douter, l’un des plus beaux albums de l’année.

Nom série  Les Tableaux de l'ombre  posté le 31/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Après Florida, récit épique et ultra-documenté sur un épisode sanglant et tragique de la colonisation française dans le Nouveau monde, Jean Dytar s’est offert une respiration avec cet album jeunesse, qui pourra tout aussi bien plaire au plus grand nombre. En tant qu’enseignant en arts plastiques, il paraissait naturel que l’auteur lyonnais publie un tel ouvrage. Et c’est une vraie réussite !

Partie prenante du projet avec les Editions Delcourt, le Musée du Louvre ne s’y est pas trompé. Avec ces « Tableaux de l’ombre », Jean Dytar réussit à nous émerveiller en piochant dans ses souvenirs d’enfance. Marqué par une œuvre d’Anthonie Palamedes, « L’Allégorie des cinq sens », à un moment où il s’était perdu lors d’une visite du célèbre musée avec sa classe, il lui redonne une visibilité qui, selon lui, n’est pas moins justifiée que d’autres peintures. Lorsque l’auteur avait découvert les personnages des cinq petits tableaux composant l’œuvre, il se souvient qu’il s’était senti d’un seul coup moins seul, comme si une connivence s’était établie. Pour le petit Jean, ces minuscules êtres, « tout petits, tout moches », étaient littéralement vivants ! C’est donc, on l’aura compris, le point de départ de cette bande dessinée extrêmement attachante.

Très rapidement, la magie opère. Au départ figés sur leur canevas, harassés par des journées interminables suppurant l’ennui, les cinq compagnons (Le Goût, le Toucher, l’Ouïe, l’Odorat et la Vue) vont commencer, sous nos yeux ébahis, à s’animer et attendre la nuit pour sortir de leur cadre. Lassés de l’indifférence des visiteurs et du mépris de leurs congénères plus en vue, ces « exclus » vont être conduits à s’associer à d’autres, qui comme eux, n’en peuvent plus de leurs conditions de parias. La révolte gronde dans les couloirs du Louvre !

Difficile de tarir d’éloges devant cette production, tant elle se distingue par son originalité, sur la forme mais aussi sur le fond. Le trait rond et engageant de Jean Dytar, cet aspect graphique agréablement patiné, y sont pour beaucoup. La bonne idée, c’est d’avoir respecté l’échelle des personnages des tableaux, ce qui résonne avec l’univers mythologique où il est de coutume que les géants côtoient les nains… Quel bonheur également de découvrir la Joconde en femme-tronc se déplaçant en chaise roulante, telle une vieille actrice fatiguée dissimulant sa lassitude derrière ses lunettes noires ! Jean Dytar se permet même un joli clin d’œil à son confrère Marc-Antoine Mathieu dans une mise en abyme extrêmement bien trouvée dont on ne révélera rien ici…

Pour ce qui est du fond, le mérite de l’auteur de La Vision de Bacchus est de poser de façon très pertinente la question relative au succès d’une œuvre d’art, à travers notamment notre fameuse Joconde pluricentenaire. Depuis l’ « invention » des selfies, nul doute que celle-ci a vu sa cote de popularité grimper. Mais à l’heure des réseaux sociaux et de ses buzz incessants, on peut légitimement se demander si les gens viennent l’admirer juste parce qu’elle est célèbre ou en raison de ses qualités artistiques… La réponse se trouve hélas en grande partie dans la question… De façon à la fois ingénieuse et espiègle, Jean Dytar va remettre tout cela en perspective, masquant derrière l’humour ce constat quelque peu navrant…

Néanmoins, si l’on veut voir le bon côté des choses, c’est que ce petit album très ludique, qui regorge de trouvailles et de références, pourrait bien amener le jeune public à s’intéresser à l’art en franchissant les portes du Louvre. De plus, Monsieur Dytar ne prend pas ses lecteurs pour des crétins. Il a su au contraire allier pédagogie et légèreté, se gardant bien de donner des leçons de bon goût. On pourrait même se dire qu’ils en ont de la chance, ses élèves ! Une fois de plus, cet auteur a su convaincre de son talent avec ces « Tableaux de l’ombre », son quatrième opus, dans une biblio qui ne compte aucun faux pas. Un coup de cœur à découvrir de toute urgence !

Nom série  Le Loup  posté le 29/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Après le très remarqué « Ailefroide », qu’il avait publié l’an dernier en collaboration avec Olivier Boquet, Jean-Marc Rochette rend une fois encore hommage à la montagne, s’inscrivant dans la tradition des récits à la Frison-Roche où l’homme se retrouve seul, confronté à l’immensité, à la nature, aux bêtes sauvages, et in fine, à lui-même. Pas sûr que le genre soit vraiment renouvelé ici, mais l’histoire, très bien menée, se lit sans déplaisir. Les personnages, ou plutôt le personnage, celui de Gaspard (on ne voit que lui pendant la majeure partie du récit) sauf si l’on est antispéciste primaire et que l’on considère le loup comme tel (je blague, je blague…), paraissent assez crédibles, même si la psychologie du vieux berger reste un peu taillée à la serpe…

Reste que sur le fond, cette confrontation entre l’homme et le loup reste captivante, brouillant les frontières séparant l’humanité de la sauvagerie, nous faisant pénétrer une zone inconnue de nous, citadins, où l’homme redevient animal et où l’animal se fait homme. Ici, le loup n’est pas tout à fait le monstre sanguinaire des contes de notre enfance. Tout comme l’homme, il sait se montrer rancunier mais aussi faire preuve d’empathie quand il sent la détresse humaine. Car après tout, le loup n’est qu’un chien resté à l’état sauvage… Rochette a probablement dû longtemps étudier le comportement du canidé pour concevoir une telle histoire, une histoire de haine féroce transformée en histoire d’amitié qu’Herman Melville, l’auteur de « Moby Dick », n’aurait pas reniée. « C’est une histoire entre le loup et moi. » dit Gaspard lui-même, à l’instar du capitaine Achab vis-à-vis du cachalot qu’il suit à la trace.

Quant au dessin, qui semble avoir été réalisé au couteau, il colle parfaitement avec l’âpreté du récit, avec ce côté vintage voire intemporel qui place le livre aux côtés des classiques du genre, quand bien même il n’atteint pas la puissance du roman précité. Mais le rendu des expressions, celle du loup notamment, oscillant entre la douceur d’un chien de compagnie et la férocité la plus primale, est impressionnant de réalisme. Et c’est davantage ce qui marque ici, bien plus que le texte, se contentant la plupart du temps d’être descriptif.

« Le Loup », c’est une histoire simple, un récit humaniste (je ne dirai pas « écologiste », ce qui pour certains apparaîtrait peut-être comme un gros mot), qui, au lieu d’être dans le jugement, cherche à comprendre une problématique qui fait régulièrement surface dans l'actualité : la réintroduction des loups dans des zones où ils avaient depuis longtemps disparu et les conséquences parfois dramatiques pour les éleveurs. Oui, le loup a le droit d’exister dans la nature. Oui, le berger a des raisons d’être excédé. Mais n’y a-t-il pas une voie médiane pour permettre à l’animal et à l’homme de coexister de façon viable, sans que la légitimité de l’un ne soit remise en question au détriment de l’autre, à l’heure où l’extinction des espèces animales atteint un rythme effréné ? La vraie question serait peut-être : ça se passait comment avant ?

Nom série  Le Détective du Bizarre  posté le 28/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Dans un album à la présentation alléchante et extrêmement soignée (Collection Métamorphose oblige), Billy Brouillard nous revient dans un cinquième épisode où à l’occasion d’Halloween, il se fait chasseur de fantômes. Equipé d’une loupe de « trouble-vue », reproduite à l’intention du lecteur façon « Pif gadget », Billy va pouvoir satisfaire son goût pour l’aventure tout détectant les ectoplasmes et autres goules de la nuit en embuscade.

Il est difficile de ne pas tomber sous le charme et cet opus devrait une fois encore séduire le jeune public, et pourquoi d’autres lecteurs jusqu’à 77 ans. Car avec son univers inventif et intemporel, Guillaume Bianco sait parfaitement nous replonger dans le monde de l’enfance. Dans cette bondissante histoire « à l’ancienne », on ne voit pas l’ombre d’un Smartphone ou d’une Playstation, non, ici c’est l’imagination qui règne en maître. Avec donc cette fameuse loupe, quelques fiches pratiques et diverses anecdotes amusantes qui jalonnent le récit, l’auteur sait maintenir le lecteur en éveil. De même, son trait est dynamique et très plaisant, pouvant évoquer les récits jeunesse d’un certain Joan Sfar, la rondeur en plus, une rondeur que l’on retrouve jusque dans la forme des cases. Pourtant, on peut peut-être regretter de ne pas trouver de planches pleine page, ou, à défaut, de cases plus grandes (il y en a mais elles se comptent sur les doigts de la main), pour pouvoir justement se délecter du graphisme foisonnant. Quant à l’histoire en elle-même, elle saura plaire ceux qui ne sont pas rebutés par l’abondance textuelle qui, pour d’autres, peut nuire quelque peu à la fluidité de la lecture.

Ce « Billy Brouillard » n’est donc pas exempt de petits défauts, mais la richesse de l’univers qu’il développe et qui trouve un relais idéal en tant que livre-objet, saura constituer un solide argument en faveur de ce petit héros attachant et ambivalent qui dit aimer la nuit autant que redouter la mort.

Nom série  Crossroads  posté le 26/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Au hasard d’une rencontre, le bédéaste Paco Roca et José-Manuel Casañ, chanteur du groupe de rock espagnol Seguridad Social, qui connût son heure de gloire dans les décennies 80-90, ont décidé d’unir leurs compétences pour parler de musique et (un peu) de BD… tout ça en bande dessinée bien sûr !

Ainsi, le livre consiste principalement en une conversation à bâtons rompus entre les deux hommes, le plus souvent à propos de la musique, en Espagne, dans le monde latino-américain mais aussi d’un point de vue international. Et dans une moindre mesure du neuvième art. Car si Paco pose des questions à José-Manuel à propos de sa carrière ou de ses goûts musicaux, pas une seule fois ce dernier ne s’enquiert de ce qui a poussé le dessinateur à faire ce métier. Comme il l’exprime très bien, « José-Manuel est un type débordant de vitalité et d’énergie. L’écouter parler, c’est comme entendre un général haranguant ses troupes. » Malgré toute la sympathie qu’il éprouve pour le personnage, serait-ce là une façon délicate de dire que le rockeur ne parle que de lui-même ?... D’où sans doute cette impression de tourner un peu en rond à la lecture de l’album, où pointe une certaine monotonie.

Paco Roca n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour mettre en image cette expérience atypique. Avec le talent créatif qui lui est propre, il sait accompagner les textes de son dessin à la fois sobre et imagé, un peu à la Scott McCloud, sans quoi l’objet tiendrait davantage du pensum fastidieux. Bonne idée également d’avoir illustré les chansons écrites par le rockeur, dans un style graphique très différent pour chacune d’entre elles, ce qui procure des respirations bienvenues. Si Roca peut ainsi montrer l’étendue de son art, rien de vraiment marquant ne ressort de ces échanges, quand bien même tout témoignage recèle toujours un certain intérêt. De plus, qui hors d’Espagne et du monde hispano-américain connaît vraiment Seguridad Social ?

Bien sûr, les acteurs opérant dans ces deux domaines que sont la musique et la BD porteront à « Crossroads » une plus grande attention et trouveront davantage matière à réflexion que les autres. Plus généralement, on y évoque entre autres la situation économique de ces « industries », l’évolution des pratiques musicales, les influences, le processus créatif, les droits d’auteurs, et bien d’autres sujets, mais encore une fois, on a un peu de mal à trouver ici, pour paraphraser le titre, de véritables carrefours d’échanges entre les deux disciplines artistiques… Un ouvrage, qui malgré sa sincérité, reste donc un peu bancal.

Comme Paco, j'avais bien apprécié La Maison, mais je suis un poil déçu par cet album.

Nom série  Animabilis  posté le 23/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
D’emblée, ce conte gothique et fantastique qui commence par une comptine médiévale intrigue au plus haut point. Avec une narration qui tranche avec ce qui se fait habituellement dans le genre, Thierry Murat a choisi la sobriété, enjoignant ainsi aux amateurs de sensations fortes et de fantastique un peu trivial, via la voix du narrateur Victor, de passer leur chemin, avec même une pointe de moquerie : « Si ton âme trop timide ne trouve pas la force d’accoster sur ces territoires aux émanations sauvages et voluptueuses, tourne les talons dès maintenant tant qu’il en est encore temps. » Quant aux images, elles sont la plupart du temps suggestives et renferment une puissante beauté poétique. Son auteur mériterait bien l’appellation de poète du neuvième art, lui qui semble davantage appartenir à un autre siècle et nous avait déjà ébloui avec Etunwan - Celui-qui-regarde, une échappée lyrique dans l’Ouest sauvage des pionniers.

L’atmosphère hivernale, lugubre à souhait, évoque immédiatement Edgar Allan Poe, avec ce corbeau de mauvais augure, figurante récurrente dans le livre. Ce qui est la fois intéressant - et peut-être déroutant pour certains -, c’est que cette histoire où il est question au départ de sorcellerie, de lycanthropie et de magie noire évolue vers tout autre chose au fil des pages. Thierry Murat, qui semble plus que circonspect vis-à-vis des croyances ancestrales, de la religion – chrétienne dans ce contexte –, et des pratiques ésotériques à la mode à cette époque, va opérer un twist savant en franchissant une dimension purement poétique, avec l’apparition d’une femme belle et mystérieuse prénommée Mëy, qui semble avoir élu domicile dans les bois environnants. Il va ainsi extirper son récit des funestes ténèbres pour le transcender, le porter vers une lumière bienfaisante, tentant de faire partager au lecteur l’extase liée à une nature généreuse et omniprésente, quelque chose qui se rapprocherait de l’amour, tout simplement.

Certes, il s’agit d’une lecture exigeante, étoffée par de très beaux textes. Mais comme toute lecture exigeante, on en ressortira grandi. Fatigué peut-être, mais vivifié et changé à tout jamais. « Le poète, nous dit l’auteur, parle à l’âme humaine à l’état brut. C’est pour cela qu’il sauvera le monde avec un seul murmure. » C’est aussi pour cela qu’on aime Thierry Murat.

Nom série  Ainsi se tut Zarathoustra  posté le 19/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Nicolas Wild s’est emparé ici d’un sujet rare, celui d’une religion méconnue : le zoroastrisme. Cette religion millénaire a pris ses racines dans l’empire perse (ancien nom de l’Iran) et reste aujourd’hui très minoritaire dans la république islamique, voire menacée de disparition, alors que ses adeptes y sont réduits au statut de quasi-paria. Considérée comme l’un des plus anciens monothéismes, Zarathoustra en était son prophète et postulait que l’existence se jouait sur l’opposition entre le bien et le mal, la lumière et les ténèbres.

L’ouvrage s’ouvre ainsi sur le procès de l’assassin présumé de Cyrus pour embrayer en quelque sorte sur les faits qui ont amené l’auteur à produire ce reportage où il se met en scène à la manière d’un Guy Delisle. Tout commence à Paris, au bord du canal St Martin, un quartier que les réfugiés afghans ont choisi comme point de chute. Nicolas Wild, qui revient d’Afghanistan, a appris le persan et va tout naturellement à leur rencontre. De fil en aiguille et au gré des rencontres, l’auteur de « Kaboul Disco » retournera en Iran, et sillonnera le pays pour découvrir, en compagnie de Sofia, la fille de Cyrus, les quelques lieux emblématiques de la communauté zoroastrienne. Oscillant entre le reportage et les faits historiques, Nicolas Wild dresse un état des lieux de cette religion caractérisée par son humanisme et qui tente de trouver sa place au sein d’un régime islamique totalitaire. Avec humilité et discrétion, il nous invite à l’empathie vis-à-vis de cette population qui s’efforce de garder la tête haute face au harcèlement du gouvernement et au mépris des Iraniens en général.

Le style graphique traduit bien l’état d’esprit de l’auteur alsacien. Dénué d’effets spectaculaires mais méticuleux dans les détails, avec une rondeur plaisante à l’œil. Ce que l’on apprécie aussi chez Nicolas Wild, c’est qu’il a su avec finesse injecter à la narration un certain humour, et ce à travers plusieurs anecdotes qui viennent dédramatiser un sujet foncièrement tragique. Et le tout de susciter immédiatement la sympathie.

Bénéficiant d’un traitement didactique très enrichissant sur le zoroastrisme, « Ainsi se tut Zarathoustra » aborde aussi en filigrane la problématique des migrants, qui en 2007, date d’écriture de l’ouvrage, commençait déjà à devenir prégnante, conséquence du terrorisme religieux au Moyen-Orient et des guerres menées par l’Occident dans cette région du monde. Ce documentaire captivant, narré par un auteur des plus attachants, a été récompensé à juste titre par le prix France Info lors de sa date de sortie en 2014.

Nom série  Acte de Dieu  posté le 19/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Œuvre atypique au titre intrigant, dans un petit format, avec une couverture blanche très minimaliste, représentant une tête de chevreuil sanglée dans une sorte de masque, « Acte de Dieu » déconcerte, dérange, interroge. Dès la première page, le ton est donné. Deux images, celle d’un chevreuil en arrêt dans un pré, dominant celle d’une route encombrée de voitures. Deux mondes à l’opposé qui vont se rencontrer, à travers ce jeune animal sauvage qui n’a pas appris à se méfier de l’Homme. Ainsi, le chevreuil va s’inviter dans ce paysage de banlieue quelconque, dans sa modernité sinistre, où les humains ne sont plus que des silhouettes anonymes. Très vite, cette « intrusion » va susciter la curiosité des habitants et nombre de questionnements. Faut-il le capturer, comment le protéger ? A quelques kilomètres de là, un autre chevreuil s’est fait surprendre par un piège photographique. Mais est-il vraiment un chevreuil avec sa corne unique qui évoque une licorne, cette chimère qu’un œil humain n’a jamais vu ? Animal magique, de légende, qui hélas n’a pas échappé à l’œil des chasseurs, bien déterminés à en faire leur trophée…

Le graphisme ne constitue hélas pas le point fort de l’objet, conçu comme simple accompagnement de l’écrit, Comme s’il visait à ne pas détourner l’attention du lecteur du fond. Quasi photographiques, les dessins évoquent des clichés transformés numériquement, traités dans un pointillisme aux couleurs agencées à certains moments de façon harmonieuse, mais plus souvent discutables voire franchement laides.

Narré de façon très factuelle, clinique, presque détachée, le récit met en quelque sorte le lecteur dans un état hypnotique. La voix off est-elle vraiment celle du chevreuil ? Et ce tremblement de terre, est-on bien sûr que ce soit lui qui s’exprime ? A moins que ce ne soit la nature, entité multiforme, que notre course à la technologie nous a quasiment fait oublier, nous, membres de la glorieuse espèce humaine, qui semblons parfois vouloir nous substituer à « Dieu ». Cela nous ramène à l’ « Acte de Dieu » du titre, qui ne saurait être envisagé ici au sens religieux du terme. Dieu, c’est peut-être la nature. C’est peut-être l’Homme aussi. Ou tout simplement les deux en même temps.

À la lecture de ce petit album énigmatique, peut-on déduire qu’un tremblement de terre est le résultat d’une action humaine, si anodine apparaît-elle, l’action en question étant la mise à mort d’une « licorne », qui semble revêtir ici un symbole sacré ? Encore une fois, Giacomo Nanni n’explique rien, il expose des faits, suggère, sans jugement, nous laissant maître de tirer des conclusions comme bon nous semble… Plus une œuvre est dans la suggestion et le non-dit, plus il apparaît prétentieux d’en faire l’exégèse. Avec « Acte de Dieu », l’auteur semble au moins nous inviter, nous humains, à la modestie face à la nature et la puissance des éléments. Son livre ne fait que résumer la lutte millénaire entre l’Homme et la nature, et de façon particulièrement troublante.

Pour l'achat, je ne sais pas, tout dépend si l'on apprécie les œuvres sortant des sentiers battus...

Nom série  La Plus Belle Femme du Monde - The Incredible Life of Hedy Lamarr  posté le 18/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ce qui attire dans ce livre c’est d’abord la couverture, réalisée dans un style qui rappelle Cassandre et ses pubs art déco des années 20. Puis, un simple feuilletage permet de laisser le charme infuser. De pair avec le graphisme, la colorisation est extrêmement plaisante, c’est juste magnifique. Sylvain Dorange prouve ainsi qu’il est un artiste de grand talent.

« La Plus Belle Femme du monde », c’est la biographie d’une femme au destin extraordinaire, à la fois tragique et scintillant, celle de Hedy Lamarr, quasiment oubliée aujourd’hui. Juive autrichienne naturalisée américaine, celle-ci connut pourtant la gloire à Hollywood, si éphémère fut-elle, ayant tourné avec les plus grands réalisateurs de l’époque en particulier durant l’entre-deux-guerres. Mais ce que l’on a encore plus oublié derrière l’actrice glamour un peu mièvre, se cachait la scientifique. En mettant au point, avec le concours du pianiste et compositeur George Antheil, un système de codage des transmissions, l’actrice a donné lieu à de grosses avancées dans la technologie des télécommunications. Aujourd’hui, l’armée, la téléphonie mobile et la technologie Wi-Fi ont toujours recours à l’invention de Hedy Lamarr.

Et pourtant, c’est peu dire que cette « ravissante idiote » fut sèchement éconduite lorsqu'elle vint proposer ses services à l’armée américaine dans la guerre contre le Japon et l’Allemagne. Plutôt que de se préoccuper d’un domaine forcément masculin, les cadors de l’US Navy lui suggérèrent de jouer de sa plastique avantageuse pour soutenir le moral des troupes.

William nous livre ainsi une triste et passionnante histoire portée par un superbe graphisme, celle d’une personnalité atypique qui cotoya les sommets sans jamais obtenir de réelle reconnaissance, même d’Hollywood, sauf au crépuscule de sa vie où elle fut, contre toute attente, récompensée par le milieu scientifique pour son brevet.

Nom série  Séverin Blaireau  posté le 18/05/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Avec « Séverin Blaireau », Chandre nous entraîne dans un univers très chaleureux qui à coup sûr ravira le jeune public. Son drôle de blaireau (« bl-héros ») grassouillet et débonnaire, affairé à la cueillette et au stockage de vivres en prévision de l’hiver, mène une vie tranquille. Celle-ci va vite se trouver bouleversée par la découverte, sur le canal traversant la forêt avoisinante, d’un navire occupé par une jeune pirate au caractère explosif atteinte d’amnésie. N’écoutant que son cœur, ce bon samaritain va tout mettre en œuvre pour l’aider à reconstituer le puzzle de sa mémoire et reprendre ainsi la mer.

D’emblée, le jeune lecteur sera happé par le cadre charmant et coloré des aventures très localisées de ce blaireau aussi balourd qu’attachant, et néanmoins très énergique. L’environnement champêtre est joliment représenté dans son habit automnal et foisonne de détails. Le lecteur adulte peu complaisant que je suis trouverait bien à redire sur l’aspect moins abouti des personnages, en particulier de la fillette – un rien agaçante par ses fougueux caprices à répétition -, mais ces petites imperfections font heureusement oublier une bonne qualité de cadrage et de mouvement.

Quant à l’histoire, à défaut d’être palpitante, elle reste fluide par sa simplicité, et sa touche d’humour et de poésie devrait séduire les plus jeunes. Grâce à Chandre, le blaireau, mal aimé parmi les animaux, considéré à tort comme nuisible, apparaît ici sous un jour plus favorable, si favorable qu’on lui ferait d’ailleurs bien de gros câlins. Et en plus, ça nous change des ours...

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