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Avis posté par Le Grand A Infos posteur le 08/09/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Bon, tout a été dit il me semble… Donc faisons cela vite et bien, je laisse à d’autres le soin d’argumenter sur le pourquoi du comment cette série va figurer parmi les prochains classiques. Oui c’est le gros hit de la rentrée et même de cette année 2019 on peut se l’avouer sans trop de peine, forcément avec Alain Ayroles, le scénariste du cultissime De Cape et de Crocs, et Juanjo Guarnido, dessinateur du non moins culte Blacksad… résultat grandiose garanti, best seller assuré. Si en plus on y ajouter le talent de Jean Bastide, le meilleur coloriste du moment selon moi, voilà, la messe est dite.

Et en plus c’est vachement bien. J’ai déjà fait plus original et développé comme avis mais on ne va pas tortiller du fion pour… C’est brillamment dessiné, intelligemment mis « en scène », c’est du grand roman graphique dont on a continuera de parler dans les années à venir je pense. J’ai juste quelques réserves sur le troisième chapitre que je trouve un peu vite écrit, surtout comparé à la longueur du premier qui prend beaucoup de place dans le récit.

2 semaines après sa sortie, déjà en tête des ventes malgré un tarif qui peu rebuter (une trentaine d’euros), et déjà bd RTL du mois, toute une chié d’article et d’interview, de promotions, etc. Et ce n’est pas immérité.

Avis posté par Blue Boy Infos posteur le 07/09/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !) Coup de coeur du moment ! Coup de coeur
Cette aventure épique, dans la grande tradition du roman picaresque, nous narre les tribulations de don Pablos de Ségovie, mendiant magnifique mais peu recommandable, bien décidé, malgré les innombrables dangers, à se faire une place au soleil, celui d’Amérique du sud – qu’à cette époque on croyait être les Indes -, grâce à un lieu mythique et plein de promesses : l’Eldorado. Handicapé par des origines misérables, il ne reculera devant rien pour arriver à ses fins, accumulant les coups sans broncher et endossant mille personnages afin de traverser toutes les couches de la société et ainsi mieux tromper son monde…

Le dessinateur de Blacksad et le scénariste de De Cape et de Crocs ont uni leur talent pour produire une œuvre remarquable à tous points de vue. Tout comme leur héros Pablos, le lecteur embarque pour le Nouveau monde avec délectation. Certes, les rebondissements seront nombreux et les conséquences plus âpres pour le premier, dur à la douleur, qui parviendra néanmoins à retomber sur ses pieds à chaque coup du sort, en ressortant comme renforcé, comme dopé…

Alain Ayroles nous a concocté ici un scénario aux petits oignons, qui est en fait la continuation du roman picaresque « El Buscón (Vie de l’aventurier Don Pablos de Ségovie) », signé d’un certain Francisco de Quevedo, figure majeure des lettres ibériques au XVIIe siècle. A la fin du livre, qui se situait en Espagne, l’écrivain annonça une suite qui ne vit jamais le jour. Le créateur de Blacksad, Juanjo Guarnido, avait toujours été fasciné par ce classique de la littérature espagnole. Quant à Alain "DCEDC" Ayroles, il envisageait de raconter les aventures de Don Quichotte dans le Nouveau monde. C’est donc tout naturellement que les deux auteurs ont conçu ce projet haut en couleurs.

Dans un style littéraire soigné, Ayroles fait s’exprimer le narrateur principal, qui n’est autre que Pablos, en s’inspirant du langage de l’époque. L’histoire est extrêmement bien construite, respectant la linéarité du roman picaresque, avec plusieurs récits enchâssés au sein du récit central. C’est sans relâche que nous suivons les péripéties de Pablos, personnage ambigu qui suscite autant la pitié que la répulsion, même si cette fripouille pour le moins rusée a des raisons de vouloir s’extirper de sa condition sociale calamiteuse. Le twist final est juste ahurissant, mais l’auteur parvient à le rendre crédible de façon subtile, avec une ironie totalement subversive contre tous les puissants de ce monde. Du reste, le propos de cette saga au souffle épique reste tout à fait transposable à nos sociétés contemporaines, où la misère la plus noire côtoie plus que jamais la richesse la plus obscène.

Juanjo Guarnido de son côté ne fait que, preuve s’il en fallait, confirmer son talent, quand bien même les animaux ont repris ici leur rôle de figurants silencieux… De Blacksad, les humains ont conservé le sourire carnassier ou les yeux de chien battu selon les cas. Pour le reste, le dessinateur espagnol nous emmène littéralement au cinéma, tant la représentation des paysages de l’Altiplano et de l’Amazonie est époustouflante. Le passage décrivant la découverte de l’Eldorado par Don Diego et ses hommes est à couper le souffle. Confessant s’être rendu au Pérou pour parvenir à un rendu le plus réaliste possible, Guarnido n’a utilisé que des couleurs directes, à l’aquarelle, et le résultat est somptueux.

A n’en pas douter, « Les Indes fourbes » s’impose d’emblée comme une réussite et rencontrera le succès, plus que mérité. Cela apparaît presque comme une évidence quand on sait que ces deux auteurs talentueux avaient l’envie de travailler ensemble. Cette brillante épopée, qui prouve que l’alchimie entre les deux hommes a parfaitement fonctionné, figurera non seulement parmi les meilleurs albums de 2019 mais également au panthéon du neuvième art.

Avis posté par Josq Infos posteur le 28/08/2019 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Tout amateur de bandes dessinées se doit évidemment de lever tout au moins un sourcil intrigué lorsqu'il entend dire qu'Alain Ayroles va scénariser une histoire dessinée par Juanjo Guarnido.
Savoir en outre qu'Ayroles s'inspire d'un célèbre roman picaresque pour lui donner la suite qu'il aurait dû avoir mais n'a jamais eue satisfera également l'amateur de belle littérature. On en concluera donc ainsi logiquement que toute personne de goût ne peut que se précipiter en librairie dès ce 28 août 2019 pour se procurer - à un prix certes quelque peu ironique par rapport au sujet de l'oeuvre - ce qui s'annonçait d'ores et déjà comme une pépite.

Et dès que l'on ouvre l'ouvrage, on constate avec plaisir que l'on ne s'est pas trompé. Le sens aigu de la mise en scène parcourant toute l'oeuvre d'Ayroles a été convoqué une nouvelle fois ici, son talent incroyable pour les dialogues et pour le pastiche également, tandis que le génie visuel de Juanjo Guarnido n'a rien perdu de sa superbe.
Tout amateur du monument De Cape et de Crocs ne pourra se sentir perdu face à ces dialogues d'une élégance toute ayrolienne - tout sauf du vent ! -, d'une langue parfaite qu'il fait bon lire en ces temps où le commun des mortels lui enlève toute sa substance. Oui, à nouveau, Alain Ayroles nous propose plus qu'une bande dessinée : il nous offre un bijou de rhétorique et de langue française. Rien que pour cela, Les Indes fourbes est déjà un monument.

Mais il faut avancer davantage sans ombre ni trouble au visage dans l'opulente jungle verbale où nous fait pénétrer l'intrépide Ayroles pour découvrir plus en détail ce temple d'or qu'il a bâti pour nous. Si l'on s'en réfère à la structure de l'oeuvre, ce n'est plus du Francisco de Quevedo, c'est du Quentin Tarantino. Divisé en trois chapitres, le récit nous prend et nous surprend plus d'une fois, jouant avec sa propre mécanique narrative et dramaturgique pour mieux la mettre en valeur.

Cela commence comme un simple récit d'exploration, récit à deux étages comme Ayroles sait si bien les écrire, afin de mieux mettre en abyme une histoire somme toute très classique. Un vulgaire escroc s'enfuit d'Espagne pour chercher la fortune dans les colonies du royaume, et découvre à la fois les noblesses et les turpitudes de ce monde qui, Nouveau, a déjà toutes les caractéristiques de l'Ancien. Il s'agit du chapitre le plus long.
Sans doute le moins passionnant des trois, pourtant déjà captivant et, on le découvrira à la fin, essentiel pour installer lentement mais sûrement les rouages de l'implacable mécanique dans laquelle nous sommes plongés. Dans cette partie, l'on appréciera l'aisance avec laquelle l'auteur prend le ton des plus grands récits de voyage et nous immisce dans une atmosphère magnifiée par le trait d'une incomparable beauté issu de la main de Guarnido. Le souffle épique, la vérité cachée y établissent déjà leurs premiers bourgeons, qui écloront dans les deux parties suivantes.

Après l'apothéose du premier chapitre, on croit déjà avoir tout vu. C'est précisément parce qu'en réalité, on n'a encore rien vu. Il faut s'arrêter là et ne rien dire du contenu des deux chapitres suivants pour conserver la surprise à l'aimable lecteur qui n'aura pas encore déserté cette humble critique, poussé par un ennui naturel.
Que l'on dise simplement qu'Alain Ayroles, fidèle à son habituel style narratif, ne met en place cette mécanique en trois actes que pour mieux berner son lecteur. Si le premier chapitre de l'oeuvre passait - et c'est normal, pastiche oblige - par toutes les étapes attendues du récit picaresque comme du récit d'exploration, les chapitres II et III s'ingénient à briser tout ce que ces attendus avaient mis en place dans notre cerveau habilement endormi.

On admirera également l'art avec lequel Ayroles domine son oeuvre tout en laissant une place égale à son dessinateur Guarnido, qui trouve là un exceptionnel terrain de jeu, la chance d'une vie, peut-être même l'apogée d'une grande carrière de dessinateur, afin de déployer tous les ors de son dessin merveilleux, baroque et titanesque. Derrière la sobriété d'une couverture où se dit pourtant l'essentiel (et à laquelle a participé le génial Alex Alice, notons-le au passage) se cachent les splendeurs d'un foisonnement graphique plein de vie et d'exubérance. L'auteur s'efface même parfois complètement derrière le dessinateur dans des planches colossales, muettes et pourtant éloquentes, telles ces douze pages sans un seul mot (!) narrant l'épopée d'un groupe de colons rencontrant les innombrables péripéties de la route vers l'El Dorado, qui redonne toutes ses lettres de noblesse au genre si souvent dénigré de la bande dessinée.

Il sera toutefois permis au lecteur d'émettre quelques réserves sur l'esprit d'une bande dessinée dont la richesse ne peut masquer un (léger) manque. Si l'épopée possède un souffle incroyable et que le récit d'exploration semble passer par toutes les étapes essentielles, on pourra regretter que l'émotion ne vienne jamais percer la surface de la caricature. Certes, celle-ci est très intelligente et parfaitement justifiée par l'emploi du pastiche. Toutefois, il arrive que l'on se lasse quelque peu de cette dépiction du monde dans ce qu'il a de plus sale et de plus ignoble (au sens littéral comme au figuré). Bien sûr, la satire l'exige, mais cette saleté ambiante, certes réelle ou au moins réaliste, pouvait cohabiter - et ce, au sein du Nouveau Monde plus que partout ailleurs - avec une véritable noblesse et une authentique grandeur d'âme qu'Ayroles, sans doute à la suite de Quevedo, tend parfois à oublier, même s'il nous la fait par moments toucher du bout des doigts.
Quand on songe à l'émotion puissante qui se dégageait de certaines pages de De Cape et de Crocs et de Garulfo, on peut trouver légèrement décevant qu'Ayroles ne nous propose aucun pic émotionnel dans cette bande dessinée. Mais il est vrai qu'il n'en a pas fait son sujet, et que ce manque est donc assumé.

Qu'il ne soit toutefois pas accordé à ce petit reproche plus d'importance qu'il ne le lui faille, car en-dehors de cet élément soulevé par un historien et lecteur quelque peu tâtillon, Les Indes fourbes reste un véritable monument. Il est de ces bandes dessinées qui n'outragent le réel que pour mieux le faire parler, qui n'épuisent leur lecteur que pour mieux l'élever, et ne l'égarent que pour mieux le faire aboutir à cette conclusion qui s'impose d'elle-même : oui, dans le monde de la bande dessinée, l'El Dorado existe.

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