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Avis posté par Puma Infos posteur le 17/08/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Graphiquement, la partie relatant l'ère coloniale est tout bonnement splendide. Qu'ai-je vu, revu, longuement regardé, ces planches d'une beauté rare. Et la narration bien faite.

Ce récit est entrecoupé d'un autre relatant la vie au quotidien d'un groupe de personnes toutes spécialistes en leur domaine qui vont avec des archéologues accoster sur l'îlot des échoués, et essayer de comprendre comment ces derniers y ont survécu il y a 200 ans pendant 15 années. Ce récit d'aujourd'hui est graphiquement plus brouillon, instructif, mais moins prenant que l'histoire romancée du naufrage.

L'on passe donc successivement par groupes de 4 à 6 pages de l'histoire d'un naufrage il y a 200 ans, à celui de l'équipe sur place installée sur l'îlot et qui essaye de retrouver les indices et reconstituer le mode de vie des naufragés.

C'est dommage qu'il y ait une telle chute graphique entre avant (grandiose) et maintenant (un peu baclé), mais l'ensemble reste cohérent et très bien réalisé. Avec graphiquement un plus pour le conte et un moins pour le reportage.

Ouvrage néanmoins hautement original et qui a du demander un sérieux investissement personnel et de très nombreuses recherches à son auteur. Ce qui n'est vraiment pas courant.

Bravo pour les textes et photos ethnologiques et archéologiques en fin d'ouvrage, qui le complètent utilement.

Avis posté par AlainM Infos posteur le 11/02/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ce récit est un peu l’histoire de Robinson … sauf qu’ils étaient 80, que c’étaient des esclaves et que leur île était particulièrement inhospitalière (petite, 1km² environ, quasi sans relief et sans arbre et avec très peu d’eau potable). Bref, l’enfer.

Et pourtant, des hommes et surtout des femmes y ont survécu de longues années.
Le récit croisé du naufrage et de la mission scientifique (qui, 250 ans plus tard, tente de retrouver des traces des naufragés) est très intéressant. Sylvain Savoia alterne bien les deux parties du récit en adaptant son style graphique. Certes, l’histoire est assez peu mouvementée - à part le naufrage initial – mais l’intérêt de cet album plus dans le témoignage et la recherche historique que dans l’action.

Certaines longueurs du récit sont nécessaires pour bien apprécier la situation vécue par ces naufragés et, dans une moindre mesure, pour l’équipe archéologique du XXIème siècle. Tout au long de la lecture, on ne peut s’empêcher de se transporter sur cet îlot perdu de l’océan Indien en se posant mille questions sur la façon dont les naufragés ont dû s’organiser pour survivre tant physiquement, que socialement ou psychologiquement.

La partie documentaire n’est pas sans rappeler les magnifiques albums d’Emmanuel Lepage.

Album à recommander vivement tant pour des raisons historiques que comme preuve de l’esprit de lucre qui mène à se comporter d’une manière ignominieuse. Malheureusement, à ce point de vue, le monde ne semble pas avoir beaucoup changé en 250 ans.

Avis posté par Sloane Infos posteur le 26/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Encore un ouvrage sur la traite négrière, au bout du compte on peut se demander si ces témoignages des temps anciens possèdent une valeur pédagogique. Sans doute quoique! Alors que je lis cette BD les infos m'apprennent qu'en Lybie des migrants sont vendus sur les plages par des négriers modernes. Si ce n'était pas si triste j'aurais envie de pleurer, mais que les humains sont cons, peut être pas l'humanité mais il y a deux trois individus qui foutent la merde.

Mais revenons à cette histoire qui emprunte beaucoup au genre de récits auxquels nous a habitué E. Lepage. Une sorte de documentaire, ici mâtiné d'un récit "à l'époque". L'ensemble n'est pas mal mais du fait de cette alternance entre hier et aujourd'hui cela perd de sa puissance d'évocation.

Pour autant c'est un album à lire qui fait œuvre de mémoire sinon d'avertissement, l'actualité sur le coup ne donne pas raison à l'auteur.

Avis posté par Noirdésir Infos posteur le 16/03/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Le premier mérite de cet album – et ce n’est pas mince – est de m’avoir fait découvrir cette tragédie, totalement oubliée (allez savoir pourquoi…), hautement révélatrice de ce qu’a été pendant trop longtemps, la traite négrière et les rapports Blancs esclavagistes/Noirs esclaves.

Savoia fait ici alterner en parallèle deux histoires : celle (romancée et forcément en partie « reconstituée ») du naufrage et des tentatives de survie des îliens malgré eux, et celle de l’expédition scientifique à laquelle il appartient, qui tente de retrouver aujourd’hui les traces de ces survivants de l’impossible (quelques points communs avec l’histoire relatée en partie dans Jeronimus, le délire dictatorial en moins).

C’est un album intéressant, même s’il ne m’a pas accroché autant que je m’y attendais en découvrant l’histoire originale.

La partie « contemporaine », relatant l’expédition (ses préparatifs, son déroulement quotidien) a – au début en tout cas –, quelques accointances avec certains albums d’Emmanuel Lepage (La Lune est blanche ou Voyage aux îles de la Désolation par exemple), et le récit réussit à passer outre la routine qui rapidement s’installe sur cet îlot désolé et désertique. Contrairement à d’autres avis, cette partie ne m’a pas trop lassé (même si je trouve moins bien brossé que dans les Lepage le côté humain de cette expédition).

La partie « reconstitution », si elle n’est pas inintéressante, m’a un peu laissé sur ma faim. Elle en devient presque anecdotique, comme secondaire, alors que c’est là que réside la force de cet album normalement. Et du coup, si je trouvais au départ plutôt bonne l’idée de faire alterner ces deux parties, j’en viens à me demander si cela ne hache pas trop cette partie du récit, et ne lui fait finalement pas perdre de sa force.

Ceci étant dit, je vous recommande tout de même la lecture de cet album, qui traite d’un sujet captivant (admirez les jeux de mots vaseux que je case dans cette dernière phrase !).
Note réelle 3,5/5.

Avis posté par Agecanonix Infos posteur le 01/07/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Voila une histoire édifiante et méconnue que j'ignorais ; faut dire que c'est tellement peu glorieux pour l'image de la France négrière qu'elle a dû être tue volontairement. Il faudra que j'aille voir si cet épisode est relaté dans le Musée du Nouveau Monde de La Rochelle qui a consacré des salles à l'histoire de la traite négrière (La Rochelle, Nantes et Bordeaux étant les 3 grands ports de l'Atlantique spécialisés dans ce trafic).

En tout cas, cet épisode dramatique de l'histoire de l'esclavage m'a intéressé, je n'avais pas du tout prévu de lire cette Bd, j'ai lu cet album un peu par hasard et j'en suis très content. Ce naufrage méconnu et surtout cette survie extraordinaire sur un îlot minuscule de l'Océan Indien à 500 km de la terre la plus proche, est une incroyable aventure humaine, bien relatée, ça ressemble presque à une légende.

Le récit de cette survie alterne avec le journal de bord d'une mission archéologique, c'est ce qui me dérange un peu, je trouve que ça coupe un peu l'intensité du récit historique, j'aurais préféré une narration plus centrée sur ce dernier, j'avoue que je n'en ai lu qu'une partie tant ça m'ennuyait, même si l'intention d'un récit alterné et parallèle pouvait être à la base intéressante ; mais ces pages sont trop longues, ça ralentit trop le rythme et l'émotion de la survie des Malgaches.

Le dessin sur le récit historique est très correct et de bonne qualité, bref c'est un bel album.

Avis posté par McClure Infos posteur le 07/12/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je ne connaissais pas cette partie de l'Histoire sur l'esclavage et rien que par cet aspect didactique mérite bien évidemment la lecture.


Comme pour la majorité des "aviseurs" précédents, je n'ai pas apprécié de la même manière la partie historique de la partie "documentaire" de cet album. Le découpage et le rythme ne constituent pas à proprement parlé un handicap, c'est le manque d'intérêt dans la lecture de la partie mission archéologique qui, associé à la longue lecture narrative, amputent la partie historique de son souffle épique. Et du coup on est presque déçu toutes les 2/3 pages de laisser la jeune malgache pour arriver à des platitudes scientifiques.

J'ai grandement apprécié le Voyage aux Iles de la Désolation car Lepage nous offrait "la vie à bord" de cette mission scientifique (bien sûr assortie de somptueuses peintures) et là Savoia ne nous instruit que d'éléments banals et peu intéressant. Et cela grève même la partie histoire d'une plus grande complexité des personnages,j'ai parfois eu l'impression de raccourcis immenses alors que l'on est censé couvrir 15 années d'un huis clos terrible sur ce caillou sableux.

Dommage. Néanmoins une oeuvre à lire et faire lire.

Avis posté par Gaston Infos posteur le 02/11/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je ne connaissais pas cet événement où des esclaves ont passé des années sur une ile à cause d'un naufrage.

J'ai bien aimé découvrir cette histoire. J'ai été touche par le sort de ses esclaves et par ce qu'ils leur sont arrivé. La narration est fluide et les personnages sont attachants. Il manque juste un petit quelque chose pour rendre le tout captivant à lire du début jusqu'à la fin. Je pense que j'aurais aimé voir un peu plus comment les esclaves se sont organisé en une espèce de société après que les blancs aient réussi à partir.

J'ai moins aimé les parties se passant à l'époque moderne et où l'auteur accompagne une expédition archéologique sur cette ile et j'ai trouvé cela franchement sans intérêt. L'archéologie n'est pas un truc qui m'intéresse et j'ai vite passé ses pages. C'est dommage car le style de dessin utilisé pour ses pages était pas mal.

Avis posté par Erik Infos posteur le 09/09/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Pour une fois, je connaissais assez bien cette histoire sur les esclaves oubliés de Tromelin. La même mésaventure est arrivée sur l’île de Clipperton à la suite de la révolution mexicaine au début du XXème siècle. Le calvaire avait duré 3 ans. Par contre, sur l’île des sables, les rescapés ont attendu 15 ans. Sur les 90 rescapés, huit survivants seront sauvés.

Le terrain est plat et sablonneux et souvent balayé par le vent. En cas de tempête, il n’y a pas d’abris. Il n’y a pas un cocotier. Cela démontre le véritable courage de ces gens qui ont dû lutter pour leur vie dans des conditions épouvantables. Les blancs ont laissé les malgaches sur l’île alors que ces derniers avaient activement participé à la construction d’un nouveau navire. Pour une raison politique (refus d’un gouverneur), on ne les a pas secourus par la suite.

Je n’ai pas trop aimé la partie actuelle sur l’expédition archéologique menée de nos jours. Cette mission avait pour but de fouiller l'île à la recherche des traces des naufragés dans le but de mieux comprendre leurs conditions de vie pendant ces quinze années. Il y a l’utilisation d’un récit parallèle. Inutile de préciser que c’est la partie historique qui captivera l’attention. L’auteur aurait pu simplement évoquer cette recherche dans l’introduction et la conclusion car mise à part la folie supposée de l’un des membres, il ne se passe pas grand-chose. Cela reste surtout un documentaire fort instructif sur la manière dont ces personnes ont pu survivre.

Au final, c’est une œuvre qui est très belle car elle part sur une histoire tragique qui a été également oubliée. La mémoire sur l’esclavage ne doit pas faiblir afin d’éviter une forme d’esclavage moderne comme le traitement réservé aux femmes dans certains pays. On estime à 27 millions le nombre d’êtres humains asservis dans le monde moderne. Il est clair que cet épisode pour le moins malheureux a servi la cause anti-esclavagiste. Au-delà de cet aspect, c’est une formidable leçon de survie à des années lumières de Koh-Lanta.

Avis posté par Ro Infos posteur le 02/05/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Certains d'entre vous ont peut-être lu Voyage aux îles de la Désolation racontant le voyage d'Emmanuel Lepage dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises effectué en avril 2010. Dans cet album, sur quelques brèves pages, l'auteur décrivait son rapide passage au large de l'île de Tromelin. Sur cette bande de sable de moins de 2km de long entre Maurice et Madagascar, loin de toute terre et encerclée par l'Océan Indien, seule existe une petite station météo occupée durant quelques mois de l'année seulement.

En 2008, deux ans donc avant le passage de Lepage, Sylvain Savoia (l'auteur de Marzi) était resté 1 mois sur cet îlot dans le cadre d'une expédition archéologique à l'objectif bien précis. En effet, Tromelin est connue pour avoir été au 18e siècle le lieu du naufrage d'un navire négrier français. Et si les marins blancs ont pu s'échapper après quelques mois en construisant une embarcation de fortune à partir des restes de leur bateau, ils ont laissé sur place les dizaines d'esclaves Malgaches qui se sont retrouvés obligés de s'organiser en une petite société improvisée pour survivre comme des Robinson. Ce sont les traces de cette société que Savoia et une douzaine d'archéologues sont venus retrouver sous le sable de l'îlot.

L'auteur fait le choix d'une narration croisée, décrivant en parallèle les événements historiques du 18e siècle avec les esclaves malgaches pour personnages principaux d'une part et son séjour à lui sur cette île d'autre part. Nous sommes donc à mi-chemin entre le récit historique et le carnet de voyage.
Les deux ensembles sont très intéressants.
Les événements historiques décrits sont instructifs et assez édifiants. De se placer du point de vue des Malgaches plutôt que des Français est en outre original et bien réalisé.
Le séjour plus moderne de l'auteur sur cette île perdue de l'Océan Indien est également très instructif tant sur le plan archéologique que géographique mais aussi humain car c'est impressionnant d'être ainsi coupé du monde dans un décor à la fois paradisiaque et infernal.
Le graphisme n'est pas aussi envoûtant que les peintures d'Emmanuel Lepage mais Sylvain Savoia est lui aussi très doué dans son style réaliste et plus classique. Belle réalisation.
Seul regret, l'aspect trop bavard de la narration. Beaucoup de texte, le plus souvent à la fois en haut et en bas de chaque case, cela pénalise la fluidité de la lecture. On lit davantage qu'on ne profite des images. Et parfois j'ai eu l'impression de longs monologues ne permettant pas de dégager l'émotion qu'une bonne association texte/image peut offrir. Si bien que j'ai eu un peu de peine à rentrer pour de bon dans le récit.
Heureusement, celui-ci s'est fait de plus en plus intéressant au fil des pages et m'a laissé sur la bonne impression d'un voyage exotique, plein d'émotion et instructif à la fois.

Avis posté par Eric2Vzoul Infos posteur le 28/04/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
L'histoire des esclaves oubliés de Tromelin ressuscite un épisode particulièrement ignoble de la traite négrière.

L'Utile, navire négrier de la Compagnie des Indes Orientales, fait naufrage sur la barre corallienne de l'île de Tromelin en 1761. Quelques dizaines de rescapés prennent pied sur l'îlot sableux, désolé et à peu près dépourvu de ressources. Si les blancs de l'équipage parviennent à construire une embarcation et à gagner Madagascar, ils abandonnent les esclaves noirs. Ce n'est qu'après quinze années qu'un autre navire récupère les derniers, et rares, survivants.

Depuis 2006, plusieurs expéditions archéologiques s'attachent à mettre à jour les vestiges de ce drame. Invité à se joindre à l'une de ces expéditions, Sylvain Savoia fait revivre l'histoire des naufragés de l'Utile en suivant les pas d'une jeune Malgache arrachée avec sa mère à sa terre natale, enfermée dans les cales puantes du navire, pour finir jetée sur quelques hectares de sable brûlant perdus en plein océan indien. Le récit historique est entrecoupé par la relation, sous la forme d'un carnet de bord, des quelques semaines que l'auteur a passé à Tromelin avec les scientifiques.

Le sort horrible des naufragés abandonnés sur un îlot parce qu'ils ne sont que des noirs aurait suffi à bâtir un récit solide. Mais le va et vient entre passé et présent donne au drame humain une dimension particulièrement tangible.
L'expérience rappelle inévitablement la démarche de Lepage dans son Voyage aux îles de la Désolation, mais Savoia reste très réservé, presque pudique sur les relations qui lient les membres de l'équipe scientifique, comme pour accentuer l'impression d'isolement et d'abandon qui émane des lieux. Son séjour sur ce confetti de territoire français perdu au milieu de rien lui a permis d'expérimenter de manière charnelle le calvaire vécu par les esclaves oubliés.
C'est avec une grande justesse qu'il restitue l'angoisse ressentie face à l'immensité et à l'éloignement. Car, au quotidien, Tromelin n'a rien d'un paradis tropical : ici pas de plage enchanteresse de sable blanc bordée de palmiers et baignée par le clapot de l'eau turquoise… Savoia restitue crûment la chaleur équatoriale écrasante, le vacarme des oiseaux, le fracas du ressac, les bernard-l'hermite qui envahissent tout dès la nuit tombée, les monceaux d'ordures plastiques rejetées par l'océan, les cyclones effroyables qui submergent toute l'île… Une impression terrible de solitude et de vide.

Ce gros album mérite vraiment d'être lu.
Peut-être lui manque-t-il un peu de souffle épique que l'auteur, à force de vouloir rester conforme à la réalité, n'a pas osé introduire dans la partie historique du récit. J'aurais aussi apprécié de mieux cerner la personnalité des chercheurs contemporains, qui est comme éclipsée par le décor.
Savoia contribue néanmoins à sortir Les esclaves oubliés de Tromelin de leur long oubli. Il y parvient avec maestria grâce à un sens du récit et à des dessins d'un réalisme pudique qui font mouche.

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