Les dernier avis (86697 avis)

Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Entrez dans la danse
Entrez dans la danse

Pour la seconde fois, après l’excellent Charly 9, Richard Guérineau adapte un roman de Jean Teulé, qui décidément semble inspirer les auteurs de BD. Logique me direz-vous, quand on sait que celui-ci a fait ses premières armes en dessinant notamment pour l’Echo des savanes. Avec « Entrez dans la danse », Guérineau parvient une nouvelle fois à nous rendre proche un chapitre de l’histoire de France, ici très méconnu, à l’aide de son trait semi-réaliste très vivant, qui du coup convient parfaitement à la thématique traitée : la danse. La particularité du fait divers narré ici réside dans son extrême rareté et dans le fait que personne n’a jamais pu fournir d’explication satisfaisante. Folie collective ? Virus ? Mauvaise conjonction des astres ? Conséquence de la famine qui sévissait à l’époque ? Les suppositions allaient bon train chez les médecins et les ecclésiastiques… Quoi qu’il en soit, la « danse de Saint-Guy » qui s’était emparée soudainement des Strasbourgeois a démontré comment une pratique aussi anodine qu’un simple déhanchement, si lascif soit-il, réussit à mettre aux abois les autorités, révélant tout ce qu’elle pouvait avoir de subversif. A l’époque, la ville alsacienne était évidemment sous le carcan de l’Eglise catholique. Celle-ci jugea avec sévérité le comportement des habitants, qui pourtant ne semblaient aucunement conscients de leurs actes. Comme saisis par une transe mystérieuse, ils se contentaient de danser comme si le monde autour d’eux n’existait plus. L’originalité de l’ouvrage tient plus dans la retranscription graphique que dans la narration en elle-même (celle-ci n’étant in fine qu’un compte-rendu chronologique de ce drôle de fait divers, si terrible soit-il), et pour cela, Richard Guérineau nous a déjà montré toute la créativité dont il était capable. La description de ces danseurs et danseuses qui semblent n’être que les pantins inoffensifs totalement sous le contrôle d’une puissance occulte, ramenés au rang de zombies désarticulés, donnent lieu à de longues scènes silencieuses à la fois comiques et saisissantes, que Rabelais, contemporain de l’époque où se déroule l’action, n’aurait pas reniées. Comme il sait très bien le faire, Guérineau joue beaucoup d’un point de vue visuel sur le décalage temporel avec quelques allusions furtives à notre époque, qui voient la place de la cathédrale strasbourgeoise se transformer en rave party échevelée et torride. A travers cette histoire vraie, l’auteur dénonce à sa manière l’initiative meurtrière et sanglante des autorités catholiques pour mettre fin à ces paillardises « impures »… Hasard du calendrier ou non, Strasbourg se convertit quelques années après la tragédie au protestantisme… C’est donc avec un certain plaisir que l’on se laisse entraîner dans cette danse macabre phénoménale, dont les causes mystérieuses auront été emportées dans l’au-delà avec ses victimes, en raison de la bêtise religieuse la plus barbare. Avec ce nouvel opus, l’auteur du "Chant des Stryges" semble avoir pris goût au récit historique, un genre qui lui réussit plutôt bien.

16/10/2019 (modifier)
Couverture de la série Face de Lune
Face de Lune

C’est une réflexion que je me fais souvent à son propos : Jodorowsky a toujours su (ou alors toujours eu la chance de) s’entourer de très bons dessinateurs. Et cette série ne déroge pas à la règle, puisqu’il coopère ici avec Boucq (ce qui se reproduira plusieurs fois). Le dessin de Boucq donc est vraiment bon, parfait pour mettre en image l’univers délirant issu de l’imagination fertile de Jodo. Seule la colorisation, un peu terne et datée, me laisse un peu sur ma faim. Mais pour le reste, c’est du tout bon. L’histoire concoctée par Jodo lui permet de laisser libre court à son imagination donc, en créant une société totalitaire, mêlant archaïsmes et modernité (remarque valable pour les idées comme pour les objets). Évidemment des rebelles, et évidemment, un grain de sable, en la personnalité de Face de Lune, sorte de simple d’esprit béat aux pouvoirs immenses, qui traverse le danger avec la même innocuité que le font les balles dans son corps. Univers de fange, grandiloquent et parfois grotesque (voir les délires verbeux et paranoïaques du dictateur, et les froids calculs de sa mère, voir les orgies dans le grand bordel, etc.). Un univers où la folie se donne parfois des airs poétiques (comme la cathédrale qui renaît de ses ruines par exemple), même au milieu de décors qui ne s’y prêtent pas facilement. Bien sûr, on est chez Jodo, et donc on ne peut échapper à une bonne dose de religieux, de mysticisme (même si c’est le plus souvent pour en prendre le contre-pied, dans une critique jouant sur un grotesque blasphématoire). Ici, si les sortes de cardinaux qui dirigent la police sont bien présents, et si Face de Lune ou d’autres personnages peuvent avoir un côté christique, messianique, cela reste longtemps contenu, et ne dépasse pas certaines limites, qui souvent rendent indigestes les séries du maître. Lorsque cet aspect domine trop, c’est clairement moins intéressant. Mais globalement, c’est une série originale et captivante, qui mérite un coup d’œil. Note réelle 3,5/5.

16/10/2019 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Louca
Louca

Il est vrai que Louca n'est généralement pas mon type de bd. Cependant, il peut y avoir de bonnes surprises lorsqu'on sort un peu de ses sentiers battus pour explorer autre chose. Louca est une bd rafraîchissante et qui donne de la joie et de la bonne humeur. Il est vrai que ce garçon est très rigolo surtout dans ses situations de maladresse que cela soit dans son entourage proche ou avec ses camarades de classe ou autre professeur. Il est question également d'effort et de travail afin de se surpasser dans un sport. Ce type de moralité me convient parfaitement. Par ailleurs, c'est assez bien dessiné et cela reste hilarant au fil des tomes avec une histoire tout de même assez prenante. Agréable et très sympa pour résumer en deux mots.

16/10/2019 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5
Couverture de la série Sumato
Sumato

"Sumato" est un album unique. L'histoire est rocambolesque, très particulière, un peu tirée par les cheveux. Mais qu'est ce que c'est mignon. Tous les personnages dépeints par Dillies sont attachants et intéressants. Ils sont tous construits intelligemment et aucun ne l'est de façon simpliste. Les 4 personnages principaux (Sumato, Herbie, Sally et Sonny) ont plusieurs traits de caractère, ce ne sont pas des personnages unilatéraux. Juste des gens normaux, à qui il peut parfois arriver d'agir de manière impulsive, ou de faire des erreurs. Tout cela les rend très attachants. L'histoire en elle-même, bien qu'elle n'appelle pas à énormément de développement, est très agréable à suivre. Sumato, le héros, tombe follement amoureux de Sally, et part pour un festival de jazz avec Herbie, son ami de toujours, dans l'espoir de la revoir. Sally, quant à elle, semble perdue dans son rôle de chanteuse modèle et dépassée par tous les évènements, menés par son compagnon Sonny Wolf Williamson (en hommage à Sonny Bill Williamson II, dont une chanson est d'ailleurs chantée par les deux compères). Le destin va pousser irrésistiblement Sumato et Sally l'un vers l'autre, alors même qu'ils ne s'étaient vu qu'une fois. Rien d'incroyable dans ce scénario, mais c'est tout ce qui se passe dans le récit qui nous tient en haleine, toutes les péripéties auxquelles sont confrontés les héros. Il y a également pas mal d'humour, on sourit assez fréquemment tout au long de la lecture. "Sumato", c'est une ambiance, un univers spécifique dans lequel on se laisse glisser avec plaisir. Le dessin y est pour beaucoup. Il est rond, un peu ambiance cartoon. Bref, ce dessin fait se sentir bien. Il est très agréable à l'oeil, et si j'ai trouvé les personnages très attachants, c'est aussi grâce à leur graphisme. Dillies arrive parfaitement à nous faire rentrer dans son univers, et ça me donne envie de lire d'autres de ses albums, en espérant retrouver la même poésie.

16/10/2019 (modifier)
Par sloane
Note: 3/5
Couverture de la série Les Aventures oubliées du Baron de Münchhausen
Les Aventures oubliées du Baron de Münchhausen

J'avoue que je suis un peu déçu, en vérité il n'y a pas ici grand chose à se mettre sous la dent ou plutôt les yeux si ce n'est le dessin, ou devrais je dire les illustrations de Supiot. C'est très beau, certaines planches possèdent une force évidente mais cela n'est pas suffisant. Cela me fait dire qu'il y a bien souvent un problème avec ces illustrateurs/dessinateurs de très grand talent qui ne savent pas, ne veulent pas recourir aux services de scénaristes, comme si leurs talents picturaux devaient suffire. A l'arrivée cela est assez vain et si le résultat est plus qu'agréable à l’œil cela ne suffit pas à donner l'envie d'acheter la BD. Avec ces aventures de Münchhausen déjà bien foutraques ne pas baliser son chemin, son récit est une aventure plus que complexe. Mon avis rejoint en de nombreux point celui de mes deux prédécesseurs et sauf pour les inconditionnels de Supiot l'achat n'a pas de nécessité.

16/10/2019 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
Couverture de la série Satanie (Voyage en Satanie)
Satanie (Voyage en Satanie)

Encore une étrangeté du duo Kerascoët et du sieur Vehlmann. Personnellement je suis assez preneur de ce genre d'univers à la limite de la folie, où l'inconscient se révèle et dit des choses de notre rapport au monde et aux autres. Ici il n'est pas question de cercle de l'enfer mais plutôt d'une longue descente strate par strate jusqu'aux tréfonds de l'âme de certains des personnages. Il y a de tout dans cette histoire, de la naïveté, du rêve enfantin, des considérations philosophico-religieuses, la notion de passage à l'âge adulte pour l'héroïne dans une scène presque furtive sur laquelle il a d'ailleurs fallu que je revienne tant je n'en croyais pas mes yeux, où oui celle-ci s'accouple avec un satanien. Avec ces auteurs ce n'est pas tant au graphisme qu'il faut s'attacher mais plutôt à une ambiance particulière née sans doute de ce style de dessin justement et évidemment au propos. Cela me rappelle dans un tout autre genre ce que peut produire un Tony Sandoval. Créatures ou personnages un peu évanescents empreints d'une fausse naïveté à la limite d'un petit côté pervers. Afin de râler un peu, il me manque pour être pleinement satisfait un aspect plus violent, plus dur que j'avais ressenti en lisant le fabuleux Jolies ténèbres. Après la lecture de cette intégrale empruntée en médiathèque j'aurais presque envie d'en faire l'acquisition tant j'ai apprécié.

16/10/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5
Couverture de la série Univers !
Univers !

Univers ! est à l'origine un webcomic conçu en même temps que The private eye de Marcos Martin dont Albert Monteys partage les origines barcelonnaises. Il s'agit de différentes histoires interconnectées dans un monde futuriste qui rappellera à beaucoup la série télévisée avant-gardiste "Love, Death + Robots" dont les thèmes sont similaires : le côté anthologie d'une part, le regard amer du futur en prisme de notre société actuelle d'autre part. Il ne faut pas se fier au trait coloré vif qui offre un contraste saisissant avec la teneur des propos : le monde proposé est froid, complexe et pas si humaniste que prévu. Univers ! propose 5 histoires parlant de voyage dans le temps pour des fins mercantiles, substituts d'amants robotisés pour âmes sœurs éplorées, conquêtes spatiales proches des odyssées de Stanley Kubrick... La chute est souvent associée à de l'humour noir avec un semblant de réflexion et quelques retournements de situation originaux. Il faut dire que l'univers déployé est souvent crédible pour de la SF : ici les morts reviennent sous forme de bandes magnétiques et continuent leur rôle de "vivant", les androïdes sont dotés d'une intelligence qui ne tient plus de l'artifice et on répare les membres cassés par des techniques nouvelles ou des pièces mécaniques. La cinquième histoire est peut-être la plus poignante avec une expérience temporelle qui aurait mal tourné et provoque un décalage horaire entre l'épouse malade et son mari. Inutile d'en dire davantage, c'est suffisamment malin, émouvant et innovant pour susciter une attention toute particulière. Bien sur, toutes les histoires ne se valent pas mais l’interconnexion des histoires encourage à la relecture de l'ensemble comme l'avaient si bien réussi les auteurs de Lucy Loyd's nigthmare, oeuvre unique et hautement sous-estimée. Albert Monteys réussit donc brillamment une oeuvre personnelle offrant une fois de plus un regard pessimiste sur les nouvelles technologies dans un monde pas si utopique que cela. J'ose espérer qu'il continuera de développer cet univers à travers de nouveaux tomes à venir.

16/10/2019 (modifier)
Couverture de la série Bitume
Bitume

Étrange cette série, qui porte bien son nom, mettant en avant le bitume, la route (ou parfois la rue), autour de laquelle tournent les intrigues, mais qui n’est pas vraiment une série. En effet, c’est plutôt une sorte de collection, de concept, puisque chaque album est une sorte de one-shot, se déroulant dans des lieux différents et variés (Colombie, Amérique profonde, bush australien, rues de Paris ou de Londres, etc.) avec des personnages et des intrigues totalement indépendants d’un album à l’autre. Le point commun est le rythme, assez pépère généralement, une économie de dialogues, et donc une omniprésence de ce bitume, qui devient une sorte de personnage muet (mais souvent mis en avant par des gros plans, des séries de planches). Ce sont des albums d’ambiance le plus souvent, plus que d’intrigues fortes. Du coup, c’est assez inégal (et donc on peut envisager d’en acheter certains). Mon préféré est celui se déroulant en Australie, assez poétique, usant habilement (avec une petite dose d’humour) de l’univers aborigène. Je suis moins intéressé par les histoires jouant moins sur les grands espaces, et qui, plus urbaines et tournant autour de la rue plus qu’autour de la route, perdent le côté lyrique que pouvaient avoir les 3 premiers albums parfois (les suivants se déroulant en plus dans un univers « occidental » bien moins exotique). Le dessin est relativement original, efficace (sans être de ceux que je préfère). Je ne suis par exemple pas fan des visages, anguleux. La colorisation joue sur des tons chauds, mais manque parfois de nuance. Si vous ne devez choisir que quelques albums, prenez les 3 premiers (et le troisième si vous n’en prenez qu’un).

16/10/2019 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Dans l'abîme du temps (Tanabe)
Dans l'abîme du temps (Tanabe)

Après le choc visuel procuré par son adaptation des Montagnes hallucinées, Gou Tanabe creuse le sillon des adaptations des textes les plus connus d'Howard Phillips Lovecraft. Cette fois-ci il s'attaque à Dans l'abîme du temps, l'un de ses textes les plus aboutis. Encore une fois, un sacré challenge relevé haut la main... A la lecture du texte original, je me faisais une certaine idée du peuple Yith, et je dois avouer que visiblement l'auteur japonais et moi avions la même. Il faut dire que HPL passait beaucoup de temps à décrire ce qui pourtant était indescriptible, innommable, selon ses propres termes. Ce que propose Tanabe, en plus de I.N.J. Culbard, qui avait déjà adapté ce roman de Lovecraft il y a quelques années, c'est son trait réaliste, parfois trop, qui plonge le lecteur ou la lectrice dans les abysses de l'imagination malade du reclus de Providence. Champion des ambiances en noir et blanc, il réussit à installer le doute chez le spectateur/la spectatrice, qui doit se frotter les yeux pour être sûr(e) d'avoir vu ce qu'il/elle a vu... Une ambiance qui alterne scènes descriptives et contemplatives, avec des personnages qui semblent perdus dans les enjeux cosmiques qu'ils découvrent au fil de leur exploration... C'est vraiment réussi.

16/10/2019 (modifier)
Par LuluZifer
Note: 3/5
Couverture de la série Le Boiseleur
Le Boiseleur

Illian est apprenti dans une boutique de sculpture sur bois. Il vit à Solidor où les oiseaux sont rois et il travaille chaque jour plus durement pour pouvoir acquérir un oiseau, un vrai. C'est par le plus grand des hasards que malgré lui il va détruire l'équilibre de la ville et le rapport qu'entretiennent les Solidoriens avec les oiseaux. Le Boiseleur tome 1 est une belle et douce fable sur la nature, nos espérances, nos gâchis, nos erreurs, nos peurs et nos émotions. C'est traité de manière très douce et le trait de Gaëlle Hersent et les mots de Hubert donnent un ton très poétique à l'ambiance qui se dégage de ce premier album. Série qui sera un diptyque et qui est publiée chez Soleil dans leur collection Métamorphose. Le format est plus grand qu'un album Franco/Belge de base qui met bien en évidence toute la splendeur du rendu des illustrations d'intérieur et pour ne rien gâcher le travail de fab de la couverture est somptueux. Il y a beaucoup de pleines pages et l'histoire est racontée par le biais d'une voix off qui n'est autre que celle d'Illian, le personnage principal. L'album se lit assez lentement et ses 96 pages s'enchaînent magnifiquement bien et cela justifie assez bien son prix de 19,99 euros. Le récit captive, fait réfléchir, enchante et le dessin de Hersent conquiert le lecteur. Une belle réussite pour un conte social et qui ravira de plus les amoureux des oiseaux.

16/10/2019 (modifier)