Quand je juge de la qualité d'un ancien titre, je me dis souvent que mes notes sont en général très sévères car celles-ci s'inscrivent dans le cadre d'une époque aujourd'hui révolue où la bd avait ses règles. La bd moderne me plaît énormément et en comparaison, cela fait pâle figure.
Pourtant, cette oeuvre qui est restée inachevée m'a passionné. Non pas que je ne connaisse pas le célèbre roman dont elle découle puisqu'il s'agit de l'adaptation de la vie de Martin Gray. Bien sûr que l'histoire de ce jeune juif qui a vécu pendant l'enfer nazi du ghetto de Varsovie est plus que bouleversante. Au-delà de cet aspect, il y a tout d'abord le souci d'une vérité historique très bien retranscrite par le scénariste en herbe qu'était Cothias à cette époque.
Je ne cache pas non plus pour mon admiration pour le dessinateur Paul Gillon visiblement pas très apprécié sur ce site... en témoignent les mauvaises notes attribuées à ses oeuvres. Pourtant, c'est un grand nom de la bd qui a contribué à pas mal de grandes oeuvres novatrices. Son dessin me séduit au plus haut point quand je vois que d'autres ne sont même pas capable de réaliser un visage correct.
Il n'était pas facile de retranscrire en dessin toute l'horreur de l'extermination. On ressent véritablement toute la souffrance d'un peuple à travers celle d'un homme qui a tout fait pour survivre. Magnifique sur le fond et la forme ! Une véritable perle !
Néanmoins, je ne conseillerais pas l'achat car l'oeuvre est restée inachevée. Or, à quoi bon commencer une série dont on ne verra jamais la fin ? Heureusement, il y a toujours le livre !
Après la lecture du premier tome :
Smolderen confirme tout le bien que je pensais de lui, surtout après la série Convoi - Les Aventures de Karen Springwell.
Il a de l'imagination à revendre mais canalise très bien ses idées pour les assembler à merveille. Cette série, relativement classique sur certains points, a sa propre personnalité.
Le dessin est à la hauteur, même si j'ai trouvé une certaine inégalité dans le traitement d'une case à l'autre.
L'essai reste à transformer par la suite mais l'optimisme est de vigueur.
Ce premier tome d'introduction fonctionne bien, la lecture est plaisante et beaucoup de questions n'attendent que les réponses.
Cette album pour l'instant malheureusement sans suite est à mon avis très innovant dans le domaine du fantastique et de l'horreur, puisqu'il propose une ambiance horrifique genre Lovecraft, le tout dans un contexte de fantasy. Le climat est oppressant et cauchemardesque, une vrai réussite.
Delmas est un auteur qui mérite la reconnaissance car il est vraiment original et inspiré.
À la fin de ma lecture, bouche-bée, je me suis posé la question que peut-être d'autres se posent au début : Mais qui sont donc les auteurs ? Je les trouve à la fin de la bd ; Fane et son Joe Bar Team et Jim, qui n'est autre que Téhy auteur de Yiu et Fée et tendres Automates, encore une fois je reste sans voix. Je lis leur préface où ils racontent comment cette idée a germé et là aussi je suis captivée. Des personnages au crayonné vif et léger, plus vrais que nature, que voici réunis pour quatre jours assurément inoubliables.
Jean Pierre, marié, deux enfants, qui arrive avec "sa nouvelle amie Jan" rencontrée sur le net, comme un gosse, sauf que le gosse il a déjà 37 ans et la nouvelle copine, elle, 19. Arrive Hubert, 35 ans et joyeux drille. Le couple Dominique 37 ans et Isabelle 32 ans, deux enfants, mariés, heureux ? Pas sûr. Puis Héléna 32 ans fatalement belle mais fatalement seule.
Ce n'est pas ici l'habituel week-end entre amis au ton jovial et bon enfant. Ces six amis d'il y a une vingtaine d'années se retrouvent à l'occasion de l'éclipse. Fallait-il qu'un évènement exceptionnel les réunisse tous à nouveau ? Enfin, tous sauf Claire la femme de Jean Pierre restée à la maison avec les mômes, par dépit ?
Mais tout va très vite déraper, le couple se déchire, tout le monde s'invective, se jette à la figure des vérités refoulées depuis longtemps, chacun juge l'autre puis est jugé à son tour. Tout ceci n'est que le résultat de leur mal-être, leurs doutes, leurs déceptions, leurs mauvais choix au fil des années, la tension monte… Jusqu'à l'éclipse, ou plutôt "les éclipses", chacun la sienne, pourront-ils comme la lune cache le soleil cacher leur détresse avec leurs mensonges ?
Avec beaucoup humour, parfois avec violence, pouvant aller jusqu'à la nausée, les auteurs nous montrent la complexité des sentiments humains et vont pour certains d'entre nous, jusqu'à nous fouiller l'âme. Il n'y a rien d'exagéré dans ce récit, la vérité crue, sans détours, celle qui déplaît, celle qui fait mal et qui dérange. Et que dire des toutes dernières planches ? Dans ce silence où tout est dit...
Captivant petit ouvrage sur un thème ô combien difficile. Un voyage dont personne ne ressort indemne, une épreuve touchante et dure. C’est surtout le combat d’une famille, à travers la force de caractère du père, pour ne pas sombrer dans la fatalité, lutter coûte que coûte contre ce foutu destin qui ne laisse malheureusement aucun échappatoire…
Quelle maîtrise ! Quelle maîtrise du dessin, du scénario, du ressort dramatique, de la lente montée vers cette fin, du lyrisme des écrits… Une idée de base pourtant ressassée, mais abordée de manière juste et pas larmoyante. Pedrosa distille une ambiance accrocheuse dès les premières pages et tout au long de l’album. On a envie de savoir ce qui va se passer, on a envie de savoir comment va se terminer ce périple, on a envie de savoir… et d’espérer.
L’endroit où se déroule l’histoire est déjà difficile à situer, mais donne justement pour ma part, une impression étrange, une époque passée enchanteresse. Et puis nous suivons ce long voyage, cette fuite vers… nulle part. Un petit contexte magique parsème l’album, donnant une dimension spirituelle au récit.
Je ne sais pas pour vous, mais pour ce qui est de moi, j’ai complètement accroché au caractère du père, refusant l’idée même de perdre son fils. Quitte à se perdre, quitte à donner sa vie pour sauver son enfant. Une fuite qu’il sait pourtant rapidement perdu d’avance, mais impossible de renoncer. Impossible de laisser partir l’être chéri, adulé et vital.
Un récit émouvant et superbement mis en image.
Encore un grand smile avec cette collection :-)
Ce tome va tout droit sur le podium avec Sept Missionnaires et Sept psychopathes.
Le format a grandement facilité la tâche des auteurs, pourquoi tout le monde n'a pas eu 77 pages ;-)
L'histoire est sans compromis, parfois violente, crue dans les propos et non dénuée d'humour.
Le dessin est sobre, vif et fin. Il n'est malheureusement pas mis en valeur au niveau de la colorisation.
Le scénario n'est pas révolutionnaire mais il a le mérite d'être maîtrisé et d'aller au bout de sa logique.
L'ensemble forme une BD plaisante à lire.
Très bonne surprise que ce nouvel album traitant de sport, après Match décisif. Là encore, nous avons une adolescente qui pratique le sport, mais contrairement au héros de l’autre série, elle souhaite ardemment faire du haut niveau. Seulement son père, de confession musulmane, s’y oppose… Un sujet de société fort, mais traité de façon plutôt fine je trouve. Le père, pratiquant mais pas extrémiste, a des convictions, mais est aussi ouvert à la discussion, avec sa fille, avec un éducateur… Il faut dire que lui-même a pratiqué la course de fond dans le désert… La mère de Safia est aussi traitée avec retenue, elle qui n’a pas pu avoir la carrière artistique dont elle rêvait et se retrouve à nettoyer les douches du Stade de France… Son petit frère aussi, adolescent pas rebelle qui veut aider sa sœur. Encore une fois, il y a un rôle d’éducateur, mais il n’est pas omniprésent, on le voit juste à 2-3 reprises. Le parcours de Safia est crédible, un peu exemplaire bien sûr par la suite, mais c’est vraiment le réalisme dans son histoire qui m’a marqué. Safia est concentrée sur son objectif, elle avale les kilomètres, mais n’en oublie pas de bien travailler au lycée, une condition sine qua non pour que ses parents la laissent s’exprimer.
Le dessin de Sébastien Verdier est pour moi une découverte. Je m’attendais à un auteur débutant, au trait hésitant, et pour une fois dans une série sportive (la première peut-être), le dessin est vraiment bon, les personnages sont bien proportionnés, les décors sont réalistes… Peut-être encore un manque de réalisme sur certains visages, mais c’est pour chipoter.
Et, point positif, pour une fois le sport ne fait pas tache dans l’histoire. Il est au centre, mais est traité de façon très intelligente, on ne s’ennuie pas du tout dans les scènes de foulées de Safia…
L’album comporte en annexes un historique du marathon, des origines antiques aux grandes performances, mais aussi une bibliographie multimédia sur le sujet.
Il s’agit là d’un bel album, très intéressant, pédagogique, bien mené, très bien illustré. A lire.
Tiens j'ai lu certaines de ces planches sur le blog de Boulet... Je me souviens particulièrement de la série "Péremption"...
J'ai passé d'excellents moments à leur lecture, mais n'étant pas particulièrement fan des blogs BD, j'ai un peu arrêté d'y aller... La publication en album des "meilleures" de ces notes permet donc une séance de rattrapage. Et pour ceux qui ne connaissent pas, c'est une excellente occasion de découvrir ce maître de la narration et du dessin qu'est Boulet. Alors bien sûr, on peut dire que ça perd un peu en ambiance, que certains textes sont un peu petits, etc., mais franchement ce serait dommage de bouder son plaisir. Bien sûr, l'auteur en rajoute des tonnes, romance largement sa vie, mais c'est là qu'on voit le vrai talent de raconteur d'histoires, je trouve.
A lire si vous êtes tout de même dans ce genre de trip.
Pour avoir été traîner mes guêtres en Irlande et plus particulièrement à Belfast, je dois dire qu'on y est tout à fait. Mais plus que ça, je pense que c'est aussi l'aventure d'y aller que l'on retrouve à travers le rythme.
C'est génial, merci de m'avoir fait revivre ça !
Coté dessin je ne connaissais pas Bailly, mais je retrouve un peu le style du Le Sourire du clown.
avis sur le tome 1:
Au terme de ce premier semestre 2005, très peu de bandes dessinées peuvent se targuer de m'avoir autant pris aux tripes. Acheté sur les conseils d'un ami, j'ai été véritablement emballé par cet album. Tout d'abord coup de chapeau à Albin Michel, qui édite un objet de qualité (à l'image des albums de Marniquet alias Gauthier).
La couverture, sobre et peu explicite, attire naturellement l'oeil. Mais "le roi des mouches" ne se résume pas à cela, non. C'est noir, c'est malsain, c'est glauque mais pourtant que c'est bien. Une véritable étude scientifique sur un microcosme d'individus désoeuvrés et sans morale. Pirus nous décrit un monde noir, découpé en une dizaine de chapitres où histoires et personnages se croisent et se recroisent, un véritable puzzle de 62 pages. La forme narrative choisie (que des monologues, exceptés quelques dialogues vers la fin) accentue ce sentiment d'assister à une enquête sociologique sur les habitants d'une ville paumée. En plus, le dessin de Mezzo est beau, précis, et les personnages sont souvent face à nous (comme à une caméra), comme s'ils répondaient à une interview. Malgré le malaise qui se dégage du livre, on s'attache à cette bande de désoeuvrés. Un livre étrange, dérangeant, très dense et surtout excellent. Une découverte pour moi en tout cas.
Avis sur le tome 2:
Quatre années, il aura fallu attendre quatre ans pour avoir la suite du"roi des mouches" ,- je ne dis pas connaitre la suite car le suspens n'était tout de même pas si insupportable que cela à la fin du premier opus-.
On retrouve le personnage d'Eric dans un univers toujours aussi glauque:boissons, sexe, trafic ;.mais aussi les petites chroniques autours des personnages(d'ailleurs la galerie de personnages s'étoffe dans ce volume, comme David, Mr Généro...) évoluant dans des décors dessinés à la règle.
C'est carré, d'ailleurs tout est carré: le dessin, les rares phylactères, les récitatifs, le scénario! Car il n'y a pas ou peu de bulle mais des récitatifs intérieurs qui donnent au récit un caractère encore plus oppressant.
C'est toujours aussi sombre, aussi malsain, noir très noir mais superbement dessiné.
A noter que ce second volume est édité par Glénat (collection Drugstore) après l'avoir été par Albin Michel (pour le premier volume). Glénat a conservé le même format et la même qualité de papier que l'éditeur précédent. Seuls changement notables: le prix et la numérotation des pages.
Une bande dessinée de 64 pages qui demande, en outre, beaucoup de temps pour la lire, et cela, n'est pas banal par les temps qui courrent.
Mezzo et Pirus signent là , une nouvelle fois, un petit bijou
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Au nom de tous les miens
Quand je juge de la qualité d'un ancien titre, je me dis souvent que mes notes sont en général très sévères car celles-ci s'inscrivent dans le cadre d'une époque aujourd'hui révolue où la bd avait ses règles. La bd moderne me plaît énormément et en comparaison, cela fait pâle figure. Pourtant, cette oeuvre qui est restée inachevée m'a passionné. Non pas que je ne connaisse pas le célèbre roman dont elle découle puisqu'il s'agit de l'adaptation de la vie de Martin Gray. Bien sûr que l'histoire de ce jeune juif qui a vécu pendant l'enfer nazi du ghetto de Varsovie est plus que bouleversante. Au-delà de cet aspect, il y a tout d'abord le souci d'une vérité historique très bien retranscrite par le scénariste en herbe qu'était Cothias à cette époque. Je ne cache pas non plus pour mon admiration pour le dessinateur Paul Gillon visiblement pas très apprécié sur ce site... en témoignent les mauvaises notes attribuées à ses oeuvres. Pourtant, c'est un grand nom de la bd qui a contribué à pas mal de grandes oeuvres novatrices. Son dessin me séduit au plus haut point quand je vois que d'autres ne sont même pas capable de réaliser un visage correct. Il n'était pas facile de retranscrire en dessin toute l'horreur de l'extermination. On ressent véritablement toute la souffrance d'un peuple à travers celle d'un homme qui a tout fait pour survivre. Magnifique sur le fond et la forme ! Une véritable perle ! Néanmoins, je ne conseillerais pas l'achat car l'oeuvre est restée inachevée. Or, à quoi bon commencer une série dont on ne verra jamais la fin ? Heureusement, il y a toujours le livre !
Ghost money
Après la lecture du premier tome : Smolderen confirme tout le bien que je pensais de lui, surtout après la série Convoi - Les Aventures de Karen Springwell. Il a de l'imagination à revendre mais canalise très bien ses idées pour les assembler à merveille. Cette série, relativement classique sur certains points, a sa propre personnalité. Le dessin est à la hauteur, même si j'ai trouvé une certaine inégalité dans le traitement d'une case à l'autre. L'essai reste à transformer par la suite mais l'optimisme est de vigueur. Ce premier tome d'introduction fonctionne bien, la lecture est plaisante et beaucoup de questions n'attendent que les réponses.
Ceux qui rampent
Cette album pour l'instant malheureusement sans suite est à mon avis très innovant dans le domaine du fantastique et de l'horreur, puisqu'il propose une ambiance horrifique genre Lovecraft, le tout dans un contexte de fantasy. Le climat est oppressant et cauchemardesque, une vrai réussite. Delmas est un auteur qui mérite la reconnaissance car il est vraiment original et inspiré.
Petites éclipses
À la fin de ma lecture, bouche-bée, je me suis posé la question que peut-être d'autres se posent au début : Mais qui sont donc les auteurs ? Je les trouve à la fin de la bd ; Fane et son Joe Bar Team et Jim, qui n'est autre que Téhy auteur de Yiu et Fée et tendres Automates, encore une fois je reste sans voix. Je lis leur préface où ils racontent comment cette idée a germé et là aussi je suis captivée. Des personnages au crayonné vif et léger, plus vrais que nature, que voici réunis pour quatre jours assurément inoubliables. Jean Pierre, marié, deux enfants, qui arrive avec "sa nouvelle amie Jan" rencontrée sur le net, comme un gosse, sauf que le gosse il a déjà 37 ans et la nouvelle copine, elle, 19. Arrive Hubert, 35 ans et joyeux drille. Le couple Dominique 37 ans et Isabelle 32 ans, deux enfants, mariés, heureux ? Pas sûr. Puis Héléna 32 ans fatalement belle mais fatalement seule. Ce n'est pas ici l'habituel week-end entre amis au ton jovial et bon enfant. Ces six amis d'il y a une vingtaine d'années se retrouvent à l'occasion de l'éclipse. Fallait-il qu'un évènement exceptionnel les réunisse tous à nouveau ? Enfin, tous sauf Claire la femme de Jean Pierre restée à la maison avec les mômes, par dépit ? Mais tout va très vite déraper, le couple se déchire, tout le monde s'invective, se jette à la figure des vérités refoulées depuis longtemps, chacun juge l'autre puis est jugé à son tour. Tout ceci n'est que le résultat de leur mal-être, leurs doutes, leurs déceptions, leurs mauvais choix au fil des années, la tension monte… Jusqu'à l'éclipse, ou plutôt "les éclipses", chacun la sienne, pourront-ils comme la lune cache le soleil cacher leur détresse avec leurs mensonges ? Avec beaucoup humour, parfois avec violence, pouvant aller jusqu'à la nausée, les auteurs nous montrent la complexité des sentiments humains et vont pour certains d'entre nous, jusqu'à nous fouiller l'âme. Il n'y a rien d'exagéré dans ce récit, la vérité crue, sans détours, celle qui déplaît, celle qui fait mal et qui dérange. Et que dire des toutes dernières planches ? Dans ce silence où tout est dit...
Trois ombres
Captivant petit ouvrage sur un thème ô combien difficile. Un voyage dont personne ne ressort indemne, une épreuve touchante et dure. C’est surtout le combat d’une famille, à travers la force de caractère du père, pour ne pas sombrer dans la fatalité, lutter coûte que coûte contre ce foutu destin qui ne laisse malheureusement aucun échappatoire… Quelle maîtrise ! Quelle maîtrise du dessin, du scénario, du ressort dramatique, de la lente montée vers cette fin, du lyrisme des écrits… Une idée de base pourtant ressassée, mais abordée de manière juste et pas larmoyante. Pedrosa distille une ambiance accrocheuse dès les premières pages et tout au long de l’album. On a envie de savoir ce qui va se passer, on a envie de savoir comment va se terminer ce périple, on a envie de savoir… et d’espérer. L’endroit où se déroule l’histoire est déjà difficile à situer, mais donne justement pour ma part, une impression étrange, une époque passée enchanteresse. Et puis nous suivons ce long voyage, cette fuite vers… nulle part. Un petit contexte magique parsème l’album, donnant une dimension spirituelle au récit. Je ne sais pas pour vous, mais pour ce qui est de moi, j’ai complètement accroché au caractère du père, refusant l’idée même de perdre son fils. Quitte à se perdre, quitte à donner sa vie pour sauver son enfant. Une fuite qu’il sait pourtant rapidement perdu d’avance, mais impossible de renoncer. Impossible de laisser partir l’être chéri, adulé et vital. Un récit émouvant et superbement mis en image.
Sept yakuzas
Encore un grand smile avec cette collection :-) Ce tome va tout droit sur le podium avec Sept Missionnaires et Sept psychopathes. Le format a grandement facilité la tâche des auteurs, pourquoi tout le monde n'a pas eu 77 pages ;-) L'histoire est sans compromis, parfois violente, crue dans les propos et non dénuée d'humour. Le dessin est sobre, vif et fin. Il n'est malheureusement pas mis en valeur au niveau de la colorisation. Le scénario n'est pas révolutionnaire mais il a le mérite d'être maîtrisé et d'aller au bout de sa logique. L'ensemble forme une BD plaisante à lire.
Le Marathon de Safia
Très bonne surprise que ce nouvel album traitant de sport, après Match décisif. Là encore, nous avons une adolescente qui pratique le sport, mais contrairement au héros de l’autre série, elle souhaite ardemment faire du haut niveau. Seulement son père, de confession musulmane, s’y oppose… Un sujet de société fort, mais traité de façon plutôt fine je trouve. Le père, pratiquant mais pas extrémiste, a des convictions, mais est aussi ouvert à la discussion, avec sa fille, avec un éducateur… Il faut dire que lui-même a pratiqué la course de fond dans le désert… La mère de Safia est aussi traitée avec retenue, elle qui n’a pas pu avoir la carrière artistique dont elle rêvait et se retrouve à nettoyer les douches du Stade de France… Son petit frère aussi, adolescent pas rebelle qui veut aider sa sœur. Encore une fois, il y a un rôle d’éducateur, mais il n’est pas omniprésent, on le voit juste à 2-3 reprises. Le parcours de Safia est crédible, un peu exemplaire bien sûr par la suite, mais c’est vraiment le réalisme dans son histoire qui m’a marqué. Safia est concentrée sur son objectif, elle avale les kilomètres, mais n’en oublie pas de bien travailler au lycée, une condition sine qua non pour que ses parents la laissent s’exprimer. Le dessin de Sébastien Verdier est pour moi une découverte. Je m’attendais à un auteur débutant, au trait hésitant, et pour une fois dans une série sportive (la première peut-être), le dessin est vraiment bon, les personnages sont bien proportionnés, les décors sont réalistes… Peut-être encore un manque de réalisme sur certains visages, mais c’est pour chipoter. Et, point positif, pour une fois le sport ne fait pas tache dans l’histoire. Il est au centre, mais est traité de façon très intelligente, on ne s’ennuie pas du tout dans les scènes de foulées de Safia… L’album comporte en annexes un historique du marathon, des origines antiques aux grandes performances, mais aussi une bibliographie multimédia sur le sujet. Il s’agit là d’un bel album, très intéressant, pédagogique, bien mené, très bien illustré. A lire.
Notes
Tiens j'ai lu certaines de ces planches sur le blog de Boulet... Je me souviens particulièrement de la série "Péremption"... J'ai passé d'excellents moments à leur lecture, mais n'étant pas particulièrement fan des blogs BD, j'ai un peu arrêté d'y aller... La publication en album des "meilleures" de ces notes permet donc une séance de rattrapage. Et pour ceux qui ne connaissent pas, c'est une excellente occasion de découvrir ce maître de la narration et du dessin qu'est Boulet. Alors bien sûr, on peut dire que ça perd un peu en ambiance, que certains textes sont un peu petits, etc., mais franchement ce serait dommage de bouder son plaisir. Bien sûr, l'auteur en rajoute des tonnes, romance largement sa vie, mais c'est là qu'on voit le vrai talent de raconteur d'histoires, je trouve. A lire si vous êtes tout de même dans ce genre de trip.
Coupures irlandaises
Pour avoir été traîner mes guêtres en Irlande et plus particulièrement à Belfast, je dois dire qu'on y est tout à fait. Mais plus que ça, je pense que c'est aussi l'aventure d'y aller que l'on retrouve à travers le rythme. C'est génial, merci de m'avoir fait revivre ça ! Coté dessin je ne connaissais pas Bailly, mais je retrouve un peu le style du Le Sourire du clown.
Le Roi des Mouches
avis sur le tome 1: Au terme de ce premier semestre 2005, très peu de bandes dessinées peuvent se targuer de m'avoir autant pris aux tripes. Acheté sur les conseils d'un ami, j'ai été véritablement emballé par cet album. Tout d'abord coup de chapeau à Albin Michel, qui édite un objet de qualité (à l'image des albums de Marniquet alias Gauthier). La couverture, sobre et peu explicite, attire naturellement l'oeil. Mais "le roi des mouches" ne se résume pas à cela, non. C'est noir, c'est malsain, c'est glauque mais pourtant que c'est bien. Une véritable étude scientifique sur un microcosme d'individus désoeuvrés et sans morale. Pirus nous décrit un monde noir, découpé en une dizaine de chapitres où histoires et personnages se croisent et se recroisent, un véritable puzzle de 62 pages. La forme narrative choisie (que des monologues, exceptés quelques dialogues vers la fin) accentue ce sentiment d'assister à une enquête sociologique sur les habitants d'une ville paumée. En plus, le dessin de Mezzo est beau, précis, et les personnages sont souvent face à nous (comme à une caméra), comme s'ils répondaient à une interview. Malgré le malaise qui se dégage du livre, on s'attache à cette bande de désoeuvrés. Un livre étrange, dérangeant, très dense et surtout excellent. Une découverte pour moi en tout cas. Avis sur le tome 2: Quatre années, il aura fallu attendre quatre ans pour avoir la suite du"roi des mouches" ,- je ne dis pas connaitre la suite car le suspens n'était tout de même pas si insupportable que cela à la fin du premier opus-. On retrouve le personnage d'Eric dans un univers toujours aussi glauque:boissons, sexe, trafic ;.mais aussi les petites chroniques autours des personnages(d'ailleurs la galerie de personnages s'étoffe dans ce volume, comme David, Mr Généro...) évoluant dans des décors dessinés à la règle. C'est carré, d'ailleurs tout est carré: le dessin, les rares phylactères, les récitatifs, le scénario! Car il n'y a pas ou peu de bulle mais des récitatifs intérieurs qui donnent au récit un caractère encore plus oppressant. C'est toujours aussi sombre, aussi malsain, noir très noir mais superbement dessiné. A noter que ce second volume est édité par Glénat (collection Drugstore) après l'avoir été par Albin Michel (pour le premier volume). Glénat a conservé le même format et la même qualité de papier que l'éditeur précédent. Seuls changement notables: le prix et la numérotation des pages. Une bande dessinée de 64 pages qui demande, en outre, beaucoup de temps pour la lire, et cela, n'est pas banal par les temps qui courrent. Mezzo et Pirus signent là , une nouvelle fois, un petit bijou