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Les coups de coeur de hevydevy
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En France la saga de Slàine avait débuté par l’arc dessiné par Simon Bisley ("Le Dieu Cornu", 4 tomes bientôt réédités par Nickel), et s’était poursuivie jusqu’au tome 11 (les toutes premières aventures n’ayant elles, jamais été traduites, noir et blanc oblige j’imagine). En 2005, Mills reprend les aventures de son héros, qui seront alors pré publiées dans le magazine anglais 2000AD, avant d’être compilées dans 3 volumes au format cartonné de plus de 100 pages chacun, intitulés "Books of Invasion".
L’histoire répartie en 6 parties (2 par volume), réinsert Slàine dans sa continuité originale, le faisant de nouveau leader de son peuple. Il devra encore une fois faire face à ses ennemis jurés fomors (dieux-démons de la mer se nourrissant de la douleur et des larmes humaines), qui pour certains sont représentés dans cet arc sous la forme de parasites. Ainsi, pour évoluer sur la terre ferme ils ont besoins d’hôtes humains, appelés alors Golamh, dont ils prennent le contrôle en fusionnant avec eux. Les invasions de l’histoire quant à elles sont menées par le peuple humain Atlantéen, à la recherche d’une terre promise sous l’influence des Fomors. A leur tête Gael, Golamh du seigneur Odacon et sa compagne égyptienne Scota. A noter que Ukko a la bonne idée d’être absent de plus de 75% de l’œuvre (il est surtout présent dans la seconde partie du tome 3, partie indépendante des invasions précédentes).
A travers cette Geste des Invasions, Mills continue donc petit à petit à fictionariser la mythologie celtique par l’intermédiaire de son héros. Dans sa postface, il explique pourquoi, à l’image de cette mythologie si particulière, les aventures de Slàine ont pu paraître à certains quelques peu anarchiques et partant dans tous les sens lorsqu’il s’est éloigné de ses racines mythologiques (c’est à dire les tomes 5 à 11 parus en France, auquel il se réfère en parlant du Dark Age de Slàine). Il a pourtant toujours été fidèle au "celtic dream", et il déplore qu’à cette époque, ses éditeurs et certains des dessinateurs associés à sa saga, ne partageaient pas son idéal.
En la personne de Clint Langley, il a trouvé quelqu’un de complètement en phase avec sa création. Le dessinateur n’a plus grand-chose à voir avec celui qui illustra le tome 8 de la précédente série. Ici, on a affaire à des dessins peints photo réalistes, avec un niveau de détail dans les costumes et les décors tout à fait stupéfiant, ce qui permet un rendu très chaleureux et pas artificiel pour des illustrations à la bases travaillées à la palette graphique. Le découpage souvent aéré par des cases en pleine page ou en cinémascope, induit une grande fluidité de lecture. On atteint même un sommet de poésie dans le troisième tome où le dessinateur décrit le parasitage fantasmé de Slàine par Odacon par 6 pleines pages sans dialogue, se finissant sur une représentation de Slough Feg tout simplement sublime.
Précisons d’ailleurs ici que Clint Langley s’est chargé personnellement de la conception graphique de l’édition française, et celle-ci arrive à surpasser la déjà très remarquable édition anglaise. Déjà, le plus grand format (24x32 au lieu de 21,5x28,5), et le remontage de certaines planches permet de mieux profiter des dessins très fouillés de l’artiste, et même parfois de récupérer la totalité de certaines illustrations tronquées dans l’édition originale. On peut aussi noter une qualité d’impression légèrement supérieure ainsi que le rajout d’illustrations double pages (incluses souvent en bonus en fin de recueil dans l’édition anglaise) qui rajoutent des cassures de rythme (respirations) judicieusement placées. Les onomatopées incrustées directement dans le dessin ont même été traduites sans perte de design. Du beau boulot !
Et la qualité du scénario est à la hauteur des dessins. Je pense même que c’est la meilleure histoire de Slàine tout court. Sûrement encore parce que Langley est un parfait illustrateur de l’inventivité bouillonnante de Mills. Mais aussi parce que l’humour et le style "full frontal" de ce dernier fait encore une fois mouche (le sort final réservé à Odacon par exemple). De frontal, il n’y a qu’un pas pour souvent qualifier les héros (et le style) de Mills de bourrin. Mais à y regarder de plus près, Slàine par exemple, présente souvent des attitudes contredisant son image. Il sait faire preuve de clémence, d’autodérision, de féminisme, et ses choix en temps que souverain sont extrêmement éclairés. |
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Profitant de la sortie du tome 8, je me suis lancé dans une relecture intégrale de cette série, avec l’idée d’une critique pour Bdthèque à la clé, prévoyant à la louche et de mémoire, un petit 4 étoiles des familles, caractéristique d’une très bonne mais pas transcendante série.
Et vlan, je me suis fait transcender (d'où le coup de coeur rétroactif).
Car cette fois-ci, la lecture en continu m'a permis une immersion totale dans ce monument de gothique baroque. Avec cette vue d’ensemble, j’ai pu prendre conscience de certains points qui m’avaient échappés (et beaucoup de références mythologiques ou historiques me manquent encore), comme la structuration immuable de chaque tome : une ouverture en flash Back avec doubles regards croisés, des intrigues ou sous intrigues identifiables par leurs "couleurs" et la coupure finale au beau milieu d’une scène d’action intense. Je sais aussi désormais quels sont les tomes clés auxquels se référer pour bien comprendre l’univers monde de Requiem (en particulier le tome 4 qui fournit une cartographie de Résurrection, et qui établit clairement les enjeux et agendas de chacun). Et surtout, j'ai compris que pour apprécier cette BD pleinement, et en particulier le dessin de Ledroit, il faut du temps devant soi (il m’a fallu une dizaine de jours pour en arriver correctement à bout).
Je n’ai jamais fait mystère ici de mon goût pour les œuvres de Pat Mills (au moins une quarantaine de séries collectionnées avec fébrilité depuis la traduction française de Slaìne en 1989), et avec des BD d’une telle qualité, cela n’est pas prêt de s’arrêter.
Et pourtant, je devrais être lassé, car on retrouve dans Requiem des thèmes qu’il n’a jamais cessé d’exploiter depuis la création en 1977 du magazine de SF emblématique britannique 2000 AD (dont il a co-créé la star Judge Dredd). On retrouve donc pêle-mêle ses cibles habituelles que sont les communautés scientifiques, religieuses, militaires et policières, communautés dont il n’a de cesse de pointer les hypocrisies (heureusement souvent avec humour). On est aussi en terrain familier lorsqu’il s’agit d'assister à la confrontation entre des personnages savoureusement réincarnés et d’opposer fanatisme et paganisme ainsi qu’ordre et chaos (Sha, Nemesis). On peut d’ailleurs découvrir la version bêta de Résurrection (appartenant à un sous genre de SF de mondes inversés) dans les chroniques du Khaos de sa série les ABC Warriors (et beaucoup des principes de vie de nos vampires trouvent leur germe dans les traditions celtiques exposées dans Slaìne).
Pat Mills est quelqu’un de visiblement obsessionnel, qui n’hésite jamais à se servir de ses scénarii comme exutoire à sa haine et son dégoût. Cela donne donc des œuvres souvent très violentes, librement et sexuellement explicites, voire même à la limite du dérangeant (ceux qui auront lu Le Fardeau de l’Homme Noir me comprendront peut être). Ses personnages se retrouvent donc logiquement à vomir des litanies de haines et égrener des chapelets d’insultes à longueur de page, avec un cynisme et une crudité qui en deviennent presque poétiques dans leur inélégance. Pat Mills est de ces artistes au style frontal, qui appellent un chat un chat sans détours ni métaphores, à l’instar d’un Paul Verhoeven pour le média cinématographique. Ce sont donc des gens rares.
Cette part d’ombre de l’auteur est dans Requiem contrebalancée par un foisonnement d’idées et une richesse créative qui déborde à chaque page (et qui explique les chemins de traverses empruntés par une histoire qui ne cesse de s’étendre, mais qui s’en plaindra ?). Et c’est principalement ce point qui est magique dans cette série et qui m’amène sans arrière-pensée à monter à 5 étoiles.
Bien sûr, le travail d’Olivier Ledroit n’est pas étranger à cette impression d’émerveillement (euphémisme sachant qu’il est responsable d’au moins 50 % des trouvailles géniales de cet univers inversé). On peut même parler de symbiose entre les 2 auteurs (renforcée par une équipe éditoriale solide – Jacques Collin à la traduction et Anne Drano au lettrage - présente depuis le début).
Même si le style de dessin n’est pas le critère qui prime pour moi dans une BD, j’ai d’abord été épaté par le travail d’Olivier Ledroit, et ce sentiment s’est mué en admiration respectueuse depuis cette relecture (il est le Peter Jackson du neuvième art !). Tout m’impressionne désormais : les études de caractère minutieuses effectuées sur les personnages, l’incroyable bestiaire de créatures fantasmagoriques, les décors fourmillant de détails, les objets et diverses armes (les deux pages consacrées à l’épée ceinture du tome 8 vaut à elle seule l’achat de l’ouvrage), les nombreux effets panoramiques apportés par des cadrages originaux (mais toujours parfaitement lisibles) et l’association judicieuse de la palette de couleurs aux différentes castes peuplant Résurrection. Un travail de Titan qui mérite bien l’attente de nombreux mois entre chaque tome. Le dessinateur assume en toute clarté ses sources d’inspirations et hommages (art book à l’appui), en n'hésitant pas à puiser dans les autres médias que sont la peinture bien sûr, mais aussi le cinéma (on peut sans trop s’avancer citer la mise en scène de Sergio Leone, avec ses alternance de plan larges et de gros plans oculaires). Je ne m’étendrais pas plus sur le talent évident du bonhomme (nous possédons un diamant en France, il faut le crier haut et fort !), je citerais juste ce passage unique dans le tome 7, où pour accentuer l’importance d’une scène (la première régénération physique de Requiem), Ledroit oblige le lecteur à un acte physique, celui d’orienter une double page dans le sens vertical. Et quelle double page ! Pour rallonger la chute vertigineuse du héros, celle-ci a lieue selon une diagonale, se finissant par une renaissance par le siège radicalement iconoclaste (en une page se bouclant sur elle même). Bluffant !(*)
Enfin, cette BD qui pourrait avoir la lourdeur et la pesanteur inhérentes au genre romantico-gothique contemporain, ne se prend que rarement au sérieux et n’hésite jamais à glisser une touche d’humour décalée au milieu de cet enfer apocalyptique (le clin d’œil à "Il était une fois dans l’Ouest" du tome 8 et ses « manteaux » dans lesquels il y avait « cent culs », « cent culs » qui se sont fait « bottés »).
Alors en résumé, si pour vous une BD doit se lire en 10 minutes, sans efforts, et sans que les auteurs ne jouent trop rapidement avec les limites de votre imagination, alors passez votre chemin. Si vous trouvez le bleu Klein trop bleu, n’aimez pas les dessins trop fouillés et n’êtes rassurés que lorsqu’il y a 9 ou 12 cases par page, bien alignées et sans qu’aucune bulle ne déborde, alors passez aussi votre chemin.
Dans le cas contraire, prenez votre temps, et régalez-vous !
(*) J'ai appris récement (et pu constater de visu) grâce au site de Popi, que cette double page est en plus une démarcation de "l'enfer" de Jérome Bosh. |
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Bon, ce n’est pas une nouveauté (2008 pour cette compilation, et 2004 pour la première publication), mais la nomination de Whedon aux Eisner Awards 2008 dans la catégorie Best Writer (pour Astonishing X-men justement et Buffy saison 8 ) m’a donné envie de relire cette BD que j’avais déjà trouvée excellente la première fois.
Ce pavé de près de 300 pages publié dans la collection Deluxe Marvel, est un très bel album, même s'il perd quelque peu de sa superbe en traversant l'atlantique.
C’est sur le nom de l’auteur que je me suis penché sur l'objet car cela fait bien longtemps que j’avais abandonné les séries X. Curieusement ce qui frappe au bout de quelques pages, c’est que l’on a pas forcément besoin d’être resté un X-Menophile acharné pour entrer dans l’histoire puisqu’on a l’impression d’être revenu au temps du run mythique de Claremont et Byrne (ceux qui ont connu la publication de ces histoires via Special Strange ne seront pas dépaysés puisqu’on ne retrouve pas de perso postérieurs à cette époque). Ce run a sûrement aussi marqué Whedon, puisqu’il va se débrouiller pour ressusciter un personnage emblématique de cette équipe (je n’en dit pas plus pour ne pas spoiler la lecture) et multiplier les références s'y rapportant (une attaque de sentinelle très "days of future past").
Ce recueil compile les 12 premiers numéros de cette série (c’est à dire les 2 premiers arcs de l’auteur : "Gifted" et "dangerous", jeu de mot savoureux pour ce deuxième titre au vu du contenu de l'arc), traduite une première fois en France en kiosque dans la série du même nom (y compris la suite que je ne connais pas encore, préférant attendre la publication du deuxième volume "deluxe").
Le lecteur est (ré)introduit dans l’univers X par l’intermédiaire du personnage de Kitty Pride revenant à l’école du professeur Xavier (recrue introduite justement pendant le run Claremont/Byrne). L’immersion dans l’âge d’or des X-Men est complétée dans le premier chapitre par le retour à des costumes plus classiques.
Les dessins sont assurés par John Cassaday et la mise en couleur est de Laura Martin. Le style très réaliste de Cassaday (pour un comics de super héros) permet d’appréhender cette bande dessinée avec un regard adulte, et la mise en page très sobre et très claire (on comprend tout ce qui se passe pendant les combats), facilite grandement l’immersion dans un récit qui traite souvent ses différentes intrigues et sous intrigues en parallèle.
Le fil rouge de la première moitié de l’histoire (6 premiers numéros, idée qui sera utilisée entre autres dans le film X-Men 3), est associé à la découverte d’un « vaccin » anti mutation et les conséquences de cette découverte pour nos héros (l’utilisera ? l’utilisera pas ?). Dans la deuxième partie, ces X-Men seront confrontés à un "ennemi intime" ainsi qu’à une super sentinelle. Le suspense final finira de raviver nos souvenirs émus, par un clin d'oeil à la saga du Dark Phénix (toujours de Claremont et Byrne).
L’histoire est captivante de bout en bout y compris au sein de chaque épisode. La Whedon touch est au rendez-vous : mélange très équilibré de drame et d’humour, répliques savoureuses (probablement le meilleur dialoguiste du moment, tout média confondu) et frissons dans le dos assurés.
Probablement une des toutes meilleures sagas des mutants rois de la Marvel, et j’attends donc avec impatience et confiance la prochaine fournée d’astonishing X-Men ! |
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Je ne partage absolument pas le point de vue de Ro sur les qualités de "Buffy The Vampire Slayer", néanmoins sa critique soulève un point essentiel : cette bande dessinée s’adresse avant tout aux fans/connaisseurs de la série TV (exigeants de surcroît). Donc mon propre avis s’adresse principalement à ces derniers (et ce n'est pas de l'élitisme).
Qu’est ce qui fait de Buffy une grande série :
- la qualité indéniable de son écriture, due en particulier au talent de dialoguiste hors norme de ses auteurs (pour Whedon en particulier cela tient même du génie) et de son humour très second degré qui me fait penser que cette série n’est pas, et n’a jamais été une série pour ado,
- un cast de grande qualité, porté par une excellente interprète principale (Sarah Michelle Gellar) et qui ne s’apprécie pleinement qu’en v.o. (j’avais la même opinion que Ro lorsque j’ai découvert la série en v.f., et puis je suis tombé sur la quatrième saison en v.o., et ça a été la claque),
- une vision sur la durée qui apporte une cohérence certaine aux sept saisons et à cette huitième (un showrunner qui sait où va sa série sur le long terme, c’est assez rare pour être souligné),
- même si la mise en scène télévisuelle a les mêmes contrainte que n’importe quel show de grand Network (22 épisodes de 42 minutes par saison, avec un budget très serré y compris lorsque la série était au top de sa popularité), on pouvait tombé de temps à autres sur des épisodes graphiquement marquants (généralement réalisés par Whedon lui-même comme "The Corpse", "Hush", et le très lynchéen "Restless").
Les premier et troisièmes points portant tous deux la marque de Joss Whedon, on ne peut qu’être rassuré sur la qualité des histoires de la BD (ce n’est pas de la divination, c’est un constat de la qualité des scénarii après deux relectures). Comme sur la série celui-ci supervise les pitch des différentes histoires, se charge de l’écriture de certains épisodes, déléguant à des habitués maîtrisant le Buffyverse (de la série TV ou des adaptations BD précédentes) l’écriture du reste de la série. Pour ce premier tome, les 5 épisodes sont de la main de Whedon lui-même (la série se poursuit au rythme d'arc en 4 épisodes, entrecoupés d'épisodes uniques). De plus, si l'auteur/créateur a décidé de sous titré cette série "saison 8", cela veut bien dire qu’il va continuer à gérer la cohérence de sa série et l’évolution par étapes de ses personnages.
Le deuxième point fait forcément défaut, et si les dessins de Jeanty assurent la reconnaissance des personnages (avec un rendu générale comics un peu trop classique à mon goût), il ne peut pas nuancé le jeu de "ses acteurs" comme la série pouvait si bien le faire (donc on perd un peu en émotion autre grosse qualité de la série TV). Et comme cette parution chez Fusion Comics est une adaptation française (bonne traduction de Jérôme Wicky néanmoins), on perd beaucoup de la rythmique des dialogues originaux et de leur interprètes respectifs (sans même parler des accents de chacun). La traduction façon "djeuns" du langage familier original n'arrange rien à l'affaire, abaissant artificiellement l'age des protagonistes (entrés dans l'age adulte depuis quelques années maintenant).
Quand au quatrième point, pour l’instant tout ce que je peux dire c’est que même si les dessins ne transcendent pas le matériau d’origine, la BD se lit très bien. Il manque quand même un peu d’audace pour l’instant (hormis quelques ruptures de rythme temporelles dans le cinquième épisode -dessiné par Paul Lee- rupture imposée par le script de Whedon).
Pour les puristes une petite comparaison v.o./v.f (je ne parle pas ici des recueils v.o.).
Si le format reste inchangé, l’édition française a l’avantage d’une couverture cartonnée et le fait d’inclure non seulement les magnifiques couvertures de Jo Chen mais aussi les couvertures variants de Georges Jeanty (et un résumé des 7 saisons TV).
Par contre, j’ai trouvé les 3 erreurs suivantes : à la première partie page 5, la bulle de pensée en bas de la case 2 (bulle un peu obscure telle qu’elle a été traduite et qui fait référence en fait à un épisode de la saison 5 d’Angel) est à intervertir avec celle en haut de la case 3. Page 17 de ce même épisode, case 3, une bulle de Buffy a aussi été intervertie avec une bulle de Xander (= Alex en v.f.). Enfin au troisième épisode à la planche 2, case 3, la deuxième bulle de Buffy devrait contenir : « Pas d’accord non plus. Comment es tu entré dans mon rêve ? ».
Je conseille donc vivement l’achat de cette BD aux fans de la série de Joss Whedon qui ne seront pas déçus, mais par contre je le déconseille aux personnes étrangères (ou rétives) à son univers et son humour. Pour ceux qui ont soif de découvertes, un détour par la case DVD (en v.o. sinon rien) s’impose avant de se lancer dans cette bande dessinée.
ps : un des avantages des comics v.o. mensuels est le courier des lecteurs toujours très enrichissant (pour mettre la honte à Whedon -et sa mémoire défaillante- qui a fait revenir un personnage qui mythologiquement ne le pouvait pas), et qui a permis à l'auteur d’expliquer pourquoi il avait dédicacé le cinquième épisode à une certaine Janie Kleinman. Il s’agit d’une executive de la série qui a été diagnostiquée d’un cancer un peu avant la diffusion de la saison 1 (à qui on avait donner quelques mois à vivre) et qui est décédée en 2007, 12 années plus tard. Elle a assuré sans jamais se plaindre ses fonctions sur la série durant les 7 années où elle est restée à l'antenne, et ce, en dépit de sa maladie. Pensez donc à lire ou relire le cinquième épisode de ce premier tome avec ce fait à l'esprit pour bien en saisir toutes les subtilités. |
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Nom série
Filles perdues
posté le
24/03/2008
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Achat conseillé ?
Oui
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Note
(Franchement bien)
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Ma première rencontre avec Lost Girls date de 1995. L’œuvre était restée inachevée, et à l’époque je n’avais pas du tout apprécié cette BD (le dessin de Gebbie me rebutait, et en 6 chapitres, je n’ai pas eu la possibilité de cerner les intentions pornographiques de Moore). Treize ans plus tard, et après 2 lectures (la première en 2006, et la deuxième avec la sortie française), mon avis a finalement beaucoup changé (mûri ?).
L’histoire comporte 3 volumes. Chaque volume/livre (ou book en v.o.) comporte 10 chapitres de 8 pages exactement (donc en tout 240 pages).
Petit comparatif entre l’édition française et l’édition originale : globalement et de toutes façons (n'ayant aucune idée du potentiel commercial de l'oeuvre sur le marché français), l’édition française reste de très grande qualité, et très nettement au dessus de ce qui se fait habituellement (épaisseur du papier, lettrage etc..). Coup de chapeau donc. Les différences principales sont les suivantes : les 3 livres de l’œuvre (vendus dans un coffret) ont été regroupés en un seul (pas de coffret donc), le format a été légèrement réduit et le texte est plus petit pour donner plus de place au traducteur afin de ne pas dénaturer l'oeuvre (mais est donc moins agréable à lire). Le style de la typo du lettrage de Todd Klein n’a pas été repris.
La couverture de l’édition française reprend celle du livre 1 original (la couverture du coffret étant reprise au dos de l’édition française), mais il faut savoir que chaque couverture et dos de couverture des 3 livres se faisaient écho. Ainsi, au dos du livre 1 de la version originale, on peut admirer l’illustration complète du reflet apparaissant dans le miroir de la couverture de l’édition française (où les 3 héroïnes sont nues et mises en scène autours d’un « fauteuil godemiché »). Il manquera donc dans la version Delcourt, les couvertures (versions soft) correspondants aux livres 2 et 3 ainsi que les dos de couvertures (versions hard) des 3 livres.
On pourra aisément au niveau du dessin remarquer une rupture de style entre les 2 premiers numéros de 1995 (les 6 premiers chapitres) et la reprise de l’œuvre. Les bulles de l’édition de 1995 ont d’ailleurs été retravaillées pour accentuer le coté pastel doucereux de l’ensemble. Le style relâché de Gebbie (voir CobWebb) est bien sûr immédiatement identifiable, et à la deuxième lecture on se surprend à apprécier de plus en plus ce style, même si parfois les visages paraissent bâclés. Au premier abord, on sent la volonté des auteurs d’en faire une œuvre où tout n’est que « luxe, calme et volupté » (jusqu’au touché du papier utilisé pour imprimer) alors que beaucoup de pages comportent leur lot de « full frontal nudity » et de gros plans sur des sexes offerts. On notera quand même certaines ruptures de mises en page, certains passages en noir et blanc et des illustrations « à la manière de » qui apportent un contraste souvent bienvenu pour éviter la monotonie pastel.
L’histoire fil rouge, est celle de nos 3 héroïnes, se racontant leurs premières aventures sexuelles, aventures habilement « métaphorisées » par Moore à partir de leurs romans respectifs (« Alice au pays des merveilles », « Le Magicien d’Oz » et « Peter Pan »). Et là, je commence à beaucoup regretter de n’avoir jamais lu ces 3 romans afin de mieux cerner les références utilisées.
Il est essentiel d’insister sur l’envie d’Alan Moore d’accoucher d’une œuvre complètement pornographique (âmes sensibles s’abstenir, c’est cru et sans tabou) avant d’appréhender l’ouvrage. Au delà de ce premier but, c’est une œuvre qui questionne et fait se questionner le lecteur sur la sexualité et la nature des fantasmes qui y sont attachés. Quand je dit aucun tabou, c’est vraiment aucun puisque pédophilie et inceste sont par exemple abordés ce qui en bousculera plus d’un (j’en suis, ou plutôt, j’en étais). Mais c’est toujours présenté avec un angle d’approche très subtil, permettant d’exclure le rejet primaire de ce qui est dépeint. Je m’explique : une personne de mon entourage qui a lu la BD, trouvait bien trop léger le traitement de notions aussi extrêmes que l’inceste ou la pédophilie. Le débat qui en suivit fut âpre mais on s’est rendu compte que toutes les questions et objections contenues dans nos arguments respectifs se trouvaient dépeint à un moment donné ou un autre dans la BD.
Le premier livre nous présente les personnages alors qu’ils font connaissance. C’est dans l’avant dernier chapitre de ce premier volume qu’est abordé pour la première fois le thème de la pédophilie mais à travers un pédophile « passif ». Dans le second livre, nos héroïnes insouciantes vont continuer de narrer leurs récits sexuels, ces derniers étant de plus en plus explicites. Cette montée en puissance est palpable à travers les thèmes abordés : homosexualité masculine, pédophilie de moins en moins passive au travers des récits de Wendy, ainsi que l’inceste qui fait « doucement » son apparition au travers des aventures de Dorothy.
Ambiance de fin de monde par contre dans le troisième livre, où les scènes d’orgies et de débauches vont se succéder sans relâche (le bouquet final ?). Les thèmes sexuels sont poussés encore plus loin : pédophilie « active », inceste à tous les degrés de parenté, zoophilie, relations maître/esclave bien sûr, et j’en passe et des meilleurs. Et c'est le moment qu'utilisent Moore et Gebbie, pour obliger le lecteur (jusqu'ici plutôt acteur/spectateur) à participer activement au(x) d(ébats) (Alix, elle est pour toi celle là!). Et puis un dernier chapitre et une fin tout simplement sublimes.
Y a-t-il un but à cette histoire, en dehors de provoquer l’excitation du lecteur ou de la lectrice ? A la deuxième lecture, je pense en tout cas en avoir perçu un message évident (pourtant sous-jacent dans toutes les interviews des auteurs) qui se trouve résumé à la fin de la page 139.
Une œuvre troublante à tout point de vue, pour son érotisme, et ce qu’elle nous renvoie de nous même, portée par trois héroïnes attachantes. Et c’est sur ce point que les auteurs font mouche : leur œuvre pornographique présente des personnages développés, exprimant leurs sentiment, leurs peurs et leurs craintes, et c’est ce surcroît d’humanité qui rend la BD forcément encore plus excitante (au sens sexuel du terme) ! Pari gagné donc (il serait bon que l’industrie du X s’en inspire), et désormais un coup de coeur.
PS : en parallèle à cet avis, j’ouvrirais bientôt un topic orienté techniques narratives, en commençant par cette BD. Attention, ce complément d’avis pourrait spoiler le plaisir de découverte de l’œuvre. |
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