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... a posté 210 avis et 19 séries (Note moyenne: 3.59)

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Les coups de coeur de Blue boy

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Nom série  Mauvais genre  posté le 25/06/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Une sacrée histoire que celle de Paul Grappe ! Curieusement, ce n’est qu’en refermant la dernière page que j’ai réalisé qu’il s’agissait d’une histoire vraie. Et pourtant je ne doute pas qu’un scénariste brillant ait pu concevoir un récit aussi incroyable, aussi dérangeant, aussi fascinant. Un gros pavé dans la mare fétide des opposants au mariage gay et autres paranoïaques redoutant un enseignement du plus « mauvais genre »… Et quand je dis « gros pavé », surtout ne pas se méprendre ! Car si pavé il y a, celui-ci est tout en finesse, servi par un joli dessin au pastel à dominante gris sépia parsemé de touches de rouge, pour évoquer d’une part le sang de la boucherie 14-18 et d’autre part la relation passionnelle et tumultueuse entre Louise et Paul ou encore la séduction un brin provocante. Au niveau du trait, on est presque plus dans l’esquisse, le but étant de faire ressortir les ambiances, les attitudes et les expressions des personnages, ce que Chloé Cruchaudet réussit avec énormément de talent. C’est vraiment très très beau à regarder et on se dit que les contours des cases auraient été superflus dans une histoire sur la relativité du genre…

Par ailleurs inspirée d’un roman, cette BD nous fait vivre la transformation physique et morale d’un homme qui au départ se travestissait uniquement pour sortir de la clandestinité. Un rien macho au départ, Paul va peu à peu découvrir sa part de féminité qu’il finira par assumer totalement et mettre en valeur en devenant la star des soirées olé-olé du Bois de Boulogne. Du coup, on se dit que ce n’est peut-être pas tout à fait par hasard si on disait de ces années qu’elles étaient « folles »… L’humour n’est pas absent et vient judicieusement contrebalancer la dureté de certaines scènes évoquant la Grande guerre au début de l’album, une guerre où par chance Paul n’aura (délibérément) laissé qu’un doigt pour éviter d’y laisser le reste.

Il va sans dire que « Mauvais genre » est un énorme coup de cœur pour moi, et incontestablement une des meilleures productions de l’année 2013.

Nom série  Les Idées fixes  posté le 24/05/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
De prime abord, j’avoue avoir eu quelque appréhension à la vue du graphisme et de la mise en page. Appréhension assez vite contredite par une lecture plutôt fluide malgré l’absence de cases et une disposition en apparence anarchique, mais il est vrai qu’un quelconque semblant d’ordre aurait paru déplacé pour un ouvrage faisant en quelque sorte l’éloge de la folie et de la liberté. Un tel parti pris était pour le moins risqué et Gabrielle Piquet relève le défi avec brio. Comme guidé par les muses de Cocteau, son trait épuré et fragile serpente entre chaque page avec une telle grâce, une telle légèreté, que j’ai à peine réalisé être arrivé à la fin de cet OPNI (Objet poétique non identifié), envoûté que j’étais par la musicalité des textes.

Oui assurément, cette histoire se lit comme une chanson, quasiment d’une seule traite, comme un conte pour enfants pas sages croyant à l’impossible. Sa petite musique pleine de douceur finit, l’air de rien, par nous prendre au piège de ses sortilèges dont on se révélera la victime consentante, selon notre capacité à rêver, notre curiosité à voir au-delà du visible. A ce titre, la confrontation entre l’adulte et l’enfant est intéressante dans le sens où les rôles sont comme inversés : le premier, transformé par une guerre traumatisante, sauvé peut-être grâce à son imagination exaltée et sa folie « infréquentable », apparaît beaucoup plus vif et joyeux que le second, « petit enfant fripé » à l’âme déjà « flétrie » et gouvernée par une frileuse raison, démonstration éclatante qu’il n’y a pas d’âge pour être jeune, pas davantage que pour être vieux. Cet album sans prétention, tout en humilité, devrait dévoiler ses multiples petits joyaux étincelants à qui sera réceptif (encore qu’une seule lecture n’y suffira sans doute pas), invitant chacun à laisser s’exprimer sa folie au lieu d’en avoir peur, à briser ses chaînes et à déchirer son voile de cécité.

Nom série  Abélard  posté le 09/03/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
En attaquant les premières pages de cette BD « animalière », on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Un décor idyllique avec des personnages à tête d’animaux dans une mignonne petite cabane au bord de l’eau, le tout dans un style « cartoon », ça donne un côté enfantin, à la limite presque mièvre. Mais en même temps, ça tape la belote, ça sirote des « binouzes » et ça cause argot. Et puis il y a ces petits papiers contenant des citations qui mystérieusement sortent chaque jour du chapeau d’Abélard, une jolie trouvaille. Du coup, on est un peu titillé, ce décalage entre le dessin et le propos est pour le moins paradoxal, et on est pressé de voir de quoi il retourne… Abélard veut donc parcourir le monde pour retrouver sa belle, c’est ainsi qu’on va le suivre dans son périple où rien ne se passera comme prévu, mais je ne peux décidément pas en dire plus…

L’histoire est à ranger dans la catégorie « quête initiatique », mais une quête étonnamment sombre avec une toute petite lueur au bout d’un tunnel peu rassurant, avec à la clé une réflexion grave et désabusée sur le voyage, la solitude, le racisme, l’intolérance, bref, le monde comme il va en somme... C’est aussi et surtout une magnifique - et je pèse mes mots - histoire d’amitié entre deux êtres (Abélard le moineau candide et Gaston l’ours grognon) qui n’ont a priori rien à faire ensemble… Quant au trait stylisé et empreint d’une belle poésie de Dillies, il confère idéalement un peu de légèreté à l’ensemble.

« Abélard » s’est avéré être pour moi une énorme claque mais une claque d’une infinie tendresse qui m’a laissé chancelant, brisé par l’émotion, laissant chaque pore de ma peau, chaque fibre de mon âme, en totale empathie avec ce tout petit personnage de rien du tout qu’est Abélard. Mais attention, aucune sensiblerie de pacotille ici ! C’est juste incroyable à quel point l’alchimie d’un dessin « naïf » allié à des textes graves voire pessimistes fonctionne bien ici et peut produire quelque chose d’extrêmement bouleversant.

Ceci n’est donc pas une BD pour enfants, vous l’aurez compris. Il s’agit plus exactement d’une BD qui parvient à nous rappeler, avec intelligence, qu’on a été un jour un enfant… Je ne peux ainsi qu’exprimer mon infinie reconnaissance à Régis Hautière et Renaud Dillies de nous avoir offert ce petit bijou à côté duquel il serait vraiment dommage de passer.

Nom série  Le Désespoir du Singe  posté le 21/01/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
J’ai été très séduit par cette bande dessinée envoûtante qui m’avait déjà interpelé par ses couvertures très réussies, reflétant parfaitement l’atmosphère générale : à l’image de ce train illustrant le troisième tome, cette saga à la fois fiévreuse et ténébreuse nous embarque à tombeau ouvert vers des horizons rougeoyants d’aventures périlleuses et de romanesque débridé.

L’ambiance est souvent très sombre et pourtant jamais glauque. Le dessinateur Alfred a un sacré coup de patte qu’il gère sans coup férir. Toujours intéressantes à détailler, les cases comportent de nombreuses références à la peinture moderne du début du XXème siècle, deux des protagonistes étant d’ailleurs peintres eux-mêmes. Son trait, anguleux et tendu comme un arc, s’inspire d’un néo-expressionnisme à la fois nerveux et menaçant, se voyant renforcé par une composition audacieuse. A souligner une certaine évolution au fil des tomes, inconsciente ou non : perdant en précision, le crayon semble s’adapter, plus naïf, plus abstrait, plus onirique alors que l’histoire s’accélère et que l’abattement semble gagner du terrain. Les couleurs sont superbes, passant avec bonheur des tons chauds bouillants à des nuances obscures et glaciales. Il n’y a quasiment rien à reprocher du point de vue visuel, c’est très original, efficace et stylé, et reflète bien l’atmosphère lourde de menaces de l’entre-deux-guerres sur le vieux continent, ici en l'occurrence dans un pays (imaginaire) qui pourrait être l'URSS.

Le scénario est très bien construit, à la façon d’une sarabande dont le rythme ne cesse de s’accélérer jusqu’à l’apothéose du troisième tome. On suit ce récit tour à tour fasciné, émerveillé et inquiet pour ces héros romantiques (au vrai sens du terme), car on sait que d’une manière ou d’une autre, tout ça finira mal… Cette bande dessinée très riche allie avec grand talent l’aventure, la politique, le monde des arts et le romanesque : l’histoire d’un amour passionné entre une pasionaria et un peintre raté, amour menacé par la folie d’un régime tyrannique. Une ode à la vie et à la liberté, tout simplement. Je regretterais seulement le manque d’émotion (sauf à la fin du dernier tome), peut-être due au caractère un peu simpliste des personnages. Mais que l’on ne s’y trompe pas : cette BD demeure un petit bijou à découvrir absolument.

Nom série  Les Derniers Jours de Stefan Zweig  posté le 30/11/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Il est toujours délicat de juger une bédé inspirée d’un roman qu’on n’a pas lu. Mais si l’on s’en tient ici à l’aspect visuel, c’est tout bonnement époustouflant. Le trait dentelé de Sorel s’allie parfaitement à ses aquarelles sublimes que l’on admire tels des petits tableaux, avec des effets de lumière sidérants. Et ce quel qu’en soit l’échelle. Si les paysages brésiliens sont grandioses, on est tout autant ému par les délicats reflets d’une coupe de champagne ou de l’eau dans une piscine. Les souvenirs du « monde d’hier », en l’occurrence l’Europe de la culture et des arts avant la barbarie nazie, sont évoqués avec sensibilité, dans une ambiance à la fois crépusculaire et flamboyante.

Je dois dire que je me suis tellement laissé emporter par la magnificence du travail de Sorel que pour moi le scénario passe presque au second plan. D’autant que celui-ci n’est pas vraiment à créer puisqu’il est basé sur des faits réels : la retraite de l’écrivain au Brésil avec sa jeune épouse Lotte, quelques jours avant leur suicide en 1942. Bref, j’ai trouvé que Sorel rend ici un magnifique hommage à Stefan Zweig et qu’il a parfaitement compris l’état d’esprit dans lequel il pouvait se trouver à ce moment-là. C’est vrai, le récit est lent et contemplatif, et risquera de laisser en dehors ceux qui ne connaissent pas cet auteur dont les œuvres furent traversées par un humanisme inquiet et qui ressentit d’autant plus durement la folie destructrice qui s’était emparée de son pays et de l’Europe toute entière.

Certes, le personnage n’est pas très drôle non plus, mais comment pouvait-il l’être dans un tel contexte ? Comment le pouvait-il, lui l’amoureux des arts qui déprimait de voir le monde prêt à succomber au fascisme (et qui ne croyait pas à la victoire des Américains), et souffrait d’entraîner vers un abîme inéluctable sa chère Lotte qui aspirait à la vie malgré son asthme sévère, lui qui disait ne plus pouvoir vivre avec sa « bile noire » que rien ne pouvait chasser ?

Ce que l’on peut dire aussi de cette œuvre, c’est que les auteurs jouent beaucoup sur les contrastes. Tout d’abord celui entre deux mondes opposés, l’Europe en proie au chaos et le Brésil baigné d’une douceur de vivre réconfortante et hors du temps. Puis celui entre Stefan Zweig lui-même, en proie à un abattement inconsolable, lassé d’être devenu un exilé permanent considéré comme juif par les uns et ennemi allemand par les autres, et sa jeune épouse Lotte, portée par un fort désir de vivre et aspirant à l’insouciance, alors même que sa maladie lui rappelle que cela est impossible. Sorel parvient à rendre avec délicatesse tout l’amour et la tendresse qui unirent ces deux êtres jusqu’à leur fin romanesque, et cela aussi est vraiment très émouvant.

Nom série  Annie Sullivan & Helen Keller  posté le 27/11/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Née en 1880 dans l’Alabama, la petite Helen Keller devient aveugle et sourde à l’âge de dix-neuf mois suite à une maladie. Elle se trouve alors dans l’incapacité de communiquer avec son entourage, si ce n’est avec quelques gestes maladroits. Sa vie va être bouleversée l’année de ses six ans, quand ses parents engagent Annie Sullivan comme préceptrice. Elle-même malvoyante, celle-ci a appris à enseigner la langue des signes à l’Institut Perkins pour les aveugles. Elle va prendre en charge l’éducation d’Helen Keller et, au fil des mois, réussir non seulement à établir un contact avec l’enfant, mais aussi lui apprendre la langue des signes, puis l’écriture. Les deux femmes resteront amies à vie…

Il faut savoir que si Helen Keller est quasiment inconnue hors des Etats-Unis, elle fait partie intégrante du panthéon US, célébrée tous les 27 juin lors du « Helen Keller’s Day », le cinéaste Arthur Penn lui ayant même consacré un film en 1962, « Miracle en Alabama ». La BD s’ouvre sur un sauvetage, celui d’une petite fille brillante en train de se noyer dans un océan d’obscurité et de silence, extirpée des profondeurs par une femme rageuse et sans concessions, Annie Sullivan.

Sans esbroufe, Joseph Lambert parvient à faire passer une belle émotion en s’effaçant derrière un minimalisme pudique et respectueux. L’approche graphique du non-visible (incluant l’apprentissage de la langue des signes) est très originale, permettant de nous faire ressentir, nous les voyants, ce que cela signifie que d’être aveugle et sourd à la fois, comme si l’un des deux ne suffisait pas… On pourra reprocher quelques toutes petites incohérences narratives et des couleurs un peu trop basiques, mais l’histoire de ces deux personnages est si prenante que cela passe au second plan.

L’amitié entre Helen Keller et Annie Sullivan, ces deux êtres dont la révolte chevillée au cœur et au corps face aux cruautés de la vie s’est transformée en force, est particulièrement poignante, et il faudrait être handicapé des sentiments pour ne pas verser sa petite larme au moins une fois à la lecture du livre. De plus, leurs souffrances ne s’arrêtent malheureusement pas à leur champ de vision, mais sont provoquées aussi par la vanité et la bêtise des soi-disant voyants : les professeurs de l’institut Perkins firent subir à la jeune Helen un interrogatoire de deux heures à cause d’une stupide histoire de plagiat. C’est ainsi que l’on se dit que les aveugles (ou les sourds) ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Une belle œuvre tirée d’une belle histoire, à découvrir. Un de mes coups de cœur de l’année.

Nom série  Murena  posté le 01/10/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Dire que j’ai été bluffé par cette série serait un euphémisme. J’ai bien conscience que je ne fais pas partie des bédéphiles les plus avertis, mais je m’en veux tout de même un peu de ne pas l’avoir découverte plus tôt. Et pourtant, chaque fois qu’il m’arrivait de flâner dans une librairie (où je ne fais que feuilleter, car je n’aime pas lire dans les librairies…), j’avais toujours été frappé par ces couvertures énigmatiques et suggérant une menace implacable, d’une efficacité redoutable jusqu’au titre évoquant cet étrange poisson prédateur à la réputation sulfureuse.

Et puis tout récemment, j’ai franchi le pas en voyant les huit tomes réunis sur une étagère de ma médiathèque… l’occasion était trop belle ! Dès que j’ai attaqué les premières pages, mon intuition s’est vue confirmée : la « murène » a vite pris le dessus pour m’absorber littéralement, moi qui ne demandait que ça.

Ce formidable péplum évoquant le règne de Néron est mené de main de maître sur tous les fronts. Tout d’abord, le maître Dufaux, qui du coup porte bien mal son nom et a réussi à produire un scénario impeccable et captivant, malgré toutes les contraintes imposées par la vérité historique, évitant les contresens grâce à une source abondante de documents et de conseils d’historiens chevronnés sur cette période marquante de l’humanité. De même, textes et dialogues sont d’une grande qualité, émaillés de citations de poètes et philosophes de l’époque. Ensuite, le maître Delaby, dont le dessin précis et élégant réussit à cerner parfaitement ses sujets : luxe de détails et/ou magnificence quand il s’agit de scènes contextuelles (paysages, intérieurs, scènes de rue…), expressivité des visages, des principaux personnages jusqu’au moindre figurant, beauté des corps, masculins comme féminins. Le tout servi par une mise en couleur soignée, en particulier celle, sublime, de Jérémy Petiqueux pour le deuxième cycle.

Le premier cycle (tome 1 à 4) évoque l’accession de Néron au pouvoir jusqu’à l’assassinat d’Agrippine. Lucius Murena, lui, ne jouera un rôle déterminant qu’à partir du second cycle (tome 5 à 8 ), au cours duquel les auteurs nous proposent, en jonglant subtilement entre fiction et Histoire, de découvrir quel aurait pu être le battement d’ailes papillonesque qui conduisit au Grand incendie de Rome en l’an 64 … Pas facile d’être bref devant cette immense saga dont les bouts ne se laissent pas prendre si facilement… l’œuvre est d’une grande richesse et extrêmement bien documentée, mais en même temps jamais ennuyeuse. Normal, avec toute cette tension qui irrigue le récit, cette incandescence sourdant sous la couverture…. Quel souffle épique ! Quelle puissance de feu ! Et de feu il est beaucoup question, c’est d’ailleurs un peu le fil conducteur du récit, l’élément incarnant parfaitement la folie de Néron, obsédé qu’est celui-ci par le quatrième élément. Son règne sera comme on le sait marqué de façon irrémédiable par la quasi-destruction de la cité romaine par les flammes, telle une punition divine envers celui qui osa souiller l’une des gardiennes du feu sacré…

Les plus critiques pourront toujours arguer d’un certain académisme narratif et graphique, mais lorsque l’académisme produit de tels chefs d’œuvre, je n’y vois pour ma part absolument rien à redire. Je suis réellement impressionné par cette BD-monument qui s’est révélée largement à la hauteur de mes attentes. Les auteurs ont parfaitement su nous émerveiller avec cette peinture stupéfiante de la Ville éternelle, qui ne nous aura jamais paru aussi familière, tout comme les protagonistes, esclaves ou puissants, à la fois si humains et si proches de nous, avec des préoccupations qui pourraient être les nôtres - à la différence près que si une catégorie de gens pouvait être vendue, la vie humaine semblait avoir beaucoup moins de valeur à l’époque !... Par ailleurs, Néron n’apparaît pas seulement comme le tyran cruel que l’Histoire se plaît à dépeindre, mais plutôt comme un être complexe, avec ses failles et ses zones d’ombre, doté d’une sensibilité artistique. Ce qui en outre est passionnant, c’est de voir comment celui-ci va perdre progressivement son âme au contact du pouvoir, d’autant que celui-ci est absolu et marqué du sceau du parricide : au départ affable et innocent, notre César glissera peu à peu vers la folie et la cruauté, faute d’avoir su s’entourer de conseillers éclairés, préférant les flatteries de courtisans ambitieux. Parallèlement, son ami Lucius Murena, fils de patricien gâté par la vie, se changera en « bête » avide de vengeance suite à la disgrâce infligée par Néron.

En conclusion, il ne faut pas passer à côté de ce chef d’œuvre. J’en ressors moi-même avec l’envie de me documenter plus sérieusement sur cette Rome antique qui n’en finit pas de nous fasciner et nous interroger, nous, humains de ce début de XXIème, pressentant confusément l’imminence du Grand incendie planétaire.

Nom série  L'Art Invisible  posté le 09/09/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
A travers neuf chapitres, McCloud, tel un chercheur obstiné en quête de son Graal, a tenté d’élaborer une théorie générale en se basant sur une observation approfondie des techniques liées à ce mode d’expression, en intégrant les études sémiologiques précédentes, notamment celles de son aîné Will Eisner. Mais il l’a présentée sous forme de cases, une façon ludique et originale (et au fond tellement logique) de rendre ses thèses, assez pointues il faut le dire, accessibles à chacun. Cela lui permet par ailleurs de justifier sa croyance selon laquelle la BD est un média aux possibilités illimitées…

Notre homme a ainsi confectionné sur une période de quinze années un ouvrage érudit et complexe avec une passion communicative, faisant preuve d’une remarquable pédagogie, car certaines de ses thèses, qui pourraient apparaître au premier abord rébarbatives, deviennent limpides et excitantes grâce à une mise en page talentueuse dans laquelle les dessins répondent parfaitement aux textes, implémentation convaincante de ses propres théories. L’auteur évoque également les autres formes artistiques (cinéma, peinture, littérature) afin de montrer que toutes sont reliées d’une façon ou d’une autre à la bande dessinée, celle-ci représentant non pas un art hybride, mais un point de convergence où texte et image sont mêlés. Cet art populaire fut discrédité dès ses débuts car s’adressant à un jeune lectorat et rappelant trop la publicité tapageuse qui émergeait au même moment dans le monde occidental.

Son trait est volontairement neutre et schématique pour renforcer l’aspect ludique et pour pouvoir toucher tous les publics, respectant le principe selon lequel plus le dessin est simple, plus l’identification est facile. On atteint des sphères de réflexion métaphysique inattendues, et on réalise que la bédé est bien plus qu’un art mineur, rôle auquel certains préfèrent la voir cantonnée, comme s’il ne s’agissait encore que d’un ado turbulent. Pour autant, McCloud sait rester humble et rappelle toujours que ce qu’il avance n’est jamais que le fruit de ses réflexions et dit demeurer ouvert au débat si quiconque devait contester ses propos.

Tout amateur de BD qui se respecte devrait avoir « L’Art invisible » dans sa bédéthèque. Une œuvre unique et inédite, un essai illustré brillant, indiscutablement brillant.

Nom série  Le Loup des Mers  posté le 10/08/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
N’ayant pas lu le roman de Jack London, je peux difficilement faire la comparaison, toujours est-il que cette adaptation m’a autant impressionné par le forme que par le fond. Je ne connaissais pas non plus Riff Reb’s (étonnant pseudo) et j’ai beaucoup apprécié son dessin nerveux et racé, qui retranscrit parfaitement la puissance démoniaque de Loup Larsen. Le choix chromatique est très réussi, avec un ton dominant pour chaque chapitre. L’ouvrage bénéficie d’un cadrage et d’un tempo parfaits, et l’auteur utilise avec brio l’ombre et la lumière. C’est juste magnifique à regarder.

Pour ce qui est du contenu, j’ai été littéralement emmené à bord de ce bateau, de la même façon que sur des montagnes russes. L’histoire contient moult rebondissements, avec une tension psychologique permanente qui tient évidemment pour beaucoup à la présence du capitaine de la goélette, personnage terrifiant, fascinant, monumental, extraordinaire, cruel, immoral, insaisissable, mystérieux, à la fois détestable et attachant, barbare autodidacte et philosophe forgé par les océans en furie et chevauchant les vagues tel Poséidon, chez qui l’on peut percevoir les failles derrière l’armure du surhomme, notamment par ses migraines particulièrement douloureuses. Le personnage de van Weyden, à la fois acteur et spectateur, bombardé dans un univers cauchemardesque à des années-lumière de son petit confort bourgeois et intellectuel, va quant à lui tenter de survivre, on ne sait comment, à cette aventure en forme de parcours initiatique dont il ressortira marqué à jamais.

Gros coup de cœur pour cette BD d’un auteur que je découvre seulement (et qui pourtant n’est pas vraiment un petit nouveau). Cette superbe adaptation m’a par ailleurs donné envie de faire connaissance avec son inspirateur Jack London.

Nom série  Là où vont nos pères  posté le 05/05/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Subjuguant. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour parler de cette œuvre très originale. Tout d’abord par la beauté du dessin extrêmement soigné dans des tons monochromes allant du gris sale à un sépia très lumineux. L’imagination et les trouvailles de l’auteur font le reste. Celui-ci confère une portée universelle au mythe de la terre promise, avec une dimension onirique tout à fait étonnante qui peut dérouter à la première lecture. L’histoire commence en effet de manière plutôt sombre et réaliste (la patrie) pour évoluer dans un univers merveilleux et quasi surréaliste (la terre d’accueil), truffé d’objets et de créatures extraordinaires, ainsi que de symboles mystérieux. De cette façon, l’auteur a parfaitement su représenter comment un monde nouveau pouvait être d’une étrangeté absolue aux yeux d’un immigrant. L’absence de textes n’est absolument pas gênante, au contraire, cela aurait presque paru redondant dans cette histoire avant tout visuelle. Elle comporte d’ailleurs une telle richesse qu’à mon avis on peut la relire plusieurs fois sans problème et y découvrir de nouveaux éléments qui n’auraient pas sauté aux yeux à la première lecture.

D’une certaine façon, ce magnifique ouvrage redonne de la dignité à tous les expatriés de la Terre, ceux qui ont quitté leur pays par nécessité, avec peut-être un sentiment diffus de honte (laisser ses proches derrière soi n’est certainement pas chose facile). Certes, la représentation de la Terre promise est très idéalisée, mais le but ici n’a pas été de produire une histoire réaliste. D’après moi, l’auteur a voulu d’abord montrer les raisons qui conduisaient à quitter son pays natal, en mettant en scène la vision rêvée, si déformée soit-elle, de ces hommes rêvant d’un ailleurs où la vie serait plus douce.

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