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... a posté 328 avis et 61 séries (Note moyenne: 3.52)

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Les coups de coeur de Blue boy

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Nom série  Les Carnets de Cerise  posté le 30/04/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien) Découvrez toutes les séries « coup de coeur du moment » de BDTheque! Coup de coeur
« Les carnets de Cerise » fait un tabac auprès du jeune public – il serait réducteur de dire « auprès des fillettes » - et on comprend pourquoi au vu des nombreux ingrédients réunis pour cette excellente série.

Conçues par Joris Chamblain, les histoires, où sont abordés des thèmes très adultes du fait que Cerise se plait à observer les grandes personnes, sont servies avec brio par le dessin d’Aurélie Neyret qui sait insuffler de la grâce et du naturel dans ses personnages aux visages d’aspect « cartoon ». De même, le travail sur la couleur est chiadé, ce qui rend cette BD très vivante, chaleureuse et pétillante, à tel point qu’on aurait envie d’y rentrer. Enfin, même la mise en page ne souffre d’aucune fausse note, avec des inserts du journal intime de Cerise ponctuant chacune des scènes.

Tout cela fait pas mal d’arguments en faveur de cette BD extrêmement attachante qui fait la part belle à l’humanisme et à la tolérance et n'est jamais mièvre. Les plus jeunes ne s’y sont pas trompés en plébiscitant ces carnets.

Nom série  L'Odeur des garçons affamés  posté le 01/04/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
La simple mention de Frederik Peeters à la réalisation de cet album au titre étrange suffit à « affamer » les bédéphiles. Avec cet auteur suisse dont le talent et la créativité ne se sont jamais démentis au fil de sa biographie, nous avons une fois encore droit à une œuvre surprenante, et si le scénario n’est pas signé du créateur des « Pilules bleues », on se doute que sa collaboration avec Loo Hui Phang ne s’est pas faite par hasard, hormis le fait que tous deux se soient rencontrés par le biais des Editions Atrabile où ils sont régulièrement publiés. La scénariste d’origine laotienne livre ici un récit d’une grande richesse où le réel dialogue en permanence avec l’invisible, un terrain où le dessinateur est toujours parfaitement à l’aise.

Comme son titre le suggère, « L’Odeur des garçons affamés » parle avant tout du désir, ce désir irrépressible qui submerge toutes les conventions d’une réalité rassurante lorsque celle-ci se dissout devant l’irruption de l’inconnu ou de la mort ricanante. Un désir symbolisé par ces troupeaux de mustangs écumant les immenses plaines du Texas, des chevaux sauvages également porteurs de mort, détruisant tout sur leur passage. Mais la mort est partout dans ces paysages grandioses et désertiques. Mustangs, coyotes, et cet inquiétant chasseur de primes au visage cadavérique, toujours en embuscade, personnification d’une civilisation mortifère ne faisant que renforcer la tournure fantastique de l’histoire. Et puis il y a les dons, surnaturels ou trafiqués, de Milton et Forrest. Le jeune garçon communique par télépathie avec les chevaux, tandis que le photographe sait truquer des portraits en y insérant des ectoplasmes, une arnaque juteuse dont il abusait, lorsqu’il vivait à Londres, pour rassurer les clients naïfs affectés par la mort d’un proche. D’autres événements étranges s’accumulent, comme ces mystérieux signes tribaux sur les photos de Forrest - l’effet boomerang sans doute -, font vaciller les repères et installent le trouble dans un jeu silencieux où chacun s’observe, telle cette scène où Forrest est épié par le chasseur de primes, lui-même surveillé par le vieux chef comanche, lequel viendra un peu plus tard accoster en silence le dandy, posant sur lui un regard amusé mais empreint de bienveillance. Un personnage silencieux et récurrent, marquant de fait, apportant une envoûtante touche chamanique à l’histoire.

Dans ce contexte de menace plus ou moins prégnante, chacun va tenter de cohabiter avec l’autre. Le récit joue à fond avec les caractères antagonistes de l’ingénieur et du photographe : volonté de contrôle absolu versus quête d’absolu. Stingley, qui veut bâtir sa ville en plein territoire comanche, représente la waspitude mysogine la plus détestable, tandis que Forrest l’artiste raffiné et sensible tente d’exister sous l’autorité de l’ingénieur, qui profite de son statut de fugitif pour mieux le dominer, tout comme il exploite avec cruauté le jeune larbin à la silhouette gracile. Mais Forrest, qui a un goût pour les jeunes éphèbes « affamés », va vite s’enticher de Milton. Celui-ci va fournir au beau photographe l’occasion de découvrir des territoires qu’il avait toujours voulu ignorer en matière sexuelle, mais à ce stade, impossible d'en dire plus au risque de spoiler l'histoire.

Graphiquement, Frederik Peeters reste au meilleur de sa forme avec son trait précis et élégant soutenu par une mise en couleur équilibrée. De même l’auteur sait parfaitement régler ses cadrages pour souligner un regard ou une attitude. Il faut relever la trouvaille consistant à entamer chacun des trois chapitres par des images inversées, comme si l’on regardait à travers l’objectif de Forrest. Peut-être un gimmick destiné à rappeler au lecteur la nécessité de changer de perspective devant un paysage nouveau comme on le ferait devant une situation inédite. Quant aux dialogues de Loo Hui Phang, ils sont d’une bonne qualité littéraire, tout en subtilité. Très bien construit, le récit lui-même réserve quelques beaux moments d’émotion.

Après en avoir tant dit, c’est peu dire que ce one-shot s’impose comme un immense coup de cœur pour l’auteur de ces lignes. Un très léger bémol peut-être quant à la scène finale des deux amants nus à cheval s’éloignant vers l’horizon, mais qui pourra susciter des avis partagés. Un rien convenue, presque à l’eau de rose, ce que font oublier les deux beaux personnages, mais aussi d’une exquise poésie érotique. Allez, je l’avoue, il est probable que ce bémol soit motivé par un début de jalousie – ceux qui me connaissent comprendront que c’est de Milton, à moins que ça ne soit du cheval, dont je suis jaloux… mais gentiment jaloux bien entendu !

Nom série  Carnet de santé foireuse  posté le 09/02/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Le jury d’Angoulême ne s’y est pas trompé, ce « Carnet de santé foireuse » est tout à fait remarquable. Pozla réussit, par le biais de l’humour, à nous faire partager et même apprécier un récit autobiographique sur ses « problèmes de tuyauterie », qui, il faut bien le dire, pourrait de prime abord rebuter. En effet, qui aurait réellement envie qu’un proche lui raconte en long, en large et en travers, ses déboires intestinaux, a fortiori un inconnu - sauf peut-être pour ceux qui connaissent déjà cet auteur à travers sa série Monkey Bizness ?

Il fallait donc un certain culot pour se lancer dans un tel exercice. Mais Pozla ne manque pas d’autodérision… Il met ainsi ses tripes sur la table au propre comme au figuré, et les déroule sur un peu moins de 400 pages. Et question tripes, il faut tout de même les avoir bien accrochées pour rentrer – aussi profondément - dans l’intimité corporelle de l’auteur qui nous fait vivre toutes les étapes de sa maladie. Mais heureusement, le style de dessin avant tout humoristique, et donc schématique, permet de mettre de la distance tout en proposant une représentation appuyée mais caricaturale d’entrailles peu ragoûtantes et autres conduits digestifs. Au fil des pages, la maladie se fait plus prégnante. Très vite, le corps n’est plus que douleur. Le grand téléphone blanc devient son confident de chaque heure face à qui seul son trou de balle s’exprime, non sans une certaine grandiloquence, lui ôte la parole, fait de lui un mutant protéiforme, un monstre difforme et avachi, une masse dégoulinante de boyaux, une usine à caca, un invraisemblable instrument à vent, une tuyauterie infernale… et la douleur, toujours cette sacrée douleur…

Puis arrive le moment où on touche le fond, où la folie alliée à la douleur est prête à le happer, mais où l’instinct de survie est le plus fort. Instant de l’électrochoc salvateur. Soudainement, le dessin se fait alors plus poétique, plus onirique, oserais-je dire proche du merveilleux, à certains moments c’est tout simplement sublime. Comme si l’auteur avait transcendé sa souffrance grâce à son art exutoire et antalgique.

Malgré la tournure comique de l’ouvrage, difficile d’avoir le cœur à rire aux éclats mais la plupart du temps, on garde le sourire aux lèvres, donc non, cela n’est jamais glauque. Guidé sans doute par une pulsion créatrice résultant d’une si rude expérience, le récit, qui semble commencer comme une potacherie quelconque, évolue doucement vers un objet artistique d’une puissance hors normes. Comme une quête, par moments extrêmement émouvante, à travers d’interminables dédales organiques pour trouver – enfin – la lumineuse délivrance, le Graal crohnien, d’une évidence telle qu’aucun ponte hospitalier n’aurait été en mesure de le prescrire : le régime ancestral, l’ « alimentation de type originelle », la voie vers la rémission, voire la guérison…

Avec cette lecture, la réalité la plus âpre de notre condition de mammifère organique nous saute à la tronche et nous avale littéralement, mais ce carnet de voyage au bout de l’enfer intestinal vaut bien un renard. Seul petit bémol : on aurait aimé voir le contenu de ces casseroles évoquées à la fin par le psychothérapeute, mais Pozla demeure beaucoup plus pudique dans l’étalage de ses boyaux cervicaux que de ses boyaux ventraux. Pour le reste, il appartient au lecteur de décider s’il s’agit de l’ouvrage idéal à lire aux toilettes… si c’est le cas, ça sera à coup sûr dans les toilettes d’un quatre étoiles…

Nom série  L'Esprit du 11 janvier  posté le 16/01/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
L'ouvrage commence par cette mise au point : « L’esprit du 11 janvier est mort. Sa vie posthume peut commencer ». Serge Lehman, auteur de SF et critique au Monde des livres, entend ainsi clairement dissocier sa propre vision des choses du panégyrique élyséen prononcé par un François Hollande plus doué on le sait pour les discours que pour l’action. Voilà en tout cas un petit livre qui ne paye pas de mine (noir et blanc, petit format) mais qui a tout d’un grand ! Malgré les apparences, il ne s’agit pas d’un essai, mais d’une « enquête mythologique » comme indiqué dans le sous-titre.

L’esprit est un concept d’origine religieuse, que François Mitterrand avait su utiliser en son temps en invoquant ces fameuses « forces de l’esprit ». Mais dans une république laïque, qui peut concevoir ce terme autrement que comme une métaphore poétique ? Serge Lehman décide ainsi, non sans une certaine audace, d’étudier la question par l’autre bout de la lorgnette, en prenant au mot la traduction anglaise d’un papier de BHL, « The Miracle of January 11 » (« Ce prodigieux 11 janvier »). A partir de là, il va, à la manière d’un enquêteur, procéder à l’énumération des faits, établir des liens, citer les protagonistes et les victimes, qui selon lui ont contribué à désamorcer les tensions qui auraient pu mettre à mal l’unité du pays. Bien au contraire, on l’a vu, celle-ci s’est manifestée à la fois dignement et vigoureusement lors de la grande marche succédant aux attentats. L’auteur rappelle également plusieurs coïncidences étonnantes. Par exemple, la sortie, le jour même de l’attentat contre Charlie, du roman de Michel Houellebecq, « Soumission », où il est question d’un musulman élu président dans la France de 2022, alors que l’écrivain devait faire la une du journal satirique... Ou encore ce pigeon qui déféqua sur la veste du Président en train d’étreindre Patrick Pelloux, provoquant le fou-rire de Luz qui imaginait à coup sûr une « blague des copains aux cieux », vraisemblablement inconscient du fait que la colombe, oiseau de la même famille, symbolisait l’esprit…

Certains pourront toujours parler de divagations, mais Lehman sait qu’il marche sur des œufs et se fait fort de préciser : « Si le hasard gouverne le monde, il est inutile de scruter les coïncidences. Elles n’ont rien à nous apprendre et ne sont au mieux que des anecdotes pour les journaux télé. Mais si au contraire, un Esprit s’y manifeste, alors il est difficile de ne pas voir que la première donne le mode d’emploi de toutes les autres. C’est même sans doute sa raison d’être. »

Quant au dessin sobre et réaliste de Gess, co-auteur de la série polar-sf Carmen Mc Callum, il accompagne les textes en alternant archives journalistiques et séquences de l’auteur en train de préparer son livre, non sans une certaine poésie aidant à prendre de la hauteur.

En tout cas, c’est passionnant et Lehman se tire fort bien de cet exercice pour le moins casse-gueule. Il n’affirme rien, ne prétend pas imposer sa théorie et laisse au lecteur le soin de tirer ses propres conclusions. Il ne fait qu’ouvrir le champ des interprétations, défait en moins de cent pages nos œillères cartésiennes, transcendant de superbe façon une horrible tragédie qui avait répandu un voile noir sur le pays. Un véritable bol d’air face à un événement plombant. Du coup, on se prend à espérer une suite à cette enquête en forme de rêverie métaphysique. Il serait en effet intéressant de voir comment Lehman a perçu les massacres de novembre.

Nom série  Murderabilia  posté le 30/12/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
En attaquant cette BD au graphisme à la fois minimaliste et sophistiqué, impossible de s’attendre à un scénario aussi élaboré, aussi captivant. En effet, lorsqu’on feuillette les pages avant lecture, la mise en page, certes originale, donne à penser qu’on a davantage affaire à une production expérimentale. Et pourtant, si les cases, la plupart du temps de la taille d’un timbre poste, peuvent laisser dubitatif, le procédé finit par fasciner. De sa ligne claire concise et stylisée, Álvaro Ortiz parvient avec un minimum d’effets à exprimer parfaitement ce qu’il veut dire et montrer. Entre le brun et le rose, les couleurs désaturées contribuent à renforcer l’atmosphère malsaine avec une certaine élégance. Du grand art.

Quant au scénario, il consiste en une sorte de mise en abyme puisque le narrateur est lui-même un jeune écrivain en quête d’une bonne histoire, et c’est la sienne qu’il raconte ici, une histoire qui changera sa vie à jamais. C’est en acceptant de vendre les chats qui ont dévoré son oncle à un collectionneur d’objets morbides, dont la plupart ont appartenu à des tueurs en série, qu’il va provoquer le destin. Alors qu’il se rend dans le village où habite le collectionneur, en plein cœur de l’Amérique redneck (on ne sait pas où exactement, l’auteur ayant pris le parti de rayer les noms de lieux), il va se retrouver très vite impliqué dans une ignoble affaire de meurtre. L’atmosphère inquiétante de cette ville quasi fantôme au passé industriel contribue un peu plus à happer le lecteur, déjà captivé par un récit qui monte progressivement en puissance jusqu’à un climax pour le moins inattendu. L’auteur reprend avec subtilité le thème de l’étranger – cet autre si étrange -, désigné à la vindicte populaire à cause de sa différence, en l’occurrence ici le collectionneur.

Hollywood ayant souvent exploité cette Amérique en déshérence dans le registre du thriller horrifique ("Massacre à la tronçonneuse", "Délivrance"…), c’est peu dire qu’on imaginerait parfaitement cette histoire adaptée au cinéma. On ne peut que féliciter les Editions Rackham d’avoir découvert ce jeune et prometteur auteur espagnol, qui signe ici son deuxième album après Cendres.

Nom série  Est-ce qu'on pourrait parler d'autre chose ?  posté le 13/12/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Le titre annonce parfaitement la couleur. Le thème abordé, le grand âge et la décrépitude jusqu’à la mort, n’a vraiment rien de glamour à une époque où le « jeunisme », idéologie doucement discriminante qui ne veut pas dire son nom, se présente de manière doucereuse via nos écrans comme une valeur « positive ». A la question du titre, Roz Chast répond évidemment par la négative, bien décidée à évoquer vaillamment ce « voyage au bout des soins palliatifs » qu’elle a partagé avec ses parents pendant plusieurs années. Des parents – un père soumis corps et âme à une épouse autoritaire et dépourvue d’humanité – dont il lui est arrivé de se demander si elle n’était pas la fille adoptive.

Roz Chast, dont c’est le premier ouvrage publié en France, réussit ici un véritable tour de force. Recourant à un humour instaurant une distance salutaire vis-à-vis d’une situation très difficile, elle parvient à nous captiver grâce à son sens narratif incontestable, mais aussi en creusant au plus profond d’elle-même, sans faux-semblants. On imagine facilement que cette expérience lui a occasionné de terribles blessures morales et qu’il lui fallait trouver un exutoire. A mi-chemin entre littérature et bande dessinée, le livre alterne passages écrits et dessins, en cases ou en illustrations, avec parfois des photos qui viennent renforcer l’authenticité du propos. Sur plus de 200 pages, on assiste à la lente dégradation de M. et Mme Chast, qui demeurèrent jusqu’à la fin dans le déni vis-à-vis de leur propre déchéance puis de leur disparition inéluctable.

Tout commence alors que Roz décide de leur rendre visite dans leur quartier de Brooklyn, après des années de séparation liées à la distance géographique, mais surtout à un besoin plus ou moins conscient de se détacher de ce duo parental fusionnel et vivant dans un vase clos étouffant. Jusqu’alors, le téléphone suffisait amplement, lui évitant de voir ce qu’elle ne voulait pas voir... Mais lors de sa visite, le choc survient, sans préliminaires. Les premiers signes du déclin se dévoilent à ses yeux incrédules, comme autant d’exhalaisons de la faucheuse pointant le bout de son nez : la couche de crasse qui envahit tout, meubles et objets, les piles de magazines et de pubs qui grossissent…

C’est alors que viendront les questionnements, la culpabilité mais aussi les colères et les rancœurs remontant à l’enfance, et plus prosaïquement la perte d’autonomie progressive des géniteurs, le déménagement vers la résidence pour personnages âgées (« cet endroit »), l’aspect pécuniaire et les inquiétudes liées aux frais prohibitifs de la prise en charge non couverts par l’assurance, le temps des cartons et du rangement d’un appartement où macère un fatras de souvenirs dérisoires, les premières chutes et l’hospitalisation qui s’ensuit, tels des coups de boutoir avant l’approche du précipice à vitesse grand v., et enfin le retour à l’état de nouveau-né annonçant un dernier soupir, toujours reporté en ce qui concerne la mère, comme dopée par un instinct de survie hors-normes et sa robustesse « de paysanne ». Des « prolongations » qui finiront par provoquer un début de déprime chez Roz, déjà affublée du lourd statut de fille unique, et à qui sa mère indifférente consentira un « Je t’aime » ténu une semaine avant sa mort.

Le dessin tient plus des pattes de mouches mais n’en dégage pas moins une grande expressivité, très efficace dans sa manière de montrer l’essentiel, s’effaçant pudiquement derrière le texte lorsque les mots se passent d’images. Le ton est juste, et cette volonté de se mettre à nu tout en conservant un humour protecteur produit quelque chose de sincèrement poignant, sans pathos aucun. Pour comprendre, il suffit d’observer les croquis incroyables de la mère assoupie sur son lit d’hôpital, vers la fin du récit.

Il fallait un certain courage à l’auteure pour évoquer avec autant de détails cette douloureuse expérience, mais autant que le lecteur soit prévenu : il devra faire preuve lui aussi d’une certaine endurance. Le sujet est aussi captivant que macabre, et c’est un miroir de notre destinée commune que Roz Chast nous tend, un miroir peu enjôleur que certains rechigneront peut-être à empoigner, mais immense sera le gain d’accepter cette leçon d’humilité quant à notre condition de misérables mortels. Après l’atypique Ici publié en début d’année, Gallimard confirme qu’il prend au sérieux le neuvième art en étoffant son catalogue d’ouvrages hors-normes et de qualité.

Nom série  Le Grand Méchant Renard  posté le 01/12/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Voici d’après moi l’antidote tout trouvé pour oublier la morosité ambiante, surtout à l’approche des fêtes. Pourtant, de prime abord, on se dit que le dessin, ça fait un peu déjà vu. Et puis des gags avec des animaux qui parlent, c’est pour les enfants, non ? Eh bien une fois dépassés ces aprioris, on pourra vérifier qu’il n’en est rien, et qu’il ne faudra guère de pages avant de sentir son corps - défendant - secoué d’authentiques fous-rires qui dureront jusqu’à la conclusion, en tous cas en ce qui me concerne. Benjamin Renner joue avec bonheur et légèreté sur les problèmes d’identité de ce renard, contraint d’élever des poussins qui le prennent pour sa mère, alors qu’au départ il souhaitait juste les couver puis les engraisser pour les dévorer ensuite. Problème : notre goupil est très sentimental et finit par se résigner à ce rôle de maman improvisée. Comment dans ces conditions se faire respecter comme le prédateur qu’il est censé être vis-à-vis de la gente animale ?

Réalisateur de films d’animation (« Ernest et Célestine ») et auteur d’un blog, Benjamin Renner publie avec Delcourt sa deuxième bande dessinée, et c’est une totale réussite. Visiblement, son expérience dans l’animation transparaît clairement dans cet ouvrage, qui évoque irrésistiblement Tex Avery ou les meilleurs Looney Tunes. D’un minimalisme étudié où tout le piquant est dans l’expression désopilante des personnages, le dessin se cale à merveille avec des dialogues très flegmatiques pour entamer une succession de gags hyper punchy, et l’absence de cases n’est nullement un problème. Les animaux ont chacun des caractères bien marqués qui les rendent pour la plupart attachants. Assurément, « Le Grand Méchant Renard » s’impose comme un de mes gros coups de cœur de l’année. Une vraie bombe comique !!!

Nom série  Comment naissent les araignées  posté le 14/10/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Alice, mal dans sa peau, déprimée par le départ brutal de son petit ami... Isadora, SDF quadragénaire, une vie cabossée par l’alcool …Billie, camarade de classe d’Alice, victime d’une mère poule et d’un frère dominateur. Trois femmes, trois vies en souffrance qui vont se rejoindre le temps d’un voyage aux allures d’errance, comme une quête.

La première chose que voient les bébés araignées, c’est leur mère, comme le raconte Alice à sa copine Billie qui cherche le sommeil dans le froid nocturne. Et comme les bébés ont faim, alors ils la grimpent et se mettent à la bouffer, vivante… « Comment naissent les araignées », un titre réussi, pour une histoire en forme de toile. Trois portraits touchants, trois fils reliés par un autre fil, celui d’une aventure commune sur la route, hors des murs, comme une tentative d’ébranler l’inertie d’un cauchemar. « Comment naissent les araignées » aurait pu s’appeler « comment naissent les névroses ». Car qui dit « naissance » dit « mère ». Et qui dit mère dit transmission, transmission du bon comme du moins bon. Et quand le moins bon ressemble à la méchanceté ou la possessivité, les dégâts sont immenses pour la victime et la folie n’est jamais bien loin. Faut-il alors bouffer sa mère pour s’en sortir ? C'est très exactement de cela dont il est question ici.

La Française Marion Laurent nous propose donc là un beau roman graphique estampillé « USA in the nineties », une histoire de femmes américaines à la dérive. Si ce sont principalement les rapports mère-fille qui sont abordés, à l’exception de l’épilogue dédié au petit ami d’Alice, lui-même rejeton d'un géniteur absent, la thématique a trait à la filiation en général et aux bonnes vieilles casseroles familiales que chacun, homme ou femme, traîne avec soi des années durant, avec quelques pistes pour les larguer avant d’être cuit dedans. C’est aussi une « love story » impossible et désespérée entre Dwight et Alice, jeune et jolie Barbarella sous le pinceau de son « boyfriend », impossible parce que la tête et le cœur du jeune homme refusent de s’accorder.

En plus d’un scénario très bien construit, le dessin de Marion Laurent invoque l’urgence avec son trait gras et son absence de fioritures, exprimant à la fois la sensibilité de l’auteure et l’âpreté de ces vies déchirées, que les couleurs obstinément rosâtres tentent peut-être d’apaiser. Les dialogues sonnent juste, les paroles font mal mais libèrent aussi, et quand il n’y en a pas, ce sont les regards, les attitudes, les gestes qui parlent. C’est ainsi qu’en alternant les séquences avec et sans textes, Marion Laurent sait faire respirer son récit avec talent, nous captivant jusqu’à la dernière image, sublime, alors que Dwight vient d’avoir un accident, de cette biche hagarde en pleine forêt au milieu des croquis flottant dans les airs. « Comment naissent les araignées », un des coups de cœur de l’année ? On dirait bien que oui…

Nom série  Kililana Song  posté le 04/10/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Les mots me manquent pour décrire cette magnifique bande dessinée traversée par un puissant souffle mystique ! « Kililana Song » est une réussite sur tous les tableaux, tant pour le scénario que le dessin, et on se doute que raconter une histoire de manière fluide avec autant de personnages n’a pas dû être une mince affaire. Parmi ceux-ci, le plus important est peut-être bien cet arbre imposant, mausolée naturel d’un illustre héros du pays gardé par le vieux chamane et menacé par un projet industriel géant. Benjamin Flao semble avoir été littéralement porté par ce récit vibrant d’humanisme et de spiritualité, avec ses somptueuses aquarelles qui jaillissent par moments tels des bouquets chatoyants de lumière exprimant l’indicible. Mais Flao sait rester dans la retenue quand il s’agit d’exprimer le silence d’une mer calme, évitant ainsi à son histoire de tomber dans la grandiloquence par ce graphisme à l’équilibre très subtil, avec un trait alliant à la fois assurance et fragilité. De façon remarquable, l’auteur a su représenter les personnages dans des poses très naturelles et très vivantes, l’aspect inachevé du dessin passant ainsi au second plan.

Quant à la narration, son intérêt réside dans la grande variété de protagonistes, ce qui autorise une passionnante diversité de points de vue. Le jeune Naïm joue un peu le rôle de fil rouge, à la fois attachant dans sa soif inextinguible de liberté et son insoumission vis-à-vis de son grand frère, qui s’est donné pour mission d’en faire un bon petit musulman. Celui-ci n’hésite pas à le pourchasser dans les rues pour l’obliger à suivre les cours à la madrass, alors que Naïm refuse de se laisser dresser « comme un petit animal parfaitement idiot »… Ce qui au passage confère à l’histoire une tonalité burlesque assez réjouissante. Et si la bêtise religieuse est pertinemment épinglée ici, le néo-colonialisme occidental n’est pas en reste. La communauté d’expatriés blancs venus pour le business, au mépris de la population locale, est dépeinte de manière peu reluisante, le plus emblématique étant le crétin blond jetsetter et junkie venu au Kenya pour la vie facile. En comparaison, le capitaine à la gouaille « vieille école » apparaîtrait presque sympathique, comme dans cette scène jubilatoire du bar où il fait parfaitement ressortir la lâcheté et la morgue de ses compatriotes, se targuant lui-même d’être un « authentique fils de pute, un animal dangereux, ex-para, ex-légionnaire, ex-mercenaire, ce que l’on fait de pire en la matière ! »

Tous les représentants de la bêtise humaine en prennent pour leur grade dans ce diptyque, mélange d’aventure, de critique politique et d’onirisme rageur. En matière de BD, on mesure le chemin parcouru depuis « Tintin au Congo » où l’Afrique était décrite comme un continent peuplé de grands enfants que l’Homme blanc, « dans sa générosité toute désintéressée », s’était donné pour mission d’instruire et d’éduquer. Certes, le colonialisme est toujours là, avec un visage plus lisse et néanmoins plus sournois, mais l’angle descriptif s’est élargi, soucieux de tous les points de vue. Rejoignant les incontournables du neuvième art, « Kililana Song » est une merveilleuse chanson, un conte moderne qui devrait imprimer pour longtemps votre âme par son intelligence et sa beauté poétique.

Nom série  La Favorite  posté le 15/09/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
D’emblée, ce one-shot s’impose par son graphisme noir et blanc très particulier, et à vrai dire plutôt plaisant. Un trait nerveux tout en stries, des visages expressifs, parfois grimaçants jusqu’à l’hystérie, avec toujours un souci de la précision. La mise en page est extrêmement libre, très souvent l’histoire passe du gaufrier au strip, sort des cases pour déboucher ensuite sur une seule scène en double page. Toutes ces ruptures donnent une narration extraordinairement variée, installent une tension, renforcée par des trouvailles graphiques révélant chez son auteur un imaginaire toujours en ébullition. A noter que celui-ci est également illustrateur, ce qui explique sans doute cette amplitude formelle.

Venons-en au récit à proprement parler, sorte d’ « Alice au pays de Folcoche ». Assez perturbant, il nous entraîne progressivement vers un tourbillon de démence, parfaitement incarné par le dessin que je viens d’évoquer et dont on ne peut détourner le regard tant on est fasciné, subjugué, horrifié. Jusqu’à la fin, on se pince en se demandant si l’histoire de ce garçonnet travesti en fillette par cette soi-disant grand-mère est vraie, en tout cas on se dit qu’elle pourrait l’avoir été. Mais l’important est le thème principal développé ici : l’identité broyée (ou niée) de deux êtres sous le poids des conventions sociales d’un autre âge, et la perpétuation par ces derniers par le biais de « Constance ». Matthias Lehmann semble au final s’en amuser en posant sur ces grands-parents indignes qui se haïssent à mort un regard grinçant, compréhensif aussi, mais à la limite de la provocation notamment lorsqu’il parle de l’homosexualité du grand-père dans sa jeunesse. Même la « fillette-garçon », sur laquelle on devrait réellement s’apitoyer, a fini par s’adapter à la situation dont elle commence à comprendre l’absurdité. Avec l’espièglerie comme paravent, elle deviendra à son tour monstrueuse en endossant un hideux masque africain représentant, pense-t-elle, une mère imaginaire qu’elle croit morte (on reste dans le thème de l’identité). Et paradoxalement, c’est ce masque aux vertus visiblement magiques qui lui fera retrouver cette identité perdue…

Du coup, il sera totalement vain de chercher de l’émotion dans ce récit, qui possédait pourtant tous les ingrédients du drame, mais bascule très vite vers le conte drolatique un peu piquant. Encore peu connu mais déjà publié par l'éditeur prestigieux qu'est Actes Sud en 2006 (L'étouffeur de la RN 115), Matthias Lehmann prouve avec ce one-shot qu’il passe définitivement dans la catégorie des auteurs indispensables.

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