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... a posté 278 avis et 39 séries (Note moyenne: 3.54)

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Les coups de coeur de Blue boy

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Nom série  Daytripper (au jour le jour)  posté le 29/07/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Si un jour vous recevez "Daytripper" en cadeau, chérissez celui qui vous l’a offert (merci mon Pierrot !). Et si ce chef d’œuvre vous tombe dans les mains par hasard, chérissez la vie, tout simplement. Car après une telle lecture, il y a de fortes chances que vous ne voyiez plus les choses tout à fait comme avant. A travers Brás, le lecteur se verra rappeler certaines évidences fondamentales – car c’est bien connu, c’est souvent l’habitude qui nous fait oublier ce qui se trouve sous nos yeux – en se mettant dans la peau du personnage, d’autant plus facilement que celui-ci facilite l’identification par son côté anti-héros humain et attachant. La trame est à la fois simple et très originale. Découpé en dix chapitres, chacun d’entre eux constituant une nouvelle se terminant par la mort de Brás à un âge différent avec des causes diverses, ce récit leitmotivique souligne notre condition éphémère comme pour mieux nous faire assimiler cette maxime pleine de sagesse : vivons « au jour le jour », comme si chaque jour était le dernier.

A l’aide d’un trait voluptueux, Fábio Moon et Gabriel Bá nous offrent là une histoire généreuse, sensuelle et profonde comme le Brésil, où l’âpreté du monde et son corollaire, le désenchantement, rencontrent le sacré puis s’effacent devant lui. La mise en couleurs de Dave Stewart reste sobre et élégante, tout en contrastes comme la vie peut l’être. Il semble que rien ne manque à cette œuvre très aboutie, qui bénéficie par ailleurs de textes et dialogues d’une grande qualité. Il y aurait encore beaucoup à dire, tant cette production recèle de richesses. Mais afin d’éviter que la présente chronique n’empiète sur cet objet magnifique, une simple liste d’adjectifs devrait suffire à définir "Daytripper", même si celle-ci ne saurait être exhaustive. Harmonieux, humain, humble, fraternel, sensible, vibrant, poétique, lumineux, poignant, tragique, merveilleux…

Au final, cette « excursion d’un jour » se révélera un véritable baume sur nos « coração » soucieux, un baume capable de suspendre pour un instant le temps de nos vies, aussi éphémères qu’un éclair dans le ciel infini. C’est pourquoi, nous disent les auteurs, pour réaliser nos rêves, nous devons vivre notre vie, et ne pas rester passifs par peur de l’échec. Vivre. « Se réveiller. Avant qu’il ne soit trop tard. » Demeurer humbles. Apprécier la beauté du monde dans les choses les plus simples.

Récompensé par un Eisner Award, préfacé par Cyril Pedrosa et postfacé par Craig Thompson, excusez du peu !, "Daytripper" s’impose incontestablement comme une œuvre majeure du neuvième art brésilien et plus généralement planétaire. L'ouvrage m’aura par ailleurs permis de découvrir non seulement la production de ce pays mais également deux auteurs de grand talent.

Nom série  Nous, les morts  posté le 21/06/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
« Nous, les morts ». Nous, les morts européens, nous, les zombies du vieux continent… Pour cette série évoquant l’Europe médiévale contaminée par une peste noire transformant les gens en morts-vivants, difficile de dire si le titre doit être envisagé comme une supplique désespérée, une accusation cynique ou un constat désabusé. Chacun se fera sa propre opinion, mais il faut reconnaître à cette œuvre, prévue en quatre tomes, une puissance intrinsèque qui se déploie au fil des pages à coup d’images fortes, souvent assez terrifiantes et dignes d’un enfer de Dante.

Cette uchronie très originale permet la rencontre de deux civilisations au XXIe siècle, celle d’une Europe médiévale et celle des « Inkas », sous un angle inversé par rapport à la réalité historique officielle, ce qui donne lieu à une alchimie étonnante et détonante. Conformément à cet effet de miroir et sans vouloir rien révéler de l’intrigue, ce sont les Incas/Inkas qui vont découvrir l’Europe en 2048, dans ces conditions très particulières, mais contrairement aux conquistadors, ils n’ont aucune visée conquérante. Chargé de ramener à son père le secret de l'immortalité, le prince Manco se contente d’observer et de tenter de nouer des liens avec ces étranges « autochtones », en opposition toutefois avec son belliqueux général Yaocoyotl.

Suivant cette perspective inversée, les auteurs adoptent un point de vue empathique en nous mettant dans la peau de ces Incas, avec comme personnage principal Manco, fils du souverain resté au pays, le Sapa Inka, tandis que les Européens, encore au stade du Moyen-âge, sont réduits à l’état de morts-vivants plus ou moins décérébrés depuis les ravages de la Peste noire de 1348. Dans l’ensemble, les personnages sont bien campés psychologiquement, et cela est fort appréciable car ils sont nombreux (surtout chez les Amérindiens) et pas suffisamment différenciés d’un point de vue graphique, ce qui peut constituer un frein pour entrer dans l’histoire. Il s’agit du seul petit bémol, lequel fort heureusement se fait oublier dès le deuxième tome, dans la mesure où le premier volet se voulait plus une présentation des protagonistes.

Le trait réaliste et expressif d’Igor Kordey, jouant agréablement avec les ombres, est sobre et efficace, tout comme la mise en page, très fluide. Quant aux couleurs, elles sont parfaitement adaptées aux différents contextes du récit. Grises, verdâtres et sombres pour les séquences européennes, vives et chamarrées pour les séquences amérindiennes.

Avec « Nous, les morts », Delcourt a visé juste en mêlant ces deux thèmes à la mode que sont les uchronies et les zombies dans la bande dessinée des années 2010. Mais ne se contentant pas de surfer sur la tendance, l’éditeur frappe fort grâce à l’inspiration dont font preuve les auteurs Darko Macan et Igor Kordey, déjà cité plus haut. Ces derniers parviennent à nous surprendre par l’intelligence et l’audace du propos, ainsi que par moult trouvailles, aussi bien thématiques que graphiques, jusque dans les couvertures ! Aventure et humour grinçant composent les autres ingrédients de ce projet haut en couleurs, lequel, incontestablement, se démarque et comporte nombre d’atouts pour conquérir un large public.
Reste juste à souhaiter que les deux tomes à paraître qui concluront cette tétralogie restent à la hauteur.

Nom série  Route 78  posté le 13/04/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Le titre se veut à la fois une allusion à la mythique Route 66 et au roman de Jack Kerouac « Sur la route ». Basé sur les propres souvenirs de l’auteur, ce « road novel » est une évocation pour le moins hallucinante de l’envers du rêve américain, avec une galerie de personnages tous plus déglingués les uns que les autres : laissés pour compte, hobos, freaks ou rednecks. Arrivés dix ans trop tard pour vivre l’explosion du mouvement psychédélique, le jeune couple de Frenchies candides y laissera une bonne part de ses illusions, alors que l’âpre réalité a repris le dessus. La violence triviale et les embrouilles liées à la dope se sont substituées à la croyance désintéressée et naïve en un « Peace and Love » universel. Quant aux crétins bas du front, ils n’ont pas largué leur bêtise crasse au bord de la route et la chérissent plus que jamais dans leurs gros Macks en forme de bites géantes. Exit l’amour libre et les fleurs dans les cheveux. Les « fabulous » paradis artificiels se sont transformés en une cruelle descente d’acide. A Frisco, seuls les homos auront tiré leur épingle de ce jeu de dupes.

Sur le plan du dessin, on est d’emblée séduit par son expressivité élancée, en particulier des attitudes, expressivité renforcée par un cadrage très cinématographique. Et puis les caisses américaines de ces années-là, si bien représentées ici, c’étaient certes de vrais veaux qui devaient consommer un baril au cent, mais qu’est-ce qu’elles en avaient de la classe… De même, il faut souligner le talent du coloriste Pierô Lalune. Son travail sur la couleur est très poussé avec de belles ambiances aux tons à la fois chauds et froids, et une technique de patine très plaisante.

C’est une très bonne idée aussi de la part d’Eric Cartier que d’avoir choisi de ne pas traduire les dialogues en anglais, signe qu’il ne prend pas ses lecteurs pour des demeurés (il s’est contenté d’insérer en fin d’ouvrage un lexique en particulier pour les expressions les plus argotiques). L’auteur a parfaitement relevé le défi de faire de ses souvenirs de sa virée américaine un véritable récit bien construit et très fluide, qui fait que l’on ne s’ennuie pas une minute. Avec en filigrane une touchante déclaration d’amour de la part d’un homme à sa « chère et tendre », lequel avoue l’avoir « si peu dessinée durant toutes ces années ». Tendresse et émotion sont bien présentes, au même titre que l’humour (Ah ! L’esprit taquin du Texan lambda !). Au final, c’est un tableau saisissant de l’Amérique que résume bien cette phrase d’Eric Cartier lui-même : « Entre New York et Frisco, y a un grand trou, vaut mieux pas tomber dedans. »

Je l’ai déjà offert à un ami, c’est dire !

Nom série  Ici  posté le 07/04/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
L’auteur, Richard McGuire n’est pas à proprement parler un auteur de BD, mais plutôt un artiste touche-à-tout dans des domaines allant du design aux livres pour enfants, en passant par la musique ou le cinéma d’animation.

Avec « Ici », c’est un ballet époustouflant des habitants et des objets d'un lieu unique à travers les âges qui nous est proposé, nous renvoyant à notre propre insignifiance, et posant avec acuité la question de la mémoire, à l’échelle de l’individu ou de l’humanité entière. A travers les 300 pages de cet OVNI, passé, présent et futur se rejoignent et tapent la discute dans ce salon, personnage principal de cette histoire élaborée comme une symphonie ou une suite de collages dadaïstes. Les dialogues sont secondaires, se diluant tel un étrange bruit de fond dépourvu de logique, comme dans un rêve éveillé, mais font pourtant sens, interrogeant les clichés d’un passé lointain voire antédiluvien, d’un présent terre à terre ou d’un futur hypothétique. Par une superposition des temporalités, les images les plus inattendues virevoltent et s’entrechoquent, entre elles ou avec les textes, provoquant chez le lecteur un tournis métaphysique jubilatoire qui agit à la manière d’une drogue et fait qu’on ne peut plus lâcher l’objet. Parfois, on se surprend même, comme à la fête foraine, à s’esclaffer comme si l’on était à bord d’une machine à remonter le temps hors de contrôle, ou d’un bateau à bascule dont les freins auraient lâché.

A l’évidence, Richard McGuire est davantage un graphiste qu’un dessinateur. Personnages, objets et autres éléments du décor sont représentés avec des styles disparates, dépersonnalisés, comme pour en souligner le caractère évanescent. A certains moments, on est plus dans le crayonné, à d’autres carrément dans l’impressionnisme. Parfois, les dessins ressemblent à des photos retravaillées aux contours à peine visibles. Mais l’ensemble reste cohérent et agréable visuellement, le choix des couleurs pastels apporte une touche apaisante à cette frénésie narrative. Très clairement, si l’ouvrage a un pied dans la BD, l’autre se situe dans la pure création artistique.

« Ici » ne se lit pas. « Ici » se vit, telle une expérience sensorielle, et malgré l’immobilisme suggéré par le titre, nous emmène vraiment ailleurs, très très loin de notre ici rétréci. Avec cette production expérimentale, Gallimard a déniché rien de moins qu’un chef d’œuvre. A bon entendeur !

Nom série  Mon ami Dahmer  posté le 22/03/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Un jeune homme, vu de dos, marche au bord d’une route de campagne, environnée ça et là de rares maisons. La route semble monter vers un paradis serein aux cieux rayonnants. Zoom aérien sur le personnage, un peu raide, bras serrés le long du corps à la manière d’un automate désœuvré, puis sur ses baskets. Crissements des semelles sur le sol, crunch… crunch… crunch… tel le tic-tac d’une horloge maléfique, compte-à-rebours inéluctable vers une destination aléatoire mais que l’on devine tragique. Pause. Le jeune homme tombe en arrêt devant le cadavre d’un chat sous une nuée de mouches noires. Il le prend dans ses bras, imperturbable. Regard fixe. Fascination de la putréfaction, des chairs mortes… Puis il reprend sa marche funèbre en emportant son trophée, avec visiblement un plan bien précis en tête. Tout compte fait, on dirait que ce n’est pas la route du paradis, mais bien plutôt celle de l’enfer. L’enfer de celui pour qui la vie pris très vite la forme d’une cellule aux cloisons infranchissables… Ainsi débute ce récit peu commun. D’emblée, ce prologue mystérieux soutenu par un graphisme unique très attrayant nous plonge immédiatement dans l’histoire.

Chez Derf Backderf, tout est dans la verticalité. Lui-même fait ses dédicaces debout (comme j’ai pu le voir à Angoulême cette année), en posant le support sur un carton vide. Une verticalité amplifiée par la rectangularité des formes, des objets et des personnages, comme une tentative de relier le ciel et la terre, et dans le cas de Dahmer, un paradis inaccessible et un enfer omniprésent. Backderf est un rejeton de la BD US alternative, une sorte de Charles Burns au trait géométrique révélant des personnages désincarnés, comme engoncés dans leur carcasse, ectoplasmes d’une Amérique sans gloire. Ce style aux contours précis se dispense parfaitement de la couleur au regard de la profondeur de l’histoire, et son aspect juvénile permet de distancier la noirceur sous-jacente.

De bout en bout le lecteur reste happé par l’histoire dérangeante (et authentique) de cet étrange garçon dont chaque fait et geste entre en résonance avec son terrible destin de tueur en série qu’aucun de ses proches, professeurs et camarades, n’avaient su deviner en le côtoyant. A l’époque, Jeff Dahmer avait juste l’air d’un enfant un peu spécial et secret, et pourtant quiconque s’y serait intéressé de plus près aurait pu constater que tous les éléments étaient réunis pour un massacre annoncé : son attirance pour les animaux morts, ses errances de zombie solitaire, son alcoolisme chronique, sa mère dépressive, les relations très conflictuelles entre ses parents avant leur divorce, ses cris d’épileptiques soudains, ses pantomimes déments qui firent de lui une mascotte dans son lycée ! Mais bien sûr, personne n’imagine jamais qu’une connaissance ou un proche puisse renfermer un tueur potentiel. D’ailleurs, la scène des retrouvailles de l’auteur avec deux de ses anciens camarades plusieurs années après est très révélatrice. Lorsque celui-ci évoque Dahmer en suggérant sa probable conversion en tueur en série, leur seule réaction est d’éclater de rire comme un seul homme (confession très courageuse il faut bien le dire).

Derf Backderf porte un regard juste, ne cherche à accuser personne ni à tomber dans l’auto-culpabilisation. Sans dédouaner son « ami » Dahmer de ses actes ignobles, il s’efforce simplement de comprendre comment ce camarade de classe atypique a pu devenir « le monstre du Milwaukee ». Se basant sur ses propres souvenirs, mais également sur des témoignages, des articles de presse et documents du FBI, il brosse un portrait éloquent du futur tueur depuis ses années au collège jusqu’à son premier crime. Aucun voyeurisme ici, la démarche de Backderf se veut à la fois factuelle et introspective. Mais elle est aussi remarquable dans le sens où ce dernier aide le lecteur, davantage en suggérant qu’en pointant du doigt les causes, à vérifier qu’on ne devient pas un tel monstre tout à fait par hasard. Tout cela fait de « Mon ami Dahmer » un one-shot passionnant et incontournable selon moi. Pour cette raison, je ne manquerai pas de remercier mon webmaster préféré de me l’avoir conseillé lors de notre virée à Angoulême !

Nom série  La Fille maudite du capitaine pirate  posté le 21/02/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Jeremy Bastian, tant par son énorme boucle nasale que pour son style graphique, tient du pirate. Un pirate gentil au regard extrêmement doux, mais visiblement décidé à n’en faire qu’à sa tête en renversant la table des conventions. Cet auteur mène sa barque à contre courant de tout ce qui peut se situer, de près ou de loin, dans la tendance. Non, c’est sûr, Jeremy Bastian n’est pas de ce siècle, avec son dessin évoquant les gravures de Gustave Doré, à mille lieux d’un manga industriel et formaté. Et il fallait que ce soit un petit éditeur passionné (et auteur lui-même) qui repère cet artiste atypique et tout aussi passionné. La collaboration entre Guillaume Trouillard, des Editions de la Cerise, et l’auteur américain s’apparente véritablement à une idylle artistique. Le premier est allé jusqu’à refaire tout le lettrage après traduction en respectant scrupuleusement le style de police original. De la belle ouvrage à l’ancienne, assorti d’un tirage luxueux au format plus grand que la version US !

Le dessin, tout à fait remarquable et d’une finesse hors du commun, permet de représenter un fourmillement de détails hallucinant. Et quand je dis « fourmillement », le terme n’est pas galvaudé. On peut pendant des heures y explorer du regard qui la cuisine cradingue d’un navire où mille ustensiles côtoient poulets, souris, poissons morts et autres créatures visqueuses, qui la chambre d’Apollonia regorgeant de jouets divers et de mobilier rococo, qui le fond de l’océan peuplé d’êtres mystérieux et de coquillages enchevêtrés. Pourtant malgré toute cette finesse, il y a quelque chose de pas vraiment net voire d’un peu tordu au royaume de Jeremy « Pirate » Bastian : sa représentation des corps, têtes et membres, difformes et disproportionnés, totalement assumée et pour notre plus grand plaisir, accentue le côté carrollien de l’objet, à la fois monstrueux et merveilleux.

On l’aura compris, le minimalisme, c’est pas son truc à Bastian, et si les fins exégètes auront tôt fait de moquer, avec un brin de condescendance, ce dessin « chargé » et toutes ces fioritures « very old school », on ne doute pas que l’auteur, en réaction, dégaine son drapeau noir à tête de mort et à majeur dressé.

« La Fille maudite du Capitaine pirate » est à ce point hors du temps, de par son aspect contemplatif et « ancien », que l’on en perd la notion même. Et au fond, c’est peut-être bien ce qu’il cherche à faire, ce flibustier de Bastian : nous arracher au présent pour nous trimbaler avec ses pirates dans une autre dimension au goût d’éternité. On l’imagine parfaitement, étant gamin, s’extasier à la lecture de « Peter Pan » ou passer son temps à dessiner des cartes au trésor.

Certes, ce tome 1 pêche un tantinet par son scénario, lequel, à l’image du dessin, est envahi de circonvolutions délirantes (et par moments quelque peu balourdes), mais on en termine la lecture avec ce vague sentiment d’être passé de l’autre côté du miroir, dans un monde aussi mystérieux qu’addictif. Un peu comme la jeune Apollonia, chez qui la rencontre avec la fille du pirate semble avoir déclenché un processus irréversible de métamorphose psychique, sorte d’entrée en rébellion contre l’éducation bourgeoise sous cloche que veut lui imposer son gouverneur de père. Quoiqu’il en soit, une lecture ne suffira pas pour capter l’infinité de détails de ce premier volet, et c’est avec plaisir qu’on s’y replongera avant de découvrir la suite, qui permettra de vérifier si Bastian ne fait qui naviguer à vue ou détient véritablement une idée précise de l’issue de sa course au trésor. De toute façon une très belle découverte qui aura enchanté mon festival. Et qui aura probablement engendré ma critique la plus longue sur BDT, sorry ;-)

Nom série  Notes  posté le 02/01/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Il m’aura donc fallu attendre le numéro 9 de ces « Notes » pour qu’enfin j’ai le bonheur de découvrir cet auteur. Ce mec a un talent fou, on a l’impression qu’il dessine comme il respire, que chez lui le dessin est plus qu’un art, tout simplement un langage à part entière comme l’écriture peut l’être pour les écrivains. Le bougre confie d’ailleurs ne pas recourir aux croquis. A croire qu’il pourrait tout dessiner, aussi à l’aise dans le dessin humoristique que dans l’aquarelle, se payant même le luxe de réaliser des estampes japonaises. Il suffit pour s’en rendre compte de consulter son blog bouletcorp.com. La plupart du temps en noir et blanc avec ponctuellement quelques touches de couleurs, ces « beaux dessins plein de petits traits », qui pourraient évoquer Crumb ou Moebius, impressionnent aussi par leur fluidité, leur sens du mouvement et du cadrage, mais surtout par leur folle expressivité dans la caricature, engendrant chez le lecteur une irrépressible envie de rire. Boulet étant le personnage principal de ses histoires courtes tirées de son blog, il fait preuve de beaucoup d’autodérision, peut-être un moyen de ne pas se choper le cigare, ce qui serait tentant lorsque comme lui on possède un tel talent.

Sa façon est telle de ne pas se prendre au sérieux qu’il parvient à nouer une complicité immédiate avec le lecteur. Déjà suffisamment torturé, Boulet s’accroche à son âme de gosse, on ne saurait le blâmer, mais ne lui dites pas que « les dessinateurs sont de grands enfants ». Ça a le don de le mettre hors de lui, du coup il a les arguments pour assassiner une fois pour toutes ce cliché idiot, comme il le fait dans le tome 9. Boulet est un auteur aussi talentueux qu’attachant, et ce seul tome m’aura suffit pour être définitivement conquis. Je vais de ce pas me mettre en quête des huit précédents…

Nom série  La Petite Mort  posté le 20/12/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Très bonne surprise que cette BD, aussi inattendue que décalée, joyeusement macabre. Tout d’abord, un bon point pour cette couverture d’un noir funèbre mais délicieusement veloutée, plaisir du toucher…

Avoir eu l’idée de faire une BD humoristique sur une famille de squelettes faucheurs vivant comme n’importe quelle famille humaine, du moins cherchant à y ressembler, avec ses préoccupations terrestres quotidiennes, je trouve que c’est carrément mortel !

Le dessin à la fois stylisé et cartoonesque (je ne savais pas que des orbites vides pouvaient être aussi expressives) et la mise en page en font un objet très graphique, avec des cases (évidemment) cernées de noir et un petit os pour séparer chaque strip, des digressions dans un style totalement différents, notamment des fausses pubs « saignantes » (Killer surprise) ou des parodies macabres de Hello Kitty (« Hello Kittu »). Ça ressemble à une espèce de collage improvisé mais ça donne quelque chose de paradoxalement très vivant, presque joyeux, souvent déconcertant mais souvent drôle aussi. Glacial à souhait, cet humour noir pour vieux enfants conscients de l’horloge qui tourne grince comme des articulations de nonagénaire, on entendrait presque tinter les chaînes de la faucheuse ricanant, mais avec un côté candide incarné par le personnage de la Petite Mort, double funéraire d’un Caliméro sous prozac, assez touchant, car oui, il y a un cœur sous cette cape. On n’oubliera pas certains autres personnages, celui de Pépé Mort, « squelette sorti du placard », moitié gouailleur moitié philosophe, et celui de Ludovic, le seul ami de la Petite Mort, cancre acnéique d’une bêtise confondante mais bidonnant à s’en faire péter les côtes.

Gothique, insolite, décalé, déconcertant, surprenant, hilarant, philosophique… Les adjectifs ne manquent pas pour définir l’ouvrage. A sentir le souffle de cette Mort-là, mes tibias et mes fémurs ont entrepris une danse macabre drolatique et mon âme s’est subitement réchauffée à l’intérieur de mon crâne. Croyez-le, Davy Mourier tient plus de l’oiseau de paradis que de mauvais augure. Avec lui, si la mort fait trembler, c’est seulement de rire. Elle est rendue inoffensive, devient même attachante, et se paie même le luxe d’apparaître en réalité augmentée sur certaines pages pour les plus geeks d’entre nous ! N’ayez donc pas peur d’adopter cette faucheuse, et soyez enfin le weirdo que vous avez toujours rêvé d’être !

Nom série  Axolot  posté le 03/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Avant toute chose, il convient de saluer, outre la couverture attirante, la présentation de ce recueil de très belle facture, une invitation réussie à pénétrer le monde étrange d’Axolot. L’axolot (ou « axolotl » en langue nahuatl), c’est une petite bestiole amphibienne vivant principalement au Mexique et qui a donc donné son nom au site puis à la BD de Patrick Baud. « A mi-chemin entre la salamandre et le Pokémon », cette créature a pour particularité de régénérer ses organes endommagés et peut rester à l’état larvaire toute sa vie. Et si là vous me dites « bizarre », je sens bien que ça vous tente de vous y risquer davantage… Cet album est donc bel et bien fait pour vous.

Notre Big Circus s’ouvre en fanfare avec un poulet sans tête, petit numéro fort clownesque et enchaîne sur une séance hitchcockienne de thanatopraxie par un vieux toubib amoureux transi, auxquels succèdent de drôles de créations, de chimères ou d’illusions, allez savoir… Au programme figurent le « vrai Frankenstein », un automate turc champion d’échecs, des monstres issus des ténèbres, le Blob (vu au microscope hilarant de Marion Montaigne), trois Christs pas très sains d’esprit, des zombies danseurs et des poupées macabres.

A l’entracte de cette foire baroque délicieusement lugubre, vous pourrez vous promener parmi des arbres extraordinaires, visiter le cabinet des curiosités incluant un bestiaire fabuleux, ou encore consulter un mage-psychologue qui vous collera les miquettes en vous démontrant comment votre cerveau vous joue des tours… et là, ne vous étonnez pas si au moment où vous refermez le livre, une escouade d’infirmiers force votre porte pour vous passer la camisole, surtout si vous leur racontez que tout est véridique !

En attendant, vous pourrez toujours profiter d’un graphisme varié par des auteurs triés sur le volet (en plus de Marion Montaigne, on notera la participation de Libon, Tony Sandoval, Boulet, Camille Moog, Ewann Surcouf, Geoffroy Monde, Sybilline et Capucine, Adrien Ménielle, Guillaume Long, Yannick Lejeune), le tout formant un ensemble cohérent et passionnant sous la baguette du brillant chef d'orchestre Patrick Baud. L’axolotl est paraît-il une espèce menacée. Espérons qu’il en ira tout autrement pour l'Axolot version BD, œuvre collective et originale à laquelle une suite serait plus que bienvenue.

Nom série  Mauvais genre  posté le 25/06/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Une sacrée histoire que celle de Paul Grappe ! Curieusement, ce n’est qu’en refermant la dernière page que j’ai réalisé qu’il s’agissait d’une histoire vraie. Et pourtant je ne doute pas qu’un scénariste brillant ait pu concevoir un récit aussi incroyable, aussi dérangeant, aussi fascinant. Un gros pavé dans la mare fétide des opposants au mariage gay et autres paranoïaques redoutant un enseignement du plus « mauvais genre »… Et quand je dis « gros pavé », surtout ne pas se méprendre ! Car si pavé il y a, celui-ci est tout en finesse, servi par un joli dessin au pastel à dominante gris sépia parsemé de touches de rouge, pour évoquer d’une part le sang de la boucherie 14-18 et d’autre part la relation passionnelle et tumultueuse entre Louise et Paul ou encore la séduction un brin provocante. Au niveau du trait, on est presque plus dans l’esquisse, le but étant de faire ressortir les ambiances, les attitudes et les expressions des personnages, ce que Chloé Cruchaudet réussit avec énormément de talent. C’est vraiment très très beau à regarder et on se dit que les contours des cases auraient été superflus dans une histoire sur la relativité du genre…

Par ailleurs inspirée d’un roman, cette BD nous fait vivre la transformation physique et morale d’un homme qui au départ se travestissait uniquement pour sortir de la clandestinité. Un rien macho au départ, Paul va peu à peu découvrir sa part de féminité qu’il finira par assumer totalement et mettre en valeur en devenant la star des soirées olé-olé du Bois de Boulogne. Du coup, on se dit que ce n’est peut-être pas tout à fait par hasard si on disait de ces années qu’elles étaient « folles »… L’humour n’est pas absent et vient judicieusement contrebalancer la dureté de certaines scènes évoquant la Grande guerre au début de l’album, une guerre où par chance Paul n’aura (délibérément) laissé qu’un doigt pour éviter d’y laisser le reste.

Il va sans dire que « Mauvais genre » est un énorme coup de cœur pour moi, et incontestablement une des meilleures productions de l’année 2013.

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