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... a posté 117 avis et 4 séries (Note moyenne: 3.66)

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Les coups de coeur de Blue boy

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Nom série  Portugal  posté le 18/03/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Je ressors assez étonné de cette lecture car lorsqu’il m’était arrivé de feuilleter cette bd en librairie, le graphisme ne m’attirait pas plus que ça au premier abord. Pourtant, quelque chose me donnait envie de la découvrir, ne serait-ce que parce que j’ai passé quelques jours à Lisbonne en 2011 et que j’en gardais un très bon souvenir. Et puis dès que je me suis plongé dans ce gros one-shot de 250 pages, j’ai contre toute attente été conquis très rapidement.

Il est vrai qu’on oublie très vite ce côté crayonné du trait qui en fait confère une certaine poésie à l’ensemble. Ces lignes très fines collent bien à la fragilité du personnage principal, très sensible et en proie à ses interrogations métaphysiques. Le choix des couleurs est subtil et particulièrement réussi, avec un ton dominant pour chaque scène, et un élargissement de la palette vers des teintes plus chaudes au fur et à mesure qu’on avance dans l’histoire. Pour les yeux, c’est un vrai festival, un émerveillement permanent.

L’ouvrage est composé de trois parties qui délimitent les différentes étapes de la quête du « héros » : sa rupture conjugale nécessaire pour entamer le processus (« Selon Simon »), les « retrouvailles » avec un père accaparé par son boulot lors du mariage de la cousine en Bourgogne (« Selon Jean ») et le séjour au Portugal sur les traces du grand-père (« Selon Abel »). Les plus pressés pourront y trouver des longueurs mais on est quand même dans l’introspectif, ce qui ne veut pas dire chiant, au contraire. « Portugal » est une sorte de road movie humaniste où l’auteur a opté pour les routes départementales plutôt que les autoroutes… A travers cette quête, il nous invite à prendre le temps de réfléchir aussi sur nous-mêmes (car la question de nos racines nous concerne tous), sans lourdeurs, avec délicatesse et humanité. Il y est question de mémoire, de notre condition tragique d’homme moderne mais aussi de reconstruction de soi-même quand la vie paraît vaine. Plusieurs anecdotes et passages drôles ou touchants émaillent le récit, notamment quand Simon apprend l’origine de son nom.

J’y ai moi-même retrouvé l’ambiance chaleureuse et la douceur de vivre méditerranéenne d’un pays où les gens ont su rester authentiques. Laissez-vous donc enchanter par ce Portugal à cent lieues de la carte postale !

Nom série  Un printemps à Tchernobyl  posté le 21/02/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Je ne sais pas comment les moins de 25 ans perçoivent cette catastrophe aujourd’hui, mais je me souviens qu’à l’époque ce fut (pour moi en tous cas) un énorme traumatisme malgré les tentatives du gouvernement et des médias français pour en minimiser la portée.

Tout d’abord, ce qui frappe au premier coup d’œil dans cette BD, c’est la beauté du graphisme, avec le recours à une aquarelle sépia et monochrome aux tonalités parfois très sombres, conférant une atmosphère oppressante dès les premières pages. C’est ainsi que l’on va suivre l’auteur dans son expédition avec la boule au ventre, comme si on y était, vers ce no man’s land terrifiant où le danger est invisible mais omniprésent. TCHER-NO-BYL . Ces trois syllabes, qui sonnent comme une explosion, une sorte d’éternuement atomique, exercent toujours le même pouvoir de fascination morbide mêlée d’effroi. Les voyeurs, eux, seront très certainement déçus, car ici Lepage évacue la question des malformations dès le début en ne faisant que reproduire – pudiquement - quelques photos d’enfants difformes prises quelques années après l’explosion, histoire de mettre les choses au clair. Une fois passés les questionnements liés à l’appréhension d’un tel voyage, l’arrivée dans la zone maudite, la découverte d’une ville fantôme et de ses ruines, l’approche de la centrale, gueule béante des enfers, comme un défi face à un monstre endormi, le récit va évoluer vers quelque chose d’inattendu, posant à Lepage et ses camarades artistes mille questions, leur imposant un virage à 180° - le titre résume tout. En effet, force leur est de constater, avec l’arrivée de la belle saison, que la nature s’est adaptée et a repris le dessus. La couleur, très rare au début, se fait de plus en plus fréquente, conférant à l’ensemble de la légèreté et éloignant la chape de plomb nucléaire.

Telle est la question se posant aux auteurs : comment décrire l’invisible ? Une nature exubérante aux couleurs chatoyantes, comme dopée par la radioactivité, contre toute attente. Une nature accueillante et omniprésente tout en restant très dangereuse pour quiconque s’y attarderait. Plus largement, se pose la question de l’objectivité de l’œuvre documentaire. Mandatés par une association humanitaire pour dénoncer les dangers du nucléaire, les auteurs sont confrontés à un vrai dilemme : doivent-ils dessiner ce qu’on attend d’eux ou dépeindre la réalité telle qu’ils la voient ?

A travers cette magnifique BD, l’auteur nous livre une œuvre libre, personnelle et sincère. Avec humilité et sensibilité, Lepage nous donne également à voir de beaux portraits des habitants de la région (et n’oublie pas au passage de rendre hommage aux « liquidateurs » qui se sont littéralement sacrifiés). Certains moments sont véritablement poignants, je peux affirmer sans hésitation qu’il s’agit de la meilleure BD documentaire qu’il m’ait été donnée de lire. Et en ce qui me concerne, malgré l’ « optimisme » dégagé par cette histoire, je ne suis pas devenu pour autant partisan du nucléaire. Cela reste une énergie terriblement dangereuse pour l’homme (qui voudrait habiter Tchernobyl à moins d’être suicidaire ?). Cet ouvrage ne fait que prouver que la nature s’en est toujours très bien sortie – et mieux – sans l’Homme, et devrait donc nous inciter à plus d’humilité devant des forces que l’on ne contrôle pas, comme en témoigne la catastrophe plus récente de Fukushima.

Nom série  Quartier lointain  posté le 31/01/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Je ne lis que très rarement des mangas, mais celui-ci m’a été offert par un ami et apparemment demeure un des must en la matière. Il est vrai que l’ouvrage sort vraiment de l’idée que je me fais généralement du manga, qui je le reconnais n’est pas exempte de préjugés.

S’il y a bien quelque chose que j’ai apprécié dans cette BD, c’est l’atmosphère qui s’en dégage. J’ai vraiment été transporté dans ce Japon des années 60, dans cette ville de province où semble régner une certaine douceur de vivre. Cette douceur est bien rendue par le trait raffiné et minutieux de Jiro Taniguchi. Paysages, ciels, bâtiments sont parfaitement représentés, par contre, j’ai un peu plus de mal avec les personnages que je trouve assez fades et inexpressifs. Et là encore, c’est l’une des choses qui me gêne – voire qui m’agace- le plus dans le style manga, comme si les Japonais avaient tous appris à dessiner dans la même école et semblaient se copier les uns les autres… Certes, on pourrait dire la même chose d’un certain style franco-belge… Heureusement, cela n’est nullement rédhibitoire et ne m’empêche pas d’apprécier énormément Hayao Miyazaki, autre auteur nippon de splendides dessins animés débordant de poésie. Après tout, cette uniformité est-elle destinée à permettre au lecteur de mieux s’identifier aux personnages…

Quant au récit, il bénéficie d’un scénario bien construit et original. Une histoire simple où s’invite discrètement le fantastique. Une histoire que chacun a forcément un jour ou l’autre imaginé : revivre son enfance. Peut-être pour pouvoir changer le cours d’une vie dont on n’a pas forcément rêvée et dont les déboires résultent toujours en partie des blessures plus ou moins conscientes subies à l’âge où l’on est insouciant… Ici, le quadragénaire Hiroshi, dans son corps de 14 ans, va espionner son père Yoshio pour tenter de comprendre ce qui l’a conduit à quitter le foyer familial et surtout l’en dissuader. Sa mésaventure finira par l’éclairer sur sa situation maritale qui lui pèse sans qu’il sache vraiment pourquoi. Avec en filigrane cette question : si l’on peut agir sur certaines choses (dans le présent ou le passé), peut-on réellement changer le destin ?… Il s’agit donc bien, on l’aura compris, d’un roman graphique « travaillé », avec des personnages réalistes et dotés d’une certaine profondeur – rien à voir donc avec les mangas pondus au kilomètre au Pays du Soleil levant. Le ton est grave, l’émotion est toute en retenue mais bien présente (la rencontre de Hiroshi avec l’amie d’enfance de son père), ce qui n’empêche pas l’humour dans certaines scènes assez cocasses – dues notamment au problème d’alcool de Hiroshi.

Je recommande donc vivement la lecture de ce « Quartier lointain » tellement proche de nous, d’une portée universelle, humain, tellement humain, sans jugement, tragique aussi, empreint d’une émotion subtile et sans pathos, mais qui, une fois le livre refermé, infuse délicatement votre âme… Comme un doux tintinnabulement aux sonorités mélancoliques qui vient vous hanter et finit par vous mettre le cœur au bord des larmes…

Nom série  Habibi  posté le 14/10/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Après le superbe Blankets, je n’imaginais pas que Craig Thompson puisse faire mieux… et pourtant c’est le cas avec cet autre pavé, encore plus épais (665 pages). Si pour moi Blankets représente l’archétype du roman graphique, je dirais qu’avec Habibi, Thompson a inventé la formule idéale du « roman graphique picaresque ». Que dire, c’est tout simplement époustouflant, tant au niveau de l’histoire que du graphisme, encore plus poussé. L’auteur s’est littéralement surpassé, son trait élégant semble avoir fusionné avec l’Art islamique traditionnel, intégrant un luxe incroyable de détails (on reste abasourdi devant ces frises et motifs orientaux qui n’ont clairement pas été trafiqués par ordinateur). La mise en page est toujours surprenante et souligne judicieusement le contexte. C’est du grand art, et une fois encore, le noir et blanc se suffit largement à lui-même.

L’histoire est complexe, alternant flashbacks, références bibliques et coraniques, évocation des légendes et poèmes orientaux, digressions sur la calligraphie arabe et ses aspects symboliques, avec des ouvertures vers la science et l’ésotérisme. Mais Thompson réussit pourtant, par une alchimie subtile, à faire tenir tout ça debout. Certes on ne rentre pas dans cette histoire comme dans un moulin, et il m’a fallu moi-même quelques pages pour m’habituer à ce mode de récit, mais une fois passé le cap, quel délice ! Il s’agit d’un conte épique et débridé, où l’auteur ne s’interdit aucun thème ni aucune représentation.

Entre Blankets et Habibi, le lieu de l’action (Midwest américain et terre orientale indéfinie) et le genre (autobiographie et conte) diffèrent, mais on y retrouve les mêmes questionnements philosophiques et religieux, sur l’amour, le couple et la sexualité. Et malgré les nombreuses références à la religion, il n’y a aucune trace de bigoterie dans cette démarche : l’humour et les scènes de sexe (parfois tendres et sensuelles, parfois dures et rebutantes) viennent souvent équilibrer le propos. S’ajoutent à cela des préoccupations écologiques qui contemporanisent l’ouvrage.

Si ce récit à la fois actuel et intemporel recèle un message humaniste de portée universelle, il est aussi un très bel hommage à la civilisation arabe, où l’auteur nous fait apprécier la beauté et la subtilité de son art, notamment la calligraphie qui tient une place très importante tout au long du livre. Il faudrait plusieurs lectures pour en absorber toute la richesse, mais en ce qui me concerne, ma vision d’occidental lambda en a été indéniablement modifiée, et il a fallu que ce soit grâce à un Américain ! Cette culture, malgré sa proximité géographique avec l’Europe, reste au final assez méconnue et toujours en proie aux préjugés. Et cela ne s’applique pas seulement à l’électorat perméable aux discours racistes.

Craig Thompson a vraiment placé la barre très haut avec cet Habibi, qui pour moi tient à la fois du chef d’œuvre et du coup de cœur.

Nom série  Walking Dead  posté le 23/06/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Longtemps assimilé à la sous-culture popcorn US, le genre zombie, cette branche du fantastique a proliféré dans les domaines du cinéma, du jeu vidéo et de la BD. Et pourtant, le cinéaste Georges Romero, héritier de la culture contestataire des années 60, depuis sa cultissime « Nuit des morts-vivants » et les suites qui en avaient découlé, avait justement utilisé les zombies pour dénoncer le système consumériste de nos sociétés capitalistes. Avec Walking Dead, Robert Kirkman et Charlie Adlard transcendent le genre avec un format qui s’apparenterait plus au roman graphique qu’au comics typique à la Marvel, conférant à ses personnages (les vivants bien entendu…) une profondeur psychologique assez surprenante, aucun ne possédant les caractéristiques du héros classique. Le personnage central, Rick Grimes, censé endosser cette position, a lui-même ses failles et ses zones d’ombre.


Si le trait, nerveux, est assez classique, il est toutefois bien adapté à ce « survival horror comics », dont le scénario, très bien construit est si captivant qu’on oublie totalement que le dessin est en noir et blanc. Sur le plan de la mise en page et du cadrage, rien à dire, c’est parfait. Les personnages sont attachants et bien campés psychologiquement, ce qui, on pourrait le concevoir, est la moindre des choses face à des hordes de zombies hargneux et décervelés ! On se dit que décidément, les Ricains sont toujours très forts en la matière. Le récit est émaillé de multiples rebondissements mais le dosage entre scènes d’action et scènes plus calmes est équilibré, De façon générale, à peine a-t-on déposé le livre qu’on a déjà envie de le rouvrir pour découvrir la suite. Certaines scènes sont dignes de l’Enfer de Dante, et même si faire peur n’est pas le but premier des auteurs, certains risquent tout de même de faire quelques cauchemars… Mais cela serait oublier le vrai talent du dessinateur qui reproduit avec réalisme et sensibilité les différentes attitudes des personnages, sachant révéler avec justesse leurs états d’âme d’un simple coup de crayon… car la saga est aussi et surtout une aventure humaine, où les auteurs explorent les recoins de l’âme humaine, des plus nobles aux plus sombres. Avec cette question lancinante : jusqu’où peut-on aller pour assurer sa survie et celle de ses proches dans une situation difficile ?

Pendant une bonne partie de la série, aucun indice n’est fourni sur les raisons d’une catastrophe qui semble avoir touché le monde entier. Inutile d’allumer le poste pour avoir des informations ou d’attendre d’hypothétiques secours, il n’y a plus rien, seulement la mort qui rôde et ses charognards sans sommeil. Depuis Romero, le genre zombie est un mythe qui correspond complètement au Zeitgeist de la fin du XXème siècle et est repris avec brio par les auteurs qui en font une espèce de télé-réalité sombre et post-apocalyptique, avec ses maillons faibles, où les valeurs de l’Occident, du tout confort, de l’hyperconsommation, du « fun of life », sont réduites en charpie… Un mythe qui ne peut que fasciner, lié aux grandes épidémies et à la terreur qu’elles suscitent, de la Peste noire au Sida, en passant par la grippe espagnole… mais également au cannibalisme qui nous renvoie avec effroi à nos origines les plus primitives…

Toute américaine qu’elle soit, cette œuvre n’a rien d’une production typique US avec ses « happy ends » et ses héros invincibles sortant indemnes de toutes les chausse-trappes. Elle réussit à briser quelques conventions, notamment celle du manichéisme poisseux hérité d’Hollywood. Et à bien des égards, je peux vraiment dire que j’ai été scotché par cette série, qui, en recourant à des procédés parfois « bourrins » ou trash dans la forme, ne s’interdit rien pour mettre à jour les aspects les moins glorieux de l’âme humaine. C’est peut-être ce que permet la BD par rapport au cinéma, car quand on compare à la série TV qui en a été inspirée, on voit bien que cette dernière, malgré ses qualités, a été largement édulcorée par rapport à l’œuvre originale, sans doute dans le but de toucher un plus large public.

En résumé, Walking Dead est une bédé puissante, qui prend… aux tripes. C’est facile, je sais, mais c’est la meilleure définition….
1. Passé Décomposé
2. Cette Vie derrière nous...
3. Sains et saufs
4. Amour et mort –
5. Monstrueux
6. Vengeance –
7. Dans l’œil du cyclone -
8. Une vie de souffrance
9. Ceux qui restent
10. Vers quel avenir ?
11. Les Chasseurs
12. Un monde parfait
13. Point de non-retour
14. Piégés !
15. Deuil et espoir
16. Un vaste monde
17. Terrifiant

Nom série  Alpha... directions  posté le 03/06/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Tout d’abord, l’objet : un vrai pavé, dans lequel on a plaisir à se plonger, il s’agit d’une véritable expérience immersive. L’ouvrage est par ailleurs inclassable : on pourrait parler de documentaire scientifique voire historique, mais cela resterait incomplet, l’auteur apportant en outre son œil artistique en glissant à bon escient de multiples références dans la chronologie rigoureuse de cette épopée, qu’elles soient en rapport avec l’art, la science ou la religion. Ainsi, les cases se répondent, comme s’il y avait discussion entre les temps primitifs et l’humanité avec ses connaissances, ses croyances, ses mythes, ses questionnements. C’est toujours étonnant, érudit, rafraîchissant, parfois décalé, parfois humoristique (la mouche de Trondheim virevoltant au milieu des sauriens volants, par exemple). Le dessin est remarquablement précis, mais aussi très agréable à l’œil, rehaussé par une belle bichromie dont les teintes désaturées évoluent au fil des pages en parcourant le cercle chromatique. Une page de résumé des principaux événements vient clore chaque chapitre, ce qui n’est pas trop assommant pour les plus réfractaires à la science.

C’est un vrai défi auquel a été confronté l’auteur, élaborant quelque chose qui n’avait jamais été fait : mettre en images l’histoire de l’Univers depuis les origines. Qui en effet pouvait imaginer qu’un auteur de BD puisse un jour représenter les premiers instants succédant au Big Bang, le début de l’espace-temps, l’ère de Planck (d’une durée infinitésimale de 10-44 seconde !), les quarks, antiquarks et autres particules subatomiques, etc. Eh bien Jens Harder l’a fait, avec brio et de façon tout à fait originale (voir plus haut). C’est passionnant, fascinant, grandiose. Comme un gosse, on reste tout simplement admiratif devant un tel travail, imaginant la somme d’archives et de documents qu’il a fallu réunir pour produire une telle œuvre. Parallèlement on est saisi de vertige devant le génie de la nature mais aussi en pensant aux périodes immensément longues qui ont été nécessaires aux transformations les plus infimes, si l’on raisonne en temps humain. Incontestablement, on peut parler d’un chef d’œuvre qui fera date. C’est donc avec impatience que j’attends la sortie des deux tomes qui devraient suivre, l’un consacré à l’histoire de l’humanité et l’autre au futur.

PS : je salue au passage l’excellente critique de Sejy

Nom série  Blaise  posté le 22/04/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Blaise est un pré-ado pas très beau, inhibé et narcissique, affublé d’un double menton et d’une coupe de cheveux ridicule. Blaise n’aime pas qu’on se moque de lui mais est prêt à ricaner avec la meute d’un camarade plus pitoyable que lui. Blaise étouffe en silence dans l’appartement de ses parents bobos, ne pouvant compter sur ces derniers pour l’épauler dans ce difficile passage vers l’âge adulte. Le problème, c’est que les parents de Blaise ont bien d’autres chats à fouetter… penser à renouveler l'abonnement aux spectacles de danse (qu’ils détestent), à aller voir le dernier film culte probablement soporifique ou la dernière pièce à la mode, où les comédiens font caca sur scène. Normal, Télérama en a dit tellement de bien…

Tout d’abord, j’aime bien le graphisme original, fait d’images fixes « samplées-photoshopées » évoquant les Têtes à claques, et s’inscrivant du coup pilepoil dans l’époque. On aime ou on n’aime pas, ce n’est pas du dessin, peut-être même pas de la bédé, certains trouveront les personnages figés, mais c’est un parti pris tout à fait adapté à ce format « strip en six cases ». Comme j’ai pu le voir dans une des critiques, c’est « acidulé », avec un côté rétro aux couleurs un peu passées, équilibrant du même coup la noirceur du propos. Car en effet, l’humour est féroce et vient titiller chacun d’entre nous, avec nos petites lâchetés « ni vues ni connues », nos mesquineries, notre conformisme, et toutes nos contradictions. Avec les Bidochons, on rit de bon cœur, car on a plus de mal à se sentir visés par leur côté « beaufs prolos des années 60 », mais là ces personnages nous ressemblent beaucoup plus ! Si on a un minimum d’autodérision, on pourra donc rire de ces « beaufs bobos », agaçants par leur snobisme et leur conviction d’être au-dessus de la mêlée alors qu’en fait ils n’ont pas des vies extraordinaires, regardent même les émissions de merde (mais en n’arrêtant pas de les critiquer, parce que hé ho, nous, on garde quand même un esprit très critique, hein ?).

Cela correspond assez bien aux années post-11 septembre, et sans en avoir l’air, Planchon parvient en six cases à dire beaucoup de choses sur notre époque décadente, individualiste et blasée, toujours soumise aux diktats de l’hyperconsommation. C’est assez subversif et ça dézingue de tous les côtés, avec un redoutable humour pince-sans-rire. Tenez-vous le pour dit, il n’y aura pas de quartier !

Merde alors, je suis donc le premier à mettre 5 étoiles à Blaise ! Pour moi, c’est pourtant une très bonne surprise, cela faisait longtemps que je n’avais rien lu d’aussi drôle et décapant en matière de BD.

Nom série  Magasin général  posté le 31/03/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Cette fresque villageoise est absolument épatante, tant par la beauté du dessin et des couleurs que par la drôlerie et la sensibilité des différents protagonistes, qui semblent littéralement sortir des cases tant ils sonnent vrais. On sent que les personnages, qui ont chacun une personnalité bien marquée, ont fait l’objet d’une étude fouillée. Le parler québecois ajoute un côté truculent aux situations souvent drôles. On est parfois saisi de fou-rire mais on pleure aussi avec Marie, à fleur de peau et toute en pudeur. Le dessin est vraiment réussi et certaines cases sont de véritables petits tableaux, les scènes champêtres y sont dépeintes avec subtilité et poésie. D’autres sont purement éblouissantes (la soirée du réveillon de Noël préparée par Serge), j’ai lâché des « oooh » d’émerveillement tel un gosse devant le sapin… C’est vivant, vibrant, chatoyant, chaleureux, cocasse, sensible, émouvant…

Amateurs d’aventures avec un grand A, passez votre chemin. Ici, pas de conquête de grands espaces et de monstres menaçants (même si nous sommes dans le Grand Nord canadien), c’est juste la vie dans un village à une époque comme il en existe partout avec toutes ses composantes humaines. En fait, il s’agit plus d’une conquête de la vie et de ses plaisirs (de la chair et de la bonne chère !) face à la culpabilité, aux préjugés et aux ragots. C’est aussi l’histoire d’un homme-fée (Serge) qui va traverser ce village en s’efforçant de redonner vie à une fleur fanée trop vite, Marie, et en accrochant des étoiles dans les yeux et l’âme des villageois présents, femmes, enfants et vieux, les hommes étant partis bivouaquer pour quelques semaines. Une sorte de Bagdad Café en BD.

Mon seul bémol est la présence de ces phylactères (de Loisel sans aucun doute) quelque peu envahissants qui parasitent parfois le plaisir qu’on a à admirer les dessins. Il me semble que dans une BD, une bulle doit être élégante et savoir se faire oublier. Celles-ci sont trop stylées, trop pointues, trop nerveuses, et ne vont pas avec le style du dessin. Si cela fonctionnait dans Peter Pan et La Quête de l'Oiseau du Temps , c’est devenu presque gênant ici, un peu comme un gravier dans une chaussure. La présence récurrente des petits animaux (le chiot, le chaton et le caneton) a aussi un côté agaçant - surtout au tome 7 avec l’apparition de l’ourson. C’est bien mignon mais aussi très enfantin. J’ai par ailleurs cru déceler un certain essoufflement scénaristique dans ce même tome 7.

Cela étant, cette association des deux dessinateurs Tripp et Loisel est néanmoins tout à fait concluante. Ils ont su mettre leur ego de côté, et produire quelque chose de graphiquement époustouflant (hormis les bulles). Je ne connais pas d’autres exemples en BD mais il me semble que la démarche est innovante et intéressante, et gagnerait à se généraliser étant donné le résultat ici présent où la synergie des deux dessinateurs soutenue par le travail du scénariste a fonctionné à plein !

Tome 1 : Marie
Tome 2 : Serge
Tome 3 : Les hommes
Tome 4 : Confessions
Tome 5 : Montréal
Tome 6 : Ernest Latulippe
Tome 7 : Charleston

Nom série  Julius Corentin Acquefacques  posté le 10/03/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Cela faisait pas mal de temps que je voulais découvrir cette série et je peux affirmer haut et fort qu’elle est largement à la hauteur de mes attentes.

Le dessin en noir en blanc sans transition de gris traduit parfaitement cet univers dérangeant avec ses aplats noirs qui semblent toujours sur le point d’engloutir les personnages aux visages grimaçants, seul celui de Julius restant inexpressif en toutes circonstances. L’imagination débridée de l’auteur rend le scénario difficilement racontable mais celui-ci reste fluide grâce à une ligne claire traduisant une certaine rigueur. Comme le lecteur, Julius se voit à son insu entraîné dans un tourbillon de péripéties plus délirantes les unes que les autres. Avec toute la poésie dont il est capable, Mathieu révèle tout le potentiel extraordinaire de la bédé, explose les conventions, expérimente et joue avec les formes, avec le papier qui de support devient lui-même un personnage ou un paysage, construit des ponts entre les différentes réalités, entre le dessin et la photo, entre la science et la philosophie, recourt à des mises en abyme vertigineuses, provoque des chocs visuels et mentaux, on va de surprise en surprise, c’est tout simplement bluffant.

Cette BD, en plus de susciter une réflexion philosophique, n’est rien de moins qu’une porte ouverte vers une autre dimension. Et ouvre le champ des questionnements : où commence le rêve, où finit la réalité ? La réalité n’est-elle pas pire que le rêve ? Mathieu nous adresse-t-il une invitation au rêve ou une mise en garde contre la folie ? Aucune réponse n’est fournie… mais quel trip !

Je relirai sans aucun doute ce chef d’œuvre complexe et d’une grande richesse, certain du fait que pas mal de choses m’ont échappé en première lecture. Votre bédéthèque mérite largement cette série culte qui confère à son auteur le statut de maître du 9ème Art !

Tome 1 – L’Origine
Tome 2 – La Qu…
Tome 3 – Le Processus
Tome 4 – Le Début de la fin/La Fin du début
Tome 5 – La 2,333e dimension

Nom série  Gorazde  posté le 27/02/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Cet ouvrage m’a impressionné par sa densité et son respect des détails. Joe Sacco a effectué un travail remarquable de documentation et de témoignages, qu’il a su retranscrire parfaitement avec sa ligne claire dans la tradition du comics US à la Crumb. L'alternance des portraits de plusieurs personnages livrant leur vision de cette guerre, avec une description historique et politique du pays, a permis au reporter de produire un ouvrage fluide et instructif. Sacco a su y mêler la précision et l’objectivité du journaliste, la sensibilité et la pudeur de l’humaniste qui ne cherche pas à désigner un camp du doigt plus qu’un autre, mais dénonce surtout l’absurdité de la guerre… et au passage les lenteurs et les lâchetés de l’ONU.

L’auteur nous montre par quel processus des gens qui vivaient en harmonie en viennent progressivement à ne plus fréquenter leur voisin pour devenir leur ennemi mortel, par le seul choix d’un leader nationaliste jouant avec le feu, en l’occurrence le criminel Milosevic, en liguant les Serbes contre les Musulmans. Certains passages sont assez durs mais édulcorer l’horreur aurait équivalu à travestir la réalité, et il s’agit bien là d’un travail de journaliste. Dire qu’il s’agit d’une mise en garde est une évidence, mais ce qui est sûr, c’est que cela fait froid dans le dos. Il n’est même pas totalement farfelu de penser que cela pourrait arriver chez nous. Que se passerait-il en France dans le cas de l’arrivée au pouvoir d’un Le Pen ?

Je conseille ce passionnant ouvrage sur une guerre qui n’était qu’à « deux heures d’avion de Paris » et fait encore partie de l’Histoire récente. La barbarie n’est jamais bien loin sous le vernis de nos sociétés dites civilisées, elle se terre en chacun de nous et ne pourra être domestiquée que par la raison et la réflexion.

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