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Nom série  Batman - Un deuil dans la famille  posté le 13/05/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
S’il y en a bien un qui était ravi d’apprendre la réédition de cet épisode particulier de Batman au sein de la nouvelle et déjà bien longue collection de Urban Comics, c’était bien moi en dépit des nombreux avis négatifs sur cette œuvre décriée.

Il faut dire que l’édition Panini « out of print » se négociait à prix d’or sur la toile et était devenue rapidement introuvable…

Ce n’est un mystère pour personne ni même un scoop : on parle ici de la mort de Jason Todd qui va marquer durablement les esprits pour les épisodes à venir et marquer une tournure dans la série régulière qui reviendra régulièrement sur ce fait inédit à l’époque des années 90. D’ailleurs tout cet épisode suinte durablement l’actualité trouble du moment en incluant l’ayatollah Komeinih et la menace terroriste en envoyant Batman et son disciple au Moyen-Orient, l’un pour retrouver une menace terroriste concoctée par le Joker, l’autre pour retrouver sa véritable mère biologique.

Ce qui est encore plus original est la méthode pour l’éditeur d’envoyer Jason Todd, le second Robin vers son funeste destin : il s’agissait alors pour le lecteur de voter via un simple appel téléphonique pour la mort ou la survie du Golden Boy tel les arènes antiques de Rome ou la télé réalité actuelle.

L’idée était séduisante et a mobilisé les troupes car ce Robin-là était moins apprécié que le précèdent du coup pas de quartier et exit Jason Todd ce qui rend plutôt justice à la mélancolie et à la noirceur constant du Dark Knight.

Si l’on fait abstraction des nombreux raccourcis scénaristiques faisant se rejoindre tous les personnages clés au même endroit comme par hasard, cet épisode se lit aussi addictivement que les Knightfall dont la plupart des dessinateurs voire scénaristes sont les mêmes, à savoir beaucoup d’action et l’envie furieuse de tourner la page au plus vite sans ennui telle un sérial de la bonne vieille époque.

De rapides flashbacks sur les origines de Jason Todd parsèment la lecture sous la bienveillance de Bruce Wayne s’exprimant en voix off et comptabilisant ses erreurs. Certains passages dont une mise à tabac de Robin par le Joker en pleine possession de son aura maléfique sont assez violents et inhabituels et le cadre exotique hors de Gotham même s’il n’est pas très réaliste apporte beaucoup de tension et de charme à un environnement habituellement plus sombre et urbain. On ne perd pas trop de temps à se larmoyer pour mieux poursuivre l’ascension du Joker plus malfaisant et manipulateur que jamais.

Car ce qui m’a effectivement le plus plu c’est la « vengeance » de Batman face à un Joker dans un rôle inhabituel vraiment original et osé et dont je ne peux vous en donner les clés ici sans en dévoiler la surprise. Il faut simplement observer que l’utilisation de Superman en guest star et du cadre de l’ONU apportent beaucoup de plaisir à la lecture dont je m’en suis amusé réellement.

Le bouquin aurait pu se clore sur une conclusion pessimiste mais Urban a eu la bonne initiative de poursuivre cet album par la suite directe mettant en scène Nightwing et un clairvoyant Tim Drake qui deviendra le futur Robin… L’histoire est bien plus « classique » avec un affrontement contre Two-Face et l’apparitions de Teen Titans me laissant un peu de marbre mais reste éminemment sympathique et permet au récit de se conclure sur une note positive.

L’album est de surcroit bourré d’anecdotes passionnantes sur la conception de cet épisode, une page alternative dessinée « si les lecteurs avaient sauvé Jason Todd » et pas mal d’autres petits plus qui en font un livre de référence.

Après graphiquement on reste dans les tons de Jim Apparo un peu rétro et surtout une colorisation criarde qui pique un peu l’œil surtout si l’on pense que l’ensemble a été réalisé bien après Dark Knight Returns par Frank Miller ou même un Killing Joke dont ce « Deuil dans la famille » peut constituer la suite directe mais le découpage simple et percutant aussi bien que l’histoire connue mais haletante en font un épisode de choix dont je ne m’explique toujours pas pourquoi il existe tant de détracteurs.

J’ai beaucoup apprécié et en recommande vivement l’acquisition dans cette réédition augmentée la rendant quasiment indispensable. Après il ne s’agit pas d’un épisode aussi définitif que les Long Halloween ou autres arcs précités plus haut mais surement bien plus que les à prioris négatifs évoqués par mes camarades plus bas.

Nom série  Le Roi des Mouches  posté le 05/11/2008 (dernière MAJ le 29/04/2013) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Le roi des mouches, difficile de parler d'une œuvre qui dépasse le cadre de la simple BD se jouant des règles de la narration, des cadres figés et des phylactères pour employer le recours plus subtil de la mise en scène cinématographique.

Mais attention, il n'est pas question d'une histoire linéaire, ni de scènes d'action ou d'un découpage emprunté au média des salles obscures... Il s'agit d'une sensation de flottement, de jeux de mots, de situations brutes et abruptes de films sensoriels et cyniques comme Donnie Darko, Lost Highway ou effectivement des Lois de l'Attraction...

On y parle d'une banlieue aisée mais paumée de l'Allemagne ressemblant curieusement aux vignettes figées des années 50 américaines, de personnages humains avec leurs piètres qualités et leurs défauts ou plutôt devrais je dire vices tant la recherche désespérée de l'amour et de l'American Way of Life est structurée autour du sexe par absence de sentiments, de recours à l'alcool ou d'ectasy pour oublier l'ennui du quotidien.

Tout s'axe autour de Eric Klein, vieil ado ou jeune adulte ne sachant par où mener sa vie reposant sur des magouilles, des plans cul et le gain de l'argent... Ses errements l'amènent à croiser la route de personnes tout aussi dérangées que ceux de Blue Velvet de David Lynch, un beau père appâté par le gain de sa mère, Ringo, joueur de bowling violent et névrosé, Sal, la belle plante qui se joue de son physique et Marie, seule lueur d'espoir et de fulgurance vite ternie par son entourage...

Tout ce beau monde se déchire, baise, se déteste, bref vit violemment et de façon négative mais évolue au travers différentes petites histoires ou le narrateur change, où l'on se croise dans le passé, le présent, le futur et même au travers du point de vue d'un personnage squelette mort et contemplatif complice du lecteur de tout cette micro-société hardcore.

Noir, c'est noir il n'y a guère d'espoir mais on se plait à suivre le quotidien de tous ces personnages paumés dont une tragique fête d'Halloween racontée en début de tome va scier tous les destins...

Le dessin est magnifique, les couleurs sublimes et si on se sent aussi bien à l'aise malgré la noirceur ambiante c'est qu'on y retrouve une part de soi-même dans cette vie rêvée des Anges qui choque et s'entrechoque...

Rares sont les ouvrages d'une telle ampleur raisonnant encore une fois les pages refermées. Une fois les histoires assemblées et imbriquées l'une dans l'autre, on y retrouve un kaléidoscope d'une cohérence exemplaire et pertinente parfaitement maitrisée. On sent bien que les auteurs savent exactement là où nous amener et sans faute de style.

Pour public averti mais réellement indispensable. Il est certain que ça ne plaira pas à tout le monde mais une fois passé la surprise de la narration par cartouches et la mécanique de la lecture adoptée, il est difficile de s'en remettre ni de lâcher le bouquin.

J'ose espérer qu'il ne faudra pas attendre 4 ans supplémentaires pour connaitre la suite et j'applaudis vivement une telle audace littéraire. Tous les amoureux de Ghost World et de Donnie Darko dont pas mal de clins d'oeil discrets sont adressés devraient se plonger sans plus attendre dans ces deux bouquins aux couvertures sobres et magnifiques.

Update 2013 :

Le troisième et dernier tome attendu de la série sur laquelle j’ai jeté tant de superlatifs est enfin arrivé entre mes mains fébriles un samedi frileux de janvier… Histoire de bien m’y replonger et de ne perdre aucune subtilité du récit, je me suis replongé à nouveau dans ce récit noir, telle une immersion dans un étang boueux et sans fond sans véritable appréhension.
Chaque aspérité initiale m’apportant à nouveau l’ivresse que j’étais venu quérir a parcouru mon échine le temps de cette redécouverte en terrain connue, la surprise en moins, la délectation en plus…

En plus… tout du moins pour les deux premiers tomes… car le troisième, s’il comporte toujours d’aussi jolis dessins et de passages oniriques, a failli me noyer… Me noyer sous des torrents de boue constituée de mots lourds et parfois même vides de sens… Un comble… Eric Klein est toujours ce pantin bouffé par sa famille, sa libido et les drogues qu’il ingère…
Son état végétatif nous est ainsi balancé sous une forme quasi imbuvable, ne distinguant plus la réalité de son imagination…. Ce qui rend la lecture parfois hautement risquée et casse-gueules…
La conclusion n’est pas non plus à la hauteur de mes attentes et croyez-moi j’en suis le premier véritablement déçu car au final j’ai eu l’impression de ne pas avoir tout compris sans en avoir pris le même plaisir manifeste qu’aux deux premiers tomes….

Et pourtant, je m’y étais préparé, lisant et relisant Hallorave et l’Origine du Monde et en espérant la bible manquante pour recréer ma sainte Trinité pour au final me faire balancer comme le pantin que je suis, le lecteur passif qui a eu toutes les peines du monde à achever cette lecture dans la douleur…

Finalement je baisse ma note d’un point dans l’attente d’une relecture ou d’une explication un tant soit plus rationnelle. J’ai l’impression d’être passé au travers, la délectation en moins et la surprise ou plutôt l’incompréhension en plus…

Cette œuvre est toujours aussi belle mais elle est devenue exigeante avec le temps, preuve de toute évidence qu’il fallait bien en finir un jour mais j’aurais aimé que cela soit par la plus grande des portes de sortie. Le Roi des Mouches conserve finalement une grande partie de ses mystères…. J’ose vraiment croire que ce troisième tome de conclusion ne reste pas hermétique longtemps que je puisse redonner la plus belle des notes comme initialement, celle du grand coup de cœur de la bd franco-belge que Messieurs Pirus et Mezzo m’ont offert…. C'est aussi avec ses défauts qu’il se faut d’accepter cette œuvre unique et insaisissable… Un trip inoubliable dans tous les cas...

Nom série  Comix Remix  posté le 15/04/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Sans la récente lecture de l’excellent Cycloman réédité par Cornélius sur un sujet à priori similaire (les superhéros à la french touch) et la présence intriguée de cette grosse intégrale aux accents comics (les annotations Comics sont reprises dessus comme sur un bon vieux Strange), il y a de fortes chances que je serais passé complètement à côté de l’œuvre de Hervé Bourhis et quelle grave erreur ça aurait été !

Car si Cycloman est aussi rafraichissant et drôle dans notre paysage franco-belge, Comix Remix emprunte une voix bien plus sombre que ses dessins épurés et colorés et rappelle davantage Watchmen et Donjon avec une ambition plutôt impressionnante pour une œuvre passé aussi inaperçue…

Petit retour en arrière : dans une mégalopole aussi industrielle qu’étouffante se cotoyent êtres humains et monstres… Parmi cette population se distinguent les superhéros eux même retranchés en deux partis : la « Corporation », entité officielle garni d’êtres parfaits physiquement mais cachant de sombres desseins politiques et vendant ses attributs aux plus généreux et le clan des Clandestins, reclus de tous genres et de toute origine condamnés à exercer des actes dits terroristes pour lutter contre la suprématie de Miss Honolulu, mystérieuse femme à l’aura tentaculaire….

Le récit commence avec l’assassinat de Mister Mercure, le superhéros le plus adulé de la « Corporation » et la convoitise de son fils John-John et de sa veuve par tous les bords. Tout ceci va mettre le feu au poudre au sens propre comme au figuré et permettre à Hervé Bourhis de déployer un bestiaire des plus atypiques et riches rarement vus dans un récit de ce genre en confrontant monstres roses charismatiques et super collants fascistes sans oublier attaques de monstres géants dans un final apocalyptique des plus délétères !

Ne vous fiez pas au dessin enfantin ni au titre représentant davantage l’hommage de Bourhis aux lectures de son enfance, si le début du récit est âpre et déstabilisant avec cette exposition de personnages multiples et complexes, la narration se fait plus prenante et bien structurée, multipliant les points de vue et les actions de tout bord… Il n’existe de surcroit nul personnage véritablement vertueux, chacun possède ses failles et l’auteur utilise beaucoup de subtilités dont une seconde lecture permet de cerner certaines réponses à des énigmes sans pour autant les surligner d’un fluo.

Habile récit sur les différences raciales ou sociales, les dangers d’une politique manipulée par le profit et tout en s’appuyant sur des propos terriblement humains, Bourhis construit un récit rythmé et poignant dont le pessimisme transpire à chaque page sans pour autant négliger quelques pages d’humour avec le regard émouvant ou naïf d’enfants dépassés par leurs responsabilités ou des histoires d’amour inavouées aux destinées tragiques quand il n’y insuffle pas un peu de poésie noire dissimulée dans les bas-fonds d’une ville gagnrénée par l’incommucabilité de ses citoyens.

En finalement si peu de pages et sur 3 tomes au contenu incroyablement riche et doté d’une galerie de monstres exceptionnels s’affrontant pour un idéal perdu (voir le charismatique Epominodas, homme chewing-gum affronter le ténébreux Mister Spice est un pur régal), Comix Remix se dote des plus beaux atouts pour offrir un récit aussi riche qu’un Donjon et complexe qu’un Watchmen sur des bases totalement différentes.

Dans les quelques bonus de cette intégrale, l’auteur se réjouit du nouveau format plus adapté de cette intégrale en espérant qu’elle aura plus de lisibilité et d’impact en librairie et à la conclusion de cette jolie saga, c’est également tout le mal que je lui souhaite… Ne vous fiez pas au titre faussement parodique et imprégnez vous de l’univers unique et ambitieux de Hervé Bourhis, lisez Comix Remix, joli coup de cœur injustement passé inaperçu.

Nom série  Taxista  posté le 09/04/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Marti est un dessinateur espagnol inconnu du grand public francophone que Cornelius a souhaité remettre au gout du jour en publiant l’intégralité des mésaventures d’un chauffeur de taxi aussi trouble que les individus qu’il croise.

Le bonhomme profite des libertés d’une Espagne libérée de Franco et soumise à elle-même dans les années 80 pour livrer un feuilleton aussi bizarre qu’attachant avec quelques traits de caractère rappelant le Taxi Driver de Scorcese.

Pourtant c’est plutôt dans un milieu encore plus crasseux que nous plonge l’auteur avec ce personnage blond pas très finaud, persuadé d’être dans le droit chemin et qui pourtant n’hésite pas à devenir aussi glauque que la famille de dépravés qu’il poursuit à l’issue d’une vengeance bien macabre….

Le trait en noir et blanc caractéristique d’une ligne claire que n’aurait pas renié Yves Chaland joue sur de profonds contrastes comme on pouvait les admirer sur les premiers récits de Charles Burns.

L’essentiel se déroule principalement de nuit ou dans des recoins bien sombres dans un découpage en petites vignettes et sur de grandes silhouettes désarticulées volontairement.

La mise en scène volontairement rétro et kitsch pourrait en effrayer plus d’un mais le contraste entre les dessins et la teneur des propos plutôt adultes ou exagérément choquants crée une sorte d’humour british par des dialogues complètement hors propos dans leur construction et leur sérieux d’un autre âge.

On ne sait absolument pas où Marti nous entraine avec cette peinture sociale des plus grotesques d’une famille de dégénérés sortis tout droit du film « affreux, sales et méchants » d’Ettore Scola et ce quidam rigide et ridicule se prenant pour un vigilante exemplaire alors qu’il ne court finalement qu’après l’oseille planquée de son défunt père !

Taxista consiste dès lors en une course poursuite ou l’absurde côtoie le grotesque dans un rythme finalement assez jouissif. On peut le voir comme une critique de la société et de l’abolition des repères les plus symboliques d’autant plus que chaque personnage s’en prend plein la tronche dans un style rappelant les strips des séries à suivre des hebdomadaires d’antan. C’est un peu comme si Dick Tracy (une des autres influences majeures de l’auteur) avait dépassé la frontière du correctement bien pensant pour aller asticoter ce que les séries américaines se font un plaisir de nous cacher.

Les deux histoires qui constituent l’intégrale des aventures de ce chauffeur de taxi ont beau nous emmener dans un univers glauque et déplaisant, la lecture, elle, ne l’est jamais réellement grâce à un découpage bien nerveux et finalement une intrigue qui se tient. On y parle de vendetta, de vengeance et de complots et on pourrait compatir au mauvais sort qui accompagne notre « héros » s’il n’était aussi propre, prétentieux et vain car finalement c’est surtout un brave type bien con et pas si clean que cela…

Mon principal reproche serait la conclusion bien rapide et bien sèche de la seconde histoire alors que la première nous réservait un épilogue mais il s’agit bien de l’intégrale de ce personnage trouble et troublé qui mérite d’être redécouvert car à ma connaissance il n’existe pas une œuvre semblable mettant en scène un chauffeur de taxi aussi peu à ses affaires que Mario est plombier ou Tintin reporter.

Une suite existerait sous le nom de Calvario Hills mais ne l’ayant pas lu, je ne suis pas certain que Taxista y soit à nouveau le protagoniste principal. En tous cas l’œuvre de Marti mérite d’être connue et je vous engage à aborder ce pan méconnu de la bande dessinée espagnole alternative.

Nom série  Codeflesh  posté le 09/04/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Dans le système fédéral américain, il est courant que de dangereux criminels bénéficient de leur liberté sous caution.

Ces sommes étant souvent élevées, de véritables petites entreprises se sont créées afin de subvenir aux besoins des personnes innocentes ou coupables avec la conséquence d'être arrêté pour avoir refusé de se présenter au tribunal où la somme doit leur être remise.

Une vieille série TV illustrait parfaitement ce principe « L’homme qui tombe à pic » où un chasseur de primes s’engage à ramener au procès tout personne voulant s’y substituer en disparaissant dans la nature…

C’est un peu le principe ici de « Codeflesh », un sympathique one-shot introduisant Cameron Daltrey qui prête l’argent et va également recueillir les malfrats par jeu ou passion.

Le souci c’est qu’il n’est pas censé cumuler ses deux activités. Il agit donc dans l’ombre et de préférence de nuit à l’aide d’un masque intégral avec code-barre rappelant un peu le look de Rorschach des Watchmen dans le Los Angeles crasseux et craspec de la série Criminal.

Ah oui il est peut-être utile de préciser que la plupart des malfaiteurs sont pourvus de pouvoirs télékinésiques ou surpuissants et sont dotés d’une tronche d’affreux jojos pas possibles dont on ne connaitra jamais réellement l’origine surnaturelle ou pas.

Pas grave, Cam est dévoué à sa tâche et passe le peu de temps libre qui lui reste à s’entrainer physiquement quitte à délaisser la jolie stripteaseuse qui partage son existence…

Le pitch est original, le pitch est simple, le pitch est direct. On ne s’embarrasse guère d’oripeaux pour décrire le quotidien d’un superhéros de la rue ordinaire qui agit pour son propre compte.

Ce n’est pas un justicier, Cameron roule pour sa bosse malgré le fait que son associé lui rappelle sans cesse de prendre du bon temps et de vivre sa relation au grand jour et de tout dévoiler à sa petite amie de sa double vie.

Décor planté, narration rapide et un Charles Adlard en grande forme avec un trait plus travaillé que sur sa série phare Walking Dead. Les couleurs sont aussi poisseuses que dans Criminal et le côté fantastique fait partie intégrante du décor dans un univers néanmoins contemporain et sans gadgets.

Le coté fantastique est parfaitement intégré à la narration et les personnages sont bien plus fins qu'il n'y parait, une gageure réussie pour un récit au final si rapide à lire.

Le récit est découpé en chapitres se succédant en autant de traques se finissant en bagarres aux poings entre le Codeflesh et ses malheureuses victimes… Et c’est relativement jouissif car le découpage privilégie l’action en illustrant la difficulté de mener une identité cachée.

On pourrait considérer ce one-shot comme l’épisode pilote d’une série à venir mais l’essentiel et la particularité de ce superhéros particulier est parfaitement abouti sur les 110 pages du présent récit et je ne vois pas quelle évolution lui apporter. Il y a également un chapitre entier, le neuvième pour être précis qui possède une narration innovante sur une lettre d’aveux en parallèle avec une journée « type » mais je ne peux en dire davantage pour ne pas dévoiler le plaisir de lecture…

En résumé Codeflesh confirme le talent conjugué de deux auteurs reconnus pour d’autres œuvres majeures qu’ils auront réalisé séparément mais dont l’union sincère permet ici un récit différent et savoureux et à mi-chemin entre le polar et le buddy movie. Très divertissant.

Nom série  Lastman  posté le 25/03/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Le saviez-vous ?

Pendant que Gérard Vives canonisait l’audience crétine de TF1 sur ses performances de coach musclé efféminé des « filles d’à côté », son jeune neveu Bastien attendait le créneau horaire du Club Dorothée pour s’imprégner de Dragonball et autres Ken le Survivant sur la même chaîne.

C’était le bon vieux temps des années 90. Depuis Gérard Vives officie toujours en second couteau pour éclabousser l’audimat de médiocrité par Splash pendant que son neveu qui a bien grandi manifeste un peu plus d’ambition dans le monde de la bande dessinée avec quelques succès critiques et publics avec un trait particulier et un style qui lui est propre.

De ce jeune homme je ne connais que « Pour l’Empire », une réalisation atypique à 4 mains qui avait grandement retenu mon attention.

L’expérience se poursuit à nouveau avec un nouveau projet choral avec démarrage en fanfare avec Balak et Salanville en sortant l’artillerie lourde : faux making of, présentoirs, éditions collector clinquantes à la Pokemon, lecture gratuite en ligne pour le teasing et format manga accrocheur !

N’en jetez plus !

Après avoir lu une vingtaine de pages sur le net, je n’en pouvais plus et souhaitais avoir mon exemplaire personnel afin de me plonger dedans. Je ne sais si c’est le contexte mais je ne garde de cette lecture qu’un petit souvenir plaisant…

Gros délire référentiel en guise de manga mais sous fort taux caustique français, LastMan part à toute blinde et ne s’accompagne que de peu de superflu. Sur base d’un tournoi d’arts martiaux dans un pays et une époque aussi floue que celui de Sengoku, une brute épaisse au look de Ken doit s’accompagner du fébrile mais courageux Adrian pour remporter le premier titre tant convoité.

Sur base de références multiples au manga, aux oeuvre populaires franchouillardes (si, si !) et à un délire personnel me rappelant grandement que ces auteurs sont davantage de la génération Trondheim que cette génération Goldmann honteuse dont on nous abreuve les oreilles, LastMan se laisse lire sans déplaisir.

Même s'il n'est pas tout seul aux pinceaux, le style de dessin rappelle énormément celui des autres oeuvres de Bastien Vives. Rapide, brouillon mais pas déplaisant et rudement efficace, on va droit à l'essentiel et les gags sont légion (dont un fameux avec un couple de frères jumeaux connus des ondes).

Le seul souci, c'est que je vois très mal ce genre de récit se poursuivre sur les 12 ou 54 tomes prévus de la série (selon les auteurs toujours) et que je ne sais du tout si je poursuivrais l'aventure à terme tant j'ai peur d'un essoufflement assez conséquent mais comme cela va se poursuivre sur un rythme soutenu, tout le monde sera assez vite fixé.

Mais il ne faut guère bouder son plaisir et même si les ficelles restent assez grosses et ne surprendront pas les amateurs d'humour décalé, ce LastMan a un je ne sais quoi de "reviens-y-vite" tout à fait rafraichissant en ce début de printemps morose !

A suivre et à surveiller et pour les indécis il est toujours possible de s'en faire une bonne approche sur le site suivant où on peut lire les aventures de ces bras cassés directement en ligne :

http://www.delitoon.com/serie-webtoon/episode/lastman/1.html

En tous cas il est certain qu'un Vives en cache un autre et qu'aujourd'hui on soit bien plus passionné par les aventures du neveu que les Splash de l'oncle

Nom série  Cycloman  posté le 25/03/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
L’éditeur Cornelius a eu la bonne initiative de rééditer en 2012 cet ouvrage de superhéros à la française passé malheureusement inaperçu lors de sa publication initiale en 2002.

En gros c’est l’occasion rêvée de réévaluer une œuvre plus que sympathique et à destination de tous, du grand public de la bd franco-belge comme de l’amateur éclairé de comics en mélangeant une jolie chronique sociale et sentimentale à une histoire respectant tous les codes du comics avec un respect et quelques trouvailles des plus pertinentes.

Le fait de vouloir transposer l’ensemble sur un contexte contemporain des plus classiques renforce complètement le récit en se resserrant sur une histoire d’amour toute simple entre deux étudiants des plus attachants : Emile, grand myope casanier et maladroit et surtout Géraldine, sa petite amie protectrice et délurée.

Emile passe plus de temps devant sa télé dans son studio dans l’attente de boucler ses études que la vie étudiante festive que sa petite amie Géraldine lui préfère.
Après avoir fait l’acquisition bien malgré lui d’une panoplie de superhéros ressemblant à s’y méprendre à un Iron Man de pacotille pour une soirée déguisée, la vie de ce dernier va basculer quand il va se trouver dans l’incapacité de retirer ce costume plus « vivant » et imprévisible qu’une simple défroque de carnaval…

C’est en mélangeant les genres sur un dessin noir et blanc nerveux et inspiré que Cycloman trouve toute sa force et sa poésie dans un quotidien malmené par l’absurdité d’une armure militaire surhumaine.

Tout ce qui fait la saveur d’un épisode de comics est habilement reproduit avec intelligence comme la dualité mal/bien, les scènes de dévastation et les pouvoirs incontrôlables que l’on retrouve dans nombre de récits équivalents sur les origines. Rajoutez quelques particularités bien européennes comme le fait de devoir uriner ou faire l’amour avec une armure tentaculaire et pleine de surprises et je me suis surpris à sourire autant que sur l’origine même du « méchant » de l’histoire, le bien nommé « Gore » juste là pour rendre Cycloman plus crédible que cette tantouse de Superman

L’ensemble se lit à la vitesse de la lumière, non pas que le récit soit court sur ses 150 pages mais parce qu’on a de cesse d’aller vers sa conclusion classique et efficace comme transporté par un joli blockbuster sorti de nulle part et dont les traits hachurés de de Mardon sont aussi agréables dans l’expression des personnages que dans les scènes d’action brèves mais efficaces.

Me rappelant aussi bien Goldorak que le Géant de Fer en animation que Spider-Man et Iron Man dans le rayon Comics, il serait vraiment dommage de passer à côté de cette œuvre singulière dont j’invite les posteurs précédents aux avis mitigés de lui redonner une seconde chance en relisant ce chouette one-shot qui est aussi agréable que futile à lire et par là même hautement recommandable.

Nom série  Les Praticiens de l'infernal  posté le 19/03/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Notre belle planète Terre (ou est-ce un autre satellite ?) connait un gigantesque raz-de marée sur l’archipel des Moluques !!!! Sic

De viles créatures ressemblant à des méduses, les Sukoïds, en profitent pour engloutir les hommes ! Il est donc grand temps d’appeler à la rescousse nos Mousquetaires de la Résurrection, j’ai nommé les Praticiens de l’Infernal à savoir Fongor et les jumeaux mutants Thémistècle !!! Tadam !

Si ces noms bizarres sortis de nulle part n’évoquent rien pour vous, nul doute que cette présente et récente œuvre va vous passer au-dessus du crâne comme votre première brosse à reluire.

Pour les autres, les déglingos du ciboulot et les anciens lecteurs des Inrocks quand cette revue était encore hautement intéressante se souviennent peut-être des pérégrinations de ces curieux personnages par un auteur dont je n’avais jamais entendu parlé : Pierre la Police.

L’indignation de l’incompréhension de ces dessins pas très beaux figés par une légende s’est mué peu à peu en curiosité puis en véritable intérêt.

Je cherchais vainement une compilation de ces aventures lorsque la famille Cornélius en fin limier redoutable d’œuvres très recommandables mais peu vendables a eu la bonne idée de sortir cette nouvelle aventure ubuesque et inclassable de ce trio pas ordinaire.

Pierre la Police a un trait gras, figé, statique mais très dynamique. Cet album se lit très rapidement mais pour peu que vous aimez le style, vous y reviendrez comme un idiot attiré par l’appat du gain. Et du gain ici il n’y en a pas par contre il faut avoir plus d’un grain pour apprécier à sa juste mesure ces histoires sans sens, aux dialogues et aux situations complètement dingues qui se suivent, s’empilent et se reproduisent comme une histoire qui n’aurait simplement ni queue ni tête.

On se fiche bien de la cohérence d’une histoire qui n’est qu’un prétexte aux situations les plus absurdes et finalement les plus drôles car cet auteur atypique a le culot d’égaler sur papier les plus grands comme les Monty Pythons sans pour autant les parodier. Qu’importe donc si tel personnage meurt pour mieux revenir 3 pages plus tard ou si les situations sont aussi bêtes qu’hilarantes. On ne sait jamais où l’on va être entrainé mais pour peu qu’on succombe au charme inattendu de Fongor et des deux jumeaux aux pouvoirs insensés, on risque de prendre un pied comme pas permis.

C’est donc peut-être une histoire qui ne surprendra pas les fans de Pierre la Police mais qui sera une véritable torture pour les autres ou au contraire un délice à nul autre égal.

J’ai choisi mon camp et suis toujours aussi surpris de l’effet de ces polissonneries et n’attends qu’une seule chose : la suite comme le promet le prometteur "Vol. 1" sur la couverture immonde à souhait qui ne trompera personne : oui mes amis, bénissez ce jour comme la venue du pape François car Fongor revient et pour le bien d'entre nous tous !

Nom série  Le Rayon de la Mort  posté le 19/03/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Le rayon de la mort n’est pas considéré comme le meilleur ouvrage de Daniel Clowes.
La réputation de ce monsieur n’est plus à faire depuis que son Ghost World a récolté de nombreuses louanges critiques sur sa ligne claire épurée et réaliste de la mélancolie d’un American Way of Life où l’ennui se dispute le premier rôle avec la morosité.

Le rayon de la mort se veut une approche résolument comics et « superhéros » de ce même monde fracturé par un quotidien des plus ternes.
Or on sait depuis « Watchmen » de façon unanime que les superhéros ne se sont jamais aussi mal comportés et qu’ils sont rongés par leur devoir et leur conscience.
Sous la plume de Daniel Clowes, le « héros » se prénomme Andy et n’a rien d’extraordinaire malgré un parcours parallèle à celui de Peter Parker dont il aimerait avoir inconsciemment l’apparence ainsi que le succès.
Orphelin élevé par un papy plus gâteux que gâteau, Andy est un ado d’une banalité affligeante qui a été trimballé d’une famille à une autre et n’a qu’un seul ami Louis, un être bavard et revanchard qui découvre que Andy développe une force surhumaine lorsqu’il fume une cigarette !
Comment exploiter ce don dans une ville où rien ne se passe ? Réponses dans cet album assez particulier où Daniel Clowes privilégie les séquences en strips savoureux dans un style résolument fifties et flashy qui découpe états d’âmes et interrogations sur un quotidien parsemé de personnages sans importance.

Utilisant la méthode du gaufrier pour découper ses cases ou la bichromie pour en égayer d’autres, Daniel Clowes rend l’ensemble complexe et fluide à la fois en dépit d’un découpage bien plus audacieux que l’ensemble du récit car oui comme dit précédemment et malgré quelques surprises dans les toutes dernières pages, l’ensemble n’est guère palpitant car les personnages ne sont pas attachants.
Pire certains strips sont conclus dans l’impasse la plus totale. Au lecteur de s’en faire une raison ou une résignation.
C’est un peu ce manque d’ambition qui m’empêche d’apprécier comme je l’aurais souhaité cette compilation de souvenirs d’un adolescent pas si ordinaire que cela. La lecture n’était pas désagréable et le style froid et rugueux de l’auteur me rappelle les errances graphiques de Mezzo ou de Charles Burns mais on est quand même bien en dessous au niveau de l’intérêt global ou je suis resté imperméable à cette banalité à peine masquée.

Il est utile de préciser que les amateurs de marvelleries en tout genre risquent d’être pris en grippe s’ils attaquent cette œuvre par la face action car le côté « héroïque » n’est qu’un prétexte pour dépeindre un versant cathartique d’un quotidien usé de rêves déchus.

Reste une bonne conclusion et pas mal d’interrogations nécessitant une relecture ultérieure dont je ne suis pas pressé d’en fixer la date.

Encore un bel effort à signaler de l’éditeur Cornelius qui a fait un travail irréprochable d’édition avec de grosses pages bien imprimées qui fleurent bon la nostalgie et donnent envie d’observer à la loupe leur catalogue, c’est déjà cela de gagné

Nom série  Nécron  posté le 01/03/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Avis à toutes les personnes qui vont lire mon avis par envie ou par ennui : tout ce que vous disent les autres posteurs plus bas est strictement véridique et je partage leurs opinions sans même en discuter le moindre mot.
Mais Necron possède également un charme indéfinissable qui s’appelle aussi nostalgie. C’est également cette même nostalgie qui vous saisit lors de votre premier Blake et Mortimer, ce charme kitsch qui rend les dialogues légèrement décalés et pompeux et les cartouches temporels d’un autre âge « Pendant ce temps » et consorts..

Sauf que Necron n’est pas une œuvre tous publics et fait partie de ces fameuses séries italiennes bis qui plaisent tant à Jean-Pierre Dionnet et que l’on qualifierait élégamment ici de « romans de gare », ici la ligne claire et aux superbes contrastes par Magnus.

Ok l’histoire est complètement cliché avec cette doctoresse teutonne nécrophile qui réanime sa créature de Frankenstein au sexe surdimensionné dans le seul but de la satisfaire puisque cette charmante demoiselle n’obtient que des orgasmes avec les morts !

Forcément le Necron en question comme elle le baptise est un parfait abruti au visage rigolo et dont le cœur mort ne bat que pour sa cruelle maitresse. Problème : il est doté d’une force surhumaine, n’est pas spécialement attirant et est un brin cannibale !

Sur ces quelques bases, on va parler de conquète du monde, de sexe (plutôt explicite) et de têtes ratatinées et de cervelles explosées. Croyez-le ou non mais l’ensemble se laisse lire sans déplaisir grâce à un rythme soutenu et des situations aussi exagérées que plaisantes à lire.

Cela aurait pu être plus drôle (second degré et sérieux des situations ridicules assumées), cela aurait pu être plus sexy (imaginez du porno entre une nana SM et un cadavre sorti de Reanimator), cela aurait pu être plus gore (le noir et blanc atténue les scènes violentes) mais franchement on se marre, on bande et on se délecte du gore tellement tout est décalé et barré dans cette œuvre.

Certaines situations pourraient être malsaines car elles vont très loin dans le trash et le politiquement incorrect mais cela reste très fun grâce à la tronche de ce Necron qui m'a arraché plusieurs fois le sourire. Cela contraste pas mal avec le visage de sa maitresse Frida qui a un corps superbe mais un regard aussi dur et cruel qu'elle ne l'est également dans ses propos et actes.

Mais cela reste vraiment suffisamment divertissant et différent pour peu que vous soyez un tant soit peu intéressés. En tous cas et même si mon principal reproche porte sur les décors vraiment au second plan, je me suis régalé à lire l’édition Cornelius qui respecte le découpage d’origine dans de superbes éditions au format poche.

Magnus c’est le grand oublié de la bande dessinée italienne par un trait de crayon superbe aux contrastes profonds qui ne marquera hélas que les lecteurs des œuvres érotiques et autres fumetti de la belle époque.

Pour tous les amateurs de bizarreries dans un esprit pur d’exploitation comme le furent au cinéma les Street Fighter de Sonny Chiba et les pantalonnades déviantes des nanards italiens des années 70/80, Necron constitue un must absolu !

Nom série  Trame : Le poids d'une tête coupée  posté le 28/02/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 1/5 (Vraiment pas aimé !)
Séduit par le format particulier de ce petit livre et sa couverture muette représentant une tête féminine perturbée et perturbante et son 4ème de couverture avec le titre du livre et une silhouette fantomatique, j’étais fort enthousiaste à l’idée de lire un ovni flirtant entre les univers de Charles Burns et de Mezzo & Pirus sur un dessin proche de ceux de Brüno.

Hélas trois fois hélas et bien plus encore, je n’ai retrouvé aucun des univers cités et encore moins le trait bichromatique si particulier de l’auteur de Lorna…

Trame use pourtant d’artifices des plus singuliers rendant la lecture extrêmement aisée tout en y injectant un sentiment de malaise constant dès l’arrivée de ce nain couvert de boue sorti de nulle part et menaçant d’un trident un jeune couple de yuppies défoncés pour se rendre à leur soirée de jeunes bourgeois friqués…

Si d’ors et déjà ce pitch improbable vous déplait, ce qui suit ne vous plaira pas davantage… On comprend surtout qu’on est dans un mauvais trip complètement barré où le jeune couple va fuir son agresseur pour retomber dans les pattes de routiers méga chelous avant d’être recueillis par un ermite un peu cinglé et philosophe qui vit dans une demeure immense etc etc….

Si l’explication du mot « Trame » est évidente avec un découpage en début de récit annonçant les quelques pages en « négatif » qui esquissent le futur de nos « héros » par des phylactères incomplets (lisez et vous comprendrez mieux le sens), le sous titre « Le poids d’une tête coupée » m’échappe complètement et au plus haut point…

La conclusion de cette histoire perdue entre une séquence de Mulholland Drive n’apporte rien ni satisfaction ni explication au bout de la centaine de pages se lisant en moins de 10 minutes et le dessin est finalement bien peu inspiré et par trop carré pour être aussi séduisant que les auteurs cités plus haut…

Une immense déception pour ma part concernant ce livre pourtant bien défendu par ailleurs et qui possédait sur le papier nombre d’arguments pour me plaire mais c’est en fait tout à fait le genre d’œuvre qui donne envie de se replonger dans un bon vieux Boule et Bill ou Léonard histoire de constater que les produits mainstream ne sont finalement pas si mauvais.

Je ne peux pas dire que j’ai détesté mais je n’ai vraiment pas aimé du tout. Un livre à fuir sans queue ni tête ou alors je suis complètement passé à côté ! Dommage...

Nom série  Fuzz & Pluck  posté le 28/02/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Il est peut-être davantage difficile de présenter Fuzz & Pluck que de signaler comment les deux ouvrages de cette série me sont tombés entre les mains aussi laissez-moi une chance de vous démontrer en quoi ces deux jolis bouquins à la réalisation luxueuse avec dorures et étuis comme souvent chez le remarquable éditeur Cornelius peuvent agréablement vous distraire le temps de leur lecture…

Ted Stearn est un obscur cartooniste de la scène alternative connu pour avoir collaboré avec Matt Groenig le papa des Simpsons.
De son illustre mentor, Stearn partage la dérision et l’absurde pour décrire le quotidien d’une société américaine en constante détérioration. Moins le rire et le talent mais nous y reviendrons car sous ses défauts évidents (dessins pas toujours maitrisés lorsque l’auteur crayonne un être humain, rythme lent voire mou et propos pas toujours aussi percutants que voulus), Fuzz & Pluck (à lire très vite pour y trouver l’injure la plus répandue de la langue de Shakespeare) gagne en patine et en intérêt au fur et au mesure de la lecture en proposant un premier volume brouillon mais attachant et un second volume qui mérite selon moi sans autres suffrages son acquisition dans les plus brefs délais.

Les couvertures sobres nous exposent rapidement cette quête de l’absurde que constitue simplement la survie par un duo des plus improbables et mal assortis qu’il soit : Fuzz est un ours en peluche malmené par son propriétaire d’origine alors qu’il est sensible et ne demandait qu’un peu d’affection.
Apeuré par son expérience mais très naïf voire innocent sur les aléas de la vie, il finit tout naturellement dans une benne à ordure où il rencontre Pluck qui deviendra par défaut son meilleur ami et sa plus belle rencontre.
Pluck est un fier gallinacé reproducteur aussi malin et téméraire qui échappe de peu au rayon volailles du supermarché du coin en s’enfuyant dans cette benne à ordures.
Au passage il y perdra définitivement ses plumes et son « mojo « mais pas son appétit à la survie.

Ce duo s’en va donc arpenter une société américaine absurde déformée par la bêtise et l’orgueil qui les mènera de la justice à l’esclavage et de la philosophie à deux balles d’un moine passif à la gérance d’un fast food consacré au lard sous tous ses états.

La lecture se fait en douceur mais l’ensemble manque un peu de piquant dans les propos malgré un dessin crayonné aussi joli que les personnages humains sont ratés.
Cela reste dans une école très indépendante rappelant le style de Robert Crumb en plus épuré mais ce n’est pas si désagréable que cela.

Le bien nommé « Splitsville » qui constitue le second tome et qui en constitue autant la suite que le remake (la lecture du premier tome n’est même pas si indispensable car Stearn profite d’un procédé malin pour rappeler rapidement les origines de nos deux zéros) s’affranchit rapidement des faiblesses du premier pour devenir parfaitement autonome en « splittant » le binôme suite à un incident et en les confrontant en parallèle à de nouvelles métaphores bien plus réussies et drôles cette fois.

Buzz va se retrouver dans une version cynique de Toy Story avant d’être recueilli par un illuminé l’impliquant dans une ridicule histoire de passage sur berge qui rappelle l’attaque des moulins par Don Quichotte et dont je vous garantis quelques fous rires inattendus pendant que Pluck se livre à une insensée lutte de gladiateurs avec bourres pifs et complots orchestrés par un mystérieux citron coupé !!!!

Les métaphores sont nombreuses et les situations improbables renvoient l’image d’un miroir à peine déformé de notre société actuelle sans jamais non plus être aussi méchant ou ironique que peuvent l’être les Simpsons mais le second volume rachète intégralement les errances du premier et je ne peux que vous recommander la lecture si ce n’est l’acquisition tout en gardant bien en mémoire qu’il s’agit d’une œuvre totalement artisanale dans l’esprit et la conception même si les deux livres sont réalisés avec autant de soin que nombre d’autres éditions se voulant ou se prétendant être de « luxe ».

Fuzz & Pluck mérite d’être amplement découvert ou redécouvert pour les déçus du premier tome qui ne s’impose que sous l’angle d’une longue introduction…

Un bon 3.5/5 pour ma part et surtout après la lecture de "Splitsville".

Nom série  Je suis un vampire  posté le 18/02/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ça faisait longtemps que je lorgnais sur une œuvre commune de Trillo et Risso.
Le premier m’avait enchanté pour ses Spaghetti Brothers et Vieilles Canailles dans un style de mafia blues trash et le second pour ses traits contrastés si particuliers de 100 bullets.

Malheureusement cette série avait aussi bonne réputation qu’elle était difficile à compléter dans son intégralité aussi quelle ne fut pas mon soulagement de voir sur les étalages il y a quelques années déjà une réédition complète en deux tomes et à prix tout doux…

D’ailleurs pour taire directement les mauvaises langues à ce sujet, le format plus petit et compact ne gêne en rien à la lecture et les noirs si profonds et caractéristiques de l’œuvre sont tout à fait conservés.
On se retrouve donc avec une œuvre de près de 400 pages dont le titre principal peut laisser supposer à une déclinaison du roman à succès de Anne Ryce « Entretien avec un Vampire » mais le duel entre cet cet enfant fils de pharaon et la courtisane maléfique m’a davantage rapproché du premier film de la sage Highlander avec ce slogan classique : « Il ne peut en rester un ».

Car il s’agit bien d’une malédiction d’immortels détournant les codes classiques du vampire (ici c’est le soleil qui est à l’origine de leur « mutation » et qui leur insuffle la régénération constante de leurs cellules) mais on reste en terrain connu avec la soif de sang et une fringale gargantuesque constante.

Trillo dresse le portrait émouvant d’un être de quelques 5000 années qui n’a jamais aspiré d’autre qu’à une vie normale mais reste coincé dans le corps d’un enfant de 11 ans, se sentant incomplet et devant renoncer aux plaisirs de la chair que sa rivale Ahmasi, superbe prêtresse paraissant 26 ans, n’hésite pas à utiliser pour contrôler et mener le monde à sa baguette.
Perverse et manipulatrice, on a peut être rarement vu un être aussi sensuel que maléfique, la belle se servant constamment de ses formes comme d’une arme de guerre.

Ces deux êtres vont s’opposer une guerre sans fin parcourant les âges et les civilisations, croisant des personnalités de l’histoire ou participant eux-mêmes chaque fois sous une identité différente aux évènements de notre civilisation jusqu’à ce prologue dans l’âge contemporain jusqu’à ce que l’un des deux meurt sous les coups de l’autre pour un réveil provoqué par les rayons du soleil quelques décennies plus tard et rebelote !

Le récit se dévore comme un roman de gare avec une narration fluide et simple qui permet de ne jamais être perdu entre les flashbacks et les points de vue des deux immortels.
Le noir et blanc est complètement justifié ici avec des ombres menaçantes permettant de dégager une palette d’expressions assez incroyable… La peur et la solitude pour le gamin, la mesquinerie et l’effroi pour l’intrépide rivale, changeant de toilette et de perruque à chaque page ce qui en fait un cruel objet du désir comme de dégout.

Il existe une belle notion de suspens et les auteurs s’attardent également sur les personnages secondaires rendant l’ensemble un brin poétique, ralentissant la tension (Ahmassi est une méchante comme on en voit rarement pour ce média) pour repartir de plus belle jusqu’à un final peut être trop rapide et prévisible mais néanmoins émouvant…

Les seuls défauts résident peut-être dans la répétitivité de certaines scènes parfois un peu trop étirées pour avoir un autre effet que du remplissage alors qu’il aurait peut être été plus audacieux de développer certaines autres parties dans les flashbacks des époques traversées qui restent intéressantes mais trop succinctes.

Reste une lecture de qualité qui en fait un « pageturner » dont on n’aura de cesse d’arriver à la conclusion.
Le contraste entre les scènes de violence et les bons sentiments sont à réserver pour un public averti mais je le répète, j’ai rarement trouvé un personnage aussi machiavélique que cette Ahmassi qui décroche sans souci le premier rôle de super vilaine haut la main ! Sa séquence d’assassinat dans un hôpital reflète tout le talent d’un récit oscillant sans faillir constamment de l’horreur vers l’action et vice-versa. Vivement recommandable !

Nom série  Batman - Noël  posté le 12/02/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
N’étant pas spécialement un fan de la fête de Noël et malgré le talent que je reconnais au merveilleux illustrateur Lee Bermejo, ce conte de Dickens remis au gout du jour par le chevalier noir n’avait rien d’essentiel à mes yeux et je serais surement passé à côté si on ne me l’avait pas prêté avec la mention « c’est très joli mais je suis déçu de l’histoire ».

Bien, c’est donc avec ces « à priori » plutôt négatifs que j’entamais rapidement la lecture de ce one-shot du « Caped Crusader » et passé une narration en voix off assez décousue au départ, ce fut encore plus rapidement une excellente surprise.

L’introduction en impose dès les premiers plans et cadrages décrivant un Gotham City enneigé et calme à peine effleuré par les pas massifs du Batman en traque d’une petite frappe à la merci du Joker.
On a affaire avec un Bruce Wayne plus sombre et intransigeant que d’accoutumée comme meurtri par sa soif insatiable de justice et dont l’évolution high tech de son costume n’est que le reflet de ses espoirs déçus…

L’action se porte sur une seule nuit où le protecteur de Gotham va devoir se remettre en question face à ses vieux démons, de la nostalgie et de l’ivresse de ses premières aventures avec Robin et Catwoman à ce qui l’a conduit à devenir lui-même aussi aigri…

L’erreur qui aurait pu être facilement faite aurait été de transcrire exactement le personnage de Scrooge à la lettre vers un Batman à l’identique mais Lee Bermejo ne se contente pas d’être un fabuleux dessinateur comme j’avais pu déjà le constater dans « Joker » mais également un bon conteur. Car oui ce récit est un conte de Noël mais qui sert bien plus les propos de Batman tout en faisant ressurgir quelques personnages mythiques de sa légende que de ressortir une énième resucée d’un conte de Dickens déjà adapté à toutes les sauces depuis belles lurettes.

Les dessins restent le point fort avec des peintures vivantes aux couleurs et aux cadrages dynamiques qui régalent les mirettes. La lecture s’enchaine sans temps mort ni niaiserie et s’il est convenu qu’il ne s’agit pas de l’aventure la plus forte ou marquante de la chauve-souris, nul doute que ce livre reste un must absolu en la matière tant le tout s’harmonise parfaitement et sans accrocs.

Une excellente surprise qui peut plaire autant au néophyte qu’au fan passionné et cerise sur le gâteau je conserve ce précieux bouquin contre une série moins emballante « Absolution » mais qui a fait le bonheur de son acquéreur. Tout le monde est content et c’est finalement chouette d’avoir un cadeau de Noël en février.

Nom série  Crimechien  posté le 30/01/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Blexbolex me pose un cas de figure assez conséquent.

Grosso modo, j’apprécie beaucoup son style épuré sans traits et généralement en 3 ou 4 couleurs maxi ainsi que le style rétro mais Crimechien est surement le plus gros mystère des rares œuvres que je viens de lire de ce monsieur.

On peut résumer cela comme tel : j’aime mais je ne sais pas pourquoi. Est-ce la réalisation de la collection Pierre chez Cornelius qui soigne autant la forme ?
La trame suit un peu la construction de Destination : Abécédéria avec des dessins aussi simples que des formes géométriques aux couleurs volontairement réstreintes et un texte de quelques phrases en guise de légende.

Le personnage ressemble trait pour trait à celui de « l’œil privé » que je vous recommande en premier lieu pour vous habituer à ce style pour peu qu’il vous intéresse et à la fluidité plus évidente.

On suit passivement une histoire de détective privé mandaté sur l’enlèvement d’une « amichienne » qui n’est pas venu à sa visite hebdomadaire de non promenade à la baballe et se rend compte qu’il s’agit d’un « Crimechien » odieux, une dégueulasserie inédite selon ses propres dires mais quelle issue est possible dans un monde en pleine déconstruction et où l’ordre établi est clairement devenu inhumain ?

Vous n’avez rien compris ? Je vous rassure moi non plus. Ça se lit de surcroit très rapidement et se conclut d’une façon impromptue dont les clés m’échappent totalement. Hors-Zone reprend Crimechien à l’endroit exact où le premier s’arrête mais combien de personnes auront l’envie de poursuivre cette expérience sensorielle qui mixe argot et jolies phrases dont la compréhension m’échappe clairement.

Reste un très joli bouquin d’illustrations incomplet sans sa conclusion Hors-Zone mais se faisant un malin plaisir à écarter les courageux en excluant les curieux, les fous ou les imprudents. Ça tombe bien car je suis de toutes ces catégories et je serais du voyage final de Hors-Zone mais reste très prudemment les deux pieds et neurones qui me restent en dehors de ce trip bien trop personnel.

Nom série  Destination : Abécédéria  posté le 29/01/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Le croirez-vous ou non ? Je suis con.

Oui vraiment car figurez-vous que ce petit bouquin de Blexbolex ne m’a pas interpellé par son titre. Bien au contraire, les quelques trente pages le constituant ont été assez vite digérées en essayant de comprendre la trame de l’histoire principale.
Pour peu que l’on accroche aux univers de David Lynch, Mezzo et Pirus, Charles Burns et consorts, nul doute que ce que vous y trouverez vous emplira de joie mais pour le plus rationnel des lecteurs reste un beau passage dans l’absurde avec cette cavale de deux frères gangsters n’ayant pour autre issue que de se réfugier dans une contrée inconnue des forces de l’ordre, la bien nommée Abecederia.

Et pourtant ce pays étrange ressemble plus à un état oscillant entre l’île du docteur Moreau pour ses créatures étranges et les camps de concentration pour sa rigueur proche du nazisme…

Vous n’avez toujours rien compris ? C’est normal moi également ! Pourtant le format me plait, l’histoire m’a distrait et les dessins m’ont attiré l’œil… Il s’agit d’une œuvre avec un style bien rétro avec une illustration par page et quelques lignes de texte en dessous.

L’effet est réussi avec une trichromie simple mais qui possède un style et un charme indéniable. Certes tout le monde n’aimera pas, très peu se sentiront concernés mais pour peu que l’on soit attiré par la patte graphique de Blexbolex il est fort possible qu’on ne soit pas indifférent à une lecture proposant une galerie de personnages des plus timbrés et dont le contraste entre le dessin et son texte tout en argots et jolis jeux de mots fait mouche.

Le tout a un prix, plutôt élevé pour les 10 minutes à le lire en prenant bien son temps et pour une histoire dont les pages de garde constituent pour une fois un complément idéal.
Je pense que Blexbolex et même les Requins Marteaux se foutent royalement du succès ou pas de ce livre presque anecdotique et dont le challenge est de proposer un abécédaire sur lequel se greffe une histoire.

Quoi ? Mais oui voilà je suis con parce que je n’en avais même pas fait le rapprochement à ma lecture alors que chaque page illustre de façon détournée et angulaire chaque lettre de notre alphabet, et bien souvent avec malice (le M suivi du N m’ont bien éclaté ) ce qui en fait un bel exercice Oubapo dont je recommande la lecture mais pas forcément l’acquisition car le prix reste élevé pour un si petit livre…

Nom série  Soldat inconnu  posté le 29/01/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Difficile d’aborder cette œuvre objectivement et de l’apprécier comme je l’aurais voulu car Soldat Inconnu m’a déplu plus qu’il ne m’a déçu.
En lisant le commentaire précèdent de Spooky je ne m’attendais surement pas à une partie de plaisir car il est difficile d’appréhender cette terrible guerre civile en Ouganda et d'en sortir indemne pour peu que ce soit réaliste.
Catalogué dans un registre comics, rien ne prête à rire dans cette peinture réaliste des horreurs exercées sur cette terre africaine et je ne m’attendais surement pas à en tirer une satisfaction personnelle et aurais davantage voulu en saisir l’essence.
Malheureusement si le fond est intéressant, la forme l’est beaucoup moins avec ce docteur connu et reconnu dans le monde occidental et qui a souhaité prêter main forte aux populations de ses origines par le soin et qui se révèle devenir une arme de guerre mutilée et sans aucun discernement…

La montée en puissance de la violence renfermée chez ce bon docteur s’avère bien trop rapide et abrupte à mes yeux et surtout bien trop injustifiée pour être crédible. Le personnage devient complètement fou en se mutilant le visage d’où cette marque de « fabrique » du personnage avec ces fameux bandeaux qui me rappellent le Darkman de Sam Raimi.
S’ensuivent des scènes de règlement de compte plutôt violentes et parfois dénuées de toute logique. On tombe en plein survival basique où rien ne prête à une décompression. La jungle et les villages deviennent rapidement étouffants, ce qui est surement l’objectif du scénariste qui s’en justifie dans les pages de bonus concluant chaque tome mais quitte à traiter d’un fait d’actualité aussi grave il aurait peut-être été plus intéressant de s’en tenir à l’observateur plutôt que d’y prendre parti en décimant des enfants sous contrôle de despotes illuminés.

Le dessin oscille invariablement du bon au médiocre avec des scènes de découpage très fluides mais inconstants sur les corps. Corps qui sont malmenés et réduits à l’expression de simples pantins, si aucune mort n’est réellement gratuite, dessiner de grosses têtes sur de petits corps et rajouter presque « artificiellement » des éclaboussures de sang comme un artifice permet de se détacher un peu mais si peu de cette exposition constante de sévices humains.

Il fallait oser créer une telle œuvre et détourner le soldat inconnu, personnage déjà utilisé par Ennis et d’autres pour ouvrir les yeux sur tant d’absurdité mais cette loi du Thalion oscillant entre réalisme et sensationnel n’a finalement réussi qu’à me détourner de l’essentiel et en abréger la lecture. Une relecture pourrait me permettre de réévaluer l’ensemble mais sur l’heure je n’en ressens absolument pas le besoin.

Nom série  Bad Ass  posté le 28/01/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Putain de bordel de merde, qu’est-ce que c’est bon !

Mes propos vous paraissent vulgaires et déplacés ? Mais ils le sont et j’en assume complètement la responsabilité parce que c’est exactement le genre d’exclamation que j’aurais aimé faire plus souvent à la lecture de ce titre aussi décomplexé que fun !

Bad Ass c’est tout d’abord la création d’un nouveau label chez Delcourt qui envisage de créer du comics avec supers slips et collants 100% français. Pas de méprise ici, il ne s’agit pas de singer ce que nos lointains cousins d’outre Atlantique répètent inlassablement avec Batman et les X-Men mais de prouver s’il en était encore besoin que les auteurs ont digéré et assimilé suffisamment de références et d’expérience pour nous apporter leurs propres visions et délires à partager.

Et là on frise le coup de maître absolu pour un premier coup d’essai… Il faut dire que l’on est immédiatement pris dans le train en marche et que le rythme ne redescendra jamais tout au long de ces pages mettant en scène Dead End, un mystérieux super vilain aux pouvoirs mal définis au cynisme aiguisé et se jouant de toutes les situations…

Pourtant tout n’a pas été si rose pour ce playboy insolent qui se joue de ses anciens comparses par une pichenette digne d’un Trondheim pour envoyer sa Lucky Strike allumée comme le Tireur des Marvel comme une arme absolue avec un effet comique des plus rafraichissants. En effet ses « origines » nous sont relatés par une succession de flash backs percutants insérés régulièrement dans la ligne narrative sans que jamais le lecteur ne perde le fil de la trame principale.

Trame principale qui reste effectivement bien mince mais qui peut rappeler par bien des égards les déambulations d’un Preacher ou du héro de Wanted sans prises de têtes. Ici on va droit à l’essentiel sans oublier les nuances comme dans une attraction foraine.

Ce qui me semble tellement déplacé dans les bds dites pour ados est complètement mis de côté et si on garde une harmonie potache ce n’est pas non plus pour tomber dans les travers de la vulgarité ou de la facilité car les dialogues échangés sont souvent percutants et vraiment drôles ! Qu’il s’agisse de projectiles divers ou des réflexions de la « dead-mobile » et de tous ces héros qui font furieusement penser à d’autres tout en gardant leur identité propre, Bad Ass amène de l’eau au moulin en recréant un univers crédible sous un regard amusé en évitant le blabla et la scatologie récurrente d’un « The Boys » qui prend un sacré coup de vieux sans le vouloir.

La série est prévue en 4 tomes et il m’est impossible de savoir si toute cette fraicheur et ce plaisir seront renouvelés mais quelque part on s’en fout car ce premier tome peut se lire tel quel et il ne faut pas surtout pas se priver d’un truc aussi réjouissant que cette œuvre immédiatement accessible !!! DC Comics et Marvel, tremblez car Comics Fabric arrive pour vous foutre un magistral pied dans le cul ! Cocorico !

Nom série  The Boys  posté le 22/08/2012 (dernière MAJ le 22/01/2013) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je ne vais pas me mentir, un bon gros récit trash et vulgaire de temps en temps, ça m’éclate. Voir des situations absurdes, complètement décalées et vulgaires avec une bonne pincée de sexe et/ou de gore a quelque chose de diablement exaltant pour l’ado attardé que je prétends être et rester.

Je pourrais même prétendre que plus mes artères se bouchent avec l’âge et le tabac, plus je recherche ce genre de lecture décomplexée.

N’en déplaisent à mon entourage et libraires, il va sans dire que Preacher de Garth Ennis était devenue mon arme de prédilection dans ce genre si cloisonné, le récit irrévencieux au possible, l’utilisation de la religion comme un blasphème permanent et un coup de pied bien placé dans tout ce qui peut déranger dans nos sociétés se voulant si « propres » pour en devenir une œuvre culte avec l’amitié et l’amour en point d’orgue.

Soit une belle démonstration que la plus belle fleur peut pousser sur un tas d’ordures… Si, si j’insiste, lisez Preacher pour une expérience unique

Depuis ce succès et quelques autres, Garth Ennis fait le pari de proposer selon ses propres termes une nouvelle série « out-Preacher than Preacher » ce qui pourrait se traduire par un sobre « Plus Preacher que Preacher » faisant référence à l’humour décalé, l’hyper violence et les situations sexuelles équivoques.

Au vu de ce qu’il a déjà osé publier, on ne peut pas être plus averti donc c’est avec un sourire sadique clairement non dissimulé que je me décida enfin d’entamer ce gros run sur une bande d’agents complètement timbrés censés surveiller et botter le cul des super-héros lubriques.

Et bien oui ma bonne dame, car une fois rangé la cape et le masque, à quoi pensent donc tous ces super héros dès que la caméra s’éloigne de leur destinées ? Et bien à se défoncer la gueule comme de gros junkies ou à enfiler tout ce qui bouge et rassasier leurs pulsions sexuelles avec les facilités de leurs conditions surnaturelles !

Difficile de faire plus explicite avec cette équipe de bras cassés destinés à nous arracher quelques sourires génés et finalement assez libérateurs car tout comme Preacher, il faut le voir pour y croire !

Rien d’étonnant dès lors que DC Comics abandonne la série dès les premiers numéros au profit d’un plus petit éditeur bien content de tirer les marrons du feu à son tour !

Seul hic, Garth Ennis a peut-être voulu voir grand, très grand en proposant une série pas encore achevée mais aux ambitions plus démesurées que son chef d’œuvre Preacher auquel The Boys fait forcément écho à chaque page.

Avec son pitch improbable, The Boys annonce clairement la couleur dès le départ : vouloir choquer l’amateur de Marvelleries ou de Batmaneries quitte à en perdre un peu de souffle et de rythme sur la longueur car oui The Boys c’est long, c’est même très très long !

Si on rigole comme un tordu dès les premières pages, ce serait de mentir tel un judas que de préciser que l’intérêt reste constant au fil des multiples petits épisodes qui se succèdent.

Heureusement tout ce recyclage a quand même du bon comme une longue série télévisée car la lecture est facile malgré de longues lignes de dialogue mais il faut prendre son temps et savoir apprécier par petites doses ou arc.

Le trait de Robertson est plutôt intéressant à plus d'un titre avec beaucoup d’encrage et de détails tout en sachant ménager aussi bien les nombreuses scènes d’action que d’humour car on rigole quand même pas mal avec cette équipe complètement atypique.

Sans compter ces superhéros bien plus répugnants que leur statut ne laisse à supposer. C'est d'ailleurs assez marrant de voir les nombreuses références à d'autres personnages fictionnels... ou pas !

De nombreux arcs détaillent les origines de chaque personnage principal mais Ennis a su montrer qu’il ne perdait pas le fil et arrive toujours tel un équilibriste surdoué à raccrocher tous les wagons ensemble.

Cet amateur de démonstrations de violence a choisi d’ériger le mauvais gout à tous les étages sans égaler selon moi son œuvre de référence.

Une fois l’effet de surprise passée, il manque un petit supplément d’âme pour emporter l’adhésion totale et je me suis même posé la question de savoir si je n’étais pas blasé de toutes ces irrévérences.

Malgré tout, on passe un excellent moment en compagnie de ces Boys et je commence à comprendre suffisamment les techniques du bonhomme pour savoir qu’il va conclure de façon honorable son bébé (dont la publication aux USA approche de la fin).

Sans être aussi indispensable que Preacher (mais combien de fois en aurais-je donc parlé dans cet avis ?), The Boys mérite bien d’être connu et reconnu et de se faire une place au soleil afin d’y pourrir bien sagement parmi votre collection de Martine

EDIT après avoir lu les 7 premiers chapitres :

Je descends ma note d’un point car je n’ai pas reconnu le même plaisir de lecture que celui rencontré avec Preacher mais soyons clair dès le départ : je ne m’attendais pas à une œuvre aussi marquante et fun car l’exercice est difficile à reproduire.

Néanmoins les chapitres se succèdent en dent de scie comme cela a déjà été évoqué. Il y a un nombre assez consistant de pages qui ralentissent considérablement le rythme et le fil narratif n’est pas toujours des plus clairs. En gros il y a pas mal de passages où l’on se fait clairement « chier » et qui n’apportent rien de plus à l’histoire tout en restant confus avec des dialogues loin d’être aussi mémorables que je ne l’aurais souhaité.

Et pourtant certaines scènes relancent admirablement la machine en étant grotesques, inattendues ou surprenantes quand elles ne sont pas tout simplement hilarantes ! La vision toute personnelle d’Ennis du 11 septembre et l’intervention des « héros » pour résoudre la prise d’otages en avion est bien partie pour devenir « culte ».
Simplement dommage que le dessinateur intérimaire de certains épisodes n’ait pas le talent de celui d’origine et que Ennis prenne un certain plaisir à étaler son histoire alors que la raccourcir n’aurait été que plus profitable.

Mais comme je passe malgré tout un très bon moment à la lecture et qu’il ne soit pas exclu que l’histoire retourne dans les rails si prometteurs du début, je reste confiant et poursuis ma collection avec autant d’appréhension que d’intérêt ! Après tout, n’est pas Ennis qui veut !

Nom série  Le Régulateur  posté le 21/01/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Voici surement l'une des séries franco-belges les plus mal aimées que je connaisse !

La réputation du Régulateur est une des plus intrigantes de notre milieu : certains chantent les louanges des deux premiers tomes et la trahison du dessinateur dès le troisième pour une baisse de qualité tandis que d'autres se morfondent sur les possibilités offertes du premier tome en les jugeant inexploitées par la suite...

C'est par le biais de mon attachement pour Le Réseau Bombyce qui partage le même scénariste et un univers steampunk équivalent quoique bien différent que je me suis enfin décidé à sauter le cap, repoussé également par les mauvais échos de cette série maudite que tout le monde aurait aimé adorer...

Mais je ne suis pas tout le monde !

Une fois de plus Corbeyran impose visuellement un décor rétro-futuriste étouffant et dont les origines nous échappent complètement au premiers abords... Cette société privilégie les coups bas politiques et règle ses "sales affaires" par le biais de sociétés secrètes d'assassins que l'on nomme élégamment les régulateurs.
Aristide est l'un de ces tueurs, et même un des meilleurs du marché malgré un handicap cardiaque.
C'est également un être solitaire mélancolique qui a beaucoup de comptes à rendre sur son propre passé et n'attend guère de l'avenir... Bien sur une mystérieuse tueuse œuvrant en parallèle et dont les routes vont rapidement se croiser va lui redonner quelques réponses...

Le pitch semble simple et il l'est mais il est remarquablement mis en scène dans un premier album qui aurait valu selon moi la note maximale agrémentée d'un coup de cœur.

Car outre une narration intelligente et sachant relancer la mécanique par quelques flashbacks savamment orchestrées, que dire du travail de Moreno sur des dessins froids et métalliques où les détails foisonnent à chaque case avec un découpage précis comme cette fameuse course poursuite de véhicules entre une fugitive et des forces de l'ordre.

Les couleurs rouges et sang ne font que magnifier une ville aussi inhumaine que sensuelle et le mélange d'une mode XIXème siècle dans un univers futuriste mais aux codes immédiatement identifiables demeurent un régal sans égal...

Malheureusement le scénario s’essouffle et perd de sa superbe dès le second tome qui resserre les liens et les personnages pas si nombreux que cela.
Et malgré le fait que certaines scènes peuvent être dures voire très violentes j'étais bien obligé d'admettre que l’œuvre d'anticipation que j'attendais a laissé très rapidement place à un bon gros blockbuster bourré d'action aux dialogues épurés.

A partir de ce constat et d'une légère baisse de qualité au niveau des dessins dès que les auteurs enferment leurs personnages en huis-clos étouffant (détails des visages pas toujours précis) le récit s'envole vers une trame beaucoup plus simpliste mais non dénué d'intérêt lorsque Moreno retrouve cette ville qu'il aime tant, à l'architecture si anxiogène et si belle que je me suis repris à détailler chaque courbe avec gourmandise...

Peut-être pas la claque initiale attendue mais surement pas la déception annoncée, le régulateur se lit et se déguste comme un bon apéritif dont la conclusion ne saurait plus trop se faire attendre pour tout amateur de science-fiction et d'action ne souhaitant pas se prendre trop les neurones avec un scénario basique mais pas si prévisible qu'on pourrait le croire.

Une belle découverte donc pour un rendu visuel unique.

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