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Nom série  Bob Morane Renaissance  posté le 03/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Le duo Brunschwig - Ducoudray revisite le mythe de Bob Morane et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ne font pas les choses à moitié ! D'intrépide héros, fin stratège, athlète accompli, Bob Morane ne garde que les qualités du coeur et du corps. Profondément naïf, il va en effet être manipulé tout au long de ce diptyque, au point d'apparaître comme le grand perdant de ce premier cycle.

Je peux parfaitement comprendre que cette revisite ait déplu aux fans de la première heure. A titre personnel, c'est tout le contraire. Les scénaristes gardent l'univers teinté d'une anticipation qui flirte avec la science-fiction mais si le héros reste très boy-scout, le happy end n'est plus assuré et les ennemis ne se trouvent plus spécialement là où on le pensait. Et oui, il ne suffit plus de porter un nom chinois pour être le méchant de l'histoire !

En deux tomes, les auteurs ont donc réussi à faire table rase d'une bonne part du passé. Tout peut donc être reconstruit avec un Bob Morane en pleine maturation et un Bill Ballantine dont le rôle ne peut que grandir.

Reste à voir si le changement de scénariste(s) ne va pas marquer un retour en arrière (ce qui semble être le souhait d'Henri Vernes). Ce serait dommage car les nouvelles bases posées ici offrent des possibilités intéressantes, avec un discours moins convenu et des personnages moins parfaits.

Le dessin, lui, ne m'a pas subjugué mais il convient bien à ce type de bande dessinée. Très grand public, il ne déroutera pas les anciens lecteurs sans rebuter les nouveaux.

Jusqu'à présent, le travail accompli me plait bien. Je ne déconseillerai donc certainement pas l'achat de ces deux tomes, ne fusse que pour montrer à Henri Vernes que certains lecteurs sont demandeurs de changement... mais j'ai une petite appréhension pour la suite.

Wait and see...

Nom série  La Tristesse de l'éléphant  posté le 03/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
La Tristesse de l'éléphant est un bel album.

Cette love story d'une gentillesse extrême touchera certainement les jeunes lecteurs. Les anciens, eux, risquent de trouver ici un goût de déjà-lu assez prononcé mais la simplicité et la douceur qui s'en dégagent ne peuvent laisser totalement indifférent.

A titre personnel, ce qui m'aura le plus plu dans cet album, c'est le trait de Nina Jacqmin et le choix aussi audacieux que judicieux qu'elle fait de la couleur. Le trait d'abord, rond et riche, soigné, dont semble se dégager une âme d'enfant, m'a séduit par son caractère atypique. On le croirait sorti d'un livre illustré destiné aux plus jeunes mais il dispose du dynamisme nécessaire à la bande dessinée, souvent grâce à des cadrages bien pensés et à des compositions de planches harmonieuses. L'usage de la couleur, ensuite, avec cette dominance de gris dans lequel viennent s'inviter comme autant d'éclairs de bonheur des couleurs primaires. Rouges et bleus éclatent comme des bulles d'oxygène, les planches s'illuminent alors en parfait harmonie avec cet univers du cirque.

Un bel album, donc. A titre personnel, j'aurais apprécié un peu plus d'originalité au niveau du scénario mais je ne regrette certainement pas mon achat. Je relirai encore souvent cette histoire et ouvrirai encore plus souvent ce livre pour admirer le doux trait de Nina Jacqmin.

Nom série  La Femme aux cartes postales  posté le 03/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Le charme de cet album réside en de multiples petites attentions qui, en définitive, parviennent à lui donner une dimension supérieure à la seule qualité de son pitch de départ, assez classique.

Tout d'abord, il y a le trait de Jean-Paul Eid. Un simple coup d'oeil à la couverture permet d'en cerner les principales qualités : une parfaite lisibilité, une agréable rondeur, un sens certain de la composition et du découpage. Vraiment très agréable à regarder, ce genre de trait est pour moi une véritable invitation à la lecture.

Le cadre et l'époque sont les deux sources suivantes de mon enthousiasme. Sans être un expert, j'aime le jazz et les auteurs ont le mérite de me le présenter dans un autre contexte que celui dans lequel on me le montre d'ordinaire puisque nous sommes à Montréal et non aux USA. La fin des années 50 marque, quant à elle, un tournant dans l'histoire de la musique et nous assisterons à l'émergence de nouveaux courants tandis que le jazz, qui vient seulement d'atteindre son apogée, entame déjà son lent déclin. Nostalgie et dépaysement sont donc au rendez-vous, et j'ai aimé cette ambiance.

Vient ensuite la structure du récit. Un récit qui va se développer sur deux époques et qui recèle d'un vrai mystère pour sa période moderne. cet événement intrigant est un réel moteur pour la lecture.

Viennent s'ajouter au tableau ces cartes postales. Cela n'a l'air de rien mais ce simple petit élément apporte une certaine originalité à la narration. C'est... charmant. Naïf et charmant, et, du coup, je suis charmé.

Et puis, il y a le langage. Les expressions québécoises fusent sans que les dialogues en souffrent. Tout reste constamment compréhensible et délicieusement exotique. C'est à mes yeux un pur régal, à l'image d'un filet de sirop d'érable sur une crêpe maison (avec une boule de glace à la vanille en prime).

Et comme si tout cela ne suffisait pas, les auteurs ont poussé le souci du détail jusqu'à nous donner la possibilité, à nous lecteur, d'entendre deux morceaux de jazz (à l'origine totalement imaginaires) via un lien internet. Ces morceaux, qui se trouvent au coeur même du récit, puisqu'il y est à un moment question de l'enregistrement d'un 45T, prennent vie ! Une manière agréable de donner de la matière à une illusion, un souci du détail qui a le don de finir de me convaincre.

Alors oui, le triangle amoureux n'est pas ce qu'il y a de plus original et certains rebondissements sont difficilement crédibles (mais pas trop farfelus non plus), il n'empêche que, grâce au soin accordé en profondeur à cet album, celui-ci est devenu une des petites perles de ma bibliothèque qu'il me plaira d'exhiber à mes amis.

Vivement conseillé pour les amateurs de jazz, des années 50 et d'albums peaufinés jusque dans les moindres détails.

Nom série  Frnck  posté le 02/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Avec Frnck, les éditions Dupuis renouent avec le genre de série qui a marqué toute une génération de lecteurs.

Le héros, jeune adolescent ultra-dynamique et gaffeur, possède un charisme certain et plaira à un large public. Les jeunes s'y identifieront sans problème tandis que les anciens retrouveront en lui le charme d'un Spirou au meilleur de sa forme.

Le récit est extrêmement bien rythmé. Le scénario est certes classique (le jeune orphelin qui découvre que ses parents ne sont peut-être pas morts et qui, par un concours de circonstances, se retrouve plongé dans un monde étrange, ici la préhistoire, ce n'est pas une réelle nouveauté en matière de point de départ) mais bien fichu et rapidement prenant.

L'humour est omniprésent et fait souvent mouche. Le caractère gaffeur de Franck, le langage à décoder des hommes préhistoriques, les rebondissements originaux, tout est conçu pour faire sourire, voire rire.

Et enfin, il y a le dessin de Brice Cossu, bien dans la lignée des grands de la maison d'édition. C'est clair, net, dynamique et expressif. En regardant la couverture, en feuilletant l'album, on sait qui l'a publié. C'est du Spirou, et du bon !

Cela faisait longtemps que je n'avais pas croisé un nouveau héros aussi charismatique, aussi classique et aussi dynamique chez Dupuis. Son arrivée comble un vide sans sentir le réchauffé. Je suis enthousiaste, content, joyeux comme le gamin que j'étais lorsqu'il recevait un gros recueil des magazines de Spirou pour ses vacances d'été.

Une bouffée d'air frais qu'il est bon de se prendre dans les naseaux. J'en redemande !!!!

Nom série  Les Nouvelles de la jungle (de Calais)  posté le 01/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Mention "Franchement bien" pour cet album car je trouve que c'est une grande preuve de talent de réussir un album aussi instructif et amusant sur un sujet autant matraqué par les médias et aussi déprimant !

Pourtant tout n'est pas parfait et le début du récit, directement adapté d'un blog, souffre un peu de son manque de structure. Des recoupements seront nécessaires pour enfin obtenir une idée d'ensemble et cela ne viendra qu'au fil de la lecture mais, a contrario, l'avantage de cette structure est qu'elle nous permet de pénétrer la jungle de Calais avec le même regard que les auteures.

Au fil des planches, ce sont autant d'instantanés qui nous exposent le quotidien de la jungle. Un quotidien sinistre, déprimant, effrayant parfois, absurde souvent mais qui, grâce au trait caricatural de Lisa Mandel et à l'humour des deux auteures, nous est asséné d'une manière telle qu'il est difficile d'abandonner notre lecture en cours de route.

En définitive, j'ai appris beaucoup de choses que j'ignorais, j'ai souvent souri, parfois ri, j'ai apprécié le fait que les auteures donnent la parole à tous les acteurs présents sur le terrain et si je ne vois pas de solution à terme (on ne fait que déplacer le problème d'un lieu à un autre), j'ai maintenant une vision plus complète du problème.

A lire ! Vraiment ! Ne fusse que pour l'humanité qui se dégage de ces planches.

Nom série  Le Règne  posté le 01/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Mon gros problème avec ce premier tome, c'est son pitch de base : un univers post-apocalyptique a priori intéressant (il prend en compte des dérèglements climatiques engendrés par les activités humaines) mais qui use ensuite de raccourcis à mes yeux faciles. Je m'explique : les hommes semblent avoir disparu de la surface de la terre, laissant ainsi la place à d'autres races animales qui ont à leur tour évolué. Et c'est là que ça coince chez moi car cette évolution est identique pour un grand nombre de ces races et toutes se retrouvent grosso modo avec un corps humanisé (position de type "erectus", membres postérieurs qui s'allongent, mamelles qui remontent sur la poitrine pour ressembler comme deux gouttes d'eau aux seins humains, pouces opposables). Une explication qui se résume à la simple évolution naturelle ne tient pas la route. Et si vous ajoutez à cela que tous ces animaux ont acquis en un temps somme toute réduit (des vues des ruines de la tour Eiffel nous sont offertes, preuve que ces dérèglements climatiques ne datent pas de milliers d'années) un langage commun, vous comprendrez peut-être un peu mieux mon ressenti.

Mais voilà, une fois passé ce gros écueil (qui ne gênera sans doute pas d'autres lecteurs), je ne peux que m'incliner devant le talent de Sylvain Runberg et d'Olivier Boiscommun (talent que je n'ai jamais contesté, ces deux auteurs ayant déjà produit bien des oeuvres dont je suis fan) : Le Règne nous offre un récit rythmé, superbement illustré (la colorisation, en particulier, est splendide), qui évite le piège du manichéisme tout en reposant sur des bases classiques (le trio de héros, qui m'a étrangement fait penser au trio formé par Buck Danny -le leader fin stratège-, Tumbler -le second sérieux et efficace- et Sonny Tuckson -l'élément comique et décalé-, en est un bon exemple).

Ce premier tome est donc agréable à lire et visuellement séduisant. Mon esprit critique, mon côté chichiteux m'empêche cependant d'y voir une oeuvre majeure voire novatrice mais juste un bon divertissement destiné à un public ayant gardé une certaine naïveté.

Nom série  Le Jour où...  posté le 16/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Raaaaaaaaaaaaaahh, ce scénario fait vraiment trop catalogue publicitaire pour bobo en quête existentielle à deux francs six sous. De jolies phrases pompées à gauche ou à droite, de ces phrases que l’on retrouve souvent sur Facebook ou sur une carte Primark, nous incitent à croire en nous et en l’humanité, à prendre le temps de vivre, à profiter de l’ombre jetée sur notre rétine humide par le gai vol de la coccinelle. De petites histoires en forme de paraboles nous incitent à réfléchir sur notre perception du monde… à l’image d’un épisode de « la petite maison dans la prairie ». Le tout est, joliment (et je le dis sans moquerie aucune), relié dans un récit léger et zen.

Sur le principe, j’ai rien contre. Et ça fait clairement du bien d’avoir devant soi un récit positif empli d’espérance en soi et en l’humanité. De plus, le dessin est sympa et contribue à ce sentiment de légèreté par sa simplicité et son expressivité. D’ailleurs, j’ai lu l’album jusqu’à son terme en un temps des plus réduits.

Mais voilà, essayer de faire passer comme message qu’il faut savoir prendre le temps de vivre, qu’il faut croire en soi, que le monde est un cadeau qui s’offre à nous, en s’appuyant sur des personnages qui semblent avoir les couilles cousues d’or fin, c’est très délicat quand le lecteur est naturellement cynique… ce qui est mon cas.

Notre héroïne va croiser quelques personnages bien dans leur peau. Le premier tient une épicerie perdue en pleine campagne. En deux jours, il aura en tout et pour tout deux clients… dont une ne lui achètera rien. On pourrait donc penser qu’il vit chichement. Que nenni mes amis, le gars possède une villa gigantesque avec au moins trois chambres d’amis et une piscine bien carrée, bien chlorée. De suite, je pense que, effectivement, si je vivais dans un lieu reposant en exerçant un boulot reposant, sans avoir de soucis quant à des horaires à respecter tout en profitant d’un confort matériel bien au-dessus de la moyenne européenne, j’aurais de plus grandes facilités à être zen.

Les autres personnages croisés, qui serviront de modèles à notre jeune héroïne, sont du même acabit. Une écrivain à succès, un chef d’entreprise fortuné qui décide de tout lâcher pour aller marcher, les personnages évoqueront même le destin d’un ancien trader devenu berger. On ne m’enlèvera pas de l’idée que, primo, c’est plus facile de trouver la sérénité quand on vit dans un confort matériel que rien ne semble pouvoir mettre en danger, et secundo, que le destin des personnages présentés n'est pas vraiment semblable à celui de la majorité des vivants de ma génération.

Non ! Sérieusement, pour me faire croire en la beauté de la vie, faut pas me présenter des personnages à qui tout réussit.

Nom série  Le Reste du Monde  posté le 16/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Chauzy nous livre sa vision du monde post-apocalyptique tel que souvent exploré dans les récits de genre. Et si sa vision n’a rien de révolutionnaire, il n’empêche que son diptyque m’aura fait passer un agréable moment de lecture.

Tout d’abord, il y a l’aspect visuel du récit. Et là, clairement, certaines planches fichent le tournis tant elles ont une gueule infernale ! Notamment la scène du déluge orageux en pleine montagne. La composition et les couleurs choisies m’ont immergé dans cette nature fascinante et effrayante à la fois. Mais si ces scènes grandioses existent, elles ne composent pas la majeure partie de l’album, l’accent étant souvent mis sur les relations entre les personnages. Là aussi, Chauzy livre un beau travail même si moins spectaculaire. Les personnages sont bien typés, expressifs, vivants. Les compositions sont bien pensées, toujours lisibles, bien équilibrées. Le découpage ne casse jamais le rythme du récit. Du point de vue visuel, je pense que nous sommes face à une très grande bande dessinée.

Du point de vue du scénario, je trouve que cet album est un peu en-deçà du niveau que son aspect visuel laissait espérer. Non que ce soit mauvais, loin de là même, mais ce scénario n’offre pas grand-chose d’original à mes yeux. Le destin de cette mère de famille et de ses enfants est prenant mais pas poignant. On s’attache aux personnages sans qu’ils ne nous deviennent proches. Pourtant, les rebondissements ne manquent pas et le travail sur la psychologie de certains personnages est très intéressant. En conséquence, le scénario tient la route, la progression narrative est bien maîtrisée mais il manque ce choc qui fait basculer le lecteur de son statut de lecteur à celui de témoin complice.

En résumé, voici un très beau diptyque, avec un dessin parfois tout simplement grandiose et un scénario certes classique mais qui, dans le genre post-apocalyptique, fait mieux que simplement tenir la route.

Mieux que « pas mal » mais « franchement bien » est peut-être un peu excessif. Bien, tout simplement bien. A lire et à posséder.

Nom série  Red Angels  posté le 13/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Sans le trouver excessivement original, j’ai bien aimé ce récit traitant du quotidien de trois prostituées dans la Chine des années 80.

L’auteur nous décrit trois parcours marqués par la drogue, la violence, la perte des illusions, le sida, la mafia. Ce n’est donc pas particulièrement joyeux… mais la manière dont tout cela nous est raconté ne rend pas ce récit déprimant pour autant. C’est une réalité certes cruelle qui nous est décrite mais dans laquelle crépite encore une étincelle d’humanité. Et c’est cette étincelle qui fait toute la différence.

La narration est agréable avec en voix off le propriétaire du bâtiment dans lequel professent nos trois héroïnes. Grace à l’annonce faite a priori, un petit suspense est créé puisque nous savons dès le début que l’histoire va mal se terminer pour l’une des trois, et plutôt bien pour une autre, mais sans savoir de qui il va s’agir. Le découpage est bon et si le dessin peut surprendre de prime abord, je l’ai bien apprécié sur la longueur. Il est singulier mais possède un charme esthétique difficile à définir. Je pense même que beaucoup ne l’aimeront pas.

La dimension érotique du récit est totalement mise de côté. Si vous pensiez vous rincer l’œil, c’est loupé : cet album est, de ce point de vue, extrêmement pudique.

Finalement, le fait que ce récit se déroule en Chine n’a que peu d’intérêt puisque le quotidien d’une prostituée chinoise ressemble furieusement au quotidien d’une prostituée occidentale (du moins, à ce que j’en imagine du peu que ce que j’en sais). Il n’empêche que, par son humanité, sa structure et son rythme, cet album m’a bien plu. Pas mal du tout, en somme.

Nom série  Rebels  posté le 13/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Rebels est à mes yeux une œuvre avant tout politique et je pense que le lecteur qui ne voudrait y voir que le récit d’aventures de jeunes fermiers dans l’Amérique naissante passerait totalement à côté de la volonté de l’auteur, et risquerait même de trouver l’ensemble plat et peu intéressant.

A titre personnel, et sous cet éclairage (à ce propos, la préface de l’auteur est des plus judicieuses), j’ai bien aimé cet album. Un album qui dénonce finalement les USA d’aujourd’hui (ou du moins certains aspects de sa politique extérieure) tout en glorifiant les héros anonymes qui lui ont permis de naître autrefois. Un album patriotique mais pas complaisant, voilà qui est rare, ambigu et par conséquent intéressant.

L’album n’est pas parfait à mes yeux pour autant. J’aurais aimé avoir une meilleure vue d’ensemble sur l’aspect historique, par exemple. Par ailleurs, les derniers récits sont plus décousus puisque nous quittons le personnage central qui nous occupe sur la majeure partie de l’album pour nous intéresser à quelques autres personnages. C’est regrettable car, a contrario, les récits qui se concentrent sur le rôle des femmes durant ce conflit, et leur reconnaissance, m’ont beaucoup plu sur leur fond. Mais ces chapitres sont trop peu développés et donnent à la fin de l’album un côté « fourre-tout » que je n’apprécie pas. Si Brian Wood avait réussi à intégrer tous ces personnages dans une seule fresque historique, je pense que Rebels aurait pu devenir un très grand album.

Au niveau du dessin, rien à dire. Le découpage est bon, le style est lisible et efficace. C’est du bel ouvrage pourvu que le lecteur ne cherche pas les petits détails, le fignolage en profondeur mais préfère se concentrer sur la dynamique du récit.

Pas mal, donc. Certainement intéressant à lire si l’on prend conscience de sa dimension politique mais peut-être décevant par son côté inabouti. J’aurais aimé que Brian Woods fasse montre de plus d’ambition et ne se contente pas de ces quelques courts récits pour nous offrir une fresque globale d’une autre ampleur. Je ne déconseille cependant pas l’achat car l’album a suffisamment de qualité pour séduire un large public.

Nom série  Puzzle (Thilliez)  posté le 13/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je n’ai pas lu le roman et ne sais donc pas si le début de celui-ci est identique à celui de la bande dessinée. Quoiqu’il en soit, ce début –tel que présenté dans la bande dessinée- a constitué un très gros problème pour moi parce qu’il me donne directement toutes les clés pour comprendre et, plus grave encore, prévoir la suite du récit.

C’est peut-être moi qui ai l’esprit tordu mais, alors que j’ai lu l’album d’une traite (preuve que ce récit est plutôt prenant) chaque révélation me semblait tellement évidente que j’en suis finalement sorti avec un sentiment de manque, d’inabouti, de morosité. Le gros clash final (qui m’a fortement rappelé « Shutter Island ») est tellement balisé dès les premières pages que je suis finalement déçu.

Mais déçu par l’intrigue, pas par le cheminement emprunté par le personnage central de ce récit, qui fondamentalement réalise une auto-psychanalyse étonnante. Il est amusant de retrouver en cours de récit tous les indices jetés sur les quelques premières planches. A ce titre, puzzle porte bien le sien (de titre) puisque nous démarrons avec la plupart des pièces de celui-ci mais qu’il nous faut encore les assembler. Je regrette vraiment d’avoir trop rapidement eu une vision d’ensemble qui corresponde de très près aux conclusions de l’album.

Côté dessin, ce style est efficace parce que facilement lisible et direct. Il ne s’encombre pas de détails, accentue les expressions des personnages et caractérise bien chacun d’entre eux (ce qui est toujours important dans un récit aux personnages multiples). C’est typiquement le style de dessin qui se met au service d’un scénario et l’amateur de planches léchées et fignolées ne trouvera sans doute pas son compte ici.

Donc voilà, pas mal mais je pense que le roman peut apporter plus… s’il n’en dit pas autant dès le début.

Nom série  Crimson Wolf  posté le 14/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Avis partagé sur ce manga.

D’une part, je regrette d’être à nouveau tombé sur une série qui met en avant des scènes de combat aussi violentes que confuses. J’ai trouvé ces combats tirés en longueur, peu clairs et absolument pas passionnants. Ҫa, c’est vraiment le point faible de la série à mes yeux… Enfin, ça et la conclusion finale à laquelle j’avoue n’avoir pas compris grand-chose.

Mais il y a aussi du positif dans cette série. Et le principal vecteur d’enthousiasme pour moi est la découverte d’une forme de pensée asiatique. Le folklore, les mythes qui nourrissent ce récit sont fort éloignés de ce à quoi j’ai l’habitude de me frotter. Rien que l’emploi de chaperons rouges bien différents de notre vision de la chose a de quoi déconcerter. La notion d’équilibre des forces est constamment remise en avant et, même si je n’y connais pas grand-chose et que le yin et le yang sont des notions chinoises en non japonaises à la base, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver dans ce manga un exemple de l’application au quotidien de cette manière de penser et d’appréhender le monde. Non que ce récit soit philosophique ou intellectuel (on est dans le manga de divertissement tout de même assez bourrin) mais il se dégage de la manière dont ce récit a été pensé un exotisme que j’ai trouvé des plus agréables.

Par ailleurs, les personnages sont très caricaturaux mais plutôt sympathiques.

Au final, j’ai lu les quatre tomes avec un certain enthousiasme… mais un enthousiasme déclinant quand même au fil des tomes, la faute à ces combats ennuyeux et peu clairs, principalement.

Nom série  Luisa, Ici et là  posté le 14/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
J’ai trouvé ici un récit plutôt bien maîtrisé dans sa dimension fantastique (bien mieux en tous les cas à mes yeux que dans « L'Apocalypse selon Magda », signé par la même dessinatrice) qui permet de proposer un réel récit du quotidien sous un angle original.

Le récit est très vivant, les dialogues sont naturels, le trait est extrêmement lisible. Le résultat est que cet album se lit vite et bien, sans ennui même lors des passages plus poussifs (il y en a de temps à autres sur ces 272 pages).

Le destin de Luisa parlera à plus d’une trentenaire. Je me suis vite attaché au personnage même si (voire parce que) son caractère lui donne des côtés irritants. Le profil du personnage est réussi car proche de nous. Il faut donc aimer le genre « roman graphique du quotidien » pour être conquis par ce récit.

Sans crier au génie, j’ai donc plutôt bien aimé cet album bien dans la lignée des romans graphiques de qualité de l’éditeur.

Nom série  Vincent  posté le 23/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
La grande originalité de cet album réside dans le fait qu’il ne s’agit pas d’une biographie mais bien d’un récit d’aventure mâtiné d’une intrigue à caractère policier dans lequel Saint Vincent de Paul joue un rôle central.

Cette manière de procéder permet aux auteurs de resituer le personnage dans son époque sans devoir recourir à la traditionnelle énumération de faits. L’amateur de biographies classiques sera peut-être déçu, le fan de romans historiques sera peut-être emballé, au contraire.

A titre personnel, je me situe entre ces deux extrêmes. J’ai aimé la reconstitution du Paris de l’époque. Ce récit m’a également permis d’en apprendre un peu plus sur Saint Vincent de Paul sans m’assommer de données chiffrées froides et impersonnelles. Par contre, si l’intrigue n’est pas mal tournée, je ne peux pas non plus dire qu’elle m’a tourneboulé les sens. Elle suit son petit bonhomme de chemin, tranquillement, nous permettant d’admirer le cadre, certes, mais sans réelle émotion pour ces personnages.

Le dessin de Martin Jamar est agréable à l’œil. Il m’est apparu moins fin que sur d’autres travaux mais ne fait que suivre la voie déjà ouverte avec Double Masque. La reconstitution historique est toujours aussi soignée et la lisibilité demeure excellente.

Au final, Vincent est un bon album. Il déroutera peut-être certains lecteurs qui s’attendaient à découvrir là une biographie classique, mais il vaut la peine qu’on y jette un œil plus qu’attentif, surtout pour la reconstitution du Paris de 1643 et de son climat.

Nom série  Aujourd'hui, demain, hier  posté le 09/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 1/5 (Vraiment pas aimé !)
J’ai essayé, ré-essayé et essayé encore… Je n’y suis pas parvenu. Pourtant je sens bien que cet album possède quelque chose non seulement de différent et d’unique (ça, cela me semble évident) mais aussi d’intéressant et de poétique. Seulement voilà, impossible pour moi de rentrer dans l’univers de Roman Muradov. Je capte bien de ci de là certaines intentions (là une histoire se construit à l’envers et la lire en sens inverse permet de mieux la saisir, ici la répétition de paroles factuelles crée un sentiment étrange de déconnection avec la réalité, ailleurs la perte d’innocence donne lieu à une quête étrange dans un univers fantasmagorique) mais je reste en dehors.

Pourtant cet album, qui regroupe plusieurs histoires courtes, n’est pas sans intérêt ne fusse que dans les différents styles graphiques employés, souvent osés et parfois difficilement lisibles et pourtant élégants. C’est étrange, vraiment étrange, différent.

Cet album m’aura finalement fait le même effet que certains écrits de Ionesco : je sens bien qu’il y a quelque chose mais je passe systématiquement à côté. Je peux comprendre qu’un lecteur trouve ça résolument et définitivement culte mais, à titre personnel, je suis resté à l’extérieur, trop occupé à essayer de déchiffrer les intentions de l’auteur (sans y parvenir, en plus) pour vraiment apprécier l’album.

En guise d'introduction, le traducteur de Muradov prévient le lecteur que l'artiste est quasi impossible à traduire, notamment du fait des jeux de mots nombreux qu'il dissémine dans ses histoires. C'est bien possible... Je ne sais pas si c'est la cause de mon rejet mais il s'agit certainement d'une des raisons de mon incapacité à rentrer dans cet univers.

Nom série  Supers  posté le 09/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Originale série de super-héros puisqu’elle a la double particularité d’être européenne et de mettre des enfants en vedette !

Destinée à un jeune public, elle nous propose un premier tome avant tout introductif. On découvre progressivement quels sont les pouvoirs de nos trois gaillards (deux frères et une sœur), leurs origines et leur quotidien.

Au niveau de l’action, ce tome se résume à peu mais la fin de l’album nous propose tout de même un passage plus mouvementé. L’accent est principalement mis sur les relations familiales et sociales. C’est sympathique mais peu trépidant.

Le dessin, lui, est joli et expressif. Tout en rondeur et soigné dans sa colorisation, il plaira aux plus jeunes comme aux plus grands.

Une série à suivre mais qui doit encore un peu progresser au niveau de l’action et du suspense pour réellement me convaincre. Mais pour la qualité du dessin, l’originalité de la revisite de l’univers des super-héros et la gentillesse qui se dégage de cet album, je vous invite à y jeter un œil attentif.

Nom série  Warship Jolly Roger  posté le 09/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Quelle agréable surprise que ce classique mais bien balancé space-opera !

Rien de très original dans le scénario avec un panel de personnages aux profils déjà souvent exploités et des rebondissements tellement bien amenés qu’ils nous paraissent des plus logiques et donc prévisibles… a posteriori (c’est là toute la différence !)

Le dessin et la colorisation rappellent le dessin d’animation mais sont extrêmement efficaces et bien adaptés au média BD. C’est typique de l’école espagnole actuelle qui, décidément, possède en ses frontières une flopée de dessinateurs de bd talentueux.

Si le premier tome m’avait plu par son rythme et sa mise en place d’une intrigue dans laquelle je me sentais à l’aise car en pays de connaissance, c’est le deuxième tome qui achèvera de me convaincre grâce à la mort d’un des personnages. Depuis, je l’avoue, je suis accro !

Après Orbital, Sylvain Runberg signe donc une nouvelle série de space-opera de qualité. Adaptée pour un large public, elle nous offre un cadre et des personnages bien balisés, de l’action et du suspense. C’est classique mais foutrement bien fait !

Nom série  Seraphin Cantarel  posté le 09/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
D’un strict point de vue technique, je n’ai aucun reproche à faire à cet album. Le découpage est bon, le dessin convient parfaitement à ce type de récit sans offrir de réelle originalité. C’est un classique trait réaliste dans lequel les décors sont suffisamment précis pour que le lecteur reconnaisse certains lieux dans ses détails et les visages sont bien typés pour éviter les risques de confusion.

Par contre, en ce qui concerne l’enquête en elle-même, j’ai beaucoup plus de réserves à formuler.

Tout d’abord, il vous faut savoir qu’il s’agit d’un policier à l’ancienne, c’est-à-dire que les auteurs s’amusent à nous donner des pistes tout en nous cachant certaines données pour que nous, lecteurs, ne puissions nous empêcher de jouer au détective. La solution de l’énigme, elle, nous est livrée dans les deux dernières pages (je schématise un peu mais en gros, c’est ça). Je n’ai rien contre ce type de procédé… lorsqu’il repose sur une solide construction logique. Agatha Christie ou Conan Doyle ont fait des merveilles sur ce canevas ! Ici, ce n’est vraiment pas le cas. La manière dont la moitié de l’intrigue est résolue est affligeante, par exemple. Un employé à la conservation des bâtiments historique livre « sa théorie », qui n’est qu’une hypothèse parmi d’autres construite sur des supputations et qui ne contredit pas les indices mis à notre connaissance mais qui pourrait être sérieusement mise à l’épreuve via quelques simples vérifications… et le commissaire en charge de l’enquête approuve et acquiesce. Sur ce point, l’enquête est alors terminée et l’on ne reviendra jamais dessus. Pas le moindre recoupement, pas le moindre témoignage, pas la moindre vérification ne sera effectuée, la théorie est approuvée sans autre forme de procès… alors qu’elle ne repose sur pour ainsi dire rien ! C’est tout sauf crédible.

Pas crédible du tout, voilà également qui qualifie le trio d’ « enquêteurs » de ce récit. Deux conservateurs des monuments historiques et un commissaire. Des trois, et alors que l’enquête concerne des gens du coin et absolument pas des bâtiments, c’est le conservateur le plus aguerri qui va prendre l’enquête en charge. Inutile de vous préciser qu’il n’est absolument pas du coin ni que l’inspecteur de police qui lui est du coin va se faire reléguer au rôle de faire-valoir.

Pas crédible non plus cet ex-voto qui sort parfaitement intact du coffre d’une voiture accidentée alors que les trois occupants de cette voiture sont retrouvés morts suite à ce crash. C’est vraiment du grand n’importe quoi !

Si je n’avais peur de spoiler cette enquête, je pourrais encore vous faire part de quelques beaux exemples d’incohérence offerts par cette enquête.

Reste l’évocation du patrimoine régional (ici le phare de Cordouan et les ex-voto de l’église de Talmont) pour séduire un public friand de patrimoine local. A titre personnel, j’attendais autre chose d’une enquête policière.

Nom série  La Guerre des Lulus  posté le 08/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Après quatre tomes parus, la Guerre des Lulu est à mes yeux ni plus ni moins que la meilleure série tous publics dédiée à la première guerre mondiale. Et pour ce faire, elle dispose de solides arguments !

Tout d’abord, l’aspect visuel accroche d’emblée. Franc, net, direct, expressif et dynamique en diable, ce type de trait convient parfaitement au ton de la bande dessinée. Les différents personnages ont tous une identité propre et bien marquée, les décors sont soignés sans étouffer l’aspect « aventure » du récit, la colorisation est nette et sans bavure. C’est vraiment du très beau travail qui permet à un large public de rentrer dans l’histoire sans rencontrer d’obstacles visuels.

Ensuite vient la galerie des personnages. Ces Lulu deviennent rapidement extrêmement attachants. Régis Hautière use de ficelles bien connues mais diantrement solides pour nous offrir un panel de personnalités aussi complémentaires que familières. Là encore, le public se retrouve en pays de connaissance et l’envie de se plonger dans ces aventures est d’autant plus grande que les personnages qui nous serviront de guide nous rappellent nos lectures d’enfance.

Enfin, le cadre historique est loin d’être oublié. La série nous parle de la première guerre mondiale et, même si elle le fait au travers d’un prisme d’aspect enfantin, les années défilant la perte d’innocence s’accentue au fil des tomes, nous rappelant toute la gravité du contexte. Les différents lieus traversés sont l’objet de choix judicieux qui nous permettent de traverser diverses régions sans que cela ne nous paraisse étrange tout en apportant régulièrement une certaine originalité au récit.

A consommer sans modération. Une série tous publics qui réconciliera toutes les générations avec la bande dessinée.

Nom série  Le Dernier assaut  posté le 08/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Avec ce nouvel album, Tardi continue à explorer les entrailles nauséeuses de la première guerre mondiale et de ses tranchées. Honnêtement, je pense qu’il en avait déjà dit l’essentiel dans le cultissime « C'était la guerre des tranchées », bien complété par « Putain de guerre ! » sorti quelques années plus tard.

De là à dire que cette nouvelle œuvre est sans intérêt, il y a un pas que je ne franchirai pas. En effet, à force de défricher et d’approfondir le sujet, Tardi continue à nous asséner des preuves de l’absurdité guerrière au travers de nouvelles et souvent sordides anecdotes. Ceci dit, le choc ressenti diminue tout de même au fil des albums que l’auteur aura réalisés sur cette thématique et si vous ne deviez n’en posséder qu’un seul, ce n’est pas celui-ci que je vous conseillerai.

On retrouve le même principe de construction d’autres œuvres de Tardi qui prend ici pour guide un brancardier français dont nous suivrons les faits et gestes tout en partageant ses pensées, son désespoir, sa rage, ses remords. Le personnage est attachant par ses failles et permet à l’auteur d’insérer divers aspects historiques avec un certain naturel. La lecture est fluide, l’ambiance plombée comme il se doit, la fin déprimante comme de bien entendu.

L’adjonction d’un CD apporte un soupçon de nouveauté et complète en quelque sorte la démarche de Jacques Tardi. Ce CD reprend les chansons écrites majoritairement par lui-même et son épouse Dominique Grangé et chantées le plus souvent par celle-ci (certains textes sont récités par Jacques Tardi) accompagnée par le groupe Accordzéam. Si vous aimez la chanson française intimiste et déprimante (les textes ne prêtent pas vraiment à la franche rigolade) et l’accordéon, cela devrait vous plaire. C’est plutôt bien joué et plutôt bien chanté (du moins si on se limite aux chansons françaises, l’accent de Dominique Grangé laissant plus à désirer sur les textes anglais et allemands).

Enfin, un petit mot sur l'usage de la couleur, une fois de plus très bien pensé par Tardi. Si, de prime abord, on pourrait penser être devant un album en noir et blanc, par petites touches l'auteur accentue subtilement l'absurdité nationaliste en usant d'un panel bien ciblé de couleurs.

Un bon album, certes, mais l’auteur nous en a livrés d’autres un cran au-dessus à mes yeux. Achat conseillé si vous êtes un inconditionnel de l’auteur. Pour les autres, passer par les œuvres antérieures précitées avant de découvrir cet album ne me semble pas être une mauvaise idée.

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