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Nom série  Le Château des Animaux  posté le 12/06/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien) Découvrez toutes les séries « coup de coeur du moment » de BDTheque! Coup de coeur
Qui n’a toujours pas lu La ferme des animaux de George Orwell ? Court roman devenu un classique dénonçant le stalinisme et de façon plus générale les régimes totalitaires au travers d’une fable animalière où ces derniers après avoir renversé les humains qui les exploitaient, devenaient à leur tour les despotes de leurs congénères, l’oppressé d’hier devenant ironiquement l’oppresseur de demain.

Très clairement Le Château des animaux ne renient pas cette influence orwellienne et ce jusqu’à son introduction très similaire à quelques détails près : pour une raison inconnue les humains du château sont partis, laissant les animaux présents sur place à leur libre destinée, ceux-ci ayant très vite basculé dans un régime tyrannique qui ne dit pas son nom, à moins qu’il en est été ainsi depuis le début. Au sein de ce microcosme bestial, c’est la loi du plus fort qui règne en réalité : l’égalité n’est même plus une utopie, le partage des richesses n’est qu’un leurre, les valeurs d’entraide un mirage, tandis que la terreur règne au sein de la basse-cour. La masse composée des frêles lapins, canards, poules, moutons et autres vertébrés dociles, est dispersée. Faibles individuellement, ces derniers ne se rendent pas compte qu’ensemble en unissant leur volonté, ils peuvent déplacer des montagnes et pourquoi pas, renverser le joug implacable de celui qui incarne l’autorité, le « Duce », le taureau Silvio, entouré qu’il est de ses sbires, les chiens de garde du système, et du coq collabo figure du « vox princeps ». L’étincelle rallumant la flamme de l’indépendance viendra t-elle de l’oie Adélaïde, voix de la colère, d’Azelar le rat vagabond et séditieux, ou bien de Miss B la chatte mère-courage ?

Une histoire prenante, bien que n’ayant parcouru pour le moment que 24 pages du récit, pleine de passions et de dramaturgie. C’est peut être là que se joue la différence avec la fiction d’Orwell car là où La Ferme... se « limitait » un peu à l’allégorie politique, Xavier Dorison la poule aux œufs d’or de la bd franco-belge, romance tout cela en y injectant des personnages bien campés, classiques dans leur genre mais néanmoins efficaces et attachants, du drama, un bon sens du rythme, ainsi qu’une tonalité réaliste et violente à ne pas mettre entre toutes les pattes. Pour illustrer cette rébellion, c’est vers un jeune espoir que s’est tourné Dorison, en la personne de Félix Delep. Inconnu au bataillon, ce jeune artiste n’est pas pour autant un lapin de six semaines tant ses dessins impressionnent sur tous les aspects par leur maturité et la maîtrise qu’il s’en dégage. Un trait semi-réaliste absolument nickel, dans la lignée des maîtres de l’anthropomorphisme que sont Juanjo Guarnido (Blacksad) ou Willem (L'Épée d'Ardenois) à la différence que les animaux d’ici n’ont pas une morphologie humaine, se sont juste des animaux à 2 ou 4 pattes capables de communiquer entre eux et d’interagir avec les éléments du décor. Le travail à la couleur directe façon aquarelle, le soin apporté aux décors, des cadrages alternant les différentes prises de vue, sans oublier le format gazette en 29,7 x 41,8 cm qui en met plein les mirettes, viennent parachever la bonne impression d’ensemble. Une vraie réussite pour le peu qu’on puisse en juger.

« Vous ne pouvez pas avoir une révolution si vous ne la faites pas pour votre compte ; une dictature bienveillante, ça n’existe pas ».
George Orwell.

Nom série  Il faut flinguer Ramirez  posté le 07/06/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Musique : AC/DC - Back in Business

Dans les remerciements de fin d’album, Nicolas Pétrimaux rend hommage à quelques grands noms de la bd comme Lupano et Dorison, des auteurs qui ont déjà bourlingué dans le même registre que Il faut flinguer Ramirez. J’ai souvenir d’une bande-annonce déjantée so 70’s de Xavier Dorison pour la sortie du mitigé Red Skin ; l’histoire de Ramirez par Pétrimaux qui est ici auteur complet se situe un peu dans la même veine des récits hommages à une décennies et toute la culture populaire qui s’y rattache.

Ici on baigne en plein dans les folles années 80, beaucoup y ont vu une influence tarantinesque dû à la violence du récit avec des fusillades « en veux-tu en voilà » traitées avec une certaine légèreté et un humour de soudards qui ponctuent leurs phrases à coup de punch lines parodiques (MDR le flic qui se la joue Horacio Cane des Experts : Miami), mais personnellement j’y ai davantage perçu des accointances avec l’univers des frères Coen. Cela se déroule quelques part entre un Big Lebowski pour l’imbroglio autour de l’identité réelle de Jacques Ramirez qui est recherché par des mafieux chicanos dont la connerie frôle parfois celle des teubés de la salle de gym du film Burn after Reading, et le plus sérieux No Country for old men dans lequel on aurait introduit le nettoyeur (c’est le cas de le dire) ultra-efficace, Léon.

J’ai trouvé cela vraiment très cool, bourré de références et clins d’œil qui vont de Thelma et Louise à Magnum et bien d’autres trop longs a énumérer, et en même temps intelligemment écrit puisqu’on est capable d’allier l’agitation effrénée des action-movies des John McClane et Martin Riggs à la connerie ambiante des bureaux façon The Office et Caméra Café. De plus le discours n’est pas dénué de fond puisque l’auteur ne se gêne pas pour se foutre des masses qui cours après un consumérisme excessif déshumanisé (aujourd’hui Ramirez bosserait au S.A.V. de chez Apple), les grosses pointures de WallStreet qui se goinfre du système soutenu par des pantins médiatiques qui se prétendent journaliste (oui, oui, il y a aussi de tout ça dans Ramirez).

Graphiquement ce n’est pas spécialement ma came de premier choix mais la mise en page hyper cinématographique (rien que la couv’ on dirait une affiche de ciné) avec le nombre de pages nécessaires à ce genre de projet (plus de 120), les couleurs éclatantes ainsi que le découpage explosif, ont fini par emporter mon adhésion. Franchement on tient quand même entre les mains un livre-objet de qualité on ne va pas faire les fines gueules.

Le récit se conclue sur un twist des plus intriguant, c’est le moins qu’on puisse dire. Du suspens, de l’action, de jolies pépés, des courses-poursuites à la GTA, de la loufoquerie, une violence décomplexée, des questionnements et une suite d’ores-et-déjà très attendue…il y a même une histoire d’amour en filigrane quoi ! Please, ne flinguez pas le pauvre Ramirez, lisez-le plutôt.

Nom série  Star Wars - Han Solo  posté le 03/06/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Depuis la reprise de Lucasfilm par Disney et l’exploitation de la licence Star Wars en BD par la filiale Marvel, je trouve que celle-ci marque une certaine constance graphique avec des artistes arborant plus ou moins un même style réaliste très propre, bien carré. Le seul point avec lequel je ne serais probablement jamais en phase, c’est sur le choix de coloration « à l’informatique et ça se voit ». Pour les histoires écrites par les rédactions conjointes de Marvel-Lucasfilm, ce n’est pas si mal dans l’ensemble, avec du bon, du moins bon et du passable. J’en avais donc un peu ma claque du nouveau Star Wars made in Disney, pas très palpitant, jusqu’à ce que je tombe complètement par hasard sur une édition unique de Han Solo en noir et blanc, grand format. C’est apparemment une opération spéciale et un premier test, de proposer au lectorat de SW une édition prestige à un prix raisonnable, et comme l’éditeur semble satisfait du résultat, des ventes et de la critique, l’opération est amenée à être renouvelée sur d’autres numéros à venir de la saga.

Malgré une présence dans la collection 100 % Star Wars, ce Han Solo 23,7 x 35,7cm est davantage une histoire à réserver à un public connaisseur. Ce n’est pas un Star Wars classique avec son lot de fusillades au blaster, de combat au sabre laser avec la musique trépidante de John Williams en fond sonore. Cette histoire, bien qu’évidemment centrée sur le contrebandier le plus célèbre de la galaxie, n’est même pas une sorte d’anthologie sur le personnage résumant sa vie, ce qu’il est, à quoi il pense, etc. C’est plus une transition entre le Han Solo de l’épisode IV et celui du V, où Han s’interroge sur sa place dans le jeu d’échec galactique : doit-il rester neutre en suisse, continuer de se voiler la face en faisant comme si seul son intérêt personnel comptait, ou révéler sa vraie nature de good guy ? Une ch’tite histoire ma foi rondement bien menée par Marjorie Liu qui a le mérite de proposer quelque chose d’un peu plus profond dans cet univers où bien trop souvent on reste à la surface des choses et aux simples tirs de blasters « piou piou piou ! ». Mais aimer Han Solo et son comparse Chewbacca ne suffira pas : il faut avant tout être un inconditionnel du Faucon Millenium car on passe les 3/4 des 112 pages dans le cockpit du tas de ferraille le plus rapide de la galaxie.

Une autre grande Force du livre provient des graphismes de Mark Brooks assisté de Dexter Vines à l’encrage (saluons-le lui aussi). Je l’ai souvent dit ici et ailleurs, je trouve que de l’autre côté de l’Atlantique on pète souvent plus haut que son cul en pensant avoir la crème de la crème des artistes alors que dans la réalité, le 9ème art américain ne fait bien souvent malheureusement que proposer la même soupe fade et uniformisée : toujours les mêmes styles cartoonesques, les mêmes colorations dégueulasses à l’informatique, les mêmes histoires de super héros, et « merde » à Stan Lee. Mais pas Mark Brooks, non, ce gars-là est un orfèvre du style réaliste, un perfectionniste qui instille d’infimes détails dans chacune de ses planches, là où d’autres se contenteraient d’un fondu tout en noir. Vraiment « respect », même l’éditeur n’y va pas avec le dos de la cuillère en affirmant que c’est la plus belle BD Star Wars qu’il ait sorti depuis la reprise de la franchise. Il y a des planches en double-page fantastiques comme celle de la traversée du cimetière spatiale avec le défilement des 12 heures façon cadran horloger.

Je ne regrette assurément pas mon achat. Mais maintenant j’attends la série ou le one-shot Star Wars culte que tout fan est en droit d’attendre depuis le temps (j’ai un temps cru à Star Wars - Clone Wars mais… trop irrégulier).

May the Force be with you, Han Solo.

Nom série  Arale  posté le 17/05/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Arale, rien à voir avec le personnage créé par Akira Toriyama dans Dr Slump. Arale est une histoire d’uchronie de fiction fantastique imaginée par Tristan Roulot dans laquelle l’auteur se pose la question : et si la révolution bolchevique avait échoué en octobre 1917, que serait-il advenu de l’empire russe et de la guerre ? Mais le scénariste ne s’en tient pas à cette seule hypothèse. Il introduit dans son uchronie une grosse dose de fantastique et de science-fiction en faisant du conseiller Raspoutine un Gandalf « maléfique » manipulant son monde et suivant ses propres projets géopolitiques grâce à des pouvoirs, dirons-nous « magiques », accordés par une mystérieuse vieille femme.

Je vous sens un peu paumés, hein ? Ben dites-vous que ça ne va pas s’arranger par la suite parce que c’est là le gros point faible de cette histoire : son créateur veut raconter beaucoup de choses en seulement 62 pages, cependant de grosses zones d’ombre resteront en l’état puisque, apparemment, il s’agit d’un « stand alone », un et unique tome est prévu. Bon… ce n’est pas mal, il y a des idées. Cela pioche du côté d’Inception pour la descente du héros Kyril dans l’esprit nébuleux du tsar, du côté de Pacific Rim et de la « dérive » pour expliquer le processus neuronal reliant le tsar à Kyril, du côté de La Guerre Éternelle et du roman Fatherland pour l’aspect état de guerre perpétuel que vit la Russie, etc.

Si l’histoire se termine vraiment ainsi et qu’aucune suite n’est prévue au programme, on ne peut pas dire que ce soit très « jouasse » comme récit. C’est même carrément pessimiste tendance dystopie. Pas de problème avec cet aspect mais le plus gênant est qu’il demeure moult questions restées en suspens. On ne parle pas ici de petites zones d’ombre scénaristiques qui donnent du grain à moudre aux lecteurs qui peuvent ensuite de leur côté spéculer et s’amuser à imaginer le pourquoi du comment. Non là il y a carrément de gros segments de l’intrigue qui sont laissés dans le vague, sans qu’aucune esquisse de réponse ne soit abordée, ce qui est assez stupéfiant. On est là, on se dit « oui, et ? C’est tout ? Pourquoi ceci et pourquoi cela ? ». C’est frustrant.

Les dessins de Denis Rodier sont agréable avec ce trait presque crayonné mais en même temps appuyé par un encrage solide et profond. Je n’ai pas été enthousiasmé en revanche par les couleurs pâlottes de Bruno Tatti qui font franchement vieillot.

J’ai vraiment eu ce sentiment de « bof, sans plus ». À trop vouloir caser tel ou tel élément fantastique ou SF, et laisser en plan telle ou telle piste narrative, les auteurs ont fini par me perdre dans les limbes de leur imagination un poil trop intrigante pour un simple one shot.

PS: note et avis à réviser si suite il y a...

Nom série  Légendes de Troy - Nuit Safran  posté le 17/05/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Un cycle court de Fantasy assez plaisant à parcourir mais sans véritable point fort marquant les esprits. On reconnaît de suite l’atmosphère « arlestonienne » de part l’humour adolescent parsemant le récit de gags enfantins rigolos et de traits qui oscillent vers le graveleux et la braguette, typique d’une « lanfeusterie » je dirais.

Sachant que l’histoire se déroule dans le monde de Troy, qu’on ne présente plus aux lecteurs, avec la légèreté de ton que l’on sait, et qu’elle se tient sur 2 albums, il ne faudra pas s’attendre à quelque chose de bien fouillé niveau suspens. C’est un grand classique de la Fantasy ou même plus simplement du récit héroïque chevaleresque, condensé pour tenir dans un format court, avec ses avantages et ses inconvénients. L’intrigue est très simple / basique : une fraîche et sexy héroïne de sang noble aux caractéristiques de garçon manqué (genre Mérida dans le film d’animation Rebelle de Disney) tente de sauvegarder la paix entre sa baronnie et le duché voisin rival immémorial qui rêve de s’en emparer. Elle devra pour cela déjouer les plans d’un frère aîné qui l’a contrainte à l’exil. Celui-ci est traître, avide de pouvoir et d’argent, et « of course » méchant et immature. Évidemment elle se retrouve seule contre tous, ou à peine n’est-elle entourée que par une poignée d’amis utiles restés loyaux : un jeune frère doté d’un super pouvoir, d’un brave chevalier bodyguard de service, d’un fantôme bisaïeul invincible, et d’un ancien héros de guerre sur le retour. Il se passe quelques péripéties, des courses poursuites, une bataille finale, etc. et il arrive ce que tout le monde s’attend à ce qu’il arrive…

C’est simple, rapide et ma foi efficace. Une fantasy politique (un Trône de Fer simpliste en accéléré) avec ces mêmes histoires de gens de la Haute et leurs petites guéguerres intestines pour le pouvoir. Dommage que l’intrigue soit limitée à la sacro-sainte pagination à 48-50 planches qui empêche tout développement psychologique des personnages, élargissement des intrigues et montée en puissance du rythme. C’est de la série vite consommée comme on n’aimerait ne plus en lire de nos jours. J’ai vachement apprécié le pouvoir de Moustik d’être capable de ramener les morts dans le monde des vivants sous une forme spectrale, l’auteur comme souvent a le cul entre deux-chaises en tendant vers le sérieux et l’armée des Morts de la Montagne Hantée (Tolkien, Le Retour du Roi), ce qui donne lieu à une chouette bataille ; et penchant en même temps vers le burlesque type Casper le gentil fantôme. Car rien de tout cela n’est à prendre au sérieux avec la légèreté de ton de Christophe Arleston. Passé un certain âge on a du mal à se prendre au jeu.

Eric Hérenguel est un dessinateur dont j’admire le dessin et sa progression constante au fil des années. Entre ce qu’il pouvait faire à l’époque de Nuit Safran et ce qu’il fait de nos jours sur Ulysse 1781 par exemple, il y a comme un inter-monde d’écart. On reconnaît bien la griffe de l’auteur de "Krän", une autre série de Fantasy « pour de rire », capable d’offrir des cases profondes et riches en détails, tout en étant capable de donner l’impression sur une case suivante que le boulot n’a pas été fini. Je ne vais pas dire « bâclée » parce qu’après tout, qu’est-ce que j’y connais ? ; mais j’ai parfois eu l’impression que le dessin restait nébuleux au second et troisième plan, comme un voile qui rendrait flou décors et personnages. Encore aujourd’hui sur Ulysse 1781, Hérenguel laisse les dessins au troisième plan dans le vague, mais ici j’ai trouvé que c’était plus flagrant donc moins appréciable. Cela-dit globalement j’ai trouvé les dessins plutôt chouettes, on va pas chipoter. Je dresse le même constat concernant les couleurs de Lamirand, partenaire d’Hérenguel depuis…

À conseiller aux lecteurs de Fantasy profanes qui veulent se faire un p’tit fast-food.

Nom série  San-Antonio chez les gones  posté le 13/05/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
San-Antonio, je connais surtout de nom. Quand on est amoureux des films mis en dialogue par Michel Audiard, des poètes tripailleurs à la François Villon, de la plume stylée de Céline, ou bien encore des Pieds Nickelés, on a forcément entendu parler un moment ou un autre de la conséquente série littéraire écrite par Frédéric Dard, un autre prince de l’argot.

Je me suis bien marré et je pense avoir atteint là l’essentiel. Je ne sais plus qui disait que l’argot, c’est le latin de la racaille. Le langage métaphorique argotique est ici omniprésent et que ce soit au travers du flic San-Antonio ou de son acolyte, un vrai bœuf celui-là. L’intrigue en elle-même et divertissante, dans l’ambiance des polars à l’ancienne, assez éloignée des thrillers glauque d’aujourd’hui. C’est plutôt décontracté du gland pour dire les choses franchement. Elle est presque tellement second degré, qu’on se croirait dans un Scooby-Doo paillard. Le dessin de Michaël Sanlaville est très à propos avec la teneur du récit et il ne se gêne pas pour caricaturer des Eric Zemmour, Dominique Straus-Kahn ou Gérard Depardieu parmi les affreux.

Une enquête au langage "fleuri" super moment de détente.

Nom série  Fédération (Soleil)  posté le 10/05/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ah ! Une enquête policière dans un décorum urbain futuriste cosmopolite, une ambiance noire cyberpunk, un imper long col relevé… l’ombre du Blade Runner plane au-dessus de Fédération, adaptation d’un polar SF des années 90, La Mâchoire du Dragon.

Le récit est plutôt divertissant, basique dans le fond puisqu’il s’agit d’un thriller économique comme on a pu en voir ou lire des dizaines de fois, mais étendu à l’échelle galactique. Imaginez que la Terre soit considérée comme un petit pays du tiers-monde, le trou du cul de la voie lactée (un peu comme dans la série télé Farscape), faisant la joie d’escrocs, requins et contrebandiers alien qui viennent profiter des lieux pour pas cher comme ces cochons de touristes qui vont foutre le boxon à Pattaya ou Cancun ; et un formidable terrain de chasse financier pour les entités politiques extraterrestres (la « Fédération ») soi-disant « évoluées » qui profiteraient des vides juridiques de cette zone spatiale pour se livrer à des trafics en tout genre.

L’enquête en elle-même est fort-sympathique avec pas mal de rebondissements plus ou moins prévisibles, ça grimpe crescendo, un scénario en compte-à-rebours bien rythmé, on ne s’ennuie pas. Entre les desiderata des humains cherchant à regagner la confiance Alien après avoir loupé leur entrée dans le bloc, et le jeu de dupe auquel ils se livrent avec les Hittites (qui me font penser aux Aschens dans Stargate SG-1), c’est un sac de nœud que l’on peut dénouer en partie sur ce seul album. D’autres sont à suivre mais celui-ci peut presque se lire seul. C’est de la nouvelle SF pulp du 21ème siècle avec des extraterrestres parlant notre langue, avec un niveau technologique supérieur au nôtre, et qui nous le font bien sentir, à la civilisation plus évoluée mais rendant toutefois les échanges économiques et culturels possibles. Une SF qui ne plaira pas à tout le monde mais qui personnellement me change du snobisme de certains auteurs Hard-Science.

Le dessin de Janolle est ma foi plutôt plaisant, tendance comics je trouve, dans la branche d’Olivier Vatine l’aspect gueule carré en moins. Les décors sont grandioses et font plus que le taf. Quant aux couleurs d’Elvire de Cock, toujours un peu dans une tendance comics à l'informatique, je les ai trouvé agréable.

Quality Control : Approved !

Nom série  Exilium  posté le 09/05/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Mmmmmmh… Intéressant, mais je pense avoir encore été victime de l’illustration de couverture qui déchire mais ne reflète pas la qualité d’ensemble. Je ne découvrais que maintenant le dessin d’Eric Stalner malgré une bibliographie en bande dessinée longue comme le bras. Je n’ai pas été déçu, c’est le type de dessin qui rentre tout à fait dans mes cordes avec un encrage soutenu, trait semi-réaliste, des trombines distinctives, une certaine richesse dans les décors et quelques plans qui claquent bien. La coloration maîtrisée de Florence Fantini participe à la grandeur du voyage spatial et apporte un vrai plus.

Non en fait ça pêche plutôt du côté scénario avec des personnages un brin stéréotypés à la psychologie très en surface des choses. Les dialogues constituent le gros bémol selon moi : ils ne sont pas très inspirés, rien d’exaltant, pas de punch lines. La construction du récit manque de liant, de montée en puissance avec une tension grimpante. Les choses ne sont pas très bien amenées, elles sont même carrément forcées (la scène de luc, gratuite, les pétages de plomb…), c’est assez linéaire et donc inéluctablement « plat ». L’histoire en elle-même est en revanche assez intrigante : qui, quoi, comment, pourquoi ? Beaucoup de questions demeurent en suspend et sachant que la trilogie complète est prévue pour l’année civile 2018, cela vaut le coup de patienter sans balancer de jugement définitif à l’emporte-pièce. Les influences SF sont cool mais faciles, où ça pioche vachement du côté du Cycle de Fondation d’Isaac Asimov et la quête du Mulet. Le Mulet étant affilié à Koïos, être cherchant à étendre son pouvoir sur l’ensemble des mondes connus. La planète où le vaisseau spatial s’est échoué est une sorte de Gaïa du même cycle (Fondation Foudroyée, Terre et Fondation), planète vue comme un super-organisme pensant, avec comme de par hasard une fille qui la comprend et s’en fait la défenseure : Joie chez Asimov, Luz chez Cédric Simon. Quant au voyage en hibernation de colons terriens vers un avenir plus prospère, c’est un grand classique de la SF (Alien Covenant etc.).

Ce fut un moment agréable mais je m’attendais à mieux je ne le cache pas. D’ailleurs je ne comprends pas l’accroche de l’éditeur, « Sur Terre, l’homme a réussi à dominer la nature. Ici, c’est plutôt l’inverse ». Rien à voir, le rapport hostile homme vs nature sauvage n'est pas aussi intense comme il pouvait l'être sur Six Saisons sur IlO dans Le Cycle de Cyann par exemple. Il n'est pas vraiment question de cela ici, ou si peu...

Nom série  Conan le Cimmérien  posté le 02/05/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
« Ses textes ont forgé les codes de la fantasy. Ses personnages (Conan, Kull, Solomon Kane, Red Sonja, Bran Mak Morn, El Borak, Agnès le noire...) ont marqué des générations de lecteurs. Depuis une quinzaine d’années, Robert E. Howard connaît une véritable résurrection littéraire. Débarrassée des interférences de ceux qui se l’ont appropriée après sa mort, son œuvre fondatrice est désormais accessible dans toute sa force grâce à des éditions respectueuses de son travail. » Patrice Louinet, éminent spécialiste de Robert E. Howard.

En 2007 la maison d’édition Bragelonne a entrepris la compilation sous la forme de 3 intégrales des nouvelles de l’écrivain texan sur le barbare le plus connu au monde. Patrice Louinet et d’autres ont effectué un véritable travail d’archéologie littéraire, retraduisant parfois à partir des tapuscrits originaux lorsque ces derniers étaient disponibles. Ayant pour ma part ingurgité les précédentes versions en Livre de Poche lorsque j’étais plus jeune, le héros cimmérien ne m’avait pas laissé une très forte impression, ni même la plume de son créateur, bien que reconnaissant l’immense héritage laissé par ce personnage phare d’un genre que l’on nommera plus tard Heroic Fantasy. Avec ces livres j’ai pu revoir mon jugement et découvrir par la même occasion la plume d’un écrivain à part entière, éloigné de l’image de tâcheron et de fou que les médisants lui ont forgé au fil des décennies.

Un bref rappel sur le sujet en question : Conan est né aux États-Unis en 1932, dans le magasine Weird Tales, sous la plume de Robert E. Howard, suicidé en 1936. Il faudra attendre 1968 et sa réédition en ouvrages de poches, aux couvertures signées Frank Frazetta, pour que le succès soit au rendez-vous. Adopté par le comics deux ans plus tard, puis par le cinéma, la télévision, les jeux de plateau…, « Conan » est devenu un mythe qui a rapidement franchit les frontières américaines. Né dans la légendaire Cimmérie, l’imposant guerrier parcourt des contrées sauvages - rencontre d’autres peuples, affronte des créatures maléfiques, lutte contre les tyrans, croise la route de jolies femmes – « pour fouler de ses sandales les trônes constellés de joyaux de la Terre »… ^^

Le projet ambitieux affiché par Glénat est ni plus ni moins que d’adapter sous papier glacé ces fameuses nouvelles originales respectueuses des écrits de leur concepteur. Adapter Conan, le vrai, pas celui qu’on a appelé Conan le Barbare, c’est un rêve de geek qui se réalise aujourd’hui, c’est noël avant l’heure ! Douze nouvelles sont annoncées au calendrier de l’éditeur. Douze dessinateurs accompagnés par un scénariste, ou en solo. Pour déclencher les hostilités l’éditeur cogne fort avec la parution de deux albums la même date, dont le premier est certainement une des histoires les plus connues et appréciées des fans :

La Reine de la côte noire
(scénario : Jean-David Morvan dessin : Pierre Alary couleur : Sergio Seydas)

Autant se l’avouer, dans le tas il y aura des albums que l’on appréciera plus ou moins selon les graphismes ou la teneur de l’histoire. Ici j’avais clairement plus d’appréhension sur le dessin cartoonesque d’Alary que sur le scénario de Morvan qui ne pouvait que difficilement se rater vu le potentiel de la nouvelle. Alors nos deux auteurs sont-ils parvenus à ménager le problème cimmérien de la chèvre, du chou et le loup ? Plusieurs bons points pour Alary : le chara-design de Conan passe, enfin nous nous éloignons de l’image « slip à fourrure » qui lui collait à la teub, le personnage apparaît dans toute sa splendeur. Une gueule quelconque mais un attirail témoignant de sa vie et ses aventures passées : casque du Nordheim, cape d’Ophir, épée d’Aquilonie, etc. En revanche pour Bêlit, ça passe moyen. Comme dans les meilleurs histoires de Conan, ce dernier n'est pas au centre des attentions mais n'est souvent que simple spectateur. Bêlit est ici l'égal du barbare, elle partage l'affiche à ses côtés. Il ne fallait donc pas se louper, à travers elle Howard a écrit le seul personnage féminin un tant soit peu badass de la série. L’écrivain imaginera d’autres héroïnes sexy, strong independant woman, par la suite mais avec Bêlit on peut dire qu’il nageait à contre-courant et qu’il fût un des seuls à mettre en avant une femme guerrière à l’époque. Pour le coup, je trouve qu’elle manque de prestance ici, elle ne parvient à soulever mon enthousiasme. Je me l’imaginais davantage sexy, la peau d’albâtre et touti quanti. Je préfère les versions de Xavier Colette ou Adrian Smith en comparaison. Elle a ici un côté reine de Saba qui pour le coup s’éloigne de l’esprit « 100 % Howard » que cherche pourtant à renvoyer l’éditeur. D'un autre côté, il s'agit aussi d'une adaptation, donc accepter le fait que chaque auteur vienne avec ses idées, son style. Pour le reste Alary compense avec un découpage dynamique et une mise en scène jalonnée d'idées ingénieuses. Certains arrières plans sont riches en détails et font leur effet. Sergio Seydas assure à son tour avec une coloration très chatoyante. Sinon, brillante idée que de commencer le cycle par cette nouvelle qui plante tout de suite le décor et qui permet au lecteur profane de saisir le caractère de Conan : l’histoire s’ouvre sur un meurtre commis par celui-ci qui est pourchassé par des gardes. Il parvient à s’enfuir en forçant le capitaine d’un navire commerçant à le prendre à son bord contre son gré. Les péripéties s’enchaînent entre course-poursuite, massacres, actes de pirateries, sexe, romance, chasse au trésor, terreur dans les bois, l’empreinte horrifique lovecraftienne y est même perceptible.

« La nuit dernière, dans une taverne, un capitaine de la garde royale a fait violence à la compagne d'un jeune soldat, et naturellement ce dernier a embroché le capitaine. Mais il semble qu'il existe une satanée loi interdisant de tuer des gardes, aussi le garçon et la fille ont-ils pris la fuite. Le bruit s'étant répandu que l'on m'avait vu en leur compagnie, on m'a donc traîné aujourd'hui devant un tribunal. Un juge m'a demandé où avait fui le garçon. J'ai répondu que, comme c'était un ami, il m'était impossible de le trahir. Le juge s'est mis en colère et m'a tenu un grand discours où il était question de mon devoir envers l'État, la société, et d'autres choses auxquelles je n'ai rien compris, et m'a prié de lui dire où mon ami s'était réfugié. À ce moment, je commençais moi aussi à être furieux, car j'avais clairement expliqué ma position. Mais j'ai ravalé ma colère et j'ai gardé mon calme. Le juge a repris de plus belle, braillant que j'avais fait offense à la cour et que je devais donc être jeté dans un cachot pour y moisir jusqu'à ce que je dénonce mon ami. Comprenant alors qu'ils étaient tous fous, j'ai sorti mon épée et j'ai fendu le crâne du juge en deux. » ^^

Nihiliste, épicurien, une philosophie de vie à la « carpe diem », telle est la conception du monde de cet aventurier à l’irrépressible bougeotte. C’est un condensé du meilleur de Conan qui est ici mis en image et qui constitue une formidable mise en bouche avant d’entamée les hors-d’œuvre.

Le Colosse noir
(scénario : Vincent Brugeas dessin et couleur : Ronan Toulhoat)

Autre temps, autre lieu, et nouvelle équipe donc avec un duo d’auteurs qui a fait ses preuves dans plusieurs genres en s’étant illustré dernièrement dans l’aventure historique de Ira Dei. Logique de penser que ces deux-là étaient programmés pour réaliser une histoire Hyborienne. D’ailleurs si on en juge par le physique du cimmérien, Ronan Toulhoat semble nostalgique de la coupe mulet (déjà avec Tancrède sur Ira Dei…), à moins qu’il ne soit tout simplement fana comme moi de Mel Gibson dans Braveheart ou des héros burnés comme Silvester Stallone dans Rambo III. De bonnes inspirations comme souvent avec cette artiste (La princesse Yasmela serait physiquement inspiré de Gemma Arterton dans Prince of Persia que cela ne m'étonnerai pas ^^. L’histoire n’est clairement pas la plus profonde du cycle, écrite davantage parce que « faut bien manger » on va dire. Néanmoins elle est idéalement destinée à un artiste généreux dans le dynamisme et les scènes d’action car c’est ce vers quoi l’histoire est principalement tournée : du divertissement pur. Malgré la mise en route sympathique, le cœur du récit se situe dans la bataille dont Conan est la clé de voûte qui en décidera l’issue. C’est une histoire que j’apprécie moins car elle fait doublon avec une autre nouvelle, La Citadelle écarlate, qui est autrement plus épique et fantastique à mon sens et dont l’adaptation est aussi à venir. Cependant si on est admirateur du duo Toulhoat / Brugeas, on est forcé d’apprécier cet album qui témoigne encore une fois de la montée en régime de ces deux compagnons de route. R. Toulhoat possède un encrage bien sombre dynamité par une mise en scène très cinématographique, sa mise en couleur est "spéciale", je l'aimais déjà bien sur Ira Dei, tandis que V.Brugeas fait parler sa magie arcanique des dialogues et a bien su poser le personnage (bien que ce ne soit pas son meilleur rôle. La fin est aussi branlante en BD qu'en nouvelle).

« Dans ce monde les hommes luttent et souffrent en vain, trouvant du plaisir seulement dans la folie ardente de la bataille; une fois morts, leurs âmes pénètrent dans un royaume gris, nuageux et parcouru de vents glacés, où ils errent sans joie, pour l'éternité. » Conan.

Mike Moorcock évoquait l’adaptation BD d’Elric, son cycle majeur par Glénat, comme de la meilleure jamais conçue, les auteurs français ayant parfaitement su capter la tonalité ambiante et la psychologie de l’anti-héros. Je pense, j’imagine, que si Howard était encore de ce monde, il aurait approuvé le bel hommage que lui rendent les auteurs de Glénat. Who knows ? Après tout, Crom s’en moque. Oubliez Schwarzenegger, oubliez Momoa (même s’il incarnait bien mieux le perso que le précédent bodybuildé), oubliez John Milius, oubliez John Buscema et Roy Thomas. Revenons aux fondamentaux, à Robert E. Howard, gardons en tête les illustrations évocatrices de Frank Frazetta et la musique emblématique de Basil Poledouris, et… To Be Continued…

https://www.youtube.com/watch?v=EAFtiUoq6TE

Nom série  Le Coeur des Amazones  posté le 26/04/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Malgré le fait que ce ne soit pas un coup de cœur ou même un super moment de lecture, comment mettre en-dessous de 4/5 ? Les dessins ou devrais-je dire peintures, de Christian Rossi sont évidemment magnifiques. En même temps, qui en aurait douté ? C’est surtout à mon sens le principal attrait de cet album qui permet de tenir durant ces 155 pages. D’ailleurs, respect et merci aux auteurs et éditeur de nous proposer un livre-objet avec un récit dense, bien éloigné de la sacro-sainte pagination à 48 planches.

Mais sinon je n’ai pas été emballé plus que cela par la teneur du propos qui ne m’inspire guère au moment d’écrire mon avis. Encore une histoire qui tourne autour du trou de balle, de la guerre des sexes tout ça… Cela dit, bon choix en forme de clin d’œil que le cadre de la mythique guerre de Troie pour illustrer une autre guerre immémoriale qu’est la guerre des sexes. Le message n’est pas inintéressant et j’y souscris. Il est d’autant plus d’actualité qu’en cette année 2018 le climat est des plus anxiogènes entre des soi-disant « féministes » des temps modernes et le reste du monde pour qui globalement ces questions passent un peu au-dessus de la tête. Mais bref, je digresse… L’aspect sociologique du récit est néanmoins intéressant à lire, cela m’a vaguement rappeler le 300 de Frank Miller, à cause du décorum surtout, bien que ce dernier parte sur quelque chose de complètement différent concernant les thématiques abordées. Ne sachant à quoi m’attendre, j’espérais un récit guerrier, avec un message en toile de fond bien sûr, mais avant tout une histoire orientée vers l’action. Bon de l’action il y en a, seulement ce dont parlent essentiellement les auteurs ici ne me touche pas plus que cela. Ce n’est pas un thème qui me branche.

Je l’ai lu, sans regret, je ne dis pas que je ne le feuilletterai pas à l’occasion pour ses dessins, encore une fois d’une beauté stupéfiante (bien que les jolies nanas, toutes sveltes, bien galbées et bien proportionnées là où il faut soit gratuit et pas hyper féministe pour le coup. C’est plus une vision fantasmée d’homme de la femme guerrière, mais ce n’est pas bien grave vu que j’en suis un ). Cependant une seule lecture m’a suffi pour ne pas passer par la case « achat ». Je flaire néanmoins que c'est une BD qui va concourir au best of de l'année civile.

Nom série  Gagner la Guerre  posté le 21/04/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Je ne suis pas trop adepte des tirages en noir et blanc à la base. Non pas que je n’apprécie pas la chose mais si la couleur est réalisée par un artiste sachant utiliser sa palette, j’ai tendance à me tourner vers une version normale. Toutefois, comme Benvenuto Gesufal le personnage principal et narrateur de cette série intitulée Gagner la Guerre, j’arrive à sentir le bon filon lorsque j’en flaire un. Si on me dit « Frédéric Genêt », « Tirage limité à 1000 exemplaires », « adaptation du cycle majeur de Jaworski, le best-seller de la fantasy française de ces dernières années », et « pour la modique somme de 17,95 euros », je ne vais pas gamberger des masses.

Alors pour les néophytes, de quoi que ça cause ? Le premier tome intitulé Ciudalia d’après la cité où se déroule les tribulations de notre anti-héros, est l’adaptation d’une nouvelle de l’écrivain Jean-Philippe Jaworski : Mauvaise Donne. Bien que ne figurant pas dans le roman Gagner la Guerre, elle peut néanmoins lui être rattachée car personnages et décor en constituent ce qu’on pourrait appeler couramment un préquel. On peut même y voir un prototype ou galop d’essai de ce qui deviendra Gagner la Guerre.

Il s’agit principalement d’une histoire de Fantasy « à canaille », avec cependant des aspects politiques et militaires très présents. Entendez par là que complots, coups tordus d’assassins en scred, appât du gain, entourloupes et retournements de veste constituent la sève du récit, mais pas que… Le tout bien entendu saupoudré d’une légère pointe de fantastique, bien que cet aspect pourtant fondamentale en Fantasy (bah ouais quand même…) constitue malheureusement un des points faibles de l’univers car trop peu présent à mon goût. Le décorum est disons inspiré par l’Italie époque du quattrocento, tandis que le système politique régissant Ciudalia ressemble grosso modo à celui de l’antique République romaine avec deux podestats gouvernants la cité.

Bon maintenant que le décor est planté, je vais enfin en venir à pourquoi je juge cette nouveauté comme une très bonne adaptation et même tout simplement comme une très bonne BD. Déjà j’ai été très emballé par le level graphique proposé par Frédéric Genêt. C’est assez fouillé, l’encrage est surtout appuyé sur Benvenuto, mais tout ce qui gravite autour est plutôt bien travaillé et mis à part quelques cases, il nous propose des planches assez riches en détails et un trait net sans bavure. Vraiment il m’a donné envie de me mettre au N&B et pourquoi pas, de redécouvrir certains de mes artistes favoris dans des éditions sans couleurs, juste histoire de voir la différence et d’admirer encore plus la virtuosité de leur dessin. Après, j’ai aperçu quelques planches en couleurs, elles sont aussi très belles, ce n’est pas un problème.

Après, que dire… Les Récits du Vieux Royaume (nom du cycle) sont un peu la grosse patate de forain dans le bide du paysage Fantasy sur la dernière décennie. J-P Jaworski avec sa plume hyper sophistiquée, sa quasi logorrhée inconsciente pourrait-on s’amuser à décrire le style, a créé un personnage devenu aujourd’hui iconique parmi les lecteurs de Fantasy : Benvenuto Gesufal, ou la rencontre improbable entre le poète-truand François Villon dont il est fortement inspiré (les lecteurs le découvriront dans la suite que notre tueur à gages Benvenuto a quelques talents artistiques picturales), et John MacLaine, le gars au mauvais endroit au mauvais moment qui se fourvoie dans les emmerdes.

Les amateurs pourront regretter de ne pas retrouver dans ce premier jet toute la gouaille et le langage argotique dont use le personnage, et qui en faisait justement une de ces grandes forces et un fort point d’attachement. Mais patience… le vocabulaire argotique médiéviste a, pour l’instant, volontairement été mis de côté pour j’imagine faciliter la fluidité de la narration et des dialogues. Cela-dit j’y ai retrouvé la tonalité sinistre, grim&gritty du roman, ce qui démontre une adaptation plutôt fidèle.

Même si c’est un cycle que j’ai adoré lire je le trouvais, notamment dans le roman, assez longuet et il m’était arrivé parfois de piqué du nez, et je m’attendais à retrouver cet aspect plus « jactance » que « action ». Je ne pouvais plus mal me tromper car comme je l’ai mentionner plus haut il y a à boire et à manger pour tout le monde. Entre deux phases de courses-poursuites et de tractations politiques, Genêt use du flash-back pour remonter dans le passé de Benvenuto à l’époque où il servait comme soldat dans l’armée ciudalienne, ce qui offre des moments épiques, guerriers, de l’action très musclée.

Franchement il faut rester, acheter cet album, faire vivre cette série, parce que oui il y aura quelques creux mais aussi des batailles navales, du cape et épée, des elfes tolkieniens, plus de magie, plus d’action par la suite, toujours autant de traits d’humour cynique, des dialogues de soudards, ainsi que des plans machiavéliques encore plus fourbes.

Nom série  On Mars  posté le 11/04/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ah Mars… Le théâtre et terrain de jeu favoris de bon nombre d’esprits créatifs, qu’ils soient passionnés de science-fiction ou de fantastique. Des immenses succès comme John Carter d’Edgar Rice Burroughs à la Trilogie de Mars de Kim Stanley Robinson, en passant par Philip K. Dick (Total Recall et autres nouvelles) ou Ray Bradbury (Chroniques Martiennes), on en passe des pires, des meilleurs, des plus anciens au plus récents. Et ce sous tous les formats ; du film comédie Mars Attacks !, du survival horror Ghosts of Mars ou du navet d’exploration Mission to Mars, sans oublier la prolifération de jeux vidéos ou de bande dessinée prenant pour cadre ce décor rocailleux. La liste est exhaustive et témoigne de la puissante attractivité qu’exerce la petite planète rouge dans la culture de l’imaginaire.

Autrefois la tendance générale des auteurs étaient de percevoir Mars comme un environnement plutôt hostile, peuplé d’êtres vivants appelés « petits hommes verts » ou gris, et qui nous voulaient du bien ou du mal selon ce que cherchait à raconter l’écrivaillon. Le récit concocté par Sylvain Runberg se situe plutôt dans la nouvelle tendance qui est de voir Mars comme une surface potentiellement viable, une sorte de terre promise à atteindre pour les générations futures (une fois que la planète Terre aura été bien bousillé). Là où ça devient intéressant c’est de raconter que cet Eden n’est en réalité qu’un paradis artificiel construit sur une montagne de cadavres, ceux de bagnards envoyés là-bas pour purger leur peine. Médias et gouvernements font croire aux masses que ces exilés se sacrifient pour le bien commun et le devenir de l’humanité alors qu’ils ne sont que de la main d’œuvre bon marché aisément remplaçable. Dans ce futur dystopique le niveau de moralité a sérieusement chuté, la devise c’est « marche ou crève ».

À travers quelques personnages bien campés dont l’héroïne Jasmine Stenford, digne héritière du lieutenant Ripley niveau badassitude, le lecteur suit la non-vie difficile de ces prisonniers dans ce qui n’est ni plus ni moins qu’un camp de travaux forcés. En même temps que notre héroïne se frotte à la dure réalité du microcosme carcéral, plusieurs sous-intrigues sortent de terre et annoncent un futur mouvementé. Les prisonniers vont-ils mener une révolte d’indépendance façon Red Faction et déclarer Mars comme leur (on se souvient que la colonisation de l’Australie a débuté par la fondation d’un camp pénitentiaire) ? Quel rôle joue le prédicateur Xavier Rojas : véritable bienfaiteur altruiste ou gourou sectaire, cousin de Kane le leader de la confrérie du N.O.D dans les jeux vidéos Command & Conquer ? Qui sont les solitaires ? D’ex-prisonniers évadés ou bien un peuple libre inspiré des Fremen du cycle de Dune ? Que de suspens.

Une histoire que j’ai trouvé pour le moment fort sympathique mais surtout brillamment mise en image par Grun dont j’avais déjà apprécié la patte sur Metronom', moins le scénario de Corbeyran. C’est du pur dessin contemplatif. On a choisi le dessinateur idéal pour ce type de récit et ce type de décor. Mars, ce n’est pourtant que de la roche rouge orangé, quelques verdures parce que la terraformation est en marche, et pourtant c’est magnifique. Grun possède un trait semi-réaliste d’une grande précision, tout y est merveilleusement bien détaillé et dans de justes proportion. Sa recherche graphique et sa capacité a imaginer des vaisseau spatiaux et des bâtiments futuristes m’a de même grandement impressionné. Bien évidemment les personnages sont eux aussi nickel chrome. Nous avons là à faire à un artiste de premier plan.

Vraiment, l’histoire même si on ne sait pas encore si elle saura nous surprendre, au moins peut-on parier sur un bon divertissement, sauf catastrophe industrielle. On pourra toujours se rabattre sur la qualité graphique dont on peut être sûr qu’elle sera au rendez-vous.

Nom série  Le Troisième Fils de Rome  posté le 11/02/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Voilà le type de série qui témoigne du problème de surproduction en bande-dessinée. C’est d’une mollesse, et je me suis ennuyé à un point… Tout est dit dans les 9 premières pages, limite il n’y a pas besoin de lire la suite puisqu’on connaît le déroulé dans les grandes lignes (mais où est le souffle de l’intrigue, la part de mystère ?! ). Très déçu lorsque j’ai compris qu’il ne s’agirait pas d’un récit s’écoulant sur 5 tomes mais d’une série de one shot portant chacun sur une période.

Cinq événements majeurs de l’antiquité romaine : la victoire de Scipion l’Africain sur Hannibal à Zama en -202, soulèvement d’esclaves menés par Eunus en -138, l’opposition des consuls Scylla et Pompée en -83, César vainc Vercingétorix à Alésia en -52, et Marc Antoine et Cléopâtre en -32. Tous ces incidents traités sous l’angle complotiste de la secte secrète visant la destruction de Rome. Le pitch étant que Romulus et Rémus les pères fondateurs de Rome et fils du dieu de la guerre Mars, auraient eu un autre frère né du viol incestueux de leur oncle Amulius avec leur mère Rhéa Silvia. Celui-ci aurait juré la perte de Rome.

Au début je me suis dit que ça pourrait être chouette, que s’il y avait un fond d’ésotérisme derrière tout cela avec ce « troisième fils de Rome » immortel qui complote depuis des siècles pour s’accaparer le pouvoir ou je ne sais pas, détruire la ville éternelle, cela aurait pu être intéressant à suivre (c’est par ailleurs le scénario de l’iconique Le Troisième Testament). Mais la réalité est beaucoup moins ambitieuse. C’est simple : un tome, un complot foireux qui ne change pas le cours de l’Histoire telle qu’on le connaît. Aucun intérêt donc puisque chaque tome est espacé de plusieurs décennies-siècles. D’autant plus qu’on en reste à la sacro-sainte pagination à 52 planches qui empêche de développer des personnages intéressants et psychologiquement travaillés.

Non mais quand bien même, ce premier volet intitulé « Martius » est incroyablement mal ficelé. Le personnage éponyme est d’une inutilité affligeante, je n’ai pas compris pourquoi l’album porte son nom. Son père adoptif cours un danger mortel et lui préfère se tirer en loucedé la nuit tombée, quel héros ! Il sert à rien le gars quoi. Et puis je n’ai pas pigé pourquoi les membres de la secte considèrent le troisième fils de Rome comme un dieu, parce que deux mortels n’ont jamais engendré un immortel que je sache. Leurs ambitions sont pour le moins bancales : que le troisième fils de Rome, s’il a jamais existé, ait cherché à se venger de ses frères, c’est une chose. Mais quel est l’intérêt pour les membres de la secte, dont la plupart sont des romains, de détruire leur propre cité ? Hormis pour rajouter un effet intrigue à deux sous, ça n’a pas de sens ce truc.

Bon après les dialogues en eux-même ne m’ont pas captivé plus que cela, j’ai trouvé le ton assez ampoulé (les insultes à base de « maudits ! »…). Quant au dessin de Martino, ils font le taf mais pareil, rien ne m’a subjugué. Il y a un peu un style comics parfois, on mise sur l’ambiance avec des jeux d’ombres raccords avec le côté complotiste du bouquin avec des personnages à demi masqués dans l’ombre. Mais sinon visuellement c’est de la bd « random ».

Franchement je ne sais pas qui ça peut intéresser parce qu’on n’est pas tout à fait dans de l’historique et il n’y a pas de réel fil conducteur sur les différents tomes à part cette secte de bras cassés. Récemment il y a eu une approche un peu similaire avec Ira Dei, sauf que graphiquement Toulhoat boxe chez les poids lourds et que niveau scénario il y a un récit qui se poursuit d’un album à l’autre.

Vae Victis, sorry.

Nom série  Ira Dei  posté le 09/02/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Après Block 109 et ses séries dérivées, Chaos Team suivi de Le Roy des Ribauds, le duo d’inséparables Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat se retrouvent plus en forme que jamais pour une quatrième collaboration. À l’image de la dernière en date on reste à l’époque du Moyen-Âge, quelques siècles en arrière et 50 ans avant l’appel du pape Urbain II à la première croisade. Sauf qu’on quitte les intrigues de palais et les coups tordus en scred d’étrangleur ottoman des bas-fonds parisiens pour les grands espaces ensoleillés de la Sicile, terre en proie à des conflits politiques internes en ce XIème siècle.

Tour à tour colonie grecque, conquête carthaginoise, longtemps satellite de l’empire romain avant que vandales et ostrogoths ne viennent brièvement squatter les lieux, puis partagée entre Byzance et Émirat arabo-berbère ; la Trinacria en a vu passer de l’envahisseur. Tandis que les musulmans s’entre-déchirent dans des querelles dynastiques mettant en danger leur domination sur le territoire, les byzantins tentent un ultime coup de force et s’emparer de Taormine. C’est sans compter sur les farouches normands qui déboulent en foule dans le sud de l’Europe, Guillaume « Bras-de-fer » a déjà conquis le sud de l’Italie et entend bien lui aussi s’accaparer la convoitée et stratégique Sicile. C’est là que débarque un légat du pape, le jeune moine Etienne qui accompagne l’intriguant Tancrède, personnage phare entouré d’un voile mystérieux. Chez lui aussi coule le sang des conquérants vikings de Normandie, et il entend bien mettre à mal les plans de tout ce petit monde, prendre le beurre, l’argent du beurre et le cul de la sicilienne.

De nouveau les auteurs nous concocte un récit épique aventureux faisant coïncider la petite histoire avec la grande Histoire, où tout en racontant la formation du vrai royaume normand de Sicile au travers de combats guerriers brutaux et de cités assiégées, ils nous plongent dans des coulisses imaginaires plus romanesques révélant les conflits intimes de la famille Hauteville, les fondateurs de ce royaume normand sicilien qui imposa sa domination près d’un siècle. Car qui est ce Tancrède qui semble vouloir à tout prix masquer son véritable nom et qui noue en son cœur des plans de vengeance  ? Les divers flash-back entrecoupant le récit dévoile un personnage bafoué dans son honneur, trahit par ses proches, oublié et laissé pour compte. Cette histoire sent bon la reprise médiévale du plus célèbre des prisonniers clamant vengeance : Le Comte de Monte Cristo. La vengeance est un plat qui se mange froid, avis aux amateurs.

Mais pour le moment de nombreuses questions jalonnent ce premier acte dont on attend déjà impatiemment la suite. Vincent Brugeas planifierait son histoire sur plusieurs cycles si le succès est au rendez-vous, c’est tout le mal que je lui souhaite. En attendant on pourra rester un peu en arrière et admirer les dessins de Toulhoat qui ne cesse de monter en régime à mon sens. Les cadrages sont inspirés et immersifs, les dessins sont fouillés, le trait est gras comme je l’apprécie. Les couleurs rentrent de même davantage dans ma zone de confort que dans Le Roy des Ribauds où là c’était vraiment très sombre et glauque. Et puis j’aime bien la reprise du chara-design du protagoniste d’une série à l’autre, Tancrède a les mêmes yeux de prédateurs que Tristan du Roy des… et du coup ça colle impeccable avec la description du célèbre Bob G. aux « yeux d’un bleu très clair, la voix puissante, un regard vif mais qui inquiète... » (selon Anne Comnène).

« Normands ! Vos exploits sont parvenus à nos yeux !!! »

Nom série  L'Augure  posté le 29/01/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Peter Bergting n’est pas aussi bon scénariste que dessinateur. Le suédois fait un substitut correct à son modèle Mike Mignola avec ce dessin si particulier et reconnaissable entre mille, quoique il y aurait à redire concernant le dynamisme et la lisibilité de certains morceaux d’action, mais pour le reste ça pêche grave.

L’Augure est une histoire qu’on pourrait qualifier de Dark Fantasy qui se déroule dans un monde à l’agonie où les morts côtoient les vivants, un âge crépusculaire où le seul espoir réside dans l’arrivée d’un héros prophétisé. Dans la thématique du monde en fin de vie où la philosophie ambiante penche vers le pessimisme et le nihilisme, j’ai trouvé que cet Augure avait des accointances très fortes avec le jeu vidéo Dark Souls que j’adore. De plus le décorum tire indéniablement vers le Wuxia et la Shenmo Fantasy, entendez par là une Fantasy « exotique » inspiré par le Chine et sa mythologie.

Donc à la base il y a tout les ingrédients que j’affectionne pour que je passe un agréable moment cependant la narration est à mon sens calamiteuse. Je ne sais pas ce qu’a fumé Mignola pour trouver que « L’Augure est l’un des meilleurs comics de fantasy que j’ai lu, nimbé de son atmosphère étrange et mystérieuse », mais je pense qu’il se laisse aveugler par les graphismes de son « poulain », et je ne vous parle pas de la postface de Michael Kaluta qui pète plus haut que son cul sur 2 pages.

Comment dire : au-delà du fait que L’Augure véhicule certains clichés éculés du genre (le héros prophétique, le vieux sage, le grand méchant scrogneugneux, la gonzesse magicienne, etc.) qui n’ont rien d’insurmontable, c’est surtout que l’histoire manque de rythme, c’est long, lent et ennuyeux. Il y a un manque de mise en place, le lecteur se prend en plein visage des informations dont il ne sait que faire pendant que les personnages continuent d’avancer tout droit. Du coup, sans contexte, sans montée progressive de la tension, les événements qui se déroulent n’ont rien de haletant, on s’en moque comme de l’an 40. Les dialogues n’ont pas de saveur ce qui n’aide pas à rendre des personnages déjà très archétypaux plus attachants ou passionnants. Je prends pour exemple le démon Guishen qui se lance subitement dans une longue logorrhée expliquant aux héros le pourquoi du comment alors qu’ils sont ennemis, on a là un passage digne des pires nanars où les méchants « LOL » au-dessus du héros expliquant leur plan machiavélique.

Où est la suite ?

Nom série  Nains  posté le 15/03/2016 (dernière MAJ le 28/01/2018) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Nains est une série spin off se déroulant dans le même univers que Elfes, autre série de Fantasy éditée chez Soleil. Sans trop m’étendre la-dessus (voir mon avis pour cela), je n’ai pas réussi à apprécier Elfes qui fonctionne trop sur courant alternatif à mon sens. Entre parenthèses, les scenarii écrit par Jarry sur Elfes sont presque les seuls que j’ai pu encadrer.

Enfin bref, je n’ai pas eu cette appréhension craintive en abordant Nains qui propose quelque chose de rassurant pour une personne comme moi qui aime l’uniformité et la cohérence, avec un seul scénariste officiant sur les cinq albums de la saison une. Et pas n’importe quel scénariste, car Nicolas Jarry connaît son sujet avec déjà plusieurs histoires sur cette race (Nains ! Les Rois Forgerons), on sent aussi le gars qui a passé des nuits blanches sur Warhammer et autres jeux de rôliste, c’est un expert du nanisme qui se présente ici !

Tome 1 Redwin de la forge

Avec Redwin la série Nains démarre sur les chapeaux de roue. Je commence à le remarquer maintenant, Nicolas Jarry écrit des histoires profondément humanistes et touchantes que n’auraient pas reniées certains de mes écrivains favoris comme David Gemmell ou Anthony Ryan. Redwin de la forge est une tragédie familiale chargée d’émotions fortes où les reproches, les humiliations, la haine aveugle, l’orgueil, mais aussi la rédemption et l’amour, sont au programme. C’est une histoire entre un père surdoué dans son art mais à la philosophie dérangeante et méprisé car pacifiste, et son fils talentueux lui aussi mais aux idéaux contraires ; et de leur impossibilité à communiquer et donc se comprendre naîtra une défiance. Avec le temps et la maturité, Redwin comprendra-t-il la sagesse et les choix de son père avant qu’il ne soit trop tard, ou bien choisira-t-il la voie de la rancœur et de l’obscurité ?
Je ne suis pas un père mais cette histoire m’a beaucoup émue, c’est typiquement le genre de récit que j’aime lire en Fantasy avec des personnages extrêmes dans ce qu’ils sont, ce qui cause leur perte; ainsi que des émotions fortes, du sang et des larmes, des sacrifices courageux et un héros sauvé (ou pas) de la damnation.

Une bien belle saga superbement mise en image par Pierre-Denis Goux que j’avais déjà aperçu sur Mjöllnir (sympa mais sans plus (d’ailleurs on re-pompe les duels dans une arène)). Je pense qu’il a eu plus de temps qu’à l’accoutumé pour réaliser ce tome 1 car je ne saurais trop expliquer comment, je trouve le rendu plus « fini » que sur Mjöllnir. Il y a des dessins qui font vraiment baver comme la scène contemplative de Redwin devant l’académie de l’ordre de la forge, et surtout ce duel contre le mage noir qui vaudrait presque à lui tout seul qu’on dépense nos talions. La mise en scène des combats dans l’arène m’a bien fait « triper » avec ce côté « hokutonokeniesque » et les grosses giclées de sang. Vraiment, très bon choix de dessinateur. Et pour une fois je n’ai pas à râler sur les couleurs de Digikore Studios qui ont fait du bon boulot.

En complément d’information pour connaître les moindres détails :
- Pierre-Denis Goux a dessiné les couvertures des trois premiers tomes.
- Jean-Paul Bordier et Nicolas Demarre ont respectivement dessiné la leur.
- Le coloriste serait Diogo Saito même s’il y a un doute comme quoi Olivier Heban en aurait colorié quelques unes.
- Les décors des illustrations de couvertures des tomes un et cinq sont directement réalisés tandis que les illustrations des tomes deux, trois et quatre sont tirés des pages des albums.

Tome 2 Ordo du Talion

Dans ce second opus Nicolas Jarry poursuit sa croisade « fuck the system » avec un personnage élevé, torturé, formaté pour servir de bras armé à un ordre qu’il méprise pour lui avoir volé sa vie, mais dont la toute puissance dans les coulisses de la société naine empêche toute velléité de révolte. Jusqu’à ce qu’un soir Ordo trouve le moyen de faire d’une pierre deux coups en renversant le système établi et assouvir sa vengeance par la même occasion. Il monte une équipe constituée d’Héba sa rivale maître-assassin et de Panham le sang-mêlé roi de la voltige pour ce qui s’apparente comme le casse du siècle, cependant que l’ordre du Talion a des nains tapis dans chaque coins d’ombres ce qui risque de corser la difficulté de cette mission suicide. Encore une fois une chouette histoire sur le libre-arbitre et un héros repenti qui démontre qu’il n’est jamais trop tard pour faire le bien.

On pourra néanmoins pinailler sur certains aspects qui font tâches comme Ordo : sixième fils né le sixième jour de la sixième lune et cédé à la loge noire le jour de ses six ans. Argh… oh non, pourquoi placer un tel cliché ? C’était vraiment inutile. On pourra aussi se dire « encore une histoire d’assassin en Fantasy », car le genre a suffisamment cumulé ces trente dernières années les récits mettant en scène des Assassin’s Creed adorant prendre la pause accroupi sur le toit d’un édifice le regard tourné vers la cité grouillante. Mais bon, quand c’est bien écrit il n’y a pas trop lieu de se plaindre, seulement que ça casse un peu l’excitation de départ. D’autant plus que cela a déjà été fait dans le cinquième tome de Elfes alors que l’on nous avait promis de la nouveauté et de ne pas céder au facile copier-coller…

Le point qui divise le plus c’est malheureusement le dessin. On aime ou on n’aime pas Stéphane Créty, et même si j’ai plutôt apprécié ce qu’il a fait sur Masqué, c’est plus au niveau de ce choix de dessinateur que je m’interroge car c’est un dessinateur qui a un style très inspiré des comics américains. Le trait est épais, les cadrages sont serrés, la morphologie des personnages se montre indécise, les visages au second plan sont indistincts, et les décors dépouillés de fantastique. C’est un peu l’essence même du comics de faire dans la sobriété mais moi cela ne me fait pas fantasmer ce type de graphisme. Pierre-Denis Goux n’y est peut être pas étranger non plus car il est crédité à la conception graphique mais comme je ne sais pas qui fait quoi exactement ici, je me dis que les idées viennent principalement de Créty. Je pense que cela vient aussi des couleurs de Digikore Studios qui la pour le coup font vraiment informatique tellement elles aplatissent le dessin.

Une impression mitigé mais j’ai plutôt passé un agréable moment Fantasy.

Mise à jour 04/04/16
Tome 3 Aral du Temple

Lorsque Nicolas Jarry puise chez Tolkien et Lovecraft cela donne Aral du Temple, l’épisode le plus ésotérique de la saga Nains. Tolkien pour sa référence évidente au Hobbit car il y a chez Aral comme chez Bilbo ce côté récit initiatique et découverte de soi-même, ainsi que la grande aventure, au travers d’une expédition archéologique ici. Quant à Lovecraft, Jarry a décidé de ne pas jouer la carte de la subtilité lorsque est évoqué « celui qui patientait dans les ténèbres » dont on a presque envie de compléter la formule « Dans sa demeure d’Abu’kazan la morte, le gardien attend en rêvant ». Mais comme encore une fois tout cela est très bien écrit dans un one shot de 56 pages, on pardonne à l'auteur ces gimmicks littéraires.

J’ai beaucoup apprécié ce mélange des genres avec Aral qui débute son histoire tel un Adso (Christian Slater) dans le Nom de la Rose en rédigeant ses mémoires. Tout de suite on sent qu’il y a anguille sous roche et que le bonhomme nous prépare une autobiographie des plus pessimistes. Une histoire qui commence sept siècles dans le passé et la découverte par un groupe de miniers d’un artefact renfermant un savoir proscrit. Mais en mettant à jour ce qui aurait dû resté oublié pour l’éternité, les nains ont par la même réveillé un mal ancien qui remonte aux origines de leurs ordres.

Toujours beaucoup de références très cool pour meubler ce récit comme la course poursuite dans la cité possédée et cette échappée dans le téléphérique qui m’a rappelé au bon souvenir d’Indiana Jones et le temple maudit ainsi que la scène très jacksonienne en plan-séquence du Hobbit : Un voyage inattendu, avec les nains s’échappant du royaume des gobelins. On pensera de même très fortement à la partie de cache-cache entre Smaug et les nains dans les forges de la montagne solitaire. Le fan service est donc remplie et très bien mis en image par Paolo Deplano dont j’ai apprécié la technique d’encrage, assez profonde, tandis que sa mise en scène demeure efficace mais sans rien de bien spectaculaire (cela manque sévèrement de dessins en pleine page!). J’apprécie beaucoup ce que réalise la coloriste Elodie Jacquemoire chaque fois que je l’ai vue créditée sur une série, et même si ici le travail est bon, je me demande si cela ne serait pas plus agréable en noir et blanc. De quoi me demander si je ne vais pas tenter de me procurer l’édition spéciale à 500 exemplaires tirée à l’occasion du festival d’Angoulême.

Cela dit, comme dans les précédents numéros, le plus kiffant reste le message délivré par Nicolas Jarry qui dénote par rapport aux autres. Cet Aral dans son parcours et sa conclusion se pose comme un antagoniste à Redwin qui balançait entre deux chemins pour finalement choisir la voix du côté lumineux. Deux fins opposées mais un même message utopique : que le bonheur est à notre porte alors cessons de courir après le « dragon »(comprenez une chimère). C’est la fameuse quête de Tanelorn de Michael Moorcock abordée dans son multivers et le Chaland d’or ! Que voilà de jolies références philosophiques.

Vraiment une superbe histoire. Continuez comme ça monsieur Jarry.

Mise à jour 05/06/2016
Tome 4 Oösram des Errants

Avec ce tome 4 Nicolas Jarry a peut être écrit son scénario le plus abouti ou en tout cas le plus percutant. Comme toujours en toile de fond il aborde une de ses thématiques chérie, celle du père et de la relation filiale et de la transmission de certaines valeurs humanistes.

Mais à travers l’histoire d’Oösram, ce n’est plus un personnage en contestation contre le système mais toute une frange de la population naine qui sème les graines de la révolte. Oösram est bien placé pour savoir que rien ne changera jamais et que ceux situés en haut de la pyramide ont tout à gagner à maintenir le statu quo, lui qui fût un des leurs, gagné par l’avidité, l’ambition et l’obstination, jusqu’à ce qu’il trahisse son roi et par conséquent soit banni au rang des Errants, qui valent moins que des serfs alors qu’ils constituent le gros de la population. Et pourtant, c’est parmi ces sans-dents qu’Oösram apprendra à apprécier la simplicité de la vie, à aimer sa famille et être enfin en paix avec lui-même.

Cependant, les Errants ne vivent pas en vase-clos et les abus dont ils sont victimes sont quotidiens, il en a toujours été ainsi. Alors lorsque l’injustice touche un membre de sa famille et qu’un drame se produit, Oösram le fermier, le père aimant, laisse tomber sa pioche pour s’armer de sa hache et déclarer la guerre aux quatre ordres régnant. C’est du grand Braveheart que nous offre là Nicolas Jarry ! Un vent de liberté souffle sur ce récit, on cite Churchill, et on jette des clins d’œil toujours nombreux à Tolkien et Warhammer (le soldat nain enfourchant un sanglier comme monture est typique de l’imaginaire Warhammer). Et un final modèle de bravoure et de sacrifice en hommage aux trois cents de Léonidas. Après cela, les jours de la ploutocratie naine sont comptées ! Vivement la saison 2 et la Révolution naine !

Quant au dessin de Jean-Paul Bordier, il est très net, riche, les paysages sont variés et collent parfaitement à l’esprit de ce que sont les Errants. Et le dessin sur la dernière planche, je ne sais pas si cela est volontaire ou non, mais la hache plantée dans le sol en gros plan est un formidable hommage à Didier Graffet et Druss la légende. Je regrette juste comme presque à chaque fois que les couleurs soient réalisées sous « ‘toshop », ce qui a tendance à rabaisser la qualité graphique tandis qu’avec une couleur directe on attendrai le must.

Mise à jour 14/09/2016
Tome 5 Tiss du Bouclier


Nains - Season Final !

Nicolas Jarry clos son cycle par là où il avait commencé avec une saga familiale, du sang et des larmes. Le tome 1 racontait la rancune d’un fils, son imperméabilité face aux bons mots et la sagesse du père, jusqu’à la délivrance et la rédemption. Cette fois-ci les rôles sont inversés, c’est la fille qui donne la leçon au père.

Lorsque suite à un drame son dernier né Dohan devient un boitard et qu’il comprend qu’il ne pourra jamais servir dans le noble ordre du Bouclier, le capitaine Brahm tombe dans l’alcoolisme et la haine aveugle. Sa fille Tiss qu’il a toujours ignorée, est triste pour son jeune frère mais voit également là un moyen de redorer le blason familial et de montrer ce qu’elle vaut à son père et par la même occasion à toute cette société naine phallocrate.

Tenir ou Périr !

Une fois de plus l’auteur démontre qu’il maîtrise les ficelles pour séduire les easy readers fantasy et nous offre moments épiques sur moments d’émotions entre : la strong independant woman qui bataille plus que les autres pour réussir jusqu’à devenir un modèle pour ses frères d’armes, les petits soldats insignifiants qui deviendront des valeurs sûres, la formation d’une ligue des vieux briscards cabochés et des estropiés sur le retour pour le décompte final, l’indéboulonnable classique mais efficace Fort Alamo fantasy (remember Légende de David Gemmell ? La bataille du Gouffre de Helm chez J.R.R. Tolkien ? ). Et l’auteur kiffe toujours autant 300 pour mon plus grand plaisir (remember Léonidas et ses derniers hoplites pour l’ultime percée ? Ou bien sont-se les 300 polonais de la bataille de Wizna ? ^^ ). Sur Nains c’est presque un album sur deux qui se termine en tragédie, p’tain, j’en ai presque chialé. Mais toujours l’histoire se termine sur une note d’espoir.

Bien aimé le dessin de Nicolas Demare, surtout sur les paysages et les décors forestiers. Question de goût mais je regrette que ce ne soit pas un brin davantage détaillé. Mon plus grand regret reste ces couleurs informatisée de Digikore Studios dont je n’arriverai décidément jamais à me faire. Peuvent pas faire à cela à l’ancienne chez Soleil ? On atteindrai le truc d’exception.

Mise à jour 14/02/2017
Saison 2 - Tome 6 Jorun de la Force


Les choses bougent tout en conservant la même formule. Pour entamer cette nouvelle saison on reprend là où tout a commencé avec une histoire de père en écho à celle des forgerons Ulrog et Redwin, cette fois-ci entre Redwin et son fils cadet Jorun.

Toujours les mêmes ressentiments de colère qui virent à la haine, de regrets, de remords et de fierté mal placée qui donne une impression de redite qui ne ferait pas beaucoup avancer l’histoire. Mais c’est là qu’on se trompe car si le tome 1 racontait l’antagonisme de deux êtres doués dans leur art et qui finissent pas se retrouver, cette suite se penche sur un perdant qui n’est pas du tout à l’image de son père.

Jorun est un raté, moins doué que son frère aîné dans la forge des armes, il ne se trouve aucun talent et finit par se déconsidérer. C’est l’histoire d’un nain qui, ne parvenant à marcher dans les pas de son père, essaie tant bien que mal (et plutôt mal) de suivre sa propre voie. Mais comme il porte le poids de ses échecs comme un boulet, il entraîne tous ceux qui l’approche vers un néant auquel il aspire inconsciemment. Nicolas Jarry l’explique bien à un moment donné, Jorun est incapable de donner. Incapable de donner, il ne peut donc recevoir. On aurait envie de lui citer ces mots de la résistante Germaine Tillion, histoire de le guider : « Il n’existe pas de gens médiocres, mais seulement des êtres qui n’ont pas rencontrés les événements qui les auraient révélés ».

Jorun trouvera un salut temporaire parmi les mercenaires de la Légion de Fer où il pourra s’appuyer sur le pilier Orss, la fidèle Fey, le sage Gurdan ou encore le guide Fodhron. Autant de bouées de sauvetage qui l’empêcheront de couler au moment du grand final. Redwin sauvera-t-il son fils de l’autodestruction tout comme Ulrog son père l’avait fait en son temps en un ultime sacrifice ? Comme je l’ai dit en introduction, les événements se répètent mais Jarry est suffisamment malin pour ne pas tomber dans le doublon inutile et le récit s’achève sur des destinées contraires. L’air de rien Jorun est probablement le personnage de l’univers Nains que j’ai trouvé le plus intéressant et complexe.

Le dessin de Pierre-Denis Goux est du même bock que celui de la première saison. Ces compositions très détaillées en mettent plein la vue dans les scènes d’action. Toujours beaucoup de changements de décors, gros travail de recherche graphique, bref, visuellement le dessinateur est au rendez-vous et nul doute que les amateurs de fantasy y trouveront leur compte.

Quelques remarques cependant, car l’œuvre parfaite n’existe pas : si on entend souvent parler des limites de la sacro-sainte pagination en 48 planches, je constate également les limites sur la pagination en 64 planches car j’ai senti que parfois le récit méritait davantage de développement mais qu’en raison de ces contraintes, on a droit à une ellipse ou un truc condensé en une page. On bascule un peu trop vite à mon sens des années d’apprentissage de Jorun vers la défense d’un village qui manque de mise en contexte. J’ai l’impression parfois qu’il faut avoir lu Elfes pour tout comprendre des invasions des royaumes nains. La relation amoureuse entre Jorun et la naine Siblis aurait également mérité quelques pages supplémentaires, histoire que ça touche au plus profond, que là ça manque de passion et d’intérêt. De même qu’on aurait aimé voir la retraite courageuse de Redwin vers la forteresse, et plus que 3 planches consacrées à la défense de ladite forteresse (même si c’est très beau encore une fois).

Ultime remarque qui rejoint ce problème de pagination : autant je parvenais à comprendre les ressentiments de Redwin sur le tome 1, le cheminement de ses pensées sombres, le comment du pourquoi, autant j’ai eu du mal sur le caractère de Jorun qui est d’emblée dans son personnage de gros connard alors qu’il n’est encore qu’un marmouse.

Ceci étant dit, c’est une très bonne entame, sur le devenir de Redwin on a déjà envie d’être à la saison 3 !

Mise à jour 11/05/2017
Tome 7 - Derdrh du Talion


« On ne change pas une équipe qui gagne » dit le proverbe, ni même qui perde… Déjà lors de la première saison le binôme Jarry – Créty était celui qui fonctionnait le moins bien à mon sens, question de goût, mais les dessins d’inspiration comics et les sempiternels couleurs informatiques dégueulasses qui vont de pair n’ont jamais été ma tasse de thé. Bis repetita donc : le trait est pâteux, les graphismes n’ont rien d’enivrant (un défaut majeur pour une bd fantasy), idées assez bateau, service minimum, ce n’est assurément pas dans ce genre de bd que j’investirai mes brousoufles.

Un scénario difficile à la comprenette, nettement plus bavard et usant qu’à l’accoutumé. Jusque là les intrigues étaient riches, pas dénuées de réflexions tout en nouant avec des sentiments sincères et s’écoulant de manière fluide dans mon esprit. Ici j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour essayer de saisir les enjeux et la mécanique du complot qui se trame. Le scénariste ne nous avait pas habitué à un tel niveau de complexité et sincèrement, je n’ai pas tout capté, mais les dessins peu avenant ne m’ont pas invité à revenir sur mes pas.

Sinon l’histoire en elle-même est plutôt intéressante et résonne avec l’actualité. On avait évoqué en fin de saison 1 les prémisses d’une révolution par le bas à venir. Cependant ici on traite de la « révolution » par le haut avec une tentative de renversement des ordres en faisant basculer le pouvoir nobiliaire et royal en faveur d’une ploutocratie nouvelle (inspirée de la Révolution française ? ). Corruption, sombre tractation, pacte de non-agression éphémère, coups-bas… quels que soient les coups tordus et techniques d’étrangleur ottoman, c’est toujours la banque qui gagne !
Les retournements sont bien amenés à tel point qu’on en oublie que l’album ne s’intitule pas « Ordo », du nom du protagoniste de la saison 1 de l’ordre du Talion ici sur le retour ; mais Derdhr, la plus grande des salopes manipulatrices. The Rains of Castamere !

Mise à jour 26/09/2017
Tome 8 Sriza du Temple

De retour dans la section épouvante / sorcery de la série Nains. Sriza est un nain qui mène une double vie : au quotidien c’est un prêtre au grand cœur et bon conseiller avec ses ouailles, mais il demeure cependant celui à qui le Temple fait appel lorsque les forces obscurs remontent sur le monde depuis l’enfer de Hej. À ce moment Sriza troque sa tunique de ministre du culte pour celle d’exorciste. On lorgne doucement du côté de L’Exorciste, cependant que Sriza a des méthodes plus musclées et n’est pas du genre à psalmodier des incantations le nez dans un bouquin lorsqu’il est confronté au démon. On se rapproche davantage des méthodes de traque et de pistage d’un Van Helsing. Action et aventure sont garantis au programme.

En même temps que se déroule une histoire de chasse au démon, on est plongé par petits flash-back sur l’enfance du personnage principal et ses années d’apprentissage. Et lorsqu’on mélange enfance et horrifique cela déboule sur une histoire classique mais néanmoins bien menée de croque-mitaine qui poursuit le héros durant toute sa vie. Des gamins traumatisés par un épouvantail qui devront y faire face à l’âge adulte, tout de suite on pense à Ça de Stephen King (les choses sont bien faites avec le film qui vient de sortir). Mais également à l’inénarrable Berserk, chef d’œuvre de la dark fantasy, lorsque la Bête a déposé sa marque sur le front de Sriza, tout comme Guts, lui rappelant inlassablement que les créatures de la nuit viendront sans cesse le chercher et que son combat n’aura de fin qu’à sa mort.

Nicolas Jarry poursuit la construction de son univers en procédant de la même façon que les précédents tomes en rappelant les anciens de la saison 1, qu’il adore maltraiter visiblement. Après un Redwin qui termine façon Roi Liche dans Warcraft III, un game over pour Ordo qui l’a eu dans l’os, il rappelle Aral dont je lui trouve graphiquement un petit côté Luke Skywalker SW7 et qui… mais vous connaissez déjà son sort si vous avez lu le T3.

Toujours plein de petites références fantasy, de clins d’œil sympa et de personnages dont on se demande s’ils ne sont pas tirés de la réalité comme le cinglé Orban qui œuvre seul à la reconstruction d’une ancienne forteresse. Personnage à mi-chemin du Radagast de Tolkien et, ce n’est que mon ressenti, de Justo Gallego Martinez. Ce vieux moine autodidacte a entrepris seul en 1961 la construction d’une cathédrale dans sa ville natale de Mejorada. Une entreprise pharaonique ! Il y a aussi cet ours polaire géant utilisé comme « chien de traîneau », tout droit inspiré des Panserbjornes de À la croisée des Mondes de Philip Pullman.

Graphiquement toujours aussi beau je trouve. Paolo Deplano est peut être l’artiste que je préfère sur cette série. J’aime son encrage (qui mérite bien encore une fois une édition N&B), ses idées (même si par Yjad cela manque de dessins en pleine page ! ), mentions spéciales pour la forteresse p. 29, le backstab p. 53 et le combo magique p. 54.

En revanche, parce qu’il faut apporter un bémol, ça fait toujours aussi chier les limitations de la pagination française comme ce moment que je trouve hyper épique p. 42, avec la confrontation ultime entre Sriza et Ar’Az’Erm qui est complètement passée en ellipse. Alors qu’il y avait tout dans cette scène avec le lettrage façon enluminure lorsque Sriza récite les mots consacrés. Une ch’tite page en plus pour montrer le duel n’aurait pas été de refus. Autre critique : je trouve qu’avec les phases « apprentissage à la dure » du héros, on commence à tourner en rond. On a déjà vu cela, album après album, et je trouve que ce serait pas mal si le scénariste pouvait, je ne sais pas, proposer autre chose que l’histoire en flash-back du personnage qui en a bavé et tout…

Mise à jour 25/10/2017 Tome 9 Dröh des Errants

Des années ont passé depuis le sacrifice d’Oösram pour son peuple et même si le statut des Errants a sensiblement évolué, ceux-ci n’en demeurent pas moins une classe sociale défavorisée et méprisée par le reste de la société naine. Dröh, le fils d’Oösram, est de retour parmi les siens après avoir roulé sa bosse, parcouru le monde, appris le métier des armes, et tel le William Wallace de Braveheart les raisins de la colère grondent toujours en lui. Les chiens ne font pas des chats. Cependant les révolutions d’antan sont oubliés, trop de sang a été versé et les plaidoyers guerriers ne sont plus de mode parmi les Errants. Janssen, le beauf de Dröh, est davantage un partisan de la négociation, plus lente mais aussi plus paisible. Ses ambitions étant trop grandes et dangereuses pour ce microcosme paysan, Dröh part jouer les Renaud en mode Germinal sur un chantier d’autoroute, un terreau plus propice aux révoltes avec sa main d’œuvre bon marché facilement remplaçable.

L’air de rien cette branche de la série Nains est celle que je préfère sur le plan scénaristique. Une fantasy très politique, avec des intonations révolutionnaires, on n’a pas souvent l’habitude de lire ça. Notre Dröh est un sacré baroudeur et il fera ici des rencontres inattendus, je dois bien avouer que j’ai été surpris par la tournure du scénario qui part un moment donné sur autre chose de complètement différent. D’une histoire qui démarre sur une quête d’égalité et de justice, on termine sur un récit hyper introspectif et une quête de soi, une ébauche d’histoire d’amour qui s’écoule à travers les vies et les âges, une dénonciation de la guerre perpétuelle entretenue par la folie des êtres (comme briser cette putain de roue ?! ), en passant par un duel judiciaire (big up à Tyrion Lannister) et un classique blockhaus style Fort Alamo/Dros Delnoch/Gouffre de Helm. C’est très bien écrit, les textes sont beaux dans le sens touchant et sages.

« Ne sois pas triste, Nain, si je n’ai changé qu’une âme… alors mon combat n’aura pas été vain... »

C’est néanmoins un peu dommage de faire durer le plaisir sur ces digressions alors qu’on nous promettait les grands soirs fin du tome 4 et de la saison 1 en général. Espérons de ne pas devoir attendre 8 saisons pour qu’enfin… Bref, vivement la saison 3 avec Dröh en mode David Carradine dans Kung Fu.

Les dessins de Jean-Paul Bordier sont plaisant mais accrocheurs que par intermittence (ça manque de pleine et double-page), comme la bonne idée du mont Rushmore orc, très cool. En ce qui me concerne, toujours la même rengaine contre les couleurs numériques de Digikore Studios…

Mise à jour 28/01/2018 Tome 10 Abokar du Bouclier

Oh non ! Pas ça Nicolas Jarry, il nous refait le coup du mur d’Hadrien. Défendu par les rebuts de l’armée naine : les courtards, les déserteurs, les têtes brûlés, les lâches, les voleurs, les assassins, et les ennemis au-delà de la barrière sont des nains sauvageons, n’en jetez plus, c’est le Mur du Trône de Fer quoi… Je n’ai rien contre le TdF mais j’en ai un peu marre de ces références là. Certes, le TdF n’a pas le monopole du dernier rempart à défendre mais là la ressemblance est frappante. Peut-être est-il temps de conclure la série dans la saison 3 avant que cela ne devienne un long fleuve tranquille sans surprises qui ne ferait que singer les classiques.

Dohan, un capitaine boiteux de bonne volonté mais trop bonne poire sert de bouc émissaire suite à la mort de leur général Abokar lors d’une bataille décisive face aux hordes orcs. Sauf qu’Abokar n’a pas trépassé, il a choisi de disparaître pour ne pas pas que ses hommes remarquent sa dégénérescence physique et mental qui le gagnait. C’est Dohan qui paye les pots cassés en se montrant fidèle au général : à ce dernier une gloire immortelle, pour l’autre l’opprobre et l’exil. Mais en fin de compte le destin pourrait décidé de refaire se croiser les deux officiers pour un ultime baroud d’honneur…

L’histoire est sympa, c’est un truc pour les bonhommes. On est dans un récit très militaire où ça cause disciple, mater les récalcitrants à coups de taloche, tactique, expédition, reconnaissance, mais aussi d’honneur perdu… Et puis soudain on bascule dans l’ésotérisme type T3 et T8 consacré au Temple, et ce n’est pas la première fois que Jarry prend les lecteurs à contre-pied. J’ai adoré les idées apportées dans cette seconde partie : on dirait du Pacific Rim fantasy . En bref, c’était plutôt cool, avec quelques clins d’œil en prime, il y a du suspens avec ce général aussi taré que Nivelle frisant l’irresponsabilité d’un Grouchy mais doté du génie stratégique de Turenne ; mais au-delà du simple divertissement je ne vois pas ce que ça apporte à l’univers Nains. C’est vrai on retrouve Dohan, souvenez-vous, c’est le frère de Tiss du Bouclier (Tome 5), et son histoire très touchante agrandi la toile de l’univers Nains mais c’est au niveau de l’histoire en général qu’on ne progresse plus je trouve.

Les dessins : « mmmmouais, ok » ça fait le taf mais les couleurs, toujours pareil : « c’est fait à l’informatique et ça se voit ». Grrrrrrrrr !

Nom série  Sanguine - L'insoumise  posté le 28/01/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Sanguine est un récit d’action-aventure se déroulant dans un cadre mêlant nature sauvage africaine puis antiquité romaine. L’idée est à la base séduisante car le filon n’a pas encore été pleinement exploitée selon moi. Le personnage éponyme de la série est à l’image de ces grandes figures africaines guerrières historiques telles que l’éthiopienne Candace qui stoppa Alexandre le Grand en 332 av. J-C, ainsi que Majaji de l’ancien Empire africain Koush deux siècles après les événements se déroulant dans Sanguine, on pressent chez elle un destin hors du commun et qui par sa simple volonté est capable de faire trembler des empires, comme le fit en son temps Spartacus chez qui les auteurs vont également puiser leur source.

Toutefois Senga de son vraie nom, de part son parcours, ses exploits et ses inspirations, se situe davantage dans la lignée des personnages d’Heroic Fantasy tels que Rahan, ou Imaro de l’écrivain américain Charles R. Saunders. Les auteurs ayant décidé de jeter l’éponge durant la campagne de financement du tome 2, nous ne serons jamais quel virage aurait dû prendre la trajectoire de Senga : celui d’une chef conquérante ou bien celui d’une guerrière solitaire vivant de son épée à l’image de Conan.

Si j’ai apprécié les intentions de départ, j’ai été nettement moins séduit sur comment tout cela s’emboîte : déjà le rythme m’a paru trop précipité, j’aurai aimé passer plus de temps dans cette Afrique sauvage et mystérieuse, quitte à y consacrer 90 % de l’album. J’ai trouvé intéressant de suivre Senga dans ses luttes personnelles contre les autres femmes soumises de sa tribu où elle mène un combat politique contre cette société archaïque phallocrate en démontrant qu’une femme peut chasser aussi bien sinon mieux que les hommes, qu’elle peut faire montre d’intelligence comme sa curiosité à l’égard du monde extérieur, et qu’elle n’a rien à envier à personne en terme de rage et de fureur guerrière. Son développement psychologique est aussi intéressant dans cette partie lorsqu’en lui confiant la charge d’un bébé rhinocéros elle apprend à protéger la vie et non plus seulement la détruire. On dirait la relation d’amitié entre l’enfant noir et l’ours dans Niourk.

Mais peut-être par manque de confiance en leur histoire les auteurs ont cherché à entasser de nouveaux éléments et à en quelque sorte précipité les événements. Ainsi parvenu à la fin du premier tiers le récit bascule dans le genre survival en plein désert avant de s’achever sur les classiques combats de gladiateurs en arènes, dont toute la trame rappelle férocement celle du film Gladiator de Ridley Scott. Pourquoi pas ?… Mais on va un peu vite en besogne selon-moi, Senga passant bizarrement vite de femme barbare éprise de liberté à esclave gladiatrice « acceptant » son destin.

En elle-même la narration est un peu plombée par quelques scories gênants :

- On a du mal à gober le personnage d’Ashaq tour à tour esclavagiste puis formateur de gladiateurs. Et la partie « je me mêle parmi les esclaves en faisant croire que je suis un des leurs mais en fait non, c’était pour les piéger, en fait je suis un des esclavagistes », est totalement invraisemblable et m’a fait sortir de ma lecture.
- Pareil le coup du poison dans l’oasis pour capturer les touristes qui s’aventurent dans le coin est difficilement crédible.
- Ashaq, encore lui, est aveugle mais capable de prédire que Senga a un talent pour la lutte et les combats. Comment fait-il pour suivre son combat dans l’arène ? Ça n’a pas de sens. A trop flirter du côté fantastique le récit perd en cohérence car on ne sait plus sur quel pied danser.

Bon après ce qui m’a le moins séduit se sont les dessins. « Bof, quoi ». Des fois j’ai l’impression que Alcala passe directement du crayonné aux aplats tellement c’est « hachuré ». À aucun moment je n’ai été transporté ni émerveillé par ce que je lisais. C’est dommage car rien que le cadre offrait la possibilité d’un dépaysement total mais les planches sont dépouillées de cette nature âpre et farouche.

C’est dommage, il y avait du potentiel mais… Les auteurs n’auront même pas la possibilité de corriger le tir et cela aussi c’est regrettable.

Nom série  Star Wars - Boba Fett  posté le 21/02/2014 (dernière MAJ le 23/01/2018) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je n’ai pas été sympa la première fois avec cette série, surtout sur la partie coloration qui ruinait l’ensemble et que j’avais trouvé « dégueulasse » selon mes mots. Suis-je devenu maso, ou est-ce qu’entre-temps à force de lectures ayant divers styles graphiques mon regard s’est-il aiguiser, avec un œil mieux observateur ou moins pinailleur ? Je n’ai pas envie de passer pour un vantard, surtout que sur l’aspect technique je suis un noob complet pour être honnête. Dans le doute je dirais que je ne sais pas.

Toujours est-il que désormais j’apprécie pleinement les graphismes de Cam Kennedy que je considère comme une vraie pointure. J’ai toujours porté en estime le trait de l’artiste écossais. Je pensais globalement du mal de son dessin mais son trait m’a néanmoins marqué, il m’a même carrément obsédé et c’est sans doute pour cela que je reviens dessus aujourd’hui. Il est quelque part entre Cromwell (Anita Bomba) et Frank Miller, un bijoux de minutie et d’intelligence. Son trait est hyper fin, ce qui lui permet de caser plein de petits détails qui apportent de facto une vraie richesse visuelle. Ses personnages similaires à ceux de Miller sur Sin City par exemple ont cette forme anguleuse qui fait typiquement comics, et d’un autre côté il a recours à un découpage qui n’est pas « éclaté » comme dans nombre de comics, mais fait de grandes cases dont il en ressort un aspect très contemplatif avec souvent pas plus de trois ou quatre cases par pages.

J’aime la couleur. Entre une édition noir et blanc ou une coloriée pour le même prix, je me dirige naturellement vers celle en couleur. Aujourd’hui comme autrefois c’est une facette qui est trop souvent négligée mais qui pourtant est un outil servant la narration. La grande majorité des bd ont une coloration disons classique tendant vers le réalisme mais sans chercher à viser plus loin que le plaisir esthétique. La palette d’aquarelle chez Kennedy, que ce soit sur Boba Fett ou Star Wars - L'Empire des Ténèbres ne ressemble à nulle autre, elle possède son propre langage et vient marquer l’ambiance et la tonalité du récit de façon plus frappante que la narration elle-même. On pourrait s’amuser à regarder la bd, sans lire les bulles, et néanmoins parvenir à comprendre ce qui se raconte grâce aux couleurs très évocatrices. Dans l’industrie américaine du comics où le travail de la coloration est une étape souvent déconsidérée, voir un artiste maîtriser aussi bien sa palette et faisant en sorte que cela ait un impact sur l’histoire, je trouve ça formidable. Le mec possède un style visuel bien à lui et ça c’est une chose suffisamment rare pour être soulignée. Oui, le champ chromatique est plus froid qu’une porte de prison, sans réelle nuance, je comprends qu’il puisse ne pas plaire mais c’est en cela qu’il est adéquat au final.

Car de quoi parlons-nous ici : de Boba Fett. « The » booty hunter, un personnage monté en tête d’épingle par les admirateurs de la saga alors qu’il meurt comme une crotte et qu’il a trois lignes de dialogues dans le film L’Empire Contre-Attaque. C’est ce qui l’a rendu intriguant : fine gâchette, armé de la tête aux pieds, énigmatique, calculateur, d’une intelligence froide et sans pitié. Un personnage idéal pour un récit sombre et réaliste. Alors pour parler précisément des quatre histoires composant ces deux tomes, oui c’est vrai, elles cassent pas trois pattes à un porg. Des truanderies, des règlements de compte entre mafioso, un contrat qui tourne à l’embrouille, ce n’est pas méga épique comme devrait l’être un Star Wars. Cependant je n’ai pas trouvé cela si mal, surtout qu’elles pourraient très bien être considérées comme canon ces histoires malgré le rachat de la licence par Disney qui a établi l’univers étendu comme nul et non avenu. Boba Fett aurait survécu à la digestion du Sarlacc, nous sommes 10 ans plus tard et sa vie n’interfère pas avec les événements racontés dans la nouvelle trilogie.

La première penche vers le genre du western avec un décor inspiré des déserts d’Amérique tout en y ajoutant des débris d’épaves évoquant la guerre entre la rébellion et l’empire. Une histoire très banale de chasse à l’homme où Kennedy a été sans doute le moins inspiré. La deuxième est déjà plus fouillée graphiquement bien qu’on puisse déplorer l’apparition d’un clone du méchant de la première nouvelle qui n’apporte aucune fraîcheur. Cette fois-ci pas de chasse à la prime mais des négociations « musclées » pas très crédibles qui s’écoulent à un rythme trop précipité. Deux histoires en un tome pas très excitant mais le froid cynisme de Boba Fett est plutôt drôle à lire. La troisième histoire est le prolongement de la précédente donc rien de transcendant mais au final toutes permettent de dresser la psychologie impitoyable du personnage.

Le livre-objet est plutôt cool en plus je trouve : on ne voit plus ces grands formats inédits de comics avec couverture cartonnée souple. Les illustrations de couverture de Mathieu Lauffray sont splendides en plus. On cumule le meilleur de la french touch et du génie britannique dans un « syncrétisme » graphique rare. Je suis nostalgique de l’époque Dark Horse France qui avait le cran de proposer des histoires de Star Wars aux graphismes sortant de la norme. Aujourd’hui c’est trop formaté, même pour une licence aussi codifiée que celle-ci.

Nom série  Ultimex  posté le 21/01/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ultimex, tu peux pas test. On côtoie là le summum de l’humour graveleux no limit et sans complexe. Je l’ai découvert la première fois il y a un paquet d’années via son blog qui existe toujours et d'où sont tirés les strip gag des albums. Je ne sais pas trop ce que j’ai dû lire mais en gros ça doit représenter la moitié de la production.

Ultimex s’adresse à tous ceux qui ont du mal à tendre les muscles zygomatiques devant la majorité des humoristes actuels qu’on voit dans tous les médias avec leurs sketchs inoffensifs pour le grand public, à tous ceux qui ne se marrent que lorsque ça dérange avec des vannes aussi corrosives que l’acide. Ultimex se fout de tout et tous, des riches, des pauvres, des hominidés, il crame des églises, bute des gosses, il est pété de tune, égocentrique et mégalo, obsédé violeur misogyne, la liste est longue et il n’y a pas de frontière au déglingage mais il fait tout ça avec une certaine « classe » à coups de punch line cultes. Et son pote faire-valoir Steve n’est pas en reste lui non plus. C’est de l’humour absurde hyper 15ème degré. De toute façon c’est souvent du gros n’importe quoi, je me suis tapé des barres des rire pendant des heures avec ces conneries. On pourra cependant regretter le mauvais côté du blog qui fait qu’on a souvent qu’une succession de blagues sans réelle narration.

Graphiquement on dirait que c’est fait sous paint mais j’imagine que c’est moins pour des questions d’esthétisme que de rapidité d’exécution. Ça passe bien de mon côté.

Nom série  La Licorne  posté le 02/11/2013 (dernière MAJ le 14/01/2018) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
D’habitude je ne relis jamais les histoires que je ne recommande pas. Mais avec ce dessin ciselé d’Anthony Jean que je trouvais déjà magnifique dans mon premier avis, avec ces visages taillés à coups de serpes, les formes anguleuses, la place laissée au contemplatif, le trait hyper fouillé qui démontre un talent certain, de même que ces extraordinaires couleurs soignées, et puis surtout l’imagination qu’il déploie pour dépeindre ces créatures mythologiques, j’ai envie de reprendre les mots de l’auteur : « Les chimères de l'antiquité sont aujourd'hui devenues des puzzles anatomiques, assemblages écorchés de muscles, d'os et de tendons totalement improbables ! » ; Bref, j’ai eu la soudaine envie d’accorder une seconde chance à cette série.

En lisant mon commentaire j’ai constaté après relecture avoir buté sur les mêmes écueils, à savoir les révélations et retournements de situation qui s’enchaînent dans l’ultime épisode et qui sont comme une avalanche d’informations dont j’ai de la peine à tout digérer. J’ai également accroché sur les mêmes points qui sont entre autres le dessin et la densité d’intrigue des trois premiers albums qui ne sont pas si tarabiscotés pour peu qu’on ne lise pas en diagonale. Même le scénariste Mathieu Gabella prévient que La Licorne est une œuvre pas spécialement ardue mais elle demande un minimum d’attention de la part du lecteur. Cela tombe à pique, j’aime les histoires qui laissent songeur et me donnent du grain à moudre. Peut-être est-ce la raison pour laquelle j’étais passé au travers la première fois à cause d’une lecture en quatrième vitesse. J’ai mieux pris conscience de l’ambition de son scénariste : la réconciliation de l’Histoire, des Sciences et des récits de l’imaginaire. Et malgré certains défauts, à mon sens, sur lesquels je conclurai, force est de reconnaître que l’alchimie fusionne à merveille, la joute est remportée haut la main.

Il y a eu pas mal de malentendus sur ce qu’est La Licorne, certains espérant un catalogue d’anecdotes en rapport avec la médecine, ils ont donc été déçu de lire une fiction. Pour moi il s’agit de Fantasy uchronique que l’on peut confondre avec la Fantasy Historique : ici, la Fantasy se passe dans le monde réel auquel viennent se greffer des éléments surnaturels. À la fin le cours de l’Histoire est plus ou moins respecté mais la manière dont les choses se sont produites possède une trame fantastique (et SF souvent ici), qui diffère de ce qui est enseigné dans nos livres.

Certes ce n’est pas que cela. L’alchimie est bien plus complexe puisqu’on prend pour point de départ une intrigue à base de jeux de pistes et d’énigmes à résoudre à la manière d’un Da Vinci Code, sauf que le casse-tête n’est pas une toile du célèbre génie polymathe, mais la non moins sibylline tapisserie en six parties de la fin du XVème siècle : La Dame à la Licorne. Encore aujourd’hui les chercheurs n’ont pas percé tous ses mystères… C’est une des choses que j’ai trouvé très bien construites : le récit commence doucement sur une enquête criminelle dans le tome un et bien que les éléments fantastiques soient déjà présents, il n’y en a pas abondance, et le lecteur à l’image du héros Ambroise Paré, découvre et rentre petit à petit dans ce monde fantastique. C’est bien dosé en somme. On perçoit bien les tâtonnements de l’auteur sur certains aspects comme le dosage de l’humour qui se fera de moins en moins présent, on entend moins la gouaille rabelaisienne de Paré à mesure que l’histoire avance, ni les apitoiements humoristiques de Paracelse. De même, la violence est décomplexée voire WTF dans le premier tome puis devient soft par la suite. C’est toujours spectaculaire mais moins barré. C’est intéressant un scénariste qui arrange la mire en cours de route quand il constate que des choses passent moyennement. Il y a une évolution sans pour autant broder au fur et à mesure des albums, dès le début Gabella sait où il veut nous emmener.

J’ai trouvé cette série jubilatoire, très « feu d’artifice », où ça part dans toutes les directions mais dans le bon sens du terme. D’un côté on a une intrigue qui traite d’enjeux dramatiques qui peuvent s’avérer cataclysmiques. Les héros sont un groupe de super papy de la Renaissance qui doivent faire face aux plans malveillants de l’Église romaine qui cherche à insuffler un nouvel élan à sa croyance à une époque où l’homme commence à avoir la prévalence des préoccupations au détriment de Dieu. Au milieu de ce petit monde il y a un intriguant « Chasseur » qui joue double voire triple jeu, un mystérieux génie inconnu qui balance des indices aux quatre coins du monde, et tout le bestiaire mythologique (Sphinx, Minotaure, Manticore, Hydre, Kraken, etc.) connu qui a lui aussi ses propres intérêts, et même parmi ces créatures toutes ne se battent pas dans le même camp.

Et en même temps et sans la nécessité d’une seconde lecture, on lit entre les lignes un passionnant cours sur l’histoire de la médecine et des sciences de la faune dont les conférenciers se nomment Ambroise Paré, Nostradamus, André Vésale, Paracelse, Jérôme Fracastor, Conrad Gessner, Jacobus Sylvius, etc. Le scénariste joue habilement sur les croyances populaires du XVIème siècle comme la poudre de licorne qui aurait des effets curatifs miraculeux et dont on faisait commerce mais qui dans la réalité était une arnaque (c’était des défenses de narval). Le récit fourmille d’idées comme l’homme de Vitruve qui serait un plan prototype de Chimère, l’œil du Basilic ferait IRM, la recherche du mouvement perpétuel ressemble à un chaînon d’ADN. Le dessinateur n’est pas en reste puisqu’il offre de superbes compositions tour à tour inspiré par exemple de la bibliothèque labyrinthe du Nom de la Rose ou encore la chute du Balrog dans les mines de la Moria dans Le Seigneur des Anneaux. Alors c’est vrai, des fois on peut avoir ce sentiment décourageant que la série s’adresse à un public réservé car il faut avoir un peu de culture pour tout comprendre de A à Z : entre le dieu grec de la médecine Asclépios, l’alignement des planètes Mercure et Vénus (Aphrodite et Hermès) qui n’est pas un choix anodin, et le déluge biblique, l’auteur case beaucoup d’éléments qui donnent le tournis. Mais au final ce que raconte La Licorne, la transition entre l’homme primordial, celui de Galien, et l’homme moderne qui découvre les micro-organisme, est très originale et demeure cohérente.

Alors il y a certaines choses que je n’ai toujours pas très bien compris, donc vous pouvez sauter ce paragraphe car ça va spoiler : j’ai compris grosso modo qu’il y avait le choix entre trois options à la fin : bon je ne vais pas trop renter dans les détails mais le héros choisit la troisième voie, celle consistant à sacrifier les primordiaux mais sans donner le bon rôle à l’Église. Le truc c’est que je n’ai saisi comment tout cela se goupillait, par exemple comment on en arrive de mykrobios mortel et agressif à mykrobios comme système immunitaire. C’est surtout sur le duo amoureux Chasseur / Vampire que je bute car au final ce que lui souhaite ressemble aux souhaits de Paré mais ils sont pourtant ennemis. Et puis le double du Chasseur, la chauve-souris, c’est un primordial ou quoi exactement ? De même que la petite fille, je n’ai pas compris ce qu’elle venait faire ici, si elle était une réincarnation de la Vampire ou autre… Par un moment on nous dit que la Licorne est indestructible puis la page suivante qu’elle doit être détruite… no comprende. La fin en points de suspensions est assez étrange, même si aucunement incohérente, car on sacrifie tout les primordiaux mais laisse le récit ouvert sur le mythe de Dracula. Tout n’est pas clair comme de l’eau de roche mais… j’imagine que ça appelle à une troisième lecture.

En somme : divertissant, intelligent avec quelques scories, bien documenté et beau.

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