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Nom série  Star Wars - Boba Fett  posté le 21/02/2014 (dernière MAJ le 23/01/2018) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Je n’ai pas été sympa la première fois avec cette série, surtout sur la partie coloration qui ruinait l’ensemble et que j’avais trouvé « dégueulasse » selon mes mots. Suis-je devenu maso, ou est-ce qu’entre-temps à force de lectures ayant divers styles graphiques mon regard s’est-il aiguiser, avec un œil mieux observateur ou moins pinailleur ? Je n’ai pas envie de passer pour un vantard, surtout que sur l’aspect technique je suis un noob complet pour être honnête. Dans le doute je dirais que je ne sais pas.

Toujours est-il que désormais j’apprécie pleinement les graphismes de Cam Kennedy que je considère comme une vraie pointure. J’ai toujours porté en estime le trait de l’artiste écossais. Je pensais globalement du mal de son dessin mais son trait m’a néanmoins marqué, il m’a même carrément obsédé et c’est sans doute pour cela que je reviens dessus aujourd’hui. Il est quelque part entre Cromwell (Anita Bomba) et Frank Miller, un bijoux de minutie et d’intelligence. Son trait est hyper fin, ce qui lui permet de caser plein de petits détails qui apportent de facto une vraie richesse visuelle. Ses personnages similaires à ceux de Miller sur Sin City par exemple ont cette forme anguleuse qui fait typiquement comics, et d’un autre côté il a recours à un découpage qui n’est pas « éclaté » comme dans nombre de comics, mais fait de grandes cases dont il en ressort un aspect très contemplatif avec souvent pas plus de trois ou quatre cases par pages.

J’aime la couleur. Entre une édition noir et blanc ou une coloriée pour le même prix, je me dirige naturellement vers celle en couleur. Aujourd’hui comme autrefois c’est une facette qui est trop souvent négligée mais qui pourtant est un outil servant la narration. La grande majorité des bd ont une coloration disons classique tendant vers le réalisme mais sans chercher à viser plus loin que le plaisir esthétique. La palette d’aquarelle chez Kennedy, que ce soit sur Boba Fett ou Star Wars - L'Empire des Ténèbres ne ressemble à nulle autre, elle possède son propre langage et vient marquer l’ambiance et la tonalité du récit de façon plus frappante que la narration elle-même. On pourrait s’amuser à regarder la bd, sans lire les bulles, et néanmoins parvenir à comprendre ce qui se raconte grâce aux couleurs très évocatrices. Dans l’industrie américaine du comics où le travail de la coloration est une étape souvent déconsidérée, voir un artiste maîtriser aussi bien sa palette et faisant en sorte que cela ait un impact sur l’histoire, je trouve ça formidable. Le mec possède un style visuel bien à lui et ça c’est une chose suffisamment rare pour être soulignée. Oui, le champ chromatique est plus froid qu’une porte de prison, sans réelle nuance, je comprends qu’il puisse ne pas plaire mais c’est en cela qu’il est adéquat au final.

Car de quoi parlons-nous ici : de Boba Fett. « The » booty hunter, un personnage monté en tête d’épingle par les admirateurs de la saga alors qu’il meurt comme une crotte et qu’il a trois lignes de dialogues dans le film L’Empire Contre-Attaque. C’est ce qui l’a rendu intriguant : fine gâchette, armé de la tête aux pieds, énigmatique, calculateur, d’une intelligence froide et sans pitié. Un personnage idéal pour un récit sombre et réaliste. Alors pour parler précisément des quatre histoires composant ces deux tomes, oui c’est vrai, elles cassent pas trois pattes à un porg. Des truanderies, des règlements de compte entre mafioso, un contrat qui tourne à l’embrouille, ce n’est pas méga épique comme devrait l’être un Star Wars. Cependant je n’ai pas trouvé cela si mal, surtout qu’elles pourraient très bien être considérées comme canon ces histoires malgré le rachat de la licence par Disney qui a établi l’univers étendu comme nul et non avenu. Boba Fett aurait survécu à la digestion du Sarlacc, nous sommes 10 ans plus tard et sa vie n’interfère pas avec les événements racontés dans la nouvelle trilogie.

Le livre-objet est plutôt cool en plus je trouve : on ne voit plus ces grands formats inédits de comics avec couverture cartonnée souple. Les illustrations de couverture de Mathieu Lauffray sont splendides en plus. On cumule le meilleur de la french touch et du génie britannique dans un « syncrétisme » graphique rare. Je suis nostalgique de l’époque Dark Horse France qui avait le cran de proposer des histoires de Star Wars aux graphismes sortant de la norme. Aujourd’hui c’est trop formaté, même pour une licence aussi codifiée que celle-ci.

Nom série  Ultimex  posté le 21/01/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ultimex, tu peux pas test. On côtoie là le summum de l’humour graveleux no limit et sans complexe. Je l’ai découvert la première fois il y a un paquet d’années via son blog qui existe toujours et d'où sont tirés les strip gag des albums. Je ne sais pas trop ce que j’ai dû lire mais en gros ça doit représenter la moitié de la production.

Ultimex s’adresse à tous ceux qui ont du mal à tendre les muscles zygomatiques devant la majorité des humoristes actuels qu’on voit dans tous les médias avec leurs sketchs inoffensifs pour le grand public, à tous ceux qui ne se marrent que lorsque ça dérange avec des vannes aussi corrosives que l’acide. Ultimex se fout de tout et tous, des riches, des pauvres, des hominidés, il crame des églises, bute des gosses, il est pété de tune, égocentrique et mégalo, obsédé violeur misogyne, la liste est longue et il n’y a pas de frontière au déglingage mais il fait tout ça avec une certaine « classe » à coups de punch line cultes. Et son pote faire-valoir Steve n’est pas en reste lui non plus. C’est de l’humour absurde hyper 15ème degré. De toute façon c’est souvent du gros n’importe quoi, je me suis tapé des barres des rire pendant des heures avec ces conneries. On pourra cependant regretter le mauvais côté du blog qui fait qu’on a souvent qu’une succession de blagues sans réelle narration.

Graphiquement on dirait que c’est fait sous paint mais j’imagine que c’est moins pour des questions d’esthétisme que de rapidité d’exécution. Ça passe bien de mon côté.

Nom série  La Licorne  posté le 02/11/2013 (dernière MAJ le 14/01/2018) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
D’habitude je ne relis jamais les histoires que je ne recommande pas. Mais avec ce dessin ciselé d’Anthony Jean que je trouvais déjà magnifique dans mon premier avis, avec ces visages taillés à coups de serpes, les formes anguleuses, la place laissée au contemplatif, le trait hyper fouillé qui démontre un talent certain, de même que ces extraordinaires couleurs soignées, et puis surtout l’imagination qu’il déploie pour dépeindre ces créatures mythologiques, j’ai envie de reprendre les mots de l’auteur : « Les chimères de l'antiquité sont aujourd'hui devenues des puzzles anatomiques, assemblages écorchés de muscles, d'os et de tendons totalement improbables ! » ; Bref, j’ai eu la soudaine envie d’accorder une seconde chance à cette série.

En lisant mon commentaire j’ai constaté après relecture avoir buté sur les mêmes écueils, à savoir les révélations et retournements de situation qui s’enchaînent dans l’ultime épisode et qui sont comme une avalanche d’informations dont j’ai de la peine à tout digérer. J’ai également accroché sur les mêmes points qui sont entre autres le dessin et la densité d’intrigue des trois premiers albums qui ne sont pas si tarabiscotés pour peu qu’on ne lise pas en diagonale. Même le scénariste Mathieu Gabella prévient que La Licorne est une œuvre pas spécialement ardue mais elle demande un minimum d’attention de la part du lecteur. Cela tombe à pique, j’aime les histoires qui laissent songeur et me donnent du grain à moudre. Peut-être est-ce la raison pour laquelle j’étais passé au travers la première fois à cause d’une lecture en quatrième vitesse. J’ai mieux pris conscience de l’ambition de son scénariste : la réconciliation de l’Histoire, des Sciences et des récits de l’imaginaire. Et malgré certains défauts, à mon sens, sur lesquels je conclurai, force est de reconnaître que l’alchimie fusionne à merveille, la joute est remportée haut la main.

Il y a eu pas mal de malentendus sur ce qu’est La Licorne, certains espérant un catalogue d’anecdotes en rapport avec la médecine, ils ont donc été déçu de lire une fiction. Pour moi il s’agit de Fantasy uchronique que l’on peut confondre avec la Fantasy Historique : ici, la Fantasy se passe dans le monde réel auquel viennent se greffer des éléments surnaturels. À la fin le cours de l’Histoire est plus ou moins respecté mais la manière dont les choses se sont produites possède une trame fantastique (et SF souvent ici), qui diffère de ce qui est enseigné dans nos livres.

Certes ce n’est pas que cela. L’alchimie est bien plus complexe puisqu’on prend pour point de départ une intrigue à base de jeux de pistes et d’énigmes à résoudre à la manière d’un Da Vinci Code, sauf que le casse-tête n’est pas une toile du célèbre génie polymathe, mais la non moins sibylline tapisserie en six parties de la fin du XVème siècle : La Dame à la Licorne. Encore aujourd’hui les chercheurs n’ont pas percé tous ses mystères… C’est une des choses que j’ai trouvé très bien construites : le récit commence doucement sur une enquête criminelle dans le tome un et bien que les éléments fantastiques soient déjà présents, il n’y en a pas abondance, et le lecteur à l’image du héros Ambroise Paré, découvre et rentre petit à petit dans ce monde fantastique. C’est bien dosé en somme. On perçoit bien les tâtonnements de l’auteur sur certains aspects comme le dosage de l’humour qui se fera de moins en moins présent, on entend moins la gouaille rabelaisienne de Paré à mesure que l’histoire avance, ni les apitoiements humoristiques de Paracelse. De même, la violence est décomplexée voire WTF dans le premier tome puis devient soft par la suite. C’est toujours spectaculaire mais moins barré. C’est intéressant un scénariste qui arrange la mire en cours de route quand il constate que des choses passent moyennement. Il y a une évolution sans pour autant broder au fur et à mesure des albums, dès le début Gabella sait où il veut nous emmener.

J’ai trouvé cette série jubilatoire, très « feu d’artifice », où ça part dans toutes les directions mais dans le bon sens du terme. D’un côté on a une intrigue qui traite d’enjeux dramatiques qui peuvent s’avérer cataclysmiques. Les héros sont un groupe de super papy de la Renaissance qui doivent faire face aux plans malveillants de l’Église romaine qui cherche à insuffler un nouvel élan à sa croyance à une époque où l’homme commence à avoir la prévalence des préoccupations au détriment de Dieu. Au milieu de ce petit monde il y a un intriguant « Chasseur » qui joue double voire triple jeu, un mystérieux génie inconnu qui balance des indices aux quatre coins du monde, et tout le bestiaire mythologique (Sphinx, Minotaure, Manticore, Hydre, Kraken, etc.) connu qui a lui aussi ses propres intérêts, et même parmi ces créatures toutes ne se battent pas dans le même camp.

Et en même temps et sans la nécessité d’une seconde lecture, on lit entre les lignes un passionnant cours sur l’histoire de la médecine et des sciences de la faune dont les conférenciers se nomment Ambroise Paré, Nostradamus, André Vésale, Paracelse, Jérôme Fracastor, Conrad Gessner, Jacobus Sylvius, etc. Le scénariste joue habilement sur les croyances populaires du XVIème siècle comme la poudre de licorne qui aurait des effets curatifs miraculeux et dont on faisait commerce mais qui dans la réalité était une arnaque (c’était des défenses de narval). Le récit fourmille d’idées comme l’homme de Vitruve qui serait un plan prototype de Chimère, l’œil du Basilic ferait IRM, la recherche du mouvement perpétuel ressemble à un chaînon d’ADN. Le dessinateur n’est pas en reste puisqu’il offre de superbes compositions tour à tour inspiré par exemple de la bibliothèque labyrinthe du Nom de la Rose ou encore la chute du Balrog dans les mines de la Moria dans Le Seigneur des Anneaux. Alors c’est vrai, des fois on peut avoir ce sentiment décourageant que la série s’adresse à un public réservé car il faut avoir un peu de culture pour tout comprendre de A à Z : entre le dieu grec de la médecine Asclépios, l’alignement des planètes Mercure et Vénus (Aphrodite et Hermès) qui n’est pas un choix anodin, et le déluge biblique, l’auteur case beaucoup d’éléments qui donnent le tournis. Mais au final ce que raconte La Licorne, la transition entre l’homme primordial, celui de Galien, et l’homme moderne qui découvre les micro-organisme, est très originale et demeure cohérente.

Alors il y a certaines choses que je n’ai toujours pas très bien compris, donc vous pouvez sauter ce paragraphe car ça va spoiler : j’ai compris grosso modo qu’il y avait le choix entre trois options à la fin : bon je ne vais pas trop renter dans les détails mais le héros choisit la troisième voie, celle consistant à sacrifier les primordiaux mais sans donner le bon rôle à l’Église. Le truc c’est que je n’ai saisi comment tout cela se goupillait, par exemple comment on en arrive de mykrobios mortel et agressif à mykrobios comme système immunitaire. C’est surtout sur le duo amoureux Chasseur / Vampire que je bute car au final ce que lui souhaite ressemble aux souhaits de Paré mais ils sont pourtant ennemis. Et puis le double du Chasseur, la chauve-souris, c’est un primordial ou quoi exactement ? De même que la petite fille, je n’ai pas compris ce qu’elle venait faire ici, si elle était une réincarnation de la Vampire ou autre… Par un moment on nous dit que la Licorne est indestructible puis la page suivante qu’elle doit être détruite… no comprende. La fin en points de suspensions est assez étrange, même si aucunement incohérente, car on sacrifie tout les primordiaux mais laisse le récit ouvert sur le mythe de Dracula. Tout n’est pas clair comme de l’eau de roche mais… j’imagine que ça appelle à une troisième lecture.

En somme : divertissant, intelligent avec quelques scories, bien documenté et beau.

Nom série  Le Dernier Rituel  posté le 07/01/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je souhaiterai commencer par un court préambule : je n’ai jamais compris pourquoi certains critiques déconseillent la lecture d’une bd sous prétexte que la série est abandonnée, voir même abaissent leur note d’évaluation à cause de cet abandon. La défection d’un éditeur ou des auteurs n’enlève en rien les caractéristiques d’un livre, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Que l’on soit déçu de ne pas avoir la suite est une chose, et le refus d’achat peut ainsi se justifier, mais pour le reste cela fait un peu vendetta sur une œuvre par pure frustration. D’ailleurs je ne sais pas s’il s’agit ici d’une démission des auteurs préférant aller voir ailleurs, ce qui serait très critiquable vis-à-vis des lecteurs/acheteurs, ou si la décision d’arrêt fut simplement guidée par les faibles ventes (et on sait Soleil coutumier du fait). Bref, passons à la critique :

Je me suis demandé à la lecture du Dernier Rituel s’il ne s’agissait pas d’une commande d’éditeur plutôt que d’une idée originale de Grégory Maklès : j’y ai retrouvé plus ou moins l’ensemble du cahier des charges de ce qui faisait une série Fantasy estampillée Soleil à la fin des années 90 / début des années 2000, une sorte de « lanfeusterie » si on veut raccourcir. Cependant je ne suis pas vraiment parvenu à savoir s’il s’agissait d’une geste de High Fantasy avec beaucoup d’humour (genre Lanfeust de Troy donc), ou de la Fantasy parodique qui par séquences se prend au sérieux. Le problème se situe au niveau du dosage selon moi car si le scénariste ne sait pas sur quel pied danser entre le registre graveleux ou la raillerie inoffensive, c’est tantôt l’insistance des situations tantôt la lourdeur des dialogues qui font un bide.

Le worldbuilding, les personnages et le type de récit mènent aussi à penser que nous sommes dans du Soleil classique : il y a un terrible mal qui sévit sur cette terre, le Nécrom, vis-à-vis duquel on ne peut que fuir tout comme la maladie du Veill dans La Geste des Chevaliers Dragons. Je ne ferais pas la comparaison avec les Marcheurs Blancs du Trône de Fer vu qu’on était en 2002 et que la mode des invasions zombies était plutôt en berne. Le décorum est celui d’un univers un peu bâtard de Science-Fantasy où on trouve aussi bien des nains armés de hache, un grand général-sorcier « moorcockien » cybernétique, un bateau à vapeur, une cité céleste aérostat, des éléments purement magiques/chamaniques propres aux univers de Fantasy, mais aussi des flingues, de même qu’un mercenaire barbare émule de Han Solo. Bref, c’est un fourbi qui fait très Arleston et c’est plutôt plaisant.

Le malheur de cet unique numéro est que le récit ne se met pas bien en place à mon sens. Il souffre de longueurs atroces comme la partie « sous la toile » où il y a beaucoup de blabla inutile qui non seulement ne fait pas avancer l’intrigue de beaucoup, mais qui en plus n’en profite guère pour expliquer le pourquoi du comment de la horde maléfique du Nécrom. Il y a des méchants zombies qui ravagent tout, point barre. De même les personnages manquent d’intérêt, ils sont un peu balancés comme ça en pâture et il faut se contenter ici d’une démonstration de leurs talents : la gâchette rapide pour Sesterce, le combat de mêlée pour Mano-Khan, quant à la scribe elle se contentera du rôle de damoiselle en détresse… Il y a aussi des choix curieux comme le dragon (qui ressemble davantage à un golem) associé du mercenaire Sesterce que l’on voit dans l’introduction pour ensuite complètement disparaître de l’intrigue. De même lorsque l’action sérieuse commence enfin à venir, on voit se profiler un duel Mano-Khan versus un personnage badass qu’on pense être La Mort (visuel de couverture), mais non, les auteurs choisissent plutôt l’ellipse et de passer à autre chose.

Au final j’ai eu le sentiment d’avoir passé un moment divertissant sans que cette intrigue n’ait réussi à me mettre l’eau à la bouche parce qu’une fois terminé on ne sait toujours pas ce qui se passe ni ce que cherche à raconter les auteurs. Voilà, il y a un danger apocalyptique, une sombre prophétie annonçant « un couple d’amants, puis une vierge, fille de Satan », et que l’unique piste de salut des personnages repose sur leurs « vices les plus avérés : l’or, le pouvoir et la gloire... » Avec un héros nommé Sesterce et où tout le monde est prêt à vendre père et mère pour s’en sortir, je me demande si on n’est pas dans une histoire de troll mettant à mal le mythe du héros universel comme l’avait fait le tome 1 de la Geste des Chevaliers Dragons. Mais bon, à défaut de suite on en restera là…

Tout cela est d’autant plus regrettable qu’en ce qui me concerne j’ai plutôt kiffé le dessin de Robin Recht ainsi que les couleurs de Lencot, le duo fonctionne bien. Franchement cela a beau être la toute première bd de Recht on perçoit déjà le talent : c’est fouillé, il y a du décor en arrière plan, le trait est fin… il a fait le job en gros. Je dis cela parce que je n’ai pas l’impression de voir du Recht, celui de toutes ses séries futures où l’encrage est très prononcé, où il exprime davantage sa propre créativité. Il y a toujours cette impression de commande d’éditeur où on aurait demandé à Recht de dessiner comme Didier Tarquin car il y a ici du Lanfeust dans l’histoire ET dans le dessin.

C’est un album que je recommande si on est aficionados de Recht comme moi, ou si cette Fantasy très « anarchique » de chez Soleil vous attire. Pour le reste il ne faut pas être très regardant sur l’aspect narratif ni la solidité de l’intrigue.

Nom série  Solo (Delcourt)  posté le 22/12/2014 (dernière MAJ le 05/01/2018) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
À la lecture de Solo je n’ai pas pu m’empêcher de penser à une série animée que je regardais très jeune : Biker Mice from Mars, l’histoire de trois souris anthropomorphes vétérans d’une guerre futuriste qui leur a laissée des séquelles psychologiques et physiques et se déroulant dans un décor post-apocalyptique. De bons souvenirs donc, sauf que les aventures de Solo n’ont rien du conte pour enfant, le ton y est résolument plus adulte et pessimiste.

Certains y ont vu volontiers des références à Gladiator, Mad Max. Pour ma part j’y ai énormément perçu l’influence d’un Robert E. Howard et de son personnage phare, Conan. Je veux dire, regardez le quatrième de couverture : Solo au sommet d’un tas de détritus, de crânes, l’épée dégainée et la main posée sur le pommeau, ça ne vous rappelle rien ? Du pur Frank Frazetta tout craché. L’auteur Oscar Martin affiche et assume ses références, j’ai aussi vu certaines illustrations avec Solo cape au vent, le poing fermé sur le sol, il y a du Berserk là-dedans.

Même au niveau de l’approche psychologique que du parcours initiatique je trouve que Solo se rapproche beaucoup de Conan. On ne le dit pas assez mais Conan tout comme chez Solo, derrière la première facette du personnage bourrin qui fait parler les armes, il y a pas mal de psychologie voire parfois de philosophie, se sont des personnages qui portent un regard nihiliste, dépité, mais qui cache aussi une grande sensibilité.

Ces premières aventures sont très divertissantes mais on attend évidemment plus dans la suite à venir car pour l’instant nous avons eu droit à trois histoires qui ont chacune leur intérêt, mais pour que le récit gagne en épaisseur il faudrait que Solo vive quelque chose d’un peu plus épique et qui explore d’avantage les facettes de ce monde. J’aimerai bien connaître le pourquoi de ce monde post-apocalyptique où certaines espèces animales se sont hissées au rang des hommes dans la chaîne alimentaire.

Parce que la voix off de Solo présente durant l’intégralité du récit, j’ai aussi tendance à penser comme d’autres qu’elle est un brin pompeuse. Ou plutôt, Solo semble un peu gâteux, il radote toujours la même chose ; « manger ou être mangé, tuer ou se faire tuer… », C’est un peu lourd à la longue et ça fait un peu psychologie de bas étage.

Mais ce n’est pas bien grave car certaines faiblesses du scénario sont compensées par un dessin brillant de maîtrise. Oscar Martin tout comme son compatriote Juanjo Guarnido vient du monde de l’animation, et ça se ressent dans son trait un peu épais mais lisse qui rappelle certains Disney. Les cadrages dans les scènes d’action sont dynamiques et la taille des cases est grande pour nous en mettre plein la vue. Il y a des dessins en pleine page qui sont contemplatifs, c’est très impressionnant mais ça demande aussi un peu de variance pour les 2 albums à venir. Certes le fait d’encrer l’histoire sur une Terre ravagée impose une certaine uniformité dans les décors et les couleurs, mais un peu de diversité serait aussi la bienvenue.

Une lecture à recommander pour les amateurs du genre et une suite à surveiller.

Mise à jour 05/01/2018

Je ne pensais pas devoir faire une mise à jour quand j’ai commencé la lecture du T3, même une petite. Ce que j’ai écrit précédemment était toujours valable pour le T2 mais il me faut bien reconnaître que j’ai abordé cet ultime tome de manière un peu paresseuse, ne m’attendant pas à de grands bouleversements. Je ne pouvais plus mal me tromper.

Une conclusion d’une noirceur stupéfiante. Le doute est permanent sur la façon dont les choses vont se terminer pour Solo et sa famille. Même si la tonalité de la série tire vers le pessimisme, il y a aussi des moments heureux, notamment sur le T2 où les choses se concluent en bien. Là c’est vraiment « noir c’est noir il n’y a plus d’espoir ». Certes cela à beau s’achever sur un épilogue étrangement, pas « optimiste » mais disons que la lutte continue ; tout de même, je ne parviens pas à me réjouir. Un peu sous le choc. Le ton ampoulé du monologue en voix off de Solo m’a parfois exaspéré et pourtant on s’y attache à ce Conan anthropomorphe post-apocalyptique. Le voir en chier comme ça, lui et sa famille, on sait vu l’ambiance générale que ça peut virer au vinaigre mais on espère néanmoins un classique happy end. Et pour que cela se termine ainsi… c’est un Gladiator/Mad Max scénarisé par Martin Scorsese le truc. Dur à encaisser.

Au final c’est plutôt une série prenante à suivre, avec certes des défauts, des répétitions, mais avec une histoire et un message qui tiennent debout : une vie d’un survivant dans un monde hostile. Avec en prime de très chouettes graphismes dans la lignée des auteurs à personnages anthropomorphes tels Etienne Willem et Juanjo Guarnido.

Nom série  Samurai Légendes  posté le 29/12/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Il paraît que Samurai Légendes peut se lire indépendamment de la série mère. C’est faux. Je n’ai pas lu celle-ci et je suis passé complètement au travers de sa série spin of. C’est simple je n’ai quasiment rien compris à la trame principale et je ne pense pas que ce soit de mon fait. Mais qui est chargé du travail de relecture chez cet éditeur ? En plus aucune excuse pour le scénariste Jean-François Di Giorgio puisque Samurai Légendes se déroule avant les événements contés dans Samurai si j’ai bien compris. Il pouvait débuter sur une histoire basique compréhensible, son seul soucis serait de faire correspondre la fin avec le début de Samurai. Sauf que ça part en banzaï dès le début.

Bon, le premier tome ne raconte pas grand-chose cependant que même avec une histoire simple le scénariste arrive à se vautrer. Alors c’est Furiko, une sorte de rônin avec les pouvoirs de Wolverine qui est chargé par un mec qui s’appelle Harumo de rapporter la tête d’un seigneur rival, en échange de quoi il lui révélera où sont ses deux sœurs Reiko et O-Kane qu’elle a perdu de vu. OK, jusque là ça se tient, même si le coup d’envoyer des assassins buter la fille, assassins qui bien évidemment échouent, pour ensuite faire genre que tous ceci faisait partie d’une stratégie pour la faire venir à lui et lui proposer un taf, est complètement con ; mais ça passe, je continue. En résumé tout ce qui se déroule ensuite ne sert strictement à rien puisque le vrai commanditaire est un seigneur de guerre au nom subtile d’Akuma (qui peut se traduire par « Diable » ou « Démon », vous la sentez la subtilité ? ) qui cherche à embaucher la féroce Furiko… Mais bon sang de bonzaï ! Pourquoi ne pas l’avoir directement contactée au lieu de passer par machin qui tente de la tuer pour ensuite… ?! Tout cela n’était qu’une excuse pour un étalage de scènes d’actions sanglantes gratuites.

Le tome 2 est tout aussi mal fagoté avec une histoire d’enquête policière où un détective cherche à résoudre une série de meurtres dans un petit village. Cette intrigue occupe une grosse part du bouquin, mais vous savez quoi ? En fait, on s’en bat les cerises ! Bah oui, en fait tout cela ne sert que d’introduction aux sœurs de Furiko: O-Kane et Reiko (que de toutes façon on ne parvient jamais à différencier ni reconnaître à cause du dessin mais j’y reviendrai). Oh, et jamais au cours des deux tomes suivants on ne saura pourquoi au juste qu’elles tuent des gens ou qu’elles sont cannibales (enfin, c’est ce que j’ai compris), ni d’où leur vient leur pouvoir régénérateur si ce n’est que ça a un lien avec la grotte sous-marine (qui comme par hasard est souvent à deux pâtés de maisons quand elles en ont besoin. Oh bah ça ça tombe bien alors! ). Oh, et pourquoi Furiko et ses sœurs choisissent de se rallier à la cause d’Akuma ? On s’en bat les reins cousin, il leur promet du vent et ça suffit pour les convaincre. Oh, et c’est quoi cette histoire de XIIIème prophète ? Après 4 tomes on y voit aussi bien que dans le cul d’une vache.

Dans le tome 3 c’est déjà plus clair : c’est la guerre. Akuma veut être empereur à la place de l’empereur, où Shogun pour ce que j’en sais, il est méchant le gars. Cela va être l’occasion de dessiner plein de scènes de batailles, des duels dantesques et… mais non j’déconne. Parlons plutôt de Yoshi, un nouveau clampin qu’on introduit mais qui n’est pas destiné à aller plus loin que le tome 3. C’est le boyfriend de Furiko. Et ? Et c’est tout ce que j’ai retenu de ce tome. La suite svp.

Le tome 4 réussit l’exploit de ne même pas être raccord avec la fin du tome 3 puisqu’on quittait l'ost d'Akuma en route vers le palais de l’empereur pour terminer cette guerre. Mais, par la magie du scénario de merde l’histoire débute avec Akuma dans sa forteresse où il fait du rien. Pendant ce temps-là Furiko et ses sœurs sont embauchées par une bourge afin de retrouver son boyfriend enlevé par des malfrats. Whaou… ça c’est du scénario épique. Il y a un arc scénaristique en parallèle avec une gamine aux pouvoirs extra-sensoriel mais comme ce n’est là non plus pas hyper bien introduit, je passe. Ah ouais, un élément à charge contre le scénariste qui démontre qu’il ne devait pas être très frais quand il a écrit son scénar : à un moment Furiko parle de, je cite, « rééquilibrer nos chances depuis la perte de la bataille de Tagayama ». Je ne comprends pas à quoi elle fait référence mais il y a un astérisque en bas de page où il est écrit : « épisode à venir »… Donc si je comprends bien, dans ce tome 4 on parle de choses dont le lecteur n’a pas connaissance puisqu’elles se sont passées entre le tome 3 et le tome 4, mais dont on parlera dans le tome 5 ? J’ai bon ?

Bon cela suffit. Parlons du dessin à présent. L’histoire n’étant souvent qu’un prétexte pour introduire des duels et des massacres, j’ai eu ma dose de rouge sur cette série. Bon après je ne trouve pas cela hyper bien chorégraphié non plus (Le Maître d'armes lui est largement supérieur par exemple), et comme la violence n’a pas de véritable sens ici, cela la dédramatise d’autant plus. Cristina Mormile est plutôt bonne sur les décors je trouve, pleins de détails, j’ai bien aimé. J’ai vu quelques planches en noir et blanc et le contraste avec les planches en couleurs est saisissant je trouve. En effet les couleurs de Paitreau (tome 1 à 3) et Denoulet (tome 4) ne pimentent pas du tout les graphismes. C’est même l’effet inverse qui se produit. Bon, cela se parcours vite mais je n’ai pas eu envie de m’arrêter pour contempler plus que cela (pas fan du style de Mormile sur les visages, la proportion des corps ni même la démarche créative).

Je suis très déçu car sans m’attendre à quoi que ce soit (n’est pas Okko qui le veut), j’espérai le minimum syndical (Isabellae) et passer un bon moment car j’apprécie la Fantasy asiatique.

Nom série  Résilience  posté le 28/12/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Résilience est un récit dystopique d’anticipation politique-écologique. En 2068 l’Europe n’est plus qu’une terre inféconde épuisée par un mode productiviste effréné, bousillée par des produits chimiques que contrôlent des multinationales despotiques. La masse des humains se retrouve pieds et poings liés par ces oppresseurs qui ont le monopole de la production alimentaire, allant même jusqu’à débusquer et anéantir toute velléité de choix alternatif. Mais il existe encore une poche de résistants qui ne se sont pas résiliés, qui se rappellent ce que le mot « agriculture » signifie, que la responsabilité individuelle n’est pas un concept vide de sens et qu’il n’est jamais trop tard pour éveiller les consciences endormies. Nous suivons Adam, un jeune homme éduqué dans ces principes, ayant grandi à l’écart mais qui va malgré lui se retrouver happé par cet enfer dont on ne s’échappe pas aisément.

« Déjà-vu » la thématique proposée par Résilience ? Probablement puisque cela fait 50 ans que les scientifiques nous disent qu’il faut changer de paradigme, sinon « il sera trop tard ». Et cela fait 50 ans que rien ne change jamais vraiment dans les grandes lignes et que peut-être, « trop tard » il est déjà. Car le message a beau être martelé on dirait qu’il rentre par une oreille et ressort de l’autre sans que cela ne fasse « tilt ». Si des choses comme l’augmentation des cas de cancer chez les agriculteurs ayant recours aux pesticides, l’acidification des océans, le désastre écologique de la guerre du sable, la destruction de la barrière de corail, la disparition de 26000 espèces animales et végétales chaque année ou la 6ème extinction, sont des sujets qui vous sont totalement étrangers ; alors c’est super, prenez votre petite pilule bleue et faites de beaux rêves. Oui, Résilience ça fait du bien comme de gueuler sa rage dans un mégaphone, on imagine l’auteur au travers d’Adam comme un porte-parole de tous ces militants qui doivent avoir souvent l’impression de se battre contre des moulins à vent.

Ça casse à tout-va et certaines séquences sont tellement dans le vrai qu’on se dit qu’entre la fiction et la réalité, un pas a déjà été franchi : la multinationale fictive Dyosenta est une charge contre la bien réelle Syngenta qui avec 2 autres multinationales, Monsanto et Dupont-Pioneer, possèdent 50 % de la production des semences mondiales. Et quand vous savez qu’avec le concours de l’UE il y a un catalogue établi interdisant la vente de certains fruits et légumes que l’on cultive pourtant depuis des siècles… il y a de quoi s’insurger. En parlant de la classe politique d’ailleurs, elle se fait bien broyer en règle avec ce beau-parleur en costard (mdr il a la tronche de Hollande !) maniant la novlangue avec son discours creux agitant les peurs imaginaires de la décroissance pour mieux faire accepter à la plèbe les desiderata des multinationales qui les ont à leurs bottes. L’auteur n’épargne pas non plus la masse sur ses agissements, que ce soit ceux qui se prétendent « agriculteurs » et qui collaborent avec ce système, ni même les petites gens gavés de fausses informations jusqu’à devenir apathique, ne connaissant que la soumission. La vision est alarmante sur les plus jeunes qui ne savent plus à quoi ressemble tel animal ni tel insecte (un effet de loupe grossissant ? Pas vraiment : vu personnellement au salon de l’agriculture, des gamins qui voyaient une chèvre pour la première fois, t’avais l’impression qu’ils regardaient une créature mythologique). Le désastre n’est pas venu que par le haut, c’est aussi le rôle des aînés d’apprendre à préserver puis transmettre.

Un propos intéressant et toujours d’actualité donc. Cependant sur le fond comme sur la forme Résilience n’atteint jamais la grâce d’un Mother Sarah qui est à mes yeux la référence ultime du genre. On sent que l’auteur a des choses à raconter mais, limité par une histoire qui doit s’achever en 2 volumes et restreint par une pagination de 62 planches, on a cette impression de survoler certains thèmes et qu’il y a juste la place pour caser quelques phrases. Aussi le récit ne prend pas vraiment le temps de se mettre en place avec un côté ironiquement « fast-food » où on rentre vite dans l’action et les péripéties ne tardent guère à s’enchainer. Du coup on n’a pas trop le temps de s’attacher aux personnages bien qu’on perçoit des tentatives de nuancer certains traits psychologiques. Ce n’est pas bien grave en soi puisqu’on cherche à aller à l’essentiel et à faire passer un message.

La grande force de Le Révérend, première série d’Augustin Lebon, résidait dans ses graphismes plutôt plaisant. C’est toujours aussi agréable à regarder mais je trouve que pour un récit futuriste c’est limité et épuré niveau créativité. Par exemple la cité recluse où sont réunis les « possédants » conserve un visuel champêtre de petit village qui donne un côté risible à ses bad guys. J’ai un peu de mal à imaginer qu’en 2068 les 99 % de la populace se soient « ghettoïsé » tandis que les plus riches qui sont censés être au sommet de la pyramide, ne vivent pas dans davantage de luxe avec une technologie améliorée (des courses-poursuites en moto mais pas un seul hélico ou soutien aérien ?…). Il y a une vague impression de post-apo nanaresque qui fait un peu tâche.

Conseil de lecture si la BD vous a plu : la trilogie climato-apocalyptique de Jean-Marc Ligny : Aqua, Exodes, Semences.

Je mets un « 3 » mérité en attendant de voir si la moisson sera à la hauteur des espoirs.

Nom série  Batman - The Dark Prince Charming  posté le 27/12/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Voilà le genre d’association que j’aimerai lire et voir plus souvent. Un monument de la fiction américaine adapté par un auteur européen reconnu, une pointure de ces dernières décennies, merci DC et Dargaud ! Enrico Marini était libre d’écrire l’histoire qu’il souhaitait du moment qu’elle respectait la mythologie de la licence, ainsi que de dessiner dans le style de son choix. Seul demeure le format de l’objet taille comics.

Nous avons un premier jet assez intriguant qui laisse en suspend pas mal d’interrogations, ce qui constitue une force comme une faiblesse car comme dans tout scenario construit en diptyque, il faudra attendre le dénouement pour qu’on puisse se forger une opinion. On est vraiment dans du Batman pur jus, solide, avec un auteur (sans doute un peu aidé) qui connaît et respecte l’univers de ses prédécesseurs : tantôt inspiré par l’environnement sombre et crépusculaire de Nolan avec un Joker aussi délirant que sadique, tantôt par la série Batman The Animated Serie pour le chara-design de Bruce Wayne et du commissaire Gordon, ou peut être bien le jeu vidéo Arkham City dans celui de Catwoman, on retrouve tous les personnages basiques. J’ai eu cet assentiment que chacun pouvait y retrouver son Batman en fin de compte (sauf Schumacher je vous rassure), car même dans l’intrigue principale on retrouve le côté détective des premiers numéros, ou l’aspect « vigilante » de Frank Miller.

Dans tous les cas c’est un Marini en grande forme sur les planches, de quoi regretter un plus grand format vu qu’on est servi en doubles-planches. De l’entreprise, du fan-service (« miaou », sexy Selina Kyle), et cerise sur le gâteau une coloration directe qui change des couleurs numériques sans nuance d’outre-Atlantique…

Allumez le Bat-Signal, le chevalier noir me manque déjà.

Nom série  Laowai  posté le 27/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Une bonne introduction d’un diptyque évoquant une période méconnue des français mais à laquelle ils ont pourtant contribué, celle de la seconde guerre de l’opium opposant la Chine face à la France et le Royaume-Uni. Cela dit lorsqu’on voit le rôle qui ont joué ces deux derniers, on comprend pourquoi on fait profil bas (pas beaucoup de livres sur ces événements ni de documentaires). Ce n’est pas très glorieux de se retrouver de l’autre côté du manche dans le camp des méchants envahisseurs, hein ?…

Toutefois ce n’est pas un récit purement historique, et heureusement. On démarre l’intrigue en 1859 lorsque la guerre est déjà entamée (1856-1860) mais durant une période de trêve. La guerre de l’opium sert de toile de fond à un récit d’action et d’aventure. Nous suivons un jeune marsouin français engagé volontaire, François Montagne. Un personnage fort intéressant au travers duquel le lecteur pourra se reconnaître car tout comme lui on découvre et s’émerveille du dépaysement de cette Chine du XIXème siècle, en même temps qu’on adopte son regard naïf, complètement ignorant du pourquoi du comment de cette guerre. J’adore ce genre de construction scénaristique où à travers une petite histoire on raconte la grande.

Les scénaristes se veulent honnêtes, réalistes, et ne cherchent pas à épargner les forces occidentales. Bien évidemment qu’on ne fait pas la guerre pour des questions d’honneur ou de lutte entre le bien et le mal. Il est toujours de bon ton de présenter son ennemi comme le grand méchant menaçant notre mode de vie, et pas comme un bon bougre qui aspire aux mêmes choses simples que l’occidental moyen (le discours du général Cousin Montauban aux troupiers p.21-22 en est une parfaite illustration). On fait la guerre pour des richesses matérielles, de l’or, des terres, du pouvoir, des parts d’action, le marché, etc. Ne restait plus qu’à trouver un casus belli.

En plein cœur de ces événements, le soldat Montagne est un peu le rebelle de service qui a des valeurs et les défend envers et contre tous. Un petit côté Corto Maltese un brin candide comme je l’ai évoqué, mais qui fait du bien à suivre. Du camarade exemplaire lors de la phase entraînement façon Easy Company dans Band of Brothers au héros de guerre survivant, en passant par le good lad durant la traversé, jusqu’à la phase remise en question puis rébellion ; il demeure droit comme un « i ».

Pour nuancer cette bonne impression globale du scénario, il n’y a pas vraiment de gros rebondissements pour le moment. Même les sous-intrigues sont un peu cousues de fil blanc, pas besoin d’être une flèche pour deviner que la comtesse de Malnay joue un double-jeu…

Xavier Besse propose un dessin semi-réaliste de très bonne facture qui rentre tout à fait dans ma zone de confort. Et les couleurs à l’aquarelle sont magnifiques et très à propos avec ce type d’histoire, évoquant un aspect carnet de voyage.

Comment tout cela va-t-il se terminer ? On connaît la suite dans les grandes lignes : les hominidés crevarices du grand capital obtiendront ce qu’ils étaient venus chercher… quant au sort de Montagne et ses camarades, j’espère que le scénario saura me surprendre.

Nom série  Le Grand Méchant Renard  posté le 24/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Oui, c’est un conte fort sympathique, drôle par petites touches, enfin, ce n’est pas la grosse poilade non plus mais j’ai souri sur certaines répliques. C’est plein de bons sentiments qui, à moins d’avoir un cœur de pierre toucheront forcément le plus grand nombre. J’ai été légèrement déçu parce que la bd a été tellement sur-vendue que je m’attendais à l’œuvre d’exception. C’est un peu le revers de la médaille aussi, avec une adaptation au cinéma en l’espace de moins de 2 ans après sa sortie, là où d’autres séries cultes poireautent toujours en attente, je me disais que le succès et les éloges étaient forcément logiques et qu’on rentrait dans la catégorie des immanquables.

Mise en page, dessin, couleurs directes, narration… ça se lit vite et bien, rapport au nombre de pages. Je ne dirais pas que c’est « joli » mais ça fait le taf. Du coup l’édition spéciale n’apporte pas grand-chose si on n’est pas gaga du dessin. On préférera l’édition simple déjà pas donnée. Bon sinon ce n’est pas trop mon truc ce genre d’histoire, je trouve cela un peu niais et déjà-vu, même si je n’ai pas d’exemple en tête qui me vient là. Je réserve plutôt cela à un public féminin et jeune. Un petit 4 mais mérité.

Nom série  Wollodrïn  posté le 26/12/2013 (dernière MAJ le 22/11/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Chapitre 1 Le Matin des Cendres

David Chauvel et Jérôme Lereculey connaissent sur le bout des doigts leurs classiques, car si la balance penche clairement du côté de la fantasy d’inspiration tolkienienne, Wollodrïn ne s’enlise pas dans le vulgaire ersatz déjà-vu de la Communauté de l’Anneau et parvient à mêler avec justesse d’autres grands noms du genre dans cette folle aventure en no man’s land.

Du Seigneur des Anneaux, Lereculey emprunte surtout la beauté des décors néo-zélandais du film de Peter Jackson ainsi que les diverses techniques de cadrage comme les vues en plongée sur ces compagnons marchant en file indienne au sommet d’une colline. Mettez le thème principal du SdA en fond sonore et on s’y croirait ! D’autant plus que ces choix de cadrage se prêtent à merveille aux grands espaces avec ces cases tout en largeur sur deux pages qui accentuent bien sur ce côté monde inconnu et dépaysant. J’ai grand plaisir à voir ce dessinateur dont je perçois chaque fois un peu plus une amélioration : le trait est ici un peu épais mais toujours très net, donc lisible, du travail bien soigné.

J’ai envie de me mettre en porte-à-faux par rapport à d’autres avis qui trouvent le récit en résumé assez classique, donc banal, donc inutile. Chauvel pioche chez les « Classiques », oui, et il ne joue pas avec ses propres billes, mais cela ne l’empêche pas de mitonner une histoire très multi-genre et qui finalement fonctionne plutôt bien et se révèle divertissante. Et c’est bien là le principal.

J’ai crains au début à un remake de La Quête... avec ces protagonistes qui nous endorment avec leur longue marche en avant et dont seule la beauté du décor parviendrait à nous maintenir en éveil. Mais il y a très vite dans le récit des signes annonciateurs qui montrent bien qu’on ne compte pas nous resservir la même soupe froide : ces compagnons d’infortunes recrutés parce qu’ils n’ont rien à perdre et qu’entre cette mission suicide ou la mort directe, le choix est vite-fait, tiennent plus des Douze Salopards, troupe du purgatoire, que des gentils et fraternels membres de la communauté de l’anneau. Et puis il faut quand même être sacrément à l’ouest pour ne pas percevoir que cette fantasy d’aspect classique beigne dans une ambiance western de bon aloi : entre les différents protagonistes à la gouaille sergioleonesque et le mode de vie orc/amérindien piochant dans Danse avec les loups de Kevin Costner. Je ne sais pas si David Chauvel a déjà lu Joe Abercrombie mais je suis persuadé qu’il s’entendrait à merveille avec cet auteur fantasy inspiré par Tarantino et le western fantasy néo-classique.

J’ai senti également que le scénariste maîtrisait son histoire, ne voulant pas donner toutes les réponses et cherchant à construire sur du long terme. Cette sous-intrigue politique avec la nation empirique elfique qu’on ne voit jamais mais dont on nous dit qu’elle est responsable des maux de ce monde, est très alléchante. J’ai envie d’en savoir davantage.

Des bémols ?
Je regrette que la fin soit précipitée, deux ou trois pages supplémentaires en guise d’épilogue auraient été bienvenue.
Une invraisemblance avec un personnage de la troupe qui ne devrait pas se trouver là étant donner la révélation qui nous est faite dans le second volet sur sa véritable identité et ses véritables intentions. La suspension consentie d’incrédulité prend un coup sérieux tellement cela paraît invraisemblable. On se dit, « tout ça pour ça ?! », l’argument « mission suicide » vole en éclat devant le raisonnement foireux du personnage.

MISE A JOUR 20/01/2016
Chapitre 2 Le Convoi


A défaut de faire montre d’une grande originalité tout comme son cycle aîné, la suite se pause comme un excellent pot-pourri tourné à cent pour cent vers un divertissement encore plus jouissif que son prédécesseur.

On repart avec ce couple insolite Onimaku la femme humaine et Hazngar le mâle orc, les survivants de la première aventure sont engagés comme guides et protecteurs d’un convoi. David Chauvel le scénariste avait des envies de western visiblement avec ces familles de pèlerins à la religion austère qui migrent pour s’installer sur une terre promise avec des rêves d’Eden plein la tête. Avec le talent de Jérôme Lereculey toujours au rendez-vous on n’échappe pas aux superbes plans larges représentants les grands espaces sauvages et toute une mise en scène qui donne vie à ce côté western avec les chariots qui se mettent en carré lors des raids gobelins qui forcément remplacent les indiens dans le rôle d’assaillant.

Et comme les gars ont de la suite dans les idées, ce qui s’apparentait à une Ruée vers l’Ouest se transforme en un Season of the Witch à cause de spectres noirs Nasgûl qui en ont après le convoi pour des motifs obscurs et qui vont réveiller de sombres forces apportant à l’intrigue un tournant survival horror en mode hack n’slash. C’est excellent car on bascule d’une référence à l’autre et très vite Onimaku, Hazngar et leurs comparses de fortune se retrouvent avec une armée de zombies aux trousses, et Chauvel qui nous rejoue la scène de l’hypermarché dans L’Armée des Morts remplacée par une halle au grain. Ouarf ! Du grand spectacle mené à cent à l’heure dans le deuxième tome avec un affrontement Gandalf vs. Manticore zombifiée, et en filigrane une belle histoire d’amour interraciale (ça me fait bizarre d’écrire cela).

C’est beau, c’est fun, c’est incontournable pour les amoureux de la culture SFF.

MISE A JOUR 18/11/2016
Chapitre 3 Celui-qui-dort


Amis nostalgiques, enfants rêvasseurs, approchez que je vous présente Le Hobbit nouvelle formule !

Après l’interlude western des « porte-flingue » Onimaku-Hazngar, voici que David Chauvel retourne à ses tolkienneries avec un protagoniste qui ne paye pas de mine mais ne manque pas de sel : l’adolescent nain Tridïk.

Handicapé à la naissance par un bras en moins, Tridïk sait pertinemment qu’il ne pourra jamais prendre la succession de son père forgeron, et s’évade une grande partie de son temps le nez plongé dans de vieux livres narrant les exploits de son héros nain favoris, Bhaälzec. Le jeune Tridïk a toujours vécu parmi ses congénères dans une communauté située profondément sous la montagne. Mais ce lieu, truffé d’interdits est devenu trop étroit pour cet esprit libre qui a soif d’aventures et de romances. Car en secret Tridïk en pince pour la belle Mëlinhh dont il espère gagner le cœur en lui offrant une chrysoztëre, une fleur rare que l’on ne trouve qu’au plus profond de la montagne… Par le plus grand des hasards, Tridïk fait la découverte d’un passage secret menant derrière les portes scellées d’Ahrëezlohk, un endroit maudit volontairement oublié des mémoires naines, car il renfermerait une chose qui jamais ne doit être réveillée… Qu’à cela ne tienne ! Pour séduire Mëlinhh, Tridïk est prêt à braver tous les interdits. « I’m going on a adventure ! » comme dirait l’autre.

Voilà pour la présentation de la première partie, car il s’en passe des choses tout du long : d’une folle escapade souterraine en guise de quête initiatique où il ne fait pas bon être claustrophobe, le hobbit sort finalement de son trou pour explorer les grands espaces de Wollodrïn. Entre-temps, Tridïk s’est trouvé un compagnon de voyage : Haffanen, le « dernier » des elfes. David Chauvel fait montre de sa maîtrise de la dramaturgie avec des personnages qui évoluent psychologiquement. L’humeur badine et bon enfant de la première partie laisse place aux temps de la désillusion comme si Tridïk grandissait et prenait petit à petit conscience de la réalité du monde qui l’entoure. Et inversement, une philosophie humaniste très touchante quoiqu’un peu niaiseuse du jeune Tridïk faisant la leçon à l’immortel Haffanen. C’est assez cocasse. Un réalisme incarné par cet elfe pas très tolkienien pour le coup, plutôt proche d’un barbare atroce howardien. Entre moments de franches rigolades et prises de bec, il s’installe une complicité sincère entre les deux protagonistes mue par cette influence mutuelle.

Malgré de nombreuses références littéraires qui sautent aux yeux le récit n’est pas pour autant cousu de fil blanc et réserve quelques surprises notables dans son dénuement. Chauvel prend un malin plaisir à tourmenter ses classiques et offrir une vision géopolitique que je juge plus réaliste et complexe qu’une simple vision binaire zoroastrienne dont on a (trop) souvent l'habitude en fantasy.

Toujours un bonheur de contempler une bédé de Jérôme Lereculey qui ne cesse de m’impressionner. Vive la Terre du Mil… Wollodrïn, pardon. Je ne me suis toujours pas remis du dessin en double-page sur la grotte à ciel ouvert, pages 34-35, le genre qu’on a envie de posséder en original et d’accrocher dans son salon. Un travail d’orfèvre nain. De Chauvel ou Lereculey, de qui vient l’idée du design de l’elfe Haffanen ? Peu importe, j’ai apprécié ce mélange d’albinos moorcokien et du Rige de La Quête… Tiens en parlant de celle-là, bien vu pour le Fourreux/Zzürk.

Si je devais émettre un seul bémol ce serait que j’ai parfois le sentiment que Chauvel en fait trop dans la référence à JRR (hum hum hum ! Frodon, Sam, Shelob et ton antre le Torech Ungol, on vous a reconnu).

Terminons sur une bonne note : Wollodrïn aurait pu se limiter à une succession de récits indépendants mais petit à petit l’univers s’étoffe et on flaire la convergence des protagonistes pour le 5ème diptyque, ou quand la petite histoire rejoint la grande... Du tout bon !

MISE A JOUR 22/11/2017
Chapitre 4 - Les flammes de Wffnïr


Musique : Two steps from Hell – Road to Revelation

David Chauvel poursuit la création de son univers Lord of the Rings like humaniste avec un diptyque un peu différent des autres dans sa construction. Auparavant nous avions droit à une histoire se tenant en deux albums avec présentations de nouveaux personnages. Le tome sept poursuit sur cette lancée avant que le suivant ne prenne le lecteur à contre-pied en accélérant les événements, ce qui donne beaucoup de rythme et de rebondissements à ce dernier.

Wïnhbor est un orc fier, têtu et machiste, qui ne supporte pas que sa sœur aînée Wïnhart soit meilleure que lui dans les tâches qui incombent aux mâles. Dès lors, quand celle-ci est désignée par le conseil des anciens pour l’accompagner lui et ses frères d’arme dans leur rite de passage à l’âge adulte, Wïnhbor est un peu chafouin. Cet orc caractériel masque derrière les apparences une profonde blessure psychologique de jeunesse. Lorsqu’ils étaient enfants, lui et sa sœur ont vu leurs parents se faire tuer par le dragon Wffnïr. L’expédition n’est donc qu’un leurre pour Wïnhbor dont le sang clame vengeance. Il devra faire avec sa sœur et leurs compagnons qui ne le lâchent pas d’une semelle dans ce périple suicidaire.

Présenté au départ comme un drame familiale avec en son noyau la relation pleine de non-dits mais d’affection sincère entre Wïnhart et Wïnhbor, ainsi que les hantises que ce dernier fuient mais auxquelles il devra se confronter ; l’intrigue met en quelque sorte en suspend ce parcours initiatique du jeune orc, pour lier son futur à celui du dragon Wffnïr, réincarné dans une petite fille. Alors que l’on pense se diriger vers une histoire de défiance puis d’amitié sur le modèle du précédent diptyque, les différentes trames de l’intrigue tissée depuis le début de la série finissent par se relier, et la toile d’araignée de prendre forme.

Je l’avais soupçonné en fin de tome six que Chauvel nous annonçait une sorte de Justice League de la Fantasy mais bon sang, qu’est-ce que ça fait du bien de constater que c’est ce qui est en train de se passer ! Haffanen, le champion des elfes, Tridïk l’héritier de Baälzec, Wïnhbor aux pouvoirs de se démultiplier, et Wffnïr le dernier dragon : tous ces champions de la balance, descendants de Rong Dhärn le créateur de toute chose, doivent unir leur force pour vaincre les sorciers Nazgûls mais dans un premier temps, sauver le nouveau champion de la race des hommes : un bébé nouveau-né, la fille d’Onimaku et de l’orc Hazngar (remember les quatre premiers tomes ? ). Et quel pied de revoir les side-kick comiques de la toute première aventure : Jokkï le nain berserker, Ebrinh le semi-orc et Ivarr l’archer d’élite alcoolique dont les cheveux ont grisonné depuis la dernière fois où on l’a aperçu.

Ce quatrième arc lance le décompte final, la partie d’échec touche à sa fin. Une histoire qui tire comme toujours ses inspirations chez Tolkien avec un background où on introduit un Sauron (où le diable, celui qui divise), la sorcière du deuxième diptyque qui revient en mode Gandalf le Blanc, une cosmogonie expliquée inspirée en partie du Silmarillon, etc. Mais n’oublions pas que Chauvel ne fait pas dans le manichéisme et a une approche plus humaniste des choses avec ses orcs inspirés des amérindiens. Il y a pas mal de suspens quant au sort de certains personnages, on balise grave pour eux. Les dessins de Lereculey sont toujours aussi tip-top, beaucoup de détails et de minuties et un sens of wonderful intact avec pas mal de dessins en double-page. On pourra juste pinailler sur le manque d'épaisseur de la relation Wïnhbor/Wffnïr dont on a du mal à adhérer, ainsi que la fin qui n’en est pas une et se termine plus sur un « à suivre » qu’on n’avait pas eu jusque-là.

Nom série  GTO - Great Teacher Onizuka  posté le 18/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
GTO, c’est bien. GTO, c’est hilarant et violent en même temps. GTO, c’est une œuvre providentielle pour toute une génération. GTO, c’est un guide pour la vie.

Eikichi Onizuka est un jeune homme de 22 ans ancien voyou chef de gang de bikers, qui cherche à se reconvertir mais comme il ne sait pas trop quoi foutre, il décide de devenir enseignant de lycée parce qu’il y a la sécurité de l’emploi, que c’est un job « tranquille », et l’idéal pour secrètement se taper des petites jeunes. Parce que oui, Onizuka a beau être le type bad ass gros dur à cuir, il est néanmoins puceau. Pas de bol, il se retrouve à devoir enseigner à de jeunes merdeux de collège. Une classe sur les sentiers de la perdition composée de gosses mal à l’aise dans leurs pompes même s’ils le nient et qui en font voir de toutes les couleurs à leurs profs (dans un esprit cruel et non pas bon enfant). Mais faut-pas-faire-chier Onizuka qui a des méthodes pas très… « académique ».

GTO ça raconte plein de trucs : du social avec des histoires touchantes sur ces jeunes ados qui manquent surtout de repères ou qui se sentent inadaptés au système scolaire (japonais mais le problème se pose aussi bien en France) qui cherche à les faire rentrer dans des petites cases ; un peu de philosophie sur l’expérimentation de la vie ; beaucoup d’humour en-dessous de la ceinture ; de la bagarre décomplexée ; un esprit très encré dans la mentalité japonaise où il est mal vu de pleurer sur son sort et de montrer ses émotions, etc.

Comme beaucoup j’ai d’abord découvert GTO par la série animé, c’était un truc énorme à l’époque. Je crois que c’était diffusé pour la première fois en France en 2004. J’avais à peu près le même âge que les personnages de la série et ce qu’ils vivaient me touchait donc d’autant plus, même si les histoires étaient pour la plupart invraisemblables, ce n’est pas le propos. Il y avait aussi cette VF magique avec des acteurs qui usaient d’un langage argotique qui rendait la série mémorable : « Toi quand je t’appellerai pot-de-chambre, tu sortiras de sous le lit » (et monsieur le Directeur avec sa Cresta… qu’est-ce que je me suis fendu la poire avec ses malheurs). Et cette musique très jazzy bien dans les années 2000 était tout aussi culte.

C’est vrai qu’on ne retrouve bien évidemment pas ces choses-là dans le manga mais l’air de rien l’anime lui est très fidèle. L’humour libidineux-3ème degré est le même, les tronches des personnages sont les mêmes également, l’histoire ne bouge quasiment pas d’un iota, en tout cas pas dans les grandes lignes (cette fin en points de suspensions est néanmoins regrettable). Et puis le dessin de Toru Fujisawa est vraiment bon quoi. Souvent entre manga et adaptation il y en a souvent un des deux qui morfle, là les deux sont au top. Je recommande aussi bien les deux médias (avec une préférence pour l’anime).

Franchement on pourrait en parler sur des pages et des pages, mais à quoi bon ? Si vous avez entre 27 et 33 ans (grosso modo), il n’y a pas besoin d’expliquer en long-en large pourquoi GTO est archi-cultissime. Pour les ados, il faut lire le Great Teacher Onizuka ! Pour les plus vieux, ce n’est pas de votre génération, mais qui sait, ça pourrait vous surprendre.

Nom série  Siorn  posté le 26/06/2014 (dernière MAJ le 09/11/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Après plusieurs années d’interludes il était temps que je parcours le deuxième volume conclusif. Dès lors une refonte de mon avis s’imposait.

J’ai une affection particulière pour cette série qui n’a malheureusement pas très bien marché commercialement alors qu’elle comblerait les attentes de bien des lecteurs en mal de Fantasy à l’ancienne. Siorn prenait le pari risqué de réhabiliter l’Heroic Fantasy pure et dure, un sous-genre qui n’a plus trop la cote de nos jours il faut bien se l’avouer (si on met de côté David Gemmell qui ne cesse d’être réédité). C’est un peu l’adaptation bande-dessinée européenne de Conan que nous n’avons jamais eu d’une certaine façon, car ce Siorn ne trompera personne sur les références et clins d’œil qu’il empreinte au héros le plus célèbre de l’écrivain texan, Robert E. Howard, ainsi qu'à son meilleur illustrateur, Frank Frazetta.

Tout les ingrédients sont réunis sans que rien ne manque : Siorn est un barbare, un Nosvars des steppes du nord, un guerrier solitaire, ou plutôt en exil car en conflit ouvert avec le chef suprême des siens, Kostrok, sa Némésis. Si ce dernier est l’archétype du Nosvars brutal et peu réfléchi, Siorn est son antagoniste : rusé, machiavélique, rapide et adroit. Tandis qu’il pense avoir réussit son casse et dérobé les gemmes de la forteresse de Jolarsh, Siorn est finalement rattrapé puis capturé et ramené auprès de l’infâme reine Ysbel (elle aussi archétype de la femme lascive tigresse à dompter de l’Heroic Fantasy) qui voit en ce sauvage malicieux un outil qu’elle peut utiliser dans sa guerre personnelle contre son frère. Mais on ne contraint pas si facilement un homme comme Siorn… Aussi, sur une idée inspirée probablement par New York 1997, Ysbel empoisonne Siorn, l’obligeant à se lancer dans une mission impossible derrière les lignes ennemies s’il souhaite obtenir l’antidote.

Les personnages sont cyniques à mort, portés par leurs petites ambitions égoïste, et même s’ils se battent du « bon » côté pour certains, ils ne le font que rarement pour la bonne cause mais parce que contraints et forcés. Le degré de violence se veut réaliste, ça perce la chair, le sang coule à gros bouillon, ça tranche des membres aussi facilement qu’un bon morceau de bœuf de Kobe. Les protagonistes s’aident d’une panoplie exhaustive d’armure et d’armes : la massue géante pour Kostork le bestiau, Siorn usant d’une hache en forme d’ailes de papillon style Druss la légende, Gaïl avec son marteau et sa carrure rappelle Brienne de Tarth du TdF, et la sexy Hebryn manie la faux (ou bien est-ce un tumi ? ) avec grâce.

D’un survival-actioner dans le tome 1 on passe à un compte à rebours avec repli défensif des « good guy » qui usent de la tactique militaire de la terre brûlée pour contrer l’avancée de l’armée Nosvars. Avant l’ordalie qui décidera du sort de la guerre dans un duel opposant Siorn le rebelle à sa Némésis, moment classique bien que toujours aussi épique, le récit est entrecoupé de sabotages, coups tordus d’assassin en scred, combat de boxe pour montrer qui c’est qui a la plus grosse, et autres escarmouches où on laisse place au chant des armes. Quel dommage que les auteurs n’aillent pas au bout du truc et ne nous offre une vraie histoire de Sword & Sorcery d’antan. Car point de créature infernale à zigouiller, de sorcier à débusquer sous une montagne de feu, ou de vieille relique à dénicher dans un tombeau hanté par un dieu ancien. On regrettera également que la fin soit en points de suspensions laissant augurer une possible suite dont on sait pertinemment aujourd'hui qu'elle ne verra jamais l'aube.

Parlons du visuel à présent. Le style semi-réaliste de Morgann Tanco est excellent mais que par intermittence selon mon impression personnelle. Si la majorité des dessins possèdent un encrage soigné et détaillé dans la lignée des Lauffray, Montaigne, Meyer et cie pour donner une idée ; j’ai parfois eu l’impression qu’il s’essoufflait par moment sur le tome 2 avec des arrières plans moins peaufinés. De même, si les couleurs m’ont globalement comblé, parfois je me suis demandé si le dessinateur n’avait pas eu du mal à respecter les délais pour fignoler. Avec Denis Bechu et GOM ils ont beau s’y être mis à trois, je n’ai pas toujours trouvé le raffinement identique tout le long. Néanmoins, le découpage est dynamique notamment lors des phases d'action, donc bien à propos avec la tonalité du récit. Et puis dans la recherche graphique je rassure, il y a à manger et à boire. Les personnages ont les gueules « leonesques » qu’ils doivent avoir, les paysages évocateurs font leur taf niveau sensationnel. Voir Siorn chevaucher aux côtés d’Hebryn dans les montagnes devant un ciel rosé m’a rappelé ce bon vieux Schwarzenegger gambadant dans les steppes l’horizon pointant devant lui.

C’est beau, du divertissement grand public pas pour les pisse-froids.

« Les hommes civilisés sont plus discourtois que les sauvages, car ils savent qu’ils peuvent se montrer impolis sans se faire automatiquement fendre le crâne ». Robert E. Howard.

Nom série  Les Derniers Argonautes  posté le 01/10/2016 (dernière MAJ le 09/11/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Jason, Héraclès, Orphée, Méléagre, Pélée, Atalante, Castor et Pollux… Les Argonautes font figures d’Avengers de la mythologies grecques d’une certaine manière, la première Justice League, la Ligue des Gentlemen extraordinaires de la mer Égée.

Sur une idée originale du duo Jean-Blaise Djian et Olivier Legrand, Les Derniers Argonautes raconte l’ultime baroud d’honneur du héros Jason, bien des années après avoir été maudit par la déesse Héra pour avoir délaissé sa femme, l’infanticide Médée. J’affectionne ces histoires du vieux héros sur le retour, désabusé, hanté par ses démons, le vétéran revanchard qui fait son come-back pour le décompte final, cela me rappelle certains romans de David Gemmell.

Cette fois-ci les enjeux sont bien plus grands que de débusquer une vulgaire babiole comme la Toison d’or. Pour des raisons inexplicables, les dieux ne communiquent plus avec les mortels et le monde part à vau-l’eau. Répudiés ou privés de cette relation vitale à l’équilibre de la société, certains mortels régressent à l’état de barbarie, s’aliènent et s’entre-déchirent, cependant qu’un oracle augure la solution salvatrice : restaurer l’Orbe du monde volée aux dieux rétablira l’équilibre du monde vacillant. En cette époque crépusculaire seul un héros comme on n’en voit plus pourra diriger cette folle entreprise : Jason le héros déchu est la personne prophétisée.

Pour l’accompagner les auteurs ont sélectionné une bonne vielle troupe de JDR des familles : Eurymion l’aède, Skadda l’amazone archère, le jeune prince infirme Leitos, Borbos le satyre, auxquels viendront s’ajouter Nessia la sorcière et Manaos fils de Tanis la néréide. Une compagnie hétéroclite tout ce qu’il y a de plus classique et j’en profite pour soulever un point qui me dérange : le jeu de rôle j’aime bien, mais tant que cela demeure dans le domaine du jeu. À partir du moment où on reprend la structure narrative d’un JDR mais de façon romancée style Les Chroniques des Ravens de James Barclay, je m’ennuie ferme.

C’est le problème que rencontre Les Derniers Argonautes dans le tome 1, les personnages doivent aller d’un point A à un point B et sur leur route ils enchaînent très vite les rencontres préméditées qui leurs permettent ainsi de débloquer une situation et de faire avancer l’intrigue. Il y a donc une construction qui se veut très linéaire, très plate et qui devient malheureusement assez vite monotone. De la même façon les personnages restent trop campés dans leur rôle et leur fonction, restreignant cruellement l’aspect psychologique au stéréotype de base, alors que c’est pourtant important à mon sens dans ce genre d’"action-story" que les personnages puissent évoluer et tenir ainsi le lecteur en éveil. Les dialogues je dois le confesser, sont comme téléphonés et insipides par conséquent. Heureusement, le tome 2 s’affranchit je trouve de ce côté JDR et propose davantage d’inattendu, de rebondissement, les langues se délient déjà un peu plus, et même une nouvelle piste d'intrigue s'ouvre. Donc plutôt pessimiste à la fin du premier tiers, j’ai eu un net regain d'intérêt dans la seconde partie.

Le troisième tome conclusif laisse une impression tiédasse. Pas sur sa partie graphique qui demeure constante mais sur l’aspect scénaristique moyennement convaincant. Est-ce dû à la sacro-sainte pagination en 48 planches ? Les choses sont comme précipitées, outre le fait qu’il n’y a pas de véritable rebondissement ce qui en soi est assez décevant ; les pacifiques et bienveillants hyperboréens basculent subitement dans le rôle de l’ennemi et cela donne lieu à des incohérences : comment ont-ils été alerté des plans de Jason visant à leur dérober l’orbe alors qu’ils n’en laissés rien paraître la page d’avant ? Pourquoi ne pas les exécuter directement ? Pourquoi cette schizophrénie du roi Partholon qui en un claquement de doigt devient un gros taré psychopathe ? C’est quoi cette amourette à deux francs du soldat Telion pour la princesse ? Je pense qu’il manquait tout simplement une bonne cinquantaine de pages pour faire en sorte que l’intrigue tienne debout.

Aussi, la conclusion est incroyablement décevante. Certes, je reconnais bien là les dieux de la mythologie grecque : pédophiles, zoophiles, psychopathes, infanticides, incestueux, capricieux, immatures, etc. Mais je ne comprends pas pourquoi on a commencé tout cela en annonçant une histoire originale adoptant les codes de la High Fantasy et du JDR, si c’était pour qu’on achève le récit sur une leçon banale et scolaire de la sempiternelle toute puissance des dieux qui n’en font qu’à leur tête de débiles mentaux, et qu’à la fin c’est toujours eux qui gagnent « nananèreuh ».

La grande force de cette série vient du dessin de Nicolas Ryser, du bonbon pour les yeux, meilleur que l’hydromel des dieux. Techniquement impeccable et sans fausse note, on pourra juste lui reprocher de ne pas caser de dessins en pleine page qui apporteraient ce petit côté épique qui fait la sève de ces grandes gestes héroïques. J’ai adoré sa mise en couleur au pinceau façon aquarelle, couleur directe, vraiment c’est très beau, cela donne envie de s’y attarder et de vivre un peu plus intensément cette aventure.

Vu le catalogue des BD sorties adaptant les chants homériques ou se basant sur la mythologie grecque et Hésiode en générale, Les Derniers Argonautes n’ont pas grand-chose à envier à la concurrence hormis les clichés et naïvetés de son entame, ainsi qu'un vague sentiment de platitude une fois la série achevée.

Nom série  Souterrains  posté le 09/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Dans les années 1930, quelques part dans le bassin minier du Nord-pas-de-Calais, la routine suit son cours pour Henri, son beau-frère Lucien et sa petite famille, tous deux mineurs de charbon. Entre un boulot harassant mal payé sans protection sociale, les conflits avec la direction patronale et la peur des réductions d’effectifs, ce n’est pas la joie tous les jours mais la vie étant ainsi faite, chacun tente de trouver des motifs de satisfaction. Pour Henri c’est plutôt contestation ouvrière, théories marxistes et bibine le soir au bar Chez Moustache. Pour Lucien c’est plutôt la famille avant tout et philosophie terrienne sans faire de vague. Lorsque ce dernier accepte de rejoindre une nouvelle équipe de miniers chargés de tester une innovation « high-tech », un poste mieux rémunéré faisant miroiter une évolution hiérarchique ; sa relation d’amitié commence à sentir le souffre avec Henri qui y voit une trahison et pressent une cabale patronale pour les remplacer tous. Quand Lucien prend conscience de la supercherie et qu’il s’est fait dupé, il tente un geste désespéré en voulant tout faire exploser. Mais il se rate, lui et ses camarades Tobiaz, Andrezj, le vieux, la corneille et le porion, se retrouvent abîmer dans un monde fantastique qu’ils ne soupçonnaient pas…

J’ai sincèrement pris un grand plaisir à la lecture avec cette histoire fraîche d’un auteur qui casse les codes et barrières des genres. Cela débute comme un récit social tout ce qu’il y a de plus classique sur la dureté et la précarité du statut du mineur de charbon, avec son lot d’imageries à la Germinale, les corons et barreaux, la descente dans les puits, les chevalements, etc. Mais aussi le thème des conflits sociaux qui virent à l’empoignade entre ouvriers syndiqués et chiens de garde à la botte du patronat. Le contexte historique est bien rendu donc même si volontairement stéréotypé. Aussi avec la thématique du remplacement de l’homme par la machine, on se souvient qu’il s’agit d’une problématique bien plus ancienne qu’on ne le pense et pas seulement présente dans nos récits d’anticipation d’aujourd’hui, mais qui déjà pouvait se poser à l’époque (ou au XVIIIème siècle et la navette volante de John Kay qui révolutionna le métier à tisser par exemple).

On pense alors que le récit prend le chemin de la science-fiction (sans oublier le teasing horrifique de l’intro) avec ce robot esclave-minier asimovien ingénieusement conceptualisé que je nommerai pour la forme mini-S.A.M. parce qu’il me rappelle le mécha géant de la série du même nom. Et puis « PAF ! », l’histoire prend le lecteur à contre-pied et bascule dans un remake de Daylight où le but va être de retrouver la lumière du soleil. À partir de ce quatrième chapitre Romain Baudy reprend presque les codes de la Portal Fantasy puisque, tout en étant définitivement dans une histoire Fantastique, nous avons des personnages qui explorent un monde secondaire merveilleux, par moment « médiéval », et dont ils sont totalement ignorants. La faune et la flore n’ont rien de commun avec ce qu’ils connaissent, toute retraite est impossible, et ils vont y jouer le rôle quasi « cliché » du héros prophétique libérateur. Le background fantaisiste ne manque pas de sel avec ce brassage des mythologies germanique et nordique où les Jötunn géants fusionnent avec les Nibelungen souterrains. La recherche est poussée jusqu’au runes qui ont une véritable signification et ne sont pas mises là juste parce que ça fait jolie : l’Othila la rune de pouvoir pour commander, et Uruz, la force. L’idée que des mineurs humains croisent des créatures mythologiques caractérisées pour leur travail des métaux est d’ailleurs plutôt cocasse.

Voilà, je trouve l’intrigue très bien construite et pensée : la mise en abyme est chouette car si malheureusement pour Zola il n’y aura pas de « grand soir » dans le monde du dessus, nos héros pourront toujours se la jouer Sergio Leone et refaire Il était une fois la révolution chez les Jötunn. D’ailleurs pour la mise en abyme, peut-être que je pars en live mais je me demande si l’auteur n’a pas lu le Moi, Asimov de l’écrivain éponyme qui évoquait entre autres dans cette autobiographie ses origines juives puis un échange où il s’était opposé à Elie Wiesel qui était disons pour faire court, « obsédé » par l’Holocauste, que les juifs, parce que persécutés étaient bons et innocents par essence. Asimov lui avait répliqué que les juifs étaient persécutés parce qu’en position de faiblesse et qui sait s’ils s’étaient retrouvés de l’autre côté du manche… que le phénomène de persécution est universelle et que de persécutés certains passent à persécuteurs en un clin d’œil lorsqu’ils sont les plus forts comme le démontrent des comportements extrémistes d’israéliens envers les palestiniens. Et je me suis demandé avec mini-S.A.M. le robot asimovien briseur de chaînes du joug des nains/ewoks qui ont fuit les persécutions des vénitiens pour persécuter à leur tour les Jötunn/Nibelungen, si… enfin bon, peut-être est-ce tiré par les cheveux.

Romain Baudy qui est entre autres choses designer sur la jolie série animé jeunesse "Wafku", démontre qu’il a plus d’une corde à son arc et est capable de se muer en auteur complet. Nous avons entre les mains un véritable roman graphique de plus d’une centaine de pages où parfois le dessinateur nous régale avec des dessins en pleine page totalement gratuits, que d’autres auraient réduit à cause de la limitation en 48 planches. Il y a parfois une fausse impression d’être en présence d’un héritier de Mike Mignola avec un encrage profond lorsqu’on s’enfonce dans la mine (proche du Dessous - La Montagne des morts de Bones). J’ai apprécié les jeux d’ombre entre encrage et couleurs qui donnent un rendu très riche, ainsi que cette variété dans le trait entre décors bien détaillés et physionomie des personnages parfois simple, vieille école. Toutefois, l’œuvre parfaite n’existant pas, j’ai relevé quelques scories qui m’ont dérangées :

- Certaines proportions entre tête et corps ne sont pas toujours nickel en début d’album.
- Pas très convaincu par le changement brutal de comportement de Lucien qui passe trop vite de père de famille responsable à dangereux poseur de bombe.
- Les dialogues des personnages lors de la découverte de la créature manquent de naturel et de surprise (genre « OK y a une grosse bestiole… what else ? »).
- Le coup de poing du Jötunn sur Lucien façon One-Punch Man qui ne fait que l’assommer alors que dessiner comme ça, il aurait dû se faire écrabouiller.
- Les lutins qui parlent un français moderne impeccable alors qu’enfermer depuis des siècles sous terre. Un défaut qui m’agace toujours dans ce genre d’histoire.

Une découverte surprenante qui m’envoie ravi. Un des tops de 2017.

Nom série  Le Temps des Secrets  posté le 04/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Nouvelle incursion dans Les Souvenirs d’Enfance de Marcel Pagnol avec cette fois-ci l’adaptation du troisième volet, Le Temps des Secrets.

Comme je l’avais mentionné dans mon impression sur l’adaptation de La Gloire de mon Père, je ne suis pas très versé en « pagnoleries », connaissant surtout les deux films d’Yves Robert, j’ignorais donc qu’il s’agissait d’une série autobiographique déclinée en quatre romans.

Comme dans les précédents épisodes, les scénaristes n’ont pas écrit une version fidèle stricto sensu au livre d’origine, certains aspects du récit ont été retirés pour être replacés plus tard dans le tome final, Le Temps des Amours, selon la volonté de Pagnol qui avait émis le souhait d’un redécoupage.

J’ai bien aimé cette partie, certes moins que les deux précédentes, mais c’est toujours un réel bonheur de retrouver les péripéties du jeune Marcel, maintenant à l’aube de son adolescence. On accorde moins de place aux excursions champêtre de Garlaban, même si cela demeure un thème dominant, et on se focalise un peu plus sur la vie scolaire. Marcel rentre au lycée, il commence à forger de véritables amitiés sur le long terme et plus seulement une amitié sincère mais épisodique avec le pedzouille Lili. Cela parle des bêtises des garçons, les cours, les heures de retenues, les bagarres, etc. Bref, la vie de ces jeunes gens du début du XXème siècle n’était pas si éloignée du quotidien de ceux d’aujourd’hui ou d’hier ou de demain, et j’ai lu cela avec un regard curieux et amusé.

Un récit dense entrecoupé de passages élargissant le portrait de famille avec une biographie du grand-père paternel, toujours ces sympathiques mano a mano entre Joseph et l’oncle Jules, ou encore les travaux d’été dans les champs, pour se terminer sur une banale compétition de pétanque qui se transforme en moment de gloire épique pour le clan Pagnol.

On ne change pas une équipe qui gagne et ce sont donc les doués Morgann Tanco et Sandrine Cordurié qui se retrouvent en charge de la partie graphique. Le dessin semi-réaliste bien encré pour Tanco et les chaudes couleurs provençales pour Cordurié. Lorsque le talent est là il n’y a pas grand-chose à rajouter. Mon impression reste la même que sur La Gloire de mon Père, je suis sous le charme. Moi aussi je partais dans le Sud durant mes vacances d’été étant gamin. Pas dans le secteur de Garlaban mais on y passait en voiture et parfois on s’y arrêtait. Donc forcément avec cette BD je décolle, je m’évade…

Nom série  Eternum  posté le 03/08/2015 (dernière MAJ le 28/10/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Les histoires de Christophe Bec et moi on n’a jamais vraiment réussi à s’entendre. Je reproche à ce scénariste son manque d’originalité lorsqu’il écrit de la SF, de ressasser les mêmes poncifs pompés à droite à gauche agrémentés de dialogues lourdingues et clichés. Dans la préface d’Eternum, Bec annonce la couleur et prévient les lecteurs sur le contenu du récit. Un préambule honnête et salutaire, il n’y aura pas tromperie sur la marchandise, on sait où l’on met les pieds.

Ainsi Eternum se veut un revival hommage aux films de SF des années 70-80. Alien le huitième passager, Alien 2 le retour, oh oui ça c’est clair, gros, gros pompage des deux premiers films de la saga Alien dans ce premier tome. Entre la découverte archéologique d’une relique extraterrestre qui va semer la terreur sur un vaisseau spatial, la dite relique renfermant un corps étranger, le commando composé de militaires bourrins venant à la rescousse mais qui à leur tour se font laminer, les vilains scientifiques qui jouent les Frankenstein, la compagnie minière capitaliste prête à tous les sacrifices pour obtenir ce qu’elle veut et en tirer profit, les méchas exosquelettes et le reste, je crois qu’il ne manque plus que le lieutenant Ripley à l’appel. Assurément, Ridley Scott ou James Cameron approuverait ce scénario.

Je pense sans trop me tromper qu’on pourrait même inclure Prometheus avec tout cet aspect ésotérique qui plane sur ce premier pan de la série. Le président de la compagnie minière semble être un passionné d’ésotérisme et de récit biblique, la mystérieuse créature découverte est affublée du nom d’Ève en référence à qui vous avez devinez, le personnage principal masculin se nomme Adam, un rayon cosmique « Armageddonesque » se dirige vers la Terre suite à l’ouverture par les hommes de cette boîte de Pandore telle une réponse de Dieu à cette interdit qu’a brisé l’humanité.

L’auteur cite également en référence 2010 : l’année du premier contact et Outland, mais je n’ai pas vu ces films-là. Cependant le pitch de la relique alien qui va causer horreurs et violences est un vieux classique de la SF. Le film LifeForce mentionné par Bec vaut bien un Ghost of Mars, et on retrouve ce genre de pitch dans un bon nombre d’épisodes de la série télé Stargate SG-1 ou le jeu vidéo Doom 3 par exemple.

Et pourtant je ne me suis pas ennuyé ! Mieux, je n’y ai quasiment trouvé que des satisfactions. Oui les dialogues et situations sont très clichés, oui l’histoire est convenue, ne semble à priori pas receler de grosse surprise et le lecteur a souvent un train s’avance. Mais lorsqu’on accepte l’idée qu’il n’y aura rien de particulièrement novateur dans cette histoire (pour un peu qu’on s’y connaisse en SF j’entends), que c’est surtout un trip pour remettre au premier plan toute cette bonne SF qui fait défaut à notre époque (quel ennui Gravity et Interstellar !), et ben c’est l’éclate. Bon pour certains dialogues je ferme les yeux et je me force à me dire que ça fait parti de l’hommage. De plus c’est plutôt rondement bien mené, cohérent, il y a certaines ellipses agaçantes mais pas insurmontables non plus, un rythme de blockbuster qui monte crescendo.

D’ailleurs tout est très branché cinéma sur cette BD, l’occasion d’évoquer un peu le dessin de Jaouen, retenez bien ce pseudo, il est génial ce type. Un style réaliste avec du mouvement et ça c’est important à mes yeux, il me fait beaucoup penser à Olivier Thill (Hercule (Soleil)). Si Bec s’inspire d’Alien pour écrire Eternum, Jaouen va piocher chez H.R Giger pour dessiner l’architecture des Bâtisseurs que l’on voit au début, ainsi que pour le sarcophage par la suite. C’est juste remarquable. Dark Horse Comics aurait dû confier à Jaouen le dessin de Fire and Stone (série de comic books se déroulant dans l'univers étendu d'Alien) tellement il semble à l’aise dans le style biomécanique propre à Giger. Et je me lance dans une supposition : la tenue cosmonaute des Bâtisseurs que l’on voit sur la couverture et en page de garde ; allez, avouez, c’est inspiré en partie d’Isaac Clarke le héros du jeu vidéo Dead Space, oui ?

Un premier tome réussi et conseillé à la lecture si vous aimez toute cette bonne science-fiction flippante.

Mise à jour 28/10/2017

Deux ans plus tard et un tome de transition plaisant graphiquement mais qui ne donnait pas l’impression de faire beaucoup avancer l’intrigue, le verdict tombe : quelle misère !

J’évacue d’emblée le sujet des dessins de Jaouen que je trouve étonnamment en-dessous de la qualité des deux premiers, n’y ayant pas retrouvé ce réalisme virtuose.

Sur l’aspect scénaristique déjà on sent le gars en panne d’inspiration comme le protagoniste qui a du mal à bander. Le livre abonde de pages vides de dialogues, près du quart de la BD. Pour le reste, j’y ai retrouvé tout ce que je détestais chez Christophe Bec : les situations stéréotypés, sans suspens, sans idées propres, ce n’est que du vulgaire plagiat auquel je rajouterai à la liste Le Cinquième Élément (en plus des références sus-nommées). Comme d’hab’ dans l’aspect narratif, j’ai souvent eu l’impression que l’auteur nous faisait un copier-coller Wikipédia quant on en arrive aux explications bullshito-scientifiques, un truc qui m’avait déjà gonflé dans Carthago. Exemple de monologue :

« C’est dans les temples des cités d’Uruk et de Lagash, le pays de Sumer, l’actuel Irak, que l’on retrouve les premières traces d’écritures datant de 3300 avant J.-C… Les sumériens utilisaient des calames, des roseaux taillés en pointe, pour tracer des signes sur des tablettes d’argile, afin de dénombrer les possessions du temple, comme les sacs de grains ou les têtes de bétail… Ces écritures étaient le plus souvent composées de pictogrammes ou de signes représentant un seul mot ou concept. Il existait plus de 1500 représentations différentes… Mais là où ça se complique, c’est que pour certains mots, les sumériens inventaient des idéogrammes qui mélangeaient deux pictogrammes ! »… Oui, c’est bien. On s’en bat les steaks, mais c’est bien. Et c’est bien entendu suivi derrière d’un biais bullshito-scientifique débile et ineffable. Ridley Scott a trouvé son disciple scénaristique.

En bref et résumé, pour expliquer cette dichotomie entre moins appréciation du tome 1 et la suite et fin, j’ai préféré l’action à la testostérone qui sentait bon les 80’s plutôt que ce scénario avec son cortège de révélations foireuses du tome 3 qui pompe allègrement sur le mauvais Prometheus. En plus de la grosse baisse générale des auteurs dont j’ai parlé plus haut. À dégager, zhou, j'balance les rayons cosmiques !

Nom série  Nains  posté le 15/03/2016 (dernière MAJ le 25/10/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Nains est une série spin off se déroulant dans le même univers que Elfes, autre série de Fantasy éditée chez Soleil. Sans trop m’étendre la-dessus (voir mon avis pour cela), je n’ai pas réussi à apprécier Elfes qui fonctionne trop sur courant alternatif à mon sens. Entre parenthèses, les scenarii écrit par Jarry sur Elfes sont presque les seuls que j’ai pu encadrer.

Enfin bref, je n’ai pas eu cette appréhension craintive en abordant Nains qui propose quelque chose de rassurant pour une personne comme moi qui aime l’uniformité et la cohérence, avec un seul scénariste officiant sur les cinq albums de la saison une. Et pas n’importe quel scénariste, car Nicolas Jarry connaît son sujet avec déjà plusieurs histoires sur cette race (Nains ! Les Rois Forgerons), on sent aussi le gars qui a passé des nuits blanches sur Warhammer et autres jeux de rôliste, c’est un expert du nanisme qui se présente ici !

Tome 1 Redwin de la forge

Avec Redwin la série Nains démarre sur les chapeaux de roue. Je commence à le remarquer maintenant, Nicolas Jarry écrit des histoires profondément humanistes et touchantes que n’auraient pas reniées certains de mes écrivains favoris comme David Gemmell ou Anthony Ryan. Redwin de la forge est une tragédie familiale chargée d’émotions fortes où les reproches, les humiliations, la haine aveugle, l’orgueil, mais aussi la rédemption et l’amour, sont au programme. C’est une histoire entre un père surdoué dans son art mais à la philosophie dérangeante et méprisé car pacifiste, et son fils talentueux lui aussi mais aux idéaux contraires ; et de leur impossibilité à communiquer et donc se comprendre naîtra une défiance. Avec le temps et la maturité, Redwin comprendra-t-il la sagesse et les choix de son père avant qu’il ne soit trop tard, ou bien choisira-t-il la voie de la rancœur et de l’obscurité ?
Je ne suis pas un père mais cette histoire m’a beaucoup émue, c’est typiquement le genre de récit que j’aime lire en Fantasy avec des personnages extrêmes dans ce qu’ils sont, ce qui cause leur perte; ainsi que des émotions fortes, du sang et des larmes, des sacrifices courageux et un héros sauvé (ou pas) de la damnation.

Une bien belle saga superbement mise en image par Pierre-Denis Goux que j’avais déjà aperçu sur Mjöllnir (sympa mais sans plus (d’ailleurs on re-pompe les duels dans une arène)). Je pense qu’il a eu plus de temps qu’à l’accoutumé pour réaliser ce tome 1 car je ne saurais trop expliquer comment, je trouve le rendu plus « fini » que sur Mjöllnir. Il y a des dessins qui font vraiment baver comme la scène contemplative de Redwin devant l’académie de l’ordre de la forge, et surtout ce duel contre le mage noir qui vaudrait presque à lui tout seul qu’on dépense nos talions. La mise en scène des combats dans l’arène m’a bien fait « triper » avec ce côté « hokutonokeniesque » et les grosses giclées de sang. Vraiment, très bon choix de dessinateur. Et pour une fois je n’ai pas à râler sur les couleurs de Digikore Studios qui ont fait du bon boulot.

En complément d’information pour connaître les moindres détails :
- Pierre-Denis Goux a dessiné les couvertures des trois premiers tomes.
- Jean-Paul Bordier et Nicolas Demarre ont respectivement dessiné la leur.
- Le coloriste serait Diogo Saito même s’il y a un doute comme quoi Olivier Heban en aurait colorié quelques unes.
- Les décors des illustrations de couvertures des tomes un et cinq sont directement réalisés tandis que les illustrations des tomes deux, trois et quatre sont tirés des pages des albums.

Tome 2 Ordo du Talion

Dans ce second opus Nicolas Jarry poursuit sa croisade « fuck the system » avec un personnage élevé, torturé, formaté pour servir de bras armé à un ordre qu’il méprise pour lui avoir volé sa vie, mais dont la toute puissance dans les coulisses de la société naine empêche toute velléité de révolte. Jusqu’à ce qu’un soir Ordo trouve le moyen de faire d’une pierre deux coups en renversant le système établi et assouvir sa vengeance par la même occasion. Il monte une équipe constituée d’Héba sa rivale maître-assassin et de Panham le sang-mêlé roi de la voltige pour ce qui s’apparente comme le casse du siècle, cependant que l’ordre du Talion a des nains tapis dans chaque coins d’ombres ce qui risque de corser la difficulté de cette mission suicide. Encore une fois une chouette histoire sur le libre-arbitre et un héros repenti qui démontre qu’il n’est jamais trop tard pour faire le bien.

On pourra néanmoins pinailler sur certains aspects qui font tâches comme Ordo : sixième fils né le sixième jour de la sixième lune et cédé à la loge noire le jour de ses six ans. Argh… oh non, pourquoi placer un tel cliché ? C’était vraiment inutile. On pourra aussi se dire « encore une histoire d’assassin en Fantasy », car le genre a suffisamment cumulé ces trente dernières années les récits mettant en scène des Assassin’s Creed adorant prendre la pause accroupi sur le toit d’un édifice le regard tourné vers la cité grouillante. Mais bon, quand c’est bien écrit il n’y a pas trop lieu de se plaindre, seulement que ça casse un peu l’excitation de départ. D’autant plus que cela a déjà été fait dans le cinquième tome de Elfes alors que l’on nous avait promis de la nouveauté et de ne pas céder au facile copier-coller…

Le point qui divise le plus c’est malheureusement le dessin. On aime ou on n’aime pas Stéphane Créty, et même si j’ai plutôt apprécié ce qu’il a fait sur Masqué, c’est plus au niveau de ce choix de dessinateur que je m’interroge car c’est un dessinateur qui a un style très inspiré des comics américains. Le trait est épais, les cadrages sont serrés, la morphologie des personnages se montre indécise, les visages au second plan sont indistincts, et les décors dépouillés de fantastique. C’est un peu l’essence même du comics de faire dans la sobriété mais moi cela ne me fait pas fantasmer ce type de graphisme. Pierre-Denis Goux n’y est peut être pas étranger non plus car il est crédité à la conception graphique mais comme je ne sais pas qui fait quoi exactement ici, je me dis que les idées viennent principalement de Créty. Je pense que cela vient aussi des couleurs de Digikore Studios qui la pour le coup font vraiment informatique tellement elles aplatissent le dessin.

Une impression mitigé mais j’ai plutôt passé un agréable moment Fantasy.

Mise à jour 04/04/16
Tome 3 Aral du Temple

Lorsque Nicolas Jarry puise chez Tolkien et Lovecraft cela donne Aral du Temple, l’épisode le plus ésotérique de la saga Nains. Tolkien pour sa référence évidente au Hobbit car il y a chez Aral comme chez Bilbo ce côté récit initiatique et découverte de soi-même, ainsi que la grande aventure, au travers d’une expédition archéologique ici. Quant à Lovecraft, Jarry a décidé de ne pas jouer la carte de la subtilité lorsque est évoqué « celui qui patientait dans les ténèbres » dont on a presque envie de compléter la formule « Dans sa demeure d’Abu’kazan la morte, le gardien attend en rêvant ». Mais comme encore une fois tout cela est très bien écrit dans un one shot de 56 pages, on pardonne à l'auteur ces gimmicks littéraires.

J’ai beaucoup apprécié ce mélange des genres avec Aral qui débute son histoire tel un Adso (Christian Slater) dans le Nom de la Rose en rédigeant ses mémoires. Tout de suite on sent qu’il y a anguille sous roche et que le bonhomme nous prépare une autobiographie des plus pessimistes. Une histoire qui commence sept siècles dans le passé et la découverte par un groupe de miniers d’un artefact renfermant un savoir proscrit. Mais en mettant à jour ce qui aurait dû resté oublié pour l’éternité, les nains ont par la même réveillé un mal ancien qui remonte aux origines de leurs ordres.

Toujours beaucoup de références très cool pour meubler ce récit comme la course poursuite dans la cité possédée et cette échappée dans le téléphérique qui m’a rappelé au bon souvenir d’Indiana Jones et le temple maudit ainsi que la scène très jacksonienne en plan-séquence du Hobbit : Un voyage inattendu, avec les nains s’échappant du royaume des gobelins. On pensera de même très fortement à la partie de cache-cache entre Smaug et les nains dans les forges de la montagne solitaire. Le fan service est donc remplie et très bien mis en image par Paolo Deplano dont j’ai apprécié la technique d’encrage, assez profonde, tandis que sa mise en scène demeure efficace mais sans rien de bien spectaculaire (cela manque sévèrement de dessins en pleine page!). J’apprécie beaucoup ce que réalise la coloriste Elodie Jacquemoire chaque fois que je l’ai vue créditée sur une série, et même si ici le travail est bon, je me demande si cela ne serait pas plus agréable en noir et blanc. De quoi me demander si je ne vais pas tenter de me procurer l’édition spéciale à 500 exemplaires tirée à l’occasion du festival d’Angoulême.

Cela dit, comme dans les précédents numéros, le plus kiffant reste le message délivré par Nicolas Jarry qui dénote par rapport aux autres. Cet Aral dans son parcours et sa conclusion se pose comme un antagoniste à Redwin qui balançait entre deux chemins pour finalement choisir la voix du côté lumineux. Deux fins opposées mais un même message utopique : que le bonheur est à notre porte alors cessons de courir après le « dragon »(comprenez une chimère). C’est la fameuse quête de Tanelorn de Michael Moorcock abordée dans son multivers et le Chaland d’or ! Que voilà de jolies références philosophiques.

Vraiment une superbe histoire. Continuez comme ça monsieur Jarry.

Mise à jour 05/06/2016
Tome 4 Oösram des Errants

Avec ce tome 4 Nicolas Jarry a peut être écrit son scénario le plus abouti ou en tout cas le plus percutant. Comme toujours en toile de fond il aborde une de ses thématiques chérie, celle du père et de la relation filiale et de la transmission de certaines valeurs humanistes.

Mais à travers l’histoire d’Oösram, ce n’est plus un personnage en contestation contre le système mais toute une frange de la population naine qui sème les graines de la révolte. Oösram est bien placé pour savoir que rien ne changera jamais et que ceux situés en haut de la pyramide ont tout à gagner à maintenir le statu quo, lui qui fût un des leurs, gagné par l’avidité, l’ambition et l’obstination, jusqu’à ce qu’il trahisse son roi et par conséquent soit banni au rang des Errants, qui valent moins que des serfs alors qu’ils constituent le gros de la population. Et pourtant, c’est parmi ces sans-dents qu’Oösram apprendra à apprécier la simplicité de la vie, à aimer sa famille et être enfin en paix avec lui-même.

Cependant, les Errants ne vivent pas en vase-clos et les abus dont ils sont victimes sont quotidiens, il en a toujours été ainsi. Alors lorsque l’injustice touche un membre de sa famille et qu’un drame se produit, Oösram le fermier, le père aimant, laisse tomber sa pioche pour s’armer de sa hache et déclarer la guerre aux quatre ordres régnant. C’est du grand Braveheart que nous offre là Nicolas Jarry ! Un vent de liberté souffle sur ce récit, on cite Churchill, et on jette des clins d’œil toujours nombreux à Tolkien et Warhammer (le soldat nain enfourchant un sanglier comme monture est typique de l’imaginaire Warhammer). Et un final modèle de bravoure et de sacrifice en hommage aux trois cents de Léonidas. Après cela, les jours de la ploutocratie naine sont comptées ! Vivement la saison 2 et la Révolution naine !

Quant au dessin de Jean-Paul Bordier, il est très net, riche, les paysages sont variés et collent parfaitement à l’esprit de ce que sont les Errants. Et le dessin sur la dernière planche, je ne sais pas si cela est volontaire ou non, mais la hache plantée dans le sol en gros plan est un formidable hommage à Didier Graffet et Druss la légende. Je regrette juste comme presque à chaque fois que les couleurs soient réalisées sous « ‘toshop », ce qui a tendance à rabaisser la qualité graphique tandis qu’avec une couleur directe on attendrai le must.

Mise à jour 14/09/2016
Tome 5 Tiss du Bouclier


Nains - Season Final !

Nicolas Jarry clos son cycle par là où il avait commencé avec une saga familiale, du sang et des larmes. Le tome 1 racontait la rancune d’un fils, son imperméabilité face aux bons mots et la sagesse du père, jusqu’à la délivrance et la rédemption. Cette fois-ci les rôles sont inversés, c’est la fille qui donne la leçon au père.

Lorsque suite à un drame son dernier né Dohan devient un boitard et qu’il comprend qu’il ne pourra jamais servir dans le noble ordre du Bouclier, le capitaine Brahm tombe dans l’alcoolisme et la haine aveugle. Sa fille Tiss qu’il a toujours ignorée, est triste pour son jeune frère mais voit également là un moyen de redorer le blason familial et de montrer ce qu’elle vaut à son père et par la même occasion à toute cette société naine phallocrate.

Tenir ou Périr !

Une fois de plus l’auteur démontre qu’il maîtrise les ficelles pour séduire les easy readers fantasy et nous offre moments épiques sur moments d’émotions entre : la strong independant woman qui bataille plus que les autres pour réussir jusqu’à devenir un modèle pour ses frères d’armes, les petits soldats insignifiants qui deviendront des valeurs sûres, la formation d’une ligue des vieux briscards cabochés et des estropiés sur le retour pour le décompte final, l’indéboulonnable classique mais efficace Fort Alamo fantasy (remember Légende de David Gemmell ? La bataille du Gouffre de Helm chez J.R.R. Tolkien ? ). Et l’auteur kiffe toujours autant 300 pour mon plus grand plaisir (remember Léonidas et ses derniers hoplites pour l’ultime percée ? Ou bien sont-se les 300 polonais de la bataille de Wizna ? ^^ ). Sur Nains c’est presque un album sur deux qui se termine en tragédie, p’tain, j’en ai presque chialé. Mais toujours l’histoire se termine sur une note d’espoir.

Bien aimé le dessin de Nicolas Demare, surtout sur les paysages et les décors forestiers. Question de goût mais je regrette que ce ne soit pas un brin davantage détaillé. Mon plus grand regret reste ces couleurs informatisée de Digikore Studios dont je n’arriverai décidément jamais à me faire. Peuvent pas faire à cela à l’ancienne chez Soleil ? On atteindrai le truc d’exception.

Mise à jour 14/02/2017
Saison 2 - Tome 6 Jorun de la Force


Les choses bougent tout en conservant la même formule. Pour entamer cette nouvelle saison on reprend là où tout a commencé avec une histoire de père en écho à celle des forgerons Ulrog et Redwin, cette fois-ci entre Redwin et son fils cadet Jorun.

Toujours les mêmes ressentiments de colère qui virent à la haine, de regrets, de remords et de fierté mal placée qui donne une impression de redite qui ne ferait pas beaucoup avancer l’histoire. Mais c’est là qu’on se trompe car si le tome 1 racontait l’antagonisme de deux êtres doués dans leur art et qui finissent pas se retrouver, cette suite se penche sur un perdant qui n’est pas du tout à l’image de son père.

Jorun est un raté, moins doué que son frère aîné dans la forge des armes, il ne se trouve aucun talent et finit par se déconsidérer. C’est l’histoire d’un nain qui, ne parvenant à marcher dans les pas de son père, essaie tant bien que mal (et plutôt mal) de suivre sa propre voie. Mais comme il porte le poids de ses échecs comme un boulet, il entraîne tous ceux qui l’approche vers un néant auquel il aspire inconsciemment. Nicolas Jarry l’explique bien à un moment donné, Jorun est incapable de donner. Incapable de donner, il ne peut donc recevoir. On aurait envie de lui citer ces mots de la résistante Germaine Tillion, histoire de le guider : « Il n’existe pas de gens médiocres, mais seulement des êtres qui n’ont pas rencontrés les événements qui les auraient révélés ».

Jorun trouvera un salut temporaire parmi les mercenaires de la Légion de Fer où il pourra s’appuyer sur le pilier Orss, la fidèle Fey, le sage Gurdan ou encore le guide Fodhron. Autant de bouées de sauvetage qui l’empêcheront de couler au moment du grand final. Redwin sauvera-t-il son fils de l’autodestruction tout comme Ulrog son père l’avait fait en son temps en un ultime sacrifice ? Comme je l’ai dit en introduction, les événements se répètent mais Jarry est suffisamment malin pour ne pas tomber dans le doublon inutile et le récit s’achève sur des destinées contraires. L’air de rien Jorun est probablement le personnage de l’univers Nains que j’ai trouvé le plus intéressant et complexe.

Le dessin de Pierre-Denis Goux est du même bock que celui de la première saison. Ces compositions très détaillées en mettent plein la vue dans les scènes d’action. Toujours beaucoup de changements de décors, gros travail de recherche graphique, bref, visuellement le dessinateur est au rendez-vous et nul doute que les amateurs de fantasy y trouveront leur compte.

Quelques remarques cependant, car l’œuvre parfaite n’existe pas : si on entend souvent parler des limites de la sacro-sainte pagination en 48 planches, je constate également les limites sur la pagination en 64 planches car j’ai senti que parfois le récit méritait davantage de développement mais qu’en raison de ces contraintes, on a droit à une ellipse ou un truc condensé en une page. On bascule un peu trop vite à mon sens des années d’apprentissage de Jorun vers la défense d’un village qui manque de mise en contexte. J’ai l’impression parfois qu’il faut avoir lu Elfes pour tout comprendre des invasions des royaumes nains. La relation amoureuse entre Jorun et la naine Siblis aurait également mérité quelques pages supplémentaires, histoire que ça touche au plus profond, que là ça manque de passion et d’intérêt. De même qu’on aurait aimé voir la retraite courageuse de Redwin vers la forteresse, et plus que 3 planches consacrées à la défense de ladite forteresse (même si c’est très beau encore une fois).

Ultime remarque qui rejoint ce problème de pagination : autant je parvenais à comprendre les ressentiments de Redwin sur le tome 1, le cheminement de ses pensées sombres, le comment du pourquoi, autant j’ai eu du mal sur le caractère de Jorun qui est d’emblée dans son personnage de gros connard alors qu’il n’est encore qu’un marmouse.

Ceci étant dit, c’est une très bonne entame, sur le devenir de Redwin on a déjà envie d’être à la saison 3 !

Mise à jour 11/05/2017
Tome 7 - Derdrh du Talion


« On ne change pas une équipe qui gagne » dit le proverbe, ni même qui perde… Déjà lors de la première saison le binôme Jarry – Créty était celui qui fonctionnait le moins bien à mon sens, question de goût, mais les dessins d’inspiration comics et les sempiternels couleurs informatiques dégueulasses qui vont de pair n’ont jamais été ma tasse de thé. Bis repetita donc : le trait est pâteux, les graphismes n’ont rien d’enivrant (un défaut majeur pour une bd fantasy), idées assez bateau, service minimum, ce n’est assurément pas dans ce genre de bd que j’investirai mes brousoufles.

Un scénario difficile à la comprenette, nettement plus bavard et usant qu’à l’accoutumé. Jusque là les intrigues étaient riches, pas dénuées de réflexions tout en nouant avec des sentiments sincères et s’écoulant de manière fluide dans mon esprit. Ici j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour essayer de saisir les enjeux et la mécanique du complot qui se trame. Le scénariste ne nous avait pas habitué à un tel niveau de complexité et sincèrement, je n’ai pas tout capté, mais les dessins peu avenant ne m’ont pas invité à revenir sur mes pas.

Sinon l’histoire en elle-même est plutôt intéressante et résonne avec l’actualité. On avait évoqué en fin de saison 1 les prémisses d’une révolution par le bas à venir. Cependant ici on traite de la « révolution » par le haut avec une tentative de renversement des ordres en faisant basculer le pouvoir nobiliaire et royal en faveur d’une ploutocratie nouvelle (inspirée de la Révolution française ? ). Corruption, sombre tractation, pacte de non-agression éphémère, coups-bas… quels que soient les coups tordus et techniques d’étrangleur ottoman, c’est toujours la banque qui gagne !
Les retournements sont bien amenés à tel point qu’on en oublie que l’album ne s’intitule pas « Ordo », du nom du protagoniste de la saison 1 de l’ordre du Talion ici sur le retour ; mais Derdhr, la plus grande des salopes manipulatrices. The Rains of Castamere !

Mise à jour 26/09/2017
Tome 8 Sriza du Temple

De retour dans la section épouvante / sorcery de la série Nains. Sriza est un nain qui mène une double vie : au quotidien c’est un prêtre au grand cœur et bon conseiller avec ses ouailles, mais il demeure cependant celui à qui le Temple fait appel lorsque les forces obscurs remontent sur le monde depuis l’enfer de Hej. À ce moment Sriza troque sa tunique de ministre du culte pour celle d’exorciste. On lorgne doucement du côté de L’Exorciste, cependant que Sriza a des méthodes plus musclées et n’est pas du genre à psalmodier des incantations le nez dans un bouquin lorsqu’il est confronté au démon. On se rapproche davantage des méthodes de traque et de pistage d’un Van Helsing. Action et aventure sont garantis au programme.

En même temps que se déroule une histoire de chasse au démon, on est plongé par petits flash-back sur l’enfance du personnage principal et ses années d’apprentissage. Et lorsqu’on mélange enfance et horrifique cela déboule sur une histoire classique mais néanmoins bien menée de croque-mitaine qui poursuit le héros durant toute sa vie. Des gamins traumatisés par un épouvantail qui devront y faire face à l’âge adulte, tout de suite on pense à Ça de Stephen King (les choses sont bien faites avec le film qui vient de sortir). Mais également à l’inénarrable Berserk, chef d’œuvre de la dark fantasy, lorsque la Bête a déposé sa marque sur le front de Sriza, tout comme Guts, lui rappelant inlassablement que les créatures de la nuit viendront sans cesse le chercher et que son combat n’aura de fin qu’à sa mort.

Nicolas Jarry poursuit la construction de son univers en procédant de la même façon que les précédents tomes en rappelant les anciens de la saison 1, qu’il adore maltraiter visiblement. Après un Redwin qui termine façon Roi Liche dans Warcraft III, un game over pour Ordo qui l’a eu dans l’os, il rappelle Aral dont je lui trouve graphiquement un petit côté Luke Skywalker SW7 et qui… mais vous connaissez déjà son sort si vous avez lu le T3.

Toujours plein de petites références fantasy, de clins d’œil sympa et de personnages dont on se demande s’ils ne sont pas tirés de la réalité comme le cinglé Orban qui œuvre seul à la reconstruction d’une ancienne forteresse. Personnage à mi-chemin du Radagast de Tolkien et, ce n’est que mon ressenti, de Justo Gallego Martinez. Ce vieux moine autodidacte a entrepris seul en 1961 la construction d’une cathédrale dans sa ville natale de Mejorada. Une entreprise pharaonique ! Il y a aussi cet ours polaire géant utilisé comme « chien de traîneau », tout droit inspiré des Panserbjornes de À la croisée des Mondes de Philip Pullman.

Graphiquement toujours aussi beau je trouve. Paolo Deplano est peut être l’artiste que je préfère sur cette série. J’aime son encrage (qui mérite bien encore une fois une édition N&B), ses idées (même si par Yjad cela manque de dessins en pleine page ! ), mentions spéciales pour la forteresse p. 29, le backstab p. 53 et le combo magique p. 54.

En revanche, parce qu’il faut apporter un bémol, ça fait toujours aussi chier les limitations de la pagination française comme ce moment que je trouve hyper épique p. 42, avec la confrontation ultime entre Sriza et Ar’Az’Erm qui est complètement passée en ellipse. Alors qu’il y avait tout dans cette scène avec le lettrage façon enluminure lorsque Sriza récite les mots consacrés. Une ch’tite page en plus pour montrer le duel n’aurait pas été de refus. Autre critique : je trouve qu’avec les phases « apprentissage à la dure » du héros, on commence à tourner en rond. On a déjà vu cela, album après album, et je trouve que ce serait pas mal si le scénariste pouvait, je ne sais pas, proposer autre chose que l’histoire en flash-back du personnage qui en a bavé et tout…

Mise à jour 25/10/2017 Tome 9 Dröh des Errants

Des années ont passé depuis le sacrifice d’Oösram pour son peuple et même si le statut des Errants a sensiblement évolué, ceux-ci n’en demeurent pas moins une classe sociale défavorisée et méprisée par le reste de la société naine. Dröh, le fils d’Oösram, est de retour parmi les siens après avoir roulé sa bosse, parcouru le monde, appris le métier des armes, et tel le William Wallace de Braveheart les raisins de la colère grondent toujours en lui. Les chiens ne font pas des chats. Cependant les révolutions d’antan sont oubliés, trop de sang a été versé et les plaidoyers guerriers ne sont plus de mode parmi les Errants. Janssen, le beauf de Dröh, est davantage un partisan de la négociation, plus lente mais aussi plus paisible. Ses ambitions étant trop grandes et dangereuses pour ce microcosme paysan, Dröh part jouer les Renaud en mode Germinal sur un chantier d’autoroute, un terreau plus propice aux révoltes avec sa main d’œuvre bon marché facilement remplaçable.

L’air de rien cette branche de la série Nains est celle que je préfère sur le plan scénaristique. Une fantasy très politique, avec des intonations révolutionnaires, on n’a pas souvent l’habitude de lire ça. Notre Dröh est un sacré baroudeur et il fera ici des rencontres inattendus, je dois bien avouer que j’ai été surpris par la tournure du scénario qui part un moment donné sur autre chose de complètement différent. D’une histoire qui démarre sur une quête d’égalité et de justice, on termine sur un récit hyper introspectif et une quête de soi, une ébauche d’histoire d’amour qui s’écoule à travers les vies et les âges, une dénonciation de la guerre perpétuelle entretenue par la folie des êtres (comme briser cette putain de roue ?! ), en passant par un duel judiciaire (big up à Tyrion Lannister) et un classique blockhaus style Fort Alamo/Dros Delnoch/Gouffre de Helm. C’est très bien écrit, les textes sont beaux dans le sens touchant et sages.

« Ne sois pas triste, Nain, si je n’ai changé qu’une âme… alors mon combat n’aura pas été vain... »

C’est néanmoins un peu dommage de faire durer le plaisir sur ces digressions alors qu’on nous promettait les grands soirs fin du tome 4 et de la saison 1 en général. Espérons de ne pas devoir attendre 8 saisons pour qu’enfin… Bref, vivement la saison 3 avec Dröh en mode David Carradine dans Kung Fu.

Les dessins de Jean-Paul Bordier sont plaisant mais accrocheurs que par intermittence (ça manque de pleine et double-page), comme la bonne idée du mont Rushmore orc, très cool. En ce qui me concerne, toujours la même rengaine contre les couleurs numériques de Digikore Studios…

Nom série  La Horde du contrevent  posté le 20/10/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Au commencement fut le roman. Clivant au possible, on a adhéré au point de le considérer comme un incontournable de notre bibliothèque, les autres en ont fait un rejet franc, notamment dû au style littéraire hermétique et dur à biter de son écrivain, Alain Damasio. Jugez-en par la logorrhée du bonhomme : quatre pages d’avant-propos, on a rarement vu cela. Puis vint le studio Forge Animation et son projet ambitieux d’adaptation transmédia du livre comprenant un jeu vidéo, un film, suivi d’un comic book. Deux campagnes de kickstarter plus tard qui se sont conclues sur deux échecs (absence de relais des médias d’information traditionnels qui n’ont pas fait leur boulot alors que le livre disposait d’une base solide de fan), le projet était entériné et sonnait le glas du studio. Définitivement ? Non, car sur les décombres de ce magnifique projet demeuré au stade embryonnaire, un homme a pointé le bout de son groin : Eric Henninot, artiste ƛ

Eric Henninot, voilà un auteur qui a tracé sa route et roulé sa bosse comme un vaillant Golgoth, depuis le premier album de Carthago, dont j’avais particulièrement détesté le dessin, désolé m’sieur Henninot, jusqu’à aujourd’hui et ce coup de théâtre sur la scène du neuvième art. Entre-temps l’auteur a astiqué son art grâce à une collaboration fructueuse avec le master Mathieu Lauffray sur quelques planches des Les Chroniques de Légion d’abord, puis sur le tome 4 de Prophet. Un dernier tour de chauffe avec des scénaristes chevronnés comme David Chauvel, Fabien Nury sur Fils du Soleil entre autres, et voici que les tractations reprennent de plus belle avec Alain Damasio pour toujours cette quête cramponnée de l’adaptation de La Horde. Je passe en ellipse tout le tralala sur le qui-quoi-comment de la conception du truc parce que hein, on n’est pas sorti d’Aberlaas à ce rythme là, et donc « tada ! », voici venu le tome uno : Le Cosmos est mon campement.

Je n’avais pas cette vision là des choses. Dans mes souvenirs (aucun assez solide… ), car ma lecture du livre date d’il y a près de 10 ans, je m’imaginais quelque chose de plus polaire, quoique les paysages sont variés par moment. Mais nous en avions chacun notre propre perception après tout, et celle de l’auteur je l’ai trouvé attrayante. Il s’en dégage un aspect très poétique, on respire frais en même temps qu’on étouffe écrasé par la puissance des vents. Cette vision contraste pas mal avec celle de feu Forge Animation qui était plus brute de décoffrage, notamment sur le charadesign buriné. L’esthétique ici est ingénieuse comme les tenues moulante des membres de la horde qui donnent un côté parachutiste, en symbiose avec les forces de la nature. Les couleurs de Gaëtan Georges apportent de la variété à ce monde qu’on pourrait penser monotone, sans cesse poncé par des vents furieux, mais on varie entre des tons sablonneux orangé et de la rocaille rosâtre façon couché de soleil, en passant par de maigre pâturage vert et des glaciers craquelés d’un blanc immaculé.

Quant à l’adaptation textuelle, sans chercher à dresser une liste fastidieuse des différences, pour moi elle est une réussite. D’une histoire de l’Imaginaire tendance planet opera philosophique et politique à la narration multiple, proche dans son intrigue de Les Royaumes du mur (en tout cas ça y ressemble) de Robert Silverberg, Eric Henninot a réalisé un planet opera doté d’un seul point de vu et davantage tourné vers l’action et le drame, plus « grand public », mais sans toutefois rien perdre de la profondeur de la fable d’origine. Très bien construit, la bande-dessinée ne possède pas ce côté rentre-dedans abrupte du roman, avec une présentation des personnages, les années d’apprentissage, puis saut dans le temps pour revenir au présent. Atténué le style chromé-nébuleux (mais fascinant ! ) de Damasio, les dialogues sont mieux compréhensibles sans perdre de leur souffle lyrique. Monsieur Henninot peut être fier de son travail, ça valait le coup d’attendre et on est déjà impatient de retrouver la 34ème Horde.

En avant, la hordaille ! En avant !

Nom série  Valérian - Shingouzlooz.Inc  posté le 14/10/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Mises à part diverses anecdotes et les inspirations qu’elle a suscitées, je n’ai jamais lu Valérian et n’en connais que le film écrit et réalisé par Luc Besson. Cela m’a au moins permis de juger l’album en lui-même sans avoir besoin de me référer sans cesse au matériau d’origine en cherchant les points de divergences, ce que j’aurai trouvé mieux ou moins bon.
N’y allons pas par quatre chemins, je me suis beaucoup amusé. Je m’attendais à un space opera ou du moins à ce que le gros du récit soit tourné vers le space opera, j’ai lu une bd humoristique sur fond de SF. C’est une histoire d’imbroglio juridique où les shingouz ont encore merdé. Cette clique de créatures gaffeuses qui ne manquent pas de malice pour arnaquer le chaland, que je trouvais déjà extrêmement sympathiques dans le film, s’est retrouvée par un heureux hasard en possession de la planète Terre avant que la roue de la fortune ne tourne et que les droits de propriétés ne tombent entre les mains d’un autre charognard boursicoteur.

Cette idée de capitalisme étendue et jusqu’au boutisme dans la SF m’a toujours fait sourire quand elle est traitée avec un humour ironique ou absurde comme ici. Une idée selon laquelle on puisse jouer en bourse de façon tout à fait légale avec des planètes et leurs ressources naturelles (ceux qui ont vu Oblivion, H2G2...), en négligeant la vie des créatures autochtones rangées dans la colonne des dégâts collatéraux. On touche à l’humour d’un Terry Gilliam dans Brazil et de façon plus similaire le film Jupiter Ascending, où l’héroïne interprétée par Mila Kunis se retrouve propriétaire d’un amas de planètes dont la Terre mais doit en passer par l’administration et ses longues files et heures d’attente pour valider ses titres de propriété. La drôlerie de la situation n’en est pas moins alarmante car on parle de choses virtuelles qui ont des conséquences graves sur le réel lorsqu’elles échappent à tout contrôle.

Heureusement qu’il y a donc Valérian et Laureline nos deux super agents spatio-temporel pour tenter de résoudre ce schmilblick. Le premier tente de harponner un gros poisson de la finance, au sens propre comme au figuré (l’humour de Lupano encore une fois se fait pinçant à propos des paradis fiscaux), tandis que la seconde apporte la touche d’action qu’on est en droit d’attendre. D’ailleurs même si je n’ai pas trop apprécié la différence de traitement entre les protagonistes, Valérian passant pour un gros bêta la majorité du temps, la manière dont Laureline est mise en avant m’a bien plu en revanche. C’est elle qui prend les devants et monte au front tandis que c’est le héros masculin qui reste en arrière pour une fois. Les auteurs s’en tirent proprement avec un scénario qui ne s’emmêle pas les fils dans le piège du paradoxe temporel qui donne lieu à des incohérences qui ont tendance à me faire griller un fusible. Non ça se tient, c’est cohérent, sans gras rajouté, j’ai eu un peu peur que ce « petit cri de Higgs » n’aboutisse à rien mais on devrait toujours se rappeler du principe du fusil de Tchekhov. Cela se conclu sur un running gag des repris de justice shingouz, toujours dans les mauvais comme les bons coups (sans spoiler, est-ce volontaire de la part des auteurs ou non, j’ai ri comme une baleine sur la façon dont ils se foutent de Prometheus).

Une histoire riche en péripéties pour un stand alone servi par des graphismes qualité full HD. Mathieu Lauffray apporte sa science des grands décors en pleine ou double page, il sait varier les registres entre mimiques comiques du quatuor Valérian / Shingouz, et partie musclée chaud patate avec Laureline qui se traîne monsieur Albert (MDR la 4L spatio-temporelle ! ça vaut bien la cabine téléphonique du Docteur Who). Il y a quelques pages gratuites sur Laureline qui se fait tour à tour figure féministe et icône/objet/bombe sexuelle (c’est Red Sonja en gros plan ? ), du bonbon pour les yeux. Peu importe si c’est du pur fan service, j’ai tout pris sans déplaisir : du mania de l’eau Sha-Oo inspiré par le ventripotent baron Harkonnen du cycle de Dune, au « Yoda shingouz » (big up du dessinateur qui se rappelle ses jeunes années où il illustrait les comics Star Wars pour l’éditeur Dark Horse ? Ou gentil retour de bâton à l’encontre de G. Lucas qui ne s’était pas gêné pour pomper ses idées chez Christin et Mézières tel un vil marsouin cosmique ? ). On pourrait juste lui reprocher de recycler les mêmes figures pour ses personnages : Valérian ayant la même tête que John Silver / Jack Stanton, et Vivan Hasting / Laureen pour Laureline.

Mission accomplie donc. Agents Valérian et Laureline au rapport, monsieur !

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