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Nom série  On Mars  posté le 11/04/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ah Mars… Le théâtre et terrain de jeu favoris de bon nombre d’esprits créatifs, qu’ils soient passionnés de science-fiction ou de fantastique. Des immenses succès comme John Carter d’Edgar Rice Burroughs à la Trilogie de Mars de Kim Stanley Robinson, en passant par Philip K. Dick (Total Recall et autres nouvelles) ou Ray Bradbury (Chroniques Martiennes), on en passe des pires, des meilleurs, des plus anciens au plus récents. Et ce sous tous les formats ; du film comédie Mars Attacks !, du survival horror Ghosts of Mars ou du navet d’exploration Mission to Mars, sans oublier la prolifération de jeux vidéos ou de bande dessinée prenant pour cadre ce décor rocailleux. La liste est exhaustive et témoigne de la puissante attractivité qu’exerce la petite planète rouge dans la culture de l’imaginaire.

Autrefois la tendance générale des auteurs étaient de percevoir Mars comme un environnement plutôt hostile, peuplé d’êtres vivants appelés « petits hommes verts » ou gris, et qui nous voulaient du bien ou du mal selon ce que cherchait à raconter l’écrivaillon. Le récit concocté par Sylvain Runberg se situe plutôt dans la nouvelle tendance qui est de voir Mars comme une surface potentiellement viable, une sorte de terre promise à atteindre pour les générations futures (une fois que la planète Terre aura été bien bousillé). Là où ça devient intéressant c’est de raconter que cet Eden n’est en réalité qu’un paradis artificiel construit sur une montagne de cadavres, ceux de bagnards envoyés là-bas pour purger leur peine. Médias et gouvernements font croire aux masses que ces exilés se sacrifient pour le bien commun et le devenir de l’humanité alors qu’ils ne sont que de la main d’œuvre bon marché aisément remplaçable. Dans ce futur dystopique le niveau de moralité a sérieusement chuté, la devise c’est « marche ou crève ».

À travers quelques personnages bien campés dont l’héroïne Jasmine Stenford, digne héritière du lieutenant Ripley niveau badassitude, le lecteur suit la non-vie difficile de ces prisonniers dans ce qui n’est ni plus ni moins qu’un camp de travaux forcés. En même temps que notre héroïne se frotte à la dure réalité du microcosme carcéral, plusieurs sous-intrigues sortent de terre et annoncent un futur mouvementé. Les prisonniers vont-ils mener une révolte d’indépendance façon Red Faction et déclarer Mars comme leur (on se souvient que la colonisation de l’Australie a débuté par la fondation d’un camp pénitentiaire) ? Quel rôle joue le prédicateur Xavier Rojas : véritable bienfaiteur altruiste ou gourou sectaire, cousin de Kane le leader de la confrérie du N.O.D dans les jeux vidéos Command & Conquer ? Qui sont les solitaires ? D’ex-prisonniers évadés ou bien un peuple libre inspiré des Fremen du cycle de Dune ? Que de suspens.

Une histoire que j’ai trouvé pour le moment fort sympathique mais surtout brillamment mise en image par Grun dont j’avais déjà apprécié la patte sur Metronom', moins le scénario de Corbeyran. C’est du pur dessin contemplatif. On a choisi le dessinateur idéal pour ce type de récit et ce type de décor. Mars, ce n’est pourtant que de la roche rouge orangé, quelques verdures parce que la terraformation est en marche, et pourtant c’est magnifique. Grun possède un trait semi-réaliste d’une grande précision, tout y est merveilleusement bien détaillé et dans de justes proportion. Sa recherche graphique et sa capacité a imaginer des vaisseau spatiaux et des bâtiments futuristes m’a de même grandement impressionné. Bien évidemment les personnages sont eux aussi nickel chrome. Nous avons là à faire à un artiste de premier plan.

Vraiment, l’histoire même si on ne sait pas encore si elle saura nous surprendre, au moins peut-on parier sur un bon divertissement, sauf catastrophe industrielle. On pourra toujours se rabattre sur la qualité graphique dont on peut être sûr qu’elle sera au rendez-vous.

Nom série  Le Troisième Fils de Rome  posté le 11/02/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Voilà le type de série qui témoigne du problème de surproduction en bande-dessinée. C’est d’une mollesse, et je me suis ennuyé à un point… Tout est dit dans les 9 premières pages, limite il n’y a pas besoin de lire la suite puisqu’on connaît le déroulé dans les grandes lignes (mais où est le souffle de l’intrigue, la part de mystère ?! ). Très déçu lorsque j’ai compris qu’il ne s’agirait pas d’un récit s’écoulant sur 5 tomes mais d’une série de one shot portant chacun sur une période.

Cinq événements majeurs de l’antiquité romaine : la victoire de Scipion l’Africain sur Hannibal à Zama en -202, soulèvement d’esclaves menés par Eunus en -138, l’opposition des consuls Scylla et Pompée en -83, César vainc Vercingétorix à Alésia en -52, et Marc Antoine et Cléopâtre en -32. Tous ces incidents traités sous l’angle complotiste de la secte secrète visant la destruction de Rome. Le pitch étant que Romulus et Rémus les pères fondateurs de Rome et fils du dieu de la guerre Mars, auraient eu un autre frère né du viol incestueux de leur oncle Amulius avec leur mère Rhéa Silvia. Celui-ci aurait juré la perte de Rome.

Au début je me suis dit que ça pourrait être chouette, que s’il y avait un fond d’ésotérisme derrière tout cela avec ce « troisième fils de Rome » immortel qui complote depuis des siècles pour s’accaparer le pouvoir ou je ne sais pas, détruire la ville éternelle, cela aurait pu être intéressant à suivre (c’est par ailleurs le scénario de l’iconique Le Troisième Testament). Mais la réalité est beaucoup moins ambitieuse. C’est simple : un tome, un complot foireux qui ne change pas le cours de l’Histoire telle qu’on le connaît. Aucun intérêt donc puisque chaque tome est espacé de plusieurs décennies-siècles. D’autant plus qu’on en reste à la sacro-sainte pagination à 52 planches qui empêche de développer des personnages intéressants et psychologiquement travaillés.

Non mais quand bien même, ce premier volet intitulé « Martius » est incroyablement mal ficelé. Le personnage éponyme est d’une inutilité affligeante, je n’ai pas compris pourquoi l’album porte son nom. Son père adoptif cours un danger mortel et lui préfère se tirer en loucedé la nuit tombée, quel héros ! Il sert à rien le gars quoi. Et puis je n’ai pas pigé pourquoi les membres de la secte considèrent le troisième fils de Rome comme un dieu, parce que deux mortels n’ont jamais engendré un immortel que je sache. Leurs ambitions sont pour le moins bancales : que le troisième fils de Rome, s’il a jamais existé, ait cherché à se venger de ses frères, c’est une chose. Mais quel est l’intérêt pour les membres de la secte, dont la plupart sont des romains, de détruire leur propre cité ? Hormis pour rajouter un effet intrigue à deux sous, ça n’a pas de sens ce truc.

Bon après les dialogues en eux-même ne m’ont pas captivé plus que cela, j’ai trouvé le ton assez ampoulé (les insultes à base de « maudits ! »…). Quant au dessin de Martino, ils font le taf mais pareil, rien ne m’a subjugué. Il y a un peu un style comics parfois, on mise sur l’ambiance avec des jeux d’ombres raccords avec le côté complotiste du bouquin avec des personnages à demi masqués dans l’ombre. Mais sinon visuellement c’est de la bd « random ».

Franchement je ne sais pas qui ça peut intéresser parce qu’on n’est pas tout à fait dans de l’historique et il n’y a pas de réel fil conducteur sur les différents tomes à part cette secte de bras cassés. Récemment il y a eu une approche un peu similaire avec Ira Dei, sauf que graphiquement Toulhoat boxe chez les poids lourds et que niveau scénario il y a un récit qui se poursuit d’un album à l’autre.

Vae Victis, sorry.

Nom série  Ira Dei  posté le 09/02/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Après Block 109 et ses séries dérivées, Chaos Team suivi de Le Roy des Ribauds, le duo d’inséparables Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat se retrouvent plus en forme que jamais pour une quatrième collaboration. À l’image de la dernière en date on reste à l’époque du Moyen-Âge, quelques siècles en arrière et 50 ans avant l’appel du pape Urbain II à la première croisade. Sauf qu’on quitte les intrigues de palais et les coups tordus en scred d’étrangleur ottoman des bas-fonds parisiens pour les grands espaces ensoleillés de la Sicile, terre en proie à des conflits politiques internes en ce XIème siècle.

Tour à tour colonie grecque, conquête carthaginoise, longtemps satellite de l’empire romain avant que vandales et ostrogoths ne viennent brièvement squatter les lieux, puis partagée entre Byzance et Émirat arabo-berbère ; la Trinacria en a vu passer de l’envahisseur. Tandis que les musulmans s’entre-déchirent dans des querelles dynastiques mettant en danger leur domination sur le territoire, les byzantins tentent un ultime coup de force et s’emparer de Taormine. C’est sans compter sur les farouches normands qui déboulent en foule dans le sud de l’Europe, Guillaume « Bras-de-fer » a déjà conquis le sud de l’Italie et entend bien lui aussi s’accaparer la convoitée et stratégique Sicile. C’est là que débarque un légat du pape, le jeune moine Etienne qui accompagne l’intriguant Tancrède, personnage phare entouré d’un voile mystérieux. Chez lui aussi coule le sang des conquérants vikings de Normandie, et il entend bien mettre à mal les plans de tout ce petit monde, prendre le beurre, l’argent du beurre et le cul de la sicilienne.

De nouveau les auteurs nous concocte un récit épique aventureux faisant coïncider la petite histoire avec la grande Histoire, où tout en racontant la formation du vrai royaume normand de Sicile au travers de combats guerriers brutaux et de cités assiégées, ils nous plongent dans des coulisses imaginaires plus romanesques révélant les conflits intimes de la famille Hauteville, les fondateurs de ce royaume normand sicilien qui imposa sa domination près d’un siècle. Car qui est ce Tancrède qui semble vouloir à tout prix masquer son véritable nom et qui noue en son cœur des plans de vengeance  ? Les divers flash-back entrecoupant le récit dévoile un personnage bafoué dans son honneur, trahit par ses proches, oublié et laissé pour compte. Cette histoire sent bon la reprise médiévale du plus célèbre des prisonniers clamant vengeance : Le Comte de Monte Cristo. La vengeance est un plat qui se mange froid, avis aux amateurs.

Mais pour le moment de nombreuses questions jalonnent ce premier acte dont on attend déjà impatiemment la suite. Vincent Brugeas planifierait son histoire sur plusieurs cycles si le succès est au rendez-vous, c’est tout le mal que je lui souhaite. En attendant on pourra rester un peu en arrière et admirer les dessins de Toulhoat qui ne cesse de monter en régime à mon sens. Les cadrages sont inspirés et immersifs, les dessins sont fouillés, le trait est gras comme je l’apprécie. Les couleurs rentrent de même davantage dans ma zone de confort que dans Le Roy des Ribauds où là c’était vraiment très sombre et glauque. Et puis j’aime bien la reprise du chara-design du protagoniste d’une série à l’autre, Tancrède a les mêmes yeux de prédateurs que Tristan du Roy des… et du coup ça colle impeccable avec la description du célèbre Bob G. aux « yeux d’un bleu très clair, la voix puissante, un regard vif mais qui inquiète... » (selon Anne Comnène).

« Normands ! Vos exploits sont parvenus à nos yeux !!! »

Nom série  L'Augure  posté le 29/01/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Peter Bergting n’est pas aussi bon scénariste que dessinateur. Le suédois fait un substitut correct à son modèle Mike Mignola avec ce dessin si particulier et reconnaissable entre mille, quoique il y aurait à redire concernant le dynamisme et la lisibilité de certains morceaux d’action, mais pour le reste ça pêche grave.

L’Augure est une histoire qu’on pourrait qualifier de Dark Fantasy qui se déroule dans un monde à l’agonie où les morts côtoient les vivants, un âge crépusculaire où le seul espoir réside dans l’arrivée d’un héros prophétisé. Dans la thématique du monde en fin de vie où la philosophie ambiante penche vers le pessimisme et le nihilisme, j’ai trouvé que cet Augure avait des accointances très fortes avec le jeu vidéo Dark Souls que j’adore. De plus le décorum tire indéniablement vers le Wuxia et la Shenmo Fantasy, entendez par là une Fantasy « exotique » inspiré par le Chine et sa mythologie.

Donc à la base il y a tout les ingrédients que j’affectionne pour que je passe un agréable moment cependant la narration est à mon sens calamiteuse. Je ne sais pas ce qu’a fumé Mignola pour trouver que « L’Augure est l’un des meilleurs comics de fantasy que j’ai lu, nimbé de son atmosphère étrange et mystérieuse », mais je pense qu’il se laisse aveugler par les graphismes de son « poulain », et je ne vous parle pas de la postface de Michael Kaluta qui pète plus haut que son cul sur 2 pages.

Comment dire : au-delà du fait que L’Augure véhicule certains clichés éculés du genre (le héros prophétique, le vieux sage, le grand méchant scrogneugneux, la gonzesse magicienne, etc.) qui n’ont rien d’insurmontable, c’est surtout que l’histoire manque de rythme, c’est long, lent et ennuyeux. Il y a un manque de mise en place, le lecteur se prend en plein visage des informations dont il ne sait que faire pendant que les personnages continuent d’avancer tout droit. Du coup, sans contexte, sans montée progressive de la tension, les événements qui se déroulent n’ont rien de haletant, on s’en moque comme de l’an 40. Les dialogues n’ont pas de saveur ce qui n’aide pas à rendre des personnages déjà très archétypaux plus attachants ou passionnants. Je prends pour exemple le démon Guishen qui se lance subitement dans une longue logorrhée expliquant aux héros le pourquoi du comment alors qu’ils sont ennemis, on a là un passage digne des pires nanars où les méchants « LOL » au-dessus du héros expliquant leur plan machiavélique.

Où est la suite ?

Nom série  Nains  posté le 15/03/2016 (dernière MAJ le 28/01/2018) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Nains est une série spin off se déroulant dans le même univers que Elfes, autre série de Fantasy éditée chez Soleil. Sans trop m’étendre la-dessus (voir mon avis pour cela), je n’ai pas réussi à apprécier Elfes qui fonctionne trop sur courant alternatif à mon sens. Entre parenthèses, les scenarii écrit par Jarry sur Elfes sont presque les seuls que j’ai pu encadrer.

Enfin bref, je n’ai pas eu cette appréhension craintive en abordant Nains qui propose quelque chose de rassurant pour une personne comme moi qui aime l’uniformité et la cohérence, avec un seul scénariste officiant sur les cinq albums de la saison une. Et pas n’importe quel scénariste, car Nicolas Jarry connaît son sujet avec déjà plusieurs histoires sur cette race (Nains ! Les Rois Forgerons), on sent aussi le gars qui a passé des nuits blanches sur Warhammer et autres jeux de rôliste, c’est un expert du nanisme qui se présente ici !

Tome 1 Redwin de la forge

Avec Redwin la série Nains démarre sur les chapeaux de roue. Je commence à le remarquer maintenant, Nicolas Jarry écrit des histoires profondément humanistes et touchantes que n’auraient pas reniées certains de mes écrivains favoris comme David Gemmell ou Anthony Ryan. Redwin de la forge est une tragédie familiale chargée d’émotions fortes où les reproches, les humiliations, la haine aveugle, l’orgueil, mais aussi la rédemption et l’amour, sont au programme. C’est une histoire entre un père surdoué dans son art mais à la philosophie dérangeante et méprisé car pacifiste, et son fils talentueux lui aussi mais aux idéaux contraires ; et de leur impossibilité à communiquer et donc se comprendre naîtra une défiance. Avec le temps et la maturité, Redwin comprendra-t-il la sagesse et les choix de son père avant qu’il ne soit trop tard, ou bien choisira-t-il la voie de la rancœur et de l’obscurité ?
Je ne suis pas un père mais cette histoire m’a beaucoup émue, c’est typiquement le genre de récit que j’aime lire en Fantasy avec des personnages extrêmes dans ce qu’ils sont, ce qui cause leur perte; ainsi que des émotions fortes, du sang et des larmes, des sacrifices courageux et un héros sauvé (ou pas) de la damnation.

Une bien belle saga superbement mise en image par Pierre-Denis Goux que j’avais déjà aperçu sur Mjöllnir (sympa mais sans plus (d’ailleurs on re-pompe les duels dans une arène)). Je pense qu’il a eu plus de temps qu’à l’accoutumé pour réaliser ce tome 1 car je ne saurais trop expliquer comment, je trouve le rendu plus « fini » que sur Mjöllnir. Il y a des dessins qui font vraiment baver comme la scène contemplative de Redwin devant l’académie de l’ordre de la forge, et surtout ce duel contre le mage noir qui vaudrait presque à lui tout seul qu’on dépense nos talions. La mise en scène des combats dans l’arène m’a bien fait « triper » avec ce côté « hokutonokeniesque » et les grosses giclées de sang. Vraiment, très bon choix de dessinateur. Et pour une fois je n’ai pas à râler sur les couleurs de Digikore Studios qui ont fait du bon boulot.

En complément d’information pour connaître les moindres détails :
- Pierre-Denis Goux a dessiné les couvertures des trois premiers tomes.
- Jean-Paul Bordier et Nicolas Demarre ont respectivement dessiné la leur.
- Le coloriste serait Diogo Saito même s’il y a un doute comme quoi Olivier Heban en aurait colorié quelques unes.
- Les décors des illustrations de couvertures des tomes un et cinq sont directement réalisés tandis que les illustrations des tomes deux, trois et quatre sont tirés des pages des albums.

Tome 2 Ordo du Talion

Dans ce second opus Nicolas Jarry poursuit sa croisade « fuck the system » avec un personnage élevé, torturé, formaté pour servir de bras armé à un ordre qu’il méprise pour lui avoir volé sa vie, mais dont la toute puissance dans les coulisses de la société naine empêche toute velléité de révolte. Jusqu’à ce qu’un soir Ordo trouve le moyen de faire d’une pierre deux coups en renversant le système établi et assouvir sa vengeance par la même occasion. Il monte une équipe constituée d’Héba sa rivale maître-assassin et de Panham le sang-mêlé roi de la voltige pour ce qui s’apparente comme le casse du siècle, cependant que l’ordre du Talion a des nains tapis dans chaque coins d’ombres ce qui risque de corser la difficulté de cette mission suicide. Encore une fois une chouette histoire sur le libre-arbitre et un héros repenti qui démontre qu’il n’est jamais trop tard pour faire le bien.

On pourra néanmoins pinailler sur certains aspects qui font tâches comme Ordo : sixième fils né le sixième jour de la sixième lune et cédé à la loge noire le jour de ses six ans. Argh… oh non, pourquoi placer un tel cliché ? C’était vraiment inutile. On pourra aussi se dire « encore une histoire d’assassin en Fantasy », car le genre a suffisamment cumulé ces trente dernières années les récits mettant en scène des Assassin’s Creed adorant prendre la pause accroupi sur le toit d’un édifice le regard tourné vers la cité grouillante. Mais bon, quand c’est bien écrit il n’y a pas trop lieu de se plaindre, seulement que ça casse un peu l’excitation de départ. D’autant plus que cela a déjà été fait dans le cinquième tome de Elfes alors que l’on nous avait promis de la nouveauté et de ne pas céder au facile copier-coller…

Le point qui divise le plus c’est malheureusement le dessin. On aime ou on n’aime pas Stéphane Créty, et même si j’ai plutôt apprécié ce qu’il a fait sur Masqué, c’est plus au niveau de ce choix de dessinateur que je m’interroge car c’est un dessinateur qui a un style très inspiré des comics américains. Le trait est épais, les cadrages sont serrés, la morphologie des personnages se montre indécise, les visages au second plan sont indistincts, et les décors dépouillés de fantastique. C’est un peu l’essence même du comics de faire dans la sobriété mais moi cela ne me fait pas fantasmer ce type de graphisme. Pierre-Denis Goux n’y est peut être pas étranger non plus car il est crédité à la conception graphique mais comme je ne sais pas qui fait quoi exactement ici, je me dis que les idées viennent principalement de Créty. Je pense que cela vient aussi des couleurs de Digikore Studios qui la pour le coup font vraiment informatique tellement elles aplatissent le dessin.

Une impression mitigé mais j’ai plutôt passé un agréable moment Fantasy.

Mise à jour 04/04/16
Tome 3 Aral du Temple

Lorsque Nicolas Jarry puise chez Tolkien et Lovecraft cela donne Aral du Temple, l’épisode le plus ésotérique de la saga Nains. Tolkien pour sa référence évidente au Hobbit car il y a chez Aral comme chez Bilbo ce côté récit initiatique et découverte de soi-même, ainsi que la grande aventure, au travers d’une expédition archéologique ici. Quant à Lovecraft, Jarry a décidé de ne pas jouer la carte de la subtilité lorsque est évoqué « celui qui patientait dans les ténèbres » dont on a presque envie de compléter la formule « Dans sa demeure d’Abu’kazan la morte, le gardien attend en rêvant ». Mais comme encore une fois tout cela est très bien écrit dans un one shot de 56 pages, on pardonne à l'auteur ces gimmicks littéraires.

J’ai beaucoup apprécié ce mélange des genres avec Aral qui débute son histoire tel un Adso (Christian Slater) dans le Nom de la Rose en rédigeant ses mémoires. Tout de suite on sent qu’il y a anguille sous roche et que le bonhomme nous prépare une autobiographie des plus pessimistes. Une histoire qui commence sept siècles dans le passé et la découverte par un groupe de miniers d’un artefact renfermant un savoir proscrit. Mais en mettant à jour ce qui aurait dû resté oublié pour l’éternité, les nains ont par la même réveillé un mal ancien qui remonte aux origines de leurs ordres.

Toujours beaucoup de références très cool pour meubler ce récit comme la course poursuite dans la cité possédée et cette échappée dans le téléphérique qui m’a rappelé au bon souvenir d’Indiana Jones et le temple maudit ainsi que la scène très jacksonienne en plan-séquence du Hobbit : Un voyage inattendu, avec les nains s’échappant du royaume des gobelins. On pensera de même très fortement à la partie de cache-cache entre Smaug et les nains dans les forges de la montagne solitaire. Le fan service est donc remplie et très bien mis en image par Paolo Deplano dont j’ai apprécié la technique d’encrage, assez profonde, tandis que sa mise en scène demeure efficace mais sans rien de bien spectaculaire (cela manque sévèrement de dessins en pleine page!). J’apprécie beaucoup ce que réalise la coloriste Elodie Jacquemoire chaque fois que je l’ai vue créditée sur une série, et même si ici le travail est bon, je me demande si cela ne serait pas plus agréable en noir et blanc. De quoi me demander si je ne vais pas tenter de me procurer l’édition spéciale à 500 exemplaires tirée à l’occasion du festival d’Angoulême.

Cela dit, comme dans les précédents numéros, le plus kiffant reste le message délivré par Nicolas Jarry qui dénote par rapport aux autres. Cet Aral dans son parcours et sa conclusion se pose comme un antagoniste à Redwin qui balançait entre deux chemins pour finalement choisir la voix du côté lumineux. Deux fins opposées mais un même message utopique : que le bonheur est à notre porte alors cessons de courir après le « dragon »(comprenez une chimère). C’est la fameuse quête de Tanelorn de Michael Moorcock abordée dans son multivers et le Chaland d’or ! Que voilà de jolies références philosophiques.

Vraiment une superbe histoire. Continuez comme ça monsieur Jarry.

Mise à jour 05/06/2016
Tome 4 Oösram des Errants

Avec ce tome 4 Nicolas Jarry a peut être écrit son scénario le plus abouti ou en tout cas le plus percutant. Comme toujours en toile de fond il aborde une de ses thématiques chérie, celle du père et de la relation filiale et de la transmission de certaines valeurs humanistes.

Mais à travers l’histoire d’Oösram, ce n’est plus un personnage en contestation contre le système mais toute une frange de la population naine qui sème les graines de la révolte. Oösram est bien placé pour savoir que rien ne changera jamais et que ceux situés en haut de la pyramide ont tout à gagner à maintenir le statu quo, lui qui fût un des leurs, gagné par l’avidité, l’ambition et l’obstination, jusqu’à ce qu’il trahisse son roi et par conséquent soit banni au rang des Errants, qui valent moins que des serfs alors qu’ils constituent le gros de la population. Et pourtant, c’est parmi ces sans-dents qu’Oösram apprendra à apprécier la simplicité de la vie, à aimer sa famille et être enfin en paix avec lui-même.

Cependant, les Errants ne vivent pas en vase-clos et les abus dont ils sont victimes sont quotidiens, il en a toujours été ainsi. Alors lorsque l’injustice touche un membre de sa famille et qu’un drame se produit, Oösram le fermier, le père aimant, laisse tomber sa pioche pour s’armer de sa hache et déclarer la guerre aux quatre ordres régnant. C’est du grand Braveheart que nous offre là Nicolas Jarry ! Un vent de liberté souffle sur ce récit, on cite Churchill, et on jette des clins d’œil toujours nombreux à Tolkien et Warhammer (le soldat nain enfourchant un sanglier comme monture est typique de l’imaginaire Warhammer). Et un final modèle de bravoure et de sacrifice en hommage aux trois cents de Léonidas. Après cela, les jours de la ploutocratie naine sont comptées ! Vivement la saison 2 et la Révolution naine !

Quant au dessin de Jean-Paul Bordier, il est très net, riche, les paysages sont variés et collent parfaitement à l’esprit de ce que sont les Errants. Et le dessin sur la dernière planche, je ne sais pas si cela est volontaire ou non, mais la hache plantée dans le sol en gros plan est un formidable hommage à Didier Graffet et Druss la légende. Je regrette juste comme presque à chaque fois que les couleurs soient réalisées sous « ‘toshop », ce qui a tendance à rabaisser la qualité graphique tandis qu’avec une couleur directe on attendrai le must.

Mise à jour 14/09/2016
Tome 5 Tiss du Bouclier


Nains - Season Final !

Nicolas Jarry clos son cycle par là où il avait commencé avec une saga familiale, du sang et des larmes. Le tome 1 racontait la rancune d’un fils, son imperméabilité face aux bons mots et la sagesse du père, jusqu’à la délivrance et la rédemption. Cette fois-ci les rôles sont inversés, c’est la fille qui donne la leçon au père.

Lorsque suite à un drame son dernier né Dohan devient un boitard et qu’il comprend qu’il ne pourra jamais servir dans le noble ordre du Bouclier, le capitaine Brahm tombe dans l’alcoolisme et la haine aveugle. Sa fille Tiss qu’il a toujours ignorée, est triste pour son jeune frère mais voit également là un moyen de redorer le blason familial et de montrer ce qu’elle vaut à son père et par la même occasion à toute cette société naine phallocrate.

Tenir ou Périr !

Une fois de plus l’auteur démontre qu’il maîtrise les ficelles pour séduire les easy readers fantasy et nous offre moments épiques sur moments d’émotions entre : la strong independant woman qui bataille plus que les autres pour réussir jusqu’à devenir un modèle pour ses frères d’armes, les petits soldats insignifiants qui deviendront des valeurs sûres, la formation d’une ligue des vieux briscards cabochés et des estropiés sur le retour pour le décompte final, l’indéboulonnable classique mais efficace Fort Alamo fantasy (remember Légende de David Gemmell ? La bataille du Gouffre de Helm chez J.R.R. Tolkien ? ). Et l’auteur kiffe toujours autant 300 pour mon plus grand plaisir (remember Léonidas et ses derniers hoplites pour l’ultime percée ? Ou bien sont-se les 300 polonais de la bataille de Wizna ? ^^ ). Sur Nains c’est presque un album sur deux qui se termine en tragédie, p’tain, j’en ai presque chialé. Mais toujours l’histoire se termine sur une note d’espoir.

Bien aimé le dessin de Nicolas Demare, surtout sur les paysages et les décors forestiers. Question de goût mais je regrette que ce ne soit pas un brin davantage détaillé. Mon plus grand regret reste ces couleurs informatisée de Digikore Studios dont je n’arriverai décidément jamais à me faire. Peuvent pas faire à cela à l’ancienne chez Soleil ? On atteindrai le truc d’exception.

Mise à jour 14/02/2017
Saison 2 - Tome 6 Jorun de la Force


Les choses bougent tout en conservant la même formule. Pour entamer cette nouvelle saison on reprend là où tout a commencé avec une histoire de père en écho à celle des forgerons Ulrog et Redwin, cette fois-ci entre Redwin et son fils cadet Jorun.

Toujours les mêmes ressentiments de colère qui virent à la haine, de regrets, de remords et de fierté mal placée qui donne une impression de redite qui ne ferait pas beaucoup avancer l’histoire. Mais c’est là qu’on se trompe car si le tome 1 racontait l’antagonisme de deux êtres doués dans leur art et qui finissent pas se retrouver, cette suite se penche sur un perdant qui n’est pas du tout à l’image de son père.

Jorun est un raté, moins doué que son frère aîné dans la forge des armes, il ne se trouve aucun talent et finit par se déconsidérer. C’est l’histoire d’un nain qui, ne parvenant à marcher dans les pas de son père, essaie tant bien que mal (et plutôt mal) de suivre sa propre voie. Mais comme il porte le poids de ses échecs comme un boulet, il entraîne tous ceux qui l’approche vers un néant auquel il aspire inconsciemment. Nicolas Jarry l’explique bien à un moment donné, Jorun est incapable de donner. Incapable de donner, il ne peut donc recevoir. On aurait envie de lui citer ces mots de la résistante Germaine Tillion, histoire de le guider : « Il n’existe pas de gens médiocres, mais seulement des êtres qui n’ont pas rencontrés les événements qui les auraient révélés ».

Jorun trouvera un salut temporaire parmi les mercenaires de la Légion de Fer où il pourra s’appuyer sur le pilier Orss, la fidèle Fey, le sage Gurdan ou encore le guide Fodhron. Autant de bouées de sauvetage qui l’empêcheront de couler au moment du grand final. Redwin sauvera-t-il son fils de l’autodestruction tout comme Ulrog son père l’avait fait en son temps en un ultime sacrifice ? Comme je l’ai dit en introduction, les événements se répètent mais Jarry est suffisamment malin pour ne pas tomber dans le doublon inutile et le récit s’achève sur des destinées contraires. L’air de rien Jorun est probablement le personnage de l’univers Nains que j’ai trouvé le plus intéressant et complexe.

Le dessin de Pierre-Denis Goux est du même bock que celui de la première saison. Ces compositions très détaillées en mettent plein la vue dans les scènes d’action. Toujours beaucoup de changements de décors, gros travail de recherche graphique, bref, visuellement le dessinateur est au rendez-vous et nul doute que les amateurs de fantasy y trouveront leur compte.

Quelques remarques cependant, car l’œuvre parfaite n’existe pas : si on entend souvent parler des limites de la sacro-sainte pagination en 48 planches, je constate également les limites sur la pagination en 64 planches car j’ai senti que parfois le récit méritait davantage de développement mais qu’en raison de ces contraintes, on a droit à une ellipse ou un truc condensé en une page. On bascule un peu trop vite à mon sens des années d’apprentissage de Jorun vers la défense d’un village qui manque de mise en contexte. J’ai l’impression parfois qu’il faut avoir lu Elfes pour tout comprendre des invasions des royaumes nains. La relation amoureuse entre Jorun et la naine Siblis aurait également mérité quelques pages supplémentaires, histoire que ça touche au plus profond, que là ça manque de passion et d’intérêt. De même qu’on aurait aimé voir la retraite courageuse de Redwin vers la forteresse, et plus que 3 planches consacrées à la défense de ladite forteresse (même si c’est très beau encore une fois).

Ultime remarque qui rejoint ce problème de pagination : autant je parvenais à comprendre les ressentiments de Redwin sur le tome 1, le cheminement de ses pensées sombres, le comment du pourquoi, autant j’ai eu du mal sur le caractère de Jorun qui est d’emblée dans son personnage de gros connard alors qu’il n’est encore qu’un marmouse.

Ceci étant dit, c’est une très bonne entame, sur le devenir de Redwin on a déjà envie d’être à la saison 3 !

Mise à jour 11/05/2017
Tome 7 - Derdrh du Talion


« On ne change pas une équipe qui gagne » dit le proverbe, ni même qui perde… Déjà lors de la première saison le binôme Jarry – Créty était celui qui fonctionnait le moins bien à mon sens, question de goût, mais les dessins d’inspiration comics et les sempiternels couleurs informatiques dégueulasses qui vont de pair n’ont jamais été ma tasse de thé. Bis repetita donc : le trait est pâteux, les graphismes n’ont rien d’enivrant (un défaut majeur pour une bd fantasy), idées assez bateau, service minimum, ce n’est assurément pas dans ce genre de bd que j’investirai mes brousoufles.

Un scénario difficile à la comprenette, nettement plus bavard et usant qu’à l’accoutumé. Jusque là les intrigues étaient riches, pas dénuées de réflexions tout en nouant avec des sentiments sincères et s’écoulant de manière fluide dans mon esprit. Ici j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour essayer de saisir les enjeux et la mécanique du complot qui se trame. Le scénariste ne nous avait pas habitué à un tel niveau de complexité et sincèrement, je n’ai pas tout capté, mais les dessins peu avenant ne m’ont pas invité à revenir sur mes pas.

Sinon l’histoire en elle-même est plutôt intéressante et résonne avec l’actualité. On avait évoqué en fin de saison 1 les prémisses d’une révolution par le bas à venir. Cependant ici on traite de la « révolution » par le haut avec une tentative de renversement des ordres en faisant basculer le pouvoir nobiliaire et royal en faveur d’une ploutocratie nouvelle (inspirée de la Révolution française ? ). Corruption, sombre tractation, pacte de non-agression éphémère, coups-bas… quels que soient les coups tordus et techniques d’étrangleur ottoman, c’est toujours la banque qui gagne !
Les retournements sont bien amenés à tel point qu’on en oublie que l’album ne s’intitule pas « Ordo », du nom du protagoniste de la saison 1 de l’ordre du Talion ici sur le retour ; mais Derdhr, la plus grande des salopes manipulatrices. The Rains of Castamere !

Mise à jour 26/09/2017
Tome 8 Sriza du Temple

De retour dans la section épouvante / sorcery de la série Nains. Sriza est un nain qui mène une double vie : au quotidien c’est un prêtre au grand cœur et bon conseiller avec ses ouailles, mais il demeure cependant celui à qui le Temple fait appel lorsque les forces obscurs remontent sur le monde depuis l’enfer de Hej. À ce moment Sriza troque sa tunique de ministre du culte pour celle d’exorciste. On lorgne doucement du côté de L’Exorciste, cependant que Sriza a des méthodes plus musclées et n’est pas du genre à psalmodier des incantations le nez dans un bouquin lorsqu’il est confronté au démon. On se rapproche davantage des méthodes de traque et de pistage d’un Van Helsing. Action et aventure sont garantis au programme.

En même temps que se déroule une histoire de chasse au démon, on est plongé par petits flash-back sur l’enfance du personnage principal et ses années d’apprentissage. Et lorsqu’on mélange enfance et horrifique cela déboule sur une histoire classique mais néanmoins bien menée de croque-mitaine qui poursuit le héros durant toute sa vie. Des gamins traumatisés par un épouvantail qui devront y faire face à l’âge adulte, tout de suite on pense à Ça de Stephen King (les choses sont bien faites avec le film qui vient de sortir). Mais également à l’inénarrable Berserk, chef d’œuvre de la dark fantasy, lorsque la Bête a déposé sa marque sur le front de Sriza, tout comme Guts, lui rappelant inlassablement que les créatures de la nuit viendront sans cesse le chercher et que son combat n’aura de fin qu’à sa mort.

Nicolas Jarry poursuit la construction de son univers en procédant de la même façon que les précédents tomes en rappelant les anciens de la saison 1, qu’il adore maltraiter visiblement. Après un Redwin qui termine façon Roi Liche dans Warcraft III, un game over pour Ordo qui l’a eu dans l’os, il rappelle Aral dont je lui trouve graphiquement un petit côté Luke Skywalker SW7 et qui… mais vous connaissez déjà son sort si vous avez lu le T3.

Toujours plein de petites références fantasy, de clins d’œil sympa et de personnages dont on se demande s’ils ne sont pas tirés de la réalité comme le cinglé Orban qui œuvre seul à la reconstruction d’une ancienne forteresse. Personnage à mi-chemin du Radagast de Tolkien et, ce n’est que mon ressenti, de Justo Gallego Martinez. Ce vieux moine autodidacte a entrepris seul en 1961 la construction d’une cathédrale dans sa ville natale de Mejorada. Une entreprise pharaonique ! Il y a aussi cet ours polaire géant utilisé comme « chien de traîneau », tout droit inspiré des Panserbjornes de À la croisée des Mondes de Philip Pullman.

Graphiquement toujours aussi beau je trouve. Paolo Deplano est peut être l’artiste que je préfère sur cette série. J’aime son encrage (qui mérite bien encore une fois une édition N&B), ses idées (même si par Yjad cela manque de dessins en pleine page ! ), mentions spéciales pour la forteresse p. 29, le backstab p. 53 et le combo magique p. 54.

En revanche, parce qu’il faut apporter un bémol, ça fait toujours aussi chier les limitations de la pagination française comme ce moment que je trouve hyper épique p. 42, avec la confrontation ultime entre Sriza et Ar’Az’Erm qui est complètement passée en ellipse. Alors qu’il y avait tout dans cette scène avec le lettrage façon enluminure lorsque Sriza récite les mots consacrés. Une ch’tite page en plus pour montrer le duel n’aurait pas été de refus. Autre critique : je trouve qu’avec les phases « apprentissage à la dure » du héros, on commence à tourner en rond. On a déjà vu cela, album après album, et je trouve que ce serait pas mal si le scénariste pouvait, je ne sais pas, proposer autre chose que l’histoire en flash-back du personnage qui en a bavé et tout…

Mise à jour 25/10/2017 Tome 9 Dröh des Errants

Des années ont passé depuis le sacrifice d’Oösram pour son peuple et même si le statut des Errants a sensiblement évolué, ceux-ci n’en demeurent pas moins une classe sociale défavorisée et méprisée par le reste de la société naine. Dröh, le fils d’Oösram, est de retour parmi les siens après avoir roulé sa bosse, parcouru le monde, appris le métier des armes, et tel le William Wallace de Braveheart les raisins de la colère grondent toujours en lui. Les chiens ne font pas des chats. Cependant les révolutions d’antan sont oubliés, trop de sang a été versé et les plaidoyers guerriers ne sont plus de mode parmi les Errants. Janssen, le beauf de Dröh, est davantage un partisan de la négociation, plus lente mais aussi plus paisible. Ses ambitions étant trop grandes et dangereuses pour ce microcosme paysan, Dröh part jouer les Renaud en mode Germinal sur un chantier d’autoroute, un terreau plus propice aux révoltes avec sa main d’œuvre bon marché facilement remplaçable.

L’air de rien cette branche de la série Nains est celle que je préfère sur le plan scénaristique. Une fantasy très politique, avec des intonations révolutionnaires, on n’a pas souvent l’habitude de lire ça. Notre Dröh est un sacré baroudeur et il fera ici des rencontres inattendus, je dois bien avouer que j’ai été surpris par la tournure du scénario qui part un moment donné sur autre chose de complètement différent. D’une histoire qui démarre sur une quête d’égalité et de justice, on termine sur un récit hyper introspectif et une quête de soi, une ébauche d’histoire d’amour qui s’écoule à travers les vies et les âges, une dénonciation de la guerre perpétuelle entretenue par la folie des êtres (comme briser cette putain de roue ?! ), en passant par un duel judiciaire (big up à Tyrion Lannister) et un classique blockhaus style Fort Alamo/Dros Delnoch/Gouffre de Helm. C’est très bien écrit, les textes sont beaux dans le sens touchant et sages.

« Ne sois pas triste, Nain, si je n’ai changé qu’une âme… alors mon combat n’aura pas été vain... »

C’est néanmoins un peu dommage de faire durer le plaisir sur ces digressions alors qu’on nous promettait les grands soirs fin du tome 4 et de la saison 1 en général. Espérons de ne pas devoir attendre 8 saisons pour qu’enfin… Bref, vivement la saison 3 avec Dröh en mode David Carradine dans Kung Fu.

Les dessins de Jean-Paul Bordier sont plaisant mais accrocheurs que par intermittence (ça manque de pleine et double-page), comme la bonne idée du mont Rushmore orc, très cool. En ce qui me concerne, toujours la même rengaine contre les couleurs numériques de Digikore Studios…

Mise à jour 28/01/2018 Tome 10 Abokar du Bouclier

Oh non ! Pas ça Nicolas Jarry, il nous refait le coup du mur d’Hadrien. Défendu par les rebuts de l’armée naine : les courtards, les déserteurs, les têtes brûlés, les lâches, les voleurs, les assassins, et les ennemis au-delà de la barrière sont des nains sauvageons, n’en jetez plus, c’est le Mur du Trône de Fer quoi… Je n’ai rien contre le TdF mais j’en ai un peu marre de ces références là. Certes, le TdF n’a pas le monopole du dernier rempart à défendre mais là la ressemblance est frappante. Peut-être est-il temps de conclure la série dans la saison 3 avant que cela ne devienne un long fleuve tranquille sans surprises qui ne ferait que singer les classiques.

Dohan, un capitaine boiteux de bonne volonté mais trop bonne poire sert de bouc émissaire suite à la mort de leur général Abokar lors d’une bataille décisive face aux hordes orcs. Sauf qu’Abokar n’a pas trépassé, il a choisi de disparaître pour ne pas pas que ses hommes remarquent sa dégénérescence physique et mental qui le gagnait. C’est Dohan qui paye les pots cassés en se montrant fidèle au général : à ce dernier une gloire immortelle, pour l’autre l’opprobre et l’exil. Mais en fin de compte le destin pourrait décidé de refaire se croiser les deux officiers pour un ultime baroud d’honneur…

L’histoire est sympa, c’est un truc pour les bonhommes. On est dans un récit très militaire où ça cause disciple, mater les récalcitrants à coups de taloche, tactique, expédition, reconnaissance, mais aussi d’honneur perdu… Et puis soudain on bascule dans l’ésotérisme type T3 et T8 consacré au Temple, et ce n’est pas la première fois que Jarry prend les lecteurs à contre-pied. J’ai adoré les idées apportées dans cette seconde partie : on dirait du Pacific Rim fantasy . En bref, c’était plutôt cool, avec quelques clins d’œil en prime, il y a du suspens avec ce général aussi taré que Nivelle frisant l’irresponsabilité d’un Grouchy mais doté du génie stratégique de Turenne ; mais au-delà du simple divertissement je ne vois pas ce que ça apporte à l’univers Nains. C’est vrai on retrouve Dohan, souvenez-vous, c’est le frère de Tiss du Bouclier (Tome 5), et son histoire très touchante agrandi la toile de l’univers Nains mais c’est au niveau de l’histoire en général qu’on ne progresse plus je trouve.

Les dessins : « mmmmouais, ok » ça fait le taf mais les couleurs, toujours pareil : « c’est fait à l’informatique et ça se voit ». Grrrrrrrrr !

Nom série  Sanguine - L'insoumise  posté le 28/01/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Sanguine est un récit d’action-aventure se déroulant dans un cadre mêlant nature sauvage africaine puis antiquité romaine. L’idée est à la base séduisante car le filon n’a pas encore été pleinement exploitée selon moi. Le personnage éponyme de la série est à l’image de ces grandes figures africaines guerrières historiques telles que l’éthiopienne Candace qui stoppa Alexandre le Grand en 332 av. J-C, ainsi que Majaji de l’ancien Empire africain Koush deux siècles après les événements se déroulant dans Sanguine, on pressent chez elle un destin hors du commun et qui par sa simple volonté est capable de faire trembler des empires, comme le fit en son temps Spartacus chez qui les auteurs vont également puiser leur source.

Toutefois Senga de son vraie nom, de part son parcours, ses exploits et ses inspirations, se situe davantage dans la lignée des personnages d’Heroic Fantasy tels que Rahan, ou Imaro de l’écrivain américain Charles R. Saunders. Les auteurs ayant décidé de jeter l’éponge durant la campagne de financement du tome 2, nous ne serons jamais quel virage aurait dû prendre la trajectoire de Senga : celui d’une chef conquérante ou bien celui d’une guerrière solitaire vivant de son épée à l’image de Conan.

Si j’ai apprécié les intentions de départ, j’ai été nettement moins séduit sur comment tout cela s’emboîte : déjà le rythme m’a paru trop précipité, j’aurai aimé passer plus de temps dans cette Afrique sauvage et mystérieuse, quitte à y consacrer 90 % de l’album. J’ai trouvé intéressant de suivre Senga dans ses luttes personnelles contre les autres femmes soumises de sa tribu où elle mène un combat politique contre cette société archaïque phallocrate en démontrant qu’une femme peut chasser aussi bien sinon mieux que les hommes, qu’elle peut faire montre d’intelligence comme sa curiosité à l’égard du monde extérieur, et qu’elle n’a rien à envier à personne en terme de rage et de fureur guerrière. Son développement psychologique est aussi intéressant dans cette partie lorsqu’en lui confiant la charge d’un bébé rhinocéros elle apprend à protéger la vie et non plus seulement la détruire. On dirait la relation d’amitié entre l’enfant noir et l’ours dans Niourk.

Mais peut-être par manque de confiance en leur histoire les auteurs ont cherché à entasser de nouveaux éléments et à en quelque sorte précipité les événements. Ainsi parvenu à la fin du premier tiers le récit bascule dans le genre survival en plein désert avant de s’achever sur les classiques combats de gladiateurs en arènes, dont toute la trame rappelle férocement celle du film Gladiator de Ridley Scott. Pourquoi pas ?… Mais on va un peu vite en besogne selon-moi, Senga passant bizarrement vite de femme barbare éprise de liberté à esclave gladiatrice « acceptant » son destin.

En elle-même la narration est un peu plombée par quelques scories gênants :

- On a du mal à gober le personnage d’Ashaq tour à tour esclavagiste puis formateur de gladiateurs. Et la partie « je me mêle parmi les esclaves en faisant croire que je suis un des leurs mais en fait non, c’était pour les piéger, en fait je suis un des esclavagistes », est totalement invraisemblable et m’a fait sortir de ma lecture.
- Pareil le coup du poison dans l’oasis pour capturer les touristes qui s’aventurent dans le coin est difficilement crédible.
- Ashaq, encore lui, est aveugle mais capable de prédire que Senga a un talent pour la lutte et les combats. Comment fait-il pour suivre son combat dans l’arène ? Ça n’a pas de sens. A trop flirter du côté fantastique le récit perd en cohérence car on ne sait plus sur quel pied danser.

Bon après ce qui m’a le moins séduit se sont les dessins. « Bof, quoi ». Des fois j’ai l’impression que Alcala passe directement du crayonné aux aplats tellement c’est « hachuré ». À aucun moment je n’ai été transporté ni émerveillé par ce que je lisais. C’est dommage car rien que le cadre offrait la possibilité d’un dépaysement total mais les planches sont dépouillées de cette nature âpre et farouche.

C’est dommage, il y avait du potentiel mais… Les auteurs n’auront même pas la possibilité de corriger le tir et cela aussi c’est regrettable.

Nom série  Star Wars - Boba Fett  posté le 21/02/2014 (dernière MAJ le 23/01/2018) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je n’ai pas été sympa la première fois avec cette série, surtout sur la partie coloration qui ruinait l’ensemble et que j’avais trouvé « dégueulasse » selon mes mots. Suis-je devenu maso, ou est-ce qu’entre-temps à force de lectures ayant divers styles graphiques mon regard s’est-il aiguiser, avec un œil mieux observateur ou moins pinailleur ? Je n’ai pas envie de passer pour un vantard, surtout que sur l’aspect technique je suis un noob complet pour être honnête. Dans le doute je dirais que je ne sais pas.

Toujours est-il que désormais j’apprécie pleinement les graphismes de Cam Kennedy que je considère comme une vraie pointure. J’ai toujours porté en estime le trait de l’artiste écossais. Je pensais globalement du mal de son dessin mais son trait m’a néanmoins marqué, il m’a même carrément obsédé et c’est sans doute pour cela que je reviens dessus aujourd’hui. Il est quelque part entre Cromwell (Anita Bomba) et Frank Miller, un bijoux de minutie et d’intelligence. Son trait est hyper fin, ce qui lui permet de caser plein de petits détails qui apportent de facto une vraie richesse visuelle. Ses personnages similaires à ceux de Miller sur Sin City par exemple ont cette forme anguleuse qui fait typiquement comics, et d’un autre côté il a recours à un découpage qui n’est pas « éclaté » comme dans nombre de comics, mais fait de grandes cases dont il en ressort un aspect très contemplatif avec souvent pas plus de trois ou quatre cases par pages.

J’aime la couleur. Entre une édition noir et blanc ou une coloriée pour le même prix, je me dirige naturellement vers celle en couleur. Aujourd’hui comme autrefois c’est une facette qui est trop souvent négligée mais qui pourtant est un outil servant la narration. La grande majorité des bd ont une coloration disons classique tendant vers le réalisme mais sans chercher à viser plus loin que le plaisir esthétique. La palette d’aquarelle chez Kennedy, que ce soit sur Boba Fett ou Star Wars - L'Empire des Ténèbres ne ressemble à nulle autre, elle possède son propre langage et vient marquer l’ambiance et la tonalité du récit de façon plus frappante que la narration elle-même. On pourrait s’amuser à regarder la bd, sans lire les bulles, et néanmoins parvenir à comprendre ce qui se raconte grâce aux couleurs très évocatrices. Dans l’industrie américaine du comics où le travail de la coloration est une étape souvent déconsidérée, voir un artiste maîtriser aussi bien sa palette et faisant en sorte que cela ait un impact sur l’histoire, je trouve ça formidable. Le mec possède un style visuel bien à lui et ça c’est une chose suffisamment rare pour être soulignée. Oui, le champ chromatique est plus froid qu’une porte de prison, sans réelle nuance, je comprends qu’il puisse ne pas plaire mais c’est en cela qu’il est adéquat au final.

Car de quoi parlons-nous ici : de Boba Fett. « The » booty hunter, un personnage monté en tête d’épingle par les admirateurs de la saga alors qu’il meurt comme une crotte et qu’il a trois lignes de dialogues dans le film L’Empire Contre-Attaque. C’est ce qui l’a rendu intriguant : fine gâchette, armé de la tête aux pieds, énigmatique, calculateur, d’une intelligence froide et sans pitié. Un personnage idéal pour un récit sombre et réaliste. Alors pour parler précisément des quatre histoires composant ces deux tomes, oui c’est vrai, elles cassent pas trois pattes à un porg. Des truanderies, des règlements de compte entre mafioso, un contrat qui tourne à l’embrouille, ce n’est pas méga épique comme devrait l’être un Star Wars. Cependant je n’ai pas trouvé cela si mal, surtout qu’elles pourraient très bien être considérées comme canon ces histoires malgré le rachat de la licence par Disney qui a établi l’univers étendu comme nul et non avenu. Boba Fett aurait survécu à la digestion du Sarlacc, nous sommes 10 ans plus tard et sa vie n’interfère pas avec les événements racontés dans la nouvelle trilogie.

La première penche vers le genre du western avec un décor inspiré des déserts d’Amérique tout en y ajoutant des débris d’épaves évoquant la guerre entre la rébellion et l’empire. Une histoire très banale de chasse à l’homme où Kennedy a été sans doute le moins inspiré. La deuxième est déjà plus fouillée graphiquement bien qu’on puisse déplorer l’apparition d’un clone du méchant de la première nouvelle qui n’apporte aucune fraîcheur. Cette fois-ci pas de chasse à la prime mais des négociations « musclées » pas très crédibles qui s’écoulent à un rythme trop précipité. Deux histoires en un tome pas très excitant mais le froid cynisme de Boba Fett est plutôt drôle à lire. La troisième histoire est le prolongement de la précédente donc rien de transcendant mais au final toutes permettent de dresser la psychologie impitoyable du personnage.

Le livre-objet est plutôt cool en plus je trouve : on ne voit plus ces grands formats inédits de comics avec couverture cartonnée souple. Les illustrations de couverture de Mathieu Lauffray sont splendides en plus. On cumule le meilleur de la french touch et du génie britannique dans un « syncrétisme » graphique rare. Je suis nostalgique de l’époque Dark Horse France qui avait le cran de proposer des histoires de Star Wars aux graphismes sortant de la norme. Aujourd’hui c’est trop formaté, même pour une licence aussi codifiée que celle-ci.

Nom série  Ultimex  posté le 21/01/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ultimex, tu peux pas test. On côtoie là le summum de l’humour graveleux no limit et sans complexe. Je l’ai découvert la première fois il y a un paquet d’années via son blog qui existe toujours et d'où sont tirés les strip gag des albums. Je ne sais pas trop ce que j’ai dû lire mais en gros ça doit représenter la moitié de la production.

Ultimex s’adresse à tous ceux qui ont du mal à tendre les muscles zygomatiques devant la majorité des humoristes actuels qu’on voit dans tous les médias avec leurs sketchs inoffensifs pour le grand public, à tous ceux qui ne se marrent que lorsque ça dérange avec des vannes aussi corrosives que l’acide. Ultimex se fout de tout et tous, des riches, des pauvres, des hominidés, il crame des églises, bute des gosses, il est pété de tune, égocentrique et mégalo, obsédé violeur misogyne, la liste est longue et il n’y a pas de frontière au déglingage mais il fait tout ça avec une certaine « classe » à coups de punch line cultes. Et son pote faire-valoir Steve n’est pas en reste lui non plus. C’est de l’humour absurde hyper 15ème degré. De toute façon c’est souvent du gros n’importe quoi, je me suis tapé des barres des rire pendant des heures avec ces conneries. On pourra cependant regretter le mauvais côté du blog qui fait qu’on a souvent qu’une succession de blagues sans réelle narration.

Graphiquement on dirait que c’est fait sous paint mais j’imagine que c’est moins pour des questions d’esthétisme que de rapidité d’exécution. Ça passe bien de mon côté.

Nom série  La Licorne  posté le 02/11/2013 (dernière MAJ le 14/01/2018) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
D’habitude je ne relis jamais les histoires que je ne recommande pas. Mais avec ce dessin ciselé d’Anthony Jean que je trouvais déjà magnifique dans mon premier avis, avec ces visages taillés à coups de serpes, les formes anguleuses, la place laissée au contemplatif, le trait hyper fouillé qui démontre un talent certain, de même que ces extraordinaires couleurs soignées, et puis surtout l’imagination qu’il déploie pour dépeindre ces créatures mythologiques, j’ai envie de reprendre les mots de l’auteur : « Les chimères de l'antiquité sont aujourd'hui devenues des puzzles anatomiques, assemblages écorchés de muscles, d'os et de tendons totalement improbables ! » ; Bref, j’ai eu la soudaine envie d’accorder une seconde chance à cette série.

En lisant mon commentaire j’ai constaté après relecture avoir buté sur les mêmes écueils, à savoir les révélations et retournements de situation qui s’enchaînent dans l’ultime épisode et qui sont comme une avalanche d’informations dont j’ai de la peine à tout digérer. J’ai également accroché sur les mêmes points qui sont entre autres le dessin et la densité d’intrigue des trois premiers albums qui ne sont pas si tarabiscotés pour peu qu’on ne lise pas en diagonale. Même le scénariste Mathieu Gabella prévient que La Licorne est une œuvre pas spécialement ardue mais elle demande un minimum d’attention de la part du lecteur. Cela tombe à pique, j’aime les histoires qui laissent songeur et me donnent du grain à moudre. Peut-être est-ce la raison pour laquelle j’étais passé au travers la première fois à cause d’une lecture en quatrième vitesse. J’ai mieux pris conscience de l’ambition de son scénariste : la réconciliation de l’Histoire, des Sciences et des récits de l’imaginaire. Et malgré certains défauts, à mon sens, sur lesquels je conclurai, force est de reconnaître que l’alchimie fusionne à merveille, la joute est remportée haut la main.

Il y a eu pas mal de malentendus sur ce qu’est La Licorne, certains espérant un catalogue d’anecdotes en rapport avec la médecine, ils ont donc été déçu de lire une fiction. Pour moi il s’agit de Fantasy uchronique que l’on peut confondre avec la Fantasy Historique : ici, la Fantasy se passe dans le monde réel auquel viennent se greffer des éléments surnaturels. À la fin le cours de l’Histoire est plus ou moins respecté mais la manière dont les choses se sont produites possède une trame fantastique (et SF souvent ici), qui diffère de ce qui est enseigné dans nos livres.

Certes ce n’est pas que cela. L’alchimie est bien plus complexe puisqu’on prend pour point de départ une intrigue à base de jeux de pistes et d’énigmes à résoudre à la manière d’un Da Vinci Code, sauf que le casse-tête n’est pas une toile du célèbre génie polymathe, mais la non moins sibylline tapisserie en six parties de la fin du XVème siècle : La Dame à la Licorne. Encore aujourd’hui les chercheurs n’ont pas percé tous ses mystères… C’est une des choses que j’ai trouvé très bien construites : le récit commence doucement sur une enquête criminelle dans le tome un et bien que les éléments fantastiques soient déjà présents, il n’y en a pas abondance, et le lecteur à l’image du héros Ambroise Paré, découvre et rentre petit à petit dans ce monde fantastique. C’est bien dosé en somme. On perçoit bien les tâtonnements de l’auteur sur certains aspects comme le dosage de l’humour qui se fera de moins en moins présent, on entend moins la gouaille rabelaisienne de Paré à mesure que l’histoire avance, ni les apitoiements humoristiques de Paracelse. De même, la violence est décomplexée voire WTF dans le premier tome puis devient soft par la suite. C’est toujours spectaculaire mais moins barré. C’est intéressant un scénariste qui arrange la mire en cours de route quand il constate que des choses passent moyennement. Il y a une évolution sans pour autant broder au fur et à mesure des albums, dès le début Gabella sait où il veut nous emmener.

J’ai trouvé cette série jubilatoire, très « feu d’artifice », où ça part dans toutes les directions mais dans le bon sens du terme. D’un côté on a une intrigue qui traite d’enjeux dramatiques qui peuvent s’avérer cataclysmiques. Les héros sont un groupe de super papy de la Renaissance qui doivent faire face aux plans malveillants de l’Église romaine qui cherche à insuffler un nouvel élan à sa croyance à une époque où l’homme commence à avoir la prévalence des préoccupations au détriment de Dieu. Au milieu de ce petit monde il y a un intriguant « Chasseur » qui joue double voire triple jeu, un mystérieux génie inconnu qui balance des indices aux quatre coins du monde, et tout le bestiaire mythologique (Sphinx, Minotaure, Manticore, Hydre, Kraken, etc.) connu qui a lui aussi ses propres intérêts, et même parmi ces créatures toutes ne se battent pas dans le même camp.

Et en même temps et sans la nécessité d’une seconde lecture, on lit entre les lignes un passionnant cours sur l’histoire de la médecine et des sciences de la faune dont les conférenciers se nomment Ambroise Paré, Nostradamus, André Vésale, Paracelse, Jérôme Fracastor, Conrad Gessner, Jacobus Sylvius, etc. Le scénariste joue habilement sur les croyances populaires du XVIème siècle comme la poudre de licorne qui aurait des effets curatifs miraculeux et dont on faisait commerce mais qui dans la réalité était une arnaque (c’était des défenses de narval). Le récit fourmille d’idées comme l’homme de Vitruve qui serait un plan prototype de Chimère, l’œil du Basilic ferait IRM, la recherche du mouvement perpétuel ressemble à un chaînon d’ADN. Le dessinateur n’est pas en reste puisqu’il offre de superbes compositions tour à tour inspiré par exemple de la bibliothèque labyrinthe du Nom de la Rose ou encore la chute du Balrog dans les mines de la Moria dans Le Seigneur des Anneaux. Alors c’est vrai, des fois on peut avoir ce sentiment décourageant que la série s’adresse à un public réservé car il faut avoir un peu de culture pour tout comprendre de A à Z : entre le dieu grec de la médecine Asclépios, l’alignement des planètes Mercure et Vénus (Aphrodite et Hermès) qui n’est pas un choix anodin, et le déluge biblique, l’auteur case beaucoup d’éléments qui donnent le tournis. Mais au final ce que raconte La Licorne, la transition entre l’homme primordial, celui de Galien, et l’homme moderne qui découvre les micro-organisme, est très originale et demeure cohérente.

Alors il y a certaines choses que je n’ai toujours pas très bien compris, donc vous pouvez sauter ce paragraphe car ça va spoiler : j’ai compris grosso modo qu’il y avait le choix entre trois options à la fin : bon je ne vais pas trop renter dans les détails mais le héros choisit la troisième voie, celle consistant à sacrifier les primordiaux mais sans donner le bon rôle à l’Église. Le truc c’est que je n’ai saisi comment tout cela se goupillait, par exemple comment on en arrive de mykrobios mortel et agressif à mykrobios comme système immunitaire. C’est surtout sur le duo amoureux Chasseur / Vampire que je bute car au final ce que lui souhaite ressemble aux souhaits de Paré mais ils sont pourtant ennemis. Et puis le double du Chasseur, la chauve-souris, c’est un primordial ou quoi exactement ? De même que la petite fille, je n’ai pas compris ce qu’elle venait faire ici, si elle était une réincarnation de la Vampire ou autre… Par un moment on nous dit que la Licorne est indestructible puis la page suivante qu’elle doit être détruite… no comprende. La fin en points de suspensions est assez étrange, même si aucunement incohérente, car on sacrifie tout les primordiaux mais laisse le récit ouvert sur le mythe de Dracula. Tout n’est pas clair comme de l’eau de roche mais… j’imagine que ça appelle à une troisième lecture.

En somme : divertissant, intelligent avec quelques scories, bien documenté et beau.

Nom série  Le Dernier Rituel  posté le 07/01/2018 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je souhaiterai commencer par un court préambule : je n’ai jamais compris pourquoi certains critiques déconseillent la lecture d’une bd sous prétexte que la série est abandonnée, voir même abaissent leur note d’évaluation à cause de cet abandon. La défection d’un éditeur ou des auteurs n’enlève en rien les caractéristiques d’un livre, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Que l’on soit déçu de ne pas avoir la suite est une chose, et le refus d’achat peut ainsi se justifier, mais pour le reste cela fait un peu vendetta sur une œuvre par pure frustration. D’ailleurs je ne sais pas s’il s’agit ici d’une démission des auteurs préférant aller voir ailleurs (et Recht commence à être coutumier du fait), ce qui serait très critiquable vis-à-vis des lecteurs/acheteurs, ou si la décision d’arrêt fut simplement guidée par les faibles ventes (et on sait Soleil coutumier du fait). Bref, passons à la critique :

Je me suis demandé à la lecture du Dernier Rituel s’il ne s’agissait pas d’une commande d’éditeur plutôt que d’une idée originale de Grégory Maklès : j’y ai retrouvé plus ou moins l’ensemble du cahier des charges de ce qui faisait une série Fantasy estampillée Soleil à la fin des années 90 / début des années 2000, une sorte de « lanfeusterie » si on veut raccourcir. Cependant je ne suis pas vraiment parvenu à savoir s’il s’agissait d’une geste de High Fantasy avec beaucoup d’humour (genre Lanfeust de Troy donc), ou de la Fantasy parodique qui par séquences se prend au sérieux. Le problème se situe au niveau du dosage selon moi car si le scénariste ne sait pas sur quel pied danser entre le registre graveleux ou la raillerie inoffensive, c’est tantôt l’insistance des situations tantôt la lourdeur des dialogues qui font un bide.

Le worldbuilding, les personnages et le type de récit mènent aussi à penser que nous sommes dans du Soleil classique : il y a un terrible mal qui sévit sur cette terre, le Nécrom, vis-à-vis duquel on ne peut que fuir tout comme la maladie du Veill dans La Geste des Chevaliers Dragons. Je ne ferais pas la comparaison avec les Marcheurs Blancs du Trône de Fer vu qu’on était en 2002 et que la mode des invasions zombies était plutôt en berne. Le décorum est celui d’un univers un peu bâtard de Science-Fantasy où on trouve aussi bien des nains armés de hache, un grand général-sorcier « moorcockien » cybernétique, un bateau à vapeur, une cité céleste aérostat, des éléments purement magiques/chamaniques propres aux univers de Fantasy, mais aussi des flingues, de même qu’un mercenaire barbare émule de Han Solo. Bref, c’est un fourbi qui fait très Arleston et c’est plutôt plaisant.

Le malheur de cet unique numéro est que le récit ne se met pas bien en place à mon sens. Il souffre de longueurs atroces comme la partie « sous la toile » où il y a beaucoup de blabla inutile qui non seulement ne fait pas avancer l’intrigue de beaucoup, mais qui en plus n’en profite guère pour expliquer le pourquoi du comment de la horde maléfique du Nécrom. Il y a des méchants zombies qui ravagent tout, point barre. De même les personnages manquent d’intérêt, ils sont un peu balancés comme ça en pâture et il faut se contenter ici d’une démonstration de leurs talents : la gâchette rapide pour Sesterce, le combat de mêlée pour Mano-Khan, quant à la scribe elle se contentera du rôle de damoiselle en détresse… Il y a aussi des choix curieux comme le dragon (qui ressemble davantage à un golem) associé du mercenaire Sesterce que l’on voit dans l’introduction pour ensuite complètement disparaître de l’intrigue. De même lorsque l’action sérieuse commence enfin à venir, on voit se profiler un duel Mano-Khan versus un personnage badass qu’on pense être La Mort (visuel de couverture), mais non, les auteurs choisissent plutôt l’ellipse et de passer à autre chose.

Au final j’ai eu le sentiment d’avoir passé un moment divertissant sans que cette intrigue n’ait réussi à me mettre l’eau à la bouche parce qu’une fois terminé on ne sait toujours pas ce qui se passe ni ce que cherche à raconter les auteurs. Voilà, il y a un danger apocalyptique, une sombre prophétie annonçant « un couple d’amants, puis une vierge, fille de Satan », et que l’unique piste de salut des personnages repose sur leurs « vices les plus avérés : l’or, le pouvoir et la gloire... » Avec un héros nommé Sesterce et où tout le monde est prêt à vendre père et mère pour s’en sortir, je me demande si on n’est pas dans une histoire de troll mettant à mal le mythe du héros universel comme l’avait fait le tome 1 de la Geste des Chevaliers Dragons. Mais bon, à défaut de suite on en restera là…

Tout cela est d’autant plus regrettable qu’en ce qui me concerne j’ai plutôt kiffé le dessin de Robin Recht ainsi que les couleurs de Lencot, le duo fonctionne bien. Franchement cela a beau être la toute première bd de Recht on perçoit déjà le talent : c’est fouillé, il y a du décor en arrière plan, le trait est fin… il a fait le job en gros. Je dis cela parce que je n’ai pas l’impression de voir du Recht, celui de toutes ses séries futures où l’encrage est très prononcé, où il exprime davantage sa propre créativité. Il y a toujours cette impression de commande d’éditeur où on aurait demandé à Recht de dessiner comme Didier Tarquin car il y a ici du Lanfeust dans l’histoire ET dans le dessin.

C’est un album que je recommande si on est aficionados de Recht comme moi, ou si cette Fantasy très « anarchique » de chez Soleil vous attire. Pour le reste il ne faut pas être très regardant sur l’aspect narratif ni la solidité de l’intrigue.

Nom série  Solo (Delcourt)  posté le 22/12/2014 (dernière MAJ le 05/01/2018) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
À la lecture de Solo je n’ai pas pu m’empêcher de penser à une série animée que je regardais très jeune : Biker Mice from Mars, l’histoire de trois souris anthropomorphes vétérans d’une guerre futuriste qui leur a laissée des séquelles psychologiques et physiques et se déroulant dans un décor post-apocalyptique. De bons souvenirs donc, sauf que les aventures de Solo n’ont rien du conte pour enfant, le ton y est résolument plus adulte et pessimiste.

Certains y ont vu volontiers des références à Gladiator, Mad Max. Pour ma part j’y ai énormément perçu l’influence d’un Robert E. Howard et de son personnage phare, Conan. Je veux dire, regardez le quatrième de couverture : Solo au sommet d’un tas de détritus, de crânes, l’épée dégainée et la main posée sur le pommeau, ça ne vous rappelle rien ? Du pur Frank Frazetta tout craché. L’auteur Oscar Martin affiche et assume ses références, j’ai aussi vu certaines illustrations avec Solo cape au vent, le poing fermé sur le sol, il y a du Berserk là-dedans.

Même au niveau de l’approche psychologique que du parcours initiatique je trouve que Solo se rapproche beaucoup de Conan. On ne le dit pas assez mais Conan tout comme chez Solo, derrière la première facette du personnage bourrin qui fait parler les armes, il y a pas mal de psychologie voire parfois de philosophie, se sont des personnages qui portent un regard nihiliste, dépité, mais qui cache aussi une grande sensibilité.

Ces premières aventures sont très divertissantes mais on attend évidemment plus dans la suite à venir car pour l’instant nous avons eu droit à trois histoires qui ont chacune leur intérêt, mais pour que le récit gagne en épaisseur il faudrait que Solo vive quelque chose d’un peu plus épique et qui explore d’avantage les facettes de ce monde. J’aimerai bien connaître le pourquoi de ce monde post-apocalyptique où certaines espèces animales se sont hissées au rang des hommes dans la chaîne alimentaire.

Parce que la voix off de Solo présente durant l’intégralité du récit, j’ai aussi tendance à penser comme d’autres qu’elle est un brin pompeuse. Ou plutôt, Solo semble un peu gâteux, il radote toujours la même chose ; « manger ou être mangé, tuer ou se faire tuer… », C’est un peu lourd à la longue et ça fait un peu psychologie de bas étage.

Mais ce n’est pas bien grave car certaines faiblesses du scénario sont compensées par un dessin brillant de maîtrise. Oscar Martin tout comme son compatriote Juanjo Guarnido vient du monde de l’animation, et ça se ressent dans son trait un peu épais mais lisse qui rappelle certains Disney. Les cadrages dans les scènes d’action sont dynamiques et la taille des cases est grande pour nous en mettre plein la vue. Il y a des dessins en pleine page qui sont contemplatifs, c’est très impressionnant mais ça demande aussi un peu de variance pour les 2 albums à venir. Certes le fait d’encrer l’histoire sur une Terre ravagée impose une certaine uniformité dans les décors et les couleurs, mais un peu de diversité serait aussi la bienvenue.

Une lecture à recommander pour les amateurs du genre et une suite à surveiller.

Mise à jour 05/01/2018

Je ne pensais pas devoir faire une mise à jour quand j’ai commencé la lecture du T3, même une petite. Ce que j’ai écrit précédemment était toujours valable pour le T2 mais il me faut bien reconnaître que j’ai abordé cet ultime tome de manière un peu paresseuse, ne m’attendant pas à de grands bouleversements. Je ne pouvais plus mal me tromper.

Une conclusion d’une noirceur stupéfiante. Le doute est permanent sur la façon dont les choses vont se terminer pour Solo et sa famille. Même si la tonalité de la série tire vers le pessimisme, il y a aussi des moments heureux, notamment sur le T2 où les choses se concluent en bien. Là c’est vraiment « noir c’est noir il n’y a plus d’espoir ». Certes cela à beau s’achever sur un épilogue étrangement, pas « optimiste » mais disons que la lutte continue ; tout de même, je ne parviens pas à me réjouir. Un peu sous le choc. Le ton ampoulé du monologue en voix off de Solo m’a parfois exaspéré et pourtant on s’y attache à ce Conan anthropomorphe post-apocalyptique. Le voir en chier comme ça, lui et sa famille, on sait vu l’ambiance générale que ça peut virer au vinaigre mais on espère néanmoins un classique happy end. Et pour que cela se termine ainsi… c’est un Gladiator/Mad Max scénarisé par Martin Scorsese le truc. Dur à encaisser.

Au final c’est plutôt une série prenante à suivre, avec certes des défauts, des répétitions, mais avec une histoire et un message qui tiennent debout : une vie d’un survivant dans un monde hostile. Avec en prime de très chouettes graphismes dans la lignée des auteurs à personnages anthropomorphes tels Etienne Willem et Juanjo Guarnido.

Nom série  Samurai Légendes  posté le 29/12/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Il paraît que Samurai Légendes peut se lire indépendamment de la série mère. C’est faux. Je n’ai pas lu celle-ci et je suis passé complètement au travers de sa série spin of. C’est simple je n’ai quasiment rien compris à la trame principale et je ne pense pas que ce soit de mon fait. Mais qui est chargé du travail de relecture chez cet éditeur ? En plus aucune excuse pour le scénariste Jean-François Di Giorgio puisque Samurai Légendes se déroule avant les événements contés dans Samurai si j’ai bien compris. Il pouvait débuter sur une histoire basique compréhensible, son seul soucis serait de faire correspondre la fin avec le début de Samurai. Sauf que ça part en banzaï dès le début.

Bon, le premier tome ne raconte pas grand-chose cependant que même avec une histoire simple le scénariste arrive à se vautrer. Alors c’est Furiko, une sorte de rônin avec les pouvoirs de Wolverine qui est chargé par un mec qui s’appelle Harumo de rapporter la tête d’un seigneur rival, en échange de quoi il lui révélera où sont ses deux sœurs Reiko et O-Kane qu’elle a perdu de vu. OK, jusque là ça se tient, même si le coup d’envoyer des assassins buter la fille, assassins qui bien évidemment échouent, pour ensuite faire genre que tous ceci faisait partie d’une stratégie pour la faire venir à lui et lui proposer un taf, est complètement con ; mais ça passe, je continue. En résumé tout ce qui se déroule ensuite ne sert strictement à rien puisque le vrai commanditaire est un seigneur de guerre au nom subtile d’Akuma (qui peut se traduire par « Diable » ou « Démon », vous la sentez la subtilité ? ) qui cherche à embaucher la féroce Furiko… Mais bon sang de bonzaï ! Pourquoi ne pas l’avoir directement contactée au lieu de passer par machin qui tente de la tuer pour ensuite… ?! Tout cela n’était qu’une excuse pour un étalage de scènes d’actions sanglantes gratuites.

Le tome 2 est tout aussi mal fagoté avec une histoire d’enquête policière où un détective cherche à résoudre une série de meurtres dans un petit village. Cette intrigue occupe une grosse part du bouquin, mais vous savez quoi ? En fait, on s’en bat les cerises ! Bah oui, en fait tout cela ne sert que d’introduction aux sœurs de Furiko: O-Kane et Reiko (que de toutes façon on ne parvient jamais à différencier ni reconnaître à cause du dessin mais j’y reviendrai). Oh, et jamais au cours des deux tomes suivants on ne saura pourquoi au juste qu’elles tuent des gens ou qu’elles sont cannibales (enfin, c’est ce que j’ai compris), ni d’où leur vient leur pouvoir régénérateur si ce n’est que ça a un lien avec la grotte sous-marine (qui comme par hasard est souvent à deux pâtés de maisons quand elles en ont besoin. Oh bah ça ça tombe bien alors! ). Oh, et pourquoi Furiko et ses sœurs choisissent de se rallier à la cause d’Akuma ? On s’en bat les reins cousin, il leur promet du vent et ça suffit pour les convaincre. Oh, et c’est quoi cette histoire de XIIIème prophète ? Après 4 tomes on y voit aussi bien que dans le cul d’une vache.

Dans le tome 3 c’est déjà plus clair : c’est la guerre. Akuma veut être empereur à la place de l’empereur, où Shogun pour ce que j’en sais, il est méchant le gars. Cela va être l’occasion de dessiner plein de scènes de batailles, des duels dantesques et… mais non j’déconne. Parlons plutôt de Yoshi, un nouveau clampin qu’on introduit mais qui n’est pas destiné à aller plus loin que le tome 3. C’est le boyfriend de Furiko. Et ? Et c’est tout ce que j’ai retenu de ce tome. La suite svp.

Le tome 4 réussit l’exploit de ne même pas être raccord avec la fin du tome 3 puisqu’on quittait l'ost d'Akuma en route vers le palais de l’empereur pour terminer cette guerre. Mais, par la magie du scénario de merde l’histoire débute avec Akuma dans sa forteresse où il fait du rien. Pendant ce temps-là Furiko et ses sœurs sont embauchées par une bourge afin de retrouver son boyfriend enlevé par des malfrats. Whaou… ça c’est du scénario épique. Il y a un arc scénaristique en parallèle avec une gamine aux pouvoirs extra-sensoriel mais comme ce n’est là non plus pas hyper bien introduit, je passe. Ah ouais, un élément à charge contre le scénariste qui démontre qu’il ne devait pas être très frais quand il a écrit son scénar : à un moment Furiko parle de, je cite, « rééquilibrer nos chances depuis la perte de la bataille de Tagayama ». Je ne comprends pas à quoi elle fait référence mais il y a un astérisque en bas de page où il est écrit : « épisode à venir »… Donc si je comprends bien, dans ce tome 4 on parle de choses dont le lecteur n’a pas connaissance puisqu’elles se sont passées entre le tome 3 et le tome 4, mais dont on parlera dans le tome 5 ? J’ai bon ?

Bon cela suffit. Parlons du dessin à présent. L’histoire n’étant souvent qu’un prétexte pour introduire des duels et des massacres, j’ai eu ma dose de rouge sur cette série. Bon après je ne trouve pas cela hyper bien chorégraphié non plus (Le Maître d'armes lui est largement supérieur par exemple), et comme la violence n’a pas de véritable sens ici, cela la dédramatise d’autant plus. Cristina Mormile est plutôt bonne sur les décors je trouve, pleins de détails, j’ai bien aimé. J’ai vu quelques planches en noir et blanc et le contraste avec les planches en couleurs est saisissant je trouve. En effet les couleurs de Paitreau (tome 1 à 3) et Denoulet (tome 4) ne pimentent pas du tout les graphismes. C’est même l’effet inverse qui se produit. Bon, cela se parcours vite mais je n’ai pas eu envie de m’arrêter pour contempler plus que cela (pas fan du style de Mormile sur les visages, la proportion des corps ni même la démarche créative).

Je suis très déçu car sans m’attendre à quoi que ce soit (n’est pas Okko qui le veut), j’espérai le minimum syndical (Isabellae) et passer un bon moment car j’apprécie la Fantasy asiatique.

Nom série  Résilience  posté le 28/12/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Résilience est un récit dystopique d’anticipation politique-écologique. En 2068 l’Europe n’est plus qu’une terre inféconde épuisée par un mode productiviste effréné, bousillée par des produits chimiques que contrôlent des multinationales despotiques. La masse des humains se retrouve pieds et poings liés par ces oppresseurs qui ont le monopole de la production alimentaire, allant même jusqu’à débusquer et anéantir toute velléité de choix alternatif. Mais il existe encore une poche de résistants qui ne se sont pas résiliés, qui se rappellent ce que le mot « agriculture » signifie, que la responsabilité individuelle n’est pas un concept vide de sens et qu’il n’est jamais trop tard pour éveiller les consciences endormies. Nous suivons Adam, un jeune homme éduqué dans ces principes, ayant grandi à l’écart mais qui va malgré lui se retrouver happé par cet enfer dont on ne s’échappe pas aisément.

« Déjà-vu » la thématique proposée par Résilience ? Probablement puisque cela fait 50 ans que les scientifiques nous disent qu’il faut changer de paradigme, sinon « il sera trop tard ». Et cela fait 50 ans que rien ne change jamais vraiment dans les grandes lignes et que peut-être, « trop tard » il est déjà. Car le message a beau être martelé on dirait qu’il rentre par une oreille et ressort de l’autre sans que cela ne fasse « tilt ». Si des choses comme l’augmentation des cas de cancer chez les agriculteurs ayant recours aux pesticides, l’acidification des océans, le désastre écologique de la guerre du sable, la destruction de la barrière de corail, la disparition de 26000 espèces animales et végétales chaque année ou la 6ème extinction, sont des sujets qui vous sont totalement étrangers ; alors c’est super, prenez votre petite pilule bleue et faites de beaux rêves. Oui, Résilience ça fait du bien comme de gueuler sa rage dans un mégaphone, on imagine l’auteur au travers d’Adam comme un porte-parole de tous ces militants qui doivent avoir souvent l’impression de se battre contre des moulins à vent.

Ça casse à tout-va et certaines séquences sont tellement dans le vrai qu’on se dit qu’entre la fiction et la réalité, un pas a déjà été franchi : la multinationale fictive Dyosenta est une charge contre la bien réelle Syngenta qui avec 2 autres multinationales, Monsanto et Dupont-Pioneer, possèdent 50 % de la production des semences mondiales. Et quand vous savez qu’avec le concours de l’UE il y a un catalogue établi interdisant la vente de certains fruits et légumes que l’on cultive pourtant depuis des siècles… il y a de quoi s’insurger. En parlant de la classe politique d’ailleurs, elle se fait bien broyer en règle avec ce beau-parleur en costard (mdr il a la tronche de Hollande !) maniant la novlangue avec son discours creux agitant les peurs imaginaires de la décroissance pour mieux faire accepter à la plèbe les desiderata des multinationales qui les ont à leurs bottes. L’auteur n’épargne pas non plus la masse sur ses agissements, que ce soit ceux qui se prétendent « agriculteurs » et qui collaborent avec ce système, ni même les petites gens gavés de fausses informations jusqu’à devenir apathique, ne connaissant que la soumission. La vision est alarmante sur les plus jeunes qui ne savent plus à quoi ressemble tel animal ni tel insecte (un effet de loupe grossissant ? Pas vraiment : vu personnellement au salon de l’agriculture, des gamins qui voyaient une chèvre pour la première fois, t’avais l’impression qu’ils regardaient une créature mythologique). Le désastre n’est pas venu que par le haut, c’est aussi le rôle des aînés d’apprendre à préserver puis transmettre.

Un propos intéressant et toujours d’actualité donc. Cependant sur le fond comme sur la forme Résilience n’atteint jamais la grâce d’un Mother Sarah qui est à mes yeux la référence ultime du genre. On sent que l’auteur a des choses à raconter mais, limité par une histoire qui doit s’achever en 2 volumes et restreint par une pagination de 62 planches, on a cette impression de survoler certains thèmes et qu’il y a juste la place pour caser quelques phrases. Aussi le récit ne prend pas vraiment le temps de se mettre en place avec un côté ironiquement « fast-food » où on rentre vite dans l’action et les péripéties ne tardent guère à s’enchainer. Du coup on n’a pas trop le temps de s’attacher aux personnages bien qu’on perçoit des tentatives de nuancer certains traits psychologiques. Ce n’est pas bien grave en soi puisqu’on cherche à aller à l’essentiel et à faire passer un message.

La grande force de Le Révérend, première série d’Augustin Lebon, résidait dans ses graphismes plutôt plaisant. C’est toujours aussi agréable à regarder mais je trouve que pour un récit futuriste c’est limité et épuré niveau créativité. Par exemple la cité recluse où sont réunis les « possédants » conserve un visuel champêtre de petit village qui donne un côté risible à ses bad guys. J’ai un peu de mal à imaginer qu’en 2068 les 99 % de la populace se soient « ghettoïsé » tandis que les plus riches qui sont censés être au sommet de la pyramide, ne vivent pas dans davantage de luxe avec une technologie améliorée (des courses-poursuites en moto mais pas un seul hélico ou soutien aérien ?…). Il y a une vague impression de post-apo nanaresque qui fait un peu tâche.

Conseil de lecture si la BD vous a plu : la trilogie climato-apocalyptique de Jean-Marc Ligny : Aqua, Exodes, Semences.

Je mets un « 3 » mérité en attendant de voir si la moisson sera à la hauteur des espoirs.

Nom série  Batman - The Dark Prince Charming  posté le 27/12/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Voilà le genre d’association que j’aimerai lire et voir plus souvent. Un monument de la fiction américaine adapté par un auteur européen reconnu, une pointure de ces dernières décennies, merci DC et Dargaud ! Enrico Marini était libre d’écrire l’histoire qu’il souhaitait du moment qu’elle respectait la mythologie de la licence, ainsi que de dessiner dans le style de son choix. Seul demeure le format de l’objet taille comics.

Nous avons un premier jet assez intriguant qui laisse en suspend pas mal d’interrogations, ce qui constitue une force comme une faiblesse car comme dans tout scenario construit en diptyque, il faudra attendre le dénouement pour qu’on puisse se forger une opinion. On est vraiment dans du Batman pur jus, solide, avec un auteur (sans doute un peu aidé) qui connaît et respecte l’univers de ses prédécesseurs : tantôt inspiré par l’environnement sombre et crépusculaire de Nolan avec un Joker aussi délirant que sadique, tantôt par la série Batman The Animated Serie pour le chara-design de Bruce Wayne et du commissaire Gordon, ou peut être bien le jeu vidéo Arkham City dans celui de Catwoman, on retrouve tous les personnages basiques. J’ai eu cet assentiment que chacun pouvait y retrouver son Batman en fin de compte (sauf Schumacher je vous rassure), car même dans l’intrigue principale on retrouve le côté détective des premiers numéros, ou l’aspect « vigilante » de Frank Miller.

Dans tous les cas c’est un Marini en grande forme sur les planches, de quoi regretter un plus grand format vu qu’on est servi en doubles-planches. De l’entreprise, du fan-service (« miaou », sexy Selina Kyle), et cerise sur le gâteau une coloration directe qui change des couleurs numériques sans nuance d’outre-Atlantique…

Allumez le Bat-Signal, le chevalier noir me manque déjà.

Nom série  Laowai  posté le 27/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Une bonne introduction d’une trilogie évoquant une période méconnue des français mais à laquelle ils ont pourtant contribué, celle de la seconde guerre de l’opium opposant la Chine face à la France et le Royaume-Uni. Cela dit lorsqu’on voit le rôle qui ont joué ces deux derniers, on comprend pourquoi on fait profil bas (pas beaucoup de livres sur ces événements ni de documentaires). Ce n’est pas très glorieux de se retrouver de l’autre côté du manche dans le camp des méchants envahisseurs, hein ?…

Toutefois ce n’est pas un récit purement historique, et heureusement. On démarre l’intrigue en 1859 lorsque la guerre est déjà entamée (1856-1860) mais durant une période de trêve. La guerre de l’opium sert de toile de fond à un récit d’action et d’aventure. Nous suivons un jeune marsouin français engagé volontaire, François Montagne. Un personnage fort intéressant au travers duquel le lecteur pourra se reconnaître car tout comme lui on découvre et s’émerveille du dépaysement de cette Chine du XIXème siècle, en même temps qu’on adopte son regard naïf, complètement ignorant du pourquoi du comment de cette guerre. J’adore ce genre de construction scénaristique où à travers une petite histoire on raconte la grande.

Les scénaristes se veulent honnêtes, réalistes, et ne cherchent pas à épargner les forces occidentales. Bien évidemment qu’on ne fait pas la guerre pour des questions d’honneur ou de lutte entre le bien et le mal. Il est toujours de bon ton de présenter son ennemi comme le grand méchant menaçant notre mode de vie, et pas comme un bon bougre qui aspire aux mêmes choses simples que l’occidental moyen (le discours du général Cousin Montauban aux troupiers p.21-22 en est une parfaite illustration). On fait la guerre pour des richesses matérielles, de l’or, des terres, du pouvoir, des parts d’action, le marché, etc. Ne restait plus qu’à trouver le Casus Belli.

En plein cœur de ces événements, le soldat Montagne est un peu le rebelle de service qui a des valeurs et les défend envers et contre tous. Un petit côté Corto Maltese un brin candide comme je l’ai évoqué, mais qui fait du bien à suivre. Du camarade exemplaire lors de la phase entraînement façon Easy Company dans Band of Brothers au héros de guerre survivant, en passant par le good lad durant la traversé, jusqu’à la phase remise en question puis rébellion ; il demeure droit comme un « i ».

Pour nuancer cette bonne impression globale du scénario, il n’y a pas vraiment de gros rebondissements pour le moment. Même les sous-intrigues sont un peu cousues de fil blanc, pas besoin d’être une flèche pour deviner que la comtesse de Malnay joue un double-jeu et à la longue l'aveuglement de Montagne commence à devenir lourd sur le deuxième tome.

Xavier Besse propose un dessin semi-réaliste de très bonne facture qui rentre tout à fait dans ma zone de confort. Et les couleurs à l’aquarelle sont magnifiques et très à propos avec ce type d’histoire, évoquant un aspect carnet de voyage.

Comment tout cela va-t-il se terminer ? On connaît la suite dans les grandes lignes : les hominidés crevarices du grand capital obtiendront ce qu’ils étaient venus chercher… quant au sort de Montagne et ses camarades, j’espère que le scénario saura me surprendre dans l'ultime volume.

Nom série  Le Grand Méchant Renard  posté le 24/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Oui, c’est un conte fort sympathique, drôle par petites touches, enfin, ce n’est pas la grosse poilade non plus mais j’ai souri sur certaines répliques. C’est plein de bons sentiments qui, à moins d’avoir un cœur de pierre toucheront forcément le plus grand nombre. J’ai été légèrement déçu parce que la bd a été tellement sur-vendue que je m’attendais à l’œuvre d’exception. C’est un peu le revers de la médaille aussi, avec une adaptation au cinéma en l’espace de moins de 2 ans après sa sortie, là où d’autres séries cultes poireautent toujours en attente, je me disais que le succès et les éloges étaient forcément logiques et qu’on rentrait dans la catégorie des immanquables.

Mise en page, dessin, couleurs directes, narration… ça se lit vite et bien, rapport au nombre de pages. Je ne dirais pas que c’est « joli » mais ça fait le taf. Du coup l’édition spéciale n’apporte pas grand-chose si on n’est pas gaga du dessin. On préférera l’édition simple déjà pas donnée. Bon sinon ce n’est pas trop mon truc ce genre d’histoire, je trouve cela un peu niais et déjà-vu, même si je n’ai pas d’exemple en tête qui me vient là. Je réserve plutôt cela à un public féminin et jeune. Un petit 4 mais mérité.

Nom série  Wollodrïn  posté le 26/12/2013 (dernière MAJ le 22/11/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Chapitre 1 Le Matin des Cendres

David Chauvel et Jérôme Lereculey connaissent sur le bout des doigts leurs classiques, car si la balance penche clairement du côté de la fantasy d’inspiration tolkienienne, Wollodrïn ne s’enlise pas dans le vulgaire ersatz déjà-vu de la Communauté de l’Anneau et parvient à mêler avec justesse d’autres grands noms du genre dans cette folle aventure en no man’s land.

Du Seigneur des Anneaux, Lereculey emprunte surtout la beauté des décors néo-zélandais du film de Peter Jackson ainsi que les diverses techniques de cadrage comme les vues en plongée sur ces compagnons marchant en file indienne au sommet d’une colline. Mettez le thème principal du SdA en fond sonore et on s’y croirait ! D’autant plus que ces choix de cadrage se prêtent à merveille aux grands espaces avec ces cases tout en largeur sur deux pages qui accentuent bien sur ce côté monde inconnu et dépaysant. J’ai grand plaisir à voir ce dessinateur dont je perçois chaque fois un peu plus une amélioration : le trait est ici un peu épais mais toujours très net, donc lisible, du travail bien soigné.

J’ai envie de me mettre en porte-à-faux par rapport à d’autres avis qui trouvent le récit en résumé assez classique, donc banal, donc inutile. Chauvel pioche chez les « Classiques », oui, et il ne joue pas avec ses propres billes, mais cela ne l’empêche pas de mitonner une histoire très multi-genre et qui finalement fonctionne plutôt bien et se révèle divertissante. Et c’est bien là le principal.

J’ai crains au début à un remake de La Quête... avec ces protagonistes qui nous endorment avec leur longue marche en avant et dont seule la beauté du décor parviendrait à nous maintenir en éveil. Mais il y a très vite dans le récit des signes annonciateurs qui montrent bien qu’on ne compte pas nous resservir la même soupe froide : ces compagnons d’infortunes recrutés parce qu’ils n’ont rien à perdre et qu’entre cette mission suicide ou la mort directe, le choix est vite-fait, tiennent plus des Douze Salopards, troupe du purgatoire, que des gentils et fraternels membres de la communauté de l’anneau. Et puis il faut quand même être sacrément à l’ouest pour ne pas percevoir que cette fantasy d’aspect classique beigne dans une ambiance western de bon aloi : entre les différents protagonistes à la gouaille sergioleonesque et le mode de vie orc/amérindien piochant dans Danse avec les loups de Kevin Costner. Je ne sais pas si David Chauvel a déjà lu Joe Abercrombie mais je suis persuadé qu’il s’entendrait à merveille avec cet auteur fantasy inspiré par Tarantino et le western fantasy néo-classique.

J’ai senti également que le scénariste maîtrisait son histoire, ne voulant pas donner toutes les réponses et cherchant à construire sur du long terme. Cette sous-intrigue politique avec la nation empirique elfique qu’on ne voit jamais mais dont on nous dit qu’elle est responsable des maux de ce monde, est très alléchante. J’ai envie d’en savoir davantage.

Des bémols ?
Je regrette que la fin soit précipitée, deux ou trois pages supplémentaires en guise d’épilogue auraient été bienvenue.
Une invraisemblance avec un personnage de la troupe qui ne devrait pas se trouver là étant donner la révélation qui nous est faite dans le second volet sur sa véritable identité et ses véritables intentions. La suspension consentie d’incrédulité prend un coup sérieux tellement cela paraît invraisemblable. On se dit, « tout ça pour ça ?! », l’argument « mission suicide » vole en éclat devant le raisonnement foireux du personnage.

MISE A JOUR 20/01/2016
Chapitre 2 Le Convoi


A défaut de faire montre d’une grande originalité tout comme son cycle aîné, la suite se pause comme un excellent pot-pourri tourné à cent pour cent vers un divertissement encore plus jouissif que son prédécesseur.

On repart avec ce couple insolite Onimaku la femme humaine et Hazngar le mâle orc, les survivants de la première aventure sont engagés comme guides et protecteurs d’un convoi. David Chauvel le scénariste avait des envies de western visiblement avec ces familles de pèlerins à la religion austère qui migrent pour s’installer sur une terre promise avec des rêves d’Eden plein la tête. Avec le talent de Jérôme Lereculey toujours au rendez-vous on n’échappe pas aux superbes plans larges représentants les grands espaces sauvages et toute une mise en scène qui donne vie à ce côté western avec les chariots qui se mettent en carré lors des raids gobelins qui forcément remplacent les indiens dans le rôle d’assaillant.

Et comme les gars ont de la suite dans les idées, ce qui s’apparentait à une Ruée vers l’Ouest se transforme en un Season of the Witch à cause de spectres noirs Nasgûl qui en ont après le convoi pour des motifs obscurs et qui vont réveiller de sombres forces apportant à l’intrigue un tournant survival horror en mode hack n’slash. C’est excellent car on bascule d’une référence à l’autre et très vite Onimaku, Hazngar et leurs comparses de fortune se retrouvent avec une armée de zombies aux trousses, et Chauvel qui nous rejoue la scène de l’hypermarché dans L’Armée des Morts remplacée par une halle au grain. Ouarf ! Du grand spectacle mené à cent à l’heure dans le deuxième tome avec un affrontement Gandalf vs. Manticore zombifiée, et en filigrane une belle histoire d’amour interraciale (ça me fait bizarre d’écrire cela).

C’est beau, c’est fun, c’est incontournable pour les amoureux de la culture SFF.

MISE A JOUR 18/11/2016
Chapitre 3 Celui-qui-dort


Amis nostalgiques, enfants rêvasseurs, approchez que je vous présente Le Hobbit nouvelle formule !

Après l’interlude western des « porte-flingue » Onimaku-Hazngar, voici que David Chauvel retourne à ses tolkienneries avec un protagoniste qui ne paye pas de mine mais ne manque pas de sel : l’adolescent nain Tridïk.

Handicapé à la naissance par un bras en moins, Tridïk sait pertinemment qu’il ne pourra jamais prendre la succession de son père forgeron, et s’évade une grande partie de son temps le nez plongé dans de vieux livres narrant les exploits de son héros nain favoris, Bhaälzec. Le jeune Tridïk a toujours vécu parmi ses congénères dans une communauté située profondément sous la montagne. Mais ce lieu, truffé d’interdits est devenu trop étroit pour cet esprit libre qui a soif d’aventures et de romances. Car en secret Tridïk en pince pour la belle Mëlinhh dont il espère gagner le cœur en lui offrant une chrysoztëre, une fleur rare que l’on ne trouve qu’au plus profond de la montagne… Par le plus grand des hasards, Tridïk fait la découverte d’un passage secret menant derrière les portes scellées d’Ahrëezlohk, un endroit maudit volontairement oublié des mémoires naines, car il renfermerait une chose qui jamais ne doit être réveillée… Qu’à cela ne tienne ! Pour séduire Mëlinhh, Tridïk est prêt à braver tous les interdits. « I’m going on a adventure ! » comme dirait l’autre.

Voilà pour la présentation de la première partie, car il s’en passe des choses tout du long : d’une folle escapade souterraine en guise de quête initiatique où il ne fait pas bon être claustrophobe, le hobbit sort finalement de son trou pour explorer les grands espaces de Wollodrïn. Entre-temps, Tridïk s’est trouvé un compagnon de voyage : Haffanen, le « dernier » des elfes. David Chauvel fait montre de sa maîtrise de la dramaturgie avec des personnages qui évoluent psychologiquement. L’humeur badine et bon enfant de la première partie laisse place aux temps de la désillusion comme si Tridïk grandissait et prenait petit à petit conscience de la réalité du monde qui l’entoure. Et inversement, une philosophie humaniste très touchante quoiqu’un peu niaiseuse du jeune Tridïk faisant la leçon à l’immortel Haffanen. C’est assez cocasse. Un réalisme incarné par cet elfe pas très tolkienien pour le coup, plutôt proche d’un barbare atroce howardien. Entre moments de franches rigolades et prises de bec, il s’installe une complicité sincère entre les deux protagonistes mue par cette influence mutuelle.

Malgré de nombreuses références littéraires qui sautent aux yeux le récit n’est pas pour autant cousu de fil blanc et réserve quelques surprises notables dans son dénuement. Chauvel prend un malin plaisir à tourmenter ses classiques et offrir une vision géopolitique que je juge plus réaliste et complexe qu’une simple vision binaire zoroastrienne dont on a (trop) souvent l'habitude en fantasy.

Toujours un bonheur de contempler une bédé de Jérôme Lereculey qui ne cesse de m’impressionner. Vive la Terre du Mil… Wollodrïn, pardon. Je ne me suis toujours pas remis du dessin en double-page sur la grotte à ciel ouvert, pages 34-35, le genre qu’on a envie de posséder en original et d’accrocher dans son salon. Un travail d’orfèvre nain. De Chauvel ou Lereculey, de qui vient l’idée du design de l’elfe Haffanen ? Peu importe, j’ai apprécié ce mélange d’albinos moorcokien et du Rige de La Quête… Tiens en parlant de celle-là, bien vu pour le Fourreux/Zzürk.

Si je devais émettre un seul bémol ce serait que j’ai parfois le sentiment que Chauvel en fait trop dans la référence à JRR (hum hum hum ! Frodon, Sam, Shelob et ton antre le Torech Ungol, on vous a reconnu).

Terminons sur une bonne note : Wollodrïn aurait pu se limiter à une succession de récits indépendants mais petit à petit l’univers s’étoffe et on flaire la convergence des protagonistes pour le 5ème diptyque, ou quand la petite histoire rejoint la grande... Du tout bon !

MISE A JOUR 22/11/2017
Chapitre 4 - Les flammes de Wffnïr


Musique : Two steps from Hell – Road to Revelation

David Chauvel poursuit la création de son univers Lord of the Rings like humaniste avec un diptyque un peu différent des autres dans sa construction. Auparavant nous avions droit à une histoire se tenant en deux albums avec présentations de nouveaux personnages. Le tome sept poursuit sur cette lancée avant que le suivant ne prenne le lecteur à contre-pied en accélérant les événements, ce qui donne beaucoup de rythme et de rebondissements à ce dernier.

Wïnhbor est un orc fier, têtu et machiste, qui ne supporte pas que sa sœur aînée Wïnhart soit meilleure que lui dans les tâches qui incombent aux mâles. Dès lors, quand celle-ci est désignée par le conseil des anciens pour l’accompagner lui et ses frères d’arme dans leur rite de passage à l’âge adulte, Wïnhbor est un peu chafouin. Cet orc caractériel masque derrière les apparences une profonde blessure psychologique de jeunesse. Lorsqu’ils étaient enfants, lui et sa sœur ont vu leurs parents se faire tuer par le dragon Wffnïr. L’expédition n’est donc qu’un leurre pour Wïnhbor dont le sang clame vengeance. Il devra faire avec sa sœur et leurs compagnons qui ne le lâchent pas d’une semelle dans ce périple suicidaire.

Présenté au départ comme un drame familiale avec en son noyau la relation pleine de non-dits mais d’affection sincère entre Wïnhart et Wïnhbor, ainsi que les hantises que ce dernier fuient mais auxquelles il devra se confronter ; l’intrigue met en quelque sorte en suspend ce parcours initiatique du jeune orc, pour lier son futur à celui du dragon Wffnïr, réincarné dans une petite fille. Alors que l’on pense se diriger vers une histoire de défiance puis d’amitié sur le modèle du précédent diptyque, les différentes trames de l’intrigue tissée depuis le début de la série finissent par se relier, et la toile d’araignée de prendre forme.

Je l’avais soupçonné en fin de tome six que Chauvel nous annonçait une sorte de Justice League de la Fantasy mais bon sang, qu’est-ce que ça fait du bien de constater que c’est ce qui est en train de se passer ! Haffanen, le champion des elfes, Tridïk l’héritier de Baälzec, Wïnhbor aux pouvoirs de se démultiplier, et Wffnïr le dernier dragon : tous ces champions de la balance, descendants de Rong Dhärn le créateur de toute chose, doivent unir leur force pour vaincre les sorciers Nazgûls mais dans un premier temps, sauver le nouveau champion de la race des hommes : un bébé nouveau-né, la fille d’Onimaku et de l’orc Hazngar (remember les quatre premiers tomes ? ). Et quel pied de revoir les side-kick comiques de la toute première aventure : Jokkï le nain berserker, Ebrinh le semi-orc et Ivarr l’archer d’élite alcoolique dont les cheveux ont grisonné depuis la dernière fois où on l’a aperçu.

Ce quatrième arc lance le décompte final, la partie d’échec touche à sa fin. Une histoire qui tire comme toujours ses inspirations chez Tolkien avec un background où on introduit un Sauron (où le diable, celui qui divise), la sorcière du deuxième diptyque qui revient en mode Gandalf le Blanc, une cosmogonie expliquée inspirée en partie du Silmarillon, etc. Mais n’oublions pas que Chauvel ne fait pas dans le manichéisme et a une approche plus humaniste des choses avec ses orcs inspirés des amérindiens. Il y a pas mal de suspens quant au sort de certains personnages, on balise grave pour eux. Les dessins de Lereculey sont toujours aussi tip-top, beaucoup de détails et de minuties et un sens of wonderful intact avec pas mal de dessins en double-page. On pourra juste pinailler sur le manque d'épaisseur de la relation Wïnhbor/Wffnïr dont on a du mal à adhérer, ainsi que la fin qui n’en est pas une et se termine plus sur un « à suivre » qu’on n’avait pas eu jusque-là.

Nom série  GTO - Great Teacher Onizuka  posté le 18/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
GTO, c’est bien. GTO, c’est hilarant et violent en même temps. GTO, c’est une œuvre providentielle pour toute une génération. GTO, c’est un guide pour la vie.

Eikichi Onizuka est un jeune homme de 22 ans ancien voyou chef de gang de bikers, qui cherche à se reconvertir mais comme il ne sait pas trop quoi foutre, il décide de devenir enseignant de lycée parce qu’il y a la sécurité de l’emploi, que c’est un job « tranquille », et l’idéal pour secrètement se taper des petites jeunes. Parce que oui, Onizuka a beau être le type bad ass gros dur à cuir, il est néanmoins puceau. Pas de bol, il se retrouve à devoir enseigner à de jeunes merdeux de collège. Une classe sur les sentiers de la perdition composée de gosses mal à l’aise dans leurs pompes même s’ils le nient et qui en font voir de toutes les couleurs à leurs profs (dans un esprit cruel et non pas bon enfant). Mais faut-pas-faire-chier Onizuka qui a des méthodes pas très… « académique ».

GTO ça raconte plein de trucs : du social avec des histoires touchantes sur ces jeunes ados qui manquent surtout de repères ou qui se sentent inadaptés au système scolaire (japonais mais le problème se pose aussi bien en France) qui cherche à les faire rentrer dans des petites cases ; un peu de philosophie sur l’expérimentation de la vie ; beaucoup d’humour en-dessous de la ceinture ; de la bagarre décomplexée ; un esprit très encré dans la mentalité japonaise où il est mal vu de pleurer sur son sort et de montrer ses émotions, etc.

Comme beaucoup j’ai d’abord découvert GTO par la série animé, c’était un truc énorme à l’époque. Je crois que c’était diffusé pour la première fois en France en 2004. J’avais à peu près le même âge que les personnages de la série et ce qu’ils vivaient me touchait donc d’autant plus, même si les histoires étaient pour la plupart invraisemblables, ce n’est pas le propos. Il y avait aussi cette VF magique avec des acteurs qui usaient d’un langage argotique qui rendait la série mémorable : « Toi quand je t’appellerai pot-de-chambre, tu sortiras de sous le lit » (et monsieur le Directeur avec sa Cresta… qu’est-ce que je me suis fendu la poire avec ses malheurs). Et cette musique très jazzy bien dans les années 2000 était tout aussi culte.

C’est vrai qu’on ne retrouve bien évidemment pas ces choses-là dans le manga mais l’air de rien l’anime lui est très fidèle. L’humour libidineux-3ème degré est le même, les tronches des personnages sont les mêmes également, l’histoire ne bouge quasiment pas d’un iota, en tout cas pas dans les grandes lignes (cette fin en points de suspensions est néanmoins regrettable). Et puis le dessin de Toru Fujisawa est vraiment bon quoi. Souvent entre manga et adaptation il y en a souvent un des deux qui morfle, là les deux sont au top. Je recommande aussi bien les deux médias (avec une préférence pour l’anime).

Franchement on pourrait en parler sur des pages et des pages, mais à quoi bon ? Si vous avez entre 27 et 33 ans (grosso modo), il n’y a pas besoin d’expliquer en long-en large pourquoi GTO est archi-cultissime. Pour les ados, il faut lire le Great Teacher Onizuka ! Pour les plus vieux, ce n’est pas de votre génération, mais qui sait, ça pourrait vous surprendre.

Nom série  Siorn  posté le 26/06/2014 (dernière MAJ le 09/11/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Après plusieurs années d’interludes il était temps que je parcours le deuxième volume conclusif. Dès lors une refonte de mon avis s’imposait.

J’ai une affection particulière pour cette série qui n’a malheureusement pas très bien marché commercialement alors qu’elle comblerait les attentes de bien des lecteurs en mal de Fantasy à l’ancienne. Siorn prenait le pari risqué de réhabiliter l’Heroic Fantasy pure et dure, un sous-genre qui n’a plus trop la cote de nos jours il faut bien se l’avouer (si on met de côté David Gemmell qui ne cesse d’être réédité). C’est un peu l’adaptation bande-dessinée européenne de Conan que nous n’avons jamais eu d’une certaine façon, car ce Siorn ne trompera personne sur les références et clins d’œil qu’il empreinte au héros le plus célèbre de l’écrivain texan, Robert E. Howard, ainsi qu'à son meilleur illustrateur, Frank Frazetta.

Tout les ingrédients sont réunis sans que rien ne manque : Siorn est un barbare, un Nosvars des steppes du nord, un guerrier solitaire, ou plutôt en exil car en conflit ouvert avec le chef suprême des siens, Kostrok, sa Némésis. Si ce dernier est l’archétype du Nosvars brutal et peu réfléchi, Siorn est son antagoniste : rusé, machiavélique, rapide et adroit. Tandis qu’il pense avoir réussit son casse et dérobé les gemmes de la forteresse de Jolarsh, Siorn est finalement rattrapé puis capturé et ramené auprès de l’infâme reine Ysbel (elle aussi archétype de la femme lascive tigresse à dompter de l’Heroic Fantasy) qui voit en ce sauvage malicieux un outil qu’elle peut utiliser dans sa guerre personnelle contre son frère. Mais on ne contraint pas si facilement un homme comme Siorn… Aussi, sur une idée inspirée probablement par New York 1997, Ysbel empoisonne Siorn, l’obligeant à se lancer dans une mission impossible derrière les lignes ennemies s’il souhaite obtenir l’antidote.

Les personnages sont cyniques à mort, portés par leurs petites ambitions égoïste, et même s’ils se battent du « bon » côté pour certains, ils ne le font que rarement pour la bonne cause mais parce que contraints et forcés. Le degré de violence se veut réaliste, ça perce la chair, le sang coule à gros bouillon, ça tranche des membres aussi facilement qu’un bon morceau de bœuf de Kobe. Les protagonistes s’aident d’une panoplie exhaustive d’armure et d’armes : la massue géante pour Kostork le bestiau, Siorn usant d’une hache en forme d’ailes de papillon style Druss la légende, Gaïl avec son marteau et sa carrure rappelle Brienne de Tarth du TdF, et la sexy Hebryn manie la faux (ou bien est-ce un tumi ? ) avec grâce.

D’un survival-actioner dans le tome 1 on passe à un compte à rebours avec repli défensif des « good guy » qui usent de la tactique militaire de la terre brûlée pour contrer l’avancée de l’armée Nosvars. Avant l’ordalie qui décidera du sort de la guerre dans un duel opposant Siorn le rebelle à sa Némésis, moment classique bien que toujours aussi épique, le récit est entrecoupé de sabotages, coups tordus d’assassin en scred, combat de boxe pour montrer qui c’est qui a la plus grosse, et autres escarmouches où on laisse place au chant des armes. Quel dommage que les auteurs n’aillent pas au bout du truc et ne nous offre une vraie histoire de Sword & Sorcery d’antan. Car point de créature infernale à zigouiller, de sorcier à débusquer sous une montagne de feu, ou de vieille relique à dénicher dans un tombeau hanté par un dieu ancien. On regrettera également que la fin soit en points de suspensions laissant augurer une possible suite dont on sait pertinemment aujourd'hui qu'elle ne verra jamais l'aube.

Parlons du visuel à présent. Le style semi-réaliste de Morgann Tanco est excellent mais que par intermittence selon mon impression personnelle. Si la majorité des dessins possèdent un encrage soigné et détaillé dans la lignée des Lauffray, Montaigne, Meyer et cie pour donner une idée ; j’ai parfois eu l’impression qu’il s’essoufflait par moment sur le tome 2 avec des arrières plans moins peaufinés. De même, si les couleurs m’ont globalement comblé, parfois je me suis demandé si le dessinateur n’avait pas eu du mal à respecter les délais pour fignoler. Avec Denis Bechu et GOM ils ont beau s’y être mis à trois, je n’ai pas toujours trouvé le raffinement identique tout le long. Néanmoins, le découpage est dynamique notamment lors des phases d'action, donc bien à propos avec la tonalité du récit. Et puis dans la recherche graphique je rassure, il y a à manger et à boire. Les personnages ont les gueules « leonesques » qu’ils doivent avoir, les paysages évocateurs font leur taf niveau sensationnel. Voir Siorn chevaucher aux côtés d’Hebryn dans les montagnes devant un ciel rosé m’a rappelé ce bon vieux Schwarzenegger gambadant dans les steppes l’horizon pointant devant lui.

C’est beau, du divertissement grand public pas pour les pisse-froids.

« Les hommes civilisés sont plus discourtois que les sauvages, car ils savent qu’ils peuvent se montrer impolis sans se faire automatiquement fendre le crâne ». Robert E. Howard.

Nom série  Les Derniers Argonautes  posté le 01/10/2016 (dernière MAJ le 09/11/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Jason, Héraclès, Orphée, Méléagre, Pélée, Atalante, Castor et Pollux… Les Argonautes font figures d’Avengers de la mythologies grecques d’une certaine manière, la première Justice League, la Ligue des Gentlemen extraordinaires de la mer Égée.

Sur une idée originale du duo Jean-Blaise Djian et Olivier Legrand, Les Derniers Argonautes raconte l’ultime baroud d’honneur du héros Jason, bien des années après avoir été maudit par la déesse Héra pour avoir délaissé sa femme, l’infanticide Médée. J’affectionne ces histoires du vieux héros sur le retour, désabusé, hanté par ses démons, le vétéran revanchard qui fait son come-back pour le décompte final, cela me rappelle certains romans de David Gemmell.

Cette fois-ci les enjeux sont bien plus grands que de débusquer une vulgaire babiole comme la Toison d’or. Pour des raisons inexplicables, les dieux ne communiquent plus avec les mortels et le monde part à vau-l’eau. Répudiés ou privés de cette relation vitale à l’équilibre de la société, certains mortels régressent à l’état de barbarie, s’aliènent et s’entre-déchirent, cependant qu’un oracle augure la solution salvatrice : restaurer l’Orbe du monde volée aux dieux rétablira l’équilibre du monde vacillant. En cette époque crépusculaire seul un héros comme on n’en voit plus pourra diriger cette folle entreprise : Jason le héros déchu est la personne prophétisée.

Pour l’accompagner les auteurs ont sélectionné une bonne vielle troupe de JDR des familles : Eurymion l’aède, Skadda l’amazone archère, le jeune prince infirme Leitos, Borbos le satyre, auxquels viendront s’ajouter Nessia la sorcière et Manaos fils de Tanis la néréide. Une compagnie hétéroclite tout ce qu’il y a de plus classique et j’en profite pour soulever un point qui me dérange : le jeu de rôle j’aime bien, mais tant que cela demeure dans le domaine du jeu. À partir du moment où on reprend la structure narrative d’un JDR mais de façon romancée style Les Chroniques des Ravens de James Barclay, je m’ennuie ferme.

C’est le problème que rencontre Les Derniers Argonautes dans le tome 1, les personnages doivent aller d’un point A à un point B et sur leur route ils enchaînent très vite les rencontres préméditées qui leurs permettent ainsi de débloquer une situation et de faire avancer l’intrigue. Il y a donc une construction qui se veut très linéaire, très plate et qui devient malheureusement assez vite monotone. De la même façon les personnages restent trop campés dans leur rôle et leur fonction, restreignant cruellement l’aspect psychologique au stéréotype de base, alors que c’est pourtant important à mon sens dans ce genre d’"action-story" que les personnages puissent évoluer et tenir ainsi le lecteur en éveil. Les dialogues je dois le confesser, sont comme téléphonés et insipides par conséquent. Heureusement, le tome 2 s’affranchit je trouve de ce côté JDR et propose davantage d’inattendu, de rebondissement, les langues se délient déjà un peu plus, et même une nouvelle piste d'intrigue s'ouvre. Donc plutôt pessimiste à la fin du premier tiers, j’ai eu un net regain d'intérêt dans la seconde partie.

Le troisième tome conclusif laisse une impression tiédasse. Pas sur sa partie graphique qui demeure constante mais sur l’aspect scénaristique moyennement convaincant. Est-ce dû à la sacro-sainte pagination en 48 planches ? Les choses sont comme précipitées, outre le fait qu’il n’y a pas de véritable rebondissement ce qui en soi est assez décevant ; les pacifiques et bienveillants hyperboréens basculent subitement dans le rôle de l’ennemi et cela donne lieu à des incohérences : comment ont-ils été alerté des plans de Jason visant à leur dérober l’orbe alors qu’ils n’en laissés rien paraître la page d’avant ? Pourquoi ne pas les exécuter directement ? Pourquoi cette schizophrénie du roi Partholon qui en un claquement de doigt devient un gros taré psychopathe ? C’est quoi cette amourette à deux francs du soldat Telion pour la princesse ? Je pense qu’il manquait tout simplement une bonne cinquantaine de pages pour faire en sorte que l’intrigue tienne debout.

Aussi, la conclusion est incroyablement décevante. Certes, je reconnais bien là les dieux de la mythologie grecque : pédophiles, zoophiles, psychopathes, infanticides, incestueux, capricieux, immatures, etc. Mais je ne comprends pas pourquoi on a commencé tout cela en annonçant une histoire originale adoptant les codes de la High Fantasy et du JDR, si c’était pour qu’on achève le récit sur une leçon banale et scolaire de la sempiternelle toute puissance des dieux qui n’en font qu’à leur tête de débiles mentaux, et qu’à la fin c’est toujours eux qui gagnent « nananèreuh ».

La grande force de cette série vient du dessin de Nicolas Ryser, du bonbon pour les yeux, meilleur que l’hydromel des dieux. Techniquement impeccable et sans fausse note, on pourra juste lui reprocher de ne pas caser de dessins en pleine page qui apporteraient ce petit côté épique qui fait la sève de ces grandes gestes héroïques. J’ai adoré sa mise en couleur au pinceau façon aquarelle, couleur directe, vraiment c’est très beau, cela donne envie de s’y attarder et de vivre un peu plus intensément cette aventure.

Vu le catalogue des BD sorties adaptant les chants homériques ou se basant sur la mythologie grecque et Hésiode en générale, Les Derniers Argonautes n’ont pas grand-chose à envier à la concurrence hormis les clichés et naïvetés de son entame, ainsi qu'un vague sentiment de platitude une fois la série achevée.

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