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Nom série  Spirale  posté le 18/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Considéré à juste titre comme l'un des mangas phare de l'horreur, Spirale propose dès le départ une ambiance particulièrement malsaine dès les premières pages.

Une petite ville côtière japonaise voit ses habitants subir la Malédiction de l'Uzumaki de façon presque sournoise. Coupé du reste du monde géographiquement, c'est le lieu idéal de succomber aux obsessions de la Spirale, à ses mutations et au réveil même d'une nature dangereuse, capable de réveiller ses morts ou de posséder des femmes enceintes.

Si les quelques phénomènes énumérés ici et là vous semblent grotesques, il faut dire qu'ils sont remarquablement intégrés dans un découpage en chapitres distincts sans lien commun au premier abord mais dont tous les mécanismes vont converger vers un troisième tome en guise de finalité et de recoupements.

Tous les protagonistes semblent attirés ou révulsés par tout ce qui ressemble de près ou de loin à une Spirale avant de mourir dans d'attroces souffrances.

Sans être gore, le récit est éprouvant car il distille malgré tout quelques images de souffrance physique ou mentale assez fortes pour que le lecteur s'en souvienne longtemps après sa lecture.

Junji Ito fait preuve d'une imagination souvent débordante et insuffle une certaine poésie macabre dans des dessins détaillés de toute beauté.

La ville de Kurouzou ressemble à celle de Twin Peaks avec une touche de grotesque supplémentaire. Le tout aurait pu être ridicule mais l'auteur surfe avec intelligence bien au delà des apparences pour livrer une œuvre sociale anxiogène très forte au visuel incomparable.

Pas nécessairement accessible pour tous les publics, cette curiosité possède néanmoins tous les atouts pour mériter son statut culte.

Nom série  La Favorite  posté le 17/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien) Découvrez toutes les séries « coup de coeur du moment » de BDTheque! Coup de coeur
C'est un bien curieux bouquin que voilà, qu'une amie m'a chaudement recommandé en me prêtant son exemplaire et qui a du patienter plus d'un an avant de le récupérer.

Quelle grave erreur ! Car si j'avais eu connaissance de son contenu, surement n'aurais-je pas repoussé autant cette lecture aussi surprenante que divertissante sur un sujet rarement abordé et grave de conséquences : la maltraitance des enfants.

Pourtant il est fortement recommandé d'en savoir le moins possible afin d'en garder tout l'intérêt de la découverte.

Constance, une gamine de 10 ans vit reclue dans une grand chateau isolé avec ses grand-parents, une riche famille de notables à l'aube des années 70 en Champagne. La grand mère stricte et sévère punit régulièrement l'enfant et lui assène une éducation scolaire à domicile loin de tout autre contact humain. Le Grand Père se contente d'acquiescer lâchement aux requètes farfelues de son épouse pour conserver ses activités oisives entre regrets, alcool et musique classique.

Le récit est vu par les yeux de l'enfant qui cherche un peu d'humanité et de réconfort à travers les jeux que lui offre les animaux et la nature. Privé de tout autre contact avec le monde extérieur, un espoir renait avec l'arrivée d'une famille portugaise au service des grand parents et surtout de leurs deux enfants.

En dire davantage serait dommage, Matthias Lehmann brouille les pistes dès le départ par une narration simple mais enrichie par les possibilités du support bd avec une insertion de doubles pages, de strips ou de petits épisodes entrelacés dans la trame générale.
La lecture devient ainsi rythmée par le quotidien de Constance qui subit diverses brimades et humiliations de ses aïeuls comme de ses voisins dans un noir et blanc hachuré façon carte à gratter de toute beauté.

Les révélations se font de façon progressive et presque naturellement, sans jugement. Le premier choc narratif arrive très vite, délivrant suffisamment de clés pour la poursuite de la lecture jusqu'aux dernières pages sous forme de flashbacks si riches en détails qu'on pourrait presque croire à une histoire vraie.

La force de ce récit hors norme est bien de raconter un triste fait divers mais Lehmann évite facilement la carte du glauque et de la morosité par petites touches d'humour très enlevées allant des réflexions d'enfants à l'apparition surprise et fantasmée d'un célèbre Président français

La Favorite dont le titre prend également son sens après lecture est un ouvrage hautement recommandable, une adaptation contemporaine de Vipère au Poing de Hervé Bazin avec un soupçon de poésie, d'humour et de séquences chocs qui amènent une belle réflexion sans se vouloir traumatisantes. Vraiment très recommandé.

Nom série  Green Blood  posté le 18/10/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ce n'est seulement qu'en postface du 4ème tome que l'on apprend que l'auteur est un grand fan du Django de Sergio Corbucci et qu'il a voulu rendre un joli hommage à un genre qu'il affectionne tout particulièrement : les Westerns.
Pourtant les premières pages laissent présager d'un hommage appuyé au film de Martin Scorcese, Gangs of New York dont Kakizaki reprend le cadre et les guerres de gangs dans une Amérique corrompue de fin XIXème siècle accueillant les colons et les désœuvrés.

Les frères Burns tentent de survivre tant bien que mal dans un quartier rongé par la pègre et la misère : Luke trime dur en tant que docker pour subvenir au quotidien de son frère oisif Brad.
Ce dernier cache son activité d'assassin pour préserver son petit frère. Sous le sobriquet de Grim Reaper, c'est un redoutable nettoyeur des rues la nuit pour le compte du gang Grave Diggers.

Mais forcément tout ne se passe pas comme prévu et le passé de leur père aux intentions peu louables comme les intérêts financiers des nombreuses crapules peuplant Five Points, ce quartier peu fréquentable de NY, vont bouleverser la vie des frères Burns qui vont devoir fuir et racheter leur fierté familiale.

Le fait de basculer d'une réalité historique d'Est en Ouest vers des plaines arides bouleverse considérablement le récit en le faisant naviguer d'un genre à l'autre.
Malgré tout la vengeance et la violence seront les principaux attributs d'un récit simple mais superbement ficelé pour captiver le lecteur du début à la fin.

Il faut dire que Kazikazi est un expert en tableaux semi réalistes sans négliger aucun détail : des décors crasseux de New York aux locomotives de l'Ouest, chaque page est un véritable régal pour les yeux.

Malgré une touche japonaise tout à fait normale dans la représentation des protagonistes, tout est scrupuleusement réaliste y compris dans les faits puisqu'on s'y permet quelques touches historiques et sociales aucunement rébarbatives mais bien amenées sur la condition sociale de l'époque, le racisme latent anti noir et même un plaidoyer émouvant sur les Amérindiens.

Il s'agit d'un récit vraiment fluide et agréable dont le rythme ne faillit jamais. On en regretterait presque le format si étroit des mangas pour mieux admirer les superbes dessins en noir et blanc qui mériteraient un plus bel écrin.

L'histoire est peut être simple mais il s'agit pour ma part surement d'un des plus beaux Westerns contemporains faisant la part belle aux affrontements surhumains et sanglants d'une belle brochette de desperados.

Un véritable petit bonheur méconnu qui devrait faire de l'oeil à tout amateur d'action et de jolies planches.

Nom série  Cavale vers les étoiles  posté le 26/09/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Effectivement comme le rappelle Mac Arthur dans son excellente analyse à lire ci-dessous, peu de temps pour souffler dans cette succession quasi ininterrompue de scènes d'action dans un univers de science-fiction plutôt étoffé mais dont le background ne sera au final que peu exploité.

Et c'est bien là ou le bat blesse. Après une première partie hautement intéressante nous exposant très rapidement les deux protagonistes (une marchande de noodles souhaitant rembourser les parties artificielles de son corps et une martienne à la force hors du commun), l'intérêt décroit rapidement au point de ne plus prêter attention aux différents évènements mais de les subir.

Il s'agit donc d'une course contre la montre (et les différents ennemis) pour trouver un engin spatial et quitter la Terre pour Mars en passant d'un décor à un autre comme on pourrait s'imaginer un scénario de jeu vidéo avec des levels exotiques mais au gameplay identique.

Cavale vers les étoiles ne délivre ni plus ni moins ce qui en fait autant sa force que sa faiblesse car le découpage des nombreuses scènes d'action perd en lisibilité au fur et à mesure et on n'y comprend plus rien assez rapidement.

En cela ce manga me rappelle un moyen métrage japonais "Dead Leaves" où deux fugitifs tentaient par tous les moyens et sur un rythme effréné de fuir une lune prison pour revenir sur terre soit tout à fait l'inverse.

Dommage donc que la conclusion de "Cavale" soit d'une si grande platitude, les quelques autres personnages secondaires croisés ici et là n'ont pas assez d'épaisseur ou de présence pour ranimer la flamme tant toute l'action est dédié au sort des deux héroïnes.

Le dessin excessivement sombre conserve un charme certain avec un joli dessin et des décors travaillés. Mais c'est clairement la surabondance de scènes d'action mal découpées (on est loin de l’exigence d'un Toriyama en terme de lisibilité pour son Dragonball par exemple) qui peut lasser à la longue.

Néanmoins et pour paraphraser Mac Arthur, ce manga est une belle découverte qu'il faudrait émerger du lot tant il est rare de trouver un récit un tant soi peu original dans ce format qui ne fait pas 50 tomes minimum.

Nom série  Epiphania  posté le 26/09/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
La préface comme le 4ème de couverture ne trompent guère Ludovic Debeurme sur ses intentions de livrer une oeuvre qui mettra la Terre au centre des préoccupations.

Pourtant à lire Debeurme, on sent à nouveau un lien avec un autre thème qui lui est cher : la Paternité comme déjà observé dans l'inégalable et sous estimé "Père Vertueux".

Dans un monde aux couleurs pastels aseptisées, David et Jeanne sont un jeune couple de trentenaires dont leur histoire est sur le point de s'achever.
Jeanne souhaite un enfant, David est effrayé à cette idée et préfère se plonger dans la musique.
Dans l'espoir de sauver leur couple, ils acceptent une étude en groupe sur une île déserte. Arrive un tsunami d'une force inouïe qui va mettre à néant tous ces projets de reconstruction en recouvrant les terres et en emportant définitivement Jeanne vers une mort certaine.

Suite à ce drame, de monstrueux enfants apparaissent enterrés un peu partout. Revenu sain et sauf mais endeuillé, David va recueillir et adopter un enfant faune qu'il va élever comme son propre fils face au mépris et à l'incompréhension de tout son entourage...

Debeurme délivre à nouveau une œuvre étrange aux dessins dépouillés mais en phase avec un univers poétique et cruel qui emprunte autant à Black Hole de Charles Burns pour les mutations inexpliqués que David Boring de Daniel Clowes pour l'isolement par l'environnement.
Pour autant, le récit est beaucoup plus simple à suivre que pour ses premières ouvrages grâce à une narration simplifiée et efficace.

Il est encore bien trop tôt pour annoncer un nouveau chef d’œuvre de cet auteur car l'histoire s'achève hélas trop brutalement mais le lecteur dispose de suffisamment d'éléments pour vouloir en savoir davantage dans cette trilogie annoncée.

Nom série  One-Punch Man  posté le 08/09/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Bon on va pas faire original, je pourrais presque recopier l'avis de Erik mot à mot tellement ce manga m'a laissé également de marbre.
L'histoire d'un petit chômeur devenu ultra puissant (par ennui ?) et chauve par la même occasion qui massacre tous ses ennemis quels que soient leur taille et leur pouvoirs par un simple coup de poing est un monumental pied de nez à tous les shonens ou récits de superslips de tout horizon mais cela aurait dû n'être qu'un one-shot, l'idée se renouvelant à peine et plutôt lentement.

Je peux bien imaginer ne pas être la cible idéale pour ce genre de lectures et être passé complètement à côté du sujet mais il n'a guère matière à me donner envie de poursuivre cette lecture tout en comprenant l'intérêt qu'elle suscite chez les ados.

Le dessin reste de bonne facture même si je déplore comme souvent un découpage hasardeux de certaines scènes d'action.

Un shonen de plus avec un effet mode qui fera la joie de son éditeur et de ses auteurs. Allez hop next.

Nom série  Crueler than dead  posté le 25/08/2015 (dernière MAJ le 08/09/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 1/5 (Vraiment pas aimé !)
Une jeune Japonaise se réveille hagarde et à moitié nue avec un gamin qu’elle ne connait pas dans un entrepôt rempli de cadavres. Ils n’ont aucun souvenir de leur présence ici…
Surgit un militaire salement amoché lui révélant qu’ils sont les fruits d’une expérience visant à les « dézombifier » grâce à un vaccin. Il est maintenant temps de fuir et de rejoindre le dernier bastion de l’humanité au cœur de Tokyo pour tenter de la sauver de l’apocalypse zombie qui a tout anéanti….

Encore un récit sur les zombies ? Oui mais ce manga n’est pas dépourvu de qualités… Prévu en seulement deux tomes, on ne perd guère de temps en palabres et le tamdem Takahashi/Saimura va droit au but quitte à rendre certains découpages et ellipses incohérents au détriment d’un scénario vu et revu piochant ses idées post-apo dans l’héritage du cinéma (28 jours plus tard) comme du jeu vidéo (The Last of Us).
Pourtant, grâce à un savant dosage de scènes d’action et d’exposition, on suit cette aventure mouvementée avec plaisir comme un trip de montagnes russes. Les dessins réalistes et dynamiques contribuent grandement à l’ensemble surtout que les décors ne sont pas sacrifiés et sont plutôt jolis et détaillés (principal reproche personnel aux mangas).
Malgré le petit souci de mise en scène évoqué plus haut, le lecteur est vite immergé et le trip est plutôt agréable… Le prologue exposant le début de l’apocalypse zombie est presque plus intéressant tant on se rend compte de l’impuissance des forces humaines face à un évènement non contrôlable qui dépasse tout entendement et le twist final fait le lien intelligemment avec le début du récit principal.

Pour être tout à fait honnête, cette œuvre est parfaitement dispensable parmi l’énorme proposition en librairie sur ce thème rebattu mais la grande qualité des dessins, le rythme soutenu et la promesse que tout sera parachevé en deux tomes en fait une expérience idéale pour qui souhaite se frotter à la présence putréfiée des morts-vivants sur un cycle court !

Crueler Than Dead remplace donc habilement son absence d'originalité par une efficacité et un rythme effréné !


EDIT après relecture du premier tome puis du second et dernier.

Bim Patatras !

Tel un château de cartes bancal, toute la belle construction aura été bien vaine. Le petit groupe de survivants qu'on avait laissé en quête d'un dôme sécuritaire dans Tokyo se retrouve dispersé à nouveau dans ce faux "Eden".
Les riches d'un côté, les pauvres de l'autre, il m'aura fallu une bonne dose de café pour relire et continuer cette histoire abracadabrante qui semble nantie de pans entiers de scénario tant on passe d'un personnage à l'autre sans aucune attache puisque le charisme est aux abonnés absents...

Vous me direz, du charisme dans un manga de zombies, il faut en trouver, ben justement les zombies ont également disparu mais finalement bien après mon intérêt pour cette oeuvre au contenu très pauvre.

Le dessin reste exemplaire mais n'offre aucune substance et on se contrefiche royalement du destin des "héros" qui sera réglé dans les dernières pages en deux coups de cuillères à pot.

Réellement aucun intérêt, je suis finalement très déçu car le rythme initial s'est effacé pour une histoire qui aurait mérité plus de développement et de garder le cap initial du premier tome qui avait au moins l'ingéniosité d'intriguer.

Très décevant, je passe ma note de 3 à 1 sans appel.

Nom série  Demon (Shiga)  posté le 30/08/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Jimmy Yee n'a pas de bol. Non, cet homme banal a tout perdu, sa femme et sa fille dans un accident de voiture.
Et surtout Jimmy Yee a perdu le principal : sa raison de vivre.
Il décide d'en finir avec ses jours et de se foutre en l'air mais n'y parvient pas malgré sa détermination.
Le souci ? Jimmy Yee a beau se pendre, se taillader les veines, se flinguer. Rien n'y fait, il revient à la vie le lendemain sans comprendre pourquoi le ciel ne lui ouvre pas ses portes...

En fait Jimmy Yee est un ... démon. Et tous les démons sont immortels.

C'est sur ce pitch rappelant d'une certaine façon "Un jour sans fin" sur un mode d'humour noir que Jason Chiga démarre son récit de façon rapide et précise. Oui précise car il y a forcément une astuce qui vous sera expliquée à la lecture dans les premières pages (difficile d'en parler sans spoiler et de vous en gâcher la découverte) qui permet cet état de fait pour un héros banal aux idées noires.

Jason Chiga est un bavard, son "spécial" Bookhunter en était déjà un bel exemple et il aime tout expliquer de façon rationnelle.

Par chance, ici, le récit est vif et donne envie d'en savoir plus car notre anti-héros devient de ce fait l'ennemi public numéro 1 du globe mais ses aptitudes à revivre vont lui permettre moult aventures à l'issue incertaine sauf dans l'esprit aussi barré que cartésien de Jason Chiga.

Du coup Demon prend du rythme et captive l'attention. Jimmy Yee se sert de ses pouvoirs comme de ses neurones pour se sortir des situations les plus folles. C'est un poil exagéré mais ça fonctionne du tonnerre tout en restant cohérent dans les règles définies par Shiga.

Il faut bien sur apprécier le trait enfantin tout en rondeurs en opposition aux scènes violentes et gores (la mort est une continuité en soi mais n'est jamais clairement jolie à regarder).
En résulte un récit dynamique aux rebondissements assez nombreux et renouvelés sans cesse pour créér une fascinante histoire à tiroirs et à l'humour noir finalement assez péchu.

A noter que pour moi l'histoire semble avoir sa propre conclusion sur les 2 premiers tomes déjà édités et que je serais plutôt surpris de voir de quelle manière l'auteur va allonger la sauce.

Définitivement le meilleur ouvrage de cet auteur assez particulier suscitant une curiosité grandissante de ma part.

Nom série  La Nuit des morts-vivants  posté le 08/09/2014 (dernière MAJ le 22/08/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Des deux auteurs pourtant connus je ne connaissais aucune des œuvres réalisées auparavant. Si le nom de Jean-Luc Istin ne m’est pas étranger, j’avoue ne pas être un trop grand spécialiste des œuvres d’héroic fantasy et encore moins de ses scénarios. Quant à Elia Bonetti, je ne connais rien.

Par contre, en grand fan de la sous culture zombie et ce depuis près de 30 ans et bien avant le renouveau actuel, ce bon classique de George Romero, La nuit des morts-vivants, qui a défini les bases de ce sous genre (huis-clos, paranoïa, message politique et horreur pure et dure), il était bien probable que ce bouquin finisse par tomber entre mes mains, attiré par la curiosité d’une relecture contemporaine de ce classique et la promesse d’un récit en 3 tomes.

Et là je dois confesser être agréablement surpris et à plus d’un titre.

Gommons de suite les aspects négatifs, alors oui le format à l’école franco-belge est surprenant. Oui s’attaquer à un récit aussi connu et qui a connu nombre de remakes audacieux (celui de Tom Savini en 1990 est somptueux alors que tous les autres sont incroyablement ratés) est assez culotté et je ne suis pas un fan absolu du trait rigide et appliqué de Bonetti.

En contrepoint, Jean-Luc Istin a su éviter les pièges du remake prétentieux et inutile en y apportant toute son expérience et ses souvenirs et en ne gardant que les grandes lignes du récit d’origine de façon assez subtile.

Rappelons que le film narre l’escapade d’un frère et de sa sœur partis rendre visite sur la tombe de leurs parents comme d’accoutumée une fois par an avant d’être attaqués par un mort vivant.
Seule survivante de cette confrontation, la jeune fille se réfugie dans une maison perdue au milieu de la campagne avec d’autres fugitifs inconnus afin d’y survivre contre les assaillants devenus au fur et à mesure de la nuit bien plus nombreux.

Jean-Luc Istin garde la trame du frère et de la sœur dans le cimetière, remplace la bicoque par un gigantesque hôtel rappelant l’Overlook Hotel de Shining et multiplie clins d’oeils (dont un évident à 28 jours plus tard dès l’introduction) et scènes d’exposition musclées. Il en profite pour modifier les prénoms, changer la destinée des personnages, complexifier leur background et appaire un tout nouvel habillage pour en sortir une œuvre complètement inédite.

Cet improbable gloubi-boulga aurait pu être indigeste mais relève l’intérêt du lecteur blasé que je suis par des scènes d’action assez vives et un très joli sens du découpage par vignettes donnant un cachet cinématographique des plus nerveux tout en rendant l’ensemble extrêmement aisé à suivre.

On peut rapprocher cette adaptation du travail de Péru et Cholet sur leur « Zombies » davantage d’un Walking Dead sans que le présent récit empiète à la fois sur cette œuvre voisine ni sur le film dont on s’inspire.

L’exploration de l’hôtel dans le derniers tiers de ce premier tome a su recréer le stress des premières parties de Resident Evil dans son manoir délabré. Pour sûr, Istin a bien compris la mécanique et rend une œuvre joliment nostalgique et innovante de ses passions pour le genre.

Belle synthèse divertissante, cette nuit des morts vivants devrait plaire et rencontrer son public sans abuser de scènes trop dérangeantes, les auteurs sachant ménager leur suspens par quelques touches subtiles ménageant notre curiosité et appeler à un tome 2 très attendu, qui je l’espère, transformera les espoirs de cette jolie introduction.

A noter une très jolie couverture de Ronan Toulhoat pour emballer le tout !

EDIT APRES LECTURE DES 3 TOMES :

Partant sur d'autres bases que le film culte de Romero et en offrant une variation, Istin nous offre une énième pantalonnade zombiesque qui se lit avec grand plaisir comme un divertissement du samedi soir en rappelant à notre mémoire des personnages de Resident Evil (Albert Wesker), une furie pyromane et malsaine (Crossed) et aussi Herbert West de Lovecraft.

Ce gloubi boulga fort éloigné d'une adaptation contemporaine de Romero comme aimerait nous le vendre le 4ème de couverture pourrait être tout simplement indigeste mais s'avère aussi palpitant qu'un tome de Zombies Néchrologies allongé sur plusieurs tomes et au demeurant fort fun.

Les dessins d'Elia Bonetti ajoutent un découpage comics très agréable et la partie de cache cache dans un grand hôtel est assez bien exploitée pour susciter la lecture. Dommage que certains détails soient occultés mais les planches restent vraiment très agréables pour la rétine.

En résulte une trilogie complète peu ambitieuse mais efficace sur un thème rebattu sans prise de risques (comprenez qu'il n'y a rien de nouveau dans l'univers battu et rabâché des zombies) mais qu'on tient une histoire complète haletante à défaut d'être subtile.

Et vu le nombre de bds zombies ringardes, c'est déjà beaucoup.

Nom série  Bookhunter  posté le 22/08/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Aimez-vous Jason Shiga ?

Cet auteur aux oeuvres atypiques avec un dessin épuré aux formes rondes et enfantines qui vous amuse avec Vanille et Chocolat ou vous surprend avec Demon ?

Ok ben alors ne faites pas comme moi et passez votre chemin sur ce titre.

Bookhunter a été écrit lorsque l'auteur, alors bibliothécaire, s'ennuyait fermement dans son boulot d'alors en inventant une enquête policière détaillée sur le vol d'un bouquin dans une bibliothèque justement pendant les années 70.

Il faut effectivement considérer le livre comme le bien le plus précieux de la planète, bien plus estimable qu'une vie humaine ou qu'un neurone dans la caboche de Cyril Hanouna, c'est vous dire la valeur de cet objet voué à disparaitre tel un dinosaure...

Après un prologue pour le moins explosif avec présentation des bookhunters dans la propriété d'un voleur de livres pour récupérer le précieux ouvrage (non non ce n'était pas un livre de Marc Lévy), nous faisons connaissance avec l'agent Bay (Michael de son prénom ?) qui voue sa vie et mise toute son énergie pour le ramener en bibliothèque ("Sa place est dans un musée").

Sa nouvelle mission ? Retrouver un autre bouquin qui aurait disparu de sa place d'origine dans une bibliothèque !!!

S'enchaine alors moult péripéties inintéressantes au possible qui peuvent peut être faire illusion pour un spécialiste hardcore du livre sur un rythme qui m'aura fait décrocher plusieurs fois sur la même page... Il faut se rappeler que Jason Chiga, personnage très sympathique et doué au demeurant, a pour principale qualité comme pour défaut d'être aussi tatillon sur les mots et les enjeux (il est mathématicien de formation) que sobre et finalement dépouillé sur les dessins.

Faut-il lire Bookhunter comme une expérience ludique ? Probablement et le peu d'intérêt trouvé à la lecture malgré quelques bonnes scènes d'action et d'humour noir tardives dans le dernier tiers ont suffisamment aiguisé ma curiosité pour lui redonner plus tard une seconde chance de lecture mais en l'état c'est ma foi bien peu et trop pédant (pour ne pas dire gonflant) pour vous en conseiller la lecture. Lisez plutôt Demon du même auteur, bien plus inspiré et motivant.

Nom série  Gang of Four  posté le 22/08/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Sorti dans une indifférence quasi-générale en juin 2017, le dernier opus de Winshluss n'a pas bénéficié d'une audience aussi large que pour le retour d'un Lapinot ou du Mickey par Loisel par exemple.
C'est en effet un projet un peu atypique sur l'initiative de la Frac Aquitaine (Fonds régional d'art contemporain) qui imposait à un auteur Bd de développer une histoire à partir d'une photo.
La photo, tout le monde l'a déjà vu ( http://beautifuldecay.com/wp-content/uploads/2013/10/62.jpg ), à priori une sortie déguisée pour 4 pensionnaires d'un hopital psychiatrique, une photo assez forte et réussie à l'ambiance "bizarre".

De ce "bizarre", Winshluss a imaginé un court récit de moins de 30 pages entre une traque dans la nature entre ce groupe de "freaks" déguisés et 4 ombres armées à leur poursuite pour les déssouder à grands coups de mitraillettes et d'un molosse.

L'histoire ainsi résumée dans 90% de sa substance va davantage s'attarder sur les traqueurs, dégénérés abrutis et psychopathes sur une impulsion soi disant divine et leurs rencontres avec la nature, celle que l'on retrouve volontiers dans les livres de Winshluss (notamment Pinocchio et encore plus la Forêt Sombre et Silencieuse), celle qui vous chie sur la gueule, se moque de vous ou vous agresse de façon naturelle par des ronces.

En résulte une course poursuite dont on oublie rapidement les traqués, petit groupe craintif en repli permanent, pour se concentrer sur les déboires des assaillants.

Dommage que les ficelles soient si connues pour les lecteurs rompus au monde de Winshluss car on n'est à aucun moment surpris ou choqué par les tournures scato-vulgairo-gores habituelles de l'auteur. C'est du vu et revu et en bien mieux dans n'importe laquelle de ses oeuvres. Le prix de 6 euros est surement un argument pour les complétistes de l'auteur dont je fais hélas partie mais l'histoire bien trop brève en fera déchanter plus d'un non initié.

On aurait aimé retrouver ce court récit dans un recueil d'anthologies par exemple mais surement pas vendu tel quel en one-shot.

Le tout va s'arrêter sous forme de cliffhanger comme on pouvait en lire tant dans les vieux comics ou périodiques donnant un sentiment d’œuvre bâclée un poil décevante tant la conclusion arrive brièvement sans apporter beaucoup plus de réponses sur les zones d'ombres de ce récit.

Voici donc la moins bonne et de très loin de toutes les histoires dessinées, animées, filmées que je connais de cet auteur. Dans tous les cas on reste sur sa faim comme rarement.

Reste une certaine dynamique et un trait toujours aussi virevoltant qui sauve in extremis la notation de ce petit bouquin qui semble déjà épuisé chez l'éditeur.

Nom série  Le Concile des arbres  posté le 10/08/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Difficile de rassembler mes souvenirs sur cet album qui ne m'aura définitivement pas beaucoup marqué ou surpris.
Le tout partait pourtant bien avec un titre à la prononciation poétique, une jolie couverture macabre accrocheuse avec une belle harmonie de couleurs bleues et rouges.

On peut aussi souligner le trait simple mais précis de Nicolas Bara et l'ensemble aurait pu jouer dans la cour des grands en proposant une enquête à la limite du surnaturel comme un bon vieux Sherlock Holmes et le Chien des Baskerville mais hélas boum patatras, le joli projet s'effondre tel un château de cartes construit à la hâte.

Conçu comme le prologue d'une série mais édité et vendu comme un one-shot, cette aventure entre un couple atypique m'a rappellé un peu Venezia de Trondheim et Parme. Mais là où le gros costaud et la petite intriguante m'avaient surpris par l'humour tout comme les sous entendus d'une histoire d'amour naissante, ce duo là m'a bien laissé de marbre par leur relation superficielle et prévisible. Comme le rappelle Gaston plus bas, les personnages jouent effectivement faux et mal.

On rajoute une pseudo histoire de druides, un brin d'ésotérisme, on emballe le tout et on lit l'ensemble très rapidement sans en garder un grand souvenir... C'est du classique vu et relu et surtout vite oublié.

Nom série  Lookbook  posté le 09/08/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Partant sur un délire surement improvisé lors d'une soirée bien alcoolisée avec des potes, Eric Salch prend pour exemple un personnage célèbre ou un stéréotype (genre le bourgeois, le vacancier, le sportif ou le hipster etc) pour le croquer et l'affubler de légendes fléchées avec moult insultes).

En fait si le premier dessin surprend par le ton, le second amuse et le troisième fait franchement marrer (pour les graaaaaaaaaaands fans de la bande de Hanouna, je ne peux que remercier Salch pour sa vision si réaliste de ces pécores).

Le hic c'est qu'on se lasse très mais alors très très vite de ce procédé qui devient vite répétitif voire même forcé. En faire un recueil est amusant, un second c'est redondant.

L'effet désiré de provoc voire de trash en devient vite annihilé et comme tous les dessins sont facilement trouvables sur le net, j'en viens même à me demander le pourquoi de cette édition d'autant plus que les bouquins sont petits et pas forcément mieux mis en valeur que ce que l'on trouve sur le net.

Par contre, remerciements éternels à ces Lookbook qui ont réussi à me faire connaître un véritable auteur qui m'éclate et est en passe de devenir l'enfant naturel de Vuillemin & d'un Blain : Eric Salch qui est bien plus hilarant lorsqu'il rit de lui même et se met en scène dans Les Meufs Cool.

Nom série  Anita Bomba  posté le 09/08/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Tout comme l'avis de Sloane, c'est bien tardivement également que je découvre les tribulations de Anita Bomba et je lui concède volontiers une place unique dans ma bibliothèque tout comme elle en occupe une dans la bd franco-belge des années 90.

Cet univers atypique de steampunk, heroic fantasy avec une héroïne illettrée mais pas démunie (une terroriste voleuse poseuse de bombes coiffée du couvre-chef de Toad, vous en connaissez beaucoup ?) est plutôt bien construit et propose pas mal de péripéties sous une construction fluide par chapitres.

L'oeuvre n'a pas vieilli et reste intemporelle mais il faut quand même reconnaître pas mal de blabla avec une voix off omniprésente. Une voix off cynique mais parfois trop bavarde.

On ne sait jamais réellement quelle direction prendre et les auteurs ont l'audace de faire ce qu'ils veulent de leurs personnages, y compris les actions les plus improbables. Le lecteur est vraiment promené de surprises en surprises et si Anita Bomba est un personnage original loin des clichés habituels d'héroïnes comme Natacha et Franka (pour le côté sexy et nunuche on repassera) mais alors que dire de LA trouvaille géniale : un robot complètement foutraque aux personnalités multiples qui l'accompagne et bouleverse parfois tous les projets de sa maitresse

Il faut maintenant parler du trait original de Cromwell, un véritable régal pour les pupilles à l'égal d'une colorisation originale qui donne un cachet unique à une série qui ne l'est pas moins.

A noter que certaines pages ont été refaites à l'occasion pour la récente intégrale d'Akileos rendant cette nouvelle édition indispensable et plus proche des souhaits des auteurs, les différents tomes reprenant enfin leurs titres d'origine.

Anarchique, punk ou complètement barrée, Anita Bomba est un petit bijou de divertissement alternatif qui fait du bien parmi les nombreuses productions bd aseptisées actuelles.

Nom série  Amour, passion et CX diesel  posté le 09/08/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Avant tout, il faut signaler que c'est un album de Fabcaro.
Après tout, il faut remarquer que l'édition à l'italienne rend justice à son format de demi-pages de strips à l'origine pour une lecture des plus confortables.

Mais malgré tout, ce pastiche de télés novelas bien caricatural se savoure dans la durée... Ces aventures d'une belle famille de beaufs avec moult clichés ne se lit ni en une traite, ni par coupures. L'humour subtil de Fabcaro s'apprécie vraiment sur la durée avec le background des personnages s'épaississant et amenant au final un véritable cachet cynique !

Cette famille ordinaire n'a rien d'extraordinaire. Leur cupidité sur l'acquisition ou non d'une Citroën CX (qu'on ne verra presque jamais d'ailleurs) du patriarche gâteux est à mourir de rire !

Cette panoplie d'abrutis passe encore mieux sous la plume inspirée de James et leur look animalier leur donne un air universel. Ces beaufs, vous en avez forcément dans votre famille ou votre entourage, peut être même en êtes vous un ?

C'est la force de cette série atypique qui n'interpelle pas au premier abord mais devient quasi indispensable à l'image de séries comme les Feux de l'Amour et compagnie qui révulsent avant de captiver leur public blasé.

Sauf qu'avec Amour, passion et CX diesel, on a véritablement affaire à un travail d'orfèvres destiné à tous les amateurs de bons mots et de situations pas forcément si absurdes que cela !!!

Nom série  Metropolis (Delcourt)  posté le 05/07/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ce titre m'avait à l'époque de son annonce intrigué pour plusieurs raisons, la première évidente est son titre très commun et tombé dans le vocabulaire public depuis le chef d'oeuvre muet de Fritz Lang, la seconde est la qualité de la couverture, enfin DES couvertures, aussi macabres que magnétiques et hypnotiques, la dernière s'appelle Serge Lehmann au scénario.

Lehmann représente pour beaucoup l'équivalent d'un Alan Moore Français, un auteur voué à la SF intelligente ou aux Utopies/Dystopies les plus exigeantes. La Brigade Chimérique ou La Saison de la Couloeuvre sont autant d'oeuvres qui ont pu déranger ou envouter mais en tous cas n'ont laissé personne indifférent par la richesse de leurs univers respectifs comme de leurs intrigues pas vraiment cousues de fil blanc.

Avec la promesse d'un récit proche d'une enquête policière dans la cité de Metropolis dans un monde ''parallèle'', Lehmann s'adjoint les services d'un Stéphane De Caneva dont l'enthousiasme se mesure au talent des planches au découpage très comics et au charme très "rétro".

L'histoire n'est pas en reste avec un personnage central hors norme, un jeune flic athlétique et intelligent que l'on croirait sortir d'une équipe olympique de 1933...

Enquêtant à la fois sur un attentat terroriste d'une violence inouïe et sur une découverte macabre dans des catacombes, l'histoire ne cesse de s'emballer avec tout un lot de personnages secondaires au background célèbre (je vous laisse la surprise) ou complexes, le rythme de l'histoire s'emballe assez vite pour enchaîner les 4 tomes d'une quasi traite avec un intérêt qui n'est jamais retombé.

Petit bémol pour les esprits cartésiens, il est difficile d'en dévoiler l'intrigue mais je trouve la fin d'une rare beauté malgré quelques écarts ''Deus Ex Machina'' et une intrigue amoureuse un poil téléphonée voire bâclée, Lehmann trouvant son intérêt dans la construction tentaculaire d'une intrigue complexe et simple à la fois. On y retrouve un peu l'esprit d'un Charles Burns ou d'un David Lynch pour un rendu poétique saisissant qui ne perd jamais son spectateur en route.

Metropolis fait à coup sûr partie du meilleur de Lehmann. De Canepa se révèle enfin comme un dessinateur sur lequel il faudra compter tant la justesse de son encrage et la beauté de ses cadrages le hisse parmi les grands.

Les clins d’œil au "vrai" Metropolis s'entrechoquent sans nuire à la trame principale et font de Metropolis une œuvre distincte et d'une grande richesse.

Pas loin d'un chef d’œuvre mais on s'y rapproche. Le meilleur Lehmann ? Sans aucun doute.

Nom série  Monster (Scream !)  posté le 21/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Et encore une pépite du tout jeune Alan Moore à l'époque (nous sommes en 1984) et dont peu de personnes connaissent l'existence.

Et pour cause ! Même si le nom est écrit en grand, en large et en travers, Alan Moore a imaginé cette histoire mais n'a écrit que la première histoire... de 4 pages (!!!) dessinée par Heinzl. Moore et ce dernier disparaissent très rapidement (pour une histoire de planning officiellement) pour être remplacés par le papa de Judge Dredd (John Wagner) et Alan Grant au scénario.

Et c'est Redondo qui reprend le tout au dessin. Passé cette looooooooongue intro que vous pouvez lire n'importe où, place à l'intrigue !

Reprenant le principe des EC Comics pour leur côté "Serial" ainsi qu'un personnage voisin de la "Vieille Sorcière", le Screamer, Monster reprend à son compte le mythe de Frankenstein en remplaçant la partie fantastique et victorienne pour une histoire plus terre à terre et contemporaine (enfin l'Angleterre des eighties).

L'histoire commence par le jeune Kenny enterrant son paternel dans le jardin de leur macabre bicoque isolée. On pourrait taire le suspens insoutenable mais tout est lié à la présence de son oncle Terry.

Terry n'est en rien le Tonton rieur de vos dimanches après midi bien au contraire. Ressemblant davantage à Quasimodo, il est doté d'une force surhumaine mais est aussi limité que Fabien Engelmann, actuel maire d'Hayange d'un point de vue intellectuel.

Je suis dur avec ce pauvre Terry car il a le mérite d'être gentil, lui. Enfin gentil mais violent car Kenny va devoir fuir le pays avec son oncle qui a quand même quelques meurtres à son actif. Scotland Yard est sur le coup et passe tout la région au peigne fin pendant qu'une étrange complicité se noue entre les deux fugitifs.

On notera un dessin encré noir et blanc de haute volée (la transition entre les 2 dessinateurs se fait en douceur) et des rebondissements toutes les 4 pages (principe de la publication dans le magazine Scream puis Eagle). Le principe reste quasi identique sur la totalité du récit : on va d'un point A vers un point B sans grande stratégie (le héros reste un gamin de 12 ans attaché à son oncle qui n'a jamais connu le monde réel) et les rencontres avec le monde extérieur se soldent souvent par quelques cadavres de plus qu'il faut mettre à l'actif de Terry qui a quelques problèmes à gérer ses humeurs.

Sans être passionnante (l'intérêt des EC Comics et autres Eery est de proposer une histoire complète en quelques pages), les quelques 190 pages de cette histoire finalement assez banale passent pourtant crème avec ce charme de la nostalgie. Les propos ont beau être naïfs et répétitifs (surtout les expressions de la dite créature), je n'ai eu de cesse à en vouloir lire l'intégralité sans savoir si je le relirais avec plaisir.

Les quelques (fausses) pistes liées au fantastique auraient pu faire le "job" mais elles sont rapidement abandonnées pour une intrigue policière sommaire où Terry tue par maladresse les bonnes ou mauvaises âmes se mettant en travers de sa route.

Ce n'est clairement pas le meilleur travail des scénaristes pourtant reconnus sur tant d'autres oeuvres mais un gros pavé à lire tel un "péché de jeunesse" qui possède un charme certain grâce aux dessins talentueux de Redondo.

Nom série  Monkey Bizness  posté le 07/03/2011 (dernière MAJ le 30/01/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Le label 619 est souvent synonyme de qualité à mes yeux. Cette collection menée par Run, le créateur de Mutafukaz promet souvent des œuvres décalées et originales comme ce fut le cas avec "Rocakbilly Zombie Superstar" et surtout Freaks' Squeele sans oublier la série culte de Run.

Aussi quand Ankama laisse carte blanche aux créateurs des Lascars et que les avis positifs fusent comme des suppositoires ici même forcément ça titille ma curiosité alors que la référence des auteurs, à savoir la série télé Les Lascars me laisse de glace.

Et j’ai bien fait car ce Monkey Bizness sortant de nulle part pour atterrir sur ma bibliothèque y a tout à fait sa place tant le coté décalé, trash et second degré sont devenus des évidences à mes yeux !

Mais ça parle de quoi ? En fait imaginez un monde dévasté par la fameuse bombe nucléaire inversant les roles dans l’évolution de Darwin ! Les quelques êtres humains survivants sont revenus à l’état primitif et vivent comme des betes sauvages dans la nature alors que les animaux ont vu leur intelligence se développer et ont investi les lieux civilisés.

Ce postulat complètement foutraque peint juste le décor dont l’intérêt est ailleurs étant donné que tous les anciens habitants des zoos sont devenus aussi stupides que leurs modèles humains !!!

On va s’intéresser dans tout ça à un babouin alcoolique et un gorille aimant le cigare, hommes de main à leur compte et glandeurs reconnus vivant de menus larcins.. Ils vivent en parfaite harmonie avec eux-mêmes et n’ont aucun tabou : meurtres, magouille tout y passe dans un délicieux fumet trash sur des petites histoires courtes prêtant à rire et à sourire.

Il y a aussi cet astronaute humain qui atterrit sur terre pensant être sur une autre planète et dont les origines nous seront révélées dans un flash back hilarant ! Et l’histoire de la prison où nos deux macaques se jouent des différentes communautés dans une explosion de machoires….

Le hic c’est le dessin. A peine maîtrisé et à la main levée dans un style animalier lorgnant davantage sur les blogs que la ligne claire ou comics. Il sied finalement bien aux propos qu’il met en œuvre mais est difficile à déchiffrer au début. La colorisation est par contre magnifique avec de beaux effets bichromiques… Ce qui est incroyable c'est que dès le tome 2, le découpage est encore plus maitrisé et dynamique. On y gagne en fluidité pour se retrouver avec un film d'animation entre les mains !


Par contre et outre le dessin, la vulgarité et la violence des propos ne plairont clairement pas à tout le monde. Certaines situations vont parfois assez loin dans le scabreux mais à condition de prendre tout ceci au 3ème degré on risque davantage de passer un excellent moment de divertissement que d’en sorti horrifié ou choqué ! Après tout ce n’est pas Preacher

Une excellente friandise qui prouve à elle toute seule la bonne santé d’une certaine bd indépendante qui a compris et digéré les erreurs des œuvres style Echo des Savanes en y injectant une bonne dose de créativité et de sang neuf…

Tout à tour Buddy Movie, farce Trash plutôt osée, défouloir façon Tarantinesque, voyage dans le temps subtil et culotté, Eldiablo et Pozla viennent de créer sans le vouloir ce qui se fait de mieux en Franco-Belge.

Définitivement indispensable !

Nom série  Jolly Jumper ne répond plus  posté le 27/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Avant que tout le monde ne me tombe dessus : non, "Jolly Jumper ne répond plus" n'est pas une énième aventure de Lucky Luke et est d'ailleurs considéré comme un tome 0 par son éditeur.

Ou alors si, JJNRP (abrégeons donc) est une énième aventure du Lonesome Cowboy, mais une parodique et plutôt réussie.

Vu par Bouzard, cette histoire est remplie de clins d'oeil à la série d'origine en en reprenant tous les codes et les tics d'usage pour en respecter l'environnement.

OUI il y a les Dalton, OUI il y a un soleil couchant, OUI on y trouve même Jolly Jumper mais le cheval a perdu de sa gouaille et ne parle plus à son maître qui s'en inquiète. Ajoutez à ce drame que Ma Dalton a été capturée et que Luke doit se coltiner les 4 frangins pour aller la délivrer et vous aurez une idée globale de l'histoire.

Comment ? Ah oui c'est banal et du déjà vu.. Certes oui mais ce serait oublier le grain de folie supplémentaire insufflé par Bouzard qui parsème son récit de petites scènes absurdes, d'un doux parfum qui fait rire tout en respectant infiniment ces personnages cultes.

Du coup de la brindille à l'ombre qui se traîne sans oublier le duel et quelques apparitions savoureuses de Guest Stars revenues de vieux albums cultes qu'on aurait presque oubliés, Bouzard réussit avec talent le double pari de nous livrer un hommage respectueux autant qu'une parodie bien poilante dont il est préférable de ne pas trop en parler pour laisser le plaisir agir.

Quelques points négatifs viennent émailler mon avis :

- l'aventure est trop banale
- on ne prend pas trop de risques et Bouzard est un poil trop poli (à l'exception d'un phylactère vulgaire qui m'a fait hurler de rire)
- ça se lit trop trop vite et on aurait aimé une fin un peu plus "mouvementée"
- le dessin de Bouzard est sympa mais aurait mérité d'être un peu plus léché.

Accessible et marrant (même pour les non initiés), les références aux albums historiques sont malgré tout légion ce qui fait un super "fan service" et m'a réveillé de sacrés vieux souvenirs de gosse mais voilà... Santiago de B-Gnet est passé par là il y a un an et était si culte et définitif qu'il place la barre très haute dans ce style de Western poilant et s'il ne vous en faudrait qu'un alors ce ne serait définitivement pas le présent bouquin.

A lire au moins une fois pour rire d'un vieil héros rigide au charme toujours intact.

Nom série  Polar  posté le 23/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Nouveau petit prodige au sein de Glénat Comics ou d'autres de ses œuvres ont été récemment publiées comme Furious, Black Market ou Sukeban Turbo, le jeune artiste Barcelonais Victor Santos a déjà une longue carrière derrière lui.

Je l'avais pour ma part découvert sur le surprenant Zombee, une agréable récréation inédite en français bardée de ninjas et de zombis dans un élan référentiel à toute la culture pop asiatique.

De références justement, il en est effectivement beaucoup question ici à nouveau, Santos a d'abord amorcé cette trilogie sous un angle de plaisir personnel en endossant pour la première fois la casquette de scénariste.

Le but était initialement d'écrire un Webcomics muet sur base d'une ou de deux planches par semaine à la manière d'un Inkoctober par exemple.
Santos ne s'en cache pas, il est fortement influencé par les films policiers de Melville ou de Sergio Leone pour l'ambiance...

Feuilleter un des deux tomes disponibles fait aussi immédiatement penser à Frank Miller et son insurpassable série Sin City dont les cadrages et couleurs sont fortement similaires.

Initialement donc prévu uniquement sur le web, cette série a plu à l'éditeur d'origine, Dark Horse, qui a demandé à Santos une légère adaptation et quelques ajouts de dialogue pour transposer le tout dans les élégants bouquins à l'italienne comme on le découvre aujourd'hui.

Le maître mot de ces Polars est simple : Vengeance. Et si possible rapide, sournoise et sanglante. Et elle le sera jusqu'à l'overdose pour les plus sensibles mais jouissive pour les lecteurs les plus pervers dont je fais également partie !

Au menu dans le premier tome, une organisation criminelle cherche à éliminer le Black Kaiser, un agent borgne officiellement en retraite et qui va sortir de l'ombre pour venir terrasser son agresseur.

Il s'agira de ce même personnage qui sauvera une jeune femme laissée pour morte une balle dans la tête et qui la formera dans le second tome pour aller cueillir son ancienne "famille" en mode Kill Bill.

Écartons d'une main tous les défauts d'une telle lecture déviante : Oui ce n'est guère inspiré mais ce n'est pas le but recherché, oui on pourra argumenter que Santos est un copieur de Miller mais il dispose d'autres atouts en poche.

Car pour tout le reste, Santos décroche la mâchoire par des plans de malade sur des dessins mi ligne claire mi comics en noir et blanc et en utilisant et abusant de la couleur orange comme d'un personnage à part entière et pas uniquement pour illustrer les (nombreuses) effluves de sang.

A la fois mix de Frank Miller et Eduardo Risso, Santos développe un récit jouissif entre sketchbook animé et scènes d'action non stop pour une mise en scène graphique et cinématographique. Le découpage à l'italienne impose une verticalité sans failles tel un jeu vidéo des années 90 où chaque personnage allait de la gauche vers la droite de l'écran en éliminant tout intrus sur sa route.
Tout en alternant plusieurs encrages ou même styles avec vignettes narratives et des cadrages de toute beauté, Santos délivre des histoires simples et anecdotiques dont l'aspect "déjà vu" est balayé par la prouesse graphique de son art.

Les deux histoires peuvent se lire de façon complètement indépendante et Glénat a rempli les deux bouquins de petits bonus sympas. Il s'agit d'une chouette alternative qui devrait plaire ou agacer selon l'humeur tout amateur de récits dits hard boiled.

J'attends la dernière partie de cette trilogie avec autant de patience qu'un gamin !

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