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D’abord, c’est de Warren Ellis, et je ne suis pas objectif : il a commis du très moyen dont je réfute jusqu’à l’existence, et ce qu’il a fait de bon est très bon, inobjectivement (Planetary, Desolation Jones, Fell, …). Mes scénaristes préférés de comics américains sont finalement tous britanniques.
Avis sur l’intégrale en V.O.
Transmetropolitan est avant tout l’histoire de Spider Jerusalem. C’est un personnage barré, le gonzo journaliste ultime (non, pas le muppet), un Hunter S. Thompson sous amphets (enfin, plus d’amphets) et accès à l’arsenal de Bugs Bunny. D’ailleurs, dès la première page traine un exemplaire de « Fear and Loathing (in Las Vegas)*». (et un « Confederacy of Dunces » aussi, deux livres qui méritent un coup d’œil).
(* Las Vegas Parano en V.F., et c’est semi autobiographique)
Ellis sort de plusieurs années de comics ‘plus standards’, sur lesquels je n’ai pas d’avis. Avec Transmet, il peut enfin mettre en scène un adulte capable d’enfiler son pantalon par-dessus son slip, et il se lâche. Spider Jerusalem est légèrement exagéré (enfin, limite cartoon), mais ignoblement jouissif. Et ses assistantes parviennent à lui tenir tête, ce qui en fait des personnages à part entière. J’aime beaucoup la dynamique du trio.
Le dessin est egocentrique : Spider est très détaillé, furieusement expressif. Les décors sont assez vides et effacés, ce à quoi Spider répondrait probablement « I’m Spider Jerusalem, and fuck all of you! Ha! ». Beaucoup de clins d’œil dans les arrières plans extérieurs, toutefois, et des cases très colorées pour un propos assez sombre. Fatal, mais pas sérieux (j’suis aussi fan d’Adam Warren).
Beaucoup de clins d’œil dans les dialogues d’arrière plan aussi : Ellis parvient même à placer « Wave of Mutilation » dans une phrase sensée, c’est dire.
Ah oui, tiens, le propos est assez cru, dans la forme * et dans le fond. Enfin, si on se limite au factuel, je ne trouve rien de plus choquant que dans un épisode quelconque de série américaine quelconque de prime-time (quelconque). Sans l’abrutissement, moins moralisateur et plus jubilatoire. Mais pas plus de tripe, et moins de cul au final. Enfin, pour ce que j’en ai vu, les types qui ont pondu House M.D. ont dû lire Transmet.
(* « If anyone in this shithole city gave two tugs of a dead dog's cock about Truth, this wouldn't be happening. » Et ça, c’est modéré.)
Cependant, Spider Jerusalem reste un journaliste, et les différents volumes sont aussi des reportages. Ellis renoue avec les racines de la S.F. façon Bradbury : l’anticipation technologique est à la fois omniprésente et peu importante, et fait la part belle à la critique sociale. Difficile par exemple de ne pas replacer la lutte présidentielle entre ‘The Beast’ et ‘The Smiler’ dans le contexte d’alternance U.S. de l’époque (de Bush Sr. à Clinton), ou de ne pas reconnaitre l’approche locale des émeutes raciales.
Attention toutefois, le monde de Spider est laid. Spider est un sociopathe humaniste qui lui trouve parfois de la beauté. Mais ça reste assez déprimant.
J’aime, mais je conseille de lire le 1er tome avant d’acheter (une centaine de pages, jusqu’à l’épisode consacré à Mary, où la série trouve son équilibre), ça ne plaira pas à tout le monde. |
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Nom série
Acriboréa
posté le
30/01/2013
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Achat conseillé ?
Oui
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Note
(Franchement bien) |
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Le dessin est très détaillé, mais assez impersonnel ; en tout cas, le design des personnages ne fonctionne pas vraiment pour moi. A l’inverse, j’aime assez le remix du vocabulaire architectural des bâtiments et véhicules.
Les personnages, même secondaires, ont des motivations relativement nuancées, mais ils ne pas forcément assez développés.
En fait, le problème, ou la faiblesse, de la série vient de son rythme narratif effréné. C’est un choix scénaristique : les auteurs ont développé un univers assez vaste, pour finalement se concentrer sur une série d’événements brève et violente. La narration le rend bien, et le lecteur n’a pas plus le temps de réfléchir que les personnages pris dans le tourbillon d’un plan qui les dépasse largement.
Inutile (quoi que) de préciser qu’il faut enchainer les 5 albums en une seule session.
Du côté des points forts, une action soutenue, mais surtout un scénario riche, solide, et surprenant jusqu’à la fin, en particulier sur ce qu’il implique dans son dénouement.
Et tant pis pour tous les détails en suspens, j’ai fini la lecture sans resté sur ma faim, mais si il y aurait la place pour un Atlas d’Acriborea qui revisiterait calmement les mondes décrits. |
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Nom série
Aimé Lacapelle
posté le
27/01/2013
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Achat conseillé ?
Oui
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Note
(Franchement bien) |
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Aimé Lacapelle, le Mike Hammer deep rurality du Tarn ! Avec des vrais bouts d’occitan dedans (et beaucoup de faux), et même un épisode bilingue !
J’ai trouvé les quatre albums terriblement drôles. Les paysans de Ferri sont de vraies caricatures, mais sauvées par une affection profonde de l’auteur, qui glisse de vrais bouts (discrets) de misère campagnarde dans son propos (Ferri, c’est aussi ‘le retour à la terre’).
Le trait n’est pas toujours très lisible, mais colle à l’ambiance : des rustiques trapus, des pépés fatales, et des poules déglinguées.
Pas aussi barré qu’un Gotlieb ou un Maëster, mais j’ai toujours le sourire au lèvres quand je relis la geste tracto-portée du sieur Lacapelle. Macarel ! |
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Je vais répéter un poncif des commentaires : le trait, le design des personnages, c’est Spirou. Sans Spip. Quoi que, la meilleure amie de l’héroïne est une grande rouquine …
On touche d’ailleurs au problème de la série : c’est sympathique mais passe-partout. Il y quelques traits intéressants dans les personnages (mais anecdotiques dans le récit), quelques idée originales dans le scénario (mais contenues chacune dans une péripétie d’un album). Le reste est assez convenu, et assez prévisible.
Il n’y a pas de réel déchirement chez une héroïne dont la part d’ombre lui est plaquée par un artifice digne des meilleurs romans photo (« ahahaha, car enfin oui, je suis ton père ! ») ; il n’y a pas de voyage intérieur (un peu tenté à la fin du premier cycle), et pas d’attrait du mal.
Héroïne qui d’ailleurs arrive vierge dans le récit : pas d’impact de son passé, pas d’association précédente (à part une mère persistante), pas de victoires, pas de cicatrices. En fait pas d’histoire, et, hormis les premières pages, je peine à voir en quoi consiste ce talent d’exorciste qui la fait recruter dans ce groupe très élitiste.
De même, le mystère des personnages secondaires est assez téléphoné (Gabriel ? Si au moins il jouait du saxophone). La vraie originalité du monde n’est pas vraiment exploitée à mon sens. Le rythme narratif me convient, mais il faut alors plus d’albums pour développer ; et pas d’albums épisodiques (‘le monstre de la semaine’), ce qui est malheureusement le cas passé le premier cycle, malgré les (intelligentes) couvertures en rappel des tomes 5 et 6.
Cependant, cette bande dessinée offre une héroïne adulte mais jeune, un peu trop volontariste ou idéaliste pour être réellement pragmatique ou résignée, bref au début de son chemin.
Attention de ne pas se laisser tromper par le trait, Alexia parle de sexe (pas graphique et en quantité normale, ce qui est tout de même mille fois plus que Spirou ou Tintin), et est confrontée à la mort (violente) en quantité ‘promotion familiale’ (là encore, plutôt niveau redshirt, mais pas occultée).
Au final, une lecture ‘marathon’ des 7 albums disponibles en moins de trois heures (je ne serai pas en retard pour les rendre), avec une impression pas désagréable du tout (j’ai continué la lecture alors que je n’ai aucun scrupule à poser un livre ou quitter une salle de cinéma en cours), mais un sentiment d’incomplet. L’essai sans la transformation.
Je suis un grand fan de Hellboy ; Alexia et son CRPS m’évoquent une margarine allégée de Big Red et son BPRD. Malheureusement le BPRD hors Mignola.
En tout cas, Alexia n’a pas la présence d’un John Constantine. Un *** solide. |
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Nom série
Punisher
posté le
28/01/2012
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Achat conseillé ?
Non
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Note
(Pas mal) |
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Un commentaire bref pour justifier – et nuancer – ma note.
Je vais reprendre en partie ce qui a déjà été écrit. L’idée de base du Punisher est globalement détestable : ex super-mec de l’armée US (unité de reconnaissance des Marines, comme les Navy SEALs, mais en viril), Frank Castle voit sa famille massacrée durant un picnic, et se lance dans une guerre contre la pègre, qui se résume à l’exécution sommaire de tous les italo-américains.
Le personnage repompe largement la mode du vigilitantisme qui domine le cinéma US de l’ère Reagan, sombrant facilement dans le Grand-Guignol, avec massacre à la mitrailleuse lourde, au napalm et à la grenade.
De nombreux dessinateurs se sont succédé à la tâche. Personnellement, j’adhère peu au style de la plupart (trop lisse, trop stéréotypé, trop comics), sauf évidemment à Tim Bradstreet, qui ne fait que les (superbes) couvertures. Mais bon, tout ce qu’il fait est bien, alors pas de surprise.
Globalement, j’aurais mis ** pour l’écriture de Ennis, qui demeure jubilatoire à tout point de vue.
CEPENDANT, la série est très inégale, et j’admets avoir été surpris par la publication de 2008 (pour la publication collectée française, les tomes vers 10 à 14). Mention spéciale pour « Valley Forge, Valley Forge », plus pour le récit en creux des extraits de nouvelle (des pages entières de texte dans un comic !) que pour le travail sur le personnage principal.
Le dessin de Goran Parlov n’est pas beau, mais expressif, et colle particulièrement bien au personnage, et à l’univers dans lequel il évolue. Son Punisher est une masse mal soignée, brutale, au visage creusé et aux yeux hantés. Frank Castle se rachète un cerveau, et se souvient que la victoire repose dans la préparation. Ennis se reconcentre sur la psychologie du personnage. Car il en a une, le bougre.
Son Castle est alors un homme mort qui refuse de tomber, un prédateur qui se réfugie dans l’action pour ne pas sombrer, un martyr à sa propre cause ; il reste sur le fil pour sauver ce qui peut l’être de ses principes, se défie de sa bestialité tout en mesurant la valeur de son existence à l’aune du mal qu’il enlève, plus que du bien qu’il fait. Et pourtant, il a des éclairs moraux.
Il est de plus d’une certaine manière le symbole d’une Amérique simpliste, idéaliste, jetée bas par son establishment, son gouvernement à la solde de corporations, trahie dans ce qu’elle pensait représenter. Une thématique difficilement surprenante pour Garth Ennis, vu l’année ( 2008 ), et son travail sur Judge Dredd ou The Boys.
Après, il ne faut pas exagérer non plus, nous ne sommes pas face à un Chuck Palanhiuk, ni même un Alan Moore, et le Punisher continue à défourailler sauvagement du mafieux, du corrompu et du sauvageon dans la joie, l’allégresse, et le respect du Seigneur (enfin, peut-être pas).
Mais pendant une vingtaine de numéros originaux (soit environ 4 tomes français), le niveau remonte, à mon sens à un solide ***, ce qui veut dire essentiellement 3.5, ramené à 3 vu le niveau des 200 numéros autour (opinion sur un échantillon non exhaustif).
Pour info, au-delà de ces publications, Marvel tente à tout prix de ramener le personnage dans un univers consistant, et comme je n’aime pas les types balèzes en collants moulants, j’aurais du mal à recommander la lecture de la chose. Mais à chacun ses gouts.
Edit : suite aux autres avis, j'ai relu l’arc Kitchen Irish (tome 3 en français). J’avais oublié, c’est plutôt bon, le dessin de Leandro Fernandez est moins crépusculaire et anguleux que celui de Parlov, mais le regain de réalisme n’est pas désagréable. Et certains de ses visages sont fabuleux.
Ennis écrit sur l’Irlande avec un certain recul, et même un mélange de cynisme et de détachement, mais je ne le taxerai pas de manichéisme comme lu plus bas.
Même qualité de dessin dans le tome 7, avec un scénario beaucoup plus convenu sur l’esclavage moderne.
Au final, je recommanderais éventuellement l’achat des volumes que je cite, après tout, je ne les regrette pas, tout en sachant que j’ai feuilleté, voire acheté parfois, dans cette série de nombreux exemplaires totalement insipides. |
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Nom série
Fell
posté le
15/10/2011
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Achat conseillé ?
Oui
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Note
(Culte !) |
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En guise d’avertissement : Fell a connu un historique de publication irrégulier, c’est le terme consacré. Les 8 premiers volumes, qui font l’objet de l’édition française, sont sortis entre septembre 2005 et avril 2007 ; nous parlons ici de comic US, donc de volumes de 24 pages ; Ellis étant de plus bavard dans son courrier aux lecteurs, il n’y a qu’une grosse quinzaine de planches par volume. Bref, un rythme plus proche de celui du coureur de fond retraité et cacochyme que d’un colibri sous amphéts. Un neuvième volume est paru en janvier 2008 (à commander, péniblement, aux USA), et Ellis assure que le scénario du dixième volume est chez Templesmith. Bientôt quatre ans après.
Pourquoi ce long préambule ? Il m’arrive de m’intéresser à des séries plus vieilles, qui ont l’avantage d’être terminées, collectées, et, ne nous le cachons pas, moins chères à l’achat que les publications individuelles. Ce n’est pas totalement le cas de Fell. La série n’est pas terminée. Il n’y a aucune réponse aux questions qu’elle pose. Il n’y a pas de conclusion emballée dans un joli paquet.
D’un autre côté, ça n’est pas particulièrement grave. Fell est une chronique, pas une histoire, et parle de ses personnages, pas d’évènements. Sa nature épisodique est favorable à une fin ouverte, et les questions qu’elle pose n’appellent pas une réponse ; aucune ou beaucoup sont de meilleurs choix.
En ceci je m’éloigne de JJJ : je me contrefous de savoir qui est Fell et pourquoi il est exilé à Snowtown, et je pense qu’Ellis aussi. Fell et Snowtown sont condamnés l’un à l’autre parce qu’ils se méritent, et Ellis documente la trajectoire de son personnage, qu’elle soit chute ou rédemption.
Graphiquement, c’est du Templesmith calme : le trait est moins expérimental que sur d’autres travaux (Wormwood par exemple), mais extrêmement marqué. C’est peu détaillé, objectivement un peu laid, et le choix des couleurs évoque plus un retour de substances réglementées que le calme d’une palette de peintre. L’ambiance est terrible, j’adore. A noter qu’il ne fait jamais, ou presque, jour chez Templesmith, ou alors Fell a des horaires pourris.
Richard Fell lui-même est un personnage complexe. Rien que son nom évoque à la fois le ‘fell from grace’ d’un ange tombé, la peau sur une carcasse, et un but sinistre (cf. le premier acte de Macbeth). C’est un bon détective : il est intelligent, observateur, et empathique ; clairement, il aime les gens. C’est un être dangereux : il est intelligent, assertif, violent tant psychologiquement que physiquement : il aime dominer les gens. Il est certain de son droit moral, et connait peu de remords dans ses actions. C’est un zélé, un croisé, les bonnes intentions qui pavent la route de l’enfer. Quel que soit son péché, et sa nature laisse envisager différentes hypothèses, il est quasi-impardonnable, et lui vaut un exil sur la lune (son commissariat est sur Moon Street, dans la nuit et loin de tout). Sa dualité lui vaut deux relations suivies, avec les deux seuls autres vrais personnages du comic.
Il y a Mayko, fragile, brisée mais reconstruite, qui découvre peu à peu l’humanité et les qualités de Fell.
Mais il y a surtout Snowtown, le nom officieux de ce quartier d’une ville indéterminée (elle a des docks et des marées, faut-il y voir New York ?) ; Snowtown est ‘de l’autre côté du pont’, mais tous savent que c’est un autre monde. La ville est un personnage à part entière. Elle est férale, cruelle, et broie ses habitants jour après jour. Les meurtres y sont quotidiens, et même les chiens rôdent en bande pour dévorer l’imprudent. Des caniches, de plus ! Et chaque jour Snowtown pose un peu plus sa marque sur Fell.
La série chronique donc les enquêtes de Richard Fell, qui sont habilement amenées et menées, dans un univers engageant, et observe lentement cette guerre pour ce que Raoh appellerait la possession de son âme. Finalement, certaines scènes se lisent bien en écoutant l’adagio pour cordes de Barber. Sans le bruit des hélicos.
Au final, j’hésite entre 4 et 5 étoiles. Il manque un petit quelque chose à mon sens pour valoir réellement un 5, mais dans un calcul dont j’ai par ailleurs honte, je le mets pour compenser la moyenne actuelle, et que le 4,5 n’est pas possible. |
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Anita Blake Tueuse de Vampire est adapté de la série de romans éponyme par Laurell K. Hamilton. Je n’ai pas lu ces romans, mais ils semblent avoir connu un succès confirmé outre-atlantique, voire être, au moins partiellement, à l’origine de cette mode (qui m’échappe) qualifiée de fantasie urbaine, c'est-à-dire ces histoires improbables de jeunes filles insipides déchirées par leur attirance pour différentes bêtes à crocs (je ne fais que colporter des ragots de fâcheux).
Après une petite vingtaine de bouquins, la donzelle se trouve donc croquée en comic (jeu de mot pitoyable). Je commente cette série, qui me semble à un moment intéressant pour le lecteur français : Milady vient de publier un premier tome francisé, mais la série existe depuis 2006, et est donc collectée en V.O. à la fois en TBP (trade paperbooks, couvertures souples) et en HC (hard covers, couvertures rigides comme chez nous), dont les prix ont par ailleurs significativement baissé.
Bref, découvrable en V.O. ou en V.F. Mon opinion se base sur plusieurs tomes, en V.O. donc.
Pour dire simple, je ne comprends pas bien pourquoi j’ai aimé cette BD. Pour passer en revue toutes ces choses aberrantes que je devrais honnir :
Tout d’abord, je flaire des remugles de bodice-ripper, ces romans à l’eau pas rose, destinés à un public féminin qui survole distraitement le semblant de scénario pour arriver aux passage où le héros, viril comme il se doit, arrache avec les dents (les siennes de préférence) le chemisier de l’héroïne, vertueuse mais emportée comme il se doit. Pas de ça dans la BD, mais il est facile de sentir les occasions dans le roman original. Et à la vue des couvertures des romans, c’est tendance chaud-bouillant, voire léger BDSM.
Outre le fait que je ne comprends pas cette fascination romantique (c’est l’euphémisme conventionnel) des jeunes femmes pour les monstres de la Hammer (franchement, la sensualité torride d’un truc poilu d’un tiers de tonne qui arrache la jambe des gens au lieu de se frotter contre), ce type de littérature (j’utilise le mot dans un sens libéral) est plus connu pour ses scénarii gravables sur un grain de riz que pour son imagination exubérante.
Ensuite, Anita semble souffrir du syndrome Wismerhill : une quinzaine de niveaux dans chaque classe (sauf celles où il en a 30), en plus des pouvoirs psioniques et des compagnons démoniaques. Notre bonne Anita accumule les compétences paranormales aussi vite et surement qu’un véhicule garé dans la capitale se pare de papillons contraventionnels.
Les personnages sont semi-ridicules, avec une mention spéciale pour Jean-Claude, le Chippendale à chemise à jabot, et accessoirement vampire à gros coefficient de balézitude. Enfin, là, on est en plein territoire Ricien, la femme d’entretien des vampires.
Le dessin est moyen plus, mais s’améliore au fil des tomes vers un niveau franchement sympathique ; j’aime le choix des couleurs. Je ne suis pas un expert du domaine, et je laisserai d’éventuels autres disséquer plus avant. Le graphisme est réaliste, même si parfois, certains personnages ont des cuisses étonnement hypertrophiées. Au moins échappent-t-ils à cette angularité exagérée commune dans la production US, même si Anita est victime de la malédiction WonderBra. Ce qui n’est pas nécessairement déplaisant, d’autant que le dessinateur fait beaucoup d’effort pour éviter la bimboification. Amies lectrices, les mâles musclés parsèment les pages, mais pas leurs chemises.
Arrivé à ce point, et je devrais avoir perdu 90% du public passé la première page, on est en droit de se demander pourquoi cette note de 4 étoiles.
Et bien, j’ai aimé. J’aime cet usage du monologue interne (en même temps, j’aime Mickey Spillane malgré ses innombrables défauts), j’aime cette relation de faiblesse que l’héroïne entretient malgré tout avec son environnement (je ne parle pas non plus d’un retour aux racines de l’horreur gothique, mais juste un écart rafraichissant aux poncifs du héro costaud), j’aime les pingouins (et Anita aussi).
Les scénarii sont adéquates sans être fantastiques, mais les personnages, même secondaires (c'est-à-dire tous sauf Anita), ont des points de développement intéressants, et le monde dans lequel ils évoluent à une cohérence tout à fait engageante.
En bref (j’aime ce mot pour son son, j’en ignore le sens), et pour paraphraser le premier tome : Guilty Pleasures ! Anita Blake est pour moi un plaisir coupable, dont je ne recommande cependant pas l’achat : tout le monde ne partagera pas mon point de vue, mais je conseille d’y jeter un œil, on ne sait jamais. |
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Je n’ai lu que les 3 premiers tomes de cette série, en emprunt. Pas eu l’envie d’aller plus loin, comme l’indique ma note.
Alors pourquoi la commenter : parce qu’elle l’est peu, et parce que le premier tome est plutôt enthousiasmant, mais sa promesse peu tenue par la suite. Autant le savoir ; sans les avis de ce site, je me serais probablement laissé tenter par l’achat de la série entière, que je ne recommande finalement pas.
La totalité de ma lecture m’a donné une impression d’indécision, voire de facilité.
Visuellement, beaucoup d’hésitation. Des éléments steampunk, sans la minutie dans le détail ou l’enthousiasme pour l’histoire alternative propre au genre ; donc, décor steampunk parce que c’est la mode, et qu’il faut bien l’avouer, le décorum victorien sied aux personnages féminins, de la redingote cintrée au décolleté neo-Joséphine (l’impératrice, par la courte-patte ou la ceinture de bananes).
Personnages justement, parfois inconsistants dans leurs traits, et surtout leurs proportions, mais tellement plats. L’écran de sélection d’un RPG, avec les guerriers, mâle et femelle, le voleur (pas de voleuse), et les intellos (pas de magie), mâle et femelle eux aussi. Et tous prototypiques de leur classe. Un peu de tension sentimentale, amenée dès les premières pages avec le sautillement primesautier d’un camion de betterave les jours de récolte, une vague histoire-de-cul-qui-deviendra-quelquechose-de-plus-profond-plus-tard (je suppute, puisqu’il n’y a pas de sot métier, et que je n’ai pas lu la suite), par ailleurs d’une telle profondeur qu’elle se résume à un seul mot : tsundere.
La motivation globale de tout ce beau monde m’échappe, autant que dans un jeu video. Sauf que dans un jeu video, le joueur a la motivation de gagner de l’XP ; là, je reste sur ma faim de rebondissements palpitants, de portraits habiles ou d’inventions diaboliques.
A la place, un défilé de clichés qui clashent, une ambiance qui ne parvient pas à se définir : on a du monstre mutant, de l’espionnage, de la peut-être politique, de la retro-science qui passe en coup de vent, et une bande de jeunes qui courent au milieu de tout ça parce que.
Un détail typique : lorsqu’on prend le soin de dessiner de nombreux détails à un appareil de respiration sous-marine autonome, le plongeur émergeant de l’eau pourrait au moins avoir les cheveux mouillés …
En bref, je suis déçu. Empruntez le premier tome à votre bibliothèque favorite, et ne lisez pas la suite, vous resterez sur une bonne impression. |
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Nom série
Desolation Jones
posté le
14/10/2011
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Achat conseillé ?
Oui
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Note
(Culte !) |
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Des gens plus doctes que moi ont déjà commenté en profondeur ce comic ; je ne reviendrai donc pas sur les aspects techniques, ou les auteurs de l’œuvre, j’ai appris beaucoup de choses en lisant les commentaires de Ro et JJJ.
Avant toutes choses, j’ai lu Desolation Jones en V.O. Les dialogues d’Ellis sont incisifs, cinglants, affutés, laconiques ; en bref, difficiles à traduire. N’ayant pas vu la V.F., je ne peux juger de la qualité du travail, mais la tâche a du être ardue.
Les tomes 1 à 6 (soit l’essentiel de la production de 8 tomes) sont compilés dans un omnibus (Made in England) au prix très accessible chez des vendeurs en ligne. Enfin, j’imagine que ca varie avec le temps.
Desolation Jones est un récit cynique, cru, et à ce titre clairement destiné à un public adulte. Peu surprenant de la part d’Ellis, mais cette fois, son propos n’est effectivement pas dilué par les effets de manche ou surenchères d’un Transmetropolitan.
Le récit demeure l’histoire d’un homme, une sorte de parangon du hard-boiled detective à la Hammet. Cette attachement à la personne de Jones rend, je trouve, le récit plus dur, voire cruel, mais en même temps prégnant d’une poésie profonde et amère. Par exemple illustrée par le décalage entre ses rêves et ses visions, ou sa relation avec Emily Crowe.
Pour le reste, c’est du Ellis : les personnages ‘secondaires’, ville de Los Angeles incluse, sont construits avec imagination, souvent brio, et sont à la fois extrêmes et barrés, mais consistants. Et désespérés.
Le récit est sans pitié pour le lecteur, qui est là pour réfléchir, ventrebleu, on ne lit pas Picsou, là. Et de toute façon, oui, le fil narratif est parfois confus, il est un véhicule pour le portrait des personnages. Comme Jones le dit lui-même, L.A. est une ville ultra-moderne, faite pour être traversée, en tout lieu on n’est qu’en transit. Idem de son histoire.
Le dessin n’est pas le plus beau et le plus détaillé, bien qu’il puisse l’être, mais toujours extrêmement expressif, et enrichit toujours le propos. Les visages en gros plan, en particulier, sont immanquablement remarquables. Les choix tranchés de palettes de couleurs ne sont pas étrangers à cette réussite.
Inutile de préciser que je recommande chaudement l’achat de cet opus. |
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