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... a posté 116 avis et 4 séries (Note moyenne: 3.66)

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Nom série  Là où vont nos pères  posté le 05/05/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Subjuguant. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour parler de cette œuvre très originale. Tout d’abord par la beauté du dessin extrêmement soigné dans des tons monochromes allant du gris sale à un sépia très lumineux. L’imagination et les trouvailles de l’auteur font le reste. Celui-ci confère une portée universelle au mythe de la terre promise, avec une dimension onirique tout à fait étonnante qui peut dérouter à la première lecture. L’histoire commence en effet de manière plutôt sombre et réaliste (la patrie) pour évoluer dans un univers merveilleux et quasi surréaliste (la terre d’accueil), truffé d’objets et de créatures extraordinaires, ainsi que de symboles mystérieux. De cette façon, l’auteur a parfaitement su représenter comment un monde nouveau pouvait être d’une étrangeté absolue aux yeux d’un immigrant. L’absence de textes n’est absolument pas gênante, au contraire, cela aurait presque paru redondant dans cette histoire avant tout visuelle. Elle comporte d’ailleurs une telle richesse qu’à mon avis on peut la relire plusieurs fois sans problème et y découvrir de nouveaux éléments qui n’auraient pas sauté aux yeux à la première lecture.

D’une certaine façon, ce magnifique ouvrage redonne de la dignité à tous les expatriés de la Terre, ceux qui ont quitté leur pays par nécessité, avec peut-être un sentiment diffus de honte (laisser ses proches derrière soi n’est certainement pas chose facile). Certes, la représentation de la Terre promise est très idéalisée, mais le but ici n’a pas été de produire une histoire réaliste. D’après moi, l’auteur a voulu d’abord montrer les raisons qui conduisaient à quitter son pays natal, en mettant en scène la vision rêvée, si déformée soit-elle, de ces hommes rêvant d’un ailleurs où la vie serait plus douce.

Nom série  Sacré comique  posté le 23/03/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Vous avez toujours eu envie de lire la Bible mais n’avez jamais eu le courage de vous y plonger ? Heureusement, Daniel Goossens est là pour vous initier, par l’intermédiaire de ses héros écrivains oiseux et pantouflards, Georges et Louis. Ces derniers le font de manière peu banale certes, mais à défaut de donner envie, leurs délires nébuleux ont le mérite de bien dérider. Au final, on apprend tout de même pas mal de choses, notamment que Dieu est à la tête d’une société de standardistes répondant aux prières de chacun, ou que Jésus, s’il n’est pas forcément une lumière, a tout de même connu son heure de gloire à Hollywood…

Les habitués seront surpris de retrouver Georges et Louis dans cet album alors qu’ils ne sont plus mentionnés en couverture comme ce fut le cas pour les tomes précédents. Ils n’y jouent d’ailleurs plus un grand rôle, on ne les voit qu’au début et de moins en moins au fil de l’ouvrage. La particularité du trait de Goossens est qu’il est à la fois réaliste et caricatural, surtout au niveau des visages qui ont souvent des expressions hilarantes. Il ne faut pas chercher une cohérence dans le récit, dans la mesure où l’absurde est ce qui définit le mieux son style. Et comme toujours, on ne sait jamais où il va nous emmener et c’est ça qui est bon. On peut relire ses BD mille fois, on y trouvera toujours un détail amusant auquel on n’aura pas fait attention auparavant.

N’attendez pas de la part de l’auteur qu’il vous rassure quant au sens de la vie ou livre les clefs du mystère de la création, au contraire, vous en ressortirez encore plus déboussolé, mais au moins vous aurez bien ri ! Cela étant, je comprends que certains n’adhèrent pas à ce genre d’humour, qui pour moi se définirait comme pince-sans-rire, lunaire voire extra-terrestre. Avec Goossens, soit on marche, soit on ne marche pas, il n’y a pas de milieu. Pour moi, cet auteur, également chercheur en intelligence artificielle et enseignant à Paris VIII il faut le rappeler, est un génie à part dans un domaine humoristique qui ne ressemble à aucun autre, même s’il garde la patte de l’école Fluide glacial.

Nom série  Un printemps à Tchernobyl  posté le 21/02/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Je ne sais pas comment les moins de 25 ans perçoivent cette catastrophe aujourd’hui, mais je me souviens qu’à l’époque ce fut (pour moi en tous cas) un énorme traumatisme malgré les tentatives du gouvernement et des médias français pour en minimiser la portée.

Tout d’abord, ce qui frappe au premier coup d’œil dans cette BD, c’est la beauté du graphisme, avec le recours à une aquarelle sépia et monochrome aux tonalités parfois très sombres, conférant une atmosphère oppressante dès les premières pages. C’est ainsi que l’on va suivre l’auteur dans son expédition avec la boule au ventre, comme si on y était, vers ce no man’s land terrifiant où le danger est invisible mais omniprésent. TCHER-NO-BYL . Ces trois syllabes, qui sonnent comme une explosion, une sorte d’éternuement atomique, exercent toujours le même pouvoir de fascination morbide mêlée d’effroi. Les voyeurs, eux, seront très certainement déçus, car ici Lepage évacue la question des malformations dès le début en ne faisant que reproduire – pudiquement - quelques photos d’enfants difformes prises quelques années après l’explosion, histoire de mettre les choses au clair. Une fois passés les questionnements liés à l’appréhension d’un tel voyage, l’arrivée dans la zone maudite, la découverte d’une ville fantôme et de ses ruines, l’approche de la centrale, gueule béante des enfers, comme un défi face à un monstre endormi, le récit va évoluer vers quelque chose d’inattendu, posant à Lepage et ses camarades artistes mille questions, leur imposant un virage à 180° - le titre résume tout. En effet, force leur est de constater, avec l’arrivée de la belle saison, que la nature s’est adaptée et a repris le dessus. La couleur, très rare au début, se fait de plus en plus fréquente, conférant à l’ensemble de la légèreté et éloignant la chape de plomb nucléaire.

Telle est la question se posant aux auteurs : comment décrire l’invisible ? Une nature exubérante aux couleurs chatoyantes, comme dopée par la radioactivité, contre toute attente. Une nature accueillante et omniprésente tout en restant très dangereuse pour quiconque s’y attarderait. Plus largement, se pose la question de l’objectivité de l’œuvre documentaire. Mandatés par une association humanitaire pour dénoncer les dangers du nucléaire, les auteurs sont confrontés à un vrai dilemme : doivent-ils dessiner ce qu’on attend d’eux ou dépeindre la réalité telle qu’ils la voient ?

A travers cette magnifique BD, l’auteur nous livre une œuvre libre, personnelle et sincère. Avec humilité et sensibilité, Lepage nous donne également à voir de beaux portraits des habitants de la région (et n’oublie pas au passage de rendre hommage aux « liquidateurs » qui se sont littéralement sacrifiés). Certains moments sont véritablement poignants, je peux affirmer sans hésitation qu’il s’agit de la meilleure BD documentaire qu’il m’ait été donnée de lire. Et en ce qui me concerne, malgré l’ « optimisme » dégagé par cette histoire, je ne suis pas devenu pour autant partisan du nucléaire. Cela reste une énergie terriblement dangereuse pour l’homme (qui voudrait habiter Tchernobyl à moins d’être suicidaire ?). Cet ouvrage ne fait que prouver que la nature s’en est toujours très bien sortie – et mieux – sans l’Homme, et devrait donc nous inciter à plus d’humilité devant des forces que l’on ne contrôle pas, comme en témoigne la catastrophe plus récente de Fukushima.

Nom série  Quartier lointain  posté le 31/01/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Je ne lis que très rarement des mangas, mais celui-ci m’a été offert par un ami et apparemment demeure un des must en la matière. Il est vrai que l’ouvrage sort vraiment de l’idée que je me fais généralement du manga, qui je le reconnais n’est pas exempte de préjugés.

S’il y a bien quelque chose que j’ai apprécié dans cette BD, c’est l’atmosphère qui s’en dégage. J’ai vraiment été transporté dans ce Japon des années 60, dans cette ville de province où semble régner une certaine douceur de vivre. Cette douceur est bien rendue par le trait raffiné et minutieux de Jiro Taniguchi. Paysages, ciels, bâtiments sont parfaitement représentés, par contre, j’ai un peu plus de mal avec les personnages que je trouve assez fades et inexpressifs. Et là encore, c’est l’une des choses qui me gêne – voire qui m’agace- le plus dans le style manga, comme si les Japonais avaient tous appris à dessiner dans la même école et semblaient se copier les uns les autres… Certes, on pourrait dire la même chose d’un certain style franco-belge… Heureusement, cela n’est nullement rédhibitoire et ne m’empêche pas d’apprécier énormément Hayao Miyazaki, autre auteur nippon de splendides dessins animés débordant de poésie. Après tout, cette uniformité est-elle destinée à permettre au lecteur de mieux s’identifier aux personnages…

Quant au récit, il bénéficie d’un scénario bien construit et original. Une histoire simple où s’invite discrètement le fantastique. Une histoire que chacun a forcément un jour ou l’autre imaginé : revivre son enfance. Peut-être pour pouvoir changer le cours d’une vie dont on n’a pas forcément rêvée et dont les déboires résultent toujours en partie des blessures plus ou moins conscientes subies à l’âge où l’on est insouciant… Ici, le quadragénaire Hiroshi, dans son corps de 14 ans, va espionner son père Yoshio pour tenter de comprendre ce qui l’a conduit à quitter le foyer familial et surtout l’en dissuader. Sa mésaventure finira par l’éclairer sur sa situation maritale qui lui pèse sans qu’il sache vraiment pourquoi. Avec en filigrane cette question : si l’on peut agir sur certaines choses (dans le présent ou le passé), peut-on réellement changer le destin ?… Il s’agit donc bien, on l’aura compris, d’un roman graphique « travaillé », avec des personnages réalistes et dotés d’une certaine profondeur – rien à voir donc avec les mangas pondus au kilomètre au Pays du Soleil levant. Le ton est grave, l’émotion est toute en retenue mais bien présente (la rencontre de Hiroshi avec l’amie d’enfance de son père), ce qui n’empêche pas l’humour dans certaines scènes assez cocasses – dues notamment au problème d’alcool de Hiroshi.

Je recommande donc vivement la lecture de ce « Quartier lointain » tellement proche de nous, d’une portée universelle, humain, tellement humain, sans jugement, tragique aussi, empreint d’une émotion subtile et sans pathos, mais qui, une fois le livre refermé, infuse délicatement votre âme… Comme un doux tintinnabulement aux sonorités mélancoliques qui vient vous hanter et finit par vous mettre le cœur au bord des larmes…

Nom série  Le Combat ordinaire  posté le 11/12/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
J’ignore si Larcenet a voulu faire ici une œuvre autobiographique, mais cela sent tellement le vécu qu’on se dit qu’il a puisé au moins une partie de son inspiration dans sa propre expérience. L’œuvre est dense et aborde de nombreux thèmes, à la fois universels et contemporains, qu’il s’agisse de la rédemption ou de la montée des extrêmes, de la paternité ou des ravages de la mondialisation. Des thèmes alimentant la réflexion sans vouloir à tout prix l’orienter, l’auteur faisant confiance à l’intelligence du lecteur. Il est possible d’y voir une sorte de quête initiatique mais sans aucune précision sur le « Graal », comme une errance sans boussole dans un monde indéchiffrable et inquiétant, comme peut l’être le monde actuel… Et pourtant depuis le début, Larcenet sait parfaitement où il veut nous emmener, car malgré un scénario en apparence aléatoire, l’histoire bénéficie d’une construction solide, avec une progression régulière de la « quête » où vont évoluer une multitude de personnages qui ont tous leur importance et vont modifier à leur façon le destin de Marco. C’est pourquoi il est difficile de juger chaque tome séparément.

Sous l'humour apparent, Larcenet nous révèle ici son côté hypersensible, mais avec une pudeur qu’il sait bien traduire par un dessin dépourvu d’effets ostentatoires. C’est souvent émouvant, parfois carrément bouleversant. Plus on avance dans l’histoire, plus le trait s’éloigne de la ligne claire. Les rondeurs insouciantes et burlesques du début font progressivement place aux rayures, aux rides et aux mines hirsutes. Comme le signe d’une maturité à venir…avec une variété de styles en fonction des états d’âme du personnage principal : abstrait et rougeoyant quand Marco a ses crises d’angoisse, acéré et inquiétant dans un environnement urbain, vrai et sécurisant dans les passages poétiques… le changement de style n’est nullement gênant ici et le résultat est souvent saisissant. Le clair-obscur des scènes les plus intimistes est aussi très réussi.

Dans l’ensemble, ces quatre tomes constituent un récit dense et habité duquel on ne ressort pas indifférent, avec des personnages et des situations très réalistes auxquels on peut facilement s’identifier. Il y a beaucoup à dire sur cette œuvre. Mais ce qui globalement lui confère cette aura exceptionnelle est peut-être cette poésie si sensible, empreinte d’une IMMENSE humanité, venant accompagner un récit que l’on devine très personnel voire douloureux, poésie qui, tel un baume apaisant, semble avoir constitué la planche de salut de Marco... Un sacré bonhomme, ce Manu Larcenet, l’air de ne pas y toucher avec son gros nez et sa dégaine de comique…

Preuve que cette série contient bien des perles, en voici une que je laisse à votre appréciation :
« Délestée de toute logique, la poésie est la seule manière libre de remarquer ce qui est précieux… la poésie rachète tout. » (extrait p.28 du tome 4)


Tome 1
Tome 2: Les quantités négligeables
Tome 3: Ce qui est précieux
Tome 4: Planter des clous

Nom série  Habibi  posté le 14/10/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Après le superbe Blankets, je n’imaginais pas que Craig Thompson puisse faire mieux… et pourtant c’est le cas avec cet autre pavé, encore plus épais (665 pages). Si pour moi Blankets représente l’archétype du roman graphique, je dirais qu’avec Habibi, Thompson a inventé la formule idéale du « roman graphique picaresque ». Que dire, c’est tout simplement époustouflant, tant au niveau de l’histoire que du graphisme, encore plus poussé. L’auteur s’est littéralement surpassé, son trait élégant semble avoir fusionné avec l’Art islamique traditionnel, intégrant un luxe incroyable de détails (on reste abasourdi devant ces frises et motifs orientaux qui n’ont clairement pas été trafiqués par ordinateur). La mise en page est toujours surprenante et souligne judicieusement le contexte. C’est du grand art, et une fois encore, le noir et blanc se suffit largement à lui-même.

L’histoire est complexe, alternant flashbacks, références bibliques et coraniques, évocation des légendes et poèmes orientaux, digressions sur la calligraphie arabe et ses aspects symboliques, avec des ouvertures vers la science et l’ésotérisme. Mais Thompson réussit pourtant, par une alchimie subtile, à faire tenir tout ça debout. Certes on ne rentre pas dans cette histoire comme dans un moulin, et il m’a fallu moi-même quelques pages pour m’habituer à ce mode de récit, mais une fois passé le cap, quel délice ! Il s’agit d’un conte épique et débridé, où l’auteur ne s’interdit aucun thème ni aucune représentation.

Entre Blankets et Habibi, le lieu de l’action (Midwest américain et terre orientale indéfinie) et le genre (autobiographie et conte) diffèrent, mais on y retrouve les mêmes questionnements philosophiques et religieux, sur l’amour, le couple et la sexualité. Et malgré les nombreuses références à la religion, il n’y a aucune trace de bigoterie dans cette démarche : l’humour et les scènes de sexe (parfois tendres et sensuelles, parfois dures et rebutantes) viennent souvent équilibrer le propos. S’ajoutent à cela des préoccupations écologiques qui contemporanisent l’ouvrage.

Si ce récit à la fois actuel et intemporel recèle un message humaniste de portée universelle, il est aussi un très bel hommage à la civilisation arabe, où l’auteur nous fait apprécier la beauté et la subtilité de son art, notamment la calligraphie qui tient une place très importante tout au long du livre. Il faudrait plusieurs lectures pour en absorber toute la richesse, mais en ce qui me concerne, ma vision d’occidental lambda en a été indéniablement modifiée, et il a fallu que ce soit grâce à un Américain ! Cette culture, malgré sa proximité géographique avec l’Europe, reste au final assez méconnue et toujours en proie aux préjugés. Et cela ne s’applique pas seulement à l’électorat perméable aux discours racistes.

Craig Thompson a vraiment placé la barre très haut avec cet Habibi, qui pour moi tient à la fois du chef d’œuvre et du coup de cœur.

Nom série  Blankets - Manteau de neige  posté le 29/09/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Dans ce superbe roman graphique – un pavé de près de 600 pages ! - plein de poésie, véritable parcours introspectif accompagné de flashbacks sur son enfance, Craig Thompson nous raconte comment une amourette adolescente va avoir une énorme répercussion sur le cours de sa vie que son entourage voulait croire toute tracée… « Blankets » signifie « couverture » en français, et comme le titre du roman l’indique, il y est beaucoup question de couvertures… la région du Midwest semble en permanence sous une « couverture » de neige, accompagnée d’un froid glacial qui pousse à hiberner sous la couette… mais le terme revêt aussi un autre sens, car la couverture qui sert à se protéger peut être aussi morale, elle est celle qui permet de passer inaperçu, de ne pas se faire remarquer, de se fondre dans la masse afin de ne pas être jugé… et c’est bien de cela dont il est question ici : faut-il se satisfaire de ses croyances qui rassurent tout autant qu’elles emprisonnent et sacrifier sa liberté ?

J’ai trouvé à cet ouvrage une grande qualité graphique, où le trait noir et blanc est d’une grande finesse, alternant le minimalisme « cartoon » lié à l’enfance et les courbes sensuelles et gracieuses lorsque l’auteur évoque son amour d’adolescence. Quant à l’histoire, elle bénéficie d’une grande fluidité et n’est jamais plombée par son sujet, qui pourtant pourrait vite dévier vers l’auto-apitoiement ou une sensiblerie un peu gnangnan… L’auteur se contente de produire un récit lucide et sensible, sans concession, sans aigreur ni colère, avec juste une touche d’ironie et des images fortes, où il explique comment [SPOILER] à la suite d’une désillusion amoureuse [fin du SPOILER], il s’est détaché de la religion malgré la pression familiale et sociale.

Nom série  Les Ignorants  posté le 13/09/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Comme dans Rural !, Etienne Davodeau se met en scène, et ce n'est évidemment pas par égocentrisme. En effet, s’il maîtrise le sujet du neuvième art, il n’hésite pas à se montrer « ignorant » en matière d’œnologie. Davodeau est avant tout le bédéaste de l’humain, attaché à montrer les « vrais gens ». Il mise sur l’authenticité et son trait est en accord avec lui-même. Il ne cherche pas à faire joli à tout prix, l’esbroufe n’est pas le genre de la maison, et certains lecteurs exigeants n’apprécieront peut-être pas son style. Mais Davodeau va à l’essentiel et s’il glisse par ci par là des paysages de vignes, ceux-ci dégagent davantage la propre sensibilité de l’auteur qu’une beauté formelle. Et lorsque ce dernier recourt au lavis noir et blanc, il le fait avec subtilité, et à cet égard, je trouve les ciels d’orage ou les reflets sur les trottoirs après la pluie très réussis.

Ce récit original est construit comme une quête initiatique, où chacun de deux protagonistes est en alternance le maître et l’élève. Cela confère une vraie dynamique à l’histoire qui sinon aurait pu paraître plus monotone. Et même si on ne s’intéresse au départ ni à la BD, ni au vin, on ne peut qu’y prendre du plaisir, car ce que célèbre Davodeau ici, c’est d’abord la richesse intrinsèque aux relations humaines, les rencontres (et il y en a !), en d’autres termes l’amitié tout court, simple, généreuse et sans calcul, celle qui se forge en trinquant, antithèse de l’amitié « facebook » de nos ultra modernes solitudes. Pour résumer l’affaire, on a tous (et souvent) quelque chose à apprendre de l’autre, si « ignorant » soit-il ! Il s’agit donc également d’une invitation à la curiosité et à la modestie – ce qui hélas n’empêchera peut-être pas certains messieurs « Je-Sais-Tout » de s’en servir pour briller en société… Une vraie leçon de vie, en somme.

On peut voir aussi ce livre comme un plaidoyer en faveur d’une viticulture traditionnelle, et à ce titre Richard Leroy est admirable dans sa détermination à renoncer au traitement chimique de ses vignes, à considérer la terre comme un être vivant, à la respecter, car pour Richard et ses amis vignerons qui se lancent dans l’aventure, c’est bien la terre qui fait le vin. Même l'utilisation du tracteur est néfaste d’après ces puristes, qui font cela par passion, tiennent à leur liberté et préfèrent produire de la qualité quitte à produire un peu moins... discréditant ainsi les choix productivistes d’une partie de leurs confrères sans pour autant souscrire au modèle bio. Et pourtant, ils n'ont pas pour autant de certitudes et on se rend compte que la viticulture n'est pas une science exacte... Tels des artistes, ils cherchent, explorent, expérimentent, se plantent parfois mais savent au moins ce qu'ils ne veulent pas.

Pour son initiation au neuvième art, Etienne emmène Richard sur les routes entre deux tailles de vigne. Ainsi on visite une imprimerie, on traîne ses guêtres dans des festivals, on cause bédé et on rend visite à des confrères (Jean-Pierre Gibrat, Marc-Antoine Mathieu, Emmanuel Guibert) ou à son éditeur (Futuropolis), et ce, en n’oubliant jamais de trinquer évidemment !

Mon verdict : le millésime Davodeau 2011 est exceptionnel, il est « droit », a « une belle chair », avec un petit goût capiteux qui demeure longtemps en bouche, à tel point qu’il donne vraiment très envie de le partager…

Nom série  Quai d'Orsay  posté le 05/07/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Cette bédé fut pour moi l’occasion de découvrir le talent de Christophe Blain, dont je trouve que le style minimaliste est utilisé ici à très bon escient. S’il a une façon bien à lui de représenter les gestes et les démarches, on sent qu’il s’est particulièrement délecté en croquant ce Taillard « de Villepin » de Vorms, avec ses grands gestes tournoyants et ses immenses mains hyper expressives, où sont contenues toute la démesure et l’impétuosité du personnage. Quant à son visage, profilé comme une fusée et surmonté d’un corps imposant qui évoque parfois une sorte de prince des ténèbres, c’est du grand art en matière de caricature : malgré un minimum de détails, on le reconnaît tout de suite le Galouzeau ! La mise en couleurs est sobre et élégante. Le format consiste en une suite de petites saynètes bénéficiant tout de même d’un certain ordre chronologique, où évolue une galerie de personnages de façon très réaliste. Et pour cause… la bédé est inspirée de l’expérience de Lanzac au Quai d’Orsay. Quant aux dialogues, ils sont truculents et inspirés, et les situations sont souvent très drôles, avec de nombreux recours métaphoriques bien sentis (Le Minotaure, Star Wars et le côté obscur…). Il faut dire que le personnage du ministre y est pour beaucoup !

En tous cas, je ne sais pas si l’intéressé se reconnaîtra, mais on ne peut pas dire que ce soit particulièrement flatteur pour lui… L’énergie démentielle qu’il dépense pour sa fonction, c’est comme si, tel un vampire tyrannique, il la prélevait directement sur ses équipes, en particulier son directeur de cabinet, Maupas, qui semble usé avant l’âge, le regard vitreux… Pour le reste, cette plongée dans les coulisses de la diplomatie sont aussi passionnante que jubilatoire, on apprend beaucoup et on a vraiment l’impression que, même si cela reste de la caricature, les situations décrites se sont vraiment produites. Une belle réussite, entre récit autobiographique et documentaire, qui confirme que la BD politique a trouvé sa place, dans le sillage de La Face karchée de Sarkozy

Nom série  Alpha... directions  posté le 03/06/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Tout d’abord, l’objet : un vrai pavé, dans lequel on a plaisir à se plonger, il s’agit d’une véritable expérience immersive. L’ouvrage est par ailleurs inclassable : on pourrait parler de documentaire scientifique voire historique, mais cela resterait incomplet, l’auteur apportant en outre son œil artistique en glissant à bon escient de multiples références dans la chronologie rigoureuse de cette épopée, qu’elles soient en rapport avec l’art, la science ou la religion. Ainsi, les cases se répondent, comme s’il y avait discussion entre les temps primitifs et l’humanité avec ses connaissances, ses croyances, ses mythes, ses questionnements. C’est toujours étonnant, érudit, rafraîchissant, parfois décalé, parfois humoristique (la mouche de Trondheim virevoltant au milieu des sauriens volants, par exemple). Le dessin est remarquablement précis, mais aussi très agréable à l’œil, rehaussé par une belle bichromie dont les teintes désaturées évoluent au fil des pages en parcourant le cercle chromatique. Une page de résumé des principaux événements vient clore chaque chapitre, ce qui n’est pas trop assommant pour les plus réfractaires à la science.

C’est un vrai défi auquel a été confronté l’auteur, élaborant quelque chose qui n’avait jamais été fait : mettre en images l’histoire de l’Univers depuis les origines. Qui en effet pouvait imaginer qu’un auteur de BD puisse un jour représenter les premiers instants succédant au Big Bang, le début de l’espace-temps, l’ère de Planck (d’une durée infinitésimale de 10-44 seconde !), les quarks, antiquarks et autres particules subatomiques, etc. Eh bien Jens Harder l’a fait, avec brio et de façon tout à fait originale (voir plus haut). C’est passionnant, fascinant, grandiose. Comme un gosse, on reste tout simplement admiratif devant un tel travail, imaginant la somme d’archives et de documents qu’il a fallu réunir pour produire une telle œuvre. Parallèlement on est saisi de vertige devant le génie de la nature mais aussi en pensant aux périodes immensément longues qui ont été nécessaires aux transformations les plus infimes, si l’on raisonne en temps humain. Incontestablement, on peut parler d’un chef d’œuvre qui fera date. C’est donc avec impatience que j’attends la sortie des deux tomes qui devraient suivre, l’un consacré à l’histoire de l’humanité et l’autre au futur.

PS : je salue au passage l’excellente critique de Sejy

Nom série  Les Cités obscures  posté le 26/05/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Avec ce projet ambitieux et au long cours que sont les Cités obscures, les deux démiurges belges Peeters et Schuiten ont contribué à donner à la BD ses lettres de noblesse en créant un monde vaste et complexe, ne négligeant aucun aspect qu’il soit géographique, historique, technologique ou architectural (un peu comme avait pu le faire Tolkien en matière de littérature). Chacun des épisodes peut se lire indépendamment les uns des autres mais tous restent reliés par un même fil rouge : l’univers parallèle des Cités obscures, inspiré de notre monde terrestre au XIXème siècle en mode futuriste (comme si Jules Verne en était le concepteur), avec des jours et des années de même durée mais avec un calendrier différent, avec des villes dont le nom évoque parfois celles que nous connaissons (Pâhry, Brüsel, Genova…), avec des êtres semblables qu’ils soient humains ou animaux…

Mises à part toutes ces différences de l’ordre du rationnel, cet univers est toujours d’une étrangeté troublante, car si certains aspects évoquent le nôtre par ses technologies, son architecture et ses administrations toutes aussi écrasantes les unes que les autres, le fantastique n’est jamais bien loin, toujours prêt à ouvrir une brèche dans les certitudes gravées dans le marbre. Pour tout lecteur normalement constitué, il s’agit d’une expérience unique, car à peine a-t-on le temps de s’habituer à l’univers proposé (chaque cité ayant sa spécificité) que déjà les murs se fissurent et le sol s’ouvre sous vos pieds, perturbant la logique qu’on avait cru pouvoir échafauder depuis le début du récit, vous projetant de nouveau dans une nouvelle dimension… un peu comme dans un jeu de poupées russes, dont chacune abrite le morceau d’un puzzle mystérieux et gigantesque. Les personnages quant à eux semblent évoluer dans un monde dont les enjeux leur échappent complètement, à la manière de marionnettes désincarnées… L’architecture tient aussi une place très importante dans l’univers des auteurs, au point d’apparaître souvent comme le personnage central.

Le dessin est tout à fait adapté à la philosophie de cette série, de par sa ligne claire, son style à la fois sobre, détaillé et rigoureux, avec des cases alternant les scènes les plus intimes avec les décors les plus grandioses. Un style qui pourra peut-être paraître désuet à certains, mais que d’autres pourront fort bien juger intemporel et poétique… Cela étant, les deux auteurs ne s’interdisent rien et au fil des tomes, explorent des techniques graphiques variées, passant du noir et blanc à la couleur, alternent les formats (à la française, à l’italienne, texte avec illustrations en pleine page, guide de voyage…).

Ces mondes obscurs parallèles peuvent être vus comme un miroir tendu au nôtre, comme une sorte d’image inversée, dont plusieurs thématiques traversent toute la série : l’étrangeté de notre monde, la solitude de l’être humain face à la machine administrative omnipotente et froide, l’architecture utilisée par le pouvoir politique pour tenir en respect les citoyens, la démesure architecturale vouée à l’échec, le grain de sable s’insinuant dans les rouages d’un système trop bien huilé, la croyance inébranlable envers le progrès, lui-même porteur des germes du chaos, la femme et la sensualité comme refuge face à un environnement inhumain…

Une série de grande qualité d’après moi incontournable pour tout amateur de bédé qui se respecte. D’ailleurs, si la bande-dessinée devait être enseignée un jour à l’université, je ne doute pas un instant que cette fantastique série fasse référence chez les enseignants… C’est pourquoi j’attribue 5 étoiles comme note globale, même si la moyenne est de 4.


1 - Les murailles de Samaris - Derrière les façades…
2 - La fièvre d'Urbicande – Quand l’insignifiant menace l’ordre établi
3 - La tour – Une fable sur l’arrogance
4 - La route d'Armilia - Carnet de voyage vernien
5 – Brüsel - What goes up must come down
6 - L'enfant penchée – L’imagination contre la mesquinerie et la bêtise
7 - L'ombre d'un homme - La vengeance d’une ombre…
8 - La Frontière Invisible, tome 1 – Jeux avec frontières
9 - La Frontière Invisible, tome 2 – La frontière est la mère de la guerre
10 - La Théorie du grain de sable – Grain de folie
11 - La Théorie du Grain de Sable, tome 2 – L’effet boomerang en pratique
12 - Souvenirs de l'éternel présent – Un livre pour enfants sombre et surréaliste
101 - L'archiviste – Les portes de l’imagination

Nom série  Magasin général  posté le 31/03/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Cette fresque villageoise est absolument épatante, tant par la beauté du dessin et des couleurs que par la drôlerie et la sensibilité des différents protagonistes, qui semblent littéralement sortir des cases tant ils sonnent vrais. On sent que les personnages, qui ont chacun une personnalité bien marquée, ont fait l’objet d’une étude fouillée. Le parler québecois ajoute un côté truculent aux situations souvent drôles. On est parfois saisi de fou-rire mais on pleure aussi avec Marie, à fleur de peau et toute en pudeur. Le dessin est vraiment réussi et certaines cases sont de véritables petits tableaux, les scènes champêtres y sont dépeintes avec subtilité et poésie. D’autres sont purement éblouissantes (la soirée du réveillon de Noël préparée par Serge), j’ai lâché des « oooh » d’émerveillement tel un gosse devant le sapin… C’est vivant, vibrant, chatoyant, chaleureux, cocasse, sensible, émouvant…

Amateurs d’aventures avec un grand A, passez votre chemin. Ici, pas de conquête de grands espaces et de monstres menaçants (même si nous sommes dans le Grand Nord canadien), c’est juste la vie dans un village à une époque comme il en existe partout avec toutes ses composantes humaines. En fait, il s’agit plus d’une conquête de la vie et de ses plaisirs (de la chair et de la bonne chère !) face à la culpabilité, aux préjugés et aux ragots. C’est aussi l’histoire d’un homme-fée (Serge) qui va traverser ce village en s’efforçant de redonner vie à une fleur fanée trop vite, Marie, et en accrochant des étoiles dans les yeux et l’âme des villageois présents, femmes, enfants et vieux, les hommes étant partis bivouaquer pour quelques semaines. Une sorte de Bagdad Café en BD.

Mon seul bémol est la présence de ces phylactères (de Loisel sans aucun doute) quelque peu envahissants qui parasitent parfois le plaisir qu’on a à admirer les dessins. Il me semble que dans une BD, une bulle doit être élégante et savoir se faire oublier. Celles-ci sont trop stylées, trop pointues, trop nerveuses, et ne vont pas avec le style du dessin. Si cela fonctionnait dans Peter Pan et La Quête de l'Oiseau du Temps , c’est devenu presque gênant ici, un peu comme un gravier dans une chaussure. La présence récurrente des petits animaux (le chiot, le chaton et le caneton) a aussi un côté agaçant - surtout au tome 7 avec l’apparition de l’ourson. C’est bien mignon mais aussi très enfantin. J’ai par ailleurs cru déceler un certain essoufflement scénaristique dans ce même tome 7.

Cela étant, cette association des deux dessinateurs Tripp et Loisel est néanmoins tout à fait concluante. Ils ont su mettre leur ego de côté, et produire quelque chose de graphiquement époustouflant (hormis les bulles). Je ne connais pas d’autres exemples en BD mais il me semble que la démarche est innovante et intéressante, et gagnerait à se généraliser étant donné le résultat ici présent où la synergie des deux dessinateurs soutenue par le travail du scénariste a fonctionné à plein !

Tome 1 : Marie
Tome 2 : Serge
Tome 3 : Les hommes
Tome 4 : Confessions
Tome 5 : Montréal
Tome 6 : Ernest Latulippe
Tome 7 : Charleston

Nom série  Black hole  posté le 20/03/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Cette BD à la noirceur incandescente est davantage une chronique qu’une histoire au scénario bien découpé, dans un style oscillant entre le fantastique poétique et le roman graphique, avec pour cadre une zone résidentielle typiquement américaine puant l’ennui, terreau idéal des légendes urbaines. Il s’agit d’une évocation du mal-être d’une jeunesse américaine marginale et déboussolée, portant les germes d’une révolte face à un monde lisse en surface, celui de la réussite et des classes moyennes « biens sous tous rapports ». Cela pourrait dans une certaine mesure se passer en Europe, même si on voit bien que l’auteur vise surtout le système US hyper-conformiste refoulant l’échec social, véritable fabrique à parias. C’est d’une étrangeté absolue, cela pourra apparaître déroutant voire rebutant pour certains, mais le monde tel qu’il est n’est-il pas lui-même étrange ?

Le dessin en noir et blanc, ou pour être plus exact « en noir avec un peu de blanc », traduit bien la tension et le spleen qui parcourt le récit. Son style au graphisme extrêmement soigné est d’une beauté vénéneuse. J’aurais un seul reproche concernant les quelques longueurs dans la narration, et j’ai eu parfois tendance à confondre certains personnages, mais cela n’empêche en rien la fascination ressentie face à des images et une ambiance hors du commun.

Ainsi, Burns sait parfaitement distiller le malaise, certaines cases ont un très fort pouvoir de persistance rétinienne, c’est très âpre, très psyché-punk, et il faut avoir le cœur bien accroché, mais le voyage en vaut la peine, ne serait-ce que pour la fin qui est magnifique. Une lecture ne suffit certainement pas, tant le récit semble contenir des références plus ou moins cachées.

Nom série  Julius Corentin Acquefacques  posté le 10/03/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Cela faisait pas mal de temps que je voulais découvrir cette série et je peux affirmer haut et fort qu’elle est largement à la hauteur de mes attentes.

Le dessin en noir en blanc sans transition de gris traduit parfaitement cet univers dérangeant avec ses aplats noirs qui semblent toujours sur le point d’engloutir les personnages aux visages grimaçants, seul celui de Julius restant inexpressif en toutes circonstances. L’imagination débridée de l’auteur rend le scénario difficilement racontable mais celui-ci reste fluide grâce à une ligne claire traduisant une certaine rigueur. Comme le lecteur, Julius se voit à son insu entraîné dans un tourbillon de péripéties plus délirantes les unes que les autres. Avec toute la poésie dont il est capable, Mathieu révèle tout le potentiel extraordinaire de la bédé, explose les conventions, expérimente et joue avec les formes, avec le papier qui de support devient lui-même un personnage ou un paysage, construit des ponts entre les différentes réalités, entre le dessin et la photo, entre la science et la philosophie, recourt à des mises en abyme vertigineuses, provoque des chocs visuels et mentaux, on va de surprise en surprise, c’est tout simplement bluffant.

Cette BD, en plus de susciter une réflexion philosophique, n’est rien de moins qu’une porte ouverte vers une autre dimension. Et ouvre le champ des questionnements : où commence le rêve, où finit la réalité ? La réalité n’est-elle pas pire que le rêve ? Mathieu nous adresse-t-il une invitation au rêve ou une mise en garde contre la folie ? Aucune réponse n’est fournie… mais quel trip !

Je relirai sans aucun doute ce chef d’œuvre complexe et d’une grande richesse, certain du fait que pas mal de choses m’ont échappé en première lecture. Votre bédéthèque mérite largement cette série culte qui confère à son auteur le statut de maître du 9ème Art !

Tome 1 – L’Origine
Tome 2 – La Qu…
Tome 3 – Le Processus
Tome 4 – Le Début de la fin/La Fin du début
Tome 5 – La 2,333e dimension

Nom série  Gorazde  posté le 27/02/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Cet ouvrage m’a impressionné par sa densité et son respect des détails. Joe Sacco a effectué un travail remarquable de documentation et de témoignages, qu’il a su retranscrire parfaitement avec sa ligne claire dans la tradition du comics US à la Crumb. L'alternance des portraits de plusieurs personnages livrant leur vision de cette guerre, avec une description historique et politique du pays, a permis au reporter de produire un ouvrage fluide et instructif. Sacco a su y mêler la précision et l’objectivité du journaliste, la sensibilité et la pudeur de l’humaniste qui ne cherche pas à désigner un camp du doigt plus qu’un autre, mais dénonce surtout l’absurdité de la guerre… et au passage les lenteurs et les lâchetés de l’ONU.

L’auteur nous montre par quel processus des gens qui vivaient en harmonie en viennent progressivement à ne plus fréquenter leur voisin pour devenir leur ennemi mortel, par le seul choix d’un leader nationaliste jouant avec le feu, en l’occurrence le criminel Milosevic, en liguant les Serbes contre les Musulmans. Certains passages sont assez durs mais édulcorer l’horreur aurait équivalu à travestir la réalité, et il s’agit bien là d’un travail de journaliste. Dire qu’il s’agit d’une mise en garde est une évidence, mais ce qui est sûr, c’est que cela fait froid dans le dos. Il n’est même pas totalement farfelu de penser que cela pourrait arriver chez nous. Que se passerait-il en France dans le cas de l’arrivée au pouvoir d’un Le Pen ?

Je conseille ce passionnant ouvrage sur une guerre qui n’était qu’à « deux heures d’avion de Paris » et fait encore partie de l’Histoire récente. La barbarie n’est jamais bien loin sous le vernis de nos sociétés dites civilisées, elle se terre en chacun de nous et ne pourra être domestiquée que par la raison et la réflexion.

Nom série  Les Petits Ruisseaux  posté le 30/12/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
C’est une histoire magnifique par un auteur de BD dont le talent n’est plus à prouver. Le trait y est encore plus minimaliste que dans ses productions passées, et sous une apparence faussement maladroite, les expressions et les attitudes des personnages sont hyper bien rendues. Et c’est peut-être cela le vrai talent : avec une économie de moyens, réussir à produire une histoire forte, à la poésie touchante et drôle, doublée d’une peinture acerbe des mœurs d’un village de province. Emile est extrêmement attachant par son humilité et sa candeur devant les découvertes qu’il fait sur lui-même.

Rabaté, fin observateur, vient briser tous les clichés qu’on peut avoir sur la vieillesse sans l’idéaliser, et ne fait que la rendre beaucoup moins glauque voire joyeuse. Il montre que l’aventure est toujours à portée de main, même à un âge de la vie où l’on serait plus enclin à se résigner à attendre la mort, et que la déchéance est d’abord dans les têtes. Cette BD est un vrai petit bijou à découvrir absolument pour apprécier la vie et ses vraies valeurs, telle une invitation à profiter de tous les petits bonheurs du présent en se moquant du regard des autres. En somme, une fable libératrice et optimiste sur notre condition d’humains pathétiques pris dans les fers d’une société figée dans les préjugés et la bêtise.

Nom série  L'Encyclopédie des Bébés  posté le 15/11/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Une œuvre extrêmement ambitieuse de la part du génial Goossens, consacrée à cette créature fort étrange qui prolifère sans vergogne autour de nous : le bébé. L’auteur s’est fixé comme objectif, qu’il remplit d’ailleurs admirablement : que le lecteur, après avoir lu ces trois tomes fabuleusement documentés… n’en sache pas plus qu’avant la première page !... Et ceci grâce aux « brochettes de spécialistes » consultés pour leurs avis éclairés, aux billets de l’ineffable Jacques Boudinot, ainsi qu’aux témoignages de nombreux bébés, et comme Goossens ne pratique pas la discrimination, la parole est donnée aussi bien aux nourrissons à peine sortis du ventre de leur mère qu’aux bébés grabataires d’un certain âge.

L’humour de Goossens est tout à fait unique, pince-sans-rire, lunaire, tellement décalé que certains n’y verront rien de drôle… Il est vrai qu’il faut rentrer dans son univers ou alors on risque de passer complètement à côté. Les situations sont bien souvent sans queue ni tête avec des digressions saugrenues et ceux qui s’attendent à des gags bien ficelés seront déçus. L’absurde y est poussé à l’extrême et si le trait paraît sérieux au premier abord, les tronches sont bien souvent impayables en y regardant de plus près. Dans cette intégrale, le comique monte en crescendo au fil des pages, et l’auteur joue autant sur le comique de répétition que sur l'inattendu, utilisant les clichés pour mieux les détourner.

Je ne serais pas surpris qu’un jour les BD de Daniel Goossens soient étudiées dans les universités ou que soit publiée une encyclopédie sur son œuvre, tant les références y abondent. On pourra lire et relire les élucubrations de ce fou génial en y trouvant à chaque fois un détail hilarant… Je ne sais pas ce qui se passe dans le cerveau malade de Goossens, qui, il est bon de le rappeler, est également chercheur en intelligence artificielle et enseignant à Paris VIII, mais on ne doit pas s’y ennuyer… en tous cas, j’aurais adoré être un de ses élèves !

Nom série  Le Dessin  posté le 03/08/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Comment qualifier cette singulière BD ? Sur la forme, une nouvelle composée de trois chapitres pour des planches à deux cases qui laissent au lecteur le loisir de les contempler. Le noir et blanc colle parfaitement au mystère entourant cette histoire, L’ambiance rappelle beaucoup l’univers énigmatique de Peeters et Schuiten, avec des décors grandioses, presque menaçants, renforçant la solitude des protagonistes, tels des souris dans un labyrinthe. Le graphisme est impeccable et au cordeau, le scénario original et prenant, avec quasiment pas de dialogues et peu de texte. Il s’agit d’un objet poétique qui ne peut s’apprécier que dans le calme et le silence, une parenthèse enchantée face à la fuite du temps…

C’est avec cet album que j’ai découvert Marc-Antoine Mathieu, un auteur que j’avais envie de connaître depuis un moment. J’ai bien apprécié cette histoire dont on regrette presque la brièveté (43 pages), un petit conte évanescent et étrange, tel un rêve…. Il s’agit également d’un bel hommage à l’Art sous toutes ses formes et à l’Amitié avec un grand A. En somme, un petit chef d’œuvre hélas trop vite lu…

Nom série  Pinocchio (Les Requins Marteaux)  posté le 05/01/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Un prix du meilleur album du Festival d'Angoulême largement mérité pour cette reprise très librement inspirée et surtout complètement déjantée du « Pinocchio » de Carlo Collodi. Ici, Pinocchio est un petit robot quasiment indestructible, le seul à ne pas mentir au milieu de personnages tout aussi abjects et méprisables les uns que les autres, y compris Geppetto son créateur, qui cherchera à vendre « son invention » aux militaires. Ces derniers finiront par le considérer comme dangereux alors que c’est davantage leur propre stupidité qui constitue la menace numéro un…

Voilà en tous cas un album ô combien rafraîchissant et complètement hors normes, on en reste littéralement sur le cul ! L’auteur, issu de la BD indépendante tendance destroy, a pris quasiment toutes les libertés graphiques et scénaristiques, les seules limites étant celles imposées par les dimensions de la page… N’hésitant pas à alterner un trait sale à la Vuillemin avec des illustrations superbes, délicates et poétiques, en passant par un fusain délibérément désuet ou encore des crobards minimalistes proches de l’amateurisme, esprit punk oblige, l’auteur nous scotche littéralement tout au long de ce pavé de près de 200 pages.

Ce mélange des genres ne choque même pas, tant la fascination pour cette histoire (quasiment) sans paroles joue à plein. Il s’agit bien là d’un parti pris car sous ses faux airs de bazar graphique, l’auteur sait exactement où il veut nous emmener et suit son fil rouge sans dévier d’un pouce.

Quant au scénario, il est à l’image du graphisme, complètement azimuté : Blanche-Neige y fait même une apparition au milieu de sept nains maniaques sexuels, c’est dire… L’histoire avance à un rythme d’enfer, sans temps mort, un peu comme le robot incontrôlable qu’est ce « punkocchio ». Ce récit picaresque fait d’ailleurs beaucoup penser au Candide de Voltaire, avec un héros qui se finit toujours par se sortir des situations les plus périlleuses. Question textes, seuls les « intermèdes » avec Jiminy Cafard en comportent, et c’est toujours très décalé… Ce dernier, qui se contente de squatter le crâne de Pinocchio au lieu de lui faire la morale comme son double « Cricket » dans la version de Disney, débite des vérités pas toujours bonnes à dire, telle cette sentence prononcée à l’adresse de son pote lors d’une soirée alcoolisée : « Le grand projet, c’est de nous rendre débile pour mieux nous enfiler, mec ! ». Parole d’alcoolo certes mais pas moins lucide pour autant…

C’est donc à la fois créatif, foisonnant, trash, drôle, poétique, et surtout sans compromission pour les âmes sensibles ou inhibées, mais cet OVNI a été conçu un peu comme un cocktail explosif jeté à la gueule du monde, en situation pré apocalyptique du fait de la bêtise, de l’égoïsme et de la rapacité de l’espèce dominante : la nôtre. C’est aussi un joli conte pour enfants qui ne veulent pas s’en laisser conter, ou pour adultes qui ont su garder leur âme d’enfant…

Et comme en guise de pied de nez, l’ouvrage est présenté dans un format luxueux, ce qui en fait un objet magnifique qu’on a peur d’abîmer… Pas très punk, j’en conviens, mais si ça peut servir la cause, après tout… Comment ça, j’ai pas parlé de chef d’œuvre ? Fuck, who cares anyway ?…

Nom série  Maus  posté le 26/06/2010 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Les mots manquent devant ce courageux travail de mémoire, à la fois un hommage à l’ensemble des Juifs morts dans les camps mais aussi au père de l’auteur, ce dernier ayant cherché à coller au plus près de la vérité en intégrant l’Histoire (avec un grand h) dans l’histoire, celle de son père qui a survécu valeureusement à cet enfer, puis est parti vivre aux USA après la guerre, mais ne s’est jamais réellement libéré, prisonnier de ses propres obsessions et sa peur de manquer, rendant la vie impossible à son entourage.

C’est aussi tout cela que Spiegelman fils raconte, sans concession et sans manichéisme, comme une sorte de psychothérapie et une tentative de comprendre les rapports difficiles qu’il a eu avec ses parents, mais s’il parvient à aller aussi loin en décrivant les pires travers de Vladek, son père, désormais veuf - que l’on découvre radin, égocentrique, possessif, odieux vis-à-vis de sa compagne et même raciste envers les noirs - c’est parce que sans doute il y a mis aussi énormément d’amour, et c’est aussi cela qui est émouvant à l’extrême. Si l’auteur n’essaie pas de faire de son père un héros, il révèle aussi ses propres faiblesses et ses propres blessures, avec cette culpabilité lui interdisant de montrer ses souffrances, car né dans ce pays de Cocagne qu’étaient encore les USA après la guerre, alors que ses parents sortaient de l’enfer absolu.

Le graphisme ne plaira peut-être pas à tous, car plutôt minimaliste et d’un trait en apparence grossier, mais le but n’était pas de faire quelque chose de joli…. Il viserait peut-être à exprimer la fragilité de l’enfance plutôt qu’à étaler une quelconque prouesse artistique, évitant ainsi tout nombrilisme. En fait il colle très bien à l’histoire, tout comme le choix du noir et blanc. Le scénario est très bien mené, naviguant entre deux époques, où le Vladek jeune et héroïque et le Vladek vieux et mesquin se répondent en permanence… C’est souvent très émouvant (cette photo du petit frère !), et les personnages sont tous attachants, y compris le père, si invivable soit-il…

Près de vingt ans après sa sortie, un classique incontesté (et incontestable) de la BD…

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