Fan de Derib, je n'ai pas hésité à emprunter cette BD quand je suis tombée dessus à la bibliothèque. Godard et Derib nous racontent 4 histoires se déroulant dans le cadre de la conquête de l'Ouest américain et c'est bien là que je préfère mon dessinateur fétiche avec ces grand espaces sauvages aux belles couleurs ocres. Côté dessin j'ai donc été comblée même si on ne retrouve pas ici les envolées graphiques dont il est capable dans ses autres séries.
Du point de vue du scénario, je pensais lire une histoire complète, donc j'ai été un peu déçue quand je suis tombée sur la fin assez rapide du premier récit. Cependant, au bout du compte je suis plutôt satisfaite de ma lecture, surtout par "L'homme qui attendait" qui nous présente un vieux bonhomme plus ou moins amnésique qui attend le retour de son fils depuis 20 ans tout en étant persuadé qu'il est parti la veille. C'est une histoire plutôt attendrissante et drôle aussi avec ces deux voyageurs dont l'un est aussi bavard que l'autre est taciturne.
Les indiens n'ont que des seconds rôles dans cet ouvrage et l'homme blanc, bien que toujours dépassé par les forces de la nature, est présenté ici sous un jour plutôt flatteur, faisant preuve de qualités comme l'opiniâtreté (même si finalement elle est vouée à l'échec), la volonté, le courage, la persévérence ou la patience.
La préface de Godard sur John Colter est tout à fait intéressante, mais fait presque regretter que l'histoire mise en image derrière ne soit pas la sienne...
Si vous êtes fan de Derib ou de Godard, cette BD ne fera pas tâche dans votre bibliothèque si vous la trouvez d'occasion. Pour les autres, un emprunt est largement suffisant et pourra vous faire passer un agréable moment de lecture.
Quand j'ai emprunté l'album, je pensais que c'était une aventure en 44 pages, mais en fait ce sont des histoires courtes. J'ai été un peu déçu au début, mais finalement j'ai eu du plaisir à lire 'L'Homme qui croyait à la Californie' sans toutefois être aussi enthousiaste que Spooky.
Le problème c'est que les quatre histoires sont typiquement le genre de récit qui fonctionne grâce à leur chute et que je trouve moins spectaculaire après avoir su ce qu'est la fin. Je prends donc du plaisir pendant ma première lecture, mais ça devient plus banal à la relecture.
En revanche je n'ai rien à dire sur le dessin qui est impeccable et va très bien avec ce genre de récit.
Godard le dit dans sa préface : il est fasciné par les pionniers qui ont ouvert des voies vers l’Ouest, en particulier la Californie, ces hommes dotés d’une force peu commune pour braver les éléments et les natifs. Alors attention : ce serait un raccourci facile d’estimer que les 4 histoires du recueil sont un hommage aux gentils cow-boys, qui luttent contre les méchants sauvages… C’est plus profond que cela : c’est l’évocation d’une époque révolue, où des hommes (bon, pas de femmes, mais c’est Godard en même temps…) avec des caractères bien trempés, des valeurs qui semblent ridicules aujourd’hui, se sont élevés pour découvrir, changer les choses…
Les histoires sont simples, voire simplistes, mais se posent comme des exemples. J’aime particulièrement celle qui donne son nom au recueil, où un pisteur avec le physique de John Wayne rouvre son chemin vers la Californie pour les colons. Evidemment John Wayne est à présent devenu un symbole relativement négatif, celui du cow-boy brutal, un peu réac qui bouscule les peaux-rouges… Dans cette histoire il ne fait pas grand-chose de mal, seule sa vieille carne et son vieux chien crèvent avec lui dans le désert à la recherche d’un point d’eau… Par contre le récit d’un avocat qui veut sauver tous ceux que le destin met sur son chemin est un peu ridicule ; parce qu’avant de défendre un pauvre type que tout semble accuser, il s’échine à vouloir sauver un bison de sables mouvants…
Les deux autres récits sont d’un niveau honorable. Par contre au niveau graphique, nous avons du chouette Derib, du niveau des meilleurs Buddy Longway. Quand on connaît son engagement pour la cause indienne, on ne peut pas l’accuser de trahir ses idées pour faire du sous-western avec des idées derrière la tête ; et quand on connaît le cynisme de Christian Godard non plus. Gare donc aux jugements hâtifs face à des concepts surannés.