Garth Ennis aime les histoires de guerre ; il en a raconté plein, entre autres dans Preacher, Adventures in the Rifle Brigade ou encore War Stories.
Garth Ennis aime les personnages de psychopathes intégristes qui, bien droits dans leurs bottes et sous couvert de motifs "moralement corrects" (protéger les faibles, servir son pays, servir Dieu…), épanchent leur soif de sang ; ses scénars en sont pleins, du Pèlerin de Just a Pilgrim au Nick Fury de Fury en passant par Herr Starr dans Preacher ou encore Judge Dredd.
Garth Ennis est un peu flemmard depuis quelques années alors, plutôt que de se faire chier à essayer d'écrire des choses originales comme aux meilleurs moments de sa carrière, il se contente de copier-coller ses anciens scénarios et ça donne des choses comme Born, ce premier tome du Punisher version Max.
Alors, à vrai dire, pour ceux qui n'auraient jamais rien lu de lui, ce n'est pas foncièrement mauvais… Même si les dialogues n'ont pas la saveur qu'il sait habituellement leur donner, même si ça manque de l'humour grinçant dont il sait habituellement faire preuve, même si les messages qu'il veut faire passer par cette histoire, visiblement inspirés par la situation actuelle en Irak, ne chambouleront pas trop l'esprit des lecteurs (la guerre, c'est moche, et la vraie raison pour laquelle on envoie le brave soldat ricain se faire tuer loin de chez lui tous les 20 ou 30 ans, ce n'est pas la défense de la démocratie dans le monde, mais la défense des intérêts financiers des grosses entreprises américaines), ça reste passable.
Mais si vous connaissez déjà un peu l'œuvre de Garth Ennis, et notamment Preacher, la sensation d'avoir déjà lu cette BD risque d'être particulièrement forte… On a même une désagréable impression de foutage de gueule dans une scène où deux soldats, un Noir et un Blanc, s'engueulent à propos de ce qui les attend au retour de la guerre, scène intégralement repompée sur une scène de Preacher. Non, vraiment, Ennis ne s'est pas foulé : il a repris ce qu'il avait écrit sur la guerre du Vietnam dans Preacher et il a mis Frank Castle dedans, en faisant de lui, au passage, un clone pâlot du "Saint des Tueurs" (de Preacher aussi). Bonjour la créativité !
Bref, voilà, pour le lecteur lambda, c'est une BD pas trop médiocre sur la folie et les horreurs de la guerre, écrite par un maître du genre. Pour le fan de Garth Ennis (dans mon cas, futur ex-fan je le crains), c'est l'amer constat que l'auteur d'une des meilleures séries de comics des années 90 est en train de se transformer en paresseux fonctionnaire de chez Marvel, qui encaisse tranquillement son chèque tous les mois en échange de scénarios sans âme écrits à la photocopieuse.