L'introduction de cette aventure maritime est plutôt réussie. On a un bourgeois qui abandonne sa famille pour vivre des aventures exotiques en faisant le tour du monde. Ma première pensée est "mais quel peut-être l'homme qui fait cela à sa famille au nom de sa liberté individuelle". Cependant, comme on ne doit pas juger les gens, je m'abstiendrai par conséquent de dire ce que je pense. C'est le point de départ à une aventure qui nous entraîne dans les mers de Papouasie au commencement de la Première Guerre Mondiale.
La série est financée par My Major Company qui se lance dans la bd après la chanson (le fameux chanteur Grégoire). L'auteur avait déjà fait ses premières armes en tant que dessinateur avec la série Le Cycle d'Ostruce qui m'avait marqué par son originalité. J'avais apprécié le dessin ce qui est encore le cas dans un registre plus réaliste avec des décors maritimes somptueux. Par ailleurs, il ne se débrouille pas trop mal en sa qualité nouvelle de scénariste.
En effet, j'ai bien aimé certains personnages dont celui de l'abominable Lukian Bruckner. On remarquera que le titre de la série porte le nom de sa nièce qui pourtant apparaît comme assez effacée. On ne s'ennuiera pas une seconde car l'action semble omniprésente. Bref, cette ballade risque de durer un peu plus longtemps que prévu. On suivra cela avec intérêt.
J’ai coutume de dire qu’en matière de bande dessinée, c’est le dessin qui m’attire et c’est le scénario qui me tient. Dans le cas présent, le dessin a fait pleinement son œuvre, à commencer par cette très belle couverture. L’intérieur n’est pas en reste et cet auteur, que j’avais déjà remarqué sur « le cycle d’Ostruce » confirme tout le bien que je pense de lui. Le trait est séduisant, la colorisation est soignée, le souci du détail est présent. Pour chicaner, je ne relèverai qu’un petit défaut : les yeux très clairs des personnages leur donnent un regard peu naturel… mais c’est pour chicaner…
Le scénario, lui, a jusqu’à présent du mal à réellement me captiver. Pourtant, le début du récit est très bon avec cette introduction épistolaire. L’époque choisie est, elle aussi, intéressante, tout comme la nationalité des principaux protagonistes et la situation géographique du théâtre de ces aventures. Oui, mais voilà : il me manque un personnage charismatique. Magdalena, l’héroïne, est trop fragile et, surtout, encore « en construction » (du moins, c’est ce qu’il me semble). Son jeune âge et son repli sur elle-même, le tout couplé à un caractère complexe, m’empêchent de m’y attacher, faute de la comprendre (cela pourrait toutefois changer à l’avenir). Son frère, véritable personnage porteur de ce premier tome, n’a pas le profil du héros type, bien au contraire. L’avenir permettra sans doute mieux de le cerner mais jusqu’à présent on ne peut pas dire que ce que l’auteur nous en montre soit séduisant (même s'il s'agissait là de construire un "méchant" séduisant). Reste une troisième protagoniste d’importance pour un peu plus capter mon attention. De ce point de vue, c’est donc fort décevant… mais tous ces personnages ont une marge de développement. Seul l’avenir nous dira s’ils ont la carrure pour endosser le rôle d’héros de bande dessinée.
L’histoire, elle, se développe sans temps mort mais sans non plus que l’on voit un fil conducteur. Ce premier tome pose l’univers, présente les personnages mais je suis incapable de vous dire vers quoi Christophe Dubois veut nous emmener. Le départ est donné, précipité par certains événements et donc quelque peu "bordélique". L’exotisme est cependant bien au rendez-vous et, par moments, il flotte un parfum qui m’aura rappelé Corto Maltese… Rien à voir avec l’intrigue en elle-même mais plutôt ce goût de l’évasion et des personnages incernables.
A découvrir via une location avant un éventuel achat, selon moi… mais je me laisserai sans doute tenter par un deuxième tome, histoire de mieux cerner ce que l’auteur veut nous raconter.