Pour ma part je suis clairement déçu par cet album...
Kago est le chantre de l'érotico-grotesco-gore ; après Fraction, j'espérais trouver un album franchement plus abouti, si toutefois il lui était postérieur. Ce n'est pas vraiment le cas. On est dans une sorte de récit mêlant huis-clos et mise en abyme, avec deux versants de l'histoire qui se croisent avant de se rejoindre dans le dernier tiers. On sent la volonté de l'auteur de nous livrer une sorte de leçon d'effets spéciaux, mais pour illustrer son propos, même si l'angle choisi est original, la construction me laisse perplexe. Pour dire les choses clairement, je n'ai pas accroché au rythme. De plus le dessin me semble encore moins bon que dans Fraction ; les personnages sont presque réduits à des visages sans expression, ils sont d'un e grande raideur...
Quant aux histoires courtes qui complètent le tome, elles n'ont pour moi qu'un intérêt très limité, les intrigues relevant à nouveau de cet erotico-guro, consistant en l'occurrence à montrer du sang, des tripes et des seins, sans aucune recherche sémantique.
Anamorphosis est la deuxième oeuvre de Shintaro Kago que je lis et après avoir appris plein de choses sur les principes narratifs dont un auteur dispose pour tromper et orienter son lecteur dans Fraction, cette nouvelle publication IMHO m'a dévoilé les secrets des trucages artisanaux au cinéma, notamment en ce qui concerne la miniaturisation ou la "géantification" des personnages par le biais de maquettes à différentes échelles et à différentes hauteur sur le plateau de tournage.
En effet, derrière ce huis-clos horrifique (mais pas si angoissant qu'annoncé) ayant pour trame de fond un jeu sadique et meurtrier avec une grosse cagnotte à la clé pour le dernier survivant se cache une belle leçon d'effets spéciaux "à l'ancienne", sans image de synthèse ou incrustation et c'est bigrement intéressant.
Au passage on cause un peu de ces séries de mon adolescence où des méchants monstres à fermeture éclair mal dissimulée attaquaient la terre et se faisaient chasser par des justiciers en costumes moulants, nostalgie quand tu nous tiens
La chute est assez inattendue (et c'est elle qui débouche sur la leçon d'effets spéciaux) et mérite quelques relectures pour tout bien situer dans l'espace, mais j'ai trouvé l'ensemble plutôt sympathique et surtout instructif. Franchement pas mal.
Le récit principal est suivi sur le dernier tiers du volume d'histoires courtes sur lesquelles je ne m'étendrai pas et qui illustrent bien le fameux "humour érotico-grotesque" évoqué par l'éditeur dans sa comm'. Personnellement, j'aurais pu m'en passer et j'aurais préféré avoir quelques pages de plus pour l'histoire principale !