Malgré une couverture assez mauvaise et ratée (à mon goût), cet album de Zidrou et Porcel se révèle au final très bon et surprenant.
N'attendez pas ici de folles parties de jambes élancées bien haut sur une scène parisienne, mais plutôt les bas fonds des tranchées de notre bonne vieille mère, la première guerre mondiale. C'est sombre, tragique, mais Zidrou sait distiller au fil du récit quelques touches d'humour (noir), de fantastique et de rebondissements qui nous font accrocher au récit, comme toute bonne boue putride qui se respecte aux godillot de la chair à canon.
Sorti de quelques touches colorées qui viennent jouer les trouble-fêtes pour donner quelques rayons de soleil à cet album, le trait réaliste, épais et contrasté de Porcel joue pleinement son rôle et nous immerge dans le tragique quotidien de ces sinistres tranchées.
Bref, une BD très efficace et surprenante par certains aspects de son scénario, mais qui hormis une couverture repoussante nous prouve, si nécessaire, le talent de ses deux auteurs.
C’est le nom de Zidrou en couverture et sa sélection à Angoulème qui m’ont donné l’envie de feuilleter « Les folies bergère ». Pour être franc, je ne pensais pas lire un récit sur la guerre 14-18 mais une histoire ayant pour cadre le célèbre cabaret parisien.
A propos de ce cabaret, oui, l’album en parle. Oui, on peut en apercevoir quelques planches où des danseuses se mettent à balancer leurs jambes au rythme du « French Cancan » mais ce n’est franchement pas le thème de cette bande dessinée.
En fait, l’allusion aux folies Bergère vient du désir des soldats d’y aller lorsque la guerre sera terminée ou quand ils ont quelques jours de permission. En attendant, ces malheureux restent terrés dans leurs tranchées et c’est leur quotidien que l’on assiste entre le silence avant l’enfer, la crasse, les punitions parfois adéquats et très souvent injustes, la peur, le désespoir, les rêves tantôt cauchemardesques et tantôt érotiques, les fortes envies de revoir leurs familles, les rancoeurs liées au fait de ne pas assister à la naissance de leur enfant, et ce putain d’espoir de sortir intact de cette boucherie. Et on partage les journées avec le miraculé aux balles et un prêtre qui prône qu’on ira tous au paradis quel que soit la mort promise à chacun.
Ce que je vous dévoile là n’est rien tant l’album est riche en évènements, riche en personnages, riche en sens aussi, on ne peut pas ressortir indifférent de cette lecture.
Le bédéphile ne replongera pas avec grand plaisir dans le feuilletage de cette bande dessinée parce que le propos n’est franchement pas optimiste et… bref, c’est noir de chez noir quoi d’autant plus que le coup de patte de Porcel retransmet bien la noirceur de ce scénario de Zidrou. Mais, il y a une telle richesse de sentiment et là, encore, de sens dans cette histoire que je ne peux que vous conseiller cette lecture.
Après, on peut se poser des questions sur l’intérêt que les auteurs ont eu à insérer dans ce récit des scènes entre le peintre Monet et un jeune jardinier. On peut se poser aussi des questions sur l’insertion du fantastique dans de nombreuses séquences… ça peut déplaire à beaucoup de lecteurs mais pas à moi parce que je trouve que ces allusions ont un sens, qu’elles ne sont pas du tout inutiles.
Beaucoup de lecteurs m’ont conseillé le feuilletage de « C’était la guerre des tranchées » de Tardi, rien à faire car je n’aime pas le style de cet auteur ce qui n’est pas du tout le cas avec « Les folies Bergère » où je trouve le dessin de Porcel magnifique.
En conclusion, malgré la noirceur du propos, « Les folies Bergère » est une bande dessinée, que dis-je ? Une « bd d’auteurs », oui, une vraie bd d'auteurs pleine de sens, à lire impérativement !
J'aurais pu rédiger une énième chronique sur Tintin ou Thorgal en affublant la série du qualificatif "culte". Ca n'aurait pas apporté grand chose, et j'ai eu la curieuse idée de rédiger une critique sur un de ces albums parus au cours de l'année écoulée et qui s'est noyé dans le flot des plus de 5000 parutions.
Alors pourquoi cet album ? D'abord parce qu'il a été sélectionné à Angoulême, ensuite parce qu'il m'a été conseillé par un galeriste Parisien ne serait-ce que pour le graphisme de l'album.
Jusque là Tardi avait un quasi monopole sur la description des absurdités des deux guerres mondiales qui secouèrent le vieux continent. Puis il y a eu Notre Mère la Guerre qui s'est frottée à cet exercice avec un certain succès. Zidrou et Porcel s'y essaient également dans ce One shot, et avec bonheur.
L'histoire est celle d'un contingent envoyé sur le front qui ne peut que constater l'absurdité d'un conflit auquel ils ont pris part bien malgré eux. Tous ont laissé une famille, des enfants dans le beau pays de France. Peu les reverront. Dans ce bal des anonymes soldats apparaissent également des figures historiques et artistiques, le Président Clémenceau, le peintre Monet qui sur son Aventin continue de distiller un peu de beauté dans ce monde de brutes. On croise également la figure de l'ecclésiastique qui, un peu comme Maître Pangloss dans le "Candide" de Voltaire, prétend que tout va pour le mieux dans ce bas monde, ne serait-ce que parce que la promesse de l'accès au paradis nous a été offerte.
Mais la candeur de l'ecclésiastique est ici très relative, et on s'apercevra que ce curé ne restera pas insensible aux plaisirs de la beauté féminine, dans un ultime hommage à ces soldats disparus, qui tous rêvaient d'aller se divertir aux "Folie bergères".
Et puis il y a aussi cet exercice de style graphique qui laisse apparaître des couleurs dans le gris, le noir et le blanc de la guerre. Cette couverture réussie, ce titre trompeur sur la nature véritable du récit, cette entrée en matière annonciatrice des horreurs à venir.
C'est donc un véritable exercice de style que nous proposent les deux auteurs.
Je laisse le soin à chacun de découvrir cette histoire, innovante sur le plan graphique et scénaristique, et qui fait passer Tintin et Thorgal pour l'enfance de l'art en matière de BD.
Je m'attendais, au vu du titre, à une lecture sur les coulisses de ce célèbre théâtre de music-hall qui symbolisait la vie parisienne dans les années folles. Il n'y aura aucune revue avec cette débauche de costume et de paillette. Mais où sont donc passées les femmes ? Elles restent à la maison pendant que les hommes font la grande guerre dans les tranchées.
Oui, il y a un peu tromperie sur la marchandise. On pourra m'objecter que la couverture n'était pas trop représentatif d'un spectacle musical. Non, on va être enterré dans la boue tout le long de ce récit sanglant. Il s'agit de dénoncer la folie des généraux qui n'hésitent pas à fusiller les déserteurs ou les fortes têtes pour une peccadille.
On va malheureusement virer vers une histoire un peu ésotérique alors que le phénomène du miracle était intéressant. Je pense que les auteurs ont voulu faire dans l'originale alors que Tardi a déjà bien exploré toutes les facettes de cette Première Guerre Mondiale (C'était la guerre des tranchées). J'ai bien aimé les scènes champêtres où le célèbre Claude Monet peint ses nénuphars. Bref, une nouvelle version de cette guerre 14-18 sans aucune concession. Là encore, j'aurais envie de dire mais où sont donc passées les grenouilles ?
Je considère « C'était la guerre des tranchées » de Tardi comme un tel chef-d’œuvre que je ne peux m’empêcher de comparer les autres albums se consacrant au même sujet et usant d’une approche graphique similaire à ce sommet. Ce fut encore le cas avec ces Folies Bergères… et j’en suis sorti sur ma faim…
Tout d’abord, l’aspect graphique. Si je n’aime pas la couverture, le contenu m’a plutôt bien plu. Ce style restitue bien le côté crasseux, boueux des tranchées. Il est de plus bien expressif pour les personnages et dynamique quand le besoin s’en fait sentir.
Le scénario, lui, est plutôt étrange puisque Zidrou nous offre une sorte de cauchemar éveillé, avec intrusion d’éléments fantastiques. Folie des hommes due aux folies des dieux, voilà ce à quoi on a finalement droit. Je ne trouve pas cela totalement réussi mais cette approche a au moins le mérite d’être originale. Le style d’écriture est très présent, travaillé et teinté d’une poésie noire bien dans l’esprit de l’album.
Pas mal, en somme, à emprunter à l’occasion… mais je n’ai pas été suffisamment conquis pour en conseiller l’achat.
Ce one shot se passe pendant la guerre 14-18. Il s’agit d’une fable à tendance onirique. Il y est question des sentiments des soldats, de leur rapport à la vie, à la mort, à la famille, à l’amour... Le dessin ne laisse pas indifférent. Un noir et blanc lourd tout à fait de circonstance pour illustrer la guerre des tranchées. Quelques notes de couleurs parsemées dans l’album apportent une mince touche d’espoir. L’ensemble est bercé d’un léger soupçon de fantastique, pas désagréable du tout. Voilà pour le cadre.
Sur le contenu je suis mitigé. Il y a des séquences poétiques, d’autres assez fortes mais également pas mal qui m’ont laissé de marbre. Il y a des silences et des non-dits qui sont un peu superflu pour moi. Certaines planches mettent en scène Monet qui peint des paysages et discute avec un petit garçon. Le lien avec le reste ne saute pas aux yeux et ça n’apporte pas grand-chose.
Par contre les évènements qui touchent plus directement les soldats sont intéressants. Principalement ceux qui mettent en scène ce soldat qui « refuse » de mourir même sous les balles du peloton d’exécution. Idem avec la petite fille qui vient troubler le quotidien de la garnison.
La fin est également bien trouvée, le clin d’œil avec 2 personnages qu’on n’attendait pas est original.