Voilà un album qui détonne et qui surprend, le sujet de la réalité de la campagne de César, et surtout la complexité des sociétés celtes n'ont pas été vus jusqu'ici, de même l'admirable travail de recherche expliqué à la fin de l'album.
Tarek est décidément une valeur sûre de l'historique interprétée et de l'espionnage - voir la jeune Eduenne très réussie, des fils qui se tissent avec fluidité tout en conservant la trame épaisse des campagnes. On se perd et on se retrouve au gré des pages à plonger dans cette Gaule éparse, avec là encore un dessin au diapason, évoquant avec charme et dynamisme une époque mythique et fantasmée.
Un long et bon moment de lecture, par les temps qui courent, c'est un luxe qui s'apprécie.
Tarek et Vincent Pompetti se sont attaqués à un monument, à savoir La Guerre des Gaules, ouvrage écrit par Jules César, à sa propre gloire en partie, qui décrit par le menu sa conquête des territoires englobant aujourd'hui la France, la Belgique et une partie de la Suisse. Mais pour mieux respecter la vérité historique, ou du moins ce qu'on en sait à l'heure actuelle, les auteurs se sont largement documentés, rétablissant ainsi au passage quelques vérités sur le rôle de Vercingétorix (qui fut au départ un allié des Romains) ou sur l'équipement des différentes factions.
Entreprise louable, non dénuée d'intérêt, mais qui souffre de menus défauts : on est vite dans le vif du sujet, avec des listes de peuplades qui freinent la lecture, et ce n'est pas la carte proposée en bonus qui comblera tout à fait ce déficit. De plus la chronologie un peu éclatée du récit n'aide pas forcément. On a ainsi deux fois l'évocation des 15 jours de sursis de César par le Sénat de deux façons différentes, et non successives... Un peu gênant. C'est dommage, car à côté de cela on sent tout de même l'avancée presque inexorable des légions romaines, les différentes tractations avec les chefs de tribus ou les magouilles qui donnent des coups de pouce au destin. Tarek pour se faire a d'ailleurs dû rajouter des personnages fictifs, dont une tueuse éduenne qui garde un peu sa part de mystère...
Pour illustrer cette ambitieuse adaptation, Tarek s'est adjoint les services d'un fidèle, Vincent Pompetti (Oeil Brun Oeil Bleu, Raspoutine et le second cycle de Sir Arthur Benton), qui élargit donc sa palette d'auteur "historique" en nous plongeant au coeur de la Guerre des Gaules. Les quelques esquisses présentées en bonus de l'album montrent un auteur très juste en termes de morphologie et de mise en scène ; les planches de l'album laissent entrevoir un style plus nuancé ; des "gueules" parfois approximatives, souvent très travaillées, une mise en couleurs un peu étrange, hésitant entre une palette de pastels surprenants et des noirs qui n'aident pas forcément à la lisibilité, une mise en couleurs qui écrase souvent le trait d'origine, et c'est un peu dommage.
A lire, forcément, mais attendez-vous à une lecture un peu difficile par moments.