S’il y en a bien un parmi la jeune génération dont le seul nom éveille à nouveau mes sens avec Garth Ennis depuis que Papy Moore s’est faché avec la terre entière et que Frank Miller s’est facho avec le mondentier dans le joli monde des comics ricains, il s’agit bien de ce monsieur.
Avec Kick-Ass et surtout ses chefs d’œuvre Wanted et Superman - Red Son qui ont pour principe de redessiner complètement le principe des super héros, Millar joue des codes et les déforme pour mieux nous les renvoyer…
Le premier n’a aucun pouvoir et est issue de la génération geek, le second est un super vilain dans un monde qui a éliminé tous les bons et le troisième redéfinit complètement les origines de Superman en l’envoyant œuvrer pour les soviets…
C’est à chaque fois culotté et divertissant et même si l’exercice n’est pas nouveau (les mondes parallèles de DC Comics et Marvel en témoignent), je dois dire que c’est peut être ce décalage incorrect, irrévérencieux et peut être profondément européen qui m’attire le plus dans le monde des comics aujourd’hui, un certain Watchmen étant passé par là lors de mes 20 ans pour mieux balayer la voie….
Alors forcément lorsque Millar annonce sur la toile il y a déjà quelques années son nouveau concept « Que serait le Batman s’il agissait comme le Joker ? », mon cœur ne fait qu’un tour dans l’attente improbable d’un Caped Crusader ayant tourné du mauvais coté de la Force !!!
Le principe ayant déjà bien marché avec l’excellent et improbable Batman soviétique dans Superman Red Son du même auteur ou encore davantage lors de sa mutation en vampire (un des meilleurs Batman alternatifs paradoxalement).
Le marketing ayant à priori bien fait son boulot, on passera rapidement sur le fait que Nemesis n’est pas Batman même s’il s’en inspire fortement… En fait Nemesis semble être le parfait opposé de Batman à l’exception de ses origines. Il est riche et voue une haine intense au sosie de l’Inspecteur Harry qui a conduit à la décadence de ses parents.
Tout de blanc vêtu tel un archange, il dispose de locaux dignes d’une Batcave et d’un véhicule rappelant fortement celui du Dark Knight. Ses attentats dans différents pays à l’encontre de l’ordre établi convergent tous vers la chute du superflic expérimenté qui va vite devenir sa « tête de turc ».
C’est en cela que le récit devient un rien soit peu passionnant car on a de cesse de deviner ou de s’horrifier devant les méfaits et pièges tendus par ce Nemesis cruel et intouchable face à un homme de loi qui voit sa vie personnelle comme sa carrière s’effriter face à ce génie du crime.
Hormis cela, l’ensemble reste bien classique si ce n’est quelques belles planches de McNiven notamment lors de scènes d’action dymamiques. Nemesis pèche néanmoins par un manque d’ambition qui prouve les limites ou la baisse de régime de la machine Millar et pourvu d’une conclusion illogique et bien pratique pour y mettre un point final.
Les ficelles sont cette fois un peu grosses pour tout laisser passer.... Il y a un peu trop d'incohérences dans la "révélation" finale de l'histoire brossée à la Scooby-Doo.
L'histoire va vite à lire, très vite mais pourtant on a la délicate impression que rien d’extraordinaire ne vient bouleverser le récit convenu d’avance face à une confrontation inéluctable. C’est certes violent , un peu dérangeant mais dans le fond terriblement consensuel…
Les deux auteurs ont pourtant travaillé sur une relecture d’un Wolverine vieilli avec plus de succès sur Old Man Logan que je n’ai pas lu et visiblement ici on sent très nettement l’œuvre de commande ou exercice très récréatif.
J’ai eu néanmoins eu beaucoup de plaisir à lire le tout mais n’en retiendrais guère plus qu’un divertissement de seconde zone…
Dans le même style et par le même auteur il y a tellement mieux comme Wanted et Red Son qu’on pourrait presque prendre Nemesis comme un petit apéritif de transition… Il faut juste espérer que Mark Millar va retrouver l’inspiration d’antan qui lui fait cruellement défaut ici.
Nemesis est donc aussi divertissant que dispensable, Le problème c’est que lorsqu’on s’appelle Millar, ca pourrait presque être impardonnable…