Le Chat du Rabbin
La lecture des quatre premiers tomes m'a littéralement transporté. J'étais comme un enfant assis au coin du feu à qui l'on raconte une histoire.
Ce que j'ai apprécié, c'est que Sfar montre une facette du judaïsme sans pour autant vendre cette religion dans laquelle il a été élevé. Il la dépeint telle qu'elle est: avec ses bons côtés et ses travers.
J'aime le ton qu'il prend pour raconter ses aventures: on dirait que les anecdotes ont été transmises de parents à enfants, par bouche-à-oreille.
J'ai beaucoup aimé cette série, même si je ne qualifierais pas le dessin de beau. A s'arrêter promptement sur une case, on pourrait même en penser le contraire. Cependant, je dirais que le trait de Sfar est surtout brut. Mon sentiment est qu'il dessine à l'instinct (et là, peut être que je me plante complètement...), comme ça lui vient. Ainsi, il se dégage de ce graphisme un sentiment de spontanéité, d'authenticité, et de fraicheur.
La richesse des personnages qui jouent un rôle dans cette oeuvre est remarquable.
Commençons par le personnage principal, le chat. J'adore ces bêtes. Alors quand le narrateur prend la forme d'un félin vif d'esprit, espiègle, curieux de tout, et qui a le sens de l'humour, ça fait mouche. Je me suis pris d'affection pour ce chat anonyme dès les premières pages de l'oeuvre.
Mais, loin de s'arrêter là, Sfar fait entrer en scène une myriade d'autres personnages, eux aussi sont décrits avec leurs qualités et leurs défauts.
J'ai beaucoup aimé le personnage du Rabbin, un petit père tranquille, honnête, pieux, mais qui s'octroie des entorses à la religion quand ça l'arrange. Le tome 3, qui raconte le choc des cultures vécu par ce bonhomme qui découvre Paris, est très drôle!
Le cousin du Rabbin, le Malka des lions, est remarquable de charisme. L'un des premiers dessins qui le présente, la case à la terrasse du café, est magnifique, et d'ailleurs, elle contraste volontairement avec toutes les autres cases de l'oeuvre, dont les dessins sont plutôt naïfs.
Si je devais terminer avec un troisième personnage, mais je pourrais passer la journée à vous parler de cette grande famille, je vous dirais que j'ai aussi un faible pour le cousin du Rabbin, qui n'est autre qu'un musulman, Cheikh Mohammed Sfar, dont les propos sont apaisants et plein de sagesse.
Cette proximité entre islam et judaïsme qui transparait tout au long de l'oeuvre - (J'ai en mémoire une petite histoire dans la préface d'un des tomes qui dit : "tu connais l'histoire du juif qui croise un autre arabe ?") - est l'un des exemples de la grande intelligence de cette bande dessinée. Sous des airs gentillets, enfantins au regard du dessin, cette oeuvre traite avec le plus grand sérieux de la grande problématique que constitue la dualité entre les religions. J'aime beaucoup, et je suis du même avis, cet aspect selon lequel "toutes les prières vont au même dieu", pour reprendre une réplique de cette série.
Bref, si comme moi, vous aimez les contes, l'histoire, la philosophie, l'humour... et les chats, cet album est fait pour vous aussi !
(151) |