Les 7 vies de l'épervier
Voici une excellente BD historique qui a marqué un jalon important dans l'histoire de la bande dessinée adulte.
Le récit est agencé de façon très organique : les différents fils de la trame et son apparente non-linéarité font oublier qu'on est en face d'une construction narrative ; bien au contraire, on a vraiment l'impression d'avoir tout un petit monde qui vit sous nos yeux. Les passions sont exacerbées, les êtres sont infâmes ou magnifiques, les répliques sont cinglantes, bref on se régale.
Le dessin de Juillard est une référence en ligne claire historique... et en général. J'aurais un seul petit reproche sur sa façon de dessiner les yeux : presque toujours en amande, et avec un petit point pour la pupille qui donne à tous ses personnages un regard un peu étrange. À part cette remarque minime, c'est tout simplement le trait juste, le modèle. C'est tellement parfait qu'on en viendrait presque à oublier ses qualités. Mais quand on passe à un autre dessinateur (par exemple dans une des innombrables séries dérivées), on se rend compte à quel point cette élégance graphique et cette science de la composition nous manquent.
Cela faisait quelques années que je n'avais pas relu cette série pour une n-ième fois et, comme toujours en de telles occasions, je craignais une déception. Il n'en fut rien... en tout cas presque jusqu'à la fin. J'ai dévoré une nouvelle fois les six premiers tomes avec une crédulité délectable. Malheureusement, dans le dernier tome, j'ai eu un peu du mal à me convaincre des motivations des personnages, du fait qu'ils ne sachent pas et devinent pas ce qu'ils ne sont censés ni savoir ni deviner. C'est dommage car cette série si excitante aurait vraiment mérité une fin en apothéose.
À cause de cette fin un peu en-dessous, j'avais envisagé de ne mettre 4 étoiles à cette série, mais cela ne lui rendrait pas du tout justice, notamment quand on prend en compte son aspect précurseur qui lui a valu de marquer toute une génération de lecteur et d'auteurs ! |