Une Aventure de Jacques Gipar
Cette série dispose de plusieurs atouts pour plaire aux amateurs de franco-belge des années 60-70. A commencer par un trait vif et lisible, directement inspiré de l’œuvre de Maurice Tillieux (on est même encore plus proche du Gos période Gil Jourdan). Ensuite, il y a la structure de ces récits : une histoire par tome pour les deux premiers tomes, tandis que le troisième est un recueil de courts récits. Puis vient l’époque illustrée : les années 50. Enfin, le cadre : chaque récit se déroule sur une route française mythique.
Tout pour plaire à l’amateur du genre que je suis… et pourtant…
Pourtant deux problèmes vont survenir dans ma lecture.
D’une part, le manque d’humour. Soit qu’il est oublié, soit qu’il est mal amené, l’humour présent dans cette série est insuffisant à me satisfaire. Problème d’écriture dans les dialogues ? Ellipses malheureuses ? Manque de charisme des seconds rôles ? Un peu de tout cela, alors que la base, elle, est bien là ! Le personnage central se voit en effet affublé d’un compagnon fainéant et voyou (à la manière d’un Libellule pour « Gil Jourdan »), victime toute désignée pour les gags visuels. Mais celui-ci n’est que très peu présent et n’a pas de sens de la répartie. Pour exemple, ce personnage se trouve à un moment obligé de s’expliquer avec la maréchaussée. L’occasion était belle pour une joute verbale mais au lieu de cela, les auteurs optent pour l’ellipse. Nous ne saurons jamais ce qui aura été dit et nous retrouverons ce malheureux personnage au sortir d’un institut psychiatrique, lieu où il fût amené, justement, à cause de ses propos… que nous devons malheureusement nous contenter de supposer très confus.
Et à côté de ces personnages, c’est un peu le vide. Les seconds rôles occasionnels, lorsqu’ils ont du charisme, sont souvent bien trop sérieux.
Ensuite, il y a les intrigues en elles-mêmes. Bien trop évidentes, bien trop prévisibles, bien trop faciles à résoudre (d’autant plus que le hasard fait souvent bien les choses). Un peu plus de fantaisie et d’originalité à ce point de vue serait vraiment bienvenu.
Au final, voilà une série qui dispose d’un véritable potentiel, mais qui ne parvient pas à me convaincre. 3/5 quand même, pour la qualité de son dessin et le soin apporté aux décors (tant au niveau de l’époque que pour les lieux traversés).
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Petit ajout après lecture du quatrième tome :
Rien de changé sinon que cette enquête policière est moins évidente que les précédentes. Malheureusement, Thierry Dubois est à mes yeux tombé dans l'excès inverse, puisque son coupable me semble dépourvu de toute motivation valable (du moins pour le pousser aux crimes à répétition). Par ailleurs, si les premières histoires permettaient de présenter une route mythique, celle-ci nous propose une voiture tout aussi mythique : une Arronde. Mais, bon, comme pour les tomes précédents, cet élément fait plus partie du décors qu'elle ne joue un rôle dans la construction de l'intrigue.
Pour la qualité du dessin et le parfum vintage de la série, je demeure à "pas mal" mais cette série devrait encore progresser à plusieurs niveaux (intrigues plus prenantes, humour plus présent, évolution du personnage de Petit Breton qui jusqu'à présent ne sert pas à grand chose, et une utilisation plus marquante du décors pour que celui-ci justifie la présence de la série dans une collection dédiée aux voitures... car se contenter de présenter une route ou une voiture en fin d'album, c'est un peu léger) pour que j'en conseille l'achat.
A lire à l'occasion, donc... |