La Crème de Crumb
La crème de Crumb (tiens quand j'écris le titre à l'instant, j'ai des idées salaces, je n'avais pas pensé au double sens) se veut le condensé et le concentré même du meilleur jus de la production de Robert Crumb considéré comme la tête de pont de la veine underground du comics américain des années 1960-70.
Publié à l'occasion d'une exposition consacrée au sieur Crumb au musée d'art moderne de Paris - que j'invite tout un chacun à aller voir jusqu'au mois d'août, cette compilation contient de très bonnes histoires de différentes longueurs. Elles sont assez crues pour certaines et pour cela à réserver à un public averti. On y trouve par exemple des histoires d'inceste dans une famille, une histoire avec un bébé géant qui ne tête pas que le lait de sa mère ou encore les aventures de Whiteman l'archétype de l'américain moyen au look de Clark Kent qui se fait enlever par une femme big foot. On y retrouve aussi quelques histoires autour de la passion de l'auteur qu'est la musique blues du début du XXème siècle.
Pour ma part qui avait déjà lu plusieurs des publications des éditions Cornelius auparavant avec un format un peu plus grand dans la collection Solange, j'ai été agréablement surpris de ne pas trop retomber sur des histoires que j'avais déjà lu. Bien sûr j'en connaissais certaines mais cette brique permet d'appréhender l'étendue de l'oeuvre de Crumb et de découvrir ses personnages tels Fritz the cat, Mr Natural ou Snoïd. A cela s'ajoute une longue interview de plusieurs dizaines de pages qui ouvre le recueil. Il s'agit d'une interview faite en 1986 mais qui révèle bien toute la psychologie du bonhomme. Il y parle de pleins de sujets comme de ses débuts, de ses déboires financiers et juridiques notamment de l'affaire autour de "Keep on trucking", de ses mariages mais également des expériences avec le LSD et ses effets sur son oeuvre.
Bref on sent dans ses histoires transpirer toutes les angoisses de l'auteur dans une société américaine qui ne lui correspond pas, la frustration aussi notamment vis-à-vis des femmes bien charpentées qu'il affectionne, et il rend cela magnifiquement bien. Ajoutez à cela un dessin qui quoi qu'en dise Crumb sur le fait de camoufler ses imperfections par un habile système de hachures, personnellement je trouve superbe. Il y a toujours quelques histoires qui me laissent de marbre dans le lot, mais ce livre me paraît être le meilleur publié jusqu'ici en France. Pour un néophyte, je conseillerai de commencer par celui-là d'autant que son prix est raisonnable par rapport à la quantité. Avis à ceux qui veulent découvrir l'auteur, et aux autres qui connaissent déjà mais peut-être pas tout. |