L'Orchidée Noire (Black Orchid)
Voilà tout à fait le genre d'album audacieux mais "difficile" qui demanderait, pour bien faire, une relecture immédiate pour en saisir vraiment la richesse et la singularité (et aussi les lacunes) et donc livrer un commentaire plus approfondi. Bref, le genre d'album qui "se mérite".
Mais je n'en ai pas le temps (j'ai une pile d'albums qui m'attend) et il faudra donc que je me contente d'une appréciation sur le vif.
Tout d'abord, le travail graphique formidable de McKean dont les couleurs dominantes (gris, vert et mauve) flappe les pupilles mais servent aussi le propos puisque, schématiquement, ces trois tons renvoient aux trois univers et personnages qui se télescopent : gris pour les gangsters et autres crapules, vert pour le contenu écolo très marqué et mauve pour l'onirisme et le mystérieux personnage de la femme-plante.
Le scénario est original, poétique, riche et complexe, comme lorsqu'il s'agit de suivre la "généalogie" du personnage par exemple. Car celle qui est appelée Orchidée Noire, c'est en fait plusieurs entités successives qui partagent toutes la même mémoire collective : une femme "normale" appelée Susan qui est morte, une super-héroïne résultat d'une expérience qui porte les gênes (modifiés) de la première et qui meurt dès la sixième page et un clone qui naît juste après la seconde mais avec une mémoire morcelée qu'elle cherche à reconstituer tout au long de l'histoire, cette mémoire où se mêlent des souvenirs de Susan et du clone. Pas vraiment évident tout ça.
Et justement, le scénario est parfois confus car, avec ses éléments déjà compliqués, Gaiman utilise une narration non moins difficile, avec flashback et "flashs" (tout courts) qui pourraient autant être des rêves que de véritables souvenirs.
Ce n'est pas hermétique ni illisible, l'histoire demeurant parfaitement compréhensible, mais il faut être attentif... et patient.
Car l'album est aussi fort lent et les scènes d'action sont quasi inexistantes. On suit plutôt une quête d'identité dans un parcours assez sinueux, dans un traitement sensible (mais sans sensiblerie, loin de là !)
Du coup, on est très loin des super-castagnes que se livrent des super-slips colorés et plus proche d'une histoire fantastique poétique. Il paraît d'ailleurs que l'album a su plaire à un lectorat féminin et on peut comprendre pourquoi. On y rencontre bien Batman et quelques personnages bien connus de Gotham mais eux aussi sont traités de manière particulière : loin d'être les personnages hauts en couleurs que l'on connaît, ils sont comme diminués, mélancoliques (Poison Ivy dans sa cellule de l'asile fait presque peine à voir) à la fois dans leur attitude et dans la physionomie torturée et réaliste que leur donne McKean. Et finalement assez anecdotiques mais leur présence reste plutôt plaisante.
L'intérêt de l'album est ailleurs et si je mentirais en affirmant que je l'ai lu avec une passion dévorante, regrettant notamment le manque de rebondissements, certaines confusions et des personnages auxquels il est difficile de s'attacher du fait de leur étrangeté (l'Orchidée Noire) ou de leur brutalité antipathique (Carl Thorne), j'y ai trouvé beaucoup d'intérêt et la satisfaction de découvrir une curiosité qui change agréablement des habitudes.
Une note de 3,5 rendrait mieux compte de l'intérêt que j'y ai pris. |