Asterios Polyp
Asterios Polyp, pour moi, c’est un peu comme une cathédrale. Ce n’est pas parce que la religion et les symboles qu’elle impose m’exaspèrent que je ne peux pas en apprécier la beauté, la justesse de réalisation et tout ce qui est pensé en amont.
Car derrière ce bloc de granit dépoli à la présentation austère et peu avenante –franchement, la couverture est assez laide et ne donne pas franchement envie de se plonger dans la lecture de ce machin- se construit minutieusement l’œuvre de David Mazzucchelli et son personnage, Asterios Polyp.
Et quel personnage ! Personne insupportable qu’on apprivoise finalement petit à petit au fil des différents volets de sa vie qui nous sont révélés peu à peu par touches. Façon impressionniste, tant dans la forme que dans le fond, Mazzucchelli joue avec les couleurs et les formes pour donner une signification à son trait minimaliste. Ici, tout fait sens et accentue l’intention : il compose avec une palette de sentiments, en recodant les relations des personnages de façon graphique. Là où d’autres s’embourbent dans la lourdeur pour évoquer de telles choses, il rationalise et rivalise d’imagination pour arriver à l’essentiel. Courbes, lignes et couleurs font grand ballets et s’agence de façon virtuose.
Franchement, moi qui ne partais pas du tout convaincu après avoir rapidement feuilleté cette BD, j’en ressors au final assez bluffé ! C’est le genre d’album qui appelle plus d’une relecture pour y dénicher les multiples références qui se cachent et que l’auteur a disséminé en Grand Architecte émérite, tel un jeu de piste à différents niveaux de lecture. Si certaines sont un peu grosses et flagrantes, l’ensemble donne plutôt dans la subtilité et la surprise. Chaque personnage est profond et fini par nous surprendre au fil de l’évolution du récit.
Un album impressionnant, qui je le conçois pourra en rebuter certains, mais qui mérite largement les lauriers qu’on lui a attribué. Une bonne claque comme je les aime ! |