N.
Contrairement à Pasukare (voir son avis), je mets 3/5 pour la BD et ce qu'elle apporte visuellement, mais seulement 2/5 à la nouvelle.
Je vais donc vous parler non pas d'un roman, mais d'une nouvelle (passable) de Stephen King, publiée dans le recueil Juste avant le crépuscule, et de son adaptation en bande-dessinée par Mark Guggenheim et Alex Maleev qui mérite un peu plus de considération.
J'ai donc d'abord lu la BD et ensuite la nouvelle (contrairement à Pasukare). Et le comics relève clairement le niveau d'une nouvelle hyper creuse, redondante, jouant sur la répétition des évènements sans jamais y donner fin et surtout sans jamais donner plus que ça d'explication. Ce qui finalement est logique c'est un procédé ultra classique qui me fait penser que Stephen King commence largement à faiblir. Les allusions à Lovecraft sont évidentes et je dirai que même jusque dans les faiblesses d'écriture de ce dernier, le "maître de l'horreur" a su se fourvoyer. Il faut savoir que King se réclame plus d'Arthur Machen et de son Dieu Pan (1890), grand classique de la littérature fantastique britannique, qui a sûrement aussi influencé par la suite Lovecraft.
Par conséquent, lire l'adaptation de N. en BD est presque un soulagement. Le style photographique n'est pas nouveau. En France Jean-Michel Ponzio (Dernier exil) en a fait sa matière première et je ne déteste pas. Je trouve néanmoins quelques visages surchargés de traits gras les rendant souvent austères et plus vieux qu'ils ne le sont vraiment. Mais certaines planches et leurs couleurs sont plutôt réussies. Le scénario gomme assez bien les descriptions longuettes et redondantes de la nouvelle et vous y plonge avec intérêt. Il y a aussi quelques éléments nouveaux qui en disent un peu plus long que le texte original mais bien évidemment la fin, sur laquelle on reste, nous laisse avec cet arrière goût d'inachevé, l'éternel recommencement mille fois exploité en fantastique.
La vraie originalité de cette histoire, c'est la mise en avant d'une manifestation psychologique rarement traitée : Les TOC (troubles obsessionnels compulsifs). Le hasard m'a fait regarder quasi en même temps (à quelques jours), un épisode de la deuxième saison de Haven (série TV inspirée du Colorado Kid du même Stephen King), dont l'intrigue tournait aussi autour des TOC (et optionnellement aussi autour de l''éternel recommencement par le biais du style "un jour sans fin"). Je ne souhaite pas que King ait des TOC, néanmoins, il faut croire que ça le travaille. Au moins, c'est ce qui donne le peu d'intérêt que j'ai eu de lire sa nouvelle.
Enfin, dernier point qui puisse aussi relever N. c'est sa mise en image, en son et en musique sous forme de série web (on peut voir les épisodes sur ce site internet) qui donne là aussi une dimension nouvelle à ce texte. Finalement à partir de pas grand chose, Marc Guggenheim (le scénariste) et Stephen King lui-même (qui a su identifier les faiblesses de sa nouvelle de base et l'a donc enrichie intelligemment) ont réussi à donner de la matière à ce comics et Alex Maleev (le dessinateur) a fait un travail très acceptable.
Le mot de la fin sera celui-ci : je reste juste sidérée de lire en préface et postface que ces deux créateurs puissent dire qu' "ils n'avaient jamais lu une nouvelle aussi TERRIFIANTE !!!". Mon dieu, Stephen King a écrit bien meilleur sans compter tout plein d'autres auteurs.... Vive le marketing ! ;-) |