Maus
Je suis très partagé et très embêté...
Oui, Maus est une œuvre majeure de la bande dessinée. Une œuvre majeure parce qu’elle ne se limite pas à l’évocation de l’holocauste. Par-delà cet aspect, il y a aussi la recherche du père et l’acceptation de celui-ci par un fils qui se sent coupable de ne pas le supporter.
Un œuvre majeure également par son choix radical de représenter les différents peuples par différents types d’animaux (juifs = souris, allemands (qu’ils fussent nazis ou non) = chats, polonais = cochons, etc…). Ce choix radical prête à polémique et fait donc réagir. A titre personnel, je n’ai pas aimé cette totale absence de nuance dans la représentation graphique alors que la narration, elle, en offre. Cela crée un déséquilibre. Je déteste le manichéisme et, d'un point de vue visuel, ici ce n'est QUE ça !
Et puis, que croire ? Bien sûr, les camps ont existé et les horreurs décrites ont eu lieu mais en voulant dresser un portrait de son père avec un maximum d’honnêteté, Art Spiegelman a réussi à créer le trouble dans mon esprit. Si cet homme est aussi avare dans les années ’80, s’il l’était déjà avant guerre (au point de laisser tomber la petite amie qu’il côtoie depuis 4 ans au profit d’une fille de millionnaire), pourquoi aurait-il accepté de lâcher les cordons de sa bourse durant la guerre ? Sous cet éclairage, tous les passages dans lesquels il se plaint qu’il fallait toujours payer durant la guerre à ces « cochons » (puisque c’est ainsi qu’ils sont représentés) de Polonais s’éclairent différemment. Idem pour ceux où il économise. Quelle est la part d’exagération ? Quelle est la part de vérité ? On ne le saura jamais… Le souci de précision d’une part dans le portrait du père et de fidélité d’autre part vis-à-vis des propos du même père se révèle être une arme à doubles tranchants.
Maus mérite donc d’être analysé, étudié par-delà son thème premier… Il s’agit là d’un témoignage à multiples facettes (témoignage sur le génocide, réflexion sur le sentiment de culpabilité, réflexion sur le processus de création) extrêmement intéressant à analyser. Que penser en effet lorsque Art Spiegelman déclare trouver que son père ressemble étrangement à l’image que les Nazis donnaient des Juifs avant guerre ? Cette honnêteté avec sa propre conscience interpelle et touche.
Ca, c’est le mythe. Mais de la bd, qu’en penser, finalement ?
Elle se lit bien. La narration est précise et permet de gommer certains défauts d'un dessin médiocre par ailleurs. En effet, sans une telle précision, impossible de distinguer une souris d’un autre (sauf quant à leur sexe). Les personnages sont réalistes mais comme tout est vu à travers le prisme de deux d’entre eux (Art Spiegelman lui-même pour l’époque « moderne » et son père pour toute la partie « historique »), je ne peux tout prendre au premier degré. Cet aspect constitue selon moi la force et la faiblesse de l’album. Elle entraine une grande empathie pour les personnages (je me suis senti proche de l’auteur lorsqu’il décrit la relation qu’il entretient avec son père et leurs problèmes de communication) mais aussi une certaine méfiance pour quelques aspects historiques du récit (des aspects mineurs dans l’Histoire mais importants pour la petite histoire).
Une œuvre à lire. Très certainement. Culte ? Je ne crois pas car elle prête à polémique sur trop d’aspects. Franchement bien ? Je sais pas. Importante, oui ! Intéressante, certainement. On traduit ça comment, sur bdtheque ?
Bon, à la lecture, j’ai trouvé que c’était « pas mal » mais il y a tellement de questionnements qui surgissent après lecture, sur le devoir de mémoire, sur les conséquences d'une telle tragédie, sur la manière de la décrire, sur... tant d'autres choses encore... que je monte à franchement bien.
Mais je crois surtout que la valeur de Maus vient des réflexions que l’album suscite plus que du témoignage (un de plus) sur l'holocauste fait par un survivant, fut-il le père de l'auteur. |